Titre : Can I take a photo ?
Pairing : Grimmjow Jaggerjack X Jûshirô Ukitake
Rating : M
Warnings : langage vulgaire et violence
Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont à Tite Kubo-sama
Résumé : Qu'est ce qu'une photo ? C'est capter un instant furtif pour le montrer à tous. Grimmjow Jaggerjack l'a bien compris et veut dévoiler au monde la banlieue qui l'a vu naître et le milieu dont il est issu. Malheureusement, son travail n'est pas reconnu et rien ne va pour lui, jusqu'à ce qu'il rencontre le fragile Jûshirô Ukitake…
G x J
« Ma mère avait 17 ans, mon père 24. C'était un connard qui la tabassait et la violait aussi, sûrement. Alors quand elle est tombée enceinte, il est pas devenu moins con. Et puis quand l'gosse est arrivé, ça lui faisait un défouloir de plus. Il buvait même pas, l'salaud. Il avait pas d'excuse. Pendant six ans, il a cogné sur ma mère et sur moi. Là, ma sœur Nel a débarqué. La merde a continué. »
Flash. Les coups qui tombaient, encore et encore. La douleur, plantée dans la peau, qui réduisait les os en miettes. Les cris de sa mère mêlés aux hurlements de son père. Et les pleurs de sa sœur, en boucle.
« Le frère de ma mère était chef de gang dans la banlieue où on créchait. C'était l'genre de mec qui f'sait flipper tous les truands du quartier. Y'avait pas plus cruel et plus dangereux. Son gang, c'était l'Espada. Le pire de la faune de toute la banlieue. Et c'étaient pas juste des dealers de drogue. Non, c'étaient des tueurs, des vrais. Triés sur le volet pour intégrer d'abord les Arrancars, et puis l'élite. Mon oncle s'est dit qu'il fallait qu'il prenne les gosses au berceau, histoire d'avoir des recrues encore plus performantes. Alors il a commencé à s'intéresser à ma sœur et moi. »
Ce sourire paternel qu'il avait lorsqu'il leur rendait visite. Sa voix, profonde et douce, protectrice. Il leur avait promis la sécurité. La force. L'espoir. La vie. Celle que leur avait pris leur père.
« Sauf que mon vieux avait pas l'intention de nous lâcher entre les pattes d'un gangster. Voulait nous garder sous la main. Ma mère était d'accord avec lui, là-dessus. Pas question que son frère fasse de ses gamins des assassins… C'connard est pas allé chercher plus loin. Il a chargé un des Espadas de descendre ma mère. Sa sœur, putain, sa propre sœur… Mon père est devenu fou. Il a fait n'importe quoi et il nous a laissés à mon oncle. J'savais pas qu'c'était lui, l'responsable de la mort de maman. J'voulais crever celui qu'avait fait ça. Alors je m'suis dit que si je devenais un Espada, je serai assez fort pour retrouver c'salopard et lui faire la peau. J'avais 12 ans. »
La haine dans son cœur. Les premières rencontres avec les autres. Les regards qui évaluaient les capacités de chacun. Le premier échange avec Stark. La naissance d'une amitié.
« On était plusieurs à vouloir être les meilleurs. Je voulais être le n°6, mais un connard nommé Luppi me convoitait la place. On s'est foutu sur la gueule plus d'une fois. Pendant trois ans, je me suis entraîné comme un véritable tueur d'élite. Je tirais pas super bien, mais au corps à corps j'étais le meilleur. Au bout de deux ans, Nel a commencé aussi sa formation. Je mesurais pas ce que ça allait me coûter. Et puis un soir, j'avais 15 ans, mon oncle m'a chargé d'une mission. Il a dit que je deviendrai n°6 si je le faisais. Et qu'il m'aiderait à retrouver l'assassin de ma mère. Alors j'ai obéi. »
Les flammes. Les flammes. Rien que les flammes. Imprimées sur sa rétine.
« J'ai tué des gens. J'l'avais encore jamais fait. Tabasser des mecs, ouais. J'avais même failli crever l'œil d'un dealer qui m'avait cherché, au skeatpark. Mais tuer quelqu'un… J'étais encore un gosse. Ça m'a changé. J'étais plus le même. Je devenais fou. Partagé entre mon désir de vengeance et ce qu'il me restait de conscience. Et puis je voulais m'en sortir. Et je pensais que le seul moyen c'était de rester dans l'Espada. N°6, c'était une bonne place, même si j'avais dû descendre Luppi pour ça. Jusqu'à ce que débarque Kensei. Il était pas très prudent, à se balader comme ça dans l' Hueco Mundo. J'pense qu'il cherchait la merde pour trouver les gosses qui allaient avec. J'avais quoi, 22 ans ? J'étais qu'un gamin. J'connaissais de la vie que la violence et les guerres de gang. Il m'a montré autre chose. Avec un autre œil. Putain, j'avais jamais vu ça… »
La photo qui arrivait dans sa vie. La révélation.
« Alors j'ai pris mes affaires, mon peu d'fric, ma sœur, et j'ai foutu l'camp sans rien dire à personne. J'savais un bon tas de trucs sur les saloperies d'mon oncle parce qu'il me faisait confiance. J'lui ai bien fait comprendre par la lettre que j'ai laissée. Alors quand il a r'trouvé ma trace, il nous a foutu la paix. Jusqu'à un certain point… Dès que j'ai été libre, même si j'avais perdu un tas de trucs, et notamment un semblant d'famille, je m'suis lancé dans la vie. Kensei nous a vachement aidés. Nel a fait des p'tits boulots, moi aussi. Elle s'est trouvé un mec génial. J'ai trimé comme un malade pour faire ce que je voulais : d'la photo. J'ai mitraillé. Partout, tout l'temps. J'ai pris les rues, j'ai pris les gens, mes coups d'un soir, Kensei, ma sœur, Paris, la banlieue, le soleil, la pluie, les cimetières, les HLM… Je m'suis pas posé d'question. On a trouvé c't'appart', il est un peu pourri mais au moins c'est chez nous. Mais personne voulait d'mes clichés. C'était pas assez grand public, trop banlieusard. Ça m'ressemblait trop. »
Ouais, ça il s'en souvenait. La mine désolée des directeurs de galeries. Leurs messes basses. Les coups de téléphone. Les heures passées à attendre les coups de téléphone. Les mails sans réponse. La frustration. Et les jobs qui s'enchaînaient parce qu'il n'était pas foutu de la mettre en veilleuse.
« J'en pouvais plus. J'étais à deux doigts de refaire des conneries. Mon oncle m'a remis un coup de pression. J'ai eu peur. Ouais, pour la première fois d'ma vie, j'ai eu peur. Parce que je tenais enfin à quelque chose : ma sœur, Kensei, et la photo. Et là, t'as débarqué. T'as débarqué et t'as tout chamboulé. J'voulais rencontrer Snowdrop, moi, j'étais déçu qu'tu sois seulement son porte-parole. Mais… t'as un truc, Jûshirô. Un truc qui m'fascine. T'es pas si vieux qu'ça, mais on dirait qu't'as vécu plus que tout le monde. Et tu m'as donné ma chance. J'sais pas ce qui t'as fait miser sur un p'tit con comme ça, mais tu sais pas le nombre d'emmerdes que tu vas t'attirer si on continue de bosser ensemble. On f'rait mieux d'arrêter, même si j'adorais ça. Ça risque de devenir dangereux pour toi. »
Il avait conclu rapidement, comme on balance une vérité pour éviter de se brûler avec. Bien sûr qu'il voulait continuer de travailler avec lui. Bien sûr. Mais cette volonté se transformait, au fil des jours, en faiblesse. Ce n'était pas seulement professionnel, et c'était mal. C'était un nouveau point faible qu'il ne voulait pas qu'Aizen puisse atteindre.
Il fallait quand même qu'il dise encore quelque chose.
« T'sais… Mon oncle a décidé de m'traquer… Alors même si j't'aime bien… J'veux pas t'mettre en danger. Ça m'ressemble pas. J'm'attache pas. Y'a que ma mère, ma sœur et Kensei qui ont réussi ça. Et toi. J'sais pas ce que t'as de spécial. Mais j'veux pas qu'il t'arrive une merde. J't'aime bien. J't'aime plus que bien même. Putain, qu'est ce que je raconte comme conneries… »
Silence de son compagnon. Comme durant tout son monologue, d'ailleurs.
« Jûshirô ?
- Grimmjow… c'est une déclaration ? »
Bordel. Il était pas dans la merde…
