Titre : Can I take a photo ?
Pairing : Grimmjow Jaggerjack X Jûshirô Ukitake
Rating : M
Warnings : langage vulgaire, violence et yaoi
Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont à Tite Kubo-sama
Résumé : Qu'est ce qu'une photo ? C'est capter un instant furtif pour le montrer à tous. Grimmjow Jaggerjack l'a bien compris et veut dévoiler au monde la banlieue qui l'a vu naître et le milieu dont il est issu. Malheureusement, son travail n'est pas reconnu et rien ne va pour lui, jusqu'à ce qu'il rencontre le fragile Jûshirô Ukitake…
GXJ
NOTE IMPORTANTE : Je précise que le point de vue de Grimmjow exprimé dans ce chapitre à propos des gens qu'ils vont rencontrer (je spoile pas :P) n'est absolument pas le mien. Je suis pour la tolérance et la bienveillance entre tous les êtres humains, et en cela je rejoins l'avis de Jûshirô. Mais rien n'est perdu pour notre Chaton Bleu :)
G x J
La sonnerie de son téléphone le réveilla. Il n'avait clairement pas assez dormi… Il décrocha à contre cœur.
« Ouais ?
- Grimmjow ? C'est Jûshirô. Je te réveille ? »
La voix du porte-parole semblait beaucoup plus détendue que la veille. Il allait mieux. Ils allaient pouvoir se remettre au boulot.
« Ouais, mais tu fais bien. T'es en ville ? Y'a du bruit autour de toi.
- Oui, j'aimerais bien que tu me rejoignes. J'ai quelque chose à te montrer. On pourra manger un morceau là-bas, vu qu'il est déjà 11 heures. »
Le sourire dans la voix du plus vieux se fit clairement entendre.
« Ok, ça me va, je te rejoins dès que je suis prêt. T'es où ? »
G x J
Les bords de Seine étaient toujours bondés. Les Parisiens courraient en tous sens, tout le temps, partout, insensibles au calme des eaux vertes qui coulaient juste à côté.
Il n'y avait personne au lieu de rendez-vous. Du moins c'est ce que Grimmjow croyait, jusqu'à ce qu'une voix l'interpelle :
« Grimmjow, ici ! »
Il se pencha au-dessus de la rambarde et fit un signe de main à Jûshirô qui l'attendait en contrebas. Il portait son éternel long manteau noir et une écharpe grise.
« Je descends ! » lança le jeune homme.
Il le rejoint rapidement et le détailla de la tête aux pieds. Le porte-parole semblait reposé et serein à nouveau. Prêt à reprendre la route.
« J'ai pensé à une petite balade sur les quais avant de manger… Et ensuite je t'emmènerai faire des photos !
- Ok, allons-y ! »
G x J
Leurs pas sur le pavé étaient étrangement coordonnés. Ils marchaient au bord de l'eau, tranquillement, sans se soucier de leur destination. Un vent froid ébouriffait leurs cheveux. Jûshirô attacha les siens, et Grimmjow le trouva beaucoup plus jeune, d'un coup. L'eau n'était ni pure, ni belle, mais elle était là, paresseuse, docile, calme. Le silence était de mise, mais il n'était ni gêné, ni gênant. La rumeur de la foule et de la rue un peu plus haut était étouffée. Ils se sentaient séparés du monde, en apesanteur. Loin, loin de tout le reste.
Un moment d'accalmie, une pause, une respiration avant de replonger sous l'eau, dans la tempête. Un souffle d'air salvateur qu'ils aspiraient avec avidité, mais lentement, profondément. Profitant de chaque seconde. Un asile éphémère.
Leurs mains auraient pu se trouver, se lier, s'enlacer. Mais elles n'en firent rien, de peur d'aller trop vite, de briser la paix. Grimmjow se disait que la guimauve, ce n'était pas pour lui. Jûshirô pensait au regard des passants.
Lorsqu'ils arrivèrent au pied de l'escalier qui leur permettrait de remonter vers la civilisation, ils échangèrent un regard. Voilà. L'instant avait passé. Il fallait y retourner. Dommage.
Ils gravirent les marches une à une.
G x J
« Quoi ?! T'as jamais mangé de panini ?! Mais t'as raté ta vie !
- Merci, Grimmjow, ça fait toujours plaisir…
- Nan mais t'inquiètes. On va arranger ça maintenant. »
Il attrapa le plus vieux par le bras, et l'entraîna dans une petite rue adjacente. Ils allaient bien tomber sur une sandwicherie…
En effet, au bout de quelques mètres, il trouva ce qu'il cherchait. Et remercia les coins à touristes de Paris. Vraiment.
« Bon, fit-il en se tournant vers Jûshirô. T'aimes le fromage ?
- Ca va…
- Et la tomate ?
- Euh… oui…
- Alors vous nous mettrez deux paninis tomate mozzarella et une bouteille d'eau. » lança-t-il au vendeur.
Celui-ci haussa le sourcil devant l'absence de politesse, et nota la commande. Au bout de quelques minutes, leur repas fut près. Grimmjow paya, et ils commencèrent à manger en se mettant en route.
« L'endroit où je veux t'emmener est plus loin sur le bord de la Seine, expliqua Jûshirô.
- Ok. Ca te plaît ?
- Mmmh, c'est pas mauvais.
- Tu rigoles ? C'est juste trop bon !
- Un vrai gamin, hein, rit le plus vieux.
- Il faut bien l'être de temps en temps, quand un connard vous en a empêché.
- Grimmjow…
- Sinon, tu m'embarques où ? »
Le porte-parole eut un sourire mystérieux :
« Aha, surprise, surprise… »
G x J
Même vu du dessus, le pont ne semblait pas accueillant. Sa masse lourde et grise, jetée en travers de la Seine comme un géant mort, plombait le paysage. Les voitures y passaient à toute vitesse, dégageant une fumée nauséabonde. Les gens sur les trottoirs ressemblaient à des courants d'air, fuyant, effacés, indifférents, froids. Paris, ville terne et sans éclat loin de la lumière des beaux quartiers. Ils étaient pourtant tout près ! Mais certains endroits étaient comme isolés, un monde triste, à part, oublié.
« C'est moche.
- Oui.
- Depuis quand tu veux photographier des trucs moches ? J'ai vu que tu aimais les bâtiments, mais bon…
- On ne va pas s'occuper du pont, Grimmjow.
- Ah.
- On va descendre en dessous.
- Ah.
- Ca n'a pas l'air de t'enchanter.
- J'sais c'qu'on trouve sous les ponts de Paris…
- Viens. »
Ça ressemblait au dialogue d'un mauvais film. Mais le plus jeune se doutait de ce que Jû voulait lui montrer. Et sérieusement… Il avait pas envie.
GxJ
Il devait y avoir cinq tentes, blotties les unes contre les autres. Cinq petites vieilles tremblotantes dans le vent froid de l'hiver. Dans l'une d'entre elles, on entendait une femme parler, et une petite fille lui répondre, gazouillant dans une langue roulante comme les vagues. Un homme assis à l'entrée du petit camp, se leva et s'approcha d'eux. Son visage aux accents durs était éclairé par deux yeux chaleureux.
Dans un français approximatif, il leur demanda ce qu'ils voulaient. Jûshirô commença à lui expliquer ce qu'ils faisaient, essayant d'être le plus simple et le plus clair possible. Grimmjow détourna le regard. Il ne voulait pas être ici. Ca le débectait. Le meilleur argument du porte-parole fut de proposer à l'homme de l'argent, en échange des photos qu'il voulait faire. Celui-ci lui sourit. Le plus jeune attrapa son compagnon par le bras :
« Jû, faut que j'te parle.
- Je reviens, monsieur. »
Le japonais le suivit un peu à l'écart.
« Qu'y a-t-il ?
- J'veux pas.
- Quoi ?!
- J'veux pas prendre de photos de ces gens.
- Mais… pourquoi ?
- J'fais pas dans l'pathétique, moi. J'veux photographier des gens qui s'battent, qui s'laissent pas faire, pas des loques qui font la manche et qui veulent pas s'sortir de la merde. Ils m'inspirent que du mépris, tes Roumains.
- Turcs.
- J'm'en fous ! C'est pas l'problème de la nationalité. J'en ai rien à foutre d'où ils viennent. Ça change rien. Ils sont passifs. Ils sont pathétiques. Je sais c'que c'est que d'être dans la merde, et y'a rien de pire que d'vivre sur la générosité des gens. J'veux pas les prendre en photo, j'refuse de leur faire cet honneur, ils le méritent pas. »
Le silence et l'expression de Jûshirô était assez explicite.
« J't'ai choqué ?
- Oui. Oui, Grimmjow. Franchement, je ne te pensais pas aussi stupide, cruel et égoïste. Tu juges sans connaître, sans savoir ce qu'ils ont vécu, et tu ne fais que comparer leur combat au tien, décidant arbitrairement que tu as plus lutté qu'eux. Tu ne cesses de te plaindre à Kensei des directeurs qui te jugent sur tes origines, ta classe sociale. Et tu reproduis leur attitude, tu penses comme eux. Tu me déçois tellement… »
Grimmjow aurait voulu répliquer. Lui dire qu'après tout, il s'en foutait. Que personne ne lui dictait ce qu'il pensait, ce qu'il avait à faire. Que c'était pas un vieux comme lui qui changerait sa vision de ces insectes méprisables. Mais le porte-parole s'était éloigné, coupant là la discussion.
« Putain… » grogna-t-il en essayant de le rattraper.
GxJ
Le japonais s'adressait à nouveau à l'homme. Celui-ci paraissait plutôt enthousiaste, et lui serra la main. Grimmjow leva les yeux au ciel. Plus borné qu'un gosse ! Enervé, il s'approcha d'un pas autoritaire, décidé à dire à Jûshirô ce qu'il pensait, puis à se casser, dans une sortie des plus majestueuses. Sauf que quelque chose se mit en travers de sa route. Une femme, recouverte d'un poncho informe, gris et troué, qui lui faisait un corps flou. Elle tendait vers lui, de ses mains abîmées, un verre rempli de liquide fumant. Une tasse de thé, sans doute. Elle souriait. Et ce sourire le mit hors de lui.
Il la poussa violemment, la projetant à terre.
« Dégage ! »
Le regard outré de Jûshirô l'épingla. Puis suivit une petite voix gazouillante, proférant avec haine une bordée de ce qui semblait être des insultes en turc. Une minuscule tempête de cheveux et de poings atterrit dans ses jambes. Elle martela ses genoux et ses cuisses, tout ce qui était à sa petite portée, sans cesser de vociférer. Grimmjow, surpris, recula.
Alors la minuscule tempête releva les yeux, et les planta dans les siens. C'était une gamine, de 6 ans à peine. Sale, barbouillé, portant une robe reprisée de partout, recouverte d'un manteau de grosse laine. Ses petits poings serrés cachés dans des moufles, elle le fixait. Visage grave, cheveux emmêlés, et des yeux noirs comme l'encre. Regard de colère, de révolte, d'indignation. L'orage miniature eut une expression dégoûtée en le regardant. Et elle lui cracha dessus.
Il en resta bouche bée.
GxJ
Jûshirô se tendit. Connaissant Grimmjow, ça risquait de mal se finir. Il se tenait près à intervenir s'il tentait quoi que ce soit contre la fillette ou ses parents. La mère se releva précipitamment, formulant une dizaine d'excuses à la minute, paniquée, effrayée. Le père, lui, fronça les sourcils, et s'avança de quelques pas. Tension, électricité dans l'air.
Puis le jeune homme bougea. Lentement. Il s'agenouilla. Très lentement. Il pencha la tête sur le côté, et étira un sourire.
« T'es un tigresse, toi ! Ca m'plaît ! C'quoi ton nom ? »
Toute la pression s'échappa d'un coup. La fillette fit la moue, et resta silencieuse, mais Jû lâcha un rire, soulagé. Il saisit son appareil, et lança gaiement :
« Dites « cheese » ! »
