Bonjour ! Merci à Lilyjp, manelor, Melior Silverdjane, Marine02, Delphlys et Ebene pour vos reviews précédentes et vos encouragements ! Ça m'a beaucoup aidé pour ce chapitre, qui a été difficile à écrire.

Il y a beaucoup de références dans ce chapitre, et j'espère que ça ne va pas vous décourager et que vous comprendrez l'essentiel de l'histoire. Ce qui est dit est très important pour la suite. S'il y a le moindre de problème de compréhension ou que vous avez des remarques, n'hésitez pas à m'envoyer un message par mp. Je ne me rends pas trop compte de ce que vous pouvez ressentir en découvrant l'histoire, car j'ai tout dans la tête, et il est difficile parfois de faire la part des choses. ^^ Pour les plus mordus d'entre vous, je vous conseille de lire le Silmarillon, et les légendes des contes perdus de Tolkien, ou même d'aller sur wikipédia, si vous voulez en savoir plus sur l'histoire des elfes. Vous en apprendrez beaucoup sur l'origine des personnages, comme l'histoire d'Elrond, d'Aragorn et de Galadriel.

Je vous ai remis un petit lexique en bas de page, où j'ai ajouté des informations sur les personnages et les lieux cités.

Enfin, j'ai introduit un nouveau personnage, qui a toute mon affection et qui je pense vous plaira !

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.

gallica.


Chapitre 3 : Les Elfes Gris

Elanor se réveilla le lendemain, reposée. Elle somnola quelques temps paresseusement dans son lit, appréciant l'odeur et le confort des draps, une sensation qu'elle avait perdu ces derniers jours. Son esprit était ailleurs, et sentant son corps courbaturé elle préféra rester coucher pour dormir encore un peu, ne se souciant de rien.

Elle avait l'impression de vivre un rêve éveillé. La lumière du jour emplissait la pièce, et lorsqu'elle ouvrit finalement les yeux, son regard se perdit sur la vallée de Fondcombe. Le soleil était haut dans le ciel et lorsqu'Elanor se rendit compte qu'il commençait à être un peu tard, elle se leva et s'habilla.

Une elfe entra plus tard dans sa chambre et lui déposa un plateau contenant de la nourriture. Elanor regarda la nourriture avec curiosité, et vit qu'il n'y avait que des fruits, une sorte de pâte et un peu de pain des elfes. Elle mangea probablement ce qui était le meilleur petit-déjeuner de sa vie.

Elanor descendit ensuite dans les jardins et passa la matinée entière à se balader dans la cité. Elrond ne lui avait laissé aucune instruction, aussi était-elle enfin libre de ses mouvements. Sa cheville ne lui faisait presque plus mal, si ce n'est lorsqu'elle posait le pied un peu trop longtemps. Néanmoins la douleur était supportable et elle marcha pendant plusieurs heures dans Fondcombe.

Elle découvrit l'environnement où vivaient les elfes, et en fut émerveillé. Elle regarda les elfes vaquer à leurs occupations, et sans surprise elle les trouva tous aussi beaux les uns que les autres.

Les femmes elfes étaient particulièrement féminines et délicates. Elanor les espionna tandis qu'un petit groupe d'entre elles lavaient le linge dans un des nombreux points d'eau. Elles étaient brunes, comme la majorité de la population de Fondcombe, et avaient le teint clair. Leurs robes étaient légères et volatiles, et affinaient encore plus leur silhouette et leur grande taille élancée. Les elfes s'amusaient et riaient entre elles, tout en discutant dans leur langue étrange, et Elanor se prit d'envie de les rejoindre.

Elle ne se fit cependant pas remarquer, et continua sa route, s'éclipsant dans les couloirs du palais d'Elrond.

Les hommes étaient un peu différents. Lorsqu'ils ne portaient pas leurs armures, ils portaient de longues tuniques, et étaient tout aussi élancés et délicats que les femmes. Leurs traits étaient efféminés, leur taille fine, et ils avaient de longs cheveux, comme les femmes, ce qui prêtait à confusion. Elanor avait plusieurs fois faillit confondre un elfe avec une femme.

Mais si on regardait bien, on voyait que leur torse était plat, leurs épaules carrée et que leurs traits étaient beaucoup plus saillants. Heureusement d'autres elfes étaient beaucoup plus masculins, ce qui était le cas d'Elrond et de quelques-uns de ses sujets. Elanor comprit que tous les elfes ne se ressemblaient pas, et que comme chez les hommes il y avait des différences physiques. Et contrairement à ce qu'elle pensait, ils étaient loin d'être parfait.

Elle en eut le déplaisir de le constater le jour-même.

Certains elfes étaient très hautains. Elanor s'en rendit compte peu à peu, mais cela lui sauta aux yeux lorsqu'elle croisa un homme dans le palais. Bien qu'elle l'ait salué de son plus beau sourire, il avait regardé Elanor avec indifférence, passant à côté d'elle en répondant d'un simple hochement de tête poli. Mais il se cachait derrière ses yeux un certain mépris, et Elanor se demanda sur le coup ce qu'elle avait fait pour mériter ce regard.

Elanor retourna en fin de matinée dans sa chambre et s'accouda sur le balcon, écoutant le chant des oiseaux qui piaillaient joyeusement dans les arbres. La brise lui caressa les cheveux, et souleva quelques mèches brunes de sa nuque.

Cela faisait plusieurs jours qu'elle avait été enlevée, et elle commençait à s'inquiéter un peu pour Maggi. A l'heure qu'il était, sa mère adoptive devait la croire morte.

Elanor se demanda quand elle pourrait rentrer. Mais elle se douta que tout dépendrait du seigneur Elrond, et qu'il n'allait pas la laisser partir comme ça. Elle se rappela la lueur de surprise dans son regard lorsqu'il avait vu son épée.

Elle ne le remercierait jamais assez de l'avoir guérie. Elanor se dit qu'elle devait lui rendre la pareille, car il lui avait sauvé la vie. Mais elle était pauvre, et n'avait rien à lui donner. Hormis cette épée.

Elle serait peut-être un moyen de payer sa dette.

Pourtant, Elanor y tenait beaucoup. Et ça lui arrachait le cœur de devoir s'en séparer, même si c'était pour la donner à Elrond. Après tout, c'était la seule chose qui restait de sa mère.

Elanor se sentait lasse, et fatiguée. Si Elrond acceptait, elle n'aurait plus qu'à retourner les mains vides chez Maggi, sans rien d'autre pour se consoler hormis sa peine et ses remords.

Elanor soupira.

Que faire ?

Regardant en bas, en direction des jardins, elle eut soudain une étrange vision qui la tira de ses pensées.

Un petit enfant, aux cheveux blancs comme neige était assis de dos sur un banc en pierre à quelques mètres. Il semblait occuper à fumer de l'herbe à pipe et à écrire sur un gros manuscrit, balançant joyeusement ses énormes pieds de temps à autre.

Elanor l'observa pendant quelques secondes, les yeux plissées avant de se dire qu'un enfant avec des cheveux blancs, qui lisait et fumait était vraiment bizarre. C'est alors qu'elle se souvint de Bree, et du pays étrange qui s'étendait plus au Nord, peuplé disait-on de créatures à l'apparence d'hommes, mais aux grands pieds et à la taille encore plus petite que les nains. Elle comprit qu'il s'agissait d'un semi-homme, et sa curiosité fut piquée au vif.

Elle songea à descendre pour le rejoindre lorsqu'un serviteur d'Elrond toqua à sa porte et se planta devant elle. Surprise elle se retourna.

- Le seigneur Elrond souhaiterait s'entretenir avec vous, lui dit l'elfe avec une voix frêle.

Ah. Enfin.

Elanor acquiesça et le suivit.

L'elfe s'appelait Lindir, et il lui fit la conversation pendant qu'ils marchaient. Elanor le trouva très gentil, et agréable. Il lui demanda comment elle trouvait Fondcombe et si elle s'y sentait bien. Elanor découvrit qu'il était chanteur et qu'il aimait les contes et les chansons. Elle fut charmée par sa personnalité très sensible.

Lindir la conduisit au cœur du palais, et s'arrêta devant une porte ouverte donnant sur un bureau. Elrond était assis derrière une table, entouré de nombreuses bibliothèques contenant des manuscrits. La première chose qu'elle remarqua fut son épée, posée sur le bureau.

Elrond leva la tête lorsqu'elle entra, et Lindir s'éclipsa silencieusement les laissant seuls. Elanor fit une révérence un peu maladroite en signe de salutation. Elle exécuta pour la première fois ce que lui avait appris Maggi, car celle-ci avait insisté pour que ces filles sachent se présenter convenablement devant un seigneur, et Elrond sembla apprécier.

Il lui sourit et fit signe de s'asseoir sur le fauteuil en face du sien.

- Comment vous sentez-vous ? lui demanda-t-il.

- Beaucoup mieux, merci.

- Votre cheville est-elle guérit ?

- Je crois que oui.

Elrond se leva, et examina son pied. Elanor le regarda timidement, alors il manipulait sa cheville avec précaution. Il sembla être satisfait par ce qu'il vit.

- La douleur aura disparu d'ici deux jours, dit Elrond en reposant son pied.

Il avait revêtit une tunique plus légère, brodée de motifs elfiques. Même en ayant retiré son armure étincelante, il conservait sa magnificence. Ses longs cheveux bruns, soigneusement peignés reposaient impeccables sur ses épaules. Ses yeux étaient chaleureux, et Elanor remarqua pour la première fois l'aura de bonté qui l'enveloppait.

- Ma fille m'a parlé de vous. Il semble qu'elle vous apprécie beaucoup. Elle m'a dit pourtant que vous n'aviez pas de nom de famille. J'espérais que vous me parleriez un peu de vous, Elanor et de ceci.

Elrond posa la main sur l'épée et la regarda intensément. Elanor hésita, ne sachant pas vraiment par où commencer.

Elle raconta à Elrond son enfance à Lasdren, et les seuls souvenirs qu'il lui restait de sa mère, Rain. Maggi la lui avait décrite comme étant une très belle femme. Elle était grande et avait les cheveux aussi bruns que ceux d'Elanor. C'était la seule chose qu'elle semblait avoir hérité de sa mère, ça et ses yeux. Rain n'avait pas dit à Maggi où elle vivait, ni s'il lui restait de la famille ou un mari en vie. Elanor n'avait jamais su qui était son père, et elle ne le saurait probablement jamais.

Elrond haussa les sourcils au fur et à mesure qu'elle parlait, et ne s'exprima que lorsqu'elle eut fini de lui raconter comment elle s'était fait capturer par les orques.

- Vous m'avez dit que votre épée est un héritage légué par votre mère, mais j'en suis très étonné. Savez-vous que cette épée à appartenue au dernier roi de Doriath, Dior, fils de Beren et Luthien ?

Elanor ne connaissait aucun de ces noms, mais Doriath lui rappelait quelque chose. Un de ses vieux souvenirs, qui concernait un royaume des elfes et un roi puissant. Elle eut d'abord envie de rire, se disant qu'il était impossible qu'une telle chose arrive. Cependant, elle se retint, n'étant pas sure qu'Elrond apprécie sa remarque.

Elle le regarda, et vit qu'il était sérieux. Le doute s'insinua alors en elle, et ses yeux tombèrent sur l'épée. Elle était fine et courte, parfaitement taillée pour quelqu'un de petite taille. Elanor l'avait toujours eut, mais ne s'était jamais posée de question, ni sur les étranges inscriptions qui étaient gravées dans la lame.

Elle réalisa alors qu'elle n'avait jamais pensé qu'il pouvait s'agir d'une épée elfique, et se demanda comment elle n'avait pas pu s'en rendre compte plus tôt.

- Non, souffla-t-elle. Je ne le savais pas.

- Je m'en doutais, dit Elrond.

- Comment est-ce possible ? demanda-t-elle. Comment ai-je pu avoir cette épée ?

- J'espérais que vous me le disiez.

Elrond la dévisagea et Elanor ne sut quoi lui répondre.

- Connaissez-vous les légendes des premiers âges de la Terre du Milieu ? demanda l'elfe, changeant soudainement de sujet.

Elanor essaya de se rappeler les contes qu'elle avait entendues de la bouche des clients de l'auberge du Cheval Blanc, mais elle ne parvint pas à se remémorer la moindre histoire de cette époque-là. Certaines bribes d'évènements ou de noms d'illustres elfes lui revinrent, mais elle ne parvint pas à faire la connexion.

- Je ne m'en souviens plus très bien, avoua-t-elle.

Elrond hocha la tête.

- Je vais vous les raconter, car je pense que vous comprendrez mieux quelle est la situation après les avoir entendues, dit-il. Lors du premier âge de la Terre du Milieu, avant même que le monde n'ait pris sa forme définitive, vivait déjà les premiers elfes crées par Eru, le créateur de toute chose. Doriath était un royaume prospère où vivait le roi Thingol, l'un des premiers-nés de la race des elfes, et sa femme Melian la Maiar. Celle-ci était une magicienne et elle servait deux Valar : Vana, la Toujours jeune et Estë la douce, guérisseuse de tous les maux. Avant qu'ils ne se rencontrent, Melian vécut longtemps en Lorien à Valinor où elle soignait les arbres qui fleurissaient dans les jardins. On dit que son chant ensorcelait tout ce qui se trouvait autour d'elle, et que même les Valar abandonnaient leurs travaux pour l'écouter. Lorsque les premiers elfes naquirent sur la Terre du Milieu, Melian quitta Valinor et les rejoignit. Elle tomba amoureuse d'un des trois seigneurs elfes, Elwë et contre l'avis des Valar l'épousa. Elwe prit le nom de Thingol. Tous deux se cachèrent des yeux indiscrets et fondèrent Doriath, et ils restèrent cachés pendant bien des siècles grâce aux pouvoirs de Melian, qui les dissimula aux yeux de tous. Certains elfes les rejoignirent pour vivre dans leur cité à Menegroth, et ils furent surnommés les elfes gris. De l'union du roi et de la reine naquit Luthien, dont on raconta qu'elle était la plus belle enfant et femme elfe que le monde ait jamais connu. Lorsqu'elle eut vingt ans, sa mère Melian lui fit forger une épée et la baptisa Niphredil en son nom. Elle ajouta toute sa magie afin que l'épée protège sa fille et ses futurs descendants de l'ombre de Morgoth. Luthien transmit plus tard son héritage à son fils Dior.

Elanor resta pendu aux lèvres du seigneur Elrond, pétrifiée et passionnée par son récit. Ce dernier se tut un instant, perdu dans ses pensées. Il regardait l'épée avec une expression indéchiffrable.

- Dior était un demi-elfe, reprit-il. Il eut trois enfants, dont deux fils Eluréd et Elurin, et une fille, Elwing. Dior régna sur Doriath pendant quelques années après la mort de Thingol, mais la menace grandissait autour de son royaume et Melian n'était plus là pour les protéger, car elle était retournée à Valinor et sa magie était partie avec elle. Un jour, la cité fut mise à sac par les fils de Fëanor et beaucoup d'elfes perdirent la vie. Seuls quelques-uns parvinrent à s'enfuir, et parmi les enfants de Dior, seule Elwing survit. Ses frères, Eluréd et Elurin disparurent pendant la bataille, et on ne retrouva jamais leurs corps. Quant à l'épée de Dior, on ne sait ce qu'il en est advenu, jusqu'à aujourd'hui.

Elrond se tut.

- Elwing était ma mère, révéla-t-il. Ce que je viens de vous raconter est donc en fait l'histoire de mon clan.

Elanor le regarda abasourdie. Elrond était le fils d'Elwing ? Ce qui voulait dire qu'il était le petit-fils de Dior, et l'arrière-petit fils de Luthien.

- Vous comprenez à présent pourquoi je me demande comment cette épée a pu arriver en votre possession, dit Elrond.

Un silence inconfortable s'installa entre eux. Elanor se mit à réfléchir très vite, se demandant comment il était possible que l'épée qui était à elle, soit en fait un héritage de droit du seigneur Elrond. Elle-même ne savait pas comment l'épée était arrivée entre les mains de sa mère défunte. Si ce qu'Elrond disait était vrai, des milliers d'années s'étaient écoulées depuis la chute de Doriath, et il y avait alors de nombreuses hypothèses possibles.

Sa mère ou ses ancêtres avaient pu trouver l'épée, ou peut-être leur en avait-on fait cadeau, sans savoir ce que c'était réellement. Les hommes connaissaient très peu les légendes des elfes, cependant ils savaient reconnaître les armes d'exception.

Malheureusement, Elanor n'avait aucune piste, ni aucune réponse à donner à Elrond.

- Je ne sais pas comment ma mère l'a eu, déclara Elanor. Maggi m'a seulement affirmée que ma mère lui avait dit que son propre père la lui avait donnée. Je suis désolé.

Elanor se sentit alors un peu coupable, et ne put cacher son émotion à Elrond. L'elfe leva les mains en signe d'apaisement, et tenta de la rassurer.

- Je ne vous tiens pas pour responsable, ni vous ou votre défunte mère du destin de cette épée, dit-il. Je ne vous punirais pas pour une action dont vous n'êtes pas responsable. Sachez seulement que cette épée a beaucoup de valeur à nos yeux et que j'essaye juste de comprendre ce qui a pu se passer.

- Je ne sais pas. J'aurais tellement aimé vous aider, mais je ne le peux.

Elanor baissa la tête, honteuse. Elrond acquiesça, un peu déçu.

- Moi qui pensais pouvoir trouver des réponses à travers vous, je ne sais à présent que cela est inutile. Vous m'en avez dit toutefois suffisamment. Je vais avoir besoin d'une autre aide, peut-être d'autres personnes qui ont une connaissance plus lointaine.

Il contourna le bureau, et regarda pensivement par la fenêtre.

- Il est évident que vous ne pourrez reprendre cette épée pour l'instant, ajouta Elrond. J'aimerais la garder si vous êtes d'accord. Vous pourrez rester à Fondcombe autant de temps que vous voulez. Je ne vous oblige à rien sinon à rester encore un peu ici à Imladris, le temps que cette énigme soit résolue.

Elanor acquiesça.

- Ma famille doit s'inquiéter de ma disparition… pourrais-je leur faire parvenir un message ? demanda t-elle.

- Bien entendu.

Elrond lui donna un morceau de parchemin, et Elanor écrivit une lettre brève mais concise à Maggi, la rassurant sur le fait qu'elle était toujours en vie et qu'elle allait bien. Elle ajouta qu'elle avait été accueillie par des personnes bienveillantes à Fondcombe, et qu'elle ne savait pas quand elle rentrerait. Elle demanda à la fin de la lettre si tout allait bien, et si Finrod leur cheval était rentré à la maison.

Puis elle cacheta la lettre et la donna à Elrond.

- Un de mes cavaliers leur fera parvenir votre message, lui assura-t-il. Suivez-moi.

Ils quittèrent son bureau et se dirigèrent vers un des gardes. Elrond lui parla brièvement en elfique et lui transmit le message. Le soldat se tourna alors vers Elanor, et lui demanda où se trouvait sa famille. Elle lui décrivit l'endroit, et l'elfe hocha la tête puis prit rapidement congé.

- Il partira en début d'après-midi, l'informa Elrond. Souhaitez-vous vous joindre à moi et à mes enfants pour le déjeuner ?

Elanor accepta avec joie. Elle se dirigea alors avec Elrond vers la grande salle, et ils rejoignirent Arwen et d'autres elfes qui étaient attablés. Elanor fit la rencontre de ses frères Elladan et Elrohir.

Elanor fut un peu perturbé par la vision des jumeaux, car c'était la première fois qu'elle en voyait, et c'était des elfes de surcroît. Tous les deux étaient de nature sereine, mais lorsqu'ils lui parlèrent, elle remarqua au fil de la conversation qu'ils avaient un tempérament assez joueur. Ils ressemblaient beaucoup à leur père, et avaient le même regard de bienveillance dans les yeux. Les fils d'Elrond réussirent à la détendre et à lui faire oublier ses soucis.

A la fin du repas, ils annoncèrent à leur père qu'ils repartaient le lendemain en Eriador, rejoindre un homme nommé « Aragorn ». Elanor fut un peu déçu qu'ils partent aussi vite, et cette annonce lui rappela qu'elle était loin de chez elle.

Mais elle oublia vite cette idée au fil des jours. Elle trouvait la vie calme à Fondcombe, et étonnamment eut l'impression que c'était sa deuxième maison. Son envie de retrouver Maggi et l'auberge s'évanouit peu à peu.

Une semaine plus tard, le cavalier revint avec la réponse de Maggi. Elanor se trouvait dans les jardins, lorsqu'elle vit l'elfe s'approcher et lui tendre un morceau de parchemin.

Elle prit avec joie le mot qu'il lui tendit et le lut :

Elanor,

Nous sommes heureux de savoir que tu es en vie. Les garçons sont rentrés cette semaine pour donner un coup de main. Rassures-toi, Finrod a retrouvé son chemin, mais tu ne peux pas imaginer la peur que j'ai eu quand je l'ai vu déboulé seul de la route! Des rodeurs ont pistés le chemin pendant des jours. Tu n'étais nulle part ! On t'a cru morte tu sais!

Je ne sais pas qui sont ces personnes qui t'ont aidés, mais remercies-les. Et pour l'amour du ciel, fais en sorte de bien te tenir ! J'espère qu'ils te laisseront partir bientôt, il me manque des bras à l'auberge.

Reviens-vite.

Maggi.

Elanor plia le parchemin, et sourit, à la fois heureuse et un peu agacé. Elle manquait à Maggi, cela ne faisait aucun doute. Malgré le fait qu'elle la rabaissait souvent lorsqu'elle était à l'auberge du cheval blanc, la vieille femme l'appréciait.

Le cœur un peu plus léger, Elanor traversa les jardins et tomba nez à nez avec le hobbit qu'elle avait vu une semaine plus tôt.

- Oh ! Bonjour, lui dit celui-ci surpris de la voir.

- Bonjour, lui répondit Elanor.

- Excusez-moi, mais euh… , le hobbit la détailla et son regard s'arrêta sur ses oreilles. Vous êtes humaine !

- Oui.

Le hobbit parut soudain s'animer d'une nouvelle jeunesse et devint tout excité.

- Bon sang, je vous avais prise pour une elfe ! C'est que vous leur ressemblez beaucoup, et on ne croise pas beaucoup d'hommes ici à Fondcombe. Je m'appelle Bilbon Sacquet, de la Comté.

Le semi-homme lui tendit la main, et Elanor la regardant un peu décontenancé. Il n'était pas coutume chez elle de se serrer la main, surtout entre femme et homme. Cependant, le geste du hobbit la toucha, et Elanor serra sa main avec enthousiasme.

- Je vous ai vu l'autre jour, mais je n'ai pas eu l'occasion de me présenter. Je suis Elanor… d'Eriador, ajouta t-elle. Je vis dans le village de Lasdren, près du Brandevin.

- Lasden…

Le hobbit parut chercher dans sa mémoire, se grattant la tête et plissant les yeux.

- Lasdren ? Je ne connais pas, désolé, s'exclama finalement Bilbon.

Puis il se détourna d'elle, et s'assit sur un banc, trop haut pour lui ce qui faisait que ses pieds balançaient dans le vide.

Sa façon si enfantine de répondre interloqua et amusa Elanor, qui sourit. Les hobbits étaient des créatures bien étranges.

Elle lui demanda ce qu'il écrivait dans ses manuscrits, et il lui avoua qu'il était en train de faire son autobiographie.

- Du moins, sur une toute petite partie de ma vie, lui dit-il. Le reste est beaucoup moins intéressant.

Elanor l'écouta faire son récit de ses aventures qui s'étaient déroulées il y a soixante ans plus tôt, décrivant la troupe des nains qui l'avaient entrainé sur la route du trésor et de la reconquête d'Eriador. Il décrivit la redoutable beauté des elfes de la forêt noire et de la montagne solitaire, et la monstruosité du dragon Smaug le doré.

- Ses narines étaient nimbées de flamme, et à chaque respiration qu'il prenait, je sentais l'odeur de la saucisse grillé sur ma veste. Autant dire que j'ai couru vite quand il s'est réveillé! déclara-t-il avec de grands gestes.

Il le racontait comme s'il s'agissait d'une bonne anecdote. Le hobbit rit gaiement, et Elanor se joignit à lui.

Elle ne sut combien d'heures ils passèrent à discuter, mais ils ne se séparèrent que lorsque le ventre d'Elanor commença à rugir. Bilbon lui souhaita bonne nuit, et tous les jours suivants ils se donnèrent rendez-vous dans un coin ensoleillé du jardin pour parler de tout et de rien.

Elanor se fit alors son premier ami à Fondcombe en la personne de Bilbon.

Un jour, alors qu'ils étaient en train de discuter, Bilbon s'arrêta soudainement de parler, et Elanor le vit plisser des yeux en direction de la vallée derrière elle. Elanor se retourna et regarda dans la même direction que le hobbit, et vit qu'une délégation d'elfes venait de traverser l'arche du pont d'entrée à Fondcombe.

Un couple d'elfe menait la horde. La femme était blonde, et elle portait une robe blanche éclatante qui la faisait rayonner. Son compagnon chevauchait à ses côtés, et lui aussi était blond et il avait l'allure majestueuse.

Elanor eut l'impression qu'elle venait d'être frappée d'un enchantement.

- Qui est-ce ? demanda Bilbon.

- Je ne sais pas, répondit Elanor encore sous le charme. Allons voir.

Au moment où ils se levèrent et s'approchèrent des nouveaux arrivants, Elrond descendit les marches du palais et accueillis les elfes blonds.

- Mae Govannen, salua Elrond en elfique.

Elanor et Bilbon s'arrêtèrent à une distance respectable pour ne pas les interrompre. Elrond continua la conversation en elfique, et Elanor ne comprit pas un mot.

- Comment fut la route ?

- Un peu longue, cela faisait longtemps que nous n'étions pas venus ici, répondit l'homme à la chevelure blonde en contemplant Fondcombe.

L'elfe descendit de cheval en même temps que sa compagne, qui accueillit Elrond à bras ouvert et avec un grand sourire qui ne fit qu'accentuer sa beauté.

- Je suis heureuse de te revoir, fils d'Earendil et d'Elwing. Mais où est donc Arwen Undomiel, ma petite fille ?

- Elle se repose dans son salon, allons la voir, répondit Elrond.

- Oui, tu nous montreras ensuite ce pourquoi tu nous as fait venir. Il m'a semblé que cela soit urgent, dit l'elfe blonde avec un air concerné.

- Je vous expliquerais tout.

Le couple suivit Elrond, et ils disparurent de leur champ de vision, s'enfonçant dans les couloirs de la cité.

- Ce pourrait-il que ce soit elle ? dit Bilbon pour lui-même.

Elanor tourna brusquement la tête vers lui.

- Qui ?

- Et bien la Reine Galadriel. La jeune fille aux cheveux d'or qui vit en Lorien.

Galadriel ?

Ce nom était une légende parmi les hommes. On la disait tantôt qu'elle était une elfe inoffensive sous l'apparence d'une jeune fille pure et innocente aux cheveux dorée. D'autres disaient qu'elle était une sorcière elfe, et que sa magie était si redoutable que tous la craignait.

- Oui, je crois bien que c'était la reine Galadriel et son mari Celeborn lui-même. On dirait qu'ils ont un problème, commenta Bilbon.

- Vous avez compris leur conversation ? demanda surprise Elanor.

- Bien sûre ! Je parle l'elfique voyons !

- Vous êtes vraiment étonnant Bilbon Sacquet.

Bilbon remit sa pipe dans sa bouche et fit mine de chasser une mouche, mais il rougit légèrement.

- Quel problème ont-ils ? demanda Elanor.

- Ah !

Bilbon mordilla dans sa pipe nerveusement, puis la retira brusquement de sa bouche.

- Ca je ne sais pas ! Et ça ne m'intéresse pas !

Le hobbit fit demi-tour et lui tourna le dos, repartant dans les jardins.

- Je ne m'occupe plus des affaires des elfes ! Ni d'aucuns autres d'ailleurs ! lança-t-il en balançant sa pipe au-dessus de sa tête. Je suis trop vieux à présent, j'ai arrêté d'offrir mes services !

Elanor le regarda disparaître au coin d'un arbre, plantée en plein milieu de l'allée. Elle resta un instant immobile, pensant à ce qui venait de se passer. Si la reine Galadriel se déplaçait, ce ne devait pas être un hasard. Elrond leur avait-il parlé de l'épée ?

Il avait dit qu'il avait d'une aide extérieur. Serait-ce lui qui les avaient appelés ?

Elanor imita finalement Bilbon, et retourna dans ses quartiers, l'esprit occupé par ces nouveaux elfes qui venaient d'arriver.

Les jours qui viendraient lui donnerait réponse à ses questions.


Voilà! J'espère que ce chapitre vous aura plût. Rendez-vous bientôt pour la suite !

Voici le lexique ci-dessous :


Elfes gris : ou Sindar. Peuple elfe qui décida de rester en Terre en Milieu avec le roi Thingol. D'autres clans, les Noldor et les Vanyar, rejoignirent Valinor. On compte parmi les descendants des Sindar, les elfes de Fondcombe et certains de la Forêt Noire et de la Lorien.

Maiar : Ils furent crées par Eru Illuvatar, et eurent pour fonction de servir les Valar à Valinor. On compte parmi les Maiar les plus illustres : Melian, Thorondor (roi des Aigles), Olorin(Gandalf), et les autres Istari (Saroumane, Radagast, et les deux mages bleus)

Doriath : Royaume Sylvestre des elfes, édifié 6750 ans avant le début de la guerre de l'anneau, et qui se situait en Beleriand. Ces terres immenses sont aujourd'hui immergées sous la mer. Menegroth surnommé « Mille Cavernes » est la capitale ou vivait Thingol et Melian. Elle fut assiégée en l'an 505 par les nains qui tuèrent Thingol en voulant s'emparer du Silmaril, un joyau très convoité et qui renfermait la lumière des arbres de Valinor. Dior prit la place de son grand-père et releva la cité de ses cendres. Elle fut cependant attaquée une seconde fois, cinq ans après, par les fils de Fëanor(des elfes Noldor maudits), et sombra définitivement dans l'oubli.

Thingol / Elwë « roi au manteau gris » : Sa chevelure d'argent lui valut son nom. Thingol était un haut elfe, l'un des premiers de la Terre du Milieu. Roi elfe de Doriath et compagnon de Melian la Maiar, il était aimé de son peuple et avait de grands pouvoirs, conféré en parti par Melian. Il est considéré étant comme le grand roi des elfes gris durant le premier âge. Il a une fille, Luthien. Son épée se nomme Aranruth « colère du roi ». En 505, Thingol meurt de la main de nains forgerons, qu'il avait chargé de sertir le Silmaril sur le Nauglamir (un collier forgé par les nains). Lorsque ceux-ci voulurent s'en emparer, affirmant que Thingol avait une dette envers eux et que le Nauglamir leur appartenait, l'elfe les bannit de Doriath. Mais les nains le tuèrent et emportèrent le Silmaril avec eux. Ce fut alors l'origine de l'animosité entre les nains et les elfes.

Melian : Maiar. Elle a vécu longtemps à Valinor avant de rejoindre la Terre du Milieu et d'épouser Thingol. Elle a une fille, Luthien. Melian était une maiar aux pouvoirs puissants et étranges. Elle créa un anneau de protection autour de Doriath pour protéger son peuple des envahisseurs, et il était impossible d'entrer sans la permission du couple royal. A la mort de Thingol, elle retourna à Valinor, abandonnant son royaume.

Beren : homme, marié à Luthien. Issu de la maison de Bëor.

Luthien : Fille du roi Thingol et de la Maiar Melian. Mariée à Beren.

Dior : demi-elfe, fils de Beren et Luthien. Il épousa une elfe Nimloth, et ils moururent tous les deux lors du sac de Menegroth. Il eut trois enfants : Eluréd, Elurin et Elwing.

Earendil : demi-elfe, père d'Elrond, marié à Elwing.