Bonjour à tous, désolé d'avoir mis autant de temps à publier ce nouveau chapitre. Il m'a donné du fil à retordre, car il s'y passe beaucoup de choses et il est très long. Je l'air corrigé à de multiples reprises sans arriver au résultat que j'attendais. J'ai été aussi assez occupée cette semaine, ce qui a fait que j'ai pris un peu de retard. Mais le voilà, et j'espère qu'il vous plaira encore une fois.
N'hésitez pas à poster des commentaires. Merci encore à Ebene, Melior Silverdjane, Lilyjp, Marine02 et à Twix13 ! Vos encouragements sont très précieux ! Merci !
Bonne lecture
gallica.
Chapitre 5 : Le Lai de Leithian
Elanor dormait profondément lorsqu'un hurlement la réveilla en sursaut. Elle se leva et alla voir au balcon et vit qu'il faisait encore nuit. Il y avait également de l'agitation dans la cité, et elle remarqua que les lumières étaient allumés dans les appartements d'Elrond.
Un frisson lui parcourut l'échine lorsque le cri retentit à nouveau. Cela ressemblait à un cri d'animal qui agonisait. Inquiète, Elanor resta quelques secondes sur le balcon, puis décida de quitter ses appartements pour voir ce qui se passait.
Elle enfila un grand châle par-dessus sa robe de nuit, et descendit les escaliers qui conduisaient dans le jardin. Plusieurs elfes, principalement des hommes, étaient rassemblés devant le palais à la lueur de quelques lanternes. Elanor aperçût le visage troublé de Lindir et il la salua d'un signe de tête.
Quelque chose de grave s'était passée. Elanor se mit à gravir les marches hâtivement, ayant soudain peur que quelque chose soit arrivé à Elrond ou à quelqu'un de sa famille.
Elle ne savait pas si elle avait le droit d'entrer, mais aucuns des elfes ne tenta de la retenir. La rumeur de sa parenté avec Elrond s'était vite répandu à Fondcombe, et le comportement des elfes avait radicalement changé. Les elfes lui parlaient plus volontiers, et beaucoup la considérait à présent comme l'une des leurs. Elle n'avait plus droit à des regards méprisants, mais à des salutations respectueuses et polies, dignes de celles qu'on réservait à Elrond. Les elfes hautains qu'elle avait remarqué, l'évitait à présent, et il lui semblait que si elle donnait des ordres, personne n'oserait contester.
Elanor avait été d'abord un peu perturbé, mais elle s'y était accommodée assez vite.
Quelques elfes s'étaient rassemblés dans les couloirs, et elle se fraya un chemin parmi eux jusqu'aux chambres de guérisons. Alors qu'elle tournait un couloir, elle tomba nez à nez avec un homme, qui venait juste de sortir de la pièce d'où retentissait les gémissements.
Brun, débraillé et revenant visiblement d'un long voyage, il ne ressemblait en rien à un elfe. Il était grand et de haute stature. Et ses yeux étaient d'un gris perçants. Elanor le reconnut aussitôt.
- Vous ! s'exclama t-elle.
L'homme leva les yeux, surpris par sa présence.
- Grands Pas ? C'est bien vous ? questionna Elanor.
Il ne parut pas la reconnaître, mais la regarda avec intérêt, semblant chercher un nom à mettre sur son visage.
- Je suis Elanor. Je travaillais à l'auberge du cheval blanc à Lasdren, lui dit-elle.
Le visage du rodeur s'illumina.
- Oui, je me souviens de vous. Que faites-vous ici ?
Aragorn semblait réellement surprit. Elanor pouvait le comprendre. Il ne se souvenait d'elle qu'en tant que jeune fille de village, travaillant dans une auberge avec sa mère adoptive. Il ne s'attendait surement pas à la trouver à Fondcombe.
- Ce serait un peu long à expliquer. Disons que le seigneur Elrond m'a sauvé d'une troupe d'orques, lui répondit Elanor.
Une lueur de compréhension apparut dans les yeux de l'homme.
- C'est donc vous qui aviez disparu ? Votre mère a lancé tous les hommes de la région à votre recherche.
Elanor haussa les sourcils. Maggi avait fait ça ? Pourquoi n'était-elle pas étonnée ?
Grand-Pas la dévisagea.
- Je n'ai pas pu vous pister, car j'avais malheureusement eu d'autres priorités à Bree. J'ose espérer que vous n'avez pas été blessé.
Il la regarda avec réserve, cherchant des signes de mutilations sur son corps.
- Non, heureusement. J'ai eu de la chance, j'ai seulement eut une entorse à la cheville. Mais le seigneur Elrond m'a guérit et m'a accueilli ici le temps que je me rétablisse.
- C'est un homme bon et un ami précieux, déclara le rodeur.
Il se tut, et il sembla à Elanor qu'il respectait grandement l'elfe.
- Où est-il ? J'ai entendu du bruit, interrogea-t-elle. Des cris m'ont réveillé, savez-vous ce qu'il se passe ?
- Ah… c'était mon ami, soupira Grands Pas.
Il tourna la tête vers la porte fermée, l'air préoccupé.
- Il a été poignardé par un des Nazguls alors que nous faisions route ici.
Un Nazgul ? N'était-ce pas des créatures maléfiques de Sauron ? Elle ne savait rien d'autre, à part qu'ils ressemblaient à des ombres et qu'ils avaient été les serviteurs du Mordor. Elanor frissonna et ramena son châle sur ses épaules.
- Est-ce qu'il va s'en sortir ? demanda t-elle.
- Oui, c'est un semi-homme. Ils sont très résistants contrairement à ce qu'ils peuvent laisser paraître. Son état était préoccupant, mais le seigneur Elrond a réussi à le stabiliser. Il va s'en tirer.
- Tant mieux. Je dois dire que j'ai eu un peu peur lorsque j'ai entendu ces cris. J'ai crus qu'un malheur était arrivé.
Le rodeur hocha la tête, et Elanor remarqua les cernes sous ses yeux. Elle décida qu'il était peut-être temps de le laisser se reposer.
- Puisque j'ai eu réponse à mes questions, je vais retourner dans mes quartiers. Je crains n'être d'aucune aide ici. Je suis heureuse de vous avoir revu, Grands Pas.
- Appelez-moi Aragorn.
Elanor lui lança un regard perplexe.
- C'est mon véritable nom, se justifia-t-il en esquissant l'ombre d'un sourire.
- Oh !
Elanor s'inclina et prit congé.
- Et bien, bonne nuit Aragorn.
- Bonne nuit.
L'homme la contourna et disparut à l'angle du couloir.
Aragorn, c'était donc son vrai nom. Elanor enfin avait résolu l'un des mystères du rodeur.
Que faisait-il à Fondcombe ? Et comment cela se faisait-il qu'il connaissait Elrond ? Cet homme était vraiment surprenant, pensa-t-elle. Maggi ne la croirait pas si elle lui racontait ce qu'elle avait vu.
Elanor fit demi-tour et regagna ses quartiers, suivant les pas du rôdeur.
Le lendemain, Elanor ne revit Elrond qu'au déjeuner. Lorsqu'elle descendit dans le jardin-terrasse où les elfes avaient l'habitude de manger, elle vit avec surprise qu'une petite compagnie composée d'un vieil homme et de trois hobbits étaient attablés avec eux.
Elanor resta un instant devant l'entrée, immobile à fixer ces nouveaux arrivants qui conversaient avec Elrond. Bilbon et Aragorn étaient également présents.
Elrond la vit et lui fit signe, ce qui attira l'attention de Gandalf et de deux hobbits qui se retournèrent dans sa direction.
- Elanor, approches je t'en prie. Vient t'asseoir avec nos invités.
Cette fois tout le monde se retourna, et la regarda bouche bée.
Elanor approcha de la table timidement, la main sur la garde de son épée.
C'est un nouveau réflexe qu'elle avait acquis depuis qu'elle s'entrainait, et qui était devenu une habitude. Habillée d'une longue tunique bleu marine et un pantalon serré, elle ressemblait peu à la jeune fille chétive qui était arrivée à Fondcombe il y a deux mois.
Elanor s'installa entre Bilbon et Elrond, juste en face d'Aragorn et du magicien gris qui la regardèrent avec curiosité.
- Voici Elanor. Elle est arrivée à Fondcombe il y a quelques mois. Sachez qu'elle n'est pas une invitée mais une des nôtres. Elle est une descendante de Dior, et fait donc partie de ma famille.
Elrond posa une main sur son épaule. Il semblait très fier de pouvoir la présenter ainsi, et Elanor sentit ses joues légèrement s'empourprer lorsque Gandalf et Aragorn la regardèrent avec stupéfaction.
- Vraiment ? dit Gandalf.
Il parut très intéressé, et l'observa attentivement. Elanor baissa les yeux, n'arrivant pas à soutenir le poids de son regard.
- Est-ce de cette jeune personne dont vous m'avez parlé ? demanda-t-il à Elrond.
L'elfe acquiesça.
- En effet. Elanor a été capturée par les orques d'Isengard, et c'est elle qui nous a donné de précieuses informations.
- Ah, nous devons donc vous remercier, très chère. Je suis Gandalf le Gris. Voici Meriadoc Brandebouc, Peregrin Touque et Sam Gamegie de la Comté, dit-il en désignant les hobbits qui lui sourirent. Et enfin, voici Aragorn, fils …
- Nous nous connaissons, l'interrompit ce dernier.
Elrond et Gandalf tournèrent la tête et regardèrent Aragorn avec surprise.
- Vous vous connaissez ? interrogea Elrond. Comment ?
- J'avais pour habitude de venir me restaurer dans l'auberge où elle travaillait, répondit Aragorn.
Elanor leva les yeux, et vit que le rodeur lui souriait chaleureusement.
- Vous avez omis me dire que vous étiez apparenté au seigneur Elrond, lui glissa-t-il amusé.
- Je l'ai su il y a peu, répondit Elanor.
Aragorn sourit, et Elanor eut l'impression qu'il la regardait d'un œil nouveau. Le repas commença, et Gandalf se mit à discuter avec Elrond.
Elanor fit connaissance avec les nouveaux arrivants. Merry et Pippin, les deux hobbits qui étaient cousins, riaient beaucoup et détendaient l'atmosphère pesante qui régnait sur le reste des convives. Mais deux hobbits restaient étrangement silencieux, dont Bilbon et Sam qui était un rouquin joufflu au visage doux.
Elanor regarda Bilbon avec inquiétude, car celui-ci d'habitude si joyeux était triste, et il n'avait pas touché à un morceau de nourriture dans son assiette. Sam n'avait également pas grand appétit, et jouait avec sa fourchette.
- Qu'y a-t-il Bilbon ? Vous n'avez pas l'air bien aujourd'hui, demanda Elanor.
- Oh mon Frodon, se lamentait-il. Mon petit Frodon...
- Qu'a votre neveu ? s'étonna Elanor.
Elle connaissait bien Frodon, car Bilbon lui avait raconté de nombreuses choses à son sujet. Elle avait appris que Bilbon avait élevé Frodon lorsque ses parents étaient décédés, et qu'il lui avait légué Cul-de-Sac lors de son départ. Il parlait de son neveu avec toujours une grande affection.
- Oh, Elanor. Il a été blessé, c'est de ma faute…
- Mais… votre neveu est à Cul-de-Sac. Et il va bien, non ?
Bilbon secoua la tête en signe de négation. Il cacha ses mains dans son visage et Elanor comprit alors que les cris d'agonie qu'elle avait entendu la veille, et qui avait réveillé tout Fondcombe était ceux de Frodon.
Elle consola tant bien que mal Bilbon, lui disant qu'il était sauf et qu'il n'avait plus rien à craindre. Mais cela ne suffit pas à faire disparaître la culpabilité de Bilbon.
Elle se demanda pourquoi le neveu de Bilbon s'était retrouvé dans cette situation, et se dit qu'elle aurait des questions à poser plus tard.
Voyant la détresse du hobbit, Elrond se leva et lui proposa de l'accompagner voir Frodon. Bilbon accepta avec la plus grande reconnaissance et se leva de table pour suivre le seigneur elfe. Sam les regarder partir avec envie, et Elanor se sentit un peu désolé pour lui.
Il ne resta alors plus qu'elle, Gandalf, Aragorn et les trois hobbits attablés. Au moment où elle allait parler à Aragorn pour lui demander ce qui était arrivé à Frodon, une main légère se posa sur son épaule et la fit sursauter.
- Alors, on oublie de dire bonjour à son chevalier servant ? dit une voix amusée.
Elanor fit volte-face et se retrouva devant Glordinfel, qui lui souriait dans toute sa splendeur.
- Vous êtes rentrée ? s'exclama-t-elle surprise.
- Oui, hier.
- Hier ?
N'était-ce pas hier que Frodon, les hobbits et Aragorn étaient rentrés eux aussi ?
- Et vous ne venez me voir que maintenant ? Où êtes-vous donc allé ? demanda Elanor en plissant les yeux. Vous avez disparu si vite. Je vous ai attendue vous savez.
Tant qu'à lui tirer les vers du nez, autant jouer à son jeu jusqu'au bout. Elanor prit un air de femme déploré, et Aragorn haussa les sourcils imperceptiblement tandis que Glorfindel éclatait de rire.
- Je n'en doute pas, se moqua-t-il. Mais j'espère que vous vous êtes entrainée en mon absence. Que diriez-vous de fêter nos retrouvailles par un petit duel ?
- Quoi, tout de suite ? demanda Elanor.
Elle avait provoquée Glorfindel, mais elle n'en espérait pas tant.
- Oui. Vous semblez prête et parée à m'affronter, dit-il en la regardant des pieds à la tête.
- D'accord.
Elanor se leva, et s'excusa auprès des autres convives. Gandalf et Aragorn hochèrent la tête, puis elle quitta la pièce avec Glorfindel sous le regard fasciné des hobbits.
- Vous n'allez pas me dire ce que vous avez fait, pas vrai ? demanda Elanor.
- Non.
- Vous avez secouru le hobbit ?
Glorfindel esquissa un sourire.
- Bien vu.
- Pourquoi était-il poursuivi ? Aragorn m'a dit qu'il avait été blessé par un Nazgul.
Elle se tourna vers l'elfe et vit que ses traits s'étaient légèrement tendus.
- Le hobbit portait avec lui un objet de grande valeur, cependant je ne peux vous en dire plus, Elanor. Je pense qu'Elrond vous en fera part très bientôt, soyez patiente.
Elanor acquiesça et ne posa plus aucune question, bien que sa curiosité ne cesse de grandir.
Alors qu'elle s'entrainait avec Glorfindel depuis quelques heures, Aragorn vint les rejoindre. Il demanda à Glorindel s'il pouvait regarder, et l'elfe lui proposa au contraire de se joindre à eux, ce qu'Aragorn accepta.
Elanor se retrouva donc face à deux adversaires, qu'elle affronta tour à tour. Aragorn, contrairement à Glorfindel qui était un guerrier elfe aguerri par l'âge et l'expérience, avait un style bien à lui. Elanor s'aperçu qu'il employait les techniques elfiques mais qu'il avait un style aussi plus agressif propre à l'homme.
Elle en fut surprise, et lorsqu'il la désarma une seconde fois, elle lui demanda où il avait appris à se battre.
- Ici-même, répondit Aragorn. J'ai été élevé à Fondcombe pendant mon enfance, et entrainé par les plus grands guerriers elfes.
Il se tourna vers Glorfindel, et d'un air complice ils échangèrent un sourire. Elanor comprit alors que l'elfe comptait parmi l'un de ses maîtres.
- Estel, tuioch medui govad mîn, plaisanta l'elfe son visage rayonnant de joie et de jeunesse.
- A le, ù-duioch melon, répondit Aragorn.
Ils se mirent à rire et se firent une accolade amicale. Elanor les observa, haussant les sourcils, et ne comprenant pas un traître mot de ce qu'ils avaient dit.
Glorfindel se tourna vers elle et lui dit d'un ton taquin :
- Il va falloir travailler ton elfique ma jeune amie.
Les deux hommes la regardèrent d'un air moqueur.
Elanor leur répondit par une petite moue déconfite.
Frodon Sacquet se réveilla trois jours plus tard, peu avant midi. Elrond organisa un grand banquet en son honneur où tous furent conviés.
Elanor prit place à la table, à la gauche d'Elrond. Elle avait revêtit pour l'occasion une jolie robe émeraude échancrée. Arwen avait tressé ses longs cheveux bruns, de sorte qu'ils retombaient sur ses épaules à la mode elfique. Elle n'était pas aussi belle et somptueuse que les autres femmes elfes, mais malgré tout, sa beauté de mortelle attira le regard de certains hommes.
Glorfindel prit le siège à côté d'Elanor, et se pencha vers elle.
- Vous resplendissez très chère, la complimenta-t-il.
- Vous n'êtes pas mal non plus, melon, lui répondit Elanor avec un sourire amusé.
Glorfindel lui adressa un sourire si séduisant qu'Elanor sentit ses joues rougir malgré elle. Sous le gloussement de rire de l'elfe, elle se détourna de lui et regarda en direction des portes de la grande salle.
Celles-ci s'ouvrirent soudainement et un petit groupe de nains entra. Etonnée, elle en oublia de manger ce qu'il y avait dans son assiette, et les regarda avec des yeux ronds s'avancer vers eux.
Elrond se leva pour les accueillir, alors que le reste de l'assemblée regardait les nouveaux arrivants avec un avis mitigé.
- Bienvenue, maîtres nains. Veuillez prendre place à ma table, Gloin.
Un nain solidement bâtit à la barbe rousse acquiesça, et rejoignit Elrond, pendant que les autres nains s'asseyaient à une table en bas de l'estrade.
Elanor perçut les regards mauvais que certains elfes posaient sur les nains, et elle sentit que tous ici ne les appréciaient pas. Cependant, personne n'osa contester leur présence, comme si l'autorité d'Elrond elle-même était suffisamment dissuasive.
Gloin à quelques mètres d'elle, en compagnie d'un autre nain à la barbe rousse qui semblait un peu plus jeune. L'air un peu bougon qu'ils affichaient contrasta d'une façon spectaculaire avec la délicatesse des gens attablés. Cette vision était plutôt cocasse. Les nains dénotaient complètement avec le reste des convives. Leur arrivée avait suffi à changer l'atmosphère de la grande salle en quelques secondes.
Que faisaient des nains à Fondcombe ? Et pourquoi Elrond les avaient-ils accueillis avec autant de partialité ? Leur haine viscérale était pourtant légendaire et même connue des hommes.
Ils se mirent à discuter joyeusement entre eux, et Elanor les regarda fascinée. Elle n'avait jamais vu de nains auparavant, exceptés dans les vieux livres de contes où ils étaient représentés comme de petits hommes, trapus et barbus portant des armures massives. On leur donnait aussi la caractéristique de vivre reclus dans les montagnes, et d'avoir une accoutumance prononcée pour tout ce qui brillait.
Ces nains-là ressemblaient en tous points à ceux qu'elle avait imaginés, excepté qu'ils semblaient moins sauvages et plus sociables que ce qui était raconté dans les histoires.
Elle les regarda avec amusement tandis qu'ils étudiaient les plats avec perplexité. L'un des nains souleva une feuille de salade, et méfiant, croqua dedans. La grimace de dégout qu'il fit ensuite était hilarante, et sans cérémonie il jeta la feuille, par-dessus sa tête.
Certains elfes qui se trouvaient à proximité des nains leur lancèrent des regards réprobateurs.
Elanor ne parvint pas à retenir éclat de rire, s'attirant le regard interrogateur de Glorfindel.
Même si elle adorait les elfes, il fallait dire que la présence des nains lui fit tout à coup l'effet d'une bouffée d'oxygène. Elanor avait l'impression de moins étouffer, et de retrouver en eux une partie d'humanité qu'elle avait perdue en arrivant ici. Et aussi, elle n'était pas la seule à rechigner à manger de la verdure.
Les nains et elle allaient bien s'entendre, et elle avait hâte de faire plus ample connaissance avec eux.
Lorsque Frodon entra, il fut d'abord stupéfait de tout ce monde rassemblé en son honneur. Ses yeux tombèrent sur l'estrade où se dressait la table d'Elrond, lui-même assis au centre. A sa droite se trouvait Gandalf, et à sa gauche une très belle femme, que Frodon prit un instant pour une elfe avant de voir en s'approchant que ses oreilles n'étaient pas pointues. Glorfindel se trouvait à côté d'elle, ses cheveux blonds et son sourire le rendant encore plus éclatant qu'un rayon de soleil.
Frodon contempla admiratif toutes ces grandes personnes, même Gandalf et Glorfindel qu'il connaissait, mais qui pourtant se révélaient à cet instant comme de puissantes personnes de haut rang.
Son regard fut attiré vers le milieu de la table, là contre les teintures se dressait un fauteuil recouvert d'un dais sur lequel était assise la plus belle dame que Frodon n'ait jamais vu. Elle ressemblait si bien à Elrond sous une forme féminine que Frodon devina un lien de parenté. La lumière étoiles brillait dans ses yeux, et son visage était beau et jeune. Un petit bonnet brodé de perles en argent reposait sur ses cheveux d'un noir profond, et elle ne portait qu'une simple robe grise, qui lui allait à la perfection.
Ensorcelé par cette vision, Frodon comprit qu'il s'agissait d'Arwen la fille d'Elrond. Surnommé Undomiel, l'étoile du soir par son peuple, on disait qu'elle était l'image réincarnée de Luthien, son ancêtre à la beauté incomparable.
Aragorn était assis non loin d'elle, ainsi que deux nains. Il restait seulement deux places vides, et Elrond lui fit signe de prendre place à la table.
- Venez-vous asseoir, mon jeune ami.
Frodon le regarda, incertain, mais la jeune femme à côté d'Elrond lui adressa un sourire chaleureux et le hobbit rougit. Il s'avança, et s'assit sur son siège surélevé de coussins, qui était à côté de Gandalf, soulagé de ne plus être le centre d'attention.
Elanor regarda Frodon s'assoir, et chercha Bilbon du regard, mais elle ne put le trouver dans la salle. A la fin du repas, Elrond et Arwen se levèrent, et conduisirent tous les invités dans une autre pièce. Elanor se retrouva en tête du cortège avec Glorfindel, juste derrière Elrond et Arwen. Les portes de la grande salle furent ouvertes par les gardes, et ils débouchèrent dans un grand salon où il n'y avait rien excepté quelques coussins par terre, et un feu de cheminé qui crépitait dans le coin de la salle.
Elanor entendit la conversation que Gandalf et Frodon avaient juste derrière elle, et tendit l'oreille :
- C'est ici la Salle du Feu, dit Gandalf. Vous y entendrez maintes chansons et maints récits, maître hobbit pour peu que vous restiez éveillé. Elle reste vide la plupart du temps, sauf pour les grandes occasions comme aujourd'hui, mais le feu y brûle toute l'année et chacun peut s'y reposer. Il y a peu d'autre lumière.
Elanor n'était jamais rentrée dans cette salle, et l'admira un instant avant de voir qu'une petite forme ratatiné était assise sur un tabouret en face de la cheminée.
Bilbon ! Le voilà enfin !
- Réveillez-vous, maître hobbit ! s'exclama Elrond, souriant en s'approchant de lui.
Puis il se tourna vers Frodon.
- Voici votre neveu qui était très pressé de vous retrouver, dit-il en plaisantant.
- Bilbon ! s'exclama Frodon en se précipitant vers son oncle.
- Oh, te voilà mon ptit gars, tu es enfin debout, l'accueillit Bilbon joyeusement.
Puis il se tourna vers Elrond, et prit un ton faussement coléreux.
- Me réveiller ? Vous en avez de bonnes, sachez que je ne dormais pas, maître Elrond !
L'elfe rit.
- Alors que faisais-tu ? demanda Frodon. Et pourquoi n'étais-tu pas au banquet ? Et d'ailleurs, pourquoi ne t'ai-je pas vu plus tôt ?
- Parce que tu dormais. Moi je t'ai beaucoup vu. Je suis resté à ton chevet avec Sam chaque jour. Pour ce qui est du festin, je ne pratique plus ce genre de choses à mon âge. J'avais autre chose à faire.
- Et qu'est-ce donc ?
- Je composais ! Une chanson vois-tu. Et j'étais tranquillement assis ici, jusqu'à ce que vous sortiez de ce banquet, bien trop tôt ! J'avais un ou deux vers à l'esprit, mais à présent il va y avoir tellement de chants que mes idées vont être purement balayés de ma tête. Je vais devoir avoir recours à mon ami Dùnadan. Où est-il d'ailleurs ?
Bilbon se retourna et chercha quelqu'un dans la foule.
- On va vous le trouver, répondit Elrond. Retirez-vous dans un coin pour finir votre tâche, et on entendra cela et on en jugera juste avant la fin de nos réjouissances.
L'elfe s'éloigna avec sa compagnie et prit place au centre de la pièce, alors que les chants commençaient et résonnaient harmonieusement.
Les nains suivirent les elfes, bien qu'ils ne semblaient pas très enthousiastes à l'idée d'assister à ce concert improvisé.
Comme personne ne prêta attention à elle, Elanor préféra rester à l'écart non loin de Bilbon et Frodon. Sam arriva à son tour et s'assit à côté des hobbits et tous les trois se mirent à converser à propos de la comté. Ne voulant pas interrompre leurs retrouvailles, Elanor resta un peu en retrait écoutant d'une oreille leur conversation, tandis que de l'autre elle se laissait porter par la musique et le chant des elfes.
De nombreux elfes chantèrent, narrant les plus grandes batailles et les plus belles histoires. Elanor se laissa porter par leurs voix, ne voyant pas les heures passées. Elle remarqua que les nains s'étaient assis, et que certains dormaient. Lorsqu'un ronflement se faisait entendre, Gandalf s'empressait de donner un coup de bâton au perturbateur.
Elanor commençait à sentir elle aussi ses paupières tomber, lorsque Lindir s'avança au centre de la salle. Sa curiosité fut piquée à vif, et elle sortit de sa somnolence pour l'écouter.
Longues étaient les feuilles, verte l'herbe,
Les ombellules hautes et belles,
Et dans la clairière on distinguait une lumière
Celle d'astres scintillants dans l'ombre.
Là dansait Tinúviel
Sur la musique d'une lointaine flûte,
Et la lumière des étoiles dans ses cheveux,
Et une lueur dans sa capeline.
Là vint Beren des froides montagnes,
Et il erra perdu sous le feuillage,
Et là où coulait la rivière elfique
Il marcha seul et chagriné.
Son regard perça entre les feuilles de cigüe
Et il vit émerveillé des fleurs d'or
Massées sur son manteau et sur ses manches,
Suivant l'ombre de sa chevelure.
L'enchantement allégea ses pieds las
Qui à travers monts éternellement erraient ;
Il s'empressa d'avancer, fort et vif,
Et se saisit des faisceaux scintillants de la Lune.
À travers les bois entremêlés du foyer d'Elfinesse
Elle s'enfuit légèrement les pieds dansants,
Et le laissa seul encore à errer
Dans la silencieuse forêt aux aguets.
La voix de Lindir était douce, et toute la salle s'était tue pour l'écouter. Elanor se laissa porter par son chant, fascinée par l'intonation et les mots de l'elfe. Il avait une voix magnifique.
Quand l'hiver passa, elle vint encore,
Et soudain son chant libéra le printemps,
Ainsi le réveil de l'alouette, la pluie tombante,
Et le bouillonnement de l'eau libérée.
Il vit le printemps des fleurs elfiques
Autour de ses pieds, et encore fut apaisé
Il espéra sa danse et son chant
Sur l'herbe sereine.
Elle s'enfuit encore, vif il la suivit
Tinúviel ! Tinúviel !
Il l'appela de par son nom elfique ;
Et elle s'arrêta alors écoutant.
Un instant elle s'arrêta, et un sort
Sa voix jeta sur elle : Beren venait,
Et le destin s'abbatit sur Tinúviel
Qui dans ses bras tombe rayonnante.
Comme Beren regardait en ses yeux
Dans l'ombre de sa chevelure,
La frissonnante clarté des cieux
Il vit là reflétée miroitante.
Tinúviel le trésor d'elfinesse,
Immortelle vierge à la sagesse elfique,
Enserra sur lui l'ombre de sa chevelure
Et ses bras brillant comme l'argent.
Longue fut la voie que la fatalité leur infligea
Au-delà des monts pierreux, froids et gris,
Par les couloirs dorés et la porte ténébreuse,
Et d'obscurs bois sans lendemain.
La mer de la Séparation se rua entre eux,
Et une dernière fois ensemble furent,
Et ils partirent antan
Chantant sans chagrin dans les bois.
Le chant se termina sous une nuée d'applaudissement, et Elanor sentit une présence à côté d'elle. Elle leva les yeux, et vit qu'Aragorn l'avait rejointe.
- Il est magnifique, n'est- pas ?
- Oui, répondit Elanor. Je ne connaissais pas ce chant. Il est vraiment très beau.
- Peu d'hommes le connaissent. Mais cette histoire est très populaire chez les elfes, et les gens de Fondcombe aiment encore la raconter. On peut même dire que cette histoire les fascines.
- De qui est-ce que ça parle ? demanda Elanor.
Elle avait compris l'essentiel, à savoir que ce Beren avait fait la rencontre de Tinuviel dans les bois, et qu'il était tombé immédiatement sous son charme. Il l'avait cherché longtemps dans les bois, et Tinuviel ne faisait que des apparitions, fuyant sa présence. Mais un jour elle s'était montrée, et tous deux étaient tombés amoureux.
- C'est un extrait du lai de Lethian, répondit Aragorn. Il s'agit de l'histoire d'amour entre l'homme Beren et l'elfe, Luthien. Lindir a chanté le moment de leur rencontre dans les bois de Doriath, et l'histoire de leur fin.
Beren et Luthien ? N'avait-elle pas déjà entendu ces deux noms quelque part ? Elanor chercha dans sa mémoire, puis se souvint de ce qu'Elrond lui avait raconté. Luthien était la fille de Melian et Thingol, le roi de Doriath. C'était donc l'histoire des parents de Dior.
Elanor n'avait pas réalisé qu'il s'agissait d'eux. Après tout c'était ses ancêtres. C'était un peu étrange d'entendre le récit de leur rencontre chantée de cette façon. Ainsi donc, Beren était mortel, alors que Luthien était une elfe ? Elanor en fut étonné. Elrond ne lui avait pas dit cela.
Elle ne savait même pas que les couples entre homme et elfes avaient existés.
- Comment cela s'est-il fini ? demanda Elanor.
- A la fin, Beren est mort, et Luthien l'a suivi, à la plus grande tristesse de ses parents. On dit qu'ils sont restés dans les cavernes de Mandos un moment, avant d'être ressuscités sous la forme de deux mortels. Mais personne ne les a jamais revus.
- Glorfindel aussi est revenu d'entre les morts, n'est-ce pas ?
Aragorn acquiesça.
- C'est très rare. Et personne ne peut vraiment l'expliquer, si ce n'est que cela n'est que de la volonté des Valar.
- Je n'aurais jamais cru que l'amour puisse exister entre une elfe et un homme, songea Elanor à haute voix. Cela a dû être très dur pour Luthien de voir celui qu'elle aime mourir.
C'était beau et tragique à la fois.
Aragorn perdit soudainement son sourire.
- Oui, j'imagine.
- Y a-t-il eu d'autres couples connus ? A part Beren et Luthien ?
Aragorn se renferma soudain sur lui-même, et Elanor le regarda avec interrogation. Il ne lui répondit qu'après un long silence inconfortable.
- Oui, mais très peu. Excusez-moi, dit Aragorn.
Il se retira, et s'éloigna dans la foule. Elanor le suivit du regard. Le comportement d'Aragorn était inhabituel. Avait-elle dit quelque chose qui ne fallait pas ?
Un peu coupable, elle se promit de faire ses excuses plus tard.
Glorfindel lui fit soudain signe, et Elanor le rejoignit. Il était en compagnie d'Elrond et Arwen, et tous les trois l'accueillirent à leurs côtés.
- Allons, quel chant voulez-vous entendre, Elanor ? lui demanda Elrond.
- Hum… je ne sais pas. Peut-être celui de l'assaut d'Angband par Hurin.
Elrond acquiesça et tapa dans ses mains, et les musiciens se mirent à jouer un autre air.
Elanor resta un moment avec les elfes, puis s'éclipsa pour rejoindre Bilbon, à qui elle n'avait pas parlé de la soirée. Lorsqu'il l'aperçu, le hobbit l'accueillit avec bonne humeur.
- Elanor ! Approchez !
Bilbon lui tendit la main, et Frodon la regarda s'approcher avec de grands yeux. Elanor saisit la main du semi-homme, et la serra affectueusement.
- J'aimerais te présenter une très bonne amie, mon cher neveu. Voici Elanor d'Eriador, et parente d'Elrond. Elle a beaucoup prit soin de moi ces derniers mois tu sais.
Frodon esquissa un sourire timide.
- Merci d'avoir pris soin de mon oncle, ma dame, la remercia t-il.
- J'ai beaucoup entendu parler de vous par votre oncle, Frodon. J'espérais faire enfin votre connaissance.
Le hobbit rougit lègèrement.
- Alors Elanor, aimez-vous cette soirée ? lui demanda Bilbon.
- Oui. C'est très divertissant.
- Je n'en doute pas, vous qui aimez les histoires, ce soir vous êtes servi ! Ah, le voilà ! Le Dùnadan ! s'exclama le vieil hobbit en levant la tête. Je vous attendais mon ami.
Elanor se retourna, et vit qu'Aragorn était venu les rejoindre. Il ne lui adressa pas le moindre regard, rappelant leur dernière conversation, et sourit à Bilbon.
- Pourquoi l'appelez-vous le Dùnadan ? demanda Frodon. C'est Grand-Pas !
- On me nomme par beaucoup de noms sur cette terre, Frodon, répondit Aragorn.
- Il faut que tu révises ton elfique mon cher Frodon. Dun-adan signifie : Homme de l'Ouest, Numénorien !
- Ah. Je ne m'en souvenais plus, s'excusa Frodon.
Numénorien ?
Elanor haussa un sourcil. Aragorn descendait des Numénoriens ?
Ce peuple s'était pourtant éteint il y a des siècles, et tous ses descendants avaient disparus. Les Numénoriens étaient jadis un peuple noble, doté d'un grand savoir et parents lointains des elfes. En voilà une autre révélation. Aragorn était décidement plein de surprises. Qui était réellement cet homme ?
Elanor le dévisagea alors que Frodon se confondait en excuses. Elle eut soudain un élan de compassion pour le hobbit, étant donné qu'elle-même avait des difficultés avec l'elfique.
Glorfindel lui avait appris quelques phrases, mais elle ne parvenait pas à les retenir, malgré tous ses efforts.
- Aragorn, j'aurais besoin de votre aide pour une composition, dit Bilbon. Elrond souhaiterais l'entendre avant la fin de la soirée, mais je suis en panne !
- Alors, allons-y ! Faites la moi entendre !
Lui et Bilbon s'éloignèrent et se mirent à discuter dans un coin de la salle.
Frodon et Sam se retrouvèrent seuls, et Elanor s'assit à côté d'eux sur un des coussins.
Merry et Pipin virent bientôt les rejoindre, et les hobbits se lancèrent dans un récit enthousiaste et passionnant de leur arrivée à Fondcombe.
Puis Bilbon et Aragorn revinrent, et le hobbit entama enfin son chant. Elanor se laissa bercer par les paroles de la chanson, et lorsqu'il eut terminé décida de partir. Elle salua les hobbits, et quitta la pièce pour rejoindre ses appartements.
Prise d'une envie de rester seule, elle monta l'escalier menant à ses appartements. Elle ne voulait cependant pas rester enfermée, et songea à rester dehors sur le balcon, afin de profiter de l'air frais de la nuit. Mais lorsqu'elle arriva, quelqu'un était déjà accoudé à la balustrade et avait pris sa place.
C'était un elfe étrange, svelte, grand et blond.
Elanor crut d'abord que c'était Glorfindel, car il était le seul à avoir la chevelure de cette couleur, cependant lorsqu'elle s'approcha, elle vit que ce n'était pas lui.
De dos, Elanor vit qu'il portait une tunique verte et un pantalon brun, par-dessus laquelle il avait revêtit une cotte de maille en écaille qui recouvrait en partie ses épaules. Les rayons de la lune se reflétaient sur celle-ci et sur ses cheveux, leur donnant l'éclat d'une cascade d'argent.
L'elfe se retourna vers elle, s'apercevant enfin de sa présence.
Elanor frissonna, et elle fut presque sûre que son cœur rata un battement. Les yeux de l'elfe étaient d'un bleu pur et perçant, et elle sentit son regard la transpercer, comme s'il lisait à travers elle comme dans un livre ouvert.
Elle ne sut si ce fut une sensation glaciale ou chaleureuse qui la traversa de l'intérieur, mais son corps se mit à trembler de façon incontrôlable.
Elanor n'avait jamais vu un tel regard, et même Glorfindel qui était très beau, ne lui paraissait pas aussi fascinant à cet instant, que cet elfe qui se tenait là et la regardait.
- Bonsoir.
La voix de l'elfe était douce, mais elle était aussi un peu plus impétueuse et différente de la voix pacifique des elfes de Foncombe. Elanor sortit de sa transe, et comprit alors qu'il n'était pas d'ici, et que c'était un étranger.
- Bonsoir.
L'elfe la dévisagea longtemps, et Elanor ne sut lire l'expression de son visage.
- Vous êtes mortelle.
Elanor ne se sentit pas insultée, car il ne faisait qu'une simple constatation, et l'elfe ne la regardait pas avec un air hautain mais avec surprise. Elle acquiesça silencieusement, ne parvenant toujours pas à articuler un mot.
- Je ne m'attendais pas à rencontrer des mortels ici, commenta l'elfe en se détournant pour regarder de nouveau le paysage.
- Vous n'êtes pas d'ici.
- Non. Je viens de la forêt noire, sur ordre du seigneur Thranduil.
Il ne spécifia ni son nom, ni son rang, et Elanor se dit qu'elle n'avait pas à spécifier le sien non plus.
- Je ne vous ai pas vu lors du festin, à moins que mes yeux ne m'ait fait défaut, dit-elle.
- Je suis arrivé seulement en fin d'après-midi, je n'ai pas voulu perturber le diner en m'y invitant.
Elanor hocha la tête, bien qu'elle se doutait qu'il aurait pu venir dans la grande salle sans encombre, même après l'heure passée, et que le seigneur Elrond l'aurait accueilli à bras ouverts. Mais elle comprit que l'elfe était plutôt renfermé, et ne devait pas être du genre loquace, et qu'il préférait la tranquillité aux grandes fêtes.
Aussi ne posa-t-elle plus de question et s'accouda prit place à côté de l'elfe, tandis que celui-ci fredonnait un air du bout des lèvres.
- L'étoile d'Eärendil brille ce soir, dit-il en fixant une étoile plus brillante que les autres dans le ciel nocturne.
Elanor leva également les yeux vers le ciel. Les étoiles brillaient toujours plus fortement au-dessus de Fondcombe, grâce à une magie qu'elle ne connaissait pas.
- Ne pouvez-vous pas contempler les étoiles, là d'où vous venez ? lui demanda-t-elle.
- Oui et non. Nous habitons dans ses cavernes, et nous ne pouvons regarder les étoiles que lorsque nous nous hissons en haut des plus grands arbres de la forêt.
- Votre pays m'a l'air bien étrange, comparé à ici.
L'elfe tourna la tête et la regarda.
- Cela ne lui enlève en rien sa beauté, répondit-il.
Elanor crut l'avoir offensé.
- Bien sûre, je n'en doute pas.
L'elfe la regarda une nouvelle fois, et Elanor ne sut lire ce qu'il pensait dans son regard. Des applaudissements un peu plus prolongés retentirent dans le palais, et ils comprirent que la fête était terminée.
- Il est temps pour moi de redescendre, annonça-t-il. Ce fut un plaisir de vous rencontrer.
Elanor hocha la tête, et l'elfe s'inclina devant elle avant de s'en aller. Elle le regarda s'éloigner dans la nuit, se demandant qui était cet elfe si bizarre et peu bavard.
Elle poussa la porte de sa chambre, et rejoignit la chaleur de son lit.
Et voilà ! Je pense que vous avez deviné qui était ce dernier personnage. ;) Rendez-vous bientôt pour la suite des aventures d'Elanor.
A bientôt !
Voici la traduction de la conversation entre Glorfindel et Aragorn :
Estel, tuioch medui govad mîn = Estel, tu as un peu grandis depuis la dernière fois - (Glofindel)
A le, ù duioch melon : Et toi tu n'as pas changé, mon ami - (Aragorn)
