Bonjour à tous ! Voici enfin le nouveau chapitre. Un grand merci, encore une fois à mes fidèles reviewers Marine02, Delphlys, Melior Silverdjane, et à Faust !

C'était un peu long cette fois, désolé je n'ai pas beaucoup de temps en ce moment. Je vais faire le maximum pour poster plus rapidement la prochaine fois, promis. Vous avez le droit de me jeter des tomates si je n'y arrive pas ^^

En tout cas, j'espère que ce chapitre vous plaira. L'aventure de la communauté commence doucement, mais surement.

Bonne lecture

gallica.


Chapitre 7 : Le départ

Le départ de la communauté fut annoncé pour les semaines suivantes.

Cependant, Elrond ne leur donna pas de date précise. Il voulut d'abord s'assurer que le chemin était sûr et il envoya des éclaireurs à travers le pays, afin de sonder les Terres du Milieu.

Aragorn partit plus d'un mois avec les fils d'Elrond, Elladan et Elrohir. Ils revinrent après un long mois, et rapportèrent les nouvelles de ce qu'ils avaient vus à Elrond seul. Le sujet de leur conversation resta secret, mais finalement, Elrond annonça que la communauté devait partir les prochains jours.

Elanor commençait à réaliser l'étendue de ce qui allait se passer dans les semaines à venir. La communauté se mit en action, et tous commencèrent à devenir nerveux. Elle s'était jeté tête baissée dans un voyage qui n'allait pas être de tout repos. Surtout qu'elle était la seule femme.

Elle profita des derniers instants qui lui restaient à passer à Fondcombe, à se reposer et à tenir compagnie à Arwen, lorsque celle-ci ne disparaissait pas mystérieusement. Elanor la soupçonnait de fréquenter quelqu'un, car son comportement était étrange et à chaque fois qu'elle revenait son visage était radieux. Mais elle n'avait pas encore réussit à savoir qui était cet elfe chanceux.

Elanor adressa une dernière lettre à Maggi quelques jours avant leur départ, lui signifiant qu'elle ne rentrerait pas avant longtemps, si ce n'est une année entière. Elle s'excusa par avance de son absence, et lui promit de revenir dès qu'elle le pourrait. Cependant le cœur n'y était pas, et elle n'en avait pas très envie, même si l'auberge lui manquait.

Les elfes lui avaient donnés suffisamment de richesses pour qu'elle puisse subvenir à ses besoins lorsque la guerre serait finit. Elrond y avait veillé. Elanor prévoyait de rester définitivement à Fondcombe, car même si elle aimait sa famille adoptive, elle ne s'était jamais vraiment sentit à sa place parmi eux.

Elle ne savait pas combien de temps leur voyage jusqu'au Mordor allait durer. Cependant elle n'était pas prête à renoncer à son engagement envers Frodon, et ni à trahir sa parole devant les autres. Boromir semblait être celui qui attendait à ce qu'elle revienne sur sa décision d'un moment à l'autre. Cependant Elanor était bien décidée à tenir sa promesse.

Elle n'avait pas beaucoup vu le reste de la communauté ces dernières semaines. Gimli, Legolas et Boromir restaient dans leur coin et ne se montraient guère. Les hobbits étaient les plus enthousiastes, et Elanor passait la plupart de ses journées en leur compagnie. Elle avait découvert que Frodon était d'une gentillesse extrême, et qu'il était en tout point comme Bilbon le lui avait décrit. Sam était timide et très serviable, tandis que Merry et Pippin respiraient l'innocence et la bêtise.

Pippin plus que Merry, d'ailleurs.

Après le conseil, Elrond s'était muré dans le silence et s'était retranché dans ses activités. Il passait la plupart de son temps avec Gandalf dans son salon privé, à étudier de nombreuses cartes et Elanor ne le voyait presque plus, même pendant les diners. Cela l'attrista un peu, car Elrond était devenu un peu comme un père, et malgré elle, elle s'était habituée à sa présence.

Glorfindel la fit travailler encore plus durement. Elanor revenait en sueur à la fin de longues journées d'entrainement. L'elfe était inquiet de son départ avec la communauté, et il lui apprit en un temps record à manier les dagues, et toutes sortes d'autres armes, dont la lance et l'arc.

Elanor se révéla assez douée avec le maniement des dagues, car c'était des armes légères, et il fallait de la dextérité et de la souplesse pour les utiliser. Par contre, elle se révéla être une véritable catastrophe à la lance et au tir à l'arc. Glorfindel l'entraina à viser des cibles en paille, et ne cessa de lui répéter qu'elle devrait anticiper les mouvements de l'ennemi.

- Cette cible est immobile. Mais n'oublie pas que les cibles sont en réalité vivantes. Les orques bougent à une grande vitesse, malgré l'air crétin qu'ils peuvent avoir. Tu n'auras même pas le temps d'ouvrir la bouche qu'ils t'auront tranché la gorge.

- Je le sais assez bien, merci, marmonna Elanor.

Glorfindel resta de marbre, et n'esquissa pas l'ombre d'un sourire. C'est pourtant la réaction qu'il aurait eu quelques semaines plus tôt. Il était beaucoup plus tendu depuis que le conseil avait eu lieu, et sa joie de vivre avait fait place à la dureté et à la froideur d'un guerrier expérimenté.

Elle savait qu'elle en était la cause, car il n'était pas content de sa décision. Mais il avait décidé de la respecter et de la préparer aux pires épreuves. Ainsi, elle écouta attentivement tous les conseils de l'elfe, et fit en sorte de s'appliquer à exécuter tout ce qu'il lui demandait. Voir la déception dans son regard était la dernière chose qu'elle voulait.

Elanor plissa les yeux, essayant de visualiser le meilleur angle et tendit la corde de son arc. La flèche partit dans un claquement sec, et effleura la cible de quelques centimètres.

- Etires un peu plus le bras quand tu tends la corde, lui conseilla Glorfindel. Regarde.

Il lui prit l'arc des mains, et se mit à sa place. Il tendit l'arc avec puissance et élégance, et la flèche fusa et atterrit en plein dans la tête de la cible.

Elanor resta les bras balans, dépitée. C'était à chaque fois la même chose, lorsqu'il tirait.

- A toi, maintenant.

Glorfindel lui retendit l'arc. Elanor le prit, et tendit une nouvelle fois la corde. Elle essaya de suivre les conseils de l'elfe, mais une courbature lui pressa l'omoplate et elle lutta quelques secondes avant de relâcher la corde. Sa flèche alla se loger dans le bras de la cible.

Glorfindel la félicita.

- C'est mieux, mais ta flèche ne sert à rien, si elle ne tue personne. Tu dois viser en priorité les points vitaux de la cible. La tête, le cœur, et là où se trouvent les artères. Si tu touches ces endroits, la victime se videra de son sang en moins d'une minute.

Elanor esquissa une grimace de dégoût. Elle n'était pas sûre de pouvoir faire ce que Glorfindel lui disait sur une cible vivante, même sur un orque. Ce n'était pourtant pas l'envie qui lui manquait.

Après quelques autres tirs mieux réussis, mais cependant pas très exceptionnels, Glorfindel finit enfin par la congédier.

L'elfe repartit en direction du palais, mais Elanor resta seule dans les jardins. Elle continua à s'entrainer seule, à l'abri des regards. Les heures passèrent à une vitesse folle, et elle ne s'en aperçu que lorsque ses doigts commencèrent à devenir douloureux à cause du frottement répétitif avec la corde de l'arc. La nuit était tombée depuis longtemps, et Elanor ne voyait encore que grâce à la pleine lune qui brillait au-dessus de sa tête. Mais elle s'en fichait.

Les orques attaquaient n'importe quand, et la nuit était leur moment préféré de la journée. Elanor se dit qu'elle s'entrainerait toute la nuit si cela pouvait l'aider à progresser. Elle devait y arriver !

Sa haine et sa peur des orques la poussa à encocher une autre flèche. Elle banda son arc avec concentration, et décocha sa flèche. Celle-ci vola à gauche de la cible, et alla se planter dans un bruit sourd contre un arbre.

Quelque chose tomba alors brusquement sur le sol. Elanor sursauta, et paniquée, un cri lui échappa. Une sueur froide parcourut son échine et elle pensa aussitôt avoir tué quelque chose.

Elle vit alors une ombre, puis quelque chose ayant la forme d'un homme se relever agilement sur ses pieds et s'avancer vers elle. Elanor le reconnut aussitôt, car sa chevelure brillait d'un blond argenté dans le noir de la nuit.

- Legolas ! Vous m'avez fait peur, s'exclama t-elle.

L'elfe s'immobilisa.

- Veuillez m'excusez, dit-il en levant les mains.

Elanor eut envie de le gifler pour lui avoir fait une telle peur. Elle se sentit soudainement perdre toute sa superbe et la tension dans ses épaules tomba. Elle sut qu'elle venait de se ridiculiser en ayant peur d'un simple bruit.

Elle ne regarda pas l'elfe dans les yeux, car elle s'attendait à y voir une lueur goguenarde.

- Que faites-vous ici ? demanda-t-elle un peu plus sèchement qu'elle ne le voulait.

- Je vous observais.

Elanor leva les yeux surprise, et cette fois le dévisagea.

- Pourquoi ?

- Vous tenez mal votre arc, lui répondit Legolas.

Elanor haussa les sourcils.

Il n'y avait aucune considération dans le ton de sa voix, et l'elfe était complètement indifférent à l'état dans lequel elle se trouvait.

Elle sentit sa colère remonter d'un coup, et ses joues devinrent cramoisies. Il n'y avait aucune méchanceté dans l'expression de l'elfe, cependant elle se sentit profondément vexée. Pourquoi ? Peut-être parce qu'elle avait passée toute la journée à essayer de dégommer cette satanée cible en forme d'épouvantail, sans succès.

L'ignorant, elle baissa les yeux sur ses mains et serra son arc jusqu'à s'en blanchir les jointures. Elle se tourna vers la cible, et se remit en position pour tirer une autre flèche.

- Non, pas comme ça, l'interrompit l'elfe.

Soupirant, Elanor relâcha la corde de l'arc.

- Plus haut le coude.

Elanor sursauta lorsqu'il tapota son bras. Elle ne l'avait pas vu s'approcher.

- Le seigneur Glorfindel me l'a appris ainsi ! se défendit-elle.

Legolas plissa des yeux.

- Et à ce qu'il semble vous ne l'avez pas écouté.

Elanor ouvrit la bouche, offusquée.

- Pardon ?!

- Je ne fais qu'une simple constatation.

Elanor avait passé des journées avec Glorfindel à s'entrainer, et à s'appliquer du mieux qu'elle pouvait dans ses exercices. Comment pouvait-il insinuer qu'elle avait fait la sourde oreille durant son entrainement ? Lui qui n'avait quasiment rien fait depuis qu'il était arrivé, et qui n'avait même pas prit la peine de s'entrainer avec les autres.

Elanor eut soudain envie de le planter là et de rentrer pour se coucher.

- Souhaiteriez-vous mon aide ? demanda Legolas précautionneusement.

Elanor le dévisagea, et voulut lui répondre que non, elle pouvait s'en passer. Cependant, l'elfe paraissait vouloir simplement l'aider, et il affichait une expression d'interrogation. Elanor fn'eut d'autre choix que d'accepter.

Après tout, elle n'avait pas envie de se mettre à dos le seul de la communauté qui semblait l'avoir acceptée.

- Pourquoi pas, vous pourrez ainsi me montrer si votre méthode vaut mieux que les autres, dit-elle le mettant au défi.

Legolas accepta d'un signe de tête, sans relever la remarque. Sous les conseils de l'elfe, elle encocha la flèche, puis fit une nouvelle tentative.

- Tendez légèrement votre bras vers l'extérieur. Oui. Plus à gauche. Maintenant… lâchez.

Sa flèche effleura la cible. Elanor la regarda disparaître derrière les arbres, dépité.

- Ah, ce n'était pas très bon, déclara Legolas.

- Merci pour vos encouragements, Glorfindel est beaucoup plus motivant, vous savez ? dit Elanor.

Legolas croisa les bras, son visage était caché par les ténèbres. Elanor aurait pu jurer qu'il s'était rembrunit.

- Si ça ne vous dérange pas, je vais continuer mon entrainement seule. Il semble que votre présence n'arrive pas à résoudre ma médiocrité, déclara Elanor, découragée.

- Vous n'arriverez qu'à vous fatiguer encore plus, Dame Elanor, dit Legolas.

C'était la première fois qu'il l'appelait par son prénom, et malgré la tension présente entre eux, il lui parla d'une voix très douce qui arriva à apaiser sa colère.

Elle se sentit tout à coup un peu coupable. Legolas n'était pas méchant. Même s'il manquait un peu de tact. Il l'avait espionné, certes, il lui avait fichu la plus grande trouille de sa vie, mais à part ça, il voulait juste l'aider à progresser.

Elanor se dit qu'elle avait peut-être eut une réaction disproportionnée, et sa colère retomba.

- Vous avez raison, excusez-moi, dit-elle d'une voix lasse.

Elanor sentit la fatigue remonter dans son corps, et elle posa son arc par terre, et s'assit dans l'herbe.

- Vous vous entrainez durement, dit Legolas.

- Oui, mais apparemment ce n'est pas assez, lui répondit-elle.

- Il vous faut du temps. Vous êtes trop exigeante avec vous-même. Vous avez peur de décevoir le seigneur Elrond. Et en même temps, vous voulez faire vos preuves.

- Comment savez-vous…

Elanor le regarda avec stupeur, et se demanda comment l'elfe avait pu aussi facilement lire dans son cœur.

- Il n'est pas difficile de le voir. Après tout, vous êtes la seule femme de notre compagnie. Je dois dire que j'ai été surpris lorsque vous vous êtes portée volontaire. Je ne m'attendais pas à ce que…

- … une femme veuille se battre ?

Legolas acquiesça.

- Je m'en doutais, répondit Elanor. C'est ce que tout le monde pense, après tout. Je ne suis pas faite pour me servir d'une épée, ni d'un arc.

- Détrompez-vous, répliqua Legolas. Vous n'êtes pas la seule. Il y a des femmes dans mon peuple qui se battent. Elles sont rares, cependant il est vrai. Mais elles existent.

Elanor tourna la tête vers l'elfe, surprise. Le royaume de Legolas devait être bien étrange, et très différent de ce qu'elle connaissait ici.

- Je ne le savais pas. Mais vous êtes un elfe, c'est différent. Les hommes ont un point de vue différent sur la chose. Les femmes ne sont bonnes qu'à être… mariées, dit-elle maussade.

Elle repensa à sa sœur adoptive, qui n'avait que trois ans de plus qu'elle et qui était déjà mariée et avait un enfant d'un an. Maggi n'avait cessé de la presser de faire la même chose, ce qu'Elanor avait toujours refusé.

Legolas hocha la tête.

- C'est peut-être vrai. Cependant, il n'est guère bien vu chez nous aussi d'envoyer des femmes sur le champ de bataille.

Elanor le dévisagea.

- Ne doutez pas de vous. Vous avez votre place parmi la communauté, déclara Legolas.

- Vous devez être le seul à penser cela, dit-elle tristement.

- Non.

Legolas s'assit à côté d'elle. Elle tourna la tête, surprise, se demandant ce qu'il voulait dire.

- Je ne pense pas être le seul, ajouta t-il.

Legolas leva la tête vers les étoiles, et se mit à les contempler.

- Eärendil brille encore plus que toutes les autres nuits ce soir, dit-il avec une voix douce.

Elanor observa le ciel. Qui donc l'acceptait, à part les hobbits ? Personne. Pas même Aragorn. Boromir n'en parlons pas. Elanor était certaine qu'il voulait qu'elle ne parte pas avec eux. Et Gandalf et Gimli ne s'étaient pas exprimés.

Elle jeta un regard en coin à Legolas, et vit qu'il s'était allongé dans l'herbe, la tête perdue dans les étoiles.

- Où est cette étoile? demanda t-elle.

- Là.

L'elfe pointa du doigt une étoile brillante, qu'Elanor mit peu de temps à distinguer des autres.

- Eärendil, c'est un joli nom pour une étoile, commenta-t-elle.

- C'est un prénom elfique.

- Pourquoi donner un prénom elfique à une étoile ? s'étonna Elanor.

- Parce que ce n'est pas une étoile.

Comme Elanor restait sans réaction, Legolas s'en étonna et tourna la tête dans sa direction.

- Vous ne le saviez pas ?

- Non.

- J'aurais pourtant juré que vous connaissiez l'histoire d'Eärendil, le père du seigneur Elrond.

- Le père d'Elrond ? s'exclama Elanor.

Elle regarda l'étoile, puis Legolas. Comment une étoile pouvait être… un elfe ? Lui faisait-il une mauvaise blague ? Elanor le dévisagea, et s'attendit à la voir rire. Mais Legolas avait l'air tout à fait sérieux.

- Comment le père d'Elrond peut-il être… là-haut et briller ? demanda-t-elle estomaquée.

Legolas ne put s'empêcher de sourire.

- Parce qu'il porte le dernier des Silmaril. C'est cette lueur que vous apercevez au loin, dit-il en désignant la lumière dans le ciel.

- Je ne peux pas le croire. Par quelle magie… ?

- C'est grâce à la magie des Valar, répondit Legolas. C'est eux qui lui ont permis de rester dans le ciel. Eärendil navigue sur un bateau, au-delà du cosmos, afin de guider les elfes dans leur dernier voyage vers Valinor.

- Vraiment ?

Elanor regarda l'étoile avec fascination. Si ce que Legolas disait était vrai, elle donnerait cher pour voir Eärendil de ses yeux.

- Qu'est-ce qu'un… Simaril ? demanda Elanor.

- C'est un joyau de l'ancien âge, forgé par l'elfe Fëanor, et qui est l'essence même des première lumières des deux arbres de Valinor.

- Ce doit être très beau, commenta Elanor.

Legolas acquiesça.

- La plus belle chose qu'on puisse contempler sans se lasser. Il y en avait trois au total, mais tous furent perdus sauf celui-ci. Après la chute de Doriath, Elwing a réussi à emporter le dernier Simaril, et il a fallu le cacher des fils de Feanor qui voulaient le récupérer. Elle est allée à Valinor avec son mari Eärendil, pour le donner aux Valar, et des pouvoirs leurs ont été accordés en remerciement. Eärendil était un semi-elfe, mais il lui a été accordé de garder le Silmaril pour sa protection.

- Et qu'est-il advenu d'Elwing ?

- On dit qu'elle s'est transformée en mouette et qu'il lui arrive de guider les bateau jusqu'à Valinor, répondit Legolas.

Il regarda l'étoile, et ses yeux scintillèrent sous son éclat. Elanor se rendit alors compte de toute sa beauté, et de ce qu'il était, un être immortel. Contrairement à elle, qui voyait les jours passer au compte-goutte, et qui ne pensait qu'à ce qu'elle allait devoir faire avant sa mort, Legolas n'avait pas cette préoccupation. Il n'avait pas à penser à ce qu'il deviendrait et ressemblerait dans vingt-ans, ni avec qui il serait, et quand il fonderait une famille. C'était un monde qui ne lui appartenait pas et dont il ne comprenait pas le sens.

Mais Elanor se posait tout le temps des questions. A quel moment quitterait-elle l'auberge du cheval blanc ? Quand tomberait-elle amoureuse et se marierait-elle ? Quand aurait-elle des enfants ? Des petits-enfants ? A quoi ressembleraient-ils ? Quand mourrait-elle ? De quoi ?

Elanor avait pourtant du sang d'elfe dans les veines. Etait-elle aussi immortelle ? Non, sa mère était morte de maladie. Elle n'était pas aussi forte et résistante que les elfes. Elle n'était qu'une mortelle. Sa vie serait malheureusement courte et brève.

Elanor regarda en silence les étoiles, côte à côte avec Legolas. Elle finit par s'endormir, et lorsqu'elle se réveilla quelques heures plus tard, Legolas avait disparu.

Elle se releva, un peu déçue par la disparition de l'elfe. Puis elle ramassa son arc, et se dirigea vers ses quartiers afin de terminer la nuit dans un endroit plus confortable.


Le dernier jour passa, et arriva enfin le matin du départ. Les elfes lui avaient préparé des affaires de voyage dont quelques vêtements, un savon et une réserve de nourriture.

Arwen lui avait également donnée une mixture un peu étrange, une sorte de pâte grise contenue dans un pot en métal. Elle devait en consommer une fois par mois lors de ses menstruations. Elanor en fut un peu soulagée, car ça pouvait couper ses règles, et c'était un problème en moins qui disparaissait.

Elle revêtit pour le voyage une tunique sombre, ainsi qu'un pantalon serré et des bottes souples en cuir. Elle mit dans son sac des vêtements de rechange, choisissant les plus confortables. Elle décida de bannir les robes et autres froufrous que les femmes elfes ou humaines portaient. Elle trouva dans l'armoire un manteau et le mit sur le dos.

Puis elle sortit et ferma la porte, quittant pour la dernière fois ses appartements, le cœur un peu lourd.

Elrond l'accueillit en bas des marches du parvis, et la serra dans ses bras. Glorfindel était avec lui, et Elanor vit qu'il tenait une magnifique ceinture dorée.

- Voici un cadeau pour toi Elanor, avant ton départ, dit Elrond.

Il prit la ceinture des mains de Glorfindel, et la lui attacha à la place de sons ancienne ceinture en cuir beaucoup moins étincelante. Elanor se laissa faire, et lorsqu'il eut finit de glisser Niphredil à la garde de la ceinture, elle sentit ses yeux la picoter.

- No galu govad gen(puisse la chance t'accompagner), dit Elrond.

Elanor se précipita dans ses bras, et le serra de toutes ses forces.

- Hannon le(Merci), murmura-t-elle. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi.

Elrond lui caressa les cheveux doucement, et se détacha d'elle.

- Tu es des nôtres. Ne l'oublie pas.

Glorfindel s'approcha, et la prit également dans ses bras, ce qui surprit un peu Elanor. Les elfes n'avaient pas pour coutume d'être familier et démonstratifs avec les femmes. Mais Glorfindel était un elfe à part, et il ne ressemblait à aucun autre en bien des points. Et Elanor comprit qu'il n'y avait rien, si ce n'était de l'affection et de l'amitié entre eux.

- Un long voyage t'attend, dit Glorfindel en la regardant dans les yeux. Pour achever cette quête, il te faudra traverser de nombreuses épreuves. Peu d'hommes peuvent comprendre ce que tu vas vivre, aussi ne perds pas espoir.

Elanor hocha la tête. Les paroles de Glorfindel étaient empruntes d'une force indescriptible, et il lui sembla que ce qu'il venait de dire résumerait ce qu'elle vivrait dans les prochaines semaines.

Un peu tremblante, Elanor recula et Elrond lui serra l'épaule.

- Méfies-toi de l'anneau. N'écoutes pas ce qu'il te dit, car il essayera de te corrompre. Cela pourrait causer la perte de tous, tu as compris ?

- Oui.

Elanor eut l'impression de prendre un seau d'eau froide sur la tête.

- Mára mesta(Au revoir), dit Elrond.

Les deux elfes la quittèrent, et Elanor s'éloigna en direction de la compagnie qui patientait.

Alors que son regard dérivait vers les coursives du palais, elle crut voir Aragorn et Arwen à l'ombre du couloir, discuter avec animation.

Tandis qu'Elanor les regardaient, elle se rendit compte que quelque chose clochait. Arwen semblait triste et Aragorn plutôt maussade. Il tendit la main pour lui rendre quelque chose, mais Arwen refusa et lui murmura quelques mots, de toute évidence avec fermeté.

Aragorn s'inclina devant l'elfe, et Arwen le regarda rejoindre la compagnie, le visage plein de tristesse. Elanor détourna les yeux au moment où Aragorn vint en sa direction, ne voulant pas lui laisser croire qu'elle les espionnait.

Elle en avait cependant assez vu pour comprendre qui était le mystérieux inconnu qu'Arwen voyait en secret, et pour reconnaître la lueur dans les yeux de sa cousine.

Aragorn et Arwen ?

Ensemble ?

Voilà qui était dur à croire. Mais pourtant, ça semblait vrai. Aragorn rejoignit les hobbits, le visage sombre.

Il avait eu la même expression lorsqu'Elanor avait discuté avec lui pendant la fête, il y a un mois.

Elle comprit soudain la raison de sa contrariété, car elle s'était interrogée sur l'amour impossible entre un elfe et un humain, et c'est ce qui avait causé sa froideur.

Elanor aurait dû le voir plus tôt. Elle eut soudain de la peine pour lui, et s'en voulut de l'avoir mis mal à l'aise la dernière fois.

Son regard tomba sur le reste de la compagnie qui attendait. Legolas lui fit un petit sourire, Boromir et Gimli étaient tous les deux dans leurs coins et les hobbits discutaient comme à leur habitude avec excitation en compagnie de Gandalf.

Bilbon, tremblant de froid dans sa veste légère de velours rouge, papotait avec Frodon lorsqu'Elrond fit signe à tout le monde de se rassembler.

- Je vous souhaite bon voyage, mes amis. Mais avant que vous partiez, je n'aurais que quelques mots. Le Porteur de l'anneau est celui sur lequel vous devez veiller, par conséquent, vous ne pouvez prendre ou donner l'anneau aux serviteurs de Sauron. Il en est de votre responsabilité de protéger Frodon. Ceux qui le veulent pourront se retirer, et revenir, car ce n'est pas une obligation de rester, et vous connaissez encore mal la force de votre coeur. Mais sachez que plus le chemin avancera, et plus il sera difficile de partir.

Elanor vit qu'Elrond la regardait du coin de l'œil, mais cela ne dura que quelques secondes.

- Que la chance guide vos pas sur cette route sinueuse. Ne vous retournez pas, et filez droit vers le Mordor.

Il se tut et leur souhaita bonne route. Arwen et quelques elfes se joignirent aux salutations, et le petit groupe composé de quatre hobbits, deux hommes, un nain, un elfe, un magicien et une femme, se mit en route.

- Bo… bonne chance ! cria Bilbon, bégayant de froid.

- Au revoir Bilbon ! lui répondit Frodon, en le saluant avec de grands gestes.

Elanor salua Arwen, Bilbon et le reste des elfes de la main. Les hobbits se mirent à saluer à grands cris ceux qu'ils abandonnaient, et enfin ils franchirent la barrière de Fondcombe.

Elanor regarda la cité s'éloigner derrière elle, les maisons brillant dans le fond de la vallée comme des gouttes d'eaux d'argent. Un sentiment de mélancolie commença à naître dans son cœur.

- Nous voilà bien loin de chez nous, pas vrai monsieur Frodon ? déclara Sam, qui guidait son poney Bill sur le chemin.

Frodon acquiesça, et le reste de la communauté tomba dans le silence. Tous auraient aimé rester à Fondcombe un peu plus longtemps. Ils empruntèrent un chemin escarpé à travers la montagne, puis descendirent doucement un chemin en pente.

Au milieu de la matinée, ils arrivèrent enfin au fleuve, puis ils prirent la route en direction du Sud.