Bonjour ! Merci à tous pour vos reviews ! J'ai suis très contente de voir que cette histoire plait à de nouvelles personnes, et j'espère que ça continuera ! Merci à Popelios, Tchiific et FaenaFiliana! Un grand merci encore à ceux qui me suivent depuis le début. Marine02 et MelioSilverdjane! Vous êtes tous ma source de motivation, donc encore une fois n'hésitez pas à poster votre avis. Au moins je suis sûre de ne pas poster dans le vide ^^
Sans oublier, merci à tous ceux qui me suivent et ajoutent cette storie en follow. Vous êtes très nombreux et extrêmement fidèles, merci beaucoup !
Désolé pour le retard. Comme je vous l'ai dit la dernière fois, j'ai peu de temps. Les examens approchent, et avec le boulot, c'est un peu dur de concilier les deux. J'accepte quand même des lancers de tomates !
J'ai pris beaucoup de retard pour la publication de ce chapitre, en partie parce que j'ai passé un temps considérable à le corriger. C'est de loin le chapitre le plus long qu'il m'ait été donnée d'écrire (18 pages Word). Il n'y avait que 10 pages il y a encore une semaine (vous imaginez un peu lol) Beaucoup de choses ont été rajoutées, en bien j'espère.
Alors, que va-t-il se passer pour Elanor ? Vous le découvrirez tout de suite.
Bonne lecture.
gallica
Chapitre 8 : Obstacles
Elanor n'avait jamais envisagé que ces trois jours de voyage seraient aussi durs.
Aragorn et Gandalf menaient la communauté à bonne allure, et ils faisaient rarement des pauses, seulement pour manger ou lorsque les hobbits étaient trop épuisés.
Mais hormis la fatigue, le pire pour Elanor fut d'arriver à préserver son intimité.
Se laver était quasiment impossible dans ces plaines désertiques. Et aller aux toilettes, s'avérait au quotidien… très compliqué.
Ils avaient quittés Fondcombe depuis plusieurs heures, lorsqu'elle en avait pris conscience. La communauté décida alors de faire une courte pause pour ceux qui voulaient vider leur vessie, et tandis que ses compagnons s'éloignaient, Elanor se retrouva les bras balans, confronté à un dilemme. Il y avait peu d'arbres derrières lesquelles se cacher, et à la différence de ses amis hommes, qui n'avaient que quelques mètres à faire, elle dut aller beaucoup plus loin pour trouver un coin isolé. Conformément à ce que lui avait demandé Aragorn, elle fit attention à ne pas trop s'éloigner, mais marcha quand même plusieurs minutes afin d'être sûre qu'elle était hors de vue.
Cela contraignait la communauté à faire des pauses plus longues, et Elanor était à chaque fois la dernière à revenir. Elle se sentit un peu coupable et mal à l'aise de ralentir le groupe, et elle s'attendit à recevoir des remarques désagréables. Mais aucun membre de la communauté ne fit de commentaires.
Frodon l'accueillait à chaque fois qu'elle revenait avec un sourire chaleureux, ce qui lui mettait du baume et cœur et lui faisait oublier sa culpabilité. Les autres attendaient patiemment, et aussitôt qu'elle était revenue, Gandalf relançait la marche.
Même Boromir, qui semblait pourtant supporter sa présence difficilement, ne disait rien.
Le comportement de l'homme était insaisissable, et Elanor avait du mal à cerner sa personnalité. Parfois il était jovial et plaisantait avec le reste de ses compagnons, d'autres fois il restait seul et isolé, et ne parlait pas aux autres. Il évitait soigneusement de se confronter à Aragorn, et ne parlait à Elanor que pour de simples commodités.
En réalité, il l'ignorait la plupart du temps.
Même si elle ne l'appréciait pas, et que leur relation avait commencée sur de mauvaises bases, son comportement la blessait.
Les paroles de l'homme du Gondor lui revenaient sans cesse en tête. Dans un premier temps, elle n'avait pu s'empêcher de ressentir du mépris et de la colère envers Boromir, qui l'avait rabaissé et humilié devant le conseil. Mais après être partie de Fondcombe, les choses avaient un peu changées. Elle avait compris qu'entreprendre ce voyage n'était pas une si bonne idée, d'une grande part parce qu'elle était une femme, et qu'il y avait des contraintes auxquelles elle était exposée. Cependant elle ne regrettait pas son choix.
Boromir était un homme honorable, et comme tous les hommes, il avait l'insupportable habitude de croire que la place des femmes était à la maison, bien au chaud avec les enfants. Même s'il n'était pas content qu'elle fasse partie de la compagnie, il avait plus ou moins accepté sa présence.
Heureusement, le reste de ses compagnons semblait peu à peu apprécier sa présence, même Gimli qui était au début assez réticent. Les hobbits lui tenaient compagnie la plupart du temps, et leur présence qui était extrêmement chaleureuse apportait de la bonne humeur à la communauté. Elanor put même avoir quelques conversations avec Gandalf, et découvrit le magicien comme une personne très facétieuse. Gimli était également un compagnon très joyeux, qui aimait beaucoup raconter des histoires, dont certaines blagues douteuses, qui ne faisait pas rire tout le monde.
Un jour où Elanor marchait en compagnie des hobbits à l'arrière du groupe, le nain qui était à côté d'eux leur fit la démonstration de son humour.
- Savez-vous pourquoi les bois des elfes ne sont jamais éclairés? demanda Gimli.
Merry et Pippin secouèrent la tête, et attendirent la réponse avec impatience. Ils étaient les plus friands parmi le groupe des blagues de Gimli. Elanor le regarda et s'attendit soudainement à quelque chose de très mauvais goût.
- Et bien, parce que les elfes eux-mêmes se prennent pour des lanternes ! s'exclama-t-il en éclatant de rire.
Elle retint son rire du bout des lèvres, tandis que Legolas lançait au nain un regard noir. L'elfe marchait devant en compagnie de Boromir. Un léger sourire s'esquissa sur les lèvres de l'homme du Gondor, et lorsqu'il se retourna Elanor croisa son regard. Elle crût un instant qu'il allait le soutenir, mais l'homme perdit son sourire et s'assombrit, tournant la tête.
Merry et Pippin éclatèrent de rire et demandèrent à Gimli de raconter une autre blague. Elanor sentit naître une légère pointe de tristesse et de colère dans sa poitrine, tout en fixant le dos de Boromir.
La voix de Gimli s'éleva à nouveau dans les airs, à la plus grande exaspération de Legolas.
- Connaissez-vous celle de l'elfe de l'homme mes amis ?
- Non ! Racontez-nous ! s'exclama Pippin enthousiaste.
- Un elfe et un homme sont au bord de l'eau. L'homme veut passer le fleuve, mais l'elfe ne sait pas nager. L'elfe lui dit : attendons la décru, ça ne prendra pas longtemps. Mais l'homme refuse et traverse le fleuve à la nage. Donc l'elfe attend seul la décru, et lorsqu'il veut rejoindre son ami de l'autre côté, il est étonné de ne plus le trouver. Alors il va dans son village, mais il n'arrive pas à le trouver encore une fois, et personne ne sait qui c'est. Vous savez pourquoi ?
Les hobbits secouèrent la tête.
- Et bien, parce que son ami est mort. L'elfe a attendu plus de 100 ans !
Gimli partit dans un rire gras, et seul Pippin l'imita. Elanor se risqua à lancer un coup d'œil à Legolas qui marchait devant elle. Elle remarqua que ses épaules s'étaient tendues à l'extrême, et qu'il se retenait visiblement de se retourner.
- Un nain sur le champ de bataille se retrouve face à un orque. L'orque l'attaque, mais manque son coup. Savez-vous pourquoi ?
Tout le monde retint son souffle, et attendit que Legolas finisse son histoire dans un silence lourd de sens. Elanor échangea un regard en coin avec Frodon, et le hobbit parut aussi inquiet qu'elle.
- Hum, et pourquoi donc ? demanda Gimli en se raclant la gorge.
- Parce que le nain était trop petit et que l'épée de l'orque est passée au-dessus de sa tête, répondit Legolas.
Elanor toussa, dissimulant son rire en vain. Les hobbits eux, éclatèrent de rire et Pippin riait si fort qu'il se tenait les côtes. Aragorn, Gandal et Boromir esquissèrent un sourire, ne voulant pas montrer leur amusement à leur ami nain.
Fier de lui, Legolas se retourna et adressa un sourire goguenard à Gimli, et retomba dans le silence.
- Mesurer vos paroles, maître nain. Je crois que vous avez trouvé un adversaire à votre taille, le taquina Gandalf.
Gimli grommela dans sa barbe des mots incompréhensibles, qui ressemblaient à des insultes et s'empourpra. Il ne raconta plus de blagues sur les elfes jusqu'à la fin de la journée.
La joute verbale entre Gimli et Legolas fut la première d'une longue série. Au bout d'une semaine, tous les deux ne se parlaient plus, et bien grande fut la peine de tout le monde à essayer de les faire communiquer.
Lorsqu'une semaine se fut écoulé, Gandalf annonça qu'ils approchaient du passage vers le Sud et qu'il ne resterait que quelques jours avant d'atteindre le Rohan. Elanor et les hobbits en furent soulagés, car ils avaient du mal à tenir le rythme et la durée du voyage commençait à peser sur eux.
Elanor fit de son mieux pour masquer son épuisement, et malgré qu'elle soit à bout de souffle à chaque foulée qu'elle faisait, elle continua à avancer sans se plaindre. Aragorn la regardait de temps à autre d'un air préoccupé, mais il ne vint pas lui parler.
Elanor lui en fut reconnaissante. Elle ne voulait pas montrer à la communauté qu'elle était faible. Ni prouver à Boromir qu'il avait raison. Sa fierté était une motivation bien maigre, mais suffisante pour la forcer à marcher.
A part les blagues de Gimli, qui avaient cessés, le quotidien de la communauté s'avérait assez ennuyeux. Les repas se faisaient en silence, et ils n'osaient allumer de feu de peur qu'une troupe d'orque repèrent la fumée de loin.
Ils voyageaient une bonne partie la nuit, et se reposaient l'après-midi. Aragorn écourtait parfois leur sommeil, et Elanor avait de plus en plus l'impression qu'ils étaient traqués.
Elle n'avait pas encore osé parler à Aragorn, et lui demander de ce qu'il en était de sa relation avec Arwen. Néanmoins, elle avait remarqué qu'il portait un bijou autour du cou, et cela avait confirmé ses doutes.
Elle avait tout de suite reconnu le pendentif de sa cousine. Et elle en avait appris suffisamment depuis son séjour chez les elfes à Imladris, pour savoir que ce n'était pas un cadeau anodin, mais une marque d'un attachement profond envers la personne à qui on l'offrait. A un amant par exemple.
Elanor ne savait quoi penser de cette relation. Est-ce qu'Elrond était au courant ?
S'il l'était, elle était convaincue que l'elfe s'y opposerait farouchement, lui qui aimait sa fille comme la prunelle de ses yeux.
Elle comprenait mieux pourquoi Arwen prenait soin de cacher leur relation.
Lorsqu'ils repartaient à la nuit tombée, Legolas avait l'habitude de se mettre à l'arrière pour fermer la marche. Ses yeux perçants pouvaient mieux voir dans le noir que ceux des mortels, et il était à l'affut du moindre mouvement suspect.
Elanor ne l'avait pas beaucoup vu se reposer depuis leur départ. Legolas prenait les tours de garde le soir lorsqu'elle s'endormait, et il les réveillait à la nuit tombée. Elle comprit rapidement qu'il ne dormait pas, ou alors très peu car elle ne l'avait jamais vu s'allonger pour se reposer.
Un jour où Legolas se trouvait seul encore une fois à l'arrière, Elanor décida de le rejoindre pour discuter. Elle n'avait pas pu lui parler seule à seule depuis la dernière fois où il était apparu dans les jardins de Fondcombe.
L'elfe marchait d'un pas léger, suivant le reste du groupe à quelques mètres de distance, tout en scrutant la pénombre.
Elanor s'arrêta à sa hauteur et Legolas tourna la tête, s'apercevant alors de sa présence.
- Puis-je rester un peu avec vous ?
Il la regarda avec surprise, mais acquiesça.
- Merci.
- Comment allez-vous ? demanda Legolas.
- Bien.
Elanor sentit qu'il examinait la moindre parcelle de son visage, notant la fatigue sous ses yeux et ses traits tirés. Il savait pertinemment qu'elle mentait.
- Vous semblez fatiguée, dit Legolas.
- Il est vrai que j'ai connu mieux, avoua-t-elle en évitant de croiser son regard.
Legolas la fixa, et Elanor se frictionna nerveusement les bras. La nuit était froide, et son sac lui tirait douloureusement les épaules. Ils marchaient depuis des heures, et son dos était en compote. Elle aurait bien aimé faire une pause à l'instant, mais ce n'était pas dans les plans de Gandalf ou d'Aragorn.
- Souhaitez-vous que je demande à Aragorn de faire une pause ? demanda Legolas, lisant dans ses pensées.
- Non, merci, répondit Elanor.
- Vous êtes sûre ?
- Oui, je préfère continuer. Je peux encore marcher quelques heures.
- Vous n'aiderez pas les autres en franchissant la limite de vos forces, lui dit gentiment l'elfe.
Elle vit dans les yeux de Legolas la même lueur d'inquiétude qu'avait Aragorn. Elanor resta silencieuse, et ressentit un peu de honte et de contrariété malgré elle.
Legolas avait la fâcheuse manie d'arriver à lire dans son esprit, peu importe la situation, et cela était agaçant. Néanmoins il marquait un point. Elle était au bout de ses forces.
Mais il n'était pas question que la communauté fasse une pause juste pour elle. Elle ne voulait pas les mettre en danger, ni les ralentir, alors qu'elle était déjà un poids pour eux. Frodon et la quête étaient plus importants qu'elle.
- Je peux encore continuer. Je vais bien, s'exclama-t-elle en essayant d'avoir un ton assuré.
- Non, ce n'est pas vrai.
Elanor regarda Legolas, et vit qu'il avait un sourire en coin.
- Je-vais-bien !
- Je n'ai jamais vu une peredhel aussi têtue que vous, répondit l'elfe amusé.
Elanor resta interdite.
- Une quoi ?
- Une demi-elfe, lui traduit Legolas.
- Je ne suis pas une demi-elfe !
- Vous avez du sang d'elfe dans les veines. Cela fait donc de vous une demi-elfe, répondit Legolas comme si c'était une évidence.
Elanor se tut et songea à ce qu'il venait de dire. Elle n'y avait jamais vraiment pensé, mais c'est vrai qu'elle avait du sang elfe. A quel degré, elle n'en avait aucune idée. Mais au vu de son apparence, elle était convaincue que cela était issu d'une lointaine parenté.
- J'ai du mal à y croire, marmonna Elanor. Vous m'avez regardé ?
Elle se pointa du doigt et Legolas la regarda pensivement.
- Il est vrai qu'on pourrait avoir quelques doutes, répondit-il pince-sans-rire.
Elanor le regarda et vit qu'il souriait. Legolas se payait de sa tête ! Elle eut envie de placer une réplique cinglante, sachant qu'il faisait allusion à la séance de tir à l'arc où elle avait lamentablement échouée. Mais l'expression amusée de l'elfe la retint et elle ferma la bouche, contaminée par la bonne humeur de son ami.
- Voilà, je vous l'avais dit.
Legolas rit. Elanor sourit et repensa à l'elfe, se disant qu'elle ne connaissait rien de lui, hormis qu'il était un prince.
- Vous ne m'avez pas parlé de votre royaume la dernière fois. Comment est-il ? interrogea-t-elle.
Le visage de Legolas s'illumina.
Il se lança dans un long récit et passa un temps considérable à lui parler de sa forêt, la décrivant quand elle était encore appelée Vert-bois-le-Grand. Elanor resta pendue à ses lèvres, bien qu'elle sentie la fatigue faire tomber ses paupières de temps à autre.
- C'était une autre époque, déclara Legolas avec rêverie. Les arbres resplendissaient, et quand le printemps arrivait, la forêt devenait un parterre vert éblouissant sur des kilomètres. C'était la saison des fêtes et des chants. Les miens sortaient des cavernes et chantaient en cœur avec la forêt. Et en automne les arbres s'endormaient et teintaient leurs feuilles en rouge.
- Ce devait-être très beau.
- Oui. Mais beaucoup de choses ont changées depuis.
- Que s'est-il passé ? demanda Elanor.
- Sauron a construit une forteresse au Sud de nos terres. Il a répandu peu à peu sa malveillance et sa magie noire dans les environs. Les arbres se sont éteints, devenant sourds et muets à nos appels, et les animaux se sont enfuis. Des orques et des araignées, qui sont les rejetons d'Ungoliant, ont commencé à infester la forêt, tissant leurs toiles dans les branches. La forêt a lentement dépérit, et encore aujourd'hui, nous continuons à repousser ces créatures maléfiques hors des portes de notre demeure.
Elanor perçut l'amertume et la répugnance dans la voix de Legolas.
- Depuis combien de temps défendez-vous vos terres ?
- Mille six cent ans, si mes souvenirs sont exacts.
Mille six cent ans !
Elanor ne s'aperçut qu'elle avait crié haut et fort lorsqu'elle vit que Legolas la regardait avec interrogation.
Il ne devait pas être sérieux ! Mille six cent ans. C'était une éternité !
- C'est très long, commenta Elanor en essayant de reprendre contenance. Et donc vous avez détruit cette forteresse ?
- Elle l'a été il y a longtemps. Cependant elle est toujours occupée, et le mal s'étend à présent dans toute la forêt.
- Comment c'est possible? s'exclama Elanor. Vous n'avez pas réussi à les arrêter ?
Legolas détourna le regard, et elle eut la vague impression qu'il essayait de lui cacher son malaise.
- Non, nous aurions pu cependant. Mais Père a décidé de ne défendre que notre domaine au Nord. C'est sa décision. Il a toujours bien défendu l'enceinte de notre palais, mais il est vrai qu'il a laissé le mal s'étendre.
Legolas n'en semblait pas très fier.
Quelle était cette folie ? Quel roi pouvait se contenter de ne défendre qu'une parcelle de ses terres ? Comment avait-il put laisser les forces de Sauron gangréner sa forêt ?
Les elfes n'étaient-ils pas les ennemis de Sauron depuis toujours ?
Alors ainsi était Thranduil. Cet elfe était décidemment très différent de ceux qu'elle connaissait. Il était même à l'opposé du seigneur Elrond.
Elanor se rappela les récits de Bilbon qui lui avait décrit le roi Thranduil comme un roi elfe exotique et dangereux. A ce que lui racontait Legolas, et à ce qu'elle en avait pu tirer, il n'avait cependant rien de glorifiant.
Elanor regarda Legolas, et essaya de mettre un visage sur ses traits.
« Ses yeux étaient d'un bleu vif ensorcelant, aussi perçant et tranchants que l'acier. » se rappela-t-elle avoir entendue de la bouche de Bilbon. « Il avait un port de tête fier, et une couronne d'épine reposait sur ses cheveux blonds. Sa démarche était légère et féline, et rien qu'en croisant son regard, mes jambes se mettaient à trembler comme une feuille. L'âge et les batailles se voyaient dans son regard. Et il ne souriait jamais, par les Valar ! Quant à la compassion, je ne crois pas qu'il connaissait ce sentiment! Ma parole, cet elfe-là était froid. Et il a toujours eut une faiblesse pour les objets brillants et les pierres précieuses. D'ailleurs, si je me souviens bien, Thorin l'a assez asticoté avec ça et ils ont tous finis dans les donjons ! »
Elanor s'était alors dit que Thranduil ne devait pas être un elfe très affectueux, ni aussi doux que ceux de Fondcombe. Et c'est l'impression que lui avait laissé Legolas la première fois qu'elle l'avait rencontré.
Il était particulier. Au début, elle avait cru avoir affaire à quelqu'un de froid et de solitaire. Seulement, plus le temps passait, et plus elle appréciait sa compagnie, et il se révélait bien différent de ce qu'elle pensait.
Legolas était en vérité très patient et doux, et il aimait plaisanter de temps à autre, même s'il avait un humour grinçant qui dénotait avec le reste du groupe. Gimli et lui faisaient la paire. L'elfe n'était pas du genre à s'ouvrir à la première personne venue. Il pouvait aussi se révéler d'une extrême gentillesse, quand il le voulait.
Elle croisa son regard, et se sentit de nouveau transpercée par ses yeux bleus, ayant la sensation qu'il lisait à travers elle.
- J'ai entendu dire que vous n'aviez pas grandi à Fondcombe avec le seigneur Elrond ? déclara Legolas, la sortant de ses pensées.
- Non en effet. Je n'ai eu connaissance de ma parenté il y a peu de temps.
- Oh, cela explique donc pourquoi je ne vous ai jamais rencontrée, s'exclama Legolas. Et où viviez-vous ?
- J'ai grandi en Eriador, dans le village de Lasdren. C'est ma famille adoptive qui m'a élevée. Ma mère est morte lorsque j'étais encore enfant, ajouta Elanor en voyant son regard interrogateur.
- Oh, je comprends.
- Je ne l'ai pas beaucoup connue, murmura Elanor. J'aurais pourtant aimé la connaître.
Legolas resta muet. Un silence s'installa entre eux.
- Vous n'êtes pas la seule, murmura Legolas.
Elanor regarda l'elfe avec curiosité.
- Ma mère a rejoint les cavernes de Mandos il y a longtemps, confia-t-il d'une voix éteinte.
Legolas regarda un point dans le vide, les yeux inexpressifs.
- Je l'ai à peine connu. Elle morte quand j'étais encore un enfant.
- Comment ? demanda Elanor d'une voix douce.
- Une flèche d'orque l'a tuée alors qu'elle traversait la forêt pour rejoindre notre royaume.
Ses yeux reflétèrent la douleur de ce que ce souvenir lui inspirait.
- Mon père ne s'en est jamais remis, déclara Legolas. Après ça, il n'a plus jamais été le même, ni notre royaume.
L'elfe se tut, et se refugia dans la douleur. Elanor se sentit aussitôt coupable d'avoir demandé des précisions sur les circonstances de la mort de sa mère.
- Je suis désolé.
Elle chercha des mots pour apaiser sa souffrance, mais n'en trouva aucun qui lui parut adéquat sur le moment. Elle resta muette, ayant trop peur de briser le silence.
Legolas reprit peu à peu contenance, et leva les yeux.
- Je pense que je la reverrais un jour, même s'il me faut attendre encore des siècles. Notre départ ne saurait tarder vers l'Ouest.
- Vous parlez des terres blanches ? Votre peuple ne meurt donc jamais ?
- Ceux qui meurent ici se réveillent en terre d'Aman. Ce n'est qu'une étape. Notre existence se terminera avec la fin du monde, répondit Legolas.
Un craquement derrière eux la fit soudainement sursauter, et ils firent volte-face. Une ombre noire se détacha et elle entendit un feulement près d'un buisson. La peur au ventre, Elanor se rapprocha inconsciemment de l'elfe et agrippa sa main.
Un petit animal sortit brusquement du buisson, et jappa avant de s'enfuir à la poursuite d'un rongeur.
Elanor soupira, et sentit la tension disparaître de ses épaules.
Elle ne se rendit pas compte qu'elle tenait toujours la main de l'elfe. Boromir qui était le plus près d'eux se retourna, attiré par son cri et les aperçut.
Legolas haussa les sourcils, et baissa les yeux sur leurs mains jointes.
- Ce n'est rien, c'est qu'un chien errant, dit-il.
Elanor sentit soudainement la gêne et la honte s'emparer d'elle. Elle réalisa alors qu'elle avait la main de Legolas dans la sienne, et rougit furieusement.
- Pardon.
Elle retira précipitamment sa main. La peau de Legolas était étonnement chaude et douce, remarqua-t-elle.
Legolas sourit, amusé.
Plusieurs jours s'écoulèrent, et Elanor prit l'habitude de rester avec l'elfe. Boromir était de plus en plus acariâtre, et il lui lança plusieurs fois des regards noirs empreint d'un sentiment qu'elle n'arriva pas à saisir.
Une semaine plus tard, Gandalf ordonna à la communauté de s'arrêter près d'une petite grotte. Fait exceptionnel, le magicien consentit à faire un feu, à la demande des hobbits. Mais Elanor soupçonnait Pippin de l'avoir harcelé pendant des heures.
Elle se porta volontaire pour aller chercher du bois, et fut accompagnée des deux cousins hobbits, Merry et Pippin.
Pendant ce temps, les autres montèrent le camp, et Legolas s'éloigna pour faire le gué. Une fois qu'ils eurent finis, Aragorn partagea ses préoccupations sur le voyage avec Gandalf.
- Les hobbits sont très fatigués, nous devrions passer une partie de la nuit ici avant de reprendre la route demain, défendit Aragorn.
- Hum, oui vous avez raison, répondit Gandalf. Cela ne pourra que leur faire du bien. Et je crois qu'un repas chaud remontera le moral de nos hobbits.
- Elanor n'a pas l'air au mieux de sa forme, murmura Aragorn à Gandalf.
Le magicien hocha la tête.
- Oui.
Boromir qui se trouvait à côté d'eux les entendit et poussa un soupir dédaigneux.
- Nous n'aurions jamais dû l'autoriser à venir avec nous.
Gandalf retira la pipe de sa bouche, et le regarda avec sévérité. Aragorn fronça les sourcils, et afficha la même expression, s'attendant à ce que l'homme déballe ses mauvais sentiments. Et il ne se fit pas prier.
- Elle est lente, et nous fait que ralentir depuis le début de notre voyage, ajouta Boromir. Cette fille n'a pas sa place ici !
- Allons mon ami, calmez-vous, s'exclama Gandalf. La présence d'Elanor n'est pas aussi néfaste que vous le pensez.
- Et en quoi est-elle positive ? Que nous apporte-t-elle ? Si au moins elle pouvait cuisiner…
- Boromir, dit Aragorn d'une vois menaçante.
- Hum, ma fois, je la trouve plutôt amusante et agréable, répondit Gimli.
- Cessez ces enfantillages mon ami, vous avez l'esprit troublé, déclara Gandalf.
- Je vais parfaitement bien ! explosa Boromir. C'est cette fille qui m'agace. Comment se fait-il que le seigneur Elrond ait accepté sa participation. C'est insensé !
- Vous ne pouvez aller à l'encontre de sa décision, Boromir, répondit sèchement Aragorn.
- Le seigneur Elrond est bien irresponsable ! Les hobbits sont déjà une préoccupation suffisante à mon goût ! s'écria l'homme du Gondor.
Legolas les rejoignit à ce moment, et entendit la fin de sa phrase.
- Comment osez-vous parler du seigneur Elrond de cette façon ? s'indigna-t-il.
- Ne vous inquiétez pas Boromir, le seigneur Elrond sait très bien ce qu'il fait, répondit Gandalf en essayant de couper court à la dispute. « Il ne choisit pas des personnes au hasard. Et surtout pas pour ce genre de quête, vous le savez aussi bien que moi. »
- Tout de même, cette fille n'aurait jamais dû venir ! s'écria Boromir.
A côté de lui, Frodon frissonna, et se ratatina contre le mur avec Sam, regardant Boromir avec un air effrayé. Gimli cessa de fumer et regarda Boromir avec surprise.
- Allons mon ami, laissez tomber.
- Non ! répliqua Boromir. Regardez-là, elle ne tient plus debout ! Cette femme n'est pas faite pour ce voyage ! Ce n'est pas sa place !
- Boromir, calmez-vous, l'assona Gandalf.
- Elanor a plus de courage que quiconque d'autre ici ! répondit Legolas.
- De quel courage parlez-vous ? s'écria Boromir. Quel courage aura-t-elle lorsqu'elle devra faire face à des orques ? En a-t-elle au moins déjà tué ?
Un silence inconfortable lui répondit.
- Là-dessus il n'a pas tort, déclara Gimli.
Il toussa et plusieurs regards courroucés de ses compagnons qui le firent taire.
-Que se passera-t-il lorsqu'elle aura fait tuer un membre de notre communauté ? Hein ? Que se passera-t-il ? s'écria Boromir.
Legolas serra les poings.
- Je ne vous permets pas…
Elanor revenait les bras chargés de bouts de bois, riant joyeusement avec Merry et Pippin lorsqu'elle entendit des éclats de voix.
- Que se passe-t-il ? demanda Merry.
- Je ne sais pas, répondit Elanor.
Elle tendit l'oreille et perçut la voix coléreuse de Boromir s'élever dans l'air. Son sourire s'évanouit.
- Elle n'a pas sa place ici !
- Elanor sait se battre, répondit fermement Aragorn.
- J'aimerais bien voir ça, railla Boromir.
- Je vous interdis de parler d'elle de cette façon! s'écria Legolas. Vous n'avez même pas essayé de lui parler, vous ne la connaissez pas !
Boromir se leva brusquement, la haine défigurant les traits de son visage.
- Oh, oui ! Il est vrai que je la connais moins bien que vous ! Mais que croyez-vous, je vous ai vu ! Je comprends à présent pourquoi vous approuvez sa présence. Souhaiteriez-vous que nous vous laissions tous les deux pour vos petites rencontres nocturnes ?
Legolas écarquilla les yeux, abasourdi.
- De quoi parlez-vous ?
- Je parle de cette nuit-là, et de toutes les autres. Retournez-donc dans ses bras! Apparemment, c'est la seule chose à laquelle elle peut se rendre utile ! cracha Boromir.
Tout le monde regarda l'homme avec stupéfaction et d'un air scandalisé. Puis les regards dévièrent lentement vers Legolas. Ce dernier resta immobile, mais commença à trembler, signe naissant de sa colère.
- Espèce de… !
Aragorn bondit juste à temps pour s'interposer. Legolas se jeta sur Boromir, jurant en elfique.
- Rhachon le ! Labo vi Orodruin !
- Legolas !
L'elfe essaya de frapper Boromir, mais son ami le ceintura.
- Legolas, DARO ! s'exclama Aragorn.
Les deux hommes étaient prêts à se battre à mains nues, lorsque Gandalf se leva pour stopper la dispute.
- ASSEZ !
Tout le monde sursauta, et se retourna.
Ils virent alors avec effroi qu'Elanor était à quelques mètres d'eux, pâle comme la mort. Boromir haleta, et Legolas se pétrifia sur place. Il croisa le regard d'Elanor mais ne parvint pas à le soutenir.
Prit de honte, il repoussa violemment Aragorn et s'éloigna dans les fourrés. Merry et Pippin le regardèrent partir, ébahis.
Elanor sentit Legolas passer à côté d'elle, aussi léger qu'une brise et elle se mit à trembler de tous ses membres. Prise d'une colère qu'elle n'avait encore jamais ressentie, elle tira son épée et fonça sur Boromir.
Les hobbits s'écartèrent en hurlant, et une brève lueur de peur traversa le regard de Boromir lorsqu'elle arriva à sa hauteur. Avant qu'Aragorn ou Gimli n'ait pu l'arrêter, Elanor poussa l'homme en arrière et posa sa lame elfique sur sa gorge.
- Faites encore une fois une allusion aussi graveleuse de la sorte devant moi ou quelqu'un d'autre, et je vous jure que la prochaine fois je vous tranche la gorge, susurra-t-elle.
Les autres la regardèrent sidérés, et elle dut se retenir de toutes ses forces pour ne pas enfoncer plus profondément sa lame dans la gorge de Boromir. Elle l'enfonça néanmoins assez pour que Boromir gémisse, et que ses compagnons l'alerte.
- Elanor. Lâchez-le, lui demanda Aragorn.
Il posa sa main sur son épaule, et Elanor s'exécuta à contrecœur et repoussa Boromir loin d'elle. L'homme retomba en arrière, et elle lui tourna le dos pour aller ramasser le bois qu'elle avait délaissé.
L'homme se massa la gorge, et parut déconfit.
Merry et Pippin regardèrent Elanor s'approcher avec des yeux écarquillés.
- Elanor…
- Venez, nous avons un feu à préparer.
- Mais… et Legolas ? dit Pippin.
- Il reviendra maître hobbit, ne vous inquiétez pas, lui répondit Gandalf.
Elanor ne dit pas un mot, ni ne regarda les autres membres de la communauté, se réfugiant dans le silence. Ses mains tremblaient encore, et elle n'avait qu'une seule envie : s'isoler loin du campement.
Mais elle essaya de garder la tête froide, et ignora royalement la présence de Boromir. Sam mit la casserole sur le feu et commença à préparer le diner.
Boromir ne décrocha pas un mot dans les heures qui suivirent, et il sembla à ses compagnons qu'il reprenait son état normal, à mesure que son visage s'éclairait. Gandalf l'étudiait avec inquiétude. Frodon s'était installé à l'opposé de l'homme et d'Elanor, en compagnie des hobbits et de Gimli.
Legolas ne revint pas au campement de toute la nuit. Elanor commença à s'inquiéter de son absence, et elle fut la seule à rester éveiller. L'elfe ne réapparut cependant pas.
Elle ne parvint qu'à somnoler pendant quelques heures, et se réveilla avec un mal de tête épouvantable. Legolas revint le lendemain matin. Silencieux, et il évita soigneusement leur présence.
Trop embarrassée et troublée par les accusations de Boromir, Elanor n'osa pas lui parler.
Elle avait désormais peur du regard de ses compagnons sur elle, et se demandait constamment s'ils croyaient aux mensonges qu'avait proférés Boromir à son encontre.
L'idée d'être intime avec l'elfe ne lui avait même pas traversé l'esprit, et ils ne l'étaient pas. Ils étaient juste amis. Comment Boromir avait-il put arriver à cette conclusion ?
Legolas devint plus distant, et la barrière qui s'installa entre eux la peina.
Deux jours plus tard, les choses n'avaient pas changées. Le temps s'était affreusement dégradé, et de gros nuages noirs gravissaient autour des Monts Brumeux. Gandalf parvint à trouver un chemin sûr et ils gravirent une colline en file indienne. Lorsqu'ils arrivèrent au sommet, Gandalf décréta que c'était ici qu'ils allaient se reposer.
- La vue est bonne d'ici, déclara-t-il en s'asseyant sur un rocher et en sortant sa pipe.
Pendant que Sam préparait avec Frodon un ragout de viande aux fines herbes trouvées sur le chemin, Boromir se mit à s'entrainer à l'épée avec Merry et Pippin sous l'œil attentif d'Aragorn.
Elanor les regarda avec amusement, même si elle n'avait toujours pas pardonné à Boromir ses propos. Elanor avait remarqué que son visage s'était émacié depuis ces derniers jours, et qu'il semblait troublé par quelque chose qui faisait ressortir sa mauvaise humeur. Pourtant, depuis sa dispute avec Legolas, Boromir avait changé de comportement du tout au tout. Il ne lui adressait plus de regards courroucés, et paraissait même avoir des remords.
Alors qu'elle les observait, Pippin s'arrêta et la regarda :
- Elanor, voulez-vous vous joindre à nous ? demanda-t-il, enthousiaste.
Elanor fut prise de court, et regarda Boromir avec hésitation. Merry donna un coup de coude à Pippin, qui ne comprit pas.
- Allons, Pippin !
- Quoi ?
Alors que les hobbits la fixaient timidement, et que Boromir évitait son regard, Elanor ne sut que faire.
A sa plus grande surprise, Boromir leva les yeux et se tourna vers elle.
- Il est vrai que je suis en infériorité numérique. Une aide ne serait pas de refus.
Elanor le dévisagea avec méfiance. Boromir semblait véritablement sincère, pourtant elle ne pouvait lui pardonner les paroles qu'il avait tenus ces derniers jours.
« Elle ne sait pas se battre ! »
Eh bien, elle allait lui montrer !
- Très bien.
Elle sauta de son perchoir sous les acclamations de Pippin, et tira son épée.
- Allons-y ! s'exclama-t-elle.
- C'est injuste, vous êtes de Grandes-gens, protesta Merry.
- Oui, c'est vrai ! approuva Pippin.
- N'est-ce pas vous qui m'avez demandé de venir ? interrogea Elanor ironique.
Pippin fit la moue.
- Deux contre deux, c'est plutôt équitable, lança Boromir en riant.
- Mais nous sommes des hobbits ! répliqua Merry.
Elanor entendit le rire d'Aragorn, et Boromir attaqua. Les hobbits sursautèrent, Pippin contra son attaque. Ils se prirent vite au jeu, et Elanor échangea quelques coups avec Merry. Elle s'amusa à taquiner les hobbits, et oublia presque sa rancune envers Boromir, qui était étonnement sympathique.
- Bougez vos pieds ! fit remarquer Aragorn en direction de Pippin. Plus vite !
Merry para les coups d'Elanor avec dextérité et elle fut étonnée qu'un hobbit puisse être aussi habile avec une épée.
- C'est bien, le complimenta-t-elle.
Au bout d'un quart d'heure, Elanor fit une pause, et laissa Boromir se battre avec les deux hobbits.
Elle remonta vers le haut de la colline, et passa devant Sam et Frodon qui regardaient leurs amis avec un sourire, tout en préparant le déjeuner. Elanor ne s'arrêta qu'au niveau des trois autres membres de la communauté qui étaient montés à l'endroit le plus haut de la colline.
Legolas était immobile au bord d'un rocher, surveillant le ciel et la vallée qui se trouvait derrière eux. Il ne bougeait pas d'un millimètre, si bien qu'on aurait pu le prendre pour une statue figée dans le temps. Gimli était à l'opposé, et Gandalf était assis seul sur un rocher, et tirait de temps à autre une bouffée de sa pipe. Elanor s'approcha du magicien, et s'assit sur un rocher à côté de lui.
- Comment allez-vous ma chère ? lui demanda Gandalf.
- Bien, merci.
- Hum, je vois que vous vous êtes réconciliée avec Boromir.
- Pas vraiment, répondit Elanor. Il ne m'a pas présenté ses excuses.
Elanor jeta un regard à Legolas qui avait toujours le dos tourné.
- Ne lui en voulez pas. Boromir est manipulé par l'anneau, lui confia-t-il. Ce n'est pas un mauvais homme. Ses paroles ont dépassées sa pensée.
Elanor resta silencieuse. Même si Gandalf essayait d'adoucir la situation, ça n'effacerait pas les insultes qu'avait proférées par Boromir.
- Cela ira mieux lorsque nous aurons pris un peu de repos, déclara Gandalf.
- Si vous me demandiez mon avis, et bien que ça ne soit pas le cas, je dirais que nous empruntons le chemin le plus long, dit Gimli qui les avait rejoints.
Gandalf retira la pipe de sa bouche.
- Gandalf, nous pourrions passer par les mines de la Moria. Mon cousin Balin nous accueillerait royalement.
L'expression de Gandalf s'assombrit au fur et à mesure que Gimli parlait, et Elanor se demanda ce qui contrariait le magicien à ce point.
- Non Gimli, je n'emprunterais la route de la Moria que si je n'ai d'autre choix.
Gimli se rembrunit, et au même moment, Legolas courut de l'autre côté de la colline. Elanor se leva, et Gandalf regarda dans la même direction.
Tout à coup, Pippin poussa un cri de douleur. Boromir se précipita sur lui et s'excusa, mais Pippin lui donna un coup de pied dans la jambe et le précipita à terre.
Boromir se mit à rire tandis que les deux hobbits tentèrent de le maîtriser. Tous les trois riaient aux éclats, mais furent vite interrompu lorsque Frodon vit quelque chose dans le ciel.
- Qu'est-ce que c'est ?
Il pointa le ciel en direction d'un amas de petits points noirs, le même que celui qu'Elanor et Gandalf fixaient.
- C'est rien, c'est qu'un p'tit nuage, répondit Gimli en tirant nonchalamment sur sa pipe et en toussant.
Tout le monde se mit à fixer la tâche sombre dans le ciel, qui grossissait à vue d'oeil.
- Mais qui avance vite, et contre le vent, fit remarquer Boromir avec toujours les deux hobbits sous les bras.
Son sourire disparut. Elanor se retourna vers Legolas et celui-ci écarquilla les yeux.
- Des crébains du pays de Dun !
- Cachez-vous ! s'écria Aragorn. Vite !
Boromir se mit à héler tous les hobbits, leur ordonnant de se mettre à couvert.
Le groupe se précipita pour rassembler et cacher les affaires. Sam se hâta de trouver un abri pour cacher Bill, le poney et voyant que le hobbit avait des difficultés, Elanor se précipita pour l'aider. Elle était encore en train de jeter un sac sous un arbuste lorsqu'elle entendit le coassement des oiseaux au-dessus de sa tête.
A cet instant où elle crut qu'elle n'avait plus le temps de se cacher, une main l'agrippa et l'entraina sous un buisson. Les crébains passèrent quelques secondes plus tard au-dessus de leur tête.
Elanor sentit un souffle chaud sur sa nuque, et lorsque la nuée d'oiseaux s'éloigna, elle roula sur le côté, et vit Boromir derrière elle.
Elle en fut un peu troublée et se dégagea brusquement, mais le remercia néanmoins d'un signe de tête. A sa plus grande surprise, l'homme lui répondit.
- Des espions de Saroumane. La trouée du Rohan est surveillée, déclara Gandalf contrarié. Il nous faut passer par le Col de Carad'has !
Tout le monde se retourna vers la montagne et regarda le pic acéré du col. Le sommet se perdait dans les nuages gris, et ses flancs étaient sombres et lugubres.
Un frisson parcourut les épaules d'Elanor.
L'idée ne lui plaisait pas. Ce voyage allait être long et pénible.
Lexique :
Daro ! = Arrêtez !
Rhachon le ! = Je te maudis.
Labo vi Orodruin ! = Va sauter dans la montagne du Destin!
La suite bientôt!
