Bonjour ! Voici un nouveau chapitre, encore plus long que le prédécent! ^^ Encore merci à tous pour vos review ! Vous avez été encore très nombreux à suivre le dernier chapitre. Pour commencer je voudrais répondre à ceux qui n'ont pas de compte :

Marine02 : Merci beaucoup ! aha… je ne peux pas répondre à cette question. Tu le sauras dans les prochains chapitres ) Encore merci d'être aussi fidèle, tes reviews sont hyper motivantes pour moi!

Popelios : Merci ! Alors saches d'abord que j'apprécie beaucoup tes reviews ! Ton avis de la dernière fois m'a fait énormément plaisir, et m'a beaucoup motivé pour écrire la suite. Merci de me suivre ! Concernant Elanor, j'ai trouvé que c'était effectivement essentiel de parler de ses besoins hygiéniques, parce qu'évidemment c'est la seule femme de la communauté, et qu'à un moment donné il aurait bien fallut en parler. C'est aussi un problème avec lequel la communauté doit vivre quotidiennement, tous ne sont pas habitués à voyager avec une femme comme compagnon d'arme. Je pense que ça perturbe beaucoup Boromir, d'où son comportement agressif. L'anneau joue un rôle aussi, et je ne crois pas que Boromir se serait emporté si facilement s'il n'y avait pas eu Frodon à côté de lui. Il y a aussi une petite tension sexuelle, c'est vrai, tu as bien vu ) Après tout c'est un homme, et Elanor est une jeune fille plutôt jolie avec un caractère différent des femmes dociles qu'il connait.

Quant à Legolas, je crois surtout qu'il n'a pas du tout apprécié le propos de Boromir car il a été très grossier envers lui et Elanor (ce genre d'insulte n'existe pas dans le langage des elfes, ou alors elles sont sévèrement réprimandées). Concernant ses sentiments, je ne peux rien ajouter pour le moment mais si tu arrives à lire entre les lignes, tu trouveras la réponse. J'espère pouvoir te lire bientôt !

Salom : Merci beaucoup ! J'espère que la suite te plaira ! :D

J'espère que vous apprécierez ce nouveau chapitre. Que va-t-il arriver à Elanor ? Et comment va évoluer sa relation avec Boromir ? C'est une question qui est souvent revenue dans vos reviews. Je ne peux malheureusement pas en dire plus, mais de nouveaux éléments dans ce chapitre vont un peu éclaircir tout ça.

Bonne lecture

gallica.


Chapitre 9 : Le Col de Carad'has

La communauté se hâta vers le col de Carad'has. Tout le monde avait peur que les espions de Saroumane ne fassent demi-tour. La tension était retombée sur le groupe en l'espace de quelques minutes, et Gandalf était très inquiet.

Une boule se forma dans le creux du ventre d'Elanor, lorsqu'elle songea que des orques étaient peut-être déjà sur leurs traces. Elle n'avait pas du tout envie de recroiser ces monstres, ni même avoir affaire à eux.

Au fur et à mesure qu'ils avançaient, la pente s'accentua et le chemin devint de plus en plus escarpé. Ils avançaient lentement cependant. Les hobbits marchaient aussi vite qu'ils le pouvaient, mais c'était dur pour eux de maintenir la cadence avec leurs petites jambes.

La montagne grossissait à vue d'œil, et Elanor songea que le col devenait étrangement menaçant.

Elle n'avait jamais vu de paysage pareil. Le pic s'élevait à des milliers de mètres dans le ciel, entouré d'un manteau neigeux et de gros nuages à l'aspect orageux. C'était une vision à la fois sublime et effrayante. Une légère brise soufflait sur son visage, cependant elle était convaincue qu'une vraie tempête se déchainait en haut de la montagne.

Elle n'avait pas du tout envie de grimper jusqu'au sommet. Et beaucoup de ses compagnons partageaient sa pensée, elle en était convaincue. Gimli ne cessait de ronchonner, affirmant qu'ils iraient plus vite en passant par les mines de la Moria. Elanor ne savait pas ce qu'était cette Moria que Gandalf redoutait tant, mais au vu de l'expression du magicien, cela devait être bien pire que l'ascension du Col de Carad'has.

Bientôt la route s'effaça, et ils durent trouver leur chemin à travers un désert de cailloux brisés. Gandalf menait le groupe, et tout le monde le suivait sans poser de question. La neige commença à tomber, et recouvrit peu à peu le sol d'un tapis blanc.

Plus ils progressaient dans les hauteurs, et plus le froid devenait mordant. Elanor se blottit, mais son manteau ne parvint pas à la réchauffer complètement. Sa matière elfique l'avait protégée jusque-là des intempéries, cependant le tissu léger ne suffisait plus à garder sa chaleur corporelle.

Les elfes n'avaient pas conçus leurs vêtements en pensant aux humains. Pas de chance pour elle.

Sam marchait à ses côtés, et le pauvre hobbit ne cessait de glisser sur la neige et de tomber à ses pieds toutes les cinq minutes. Elanor avait pris la bride de Bill, et l'aidait à avancer dans la poudreuse autant qu'elle le pouvait.

Lorsqu'elle l'aida à se relever pour la dixième fois, Sam soupira et lui parut découragé.

- Allons Sam, courage. Vous allez y arriver, l'encouragea-t-elle en voyant sa mine déconfite.

- J'ai les pieds gelés, ma dame, s'excusa Sam.

Son visage était rouge et son nez coulait à cause du froid. Elanor l'observa avec inquiétude, se demandant si le hobbit ne couvait pas un rhume.

Elle rapprocha le hobbit d'elle, et lui frotta les épaules pour lui donner un peu de sa chaleur. Sam la remercia, et elle remarqua avec amusement que le teint de ses joues avait pris une légère couleur rosée.

- Merci, ma dame.

Elanor rit.

- De rien, Sam. Et combien de fois faudra-t-il que je vous le répète ? Appelez-moi Elanor.

Sam rougit un peu plus.

- Oui, Elanor. Mais c'est que vous êtes une dame de haute noblesse, j'ai honte de devoir vous appeler que par votre prénom.

- Je ne suis pas noble, Sam. J'ai grandis dans une auberge, donc ça ne me dérange pas.

Elanor lui sourit, et le jeune hobbit se détendit.

Un cri de frayeur les fit soudain se retourner. Elanor vit Frodon qui était derrière eux chuter et dévaler la pente sur plusieurs mètres.

- Frodon ! s'écria Sam.

Aragorn le rattrapa heureusement avant qu'il ne descende plus loin. Il épousseta les cheveux et les vêtements de Frodon, mais le hobbit semblait préoccupé. Elanor le vit tâtonner sa gorge nue. L'expression de son visage se transforma en horreur, et il regarda tout autour de lui cherchant éperdument quelque chose dans la neige.

- Frodon ? Qu'y a-t-il ? lui demanda Aragorn, inquiet.

- Mon…

Elanor entendit le pas de quelqu'un derrière elle, et vit Boromir la dépasser elle et Sam. Il se baissa à quelques mètres d'elle et ramassa quelque chose dans la neige.

Le cœur d'Elanor rata un battement lorsqu'elle comprit qu'il avait trouvé l'anneau.

Boromir se releva et tendit l'anneau à quelques centimètres de son visage, le souffle court.

- C'est une étrange fatalité que nous devions éprouver tant de peur et de doute pour une si petite chose, souffla Boromir.

Il se perdit dans la contemplation de l'anneau, comme si c'était la plus belle chose qu'il ait jamais vu de sa vie.

- Boromir, l'appela-t-elle.

L'homme ne répondit pas. Il semblait complétement perdu dans les reflets de l'anneau.

Elanor sentit soudainement un pouvoir puissant l'appeler et elle ne put résister à regarder fixement l'anneau.

Elle n'avait encore jamais remarqué à quel point son éclat doré était si beau. Il était rond et semblait lisse au toucher…

Quel effet cela ferait-il de le tenir dans ses mains ?

Une voix chuchota dans son oreille, et lui ordonna d'arracher la chaine des mains de Boromir.

Prends-le. Il ne le mérite pas.

Non.

Elle essaya de cligner des yeux, ou de détourner le regard de l'anneau et de Boromir.

Prends-le avant qu'il ne soit trop tard !

- Une si petite chose, chuchota Boromir.

- Boromir, s'exclama Aragorn.

L'homme sursauta, et baissa la main qu'il avait tendue en direction de l'anneau.

- Rendez l'anneau à Frodon.

La voix du rodeur était ferme et il avait posé sa main sur la garde de son épée. Elanor les observa nerveusement, ne remarquant pas qu'elle avait relâchée la bride du poney, tandis que Boromir semblait mener une lutte intérieure.

Alors qu'elle s'attendait à ce qu'il refuse, il descendit la pente et rendit l'anneau à Frodon.

- A vos ordres.

Frodon lui arracha la chaine des mains, et passa aussitôt la chaine à son cou avec soulagement. Elanor ressentit de la déception lorsque l'anneau disparut derrière le col de la chemise du hobbit, mais elle chassa aussitôt cette pensée de son esprit.

- Je n'en ai cure, se justifia Boromir avec un grand sourire.

Un silence tendu passa entre le hobbit et l'homme, et Boromir frotta la tête de Frodon avec un rire qui se voulait décontracté.

Puis il remonta la pente enneigée, le bouclier sur son dos et Aragorn le suivit des yeux, méfiant. Il relâcha la garde de son épée, et posa une main sur l'épaule de Frodon.

Boromir passa alors devant Elanor et lui accorda un sourire charmeur, auquel elle ne répondit pas. Troublée, elle fixa le dos de l'homme, se demandant ce qu'il lui passait bien par la tête. L'homme ne lui avait pas adressée la moindre excuse depuis la dernière fois, et à présent il lui souriait.

Même s'il lui avait sauvé la mise un peu plus tôt dans la journée, Elanor n'était pas prête à lui pardonner aussi facilement.

Le reste du groupe observa Boromir avec suspicion, et il sembla à Elanor qu'ils avaient évité de peu la catastrophe.

Les avertissements du seigneur Elrond n'étaient pas des paroles en l'air, songea Elanor. L'anneau était un vrai danger pour la communauté. Après avoir vu sa puissance, elle se dit que le comportement de Boromir n'y était peut-être pas étranger.

Il avait eu envie de s'emparer de l'anneau, tout comme elle. Cet objet avait un pouvoir de séduction qui dépassait l'entendement. Il avait réussi à la corrompre en l'espace de quelques secondes. Et il était indéniable que Boromir était sous son influence, peut-être même depuis longtemps, bien avant leur départ. Elle se rappela de la convoitise qu'elle avait vue dans ses yeux lors du Conseil d'Elrond. Boromir ne souhaitait qu'une chose, et elle en était convaincue, posséder l'anneau.

Elle devrait le surveiller à l'avenir.

Ils atteignirent les hauteurs du col de Carad'has quelques heures plus tard. Le temps s'était dégradé à un point où ils étaient pris dans un violent blizzard. Tous grelottaient, frigorifiés dans leurs manteaux de fourrures qu'ils serraient contre eux. Gandalf menait la troupe, creusant un chemin à l'aide de son bâton et ils progressaient lentement en file indienne.

Ils empruntèrent un chemin étroit au bord de la falaise, et Elanor restait autant qu'elle le pouvait près de la paroi rocheuse. Elle ne savait pas à quelle altitude ils se trouvaient, mais le ravin lui donnait le vertige et le vent qui tourbillonnait autour d'eux la terrifiait.

Legolas était le seul qui ne paraissait pas affecté par les conditions climatiques. Sa nature elfique lui donnait l'avantage de ne pas s'enfoncer dans la neige, et il posait délicatement un pied devant l'autre, avançant facilement sur la couche épaisse de neige.

Elanor se demanda pourquoi elle aussi n'avait pas ce pouvoir, alors qu'elle avait du sang elfique et se prit à l'envier. Ses cheveux bruns voltigeaient dans tous les sens, si bien qu'elle n'y voyait rien et elle avait de plus en plus de mal à mettre un pied devant l'autre tellement ses membres étaient gelés.

Un grondement sourd ronronnait dans la tempête. Le sifflement infernal du vent ne cachait plus l'orage qui menaçait d'éclater.

Legolas se tenait droit au bord du ravin, écoutant le murmure de la montagne, et il se retourna quelques secondes plus tard vers Gandalf.

- J'entends une voix sinistre dans les airs, dit-il.

Elanor tendit l'oreille et entendit effectivement une voix grave et lointaine réciter des litanies.

- C'est Saroumane ! s'écria Gandalf.

Un craquement sec retentit au-dessus de leur tête, et ils virent d'énormes rochers se détacher de la falaise. Tout le monde se précipita contre les murs de la montagne en criant, tandis que les rochers tombaient à quelques mètres d'eux, les évitant de peu.

- Gandalf, c'est trop dangereux ! Il essaye de déclencher une avalanche ! s'exclama Aragorn. Il faut faire demi-tour !

- Non !

Gandalf, entêté, s'approcha du précipice et se mit à réciter à son tour des enchantements. Sa voix amplifiée par le vide de la montagne résonna sur toutes les pierres, mais celle de Saroumane était plus puissante encore et la têmpête se renforça.

Soudain la foudre frappa le sommet de la montagne.

Elanor leva la tête, et vit avec horreur un énorme pan de neige tomber droit sur eux.

Gandalf se plaqua contre le mur, et hurla au reste du groupe de se mettre à l'abri. Elanor écarquilla les yeux, et comprit qu'elle n'aurait pas le temps de l'imiter.

Elle vit Legolas se retourner vers elle juste au moment où la neige tombait sur eux, mais il était déjà trop tard.

Le choc fut énorme. Elle eut l'impression de se de faire percuter par un morceau de la montagne. Sonnée, elle se recroquevilla et mit les mains au-dessus de sa tête pendant que l'avalanche de neige dégringolait au-dessus d'elle.

Lorsque cela fut finit, Elanor n'entendit plus aucun son, si ce n'est le battement affolé de son propre cœur. Elle essaya de bouger, mais n'y parvint pas. La neige lui brûlait la peau, et entrait sous ses vêtements. Elle essaya d'ouvrir les yeux mais ne vit qu'un voile noir devant elle, et elle ne mit pas longtemps à en déduire qu'elle était profondément encastrée sous la neige.

Au bout de plusieurs secondes, l'air commença à manquer, et elle se débattit. Elanor creusa avec ses ongles vers la surface, ignorant la douleur et la froideur de la glace qui égratignait ses doigts. Lorsqu'elle crut qu'elle n'y arriverait jamais, et qu'elle allait mourir là-dessous, à quelque mètre de ses compagnons, une main se fraya soudainement un chemin dans la neige et l'attrapa.

Elanor fut tirée à l'air libre, et elle inspira une grande bouffée d'air. Lorsqu'elle reprit ses esprits, et qu'elle ouvrit les yeux, elle s'aperçu que c'était Legolas qui l'avait secourue.

- Ça va ? lui demanda-t-il inquiet.

- Oui.

Elanor grelotta, tremblante de froid. La communauté sortit la tête et les bras de la poudreuse, tous étaient un peu secoués, mais sains et saufs.

Elle leva les yeux vers Legolas, et remarqua qu'il avait posé sa main sur sa taille. Sans qu'elle ne sache pourquoi, Elanor eut une bouffée de chaleur et rougit.

- Merci.

Legolas hocha la tête, et l'aida à se relever. Elanor épousseta ses vêtements et ses cheveux, et essaya de chasser la neige qui s'était glissée sous sa chemise. Elle était frigorifiée, et vacilla légèrement en posant un pied à terre. Mais l'elfe la tint fermement, et l'empêcha de retomber dans la neige.

Elanor s'accrocha de toutes ses forces à la tunique de Legolas, sentant qu'elle pouvait perdre l'équilibre à tout moment. Elle ne sut si c'était par nécessité, ou par envie qu'elle restait collée à l'elfe, mais elle se rendit compte qu'il lui avait manqué. C'était la première fois qu'il la tenait dans ses bras, et elle ne désirait être nulle part ailleurs à ce moment.

- Il est impossible de passer ! s'écria Boromir à Gandalf. Il nous faut redescendre le col et passer par la trouée du Rohan !

- Non ! La trouée du Rohan nous rapproche des espions de Sauron, contesta Gandalf.

- Si nous ne pouvons passer par-dessus la montagne, alors passons par-dessous. Passons par les mines de la Moria, proposa Gimli.

Gandalf le regarda avec méfiance, mais cette fois il hésita et se tourna vers Frodon.

- Laissons le porteur de l'anneau décider.

Un long silence passa pendant lequel Frodon dévisagea chaque membre de la communauté. Son regard s'attarda sur les hobbits, terrifiés et Legolas qui tenait fermement Elanor, qui était pâle comme la mort.

- Frodon ? s'enquit Gandalf.

- Nous passerons par les mines, trancha Frodon.

- Qu'il en soit ainsi.

La communauté fit donc marche arrière dans la tempête, redescendant la montagne avec plus de peine encore. Car ils étaient exténué d'avoir gravit la montagne, et tous ou presque se sentait malade et transi de froid. Cependant, repasser par le même chemin leur prit beaucoup moins de temps, et au bout de quelques heures, la tempête s'était calmée. Avec soulagement, ils laissèrent derrière eux le manteau neigeux, et retrouvèrent la terre ferme sous leurs pieds.

Ils arrivèrent bientôt au pied de la montagne, et la nuit commença à tomber. Elanor marchait aux côtés d'Aragorn et de Legolas. L'elfe était resté près d'elle durant la descente, et même s'il essayait de rester discret, Elanor sentait ses pas suivre les siens.

Au bout de plusieurs heures de marche, Gandalf décida qu'il était temps de s'arrêter.

- Montons le camp ! déclara t-il. Inutile de continuer dans la nuit, il nous faut du repos et un feu.

Tout le monde acquiesça avec reconnaissance, et surtout les hobbits qui s'effondrèrent à terre, exténués. Elanor aida les hommes à monter le camp, préparant les couchettes des hobbits, puis elle rejoignit Aragorn et Boromir qui était partis chercher du bois.

- Retournez au camp Elanor, lui dit Aragorn lorsqu'il la vit. Nous avons presque fini.

Elanor sentit la fermeté dans sa voix, et elle comprit qu'elle ne devait pas discuter.

Elle hocha la tête, et ramassa un dernier morceau de bois puis retourna vers le campement là où se trouvaient les autres. Après avoir déposé son butin près du feu, elle s'assit à côté de Frodon et ne bougea plus.

Gandalf et Gimli étaient également assis, et n'ayant plus rien à faire ils fumaient leurs pipes. Legolas les rejoignit bientôt, et Elanor le regarda s'approcher. L'elfe s'assit à quelques mètres d'elle, et un papillonnement nerveux lui serra à nouveau le ventre.

Qu'était-ce cette réaction ? Pourquoi se sentait-elle mal à l'aise en sa présence tout à coup ? Ca faisait plusieurs jours qu'elle n'avait plus reparlé avec l'elfe. Pas depuis l'incident avec Boromir.

Elle songea à ce qui s'était passé un peu plus tôt dans la journée, lorsque Legolas l'avait tenue fermement contre lui. La fermeté de son avant-bras, et la chaleur que dégageaient sa peau lui était restée en mémoire.

Legolas sortit tranquillement son arc, et se mit à le nettoyer et examiner l'état de ses flèches. Elanor l'observa, et remarqua ses gestes méticuleux et appliqués. Il avait de longues mains, fines et pâles, qui jouaient sur la courbe du bois. La ligne de sa mâchoire était lisse et carré, et ses yeux étaient concentrés sur ce qu'il faisait, comme à l'accoutumée.

Elle ne se laissait jamais de le regarder. L'elfe avait quelque chose d'hypnotisant, comme tous ceux de sa race. Mais il avait aussi un côté étrange, et parfois il différait tellement de ses semblables qu'elle le trouvait intriguant. Elanor se demanda si tous les elfes de la forêt noire étaient comme lui, ou s'il était le seul.

Elle se rappela de sa dispute avec Boromir, et songea qu'un elfe de Fondcombe n'aurait jamais réagi aussi violemment. Legolas semblait plus sauvage, moins sage et pondéré. Il agissait toujours selon ses instincts, et assurait les arrières de la communauté sans poser de questions.

C'est peut-être cela qu'elle aimait le plus chez l'elfe.

Ca et son regard.

L'observant alors qu'il effilait ses flèches, Elanor se dit qu'elle devait peut-être se trouver aussi une occupation avant qu'il ne se rende compte qu'elle le fixait. Elle déroula une couverture sous elle, puis tira son épée de son fourreau et l'examina.

La lame n'était pas sale, car elle n'avait encore jamais servie contre des ennemis. De fines inscriptions en langage elfique étaient gravées dans le métal, mais elle n'avait jamais su les lire. Elle jeta un bref coup d'œil à Legolas, sachant qu'il pourrait les lui traduire. Elle aurait aimé lui demander, mais elle était trop embarrassée pour oser aller vers lui.

Peut-être le ferait-elle.

Plus tard.

Frodon se pencha soudainement vers elle, et parut très intéressé par son épée.

- Qu'est-ce que cela veut dire ? lui demanda-t-il en essayant de déchiffrer les inscriptions.

- Je ne sais pas. Je ne sais pas lire l'elfique, répondit Elanor.

Frodon parut un peu déçu, et ils ne remarquèrent pas que Legolas avait arrêté de nettoyer ses armes et qu'il s'était tourné vers eux.

- Ceci semble dire « je fus forgée » mais je n'arrive pas à lire le reste, dit Frodon en fronçant les sourcils. Les caractères sont différents de ceux que je connais. C'est bizarre, on dirait pourtant du Sindarin.

- Par Melian, la Maiar je fus forgé. Dans le royaume de Doriath, pour Luthien, fille du roi Thingol.

Elanor sursauta lorsqu'elle sentit un souffle sur sa nuque, et vit que Legolas s'était approché derrière eux.

- Oh vraiment ? Et que veut dire la suite ? demanda Frodon.

- Dans les mains de ceux de son sang je demeure et protecteur de la lumière d'Aman je suis, continua Legolas. Voilà ce que ça dit.

Un léger frisson parcourut les épaules d'Elanor. Legolas quitta des yeux l'épée, et la regarda au même moment où elle se retournait pour croiser son regard.

- Vous avez une épée d'exception, lui dit Legolas.

Elanor ne répondit pas, et tenta de ne pas se perdre dans l'océan de ses yeux bleus.

- C'est incroyable ! s'exclama Frodon. Cette épée aurait donc appartenu à Luthien ?

Le regard de l'elfe était pénétrant qu'Elanor eut l'impression de perdre tous ses moyens, et elle ne put articuler un seul mot. Aragorn et Boromir revinrent à cet instant et jetèrent le bois au centre du campement, coupant court à leur échange silencieux. En un clin d'œil, Legolas retourna à sa place et à ses occupations.

Frodon s'enthousiasma pour son épée, et lui posa de multiples questions. Gandalf alluma le feu, et Sam prépara le diner. Il n'y avait pas grand-chose à manger à par un bouillon de légume. Ils mangèrent néanmoins silencieusement, écoutant le vent siffler sur les hauteurs de la montagne. Mais bientôt des feulements et des gémissements inhabituels retentirent dans la nuit.

Aragorn bondit sur ses pieds.

- Des wargs du Mordor ! Les loups sont passés à l'Ouest, s'exclama-t-il.

- Ils sont sur nos traces, déclara Gandalf.

- Doit-on attendre l'aube ? Nous devrions partir, dit Boromir préoccupé.

- Ils sont encore loin de notre position, la montagne est vaste. Reposons-nous encore quelques heures, ordonna Gandalf.

Heureusement, ils avaient montés le camp en haut d'une colline entourée de bosquets, et Gandalf espérait que cela suffirait à les cacher pendant la nuit. La communauté s'endormit, pour ceux qui réussirent à trouver le sommeil, sous la bonne garde de Legolas. Elanor ne tarda pas à somnoler, puis s'endormit.

Des feulements la réveillaient de temps à autre, et elle avait l'impression qu'ils étaient de plus en plus forts. La peur et l'inquiétude l'empêchèrent de dormir tranquillement. Au bout de quelques heures, elle sentit une présence à quelques mètres d'elle qui la réveilla en sursaut.

Elle ouvrit les yeux, et vit que les autres dormaient profondément. Elle s'attendit à voir Legolas penché sur elle, mais à la place elle ne vit rien. Un grognement menaçant retentit hors du campement, et cela ressemblait fortement au bruit d'une bête.

Elle se redressa brusquement et au moment même Legolas apparut dans son champ de vision, l'arc à la main.

- Debout !

La voix de l'elfe claqua comme un fouet, et réveilla ses compagnons en sursaut.

Un loup apparut alors, énorme et monstrueux, en haut d'un rocher qui les surplombait. Elanor resta immobile, pétrifiée par cette vision.

Gandalf se leva et brandit son bâton en direction de la bête.

- Ecoutes moi, chien de Sauron ! cria-t-il menaçant. Gandalf est ici ! Fuis, si tu tiens à ta puante peau ! Si tu pénètres dans ce cercle, je te dessèche de la queue au museau !

Le loup gronda, et bondit sur le magicien en guise de réponse. Elanor entendit à cet instant précis un claquement sec, et la flèche de Legolas s'encastra dans la gorge du loup. La créature poussa un hurlement effroyable et tomba aux pieds de Gandalf.

Le reste de la communauté se réveilla en sursaut, et les hobbits se levèrent, paniqués.

- Que se passe-t-il ? demanda Merry.

- On est attaqué ! Debout ! répondit Legolas.

Elanor sentit soudain que quelque chose l'observait dans les fourrés, à quelques pas d'elle. Elle se retourna lentement, et vit d'abord deux grands yeux jaunes, puis un loup immense au pelage gris sortit de la pénombre de la nuit. Le loup la fixait et avança doucement dans sa direction. Un grondement sourd sortit de sa gueule, et avec horreur elle vit d'énormes crocs acérés, prêt à la broyer.

Elanor se redressa, et posa la main sur son épée par reflexe. En entendant le son clair et métallique de la lame glisser hors du fourreau, le loup se jeta alors sur elle, et poussa un énorme rugissement. Elanor eut à peine le temps de brandir son épée, et laissa échapper un hurlement qui glaça le sang de ses compagnons.

Le warg ouvrit la gueule, prêt à retomber sur sa gorge, mais elle dressa son épée comme rempart entre eux. Le loup s'empala sur sa lame et poussa un hurlement déchirant, avant de tomber sur elle. Elanor resta quelques secondes immobile, sous le choc, écrasée par le poids du loup.

La puanteur qu'il dégageait était insupportable. C'était une odeur qui lui rappelait fortement celle des orques.

Avec une force surhumaine, elle fit alors rouler son cadavre sur le côté, et se dégagea rapidement du loup.

- Elanor !

Legolas accourut à ses côtés, et regarda le sang noir sur ses mains avec stupeur.

- Tu n'as rien ?

- Non, ça va.

Elanor tira son épée du ventre du loup et grimaça.

- Vite ! Du combustible sur le feu ! s'exclama Gandalf. Dégainez vos épées et tenez-vous dos à dos jeunes hobbits !

Lui et Aragorn jetèrent d'autres braises sur le feu, tandis que les autres se rassemblaient au centre, l'arme au poing. Legolas la prit par le bras et la guida au centre du cercle, la dissimulant derrière lui et Boromir.

Les loups grondaient autour d'eux, et s'approchèrent lentement. Legolas décocha quelques flèches qui tuèrent les loups s'approchant d'un peu trop près. Lorsqu'ils furent trop nombreux, Gandalf se mit à parler dans une langue étrange, et à l'aide de son bâton il embrasa une branche qu'il agita sous le nez des loups. Mais cela n'impressionna pas suffisamment les loups de Sauron, et ils se jetèrent sur eux.

Aragorn trancha la gorge d'un permier warg, et Gimli enfonça sa hache dans un autre. Legolas tirait flèche après flèche, tuant chaque loup qui s'approchait de leur position. Elanor tenait son épée à la main, prête à l'abattre sur la tête d'un loup, mais Boromir et Legolas faisaient barrage et veillait à ce qu'aucun loup ne dépasse la limite.

Gandalf jeta alors la branche enflammé dans les fourrés. Ses paroles magiques enflammèrent les arbustes l'un après l'autre, jusqu'à ce que le feu les entoure complétement dans une explosion de lumière. Les loups s'enfuirent alors, paniqués, et lentement le feu s'éteignit.

La meute avait disparu, et tous soupirèrent de soulagement.

Elanor ne sut combien il y avait de carcasses de loups sur le sol, mais il y en avait beaucoup. Et elle était certaine qu'il y en avait davantage encore dans la plaine qui les attendait.

- Le soleil va bientôt se lever. Les warg vont se cacher un temps, mais ils reviendront vite nous pourchasser.

- Plus vite nous serons à la Moria, mieux se sera, dit Gimli.

- En effet, maître nain. Il nous faut atteindre les portes de la Moria avant le coucher du soleil, déclara Gandalf soucieux. Sinon, je crains que nous ne puissions jamais atteindre l'Est. Nous ne sommes qu'à quelques lieux de la porte, à présent nous devons faire preuve d'endurance, mes amis. En route.

La communauté se prépara et ils quittèrent rapidement le campement, sans prendre de petit-déjeuner.

Les hobits ne se plaignirent pas, et suivirent le reste du groupe à une allure plus rapide que la veille. La détermination et l'instinct de survie avaient vite remplacés la fatigue et à la souffrance, et lorsque midi fut passé ils ne s'accordèrent qu'une brève pause avant de reprendre la route.

En milieu de journée, ils arrivèrent enfin à l'embouche d'un fleuve desséché, le Sirannon, qui coulait autrefois à flot dans les gorges de la montagne jusqu'à la porte cachée de la Moria. Ils suivirent donc le fleuve vers le Sud, en passant par un chemin inégal et sinueux tracé à travers la rocaille. Puis le chemin prit un tournant brusque vers l'Est, et Gandalf leur annonça qu'ils étaient à quelques milles de la porte.

Enthousiastes, la communauté se mit à marcher avec encore plus d'ardeur, luttant contre la fatigue et la faim. Le soleil commençait cependant à se coucher, et ils gravirent la montagne, là où se trouvait autrefois une ancienne grande route et des escaliers menant au royaume des nains. Gimli était en tête du cortège, gravissant les marches deux à deux quand il le pouvait, empressé d'arriver au sommet.

Elanor suivait les autres avec Frodon. Elle avait retrouvée quelques couleurs depuis la veille, mais était toujours fatiguée par sa courte nuit. Malgré tout, elle tenait le rythme et avançait aussi vite que ses compagnons.

- Frodon ! appela Gandalf. Veuillez soutenir un vieil homme.

Frodon qui marchait avec Elanor, accourut aux côtés du magicien qui se trouvait plusieurs mètres devant.

- Comment va votre épaule ? s'enquit Gandalf.

- Bien mieux qu'avant.

- Et… l'anneau ?

Tous les deux s'arrêtèrent de marcher, et Elanor les rattrapa. Elle se sentit soudain embarrassée d'écouter leur conversation, et hésita à avancer. Elle ne put pourtant pas s'empêcher de tendre l'oreiller.

- Vous sentez son pouvoir grandir, n'est-ce pas ? Je l'ai senti aussi. Vous devez être prudent, le mal viendra à vous de l'extérieur de la communauté, mais aussi de l'intérieur.

Boromir la dépassa à ce moment, et Gandalf et Frodon le regardèrent passer devant eux avec méfiance.

- En qui dois-je avoir confiance ? demanda Frodon.

- En personne, répondit Gandalf.

Ils se remirent en marche, et Elanor resta derrière eux, méditant les paroles du magicien.

Il est vrai. Frodon ne pouvait faire confiance à personne. Pas même à elle, songea-t-elle tristement.

Ils atteignirent le sommet des marches quelques minutes plus tard, et Gimli s'arrêta, admiratif.

- Les murs de la Moria, souffla-t-il.

Un lac sombre dormait au pied de la roche, vestige de l'ancien Sirannon. Devant eux, se dressait un mur de roche raide et infranchissable. Elanor regarda le mur de long en large, mais ne vit aucun signe d'une porte.

- Il nous faut contourner le lac pour les atteindre, dit Gandalf.

Sous la nuit étoilée, ils traversèrent alors la roche escarpée pour atteindre l'autre rive.

Ils arrivèrent devant les murs une heure plus tard. Gandalf se mit à chercher l'endroit exact où était la porte mais aucune fissure ne la lui indiqua.

- Les portes des nains sont invisibles lorsqu'elles sont closes, expliqua Gimli en tapotant la roche avec sa hache.

- Oui Gimli ! s'exclama Gandalf. Et leur propre maître ne peut les trouver ni les ouvrir quand le secret en est oublié.

- Pourquoi cela ne me surprend-il pas, railla doucement Legolas.

Gimli s'immobilisa, se sentant insulté. Mais il ne répondit pas et se contenta de grogner avant de reprendre la marche. Elanor glissa plusieurs fois sur les galets visqueux, et faillit tomber dans l'eau croupie, lorsqu'enfin Gandalf s'arrêta à son plus grand soulagement.

- Regardez ! Voici les portes de la Moria, s'exclama Gandalf.

La lune se leva dans le ciel, et le mur se mit à briller, révélant des lignes blanches imperceptibles.

Ces lignes prirent peu à peu la forme de motifs, et de figures géométriques. Lorsque la porte apparut dans son entier, elle représentait une arche soutenue par deux colonnes, dans lequel se dessinaient deux arbres portant chacun un croissant de lune, et en son milieu une étoile. Plus haut se trouvait une enclume et un marteau, surmontés d'une couronne avec sept étoiles. Des inscriptions dans un langage ancien étaient gravées dans l'arc de cercle.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Elanor.

- Ce sont les emblèmes de Durin ! s'exclama Gimli.

- Et l'Arbre des Hauts Elfes, renchérit Legolas.

- Et l'étoile de Fëanor, un des elfes premiers-nés, dit Gandalf.

Le nain et l'elfe regardèrent la porte avec admiration.

- Ce sont les elfes qui ont forgés cette porte, dit Gandalf. Il fut un temps où l'amitié entre les elfes et les nains existaient encore.

- Le déclin de cette amitié ne fut pas du fait des nains, ronchonna Gimli.

- Et je n'ai pas entendu dire que c'était la faute des Elfes, rétorqua Legolas.

Tous les deux se lancèrent des regards assassins.

- Hum, comme toujours les elfes sont de mauvaise foi. Voilà un défaut qui dénote avec le reste ! lança Gimli.

- Les nains n'ont pas ma sympathie, répliqua Legolas d'un air hautain. Je n'ai jamais eu de considération pour les êtres avares et grossiers.

Gandalf les regarda, exaspéré et Elanor les observa avec stupeur et consternation. Elle trouvait leur attitude puérile dans ces circonstances. Ils avaient mieux à faire ! Les serviteurs de l'anneau étaient à leur trousse pour les éliminer, et ils trouvaient encore le moyen de se disputer. Même Legolas, qui pourtant elle avait appris à apprécier, redescendait dans son estime.

- Arrêtez donc de vous comporter comme des enfants, les sermonna-t-elle, devançant Gandalf. Nous avons tous un ennemi commun ! Et nous avons d'autres loups à fouetter que d'encenser de vieilles querelles stupides que vous a appris votre famille. Elles datent de quoi ? Cinq milles ans ? En quoi cela vous concerne-t-il ? Etiez-vous au moins nés lorsque cela s'est passé ?

Elle regarda tour à tour Legolas et Gimli, qui la fixaient, interloqués. Gimli marmonna quelques mots dans sa barbe, puis se mit à rougir sous le regard d'Elanor. Elle se tourna alors vers Legolas, qui baissa les yeux.

- C'est bien ce que je pensais !

Elanor, les nerfs à vif, s'éloigna alors et s'assit seule sur un rocher, imitant Aragorn et Boromir qui s'étaient éloignés. Gandalf la suivit des yeux.

- Elanor marque un point. Peu importe qui a commencé, moi j'ai entendu dire des deux. Mais je ne porterais pas de jugement. J'ai besoin de votre aide à tous les deux, et ce sera beaucoup plus facile pour la communauté si vous êtes amis.

Sur ces derniers mots, il leur tourna le dos et s'occupa à déchiffrer les mots inscrits sur la porte. Legolas et Gimli se regardèrent en chien de faïence, puis se tournèrent le dos.

- Que dit le texte ? demanda Frodon à Gandalf.

- Ces mots sont écrits dans l'ancien elfique du premier âge. Elles disent : Les portes de Durin, seigneur de la Moria. Parlez ami et entrez.

- Que signifie parlez ami et entrez ? demanda Merry.

- C'est simple, si vous êtes un ami vous donnez le mot de passe et vous entrez, répondit Gandalf.

Gandalf posa alors son bâton sur l'étoile aux multiples branches, et parla haut et fort dans une langue inconnue : « Annon edhellen edro hi commen ! »

Rien ne se passa. Gandalf retira son bâton, déçu. Il se dressa alors devant la porte et écarta les bras.

- Fennas nogothrim, lasto beth lammen ! s'écria t-il.

Mais la porte ne bougea pas d'un millimètre. Le silence tomba, et tout le monde soupira.

- Rien ne se passe, commenta Pippin.

Commençant à s'agiter, Gandalf se mit contre la porte et essaya de la pousser avec ses bras. Mais elle ne bougea pas.

- Autrefois je connaissais les incantations dans toutes les langues des elfes, des hommes, et des orques, dit Gandalf.

- Qu'allez-vous faire, alors ? demanda Pipin sans se démonter alors que Gandalf fronçait les sourcils.

- Cognez sur la porte avec votre tête, Peregrin Touque ! Et si cela ne les fracasses pas, et qu'on ne me libera pas de toutes vos questions idiotes, j'essayerais de trouver la formule !

Pipin se tut. Gandalf retourna à ses incantations et les autres le laissèrent, comprenant que cela prendrait plus de temps que prévu.

Legolas s'approcha doucement d'Elanor, qui écoutait distraitement la conversation entre Gandalf et les hobbits. Plongée dans ses pensées, elle ne s'aperçut de sa présence que lorsqu'il entra dans son champ de vision.

- Je suis désolé, lui dit Legolas.

Elanor le regarda avec surprise. Elle s'attendait plutôt à ce qu'il lui fasse des reproches pour lui avoir mal parlé.

- Vous aviez raison tout à l'heure, mon attitude à l'égard de Gimli est pitoyable. Je m'en excuse, lui dit Legolas en baissant les yeux sur ses pieds.

Son attitude toucha Elanor.

- Ce n'est pas à moi que vous devez des excuses, lui répondit-elle.

Elle désigna Gimli, et Legolas suivit son regard. Il hésita un moment puis acquiesça.

- Il est vrai. Néanmoins je vous ai contrariée. Et pour cela je suis désolé.

Elanor le dévisagea, et sentit ses joues s'enflammer malgré elle. Elle tapota la pierre à côté d'elle pour se redonner contenance, et l'invita à s'asseoir. Legolas accepta, et sa présence à côté d'elle n'arrangea pas les choses, contrairement à ce qu'elle avait prédit.

- Pensez-vous que nous arriverons à entrer dans ces mines à temps ? demanda Elanor, soucieuse.

- Espérons-le. Les chiens de Sauron sont encore loin, et il nous reste un peu de temps, répondit-il. Gandalf trouvera la solution.

- J'ai un mauvais pressentiment. Je n'aime pas cet endroit, déclara Elanor en regardant autour d'elle.

- Je peux aisément vous comprendre. Les mines ne sont pas un endroit que moi-même j'affectionne.

Elanor et Legolas restèrent silencieux. Elle vit Aragorn se diriger vers Sam et le poney.

- Je suis désolé Sam, mais les mines ne sont pas fait pour les poneys. Même pour ceux qui sont aussi courageux que Bill.

- Mais les loups sont à nos trousses ! s'exclama Sam.

- Il saura trouver son chemin, dit Aragorn en posant une main sur la tête du poney. Ne vous inquiétez pas.

A regret, Sam déchargea les paquets sur le dos du poney, et chacun se répartit la charge des provisions. Puis Aragorn fit partir le poney, et Sam le regarda s'éloigner les larmes aux yeux.

Merry et Pippin s'approchèrent du bord de l'eau, et se mirent à faire un concours de ricochet pour passer le temps. Elanor les regarda en fronçant les sourcils. Elle crut voir un instant des remous sur l'eau au fond du lac. Elle allait se lever pour les arrêter, lorsqu'Aragorn se saisit bientôt du poignet de Pippin.

- Arrêtez avec ces pierres, lui conseilla-t-il fermement.

Gandalf jeta alors son bâton, énervé de ne pas trouver la solution. Frodon assit à côté de lui, leva les yeux et récita l'incantation.

- Parlez ami et entrez. C'est une énigme ! s'exclama Frodon. Comment dit-on ami ?

Gandalf le regarda songeusement.

- Mellon.

La porte s'ouvrit alors dans un raclement sinistre.

La communauté se leva, stupéfaite. Les hobbits laissèrent éclater leur joie, et tous s'avancèrent vers l'entrée.

Mais à cet instant, quelque chose se produit, et alors que Gandalf franchit la porte, Frodon s'écria et tomba à terre. Tous se retournèrent, et virent qu'une tentacule visqueuse et grise avait jaillit hors du lac et avait agrippé le pied de Frodon. Sam se précipita à côté du hobbit et taillada la tentacule qui finit par lâcher Frodon.

Elanor courut aider Sam à ramener Frodon près de la berge, mais à cet instant une vingtaine de tentacules sortirent de l'eau et les attaquèrent.

L'une d'elle éjecta Sam au loin, tandis qu'une autre s'emparait à nouveau de Frodon et le soulevait dans les airs.

Elanor dégaina son épée, et n'hésita pas une seconde avant de tailler les tentacules tandis qu'Aragorn, Gimli et Boromir se précipitaient à son aide. Les flèches de Legolas volèrent au-dessus de leurs têtes, s'abattant sur les bras visqueux de la créature. Aragorn et Boromir tranchaient les bras de la bête, bien plus vite qu'elle.

Elanor sentit soudain quelque chose s'enrouler autour de son mollet et baissa des yeux. Elle eut juste le temps de voir la tentacule du monstre, avant que celle-ci ne la tire violemment par terre.

Elanor bascula et fut trainée sur plusieurs mètres. La peur au ventre, elle comprit que le monstre allait l'entrainer dans l'eau et essayer de la noyer. Elle prit donc une grande bouffée d'air.

Lorsqu'elle entra dans le lac, Elanor n'entendit plus aucun son, ni les voix de ses amis qui criaient son nom. Elle se débattit, son épée fermement callée dans sa main, et tenta de trancher la tentacule qui la retenait, mais elle n'y voyait rien. Ses oreilles se bouchèrent, et l'eau était si sale et croupie qu'elle ne voyait rien d'autre qu'un abysse noir sous elle.

Au bout de quelques secondes, elle commença à manquer d'air, et se dit qu'elle devait sortir de là si elle ne voulait pas mourir. Elle ne voyait cependant aucune échappatoire.

Son épée se mit alors à luire faiblement puis à briller, éclairant son visage et l'eau vaseuse autour d'elle. Fascinée, Elanor arrêta de se débatte et observa son épée.

Elle vit en dessous d'elle une sorte de poulpe géant, un kraken reconnut-elle, comme ceux qui étaient décrits dans les légendes. Elle brandit alors son épée, et d'un coup sec trancha la tentacule.

Libérée, elle nagea avec force jusqu'à la surface, et réapparut au milieu du lac. Aragorn la vit et se précipita vers elle. Il lui tendit la main et l'aida à sortir de l'eau. Mais au même moment le kraken sortit du lac, et les attaqua à nouveau.

- Dans les mines ! Vite ! s'écria Gandalf.

La communauté se replia dans les mines, et Aragorn et Elanor coururent sur leurs talons pour atteindre les portes.

Ils passèrent de justesse derrière Gandalf. Le kraken tendit alors ses tentacules contre le mur et fracassa les portes qui s'écroulèrent avec une partie du plafond, condamnant la sortie.

Ce fut alors le noir complet, et le silence tomba, seulement perturbé par leur respiration haletante.