Salut à tous ! Un grand merci pour toutes vos reviews ! Je crois qu'on a battu le record pour ce dernier chapitre (13 reviews !) Je tiens à vous remercier tous et toutes pour votre soutien, et également tous ceux qui me suivent et me lisent (vous êtes très nombreux, merci !)
J'espère que la suite vous plaira, et que vous ne serez pas déçus. Je prends un chemin différent de ce que vous avez peut-être à l'esprit, et c'est un chapitre très particulier. J'attends vos réactions avec impatience. Ce chapitre et les prochains qui vont venir m'ont donné du fil à retordre.
Bonne lecture.
gallica
Réponses aux reviews :
Laurne : Merci pour ta review ! Nous devons avoir un esprit connecté ^^ Il est vrai que j'ai mis un moment avant de poster ce chapitre. Je voulais le bichonner avant de vous le faire lire, vu ce qu'il arrive à Elanor, il devait être parfait. A bientôt ! :D
Marine02 : Merciiii ! Je vais essayer de le poster assez vite, sans le bâcler bien sûre. Legolas va en effet ne pas aller très bien dans la suite de ce chapitre, comme le reste de ses compagnons. Elanor est morte en réalité, c'est bien pire. ^^ Que va-t-il se passer pour la suite ? (SPOILER) Je ne peux pas t'en dire davantage. Mais des rebondissements, il va y en avoir ! A la prochaine fois !
Calypso : Merci ! Je suis contente que l'histoire te plaise. J'essaye en effet de créer des personnages ancrés dans une certaine réalité, surtout au niveau de leurs émotions, sans faire de trucs sensationnels. Il en faut un peu parfois, mais pas trop ^^ C'est ma devise. Je n'aime pas non les plus « je suis amoureux de toi » au 4ème chapitre. Selon mon point de vu, l'amour commence par l'amitié et des petites attentions au quotidien ;) En ce qui concerne la fin… hehe. C'est une idée que j'avais depuis le début, et je vois qu'elle suscite énormément de réactions. J'espère pouvoir te lire à nouveau dans le prochain chapitre ! A plus !
Kira : Salut Kira,merci beaucoup pour ta review! En effet, je ne voulais pas intégrer d'office un personnage féminin venant de la Terre, il existe une quantité de fanfiction là-dessus, et je voulais rester dans l'univers du seigneur des anneaux sans partir dans des délires de fan, même si ça m'a effleuré l'esprit au début ^^ Je trouve ça plus intéressant, surtout pour la cohésion entre les personnages et le déroulement de l'histoire. En plus, ça ajoute une dose supplémentaire à l'aventure, et ça permet au personnage de mieux se développer. Tu as tout compris concernant Elanor et les autres personnages. Quel va être son rôle à l'avenir ? … tu le verras dans la suite. A bientôt )
Mello12 : Salut Mello12 !Tout d'abord, un grand merci pour tes compliments ! Ce que tu as écris n'aurait pas pu me faire plus plaisir :D En effet je voulais créer une histoire qui tient la route, et qui aurait put être un autre « seigneur des anneaux » avec un personnage féminin (parce que à part Arwen, Eowyn et Galadriel, les femmes ne courent pas les rues en Terre de Milieu. ^^) Néanmoins ce sont des personnages forts, avec une force de caractère plus démarquée que celle des hommes. (Tolkien devait être un féministe lol) Elanor correspond un peu au même schéma, mais elle ne devient pas tout de suite une « héroïne » (comme n'importe qui d'ailleurs, il faut vivre d'abord pour comprendre et le devenir) Malgré la nature de son sang, elle reste très humaine par ses émotions et son éducation, et ce que je veux avant tout, c'est montrer son évolution et sa quête. Pour Legolas, OUI ! tu as tout à fait raison. J'en ai marre de lire des fics où on présente ce personnage comme un tombeur, ou un elfe malicieux et blagueur à longueur de temps. Même si c'est agréable à lire, ce n'est pas forcément vrai. Legolas est en fait un peu replié sur lui et c'est un guerrier avant tout, avant d'être un plaisantin. Il est là pour se battre et protéger son peuple de l'envahisseur. D'ailleurs on le voit très bien dans les nouveaux films de Peter Jackson, Legolas est un combattant redoutable, et ne perd pas de temps à tergiverser en discussions. La relation qu'il a avec son père est très intéressante, et est la définition même de son caractère je pense (Thranduil est un personnage que j'aime énormément, donc vous allez certainement le voir à venir) Cependant, c'est un elfe, et il peut se montrer aussi délicat et joyeux que les autres, mais l'époque ne s'y prête pas vraiment. ^^ (quoique on peut avoir un aperçu de ses chants dans les livres, qui sont très beaux d'ailleurs. J'aimerais en mettre, mais ça prendrait trop de temps à écrire.) J'espère pouvoir te lire à nouveau, à bientôt !
PulinaDragona : Merci ! J'espère que ça te plaira ) A bientôt !
Chapitre 11 : A l'ombre des feuilles de la Lorien
Legolas resta sur le bord du pont, à regarder dans le noir de l'abîme, à l'endroit même où Elanor avait disparu.
Elle était tombée.
Morte.
Les flèches des orques sifflèrent dans ses oreilles, mais il était incapable de bouger, abasourdi devant le ravin.
- Legolas ! s'écria Aragorn. Drego!
Par-delà les pleurs et des cris des hobbits, il appela l'elfe à les rejoindre, criant son nom depuis plusieurs secondes. Tout c'était passé si vite. Les orques les avaient repris en chasse. Les flèches pleuvaient sur eux, les forçant à battre en retraite.
Une flèche effleura soudainement le visage de Legolas, lui entaillant la joue. Boromir prit Frodon dans ses bras, et s'enfuit vers la sortie, sans plus de cérémonie.
Le reste du pont se mit alors à craquer dangereusement, et de longues fissures apparurent jusqu'à ses pieds. Aragorn hurla à nouveau son nom, et Legolas sentit l'urgence dans sa voix. Comprenant soudainement que le pont allait s'écrouler, il courut vers ses compagnons et les rejoignit aussitôt. Aragorn battit alors en retraite emmenant Sam et le reste des hobbits, suivit de Gimli qui l'attendit quelques instants avant de prendre la fuite.
La vision troublée pour une raison qui lui échappait, Legolas se guida aux bruits et aux cris de ses compagnons. Il ne voyait rien, sinon un voile noir. Une lumière apparut alors au bout d'une étroite galerie, et ils sortirent enfin à la lumière du jour.
Le soleil frappa de plein fouet le visage de l'elfe, l'éblouissant si fort qu'il ferma les yeux.
Aragorn mena la troupe quelques mètre plus loin, mais fut obligé de s'arrêter, car peu de ses amis le suivait encore. Legolas s'immobilisa telle une statue, près des portes de la Moria. L'elfe porta la main à son visage, sentant quelque chose d'humide couler sur sa joue. Lorsqu'il regarda ses mains, il vit que celles-ci étaient couvertes d'une mixture de larmes et de sang.
Boromir et Aragorn le regardèrent avec inquiétude. Aragorn s'approcha doucement de lui et lui posa une main sur l'épaule. Legolas le regarda, hagard.
Soucieux, Aragorn le dévisagea et vit alors qu'il pleurait. Choqué, le rodeur retira sa main et faillit reculer.
Il était très rare pour un elfe de pleurer, et il ne le faisait que lorsqu'il perdait un être cher à son cœur.
Aragorn contempla l'elfe, et se dit qu'il avait peut-être sous-estimé les sentiments de son ami à l'égard d'Elanor.
- Im naer, Melon. (Je suis désolé, mon ami)
Le teint de l'elfe était d'un blanc blafard, et il avait une coupure à la joue qui saignait abondamment. Aragorn se dit que plus ils seraient loin des mines, mieux Legolas se sentirait. C'est pourquoi il se retourna vers Boromir.
- Boromir relevez-les, dit-il en désignant les autres.
L'homme qui regardait l'elfe avec autant de surprise qu'Aragorn sursauta. Les hobbits, ainsi que Gimli pleuraient dans un coin, n'arrivant pas à retenir leurs larmes. Même Boromir, aussi fort et viril qu'il était, paraissait sur le point de craquer et de fondre en larmes.
- Par pitié, laissez-leur donc un peu de répit ! s'écria-t-il en désignant les hobbits prostrées.
- A la nuit tombée, cette zone sera infestée d'orques. Il nous faut rejoindre les bois de la Lorien avant le coucher du soleil.
Boromir ne répliqua pas, et acquiesça. Alors avec un élan de force et de courage, et oubliant sa peine, il se leva et souleva les hobbits. Aragorn alla chercher Frodon qui s'était isolé, et le souleva dans ses bras avant de se mettre en marche. Sam trottina derrière eux, trébuchant de temps à autre sur la pierre, la vision cachée par les larmes.
Boromir poussa Merry et Pipin devant lui, et la communauté se remit en route.
Gimli s'approcha de Legolas. Tristement, il tira un pan de sa cape, attirant de la même façon son attention.
- Venez mon ami.
Legolas lui lança un regard vide, et Gimli soupira. Le nain se retourna, se mettant en route. L'elfe le suivit alors, comme un automate.
La traversée jusqu'à la lisière de la forêt se fit en silence. Aragorn se retourna plusieurs fois pour voir si Legolas les suivaient, mais il remarqua que l'elfe marchait à l'arrière, et que ses yeux étaient éteints.
Il n'était plus que l'ombre de lui-même.
Aragorn maudit les Valar d'avoir accordé un destin aussi cruel à son ami, et il regretta davantage d'avoir laissé Elanor se joindre à la communauté. Elle n'aurait jamais dû participer à cette quête, pensa-t-il. Et elle en avait payé le prix.
Il aurait dû voir plus tôt les sentiments de son ami à l'égard de la jeune fille. Mais les elfes étaient des êtres discrets et insaisissables, parfois incompréhensibles pour la race des hommes. Malgré son ascendance à moitié elfique, Aragorn ne pouvait en déceler les signes. Et il ne le voyait à présent que trop tard. Il n'avait pas su protéger son ami et Elanor.
Gandalf et Elanor étaient partis. Deux morts d'un seul coup. La communauté en était fortement diminuée. Un, s'en était déjà trop.
La pitié et la tristesse le saisirent à l'idée que Legolas devrait pleurer sa peine durant tout le reste de son existence. Legolas avait-il vraiment aimé Elanor ?
Aragorn ressentit une certaine détresse lorsqu'il réalisa que son ami ne serait plus jamais le même, et il se promit de veiller sur lui.
Peu avant le coucher du soleil, ils atteignirent enfin les premiers arbres après avoir traversé le Lac du Miroir. Aragorn les entraina dans les bosquets en courant, les encourageant à s'enfoncer encore plus loin dans le bois dorée, car les orques n'hésiteraient pas à y pénétrer la nuit pour les pourchasser. Frodon jeta quelques coups d'œil nerveux à son épée Dard, vérifiant de temps en temps la couleur de sa lame.
Le groupe s'enfonça dans le royaume de la dame de la Lorien, tout en contemplant d'un air émerveillé les arbres aux feuilles dorées au-dessus de leurs têtes. Seul Legolas démontra son indifférence, reclus dans le silence.
Gimli s'agitait depuis quelques minutes, peu rassuré de se trouver dans ces bois.
- Dîtes moi, Aragorn, quand atteindrons-nous ce royaume ? Les orques doivent être déjà sur nos traces.
- Bientôt Gimli, répondit Aragorn. Nous ne sommes plus très loin.
Il jeta un regard à Legolas, l'appelant silencieusement à l'aide car lui seul pouvait les guider jusqu'aux elfes. Mais son ami n'eut aucune réaction, et déçu, Aragorn se retourna.
- Ne vous éloignez pas jeune hobbit, dit Gimli à l'adresse de Frodon. On raconte qu'une grande ensorceleuse vit dans ses bois. Une sorcière elfe, aux terribles pouvoirs.
Gimli leva sa hache à hauteur de son visage, défiant la forêt et la force invisible qui les menaçaient.
- Tous ceux qui l'on regardé sont tombés sous son charme, reprit le nain. Et on ne les a jamais revus.
Frodon le regarda perplexe, ne sachant s'il devait le croire et avoir peur. Il s'immobilisa soudain, paniqué, et Sam inquiet l'appela.
- Monsieur Frodon ? Ça va ?
Frodon pâlit à vue d'œil et regarda tout autour de lui, paraissant entendre des voix.
- Eh bien, voilà un nain qu'elle n'en voudra pas aussi aisément. J'ai l'œil du faucon, et les oreilles du renard.
A cet instant précis, une flèche apparut sous son nez, et Gimli poussa un petit cri surpris. Aragorn et Boromir levèrent les mains en l'air tandis que la communauté se retrouvait encerclée par des elfes.
- Le nain respire si fort que nous aurions pu le tuer dans le noir, railla une voix tranchante.
Un elfe blond de grande taille se détacha du groupe, et s'arrêta devant eux. Gimli lui lança un regard assassin.
- Veuillez pardonner notre ami. Il n'a pas l'habitude de ces bois. Nous venons pacifiquement de Fondcombe, sous le conseil du seigneur Elrond, dit Aragorn.
L'elfe le regarda en plissant des yeux, puis il le reconnut et mit une main sur son cœur pour le saluer.
- Aragorn, fils d'Arathorn, le Dunedain. Nous vous connaissons en ces terres.
Aragorn mit la main sur le coeur.
- Haldir, mae govannen.
- Mae govannen, melin.
- Ah, voici la légendaire courtoisie des elfes. Ils parlent une langue qui nous est inconnue.
Haldir le fusilla du regard.
- Nous n'avons pas eu de rapport avec les nains depuis les jours sombres, susurra-t-il avec du venin dans la voix.
- Et vous savez ce que le nain répond à cela ?
Gimli formula une phrase dans le langage nain, et le visage d'Haldir se crispa soudainement. Aragorn saisit l'épaule de Gimli, et le regarda avec colère.
- Cela non plus n'est pas très courtois. Arrêtez.
Gimli se tut alors, mais continua à défier Aragorn et le reste des elfes du regard.
Haldir se détourna d'eux, puis regarda chacun des membres de la communauté. Ses yeux s'arrêtèrent sur les hobbits, et sur Frodon.
- Vous apportez un grand danger avec vous, lui dit-il d'un air menaçant.
Le hobbit trembla, mais ne baissa pas les yeux. Haldir le dévisagea de longues secondes avant de remarquer la présence de Legolas. Son visage s'illumina.
- Mae govannen, cunn Legolas.
Il s'avança vers l'elfe, et posa une main sur cœur en guise de salutation. Mais l'elfe ne réagit pas, et Haldir leva un sourcil étonné. Il remarqua alors les traits marqués de Legolas et son expression se renforça en stupeur.
- Man ihîw mi cin hûn ? Tolo, govano ven. Gi nathlam hí. (Quel mal t'a frappé, mon ami ? Tu sembles au bout de tes forces. Viens, tu es le bienvenu ici.)
L'elfe de la forêt noire inclina la tête respectueusement, mais ne prononça pas un mot. Haldir se retourna vers les autres membres de la communauté, avec une expression légèrement perturbée.
- Suivez-nous, nous allons vous conduire vers un endroit sure pour la nuit.
Les elfes les conduisirent alors avec hâte plus loin dans la forêt, et soulagés les membres de la communauté les suivirent. Haldir marchait aux côtés de Legolas, et lui tint le bras précautionneusement, comme s'il s'agissait d'un objet fragile qui allait se briser d'un moment à l'autre.
Les elfes les firent d'arrêter au pied d'immenses arbres, puis montèrent une échelle, jusqu'à une plateforme dans les hauteurs. Le gardien de la Lorien leur ordonna de se reposer, puis s'entretint longuement avec Legolas qui s'avérait peu bavard. N'ayant réussi qu'à tirer peu d'informations, Haldir revint vers eux et tout en regardant Frodon, dit :
- Vous ne pouvez aller plus en avant. Vous pouvez vous reposer ici cette nuit, mais demain à l'aube vous devrez repartir.
Aragorn se leva alors, et discuta de vive voix avec Haldir en elfique.
Frodon les regarda avec désespoir, songeant à tous les sacrifices qui avaient été faits pour qu'ils arrivent jusqu'ici. Il repensa à Elanor et Gandalf, et à leur mort qui était encore fortement présente dans son esprit. La culpabilité et le chagrin de cette perte lui envahirent le coeur.
Boromir qui semblait avoir lu dans ses pensées se pencha sur lui.
- Ils n'auraient pas voulus que vous perdiez espoir, Frodon. C'est un lourd fardeau que vous portez. Ni ajoutez pas le poids de leur mort.
Frodon le regarda, les yeux remplis de larmes. Il sentit tout d'un coup un regard sur lui, et vit que Legolas le regardait avec une expression indéchiffrable. Il soutint son regard pendant quelques secondes avant de détourner la tête.
Aragorn revint alors quelques minutes plus tard, et leur conseilla de dormir. Haldir avait accepté de les emmener jusqu'à la cité des elfes.
Le cœur reposé, Frodon s'endormit serré contre Sam et Pippin.
- Debout !
Frodon sentit une main se poser sur son épaule, et se réveilla. Il reconnut une grande chevelure blonde et les traits d'Haldir à son chevet, qui le priait de se lever.
- Allons, je vais à présent vous conduire au royaume de la dame de Lorien.
Les membres de la communauté se réveillèrent peu à peu, tirés de leur sommeil réparateur. Impatient, Haldir les fit descendre des arbres et reprendre la route aussitôt.
Ils arrivèrent en vue de la cité quelques heures plus tard. La seule chose qu'ils virent en premier, fut un monticule plus élevé que le reste de la forêt, sur lequel étaient enraciné des arbres immenses. Il n'y avait aucune trace de bâtiments, ni d'aucune vie à l'intérieur.
- Bienvenue dans le royaume du roi Celeborn et de la dame de la Lorien, dit Haldir cérémonieusement.
Plus ils approchèrent, plus ils se rendirent compte de la taille immense de ces arbres, et leur particularité. Leur écorce était d'un blanc de neige, et leurs feuilles d'un rouge mordoré, et ils étaient pour la plupart de la race des mallornes. Mais ils en étaient encore loin, et il fallait traverser une petite plaine à découvert parsemée de petites fleurs d'or en étoiles. D'autres fleurs blanches et d'un vert-pâle dansaient au gré du vent sur leur longues tiges.
- Voyez ! Vous voici arrivé à Cerin Amroth, s'exclama Haldir alors qu'ils contemplaient les splendides arbres et la jolie prairie. Le cœur de l'ancien royaume tel qu'il était il y a bien longtemps. Vous voici sur les terres de la dame de Lorien, ancienne terre d'Amroth, où en des jours plus heureux fut édifiée sa haute maison. Ici fleurissent éternellement les fleurs hivernales dans une herbe toujours fraîche : l'élanor jaune et le pâle niphredil.
Un poids endeuillé tomba soudainement sur les épaules de la communauté. Chacun retrouva dans les paroles d'Haldir le visage et l'ombre de leur amie, qui était tombée dans le gouffre de la Moria.
Legolas baissa les yeux sur l'herbe qu'il piétinait, les yeux remplis de larmes.
Surpris, Haldir se retourna vers les membres de la communauté, qui avaient tous baissés la tête. Ne comprenant pas le mal qui les rongeait, il s'autorisa à poser une question sans manquer de remarquer le visage ravagé de Legolas.
- Que vous est-donc-t-il arrivé mes amis pour que l'ombre soit aussi profondément inscrit dans votre cœur ?
Aragorn fut le seul capable à lui répondre.
- Nous avons perdu une amie chère en cours de route. Et il se trouvait par un malheureux hasard qu'elle se prénommait Elanor.
Legolas inspira, et tourna le dos à la communauté, comme si entendre le nom de la jeune fille était insupportable. Haldir, se sentant désolé, s'excusa. Il regarda quelques secondes le dos de Legolas, et comprit enfin de quoi l'elfe souffrait. La pitié et la compassion apparurent dans ses yeux, et il leur fit signe de les suivre d'une voix douce, contrastant avec sa fermeté habituelle.
Ils traversèrent la prairie en silence, les elfes menant la marche et les entourant. Haldir descendit la pente revêtue d'herbe d'un pas léger, et chacun fit attention à chaque fois qu'il posait le pied de ne pas écraser les fleurs jaunes qui parsemaient le tapis vert. Le vent soufflait délicatement dans leur chevelure, et Frodon eut l'impression qu'ils se trouvaient sur une terre lointaine et irréelle, comme celle qui se trouvait à l'Ouest.
Emprisonnés dans une bulle hors du temps, ils arrivèrent bientôt sous le couvert des arbres, et découvrirent la cité elfique. De nombreux elfes virent les accueillir, la plupart vêtus de blanc ou de couleur clair. Beaucoup d'entre eux avaient les cheveux blonds, ce que ne manqua pas de remarquer les hobbits.
Haldir s'arrêta devant le plus grand des arbres, et leur désigna un escalier qui conduisait à son sommet.
- Elle vous attend.
Frodon regarda l'elfe, et vit Aragorn commencer à monter les premières marches, suivit de Boromir. Haldir ferma la marche, et essoufflés, ils atteignirent le sommet au bout de longues minutes.
Ils arrivèrent au centre d'une plate-forme, devant laquelle se trouvait une estrade. Haldir resta en retrait, et les encouragea à s'avancer.
Apparut alors Galadriel au bras de son mari Celeborn.
Devant cette vision magnifique et surréaliste, Frodon écarquilla les yeux, comme le reste de ses compagnons.
Les deux elfes dégageaient une lumière éblouissante. La dame de Lorien avait un visage sans âge, de longs cheveux blonds bouclés lui tombaient au creux des reins, et elle portait une robe blanche de perles pailletées. Elle avait l'air d'être encore une jeune fille par son physique, mais dans ses yeux on y voyait une vieillesse de plusieurs millénaires. Son mari qui lui tenait la main avait le même regard, et paraissait avoir vécu bien des âges et de nombreuses guerres. Il était tout aussi beau, et était la personnification de la sagesse même.
Ils s'arrêtèrent au bas de l'escalier, et leurs yeux parcourent les membres de la communauté.
- L'ennemi sait que vous êtes entrés ici, dit Celeborn. Tout espoir de passer inaperçu a désormais disparut.
Aussitôt que le seigneur Celeborn eut prononcé ces paroles, tous se sentirent mal à l'aise.
- Huit sont ici alors qu'ils étaient dix en quittant Fondcombe. Dîtes-moi où est Gandalf, car j'aimerais vivement m'entretenir avec lui. Et je ne puis le voir de loin.
Galadriel sonda les esprits de chacun d'entre eux, et la tristesse affecta son visage.
- Gandalf le Gris n'a pas passé les frontières de ce pays, il a basculé dans l'Ombre. Et la jeune fille du sang de Thingol aussi…
L'elfe regarda Legolas, et ses yeux caressèrent son visage.
- Ils ont été pris par l'ombre. Un Balrog de Morgoth.
Ce furent les premières paroles que Legolas prononça depuis un jour. La reine et le roi elfes le regardèrent, troublés par ces révélations.
- Car nous nous rendions sans nécessité dans les mines de la Moria, continua l'elfe.
Gimli, qui était à côté de Legolas, baissa les yeux honteusement.
- Aucun des actes de Gandalf ne fut jamais inutile, répondit Galadriel. Ni aucune mort. Nous ignorons encore quel était son dessin.
Galadriel posa son regard sur le nain, qui s'était ratatiné sur le même, ressentant probablement de la culpabilité et une grande détresse.
- Surtout, ne vous laissez pas envahir par le vide de Kazad'hum, Gimli fils de Gloin. Car le danger a totalement envahi le monde. Et sur toute terre, l'amour est désormais notre seul espoir.
Elle regarda encore une fois Legolas, dont les larmes avaient séchées sur ses joues et lui parla dans sa tête : Vous avez perdu beaucoup, Legolas fils de Thranduil. Votre douleur est grande, mais vous ne devez pas oublier votre quête. N'oubliez pas vos compagnons, ils ont besoin de vous.
- Votre quête ne tient malheureusement qu'à un fil. Ecartez-vous en tant un peu, et ce sera l'échec, entrainant la ruine de tous.
Boromir se mit à trembler, et Galadriel le transperça du regard. Elle lui sourit doucement.
- Mais l'espoir perdure, tant que la compagnie existe, et il faudra du temps pour guérir les blessures. Ne laissez pas vos cœurs se troubler. A présent, allez prendre un peu de repos, car vous êtes accablés par le labeur et le chagrin. Cette nuit, vous dormirez en paix. Allez maintenant.
Galadriel les congédia, et la communauté redescendit au pied des arbres.
La dame de la Lorien les regarda partir, et Celeborn lui vit une expression d'incertitude et de peine, qu'il voyait rarement chez elle. Alors qu'Haldir allait les suivre, Galadriel l'appela.
- Haldir !
Le gardien de la marche s'arrêta et se retourna vers l'elfe.
- Dites à votre frère Orophil de se préparer à partir pour Fondcombe. Ce soir. Je dois envoyer une missive à mon beau-fils.
- Bien madame.
Galadriel le remercia, puis lorsqu'il disparut s'assit sur un sofa. Celeborn se précipita à son chevet, et serra ses mains dans les siennes.
- Qu'y a-t-il, melleth nin ?
Galadriel lui renvoya un regard chargé de nuages.
- Je crains que cette quête ne soit en péril. Ceci n'était pas prévu.
- Et que pouvons-nous faire ? demanda Celeborn, inquiet des affirmations de sa femme.
- Je ne le sais pas encore. Je dois regarder dans mon miroir.
La communauté resta plusieurs jours sous la protection des seigneurs de la Lorien. Les elfes blonds leurs donnèrent de nombreux présents, dont de nouveaux vêtements et leur permirent de prendre un bain dans les sources chaudes qui traversaient la cité. Ils acceptèrent tous ces cadeaux avec joie, et essayèrent de profiter au maximum du royaume des elfes avant le départ. Tout ce confort disparaitrait une fois partis.
Un soir, un chant magnifique retentit à travers les bois. Les elfes unissaient leurs voix cristallines, dans une mélodie aussi belle que larmoyante. Mais personne hormis Legolas et Aragorn n'en comprirent le sens. Legolas se mit à chanter, rejoignant le cœur des elfes, isolé du reste du groupe. Merry s'approcha d'Aragorn qui nettoyait son épée, trop intimidé par Legolas pour pouvoir lui demander ce que les elfes chantaient.
- Que disent-ils ? interrogea-t-il.
- Je ne saurais vous traduire ces mots, Merry. Ils sont d'une trop grande tristesse pour moi. Je ne peux vous les traduire en langue commune.
- Ils chantent pour Elanor et Gandalf, n'est-ce pas ?
Aragorn acquiesça.
- Oui.
- Ils me manquent, Aragorn.
L'homme arrêta de nettoyer son épée, et le regarda avec compassion.
- Je sais. A moi aussi.
Merry baissa la tête.
Gandalf, leur pilier et leur guide s'en était allé. Qu'allaient-ils faire sans lui ?
Et Elanor, qui personnifiait à elle seule tout ce pourquoi ils se battaient n'était plus là elle aussi. La jeune fille avait prit une place importante dans le cœur des hobbits, car elle n'avait cessé de les couver durant le voyage. Sam pleuraient depuis des jours sa disparition, et Frodon s'était réfugié dans un silence inquiétant. Quant à Pippin, il s'en voulait tellement qu'Aragorn avait du mal à reconnaître le hobbit jovial et insouciant qui était parti de Fondcombe.
Aragorn vit que Boromir s'était isolé du groupe, assis sur la racine d'un arbre. Il était à nouveau seul, et n'avait décidément pas l'intention de se coucher ou de se reposer.
Aragorn se leva et s'approcha de lui, inquiet.
- Vous devriez vous reposer, Boromir. Ces frontières sont bien défendues.
- Je ne peux trouver de quiétude, dit Boromir. J'ai entendu sa voix dans ma tête. Elle me parlait de mon père et de la chute de Gondor. Elle m'a dit, il y a encore de l'espoir. Mais je n'en vois aucun.
Aragorn s'assit à ses côtés.
- Mais il y a autre chose, je me trompe ?
Boromir secoua la tête.
- Je ne peux m'empêcher de me sentir coupable d'avoir tant douté d'Elanor, avoua-t-il. C'est là le seul souvenir que je lui aurais laissé de moi. Elle était pourtant brave et forte, et je l'ai mal jugée.
- Vous aviez en parti raison. Elle n'aurait jamais dû se joindre à nous, répondit Aragorn. Elle serait vivante aujourd'hui, si nous avions suivit votre avis.
Boromir esquissa l'ombre d'un sourire.
- Cela n'aurait guère changé les choses. Vous croyez qu'elle l'aurait acceptée ? Non. Elle serait quand même venue.
Aragorn sourit tristement.
- Oui, probablement.
Ils restèrent silencieux, et continuèrent écouter la lamentation des elfes, le cœur brisé.
Durant ces derniers jours, chacun avait fait son deuil comme il l'avait pu. Legolas avait littéralement disparut, et occupait la plupart de son temps dans la cité en la compagnie des elfes. Il ne venait que pour dormir ou diner avec eux, et repartait ensuite aussitôt. Aragorn n'avait put lui parler, son ami esquivant toute conversation ou tête à tête avec lui.
Un jour Legolas proposa à Gimli de l'accompagner, ce que le nain accepta. Tous deux partirent alors, et commencèrent à faire au quotidien de longues balades à travers les bois, ce qui étonna au plus haut point leurs compagnons.
Jamais encore ils n'avaient montrés le moindre signe d'amitié, jusqu'à maintenant.
La communauté alla se coucher tard ce soir-là. Aucun n'arrivait à fermer l'œil, et ils ne tombèrent dans les bras de Morphée que lorsque les chants se turent.
Le jour du départ arriva enfin. La communauté plia bagage à contrecœur, et Galadriel et Celeborn les accompagnèrent jusqu'au fleuve, où ils leur firent leurs adieux.
Les elfes leur donnèrent des capes d'un gris-vert, et une broche en forme de feuille de la Lorien.
- Personne en ce jour n'avait encore revêtit les capes de la Lorien, dit Celeborn. Elles peuvent vous protéger totalement des yeux hostiles.
Galadriel s'approcha et distribua à tous des cadeaux. Aragorn reçut d'elle un magnifique fourreau pour son épée. Boromir, Merry et Pippin reçurent des ceintures d'or et d'argent. Sam une corde elfique et une petite boite contenant de la terre du verger de Galadriel. Et Gimli demanda timidement trois cheveux de sa tête, que Galadriel lui donna avec un grand sourire, à la surprise de tous.
Galadriel arriva enfin face à Legolas, et il reçut un arc forgé par les elfes de la Lorien. Il regardait son cadeau, émerveillé, lorsqu'elle sortit de sa ceinture un petit bijou.
- Voici pour vous un autre présent, fils de Thranduil. Voici le joyau d'Estë. Qu'elle puisse vous apporter du réconfort durant votre long périple et apaiser votre peine.
Galadriel lui passa le collier autour du cou, et Legolas le contempla avec fascination. Il s'agissait d'une petite chaine d'argent, et d'un pendentif en forme de fleur, ressemblant fortement à celle qui tapissait les prairies de la Lorien. En son centre, les elfes avaient serti un petit joyau doré éclatant.
Le serrant contre sa poitrine, Legolas remercia la dame de la Lorien avec gratitude. Galadriel lui sourit affectueusement.
- Hebo estel, lui souffla-t-elle.
Ils embarquèrent alors sur les canoës que les elfes leur avaient préparés, et firent leurs derniers adieux à Haldir et aux seigneurs des lieux avec émotion.
La communauté partit sur le fleuve, et la dernière vision qu'ils eurent de la Lorien, fut le sourire de la dame blanche, qui après leur avoir fait un signe de la main, disparut au coin d'un arbre.
- Monseigneur, un cavalier de la Lothlorien est arrivé.
Elrond suspendit sa plume au-dessus du parchemin, et se retourna vers Lindir qui avait fait irruption dans la pièce. Le visage de l'elfe était troublé, et il était inhabituellement agité. Ce n'était d'ailleurs pas dans ses habitudes de rentrer sans demander la permission.
Sentant que quelque chose de grave était probablement arrivé, Elrond reposa sa plume.
- Qu'y a-t-il ? interrogea-t-il.
- Il est porteur d'un message de la Dame Galadriel. Monseigneur, la communauté est arrivée en Lorien avec le porteur de l'anneau.
Elrond soupira.
- Voilà une bonne nouvelle.
Lindir ouvrit la bouche, mal à l'aise.
- Je n'en dirais pas autant, monseigneur.
Elrond fronça les sourcils.
- Comment cela ?
- La compagnie a emprunté les mines de la Moria durant la traversée des Monts Brumeux.
L'elfe se leva, et fit face à Lindir qui devint soudainement nerveux.
- La Moria ? s'exclama Elrond. Sont-ils fous ?
- Il semblerait que le magicien blanc leur ait bloqué la route du Sud et le col de Caradh'ras. Ils n'ont pas eu d'autre choix, expliqua Lindir.
Il ouvrit et sembla hésiter, puis ajouta :
- Ils ont affrontés un Balrog dans les mines.
Lindir vit Elrond pâlir à vue d'œil.
- Gandalf est mort, monseigneur. Et… Dame Elanor…
Les mots de Lindir se perdirent dans sa bouche, et il n'arriva pas à articuler la fin de sa phrase. L'horreur envahit le cœur d'Elrond lorsqu'il devina la suite du message.
- Elle est morte aussi, monseigneur, termina Lindir.
Elrond se laissa retomber dans son fauteuil, et porta la main à sa poitrine. Le choc et le chagrin le laissèrent sans voix.
Elle était morte.
Gandalf et Elanor étaient morts.
La lignée des fils de Dior venait de s'éteindre, à nouveau. Et pire que ça, un membre de son clan était décédé.
Une humaine. Elle n'était qu'une petite humaine. Tout juste vingt printemps. Une enfant encore.
Par les Valar, il l'avait envoyé à la mort.
Lindir le regarda avec inquiétude, et si les elfes avaient pu pleurer aussi facilement, il était convaincu qu'Elrond aurait fondu en larmes à cet instant.
- Mon Seigneur ? l'appela-t-il doucement.
- Comment est-elle… morte ? demanda Elrond.
- Elle est tombé dans un gouffre, peu après Gandalf. Une flèche de gobelin lui a transpercé le ventre.
Elrond se pencha et mit sa tête dans une de ses mains.
- Laisses-moi.
Lindir s'inclina.
- Oui, monseigneur.
Il disparut discrètement, et aussi silencieusement qu'il était arrivé.
Elrond resta de longues minutes seul, le cœur lourd et affligé par le chagrin. Il était sur le point de craquer lorsqu'Arwen apparut dans l'encadrement de la porte.
- Ada…
Elrond leva les yeux, et Arwen se précipita sur lui. Il l'accueillit dans ses bras, et la serra de toutes ses forces contre lui.
Lexique :
Hebo estel : Aie espoir
