Bonjour à tous ! J'espère que vos examens se sont bien passés et que vous avez tous assurés (pour ceux qui en passaient). Nous arrivons enfin au 12ème chapitre, ce qui est exactement la moitié de cette histoire. Merci beaucoup pour vos reviews, j'ai eu de très nombreux commentaires et avis positifs sur le dernier chapitre qui m'ont fait super plaisir. J'espère que celui-là vous plaira, je l'ai énormément allongé. Pour vous dire la vérité, ce chapitre a été rajouté et certains passages étoffés à la dernière minute. Je l'ai écrit illico presto, et je ne le regrette pas, car ça apporte beaucoup à l'histoire. )

Si vous avez des critiques n'hésitez pas ! Je vous poste ce chapitre juste avant de partir en vacances. J'ai bossé dessus comme une malade, voilà pourquoi je le poste vers… 2h30 du matin. (Sachant que je dois me réveiller à 7h pour aller à l'aéroport *la bonne blague* ca va être drôle au réveil^^) Je ne serais pas de retour avant deux semaines et donc, pas d'ordinateur et pas de publication. Je me rattraperais au retour, ne vous inquiétez pas. Pour la peine, je vous offre ces 17 pages word avec plaisir :D

Bonne lecture

gallica


Réponses au reviews :

Delphys : Merci pour ta review ! Hum… (SPOILER) c'est une surprise. ^^ Tu auras ta réponse dans le prochain chapitre. A bientôt !

Laurne : Oui, il y aura des moments beaucoup plus joyeux, mais ce n'est pas pour tout de suite !) merci beaucoup pour tes encouragements ! J'espère avoir tes impressions pour ce chapitre. A plus !

calypso : Je suis tout à fait d'accord avec toi, une fiction sans Haldir n'en est pas une ! lol C'est aussi l'un de mes personnages préférés. Et on risque fort de le revoir dans les prochains chapitres ;) La tristesse de Legolas et de la communauté est touchante oui, j'ai essayé de retranscrire comme je le pouvais leurs émotions. Ça m'est venu naturellement, il suffit de se mettre à leur place tout en tenant compte de la personnalité du personnage. Initialement, j'avais décidé de nommer ce chapitre « Deuil » mais je l'ai changé à la dernière minute, parce que je trouvais qu'il était trop simple. Je vais faire mon possible pour reprendre l'écriture dès la fin de mes vacances, les examens de mon BTS m'ont pris pas mal de temps aussi. Alléluia c'est terminé ! Et je l'ai eu ! Je croise les doigts pour toi !

leslielouis : Merci ! J'espère que ce chapitre te plaira. N'hésites pas à me faire part de tes remarques. A bientôt !

yuna : Merci beaucoup ! Oui en effet, je voulais sortir des sentiers battus et créer quelque chose de nouveau. En fait cette idée m'est venue toute seule, je ne sais pas pourquoi, ça doit être à cause de mes influences tragédies grecques lol J'en ai trop étudiés en cours de littérature ^^ Ca m'a traumatisé. En tout cas, je suis contente que ça te plaise ! J'espère que la suite t'emballera, il y aura beaucoup d'autres surprises. A plus !

Mimie : Merci Mimie ! J'espère être à la hauteur de tes attentes pour les prochains chapitres. Il se passera beaucoup d'autres choses, et je pense que tu ne vas pas t'ennuyer. Tu me diras ce que tu en penses, à bientôt !

Marine02 : Merci beaucoup J'espère que ce chapitre va te plaire. Oh, tu le reverras sourire notre cher Legolas ! Bientôt ! Il y aura encore beaucoup d'évènements à venir. Je croise les doigts pour que la suite te plaise )

Maia : Merci Maia ! J'espère que les chapitres à venir te plairont D

PaulinaDragona : Merci pour la correction ! Tu es pardonnée pour le « s » à Valar, j'ai du le mettre des dizaines de fois sans faire attention ^^ Merci pour ta review. Pour tes questions : SPOILER** Mais tu vas vite découvrir ce qui va se passer pour Elanor. A très bientôt.

Mello12 : Merci ! Hé non ! Je n'ai pas suivi le schéma habituel, comme tu le dis c'est une storyline un peu moins classique d'un OC/Legolas. Je suis contente que ça t'ai plu ^^ Je ne te dirais rien sur Elanor et sur la suite, c'est SPOILER !

PS : je me souviens de la première fois où j'ai vu Thranduil sur l'écran géant du cinéma. Je crois que la perruque lui a donné un côté trop féminin, et c'est pas les expressions du visage de Lee Pace qui a arrangé les choses. Pourtant à certains moments, il y a un charme qui opère et Thranduil est très impressionnant. Après tout c'est un elfe, et les elfes sont en général grand, svelte et un peu efféminé.(c'est le seul hic) Pari réussi en ce qui me concerne, j'ai été conquis et même fasciné par ce personnage qui ne m'inspirait rien du tout en lisant le bouquin. ^^ Merci Lee Pace, tu m'as ouvert l'esprit.

Salome : Merci beaucoup ! Je suis impatiente d'avoir à nouveau tes impressions pour la suite.


Chapitre 12 : La dissolution de la communauté

Legolas ramait doucement, faisant glisser la barque sur le cours d'eau. Le temps était clair et le fleuve calme. Gimli avait depuis longtemps abandonné l'idée de pagayer, préférant somnoler à l'avant du bateau.

Ils avançaient dans le plus grand silence, et n'avaient pas échangé le moindre mot depuis leur départ de la Lorien. Legolas, comme le reste de ses compagnons, songeaient encore rêveusement du pays des elfes et à la dame de la Lorien.

Gimli était étrangement silencieux. Il n'avait pas exprimé la moindre plainte au fait de rester assis toute la journée dans une position inconfortable, contrairement à ce que Legolas s'attendait.

Il observa le nain à plusieurs moments de la journée, puis ne tenant plus, le questionna :

- Gimli ? Qu'avez-vous ? Vous êtes bien silencieux.

Gimli sortit de sa torpeur et tourna la tête.

- Hum ?

- Allez-vous bien, maître nain ?

- Ah… humph, ce départ restera la pire de mes blessures. Car j'ai jeté un ultime regard… sur ce qu'il y a de plus beau.

Legolas fronça les sourcils, puis comprit alors de quoi ou plutôt de qui le nain parlait. Il n'aurait jamais cru que la dame Galadriel puisse bouleverser autant Gimli, mais à ce qu'il semblait, même les nains semblaient sensible à son charme.

Legolas songea au souvenir d'Elanor, à ses sourires et à son rire. S'il y avait eu quelque chose de beau en ce monde, il aurait tout de suite dit ça. Mais elle n'était plus là.

- Dorénavant je ne parlerai plus de beauté si ce n'est le cadeau qu'elle m'a offert ! continua Gimli avec passion.

- Quel était ce cadeau ? demanda Legolas, doucement.

- J'ai osé lui demander un cheveu de sa belle chevelure dorée… elle m'en a donné trois, répondit Gimli.

L'elfe sourit. Il reconnaissait bien la générosité et la bonté de la Dame de la Lorien dans ce geste, pourtant surprenant. Etait-ce le signe d'un début de réconciliation entre les nains et les elfes ? Legolas voulait y croire.

Il n'aurait jamais dit ça il y a quelques mois encore, pensa t-il amusé.

La communauté déboucha à l'extrémité du Nimrodel en fin de matinée, et rejoignirent le grand fleuve de l'Anduin. La forêt s'étendait des deux côtés de la rive, et son obscurité la rendait menaçante, comme si des yeux brillants les espionnaient en secret. Quelque chose à l'Ouest dérangeait Legolas, et le poussait à épier la forêt. Son sentiment de malaise et d'insécurité se renforça au fil de la journée.

Les jours défilaient, puis un jour il tendit l'oreille et entendit des corneilles s'envoler précipitamment de leurs nids à quelques kilomètres. Des bruits sourds résonnèrent contre la pierre, qu'il finit par d'identifier par le martèlement d'un groupe en mouvement.

Les orques étaient sur leur trace.

Legolas échangea un regard avec Aragorn, et lui fit un signe. Ce dernier ne mit pas longtemps à comprendre son avertissement.

Dès cet instant, les barques avancèrent plus vite.

Au coucher du soleil, Aragorn décida de faire halte le long d'une berge, afin d'établir le campement pour la nuit.

Les hobbits se réfugièrent dans un coin, et Sam se mit à préparer le diner. Sur tous les visages se lisait l'angoisse et la fatigue. Après le diner, Boromir s'isola et se mit à surveiller le fleuve.

Aragorn qui était non loin le rejoignit, et vit que l'homme fixait quelque chose d'un air intrigué.

Une branche d'arbre flottait sur le cours d'eau, et percuta le rebord de la berge d'en face. Une main grise s'agrippa au rebord, visible malgré la pénombre.

- C'est Gollum, déclara Aragorn. Il nous suit depuis la Moria. J'avais espéré que nous l'aurions semé sur le fleuve, mais il est bien trop malin.

- S'il alerte l'ennemi sur notre position, notre traversée n'en sera que plus dangereuse.

Aragorn acquiesça.

Bien qu'ils étaient à plusieurs mètres des embarcations, la voix des deux hommes porta jusqu'au campement, et Frodon entendit le murmure de leur conversation. Il regarda dans leur direction avec inquiétude.

- Mangez quelque chose monsieur Frodon, s'exclama soudainement Sam.

- Non Sam.

- Vous n'avez rien avalé de la journée. Et vous ne dormez pas non plus. Croyez pas que j'ai rien remarqué.

Frodon baissa la tête, et demeura d'outre-tombe.

- Monsieur Frodon…

- Je vais bien.

- Non, ce n'est pas vrai. Vous n'allez pas bien du tout depuis ces derniers jours.

Frodon lui répondit par le silence. Sam reprit :

- Je suis là pour vous aider. J'ai promis à Gandalf d'y arriver.

Frodon leva les yeux, et regarda son ami avec peine.

- Tu ne peux pas Sam, pas cette fois. Va dormir.

Le hobbit parut d'abord réticent, et voulut de nouveau insister. Mais le regard de Frodon l'en dissuada. Déconfit, il s'éloigna et déroula sa couverture près de Merry et Pippin qui dormaient avec les autres.

Frodon resta un temps debout, puis vint le rejoindre. Il ne put cependant pas fermer l'œil, et écouta distraitement le ronflement de Gimli.

Aragorn et Boromir n'avaient pas bougé de leur coin près du fleuve, et entretenait une longue conversation. Le Gondorien ne cessait de défendre l'utilité de se rendre à Minas Tirith.

- Minas Tirith est la route la plus sûre, déclara Boromir. Vous le savez. De là nous pourrons nous regrouper, pour nous préparer à nous battre pour le Mordor en force.

- Il n'y a plus de force en Gondor qui puisse nous être utile, répliqua Aragorn.

- Vous avez été prompt à faire confiance aux elfes !

Boromir désigna Legolas, allongé au loin, avec véhémence.

- Avez-vous si peu foi en votre peuple ? l'accusa Boromir.

Son ton monta, et Aragorn jeta un regard nerveux vers le reste de ses compagnons endormis. Aucun n'avait bougé, cependant si Boromir continuait à s'énerver il ne tarderait pas à réveiller tous les environs.

- Oui il y a de la faiblesse, continua Boromir. Oui il y a de la fragilité, mais il y a aussi le courage et le sens de l'honneur chez les hommes. Mais vous ne le voyez pas !

Aragorn se détourna, voulant mettre un terme à la conversation. Mais Boromir le saisit violemment par la tunique et le ramena vers lui.

- Vous avez peur ! Toute votre vie, vous l'avez passé caché dans l'ombre ! Effrayé de ce que vous êtes, de qui vous êtes !

Boromir lui cracha ses mots au visage, et Aragorn le regarda avec mépris. Le Gondorien, surpris, parut alors comprendre l'étendue de son geste, et sa colère retomba.

Se débarrassant de sa poigne, Aragorn remit de l'ordre dans ses vêtements et se pencha sur Boromir, menaçant.

- Je n'emmènerais pas l'anneau à moins de cent lieues de votre cité, lui répondit-il. Et cela même si nous sommes en danger de mort !

Boromir se renfrogna, et courba l'échine. Aragorn lui tourna le dos, et alla s'installer près du feu qui crépitait doucement dans la nuit. Après avoir ruminé durant plusieurs minutes, Boromir décida de laisser tomber et d'aller se coucher.

Frodon sentit l'homme passer près de lui, et sa simple présence suffit à le faire tressaillir. Il crut même un instant sentir le regard de Boromir dans son dos, mais l'homme s'éloigna et la tension de Frodon s'évanouit.

Il put alors s'endormir. Au milieu de la nuit, Legolas se leva pour relever le tour de garde.

- N'allez-vous donc pas dormir? demanda t-il à Aragorn, ne le voyant pas bouger.

- Pas pour l'instant. Je n'ai pas sommeil.

- Vous devriez vous reposer avant demain matin.

Aragorn leva les yeux, et dévisagea l'elfe.

- Vous avez tout entendu, n'est-ce pas ?

Legolas acquiesça honteusement.

- Vous ne devriez pas écouter ce qu'il dit, affirma-t-il. Les paroles de Boromir sont motivées par la volonté de l'anneau.

- Néanmoins il a raison sur un point, répondit Aragorn. Je n'ai jamais voulu de tout ça. Et je me suis toujours caché face aux responsabilités qui m'attendaient.

- Vous ne fuirez pas le moment venu. Un jour vous serrez roi du Gondor.

Aragorn dévisagea son ami. Il semblait si certain de ce qu'il disait que parfois on aurait dit qu'il annonçait véritablement des évènements futurs. C'était la particularité des elfes, qu'Aragorn avait appris à connaître, mais qui n'avait cessé de l'intriguer.

- Et vous, le roi de la Forêt Noire, répliqua Aragorn.

Il oubliait parfois qu'il avait affaire à un prince, et de plus, au fils unique de Thranduil.

Legolas sourit doucement.

- Oui, qui sait, dit-il amusé.

Legolas n'avait pas changé en apparence, et la fatigue ne se reflétait plus autant dans ses traits contrairement aux dernières semaines. Cependant, Aragorn le connaissait assez bien pour savoir qu'il n'allait pas bien. Il ne souriait pas autant, et ces moments de plaisanterie étaient rares.

La lueur dans ses yeux bleus ne mentait pas.

- Comment allez-vous Legolas ? Je vous connais assez bien pour savoir que quelque chose vous pèse.

L'elfe leva la tête et le regarda. Il parut vouloir répondre, mais ne parvint pas à ouvrir la bouche. Finalement, il baissa les yeux et se saisit machinalement du collier qui lui entourait le cou. Pour la première fois de son existence, Aragorn vit une émotion de fragilité se refléter sur son visage.

- Je n'avais pas réalisé, continua le rodeur, gêné par le silence et le malaise de son ami. Jusqu'à la Moria… vous l'aimiez, n'est-ce pas ?

Legolas ne lui répondit pas, mais son silence suffit à Aragon à confirmer ses soupçons. L'elfe ferma les yeux, et Aragorn s'en voulut d'avoir ravivé la douleur de son ami.

Il décida donc de le laisser seul, et se retira dans cet instant d'intimité.

- Garo daw vaer, melin(bonne nuit, l'ami), soupira Aragorn.

Il se leva et posa brièvement sa main sur l'épaule de Legolas, avant d'aller se coucher auprès de ses compagnons.

L'elfe resta près du feu, plongé dans ses pensées, une larme solitaire coulant sur sa joue.


Le lendemain, la communauté reprit la route à l'aube. Aragorn les encouragea à monter dans les embarcations le plus tôt possible, et un sentiment d'urgence commença à s'installer dans le groupe. Boromir était pâle, et reclus dans le silence. La dispute de la nuit dernière avait jeté un froid entre les deux hommes.

Vers midi, ils pénétrèrent dans des gorges sinueuses dans lequel le fleuve s'enfonçait, et les parois rocheuses jetèrent des ombres sur leurs embarcations. Lorsqu'ils eurent atteint le bout du canyon, deux statues de pierre d'une taille monumentale se dressèrent de chaque côté du fleuve.

Aragorn ne put s'empêcher de tapoter l'épaule de Frodon.

- Frodon, l'Argonath.

Le hobbit leva les yeux, et contempla les magnifiques statues, hautes d'une centaine de mètre.

- Depuis longtemps je souhaite contempler les rois de jadis… mes ancêtres, murmura Aragorn.

Tous regardèrent ces représentations géantes d'Isildur et de son jeune frère Anarion, avec émerveillement.

- Pour quelle raison ont-elles été construites ? demanda Frodon, curieusement.

- On les a érigés afin de prévenir tout étranger qu'il pénétrait dans le royaume du Gondor. Et c'était aussi un avertissement pour les ennemis.

- Ils ont dû en mettre du temps pour le construire, ça oui ! s'exclama Sam admiratif.

Frodon sourit, tandis qu'Aragorn acquiesçait fièrement.

Après avoir dépassé l'Argonath, ils débouchèrent sur un lac immense qui se terminait par d'énormes chutes d'eau, qui coupaient définitivement la route.

Ils dirigèrent les barques vers la rive droite, et mirent pied sur la terre ferme avec soulagement. Les hobbits se précipitèrent pour s'installer et manger une collation, tandis que Aragorn et Legolas déballaient les affaires tranquillement.

Frodon resta en retrait, mal à l'aise. Il lui avait semblé sentir le regard de Boromir sur son dos plusieurs fois dans la matinée.

L'homme du Gondor sortit précipitamment de la barque, et aida ses compagnons à décharger les provisions.

- Nous traverserons le lac à la tombée de la nuit, annonça Aragorn. Nous cacherons les bateaux et continuerons à pied. Nous atteindrons le Mordor par le Nord.

Gimli, qui se trouvait près du feu avec Merry et Pippin, le regarda avec stupéfaction.

- Ah, oui. Il nous suffira simplement de trouver notre chemin à travers Emyn Muil, un labyrinthe infranchissable fait de rochers coupant comme des rasoirs, dit-il de mauvaise humeur. Et après cela, ce sera encore mieux… une région de marécages gluants et puants à perte de vue.

Les hobbits, et même Legolas qui l'avait écouté, furent inquiets. Leurs visages se décomposèrent au fur et à mesure que parlait Gimli, et Aragorn se dit que le nain aurait mieux fait de se taire.

- Oui, c'est notre route, répondit Aragorn sans se démonter. Je vous suggère de prendre du repos afin de recouvrer vos forces, maître nain.

- Retrouver mes… argh, ronchonna Gimli.

Alors que Pippin avait les yeux exorbités, et ouvrait la bouche tout en oubliant de manger, Legolas alla retrouver Aragorn.

- Nous devrions y aller maintenant, lui dit-il préoccupé et impatient.

- Non. Les orques patrouillent sur la rive Est, il vaut mieux attendre que l'obscurité nous cache.

- Ce n'est pas la rive Est qui m'inquiète, chuchota Legolas, les yeux perdus dans la forêt qui s'étalait devant eux. Une ombre et une menace grandissent dans mon esprit. Quelque chose approche. Je le sens.

- Allons Legolas, vous êtes fatigués… c'est votre peine pour -

- Ce n'est pas cela !

Legolas écarta la main compatissante d'Aragorn, énervé. Le rodeur le dévisagea, perplexe.

- On n'a pas besoin de recouvrer nos forces, nous les nains, grommela Gimli. N'oubliez pas ça, jeune hobbit ! lança-t-il à Merry qui déposa du bois à ses pieds.

Mais le hobbit l'ignora royalement et regarda autour de lui, inquiet.

- Où est Frodon ? demanda-t-il au reste du groupe.

Legolas et Aragorn se retournèrent, et regardèrent Merry, puis le campement. Leurs yeux cherchèrent Frodon partout, mais ils ne le trouvèrent nulle part.

Le regard d'Aragorn s'arrêta sur l'emplacement vide de Boromir, et il eut alors un très mauvais pressentiment.


Frodon s'éloigna dans la forêt, s'enfonçant un peu plus loin du campement. Il n'avait pas envie de faire demi-tour, et n'avait pas compté les minutes depuis qu'il était partit.

Il ne voulait pas y retrouver. Il fallait que ça s'arrête, pensa-t-il. Gandalf, Elanor… ils étaient morts par sa faute. Pour le protéger.

S'en était trop !

Elle le lui avait juré, se souvint-il. Elle lui avait jugé dans la Moria de le protéger. « Je vous aiderais jusqu'au bout, Frodon. Même si je dois y laisser la vie. » Et c'est ce qu'elle avait fait.

Qui d'autre encore allait mourir ?

Aragorn ? Sam ? Merry, Pipin ? Qui d'autre ?

Frodon monta une colline, traversant une ruine abandonnée. L'anneau l'appelait. Il voulait le prendre et le mettre au doigt pour disparaître, et retourner dans la Comté. Mais ce n'était pas sage.

Alors qu'il arrivait au sommet, Boromir apparut au coin d'un arbre, le surprenant dans sa promenade.

Frodon s'immobilisa, alors que l'homme lui faisait face, les bras chargés de morceaux de bois.

- Aucun de nous ne doit se promener seul, lui dit Boromir. Vous moins que les autres. Tant de choses dépendent de vous.

Le Gondorien ramassa une branche, et le fixa.

- Frodon ?

Le hobbit baissa les yeux, et n'eut qu'une seule envie. Fuir.

Broromir parut lire dans son esprit. Il s'approcha, et le dévisagea avec une lueur inquiétante, oubliant sa première tâche qui était de ramasser du bois.

- Je sais pourquoi vous recherchez la solitude, déclara Boromir. Vous souffrez, je le vois, jour après jour. Êtes-vous sur de pas souffrir inutilement ?

Les doigts de Boromir étaient enfoncés compulsivement dans les branches qu'il tenait, et Frodon ne put s'empêcher de se sentir inquiet.

- Laissez-moi vous aider, s'exclama Boromir. Il y a d'autres moyens Frodon. D'autres chemins à emprunter.

- Je sais ce que vous allez dire. Et vous parlerez sagement mais mon cœur me met en garde.

- En garde ? Contre quoi ?

Boromir s'approcha dangereusement, coinçant Frodon contre le rebord d'une statue. Le hobbit fit un pas de côté et réussit à s'échapper à son contrôle.

- Nous avons tous peur, déclara Boromir. Mais laisser cette peur nous guider détruirais tout l'espoir qui nous reste. Ne voyez-vous pas que c'est folie !

- Il n'y a pas d'autre moyen, répliqua Frodon.

Le visage de Boromir se renfrogna, et sa réponse ne parut pas lui plaire.

- Je ne requiert que la force de défendre mon peuple ! s'écria t-il en jetant violemment les branches de bois au sol.

Frodon le regarda avec stupéfaction.

- Si… si vous acceptez de me prêter l'anneau… , réclama Boromir en s'avançant.

- Non !

Frodon recula.

- Pourquoi reculez-vous ? Je ne suis pas un voleur, dit Boromir en plissant des yeux.

- Vous n'êtes pas vous-même, répondit Frodon sur la défensive.

Boromir le dévisagea, et son regard avide ne plut pas à Frodon.

- Quelle chance croyez-vous avoir ? Ils vous trouveront. Ils prendront l'anneau. Et vous les supplierez de vous achever sans attendre !

Frodon lui tourna le dos, et décida de rentrer au campement. Boromir s'élança à sa suite.

- Pauvre fou ! s'écria t-il. L'anneau n'est à vous que par un malheureux hasard ! Elle est morte à cause de vous. Elanor est morte à cause de vous ! Allez-vous donc tous nous condamner ?

Frodon se mit à courir, et Boromir le poursuivit. Il le poussa et la plaqua au sol, essayant de s'emparer de l'anneau.

- Il devrait être à moi, donnez-le moi !

Frodon se tortilla et donna des coups de pieds pour se libérer de l'emprise du Gondorien.

- Non !

- Donnez-le-moi !

Frodon attrapa la chaine autour de son cou et la serra dans mes mains. Une fois qu'il sentit l'anneau contre sa main, il le glissa à son doigt et disparut dans un Plop !

Boromir regarda le vide avec confusion, puis se prit un coup de pied magistral dans les côtes qui le repoussa en arrière. Il cria de surprise, mais se releva bien vite, le visage haineux.

- Je vois clair en vous. Vous voulez donner l'anneau à Sauron ! hurla Boromir. Vous allez nous trahir ! Vous courrez à votre perte, à notre perte à tous ! Soyez maudit ! Soyez maudit ! Vous et tous les semi hommes !

Frodon courut à en perdre haleine.

Boromir tourna la tête dans toutes les directions, cherchant Frodon qui était devenu invisible. Dans sa précipitation, il tomba sur une pierre, et reprit alors tous ses esprits.

- Frodon… Frodon, pardonnez-moi ! Oh, mon dieu. Qu'ai-je fait ? se lamenta-t-il.

Boromir se releva, et s'écria :

- FRODON !


Legolas courut dans les bois accompagné de Gimli, appelant Frodon et Boromir. Mais leurs appels restèrent sans réponse. Aragorn et les hobbits étaient partis chacun de leur côté, à la recherche de Frodon.

Par les Valar, où était-il ? se demanda Legolas.

L'elfe avait un mauvais pressentiment. Boromir lui avait semblé avide et agité ces derniers jours, et il craignit un instant que le Gondorien n'ait retrouvé Frodon avant eux.

Gimli ronchonna, et rouspéta plusieurs fois, insultant hommes et hobbits. Mais il n'abandonna pas néanmoins les recherches, et était le premier à monter les collines escarpées de la forêt.

Une odeur pestilentielle monta subitement au nez de Legolas. Une odeur très familière. Il entendit alors des bruits de pas derrière lui, et fit volte-face, se retrouvant face à un orque gigantesque. Il n'eut pas le temps de prendre son arc, et se baissa pour éviter le coup d'épée avant de se retourner et de décocher une flèche qui se ficha dans la tête de l'orque.

- Arhhh ! Des uruk-hai ! lança Gimli, tandis qu'un deuxième orque fonçait sur lui.

- Nous devons retrouver Frodon ! Vite ! s'exclama Legolas.

Les Uruk-hai se mirent alors à déferler de tous les côtés, et les deux amis se retrouvèrent bien vite submergés. Legolas tournoyait entre les ennemis, abattant les orques l'un après l'autre.

Il n'avait encore jamais vu ces orques-là. Leur carrure était plus imposante, ils étaient aussi plus puissants et adroits. Leur armure était noire et épaisse, et ils avaient des allures de guerriers redoutables. Leur chevelure noire et graisseuse dégoutait Legolas au plus haut point.

Gimli poussa un cri de guerre, et enfonça sa hache dans le ventre d'un Uruk. Ce dernier poussa une plainte avant de s'écrouler face contre terre.

- Ils sont trop nombreux ! lança Legolas.

Des rugissements retentirent dans la forêt, et les Uruk-hai qui allaient initialement vers eux, changèrent brusquement de direction.

- Où vont-ils ? Ah ! Ils s'enfuient ! Regardez-moi ces poules mouillées ! s'enorgueillit Gimli moqueur.

- Non Gimli. Ils ne s'enfuient pas. On dirait que quelque chose les attires, répondit Legolas.

Le son d'un cor retentit brusquement dans la forêt.

Boromir.

Les Uruk-hai se précipitèrent dans vers la source du bruit, et ils ignorèrent totalement l'elfe et le nain.

- C'est le cor de Boromir ! s'écria Legolas.

Ils s'élancèrent et coururent à en perdre haleine, tuant tous les ennemis qu'ils pouvaient sur leur chemin.

Un deuxième appel de Boromir retentit. Plus précipité. Il était en danger.

Gimli rugit, enfonçant sa hache dans tous les orques qu'il rencontrait, et Legolas décochait flèche après flèche. Mais ils avançaient lentement, et leurs ennemis leur barraient le chemin, déterminés à ne pas les laisser passer.

Lorsque Legolas tua le dernier Uruk-hai, il dévala la pente et se précipita vers le fond de la forêt, là où avait appelé Boromir.

Mais il était trop tard. Il trouva Aragorn penché sur le corps de leur ami, adossé à un arbre. Boromir était transpercé de trois flèches, et son visage était d'une pâleur de mort. Legolas s'arrêta de courir brusquement, et se stoppa à quelques mètres.

Boromir qui tenait l'épaule d'Aragorn, le regardait avec les yeux pleins de larmes.

- je vous aurais suivis mon frère. Mon capitaine. Mon roi.

Il sourit, et en quelques secondes son regard devint vitreux.

Legolas n'osa s'approcher, parvenant à peine à réaliser qu'il venait de mourir. Boromir était mort. Bien qu'il ne l'ait pas toujours porté dans son cœur, sa mort lui infligea à cet instant une grande souffrance.

Il y avait là beaucoup trop de mort, trop de sacrifices pour qu'il puisse le supporter. Combien de ses amis encore allaient mourir ?

Gimli qui était arrivé peu après Legolas, se pencha et s'adossa à sa hache. Il prit soin de pencher la tête pour cacher son visage.

- Repose en paix, fils du Gondor, chuchota Aragorn.

Il lui baisa le front, puis lui ferma doucement les paupières et se releva.

- Ils attendront son retour à la cité blanche. Mais il ne reviendra pas, déclara-t-il avec peine.

Lorsqu'il se retourna, Legolas vit qu'il pleurait.

Ils restèrent quelques minutes immobiles, silencieux, à faire le deuil de leur ami. Aragorn se tourna finalement vers eux, et sembla décidé à se remettre en route.

- Legolas, aidez-moi à le porter.

L'elfe acquiesça, et souleva le corps inerte de Boromir. Il passa un bras sous l'épaule inerte, tandis qu'Aragorn faisait de même de l'autre côté. Gimli ramassa respectusement l'arme du Gondorien, et ils se mirent en route.

Il était si léger, si jeune, pensa tristement Legolas. Etait-ce donc le destin funeste réservé aux hommes ? Fallait-il qu'ils meurent aussi rapidement, sans avoir eu le temps d'embrasser la vie ?

Il n'en voulait plus à Boromir, se rendit-il compte. Ses paroles et ses insultes qu'il avait proférées à son encontre et face à Elanor ne l'inquiétait plus. Boromir n'avait pas été lui-même. Sauron l'avait happé depuis le début. L'anneau avait volé une âme, un membre cher à leur communauté. Il n'y avait plus de raison de lui en vouloir, ni d'entretenir une rancune sans interêt.

Legolas lui pardonnait, et lui avait déjà pardonné depuis longtemps.

Arrivé au campement, ils durent décider de ce qu'ils allaient faire du corps de Boromir.

- Rendons-le aux siens, déclara Aragorn.

Legolas suivit son regard vers la barque et acquiesça. Ils allongèrent Boromir dans le bateau elfique, puis Gimli déposa son épée entre ses mains et son bouclier au-dessus de sa tête.

Alors qu'ils poussaient tous les trois la barque vers le large, Legolas baissa la tête et énonça une prière.

- Hodo go hîdh (reposes en paix), murmura-t-il.

Ils regardèrent la barque s'éloigner, et disparaître au bord des chutes d'eau.

Boromir était parti. Mais il y avait encore d'autres à protéger.

Frodon.

Legolas regarda la rive d'en face, et vit que Sam et Frodon étaient presque arrivés de l'autre côté. Il se précipita pour remettre à l'eau une autre barque.

- Dépêchez-vous ! Frodon et Sam vont atteindre la rive orientale, lança t-il.

Voyant que ses compagnons ne le suivaient pas, il se retourna. Aragorn demeura de marbre, et regarda les deux hobbits s'enfoncer dans la forêt de l'autre côté du lac.

- Vous n'avez pas l'intention de les suivre, devina Legolas stupéfait.

- Le destin de Frodon n'est plus entre nos mains, répondit Aragorn.

- Alors tout aura été fait en vain, déclara Gimli. La communauté a failli.

Voyant l'air défait de ses deux amis, Aragorn posa une main sur chacune de leurs épaules.

- Pas si nous restons loyaux les uns envers les autres. Nous n'abandonnerons pas Merry et Pippin à une mort atroce.

Il plongea son regard dans celui de Legolas, et l'elfe fut troublé par la force qui émanait de lui.

- En tout cas, pas tant qu'il nous restera des forces ! reprit Aragorn. Débarrassons-nous de tout ce qui n'est pas nécessaire. Voyageons léger. Allons chasser de l'orque !

Aragorn accrocha son poignard à sa ceinture, puis s'élança dans la forêt, les incitants à le suivre.

Le visage de Gimli se transforma en une expression féroce, et un simple regard de sa part suffit à Legolas pour se précipiter à sa suite.

Oui, allons-y ! pensa Legolas.


Le sol était incroyablement dur et froid. Elle s'éveilla, et ouvrit les yeux, la tête appuyée contre la roche glaciale, et les oreilles bourdonnantes.

Il n'y avait pas de lumière. L'obscurité régnait tout autour d'elle et emplissait l'espace.

Elanor se redressa lentement, le corps courbaturé. La tête lui tourna un instant, et elle dut attendre un moment avant que cette sensation désagréable ne disparaisse.

Le sol était rugueux et poussiéreux.

Elle posa ses mains par terre pour se relever, mais une sensation de lourdeur et de métal froid contre sa peau la stoppa net. Elle baissa les yeux, et découvrit que ses mains étaient emprisonnées dans des menottes, larges, noires et rouillées. Elle leva ses mains à hauteur de ses épaules, et une chaine reliée à ses liens tinta, brisant le silence.

- Qu'est-ce que… ?

Surprise, elle fixa les menottes. On l'avait attachée.

Qui les lui avaient mises ? Et où était-elle ?

Après avoir repris ses esprits, et attendue que sa vision soit plus nette, elle vit qu'elle se trouvait dans une sorte de grotte, dont la paroi ressemblait fortement à celles des mines de la Moria.

Seulement, un détail la dissuada de penser qu'elle était encore dans les mines.

Une porte massive en fer forgé bloquait l'issue à quelques mètres d'elle. Elanor leva les yeux, et vit qu'un plafond d'une hauteur de trois mètres la surplombait.

Où étaient ses compagnons ?

De toute évidence on l'avait amené ici. Et ça ne ressemblait en rien aux mines de la Moria. Que s'était-il donc passé ?

Ses derniers souvenirs remontaient à la bataille dans la Moria. Elle se rappelait avoir fui avec le reste de ses compagnons, alors qu'un Balrog était à leurs trousse. Ils avaient traversés un pont, et puis le Balrog était tombé, et Gandalf …

« Fuyez pauvres fous ! »

Il était aussi tombé dans le ravin.

Les yeux d'Elanor s'embuèrent aussitôt de larmes.

Elle n'arrivait pas à se rappeler ce qui s'était passé ensuite. Ses pensées étaient encore confuses.

Elle était sur le pont. Sa cheville lui faisait mal et elle avait trébuché. Après que Gandalf soit tombé, elle avait essayé de se relever. Une douleur lui avait vrillé l'estomac, et puis elle s'était sentie basculer, et c'était le trou noir. Elle ne se souvenait de rien.

Instinctivement, elle porta la main à son ventre. Elle souleva le pan de sa tunique, et vit que sa peau était intacte. Il n'y avait rien. Pas une trace de la flèche qui l'avait transpercée.

Quel est donc ce maléfice ? se demanda t-elle.

Elle aurait dut être morte.

L'avait-on soigné ?

Chancelante, elle se releva et se dirigea vers la porte.

- Ohé ! Il y a quelqu'un ? s'écria-t-elle.

Personne ne lui répondit.

Elle tapa contre la porte avec ses poings, mais la douleur lui vrilla les poignets et elle arrêta au bout de quelques minutes sans avoir de réponse. Dépitée et angoissée, elle se rassit.

Le temps passa. Lentement.

Elle ne sut si ce fut des heures ou des jours qui défilèrent. Il n'y avait pas la moindre source de lumière qui pouvait lui donner d'indice sur l'heure de la journée.

Cela ressemblait à une prison fantôme. Abandonnée même. Quelqu'un l'avait enfermé ici, sans qu'elle sache pourquoi.

Le détail qui la troubla le plus était qu'elle n'avait ni faim, ni soif, ni sommeil. Son corps ne demandait rien, et elle ne faisait qu'attendre… attendre, encore et encore.

Ses pensées étaient occupées par ses compagnons. Legolas, Aragorn, Frodon, Sam et les autres… s'en étaient-ils sortis ? Allaient-ils bien ? Où étaient-ils ? Allait-elle les revoir un jour ?

Ses espoirs s'amenuisaient au fil du temps. Rien ne se passait, et personne ne lui rendit visite. Elle resta prostrée des jours entiers, peut-être des semaines, qui sait, sans que rien ne se passe.

Un jour enfin, elle n'aurait su dire quand, la porte s'ouvrit.

Un homme, le visage caché par la pénombre, entra. Elanor le regarda avec inquiétude, il était de taille moyenne et portait une toge sombre.

Par réflexe, elle se recroquevilla contre la paroi, peu rassurée par cet inconnu.

- Qui êtes-vous ? lui demanda-t-elle.

En silence, l'homme se dirigea vers elle.

- Que me voulez-vous ?!

Alors que toutes sortes d'idées d'horreur lui passaient par la tête, Elanor fut prise de court lorsque l'homme se saisit de sa chaine, la détacha puis la força à se lever.

- Veuillez me suivre.

Sa voix était terne, mais ferme et autoritaire.

Elanor resta muette et obéit. Sans cérémonie, le gardien la traina hors de sa cellule.

Ils débouchèrent dans un couloir étroit où s'alignait de nombreuses cellules similaires à celle d'Elanor. Elle avança d'un pas nerveux, observant ce nouvel environnement qui ne présageait rien de bon.

Les portes étaient toutes closes, et l'on ne pouvait voir à l'intérieur. Mais elle devina qu'il y avait d'autres prisonniers et qu'elle n'était pas seule. L'homme qui la conduisait n'avait rien d'un gobelin ou d'un orque. Qui était-il ? Alors qu'elle ralentissait, l'homme tira d'un coup sec sur la chaine, et elle accéléra le pas. Elanor se demanda soudain dans quel pétrin elle s'était fourrée.

Le bout du tunnel se terminait par une ouverture qui donnait sur une autre partie de la forteresse. Ils franchirent le seuil et pénétrèrent dans une vaste grotte, et elle en resta sans voix.

C'était un endroit monumental.

La caverne était ronde et creusée de galeries et d'escaliers sinueux, grimpant à des hauteurs vertigineuses. La Moria faisait pâle figure comparé à ce qu'elle voyait maintenant. Quelques hommes en toge grise, semblables à celui qui la conduisait, erraient sur des chemins, parfois avec des prisonniers ou parfois seuls.

Elanor examina les lieux avec une horreur mêlée de fascination. Quel était cet endroit ? Elle regarda le gardien avec hésitation, et put alors le dévisager correctement, grâce à la lumière qui était un peu plus forte.

Il avait une peau pâle, et le crâne rasé. Ses lèvres étaient blanches, et il n'avait aucune expression notable, hormis l'indifférence. Elanor ne sut dire à cet instant s'il était humain, ou une créature d'un autre monde. Elle n'osa lui demander.

- Où sommes-nous ?

L'individu se retourna, et elle rencontra pour la première fois ses yeux bleus glaciales.

- Vous êtes dans les cavernes de Mandos, lui répondit-il.

- Pourquoi suis-je ici ?

Une lueur étrange tremblota dans les yeux du gardien.

- Vous le saurez bientôt.

Ce fut la seule et unique réponse qu'il lui adressa, et la conversation se termina là. Le gardien la tira de nouveau en avant, et ils descendirent jusqu'au bas de la grotte.

Les cavernes de Mandos... N'avait-elle pas déjà entendu cela quelque part ? De vieux contes lui revinrent en mémoire. N'était-ce pas dans ces cavernes qu'allaient les morts avant d'être jugés ?

Elle était morte ? Cette révélation lui fit un choc, et lui donna une sensation bizarre.

Ainsi, c'était donc ce qui s'était passé. Elle était tombée dans les mines de la Moria. Et elle n'avait pas été capturée contrairement à ce qu'elle avait pensé, mais on l'avait gardé en captivité… jusqu'à son jugement.

Son voyage s'arrêtait là, et elle n'allait plus revoir ses amis. Jamais. Elle avait échouée.

Ses épaules se mirent à trembler, et elle suivit tant bien que mal son gardien en trébuchant.

L'homme la conduisit au bout de la grotte. Plusieurs autres gardiens trainaient des prisonniers à l'intérieur ou à l'extérieur de leurs cellules. Elanor n'aurait pu mettre un nombre sur la quantité de cellules qui se trouvaient dans cet endroit. Cette caverne était démesurée, et il y avait des couloirs partout, qui s'enfonçaient profondément dans la roche.

Au moment où ils mirent pieds à terre et traversèrent le fond de la caverne, un homme dans la foule attira soudainement son attention. Elanor faillit s'arrêter net.

- Boromir ?

Le Gondorien était reconnaissable entre mille. Il portait les mêmes vêtements depuis la Moria, excepté qu'il avait en plus une broche et une cape grise nouée autour de son cou.

Et il avait le teint blême.

Que faisait-il ici ?

Elanor comprit alors. Il était mort, réalisa-t-elle.

Comment ? Quand ?

Que c'était-il passé ? se demanda-t-elle. Il avait dut leur arriver malheur peu après qu'elle soit morte. Est-ce que les autres étaient aussi ici ?

L'angoisse la prit soudainement à la gorge, et elle voulut héler Boromir, les questions se bousculant dans sa tête. Hélas, on la poussa en avant, et le Gondorien disparut de sa vision.

Lorsqu'elle tourna de nouveau la tête, il n'était plus là.

Les larmes aux yeux, elle mit un certain temps à se convaincre que tout ça n'était pas un rêve.

Abattue, elle suivit son gardien qui la conduisit dans un immense hall, soutenu d'énormes piliers aussi massif que ceux taillés par les nains dans la Moria. Des dizaines, ou peut-être une centaine de personnes attendaient en file indienne, devant une énorme porte noire.

Impressionnée, Elanor observa ce spectacle. La plupart de ces personnes étaient de la race humaine. Hommes, femmes et enfants, il y avait de tout et de tous les âges. Elle aperçut deux nain, et plusieurs hobbits, et vit finalement un seul elfe perdu parmi tous.

La porte gigantesque qui était au bout du hall, montait presque jusqu'au plafond et projetait une ombre menaçante sur eux. Une rangée de gardes, armés de lances et d'une armure opaque qui dissimulait leur visage, encadrait les prisonniers sur toute la longueur de la salle. Elanor sentit qu'on lui détachait la chaine, et le gardien la laissa rejoindre la foule après un signe de tête. Au moment où le gardien la laissa, l'abandonnant à son sort, la porte s'ouvrit dans un grondement à faire pâlir un orque.

La personne qui se trouvait tout au bout de la file, une vieille dame aux cheveux blancs et aux habits très modestes, pénétra dans la pièce en tremblotant. En retenant son souffle, Elanor observa la scène, et crut défaillir lorsqu'elle vit la porter se refermer en un claquement.

La plupart des gens tremblaient ou sanglotaient, ne sachant pas ce qu'ils allaient trouver de l'autre côté. Elle commença aussi à ressentir de la nervosité lorsqu'elle vit qu'aucun de ceux qui étaient rentrés ne ressortaient.

Le temps passait, et le ballet incessant des personnes entrant dans l'autre pièce fut interminable.

Mais la file diminua peu à peu, et elle se retrouva bientôt devant la porte. Celui qui était devant elle, un nain broussailleux entra, et il s'écoula de longues minutes. Peut-être les plus longues de sa vie.

Puis la porte s'ouvrit, et ce fut son tour.

Elanor regarda l'interstice, qui ne laissait filtrer aucune lumière, ni aucun indice sur ce qu'il y avait derrière.

Un des gardes s'approcha, et lui demanda d'avancer. Elanor franchit à contrecœur la porte.

Elle pénétra dans une salle immense, belle, mais dépossédée de tout ornement. Les murs étaient de la roche abrupte, et le sol carrelé de marbre blanc. Au centre, trônait un énorme siège de fer dans lequel était assis un homme.

Un homme, ou bien une apparition étrange, songea Elanor. Cet individu était grand et imposant par sa carrure, si bien qu'il occupait le large fauteuil à lui tout seul. Il était enveloppé dans un manteau noir, et son visage était dissimulé dans la pénombre, et elle ne parvint pas à voir les traits de son visage. Il avait une présence forte et puissante, si bien qu'elle le trouva terrifiant.

- Approches.

Une main blafarde sortit de son grand manteau noir, l'invitant à s'avancer. Sa voix était grave et profonde. Les dents d'Elanor claquèrent contre sa mâchoire sans qu'elle ne puisse se contrôler. Pourtant elle n'avait pas froid, pensa-t-elle. La voix de l'inconnu résonna contre les murs de la caverne, et il lui sembla qu'elle traversa son corps dans une explosion d'échos.

Elle ne voyait pas ses yeux, mais sentit son regard la transpercer de toute part, comme s'il lisait en elle et entendait ses pensées.

Elanor s'avança sur le marbre blanc qui conduisait jusqu'au trône, et s'arrêta devant lui, tremblante.

- Sais-tu qui je suis ? lui demanda-t-il.

Elanor acquiesça.

- Vous êtes Mandos.

Le Valar aurait pu hocher la tête qu'elle ne s'en serait même pas rendu compte. Elle ne voyait même l'ombre d'un sourire, et son visage n'était qu'obscurité. La passivité de Mandos lui donna la chair de poule.

- Tu es ici pour rendre compte de tes fautes. Qu'as-tu à dire ?

- Je…

Elanor fut à court de mots, et elle chercha dans ses souvenirs n'importe quelle situation qui avait pu susciter sa culpabilité.

- Je regrette d'avoir eu la pensée de pouvoir m'emparer de l'anneau, même si je ne l'ai pas fait. Je regrette d'avoir quitté mon foyer, et Maggi, et de ne pas avoir assumé mon rôle de femme. Je regrette d'avoir été faible, et d'avoir abandonné mes compagnons, car je n'ai pas pu terminer cette quête, malgré ce que je pensais. Je regrette…

Elanor ne sut trouver autre chose à dire, et se tut.

Mandos continuait de la regarder, impassible.

- Tu t'es engagée pour la quête de l'anneau. Penses-tu avoir été à la hauteur ? la questionna-t-il.

Elanor baissa les yeux honteusement.

- J'aurais aimé aider mes compagnons plus longtemps. Cependant, je ne me sentais pas d'une grande utilité pour eux.

- Une guerre se prépare et gronde en Terre du Milieu, dit Mandos. Sauron lève ses armées, et ses sujets sèment la terreur. Toute aide est précieuse, même aussi infime soit-elle.

Les mains blanches de Mandos agrippèrent les accoudoirs de son siège. Elanor remarqua qu'il ne paraissait pas porter Sauron dans son cœur.

- Tu as commencé une quête en soutenant le porteur de l'anneau, reprit Mandos. Mais ta mort a fragilisé la communauté. Ton heure n'était pas venue. En fait, tu n'aurais jamais dû prendre part à cette quête.

Elanor releva la tête.

- Neufs auraient dût partir de Fondcombe, mais dix vous étiez. Je m'attendais à ce que les descendants d'Eluréd me posent problème un jour, déclara Mandos. Ton ancêtre elfe a renoncé à l'immortalité, lorsqu'il a vu l'horreur de l'âme et sa cruauté pendant le sac de Doriath. Il a fui dans les bois, s'est marié à une humaine et a oublié jusqu'à sa vraie nature. Mais il semble que le sang de Thingol demeure et perdure dans sa chair. Et sa soif d'aventure aussi, à ce que je vois.

Le Valar l'étudia longuement, sans ajouter le moindre mot. Après un temps considérable, il se redressa contre son trône, et lui dit :

- Il y a quelque chose que tu peux faire pour moi.

- Quoi donc ? demanda Elanor, pas sûre que la réponse lui plairait.

- Je te donne deux choix. Tu peux continuer et aller dans l'au-delà des hommes, et rejoindre tes ancêtres. Ou bien, tu peux retourner en Terre du Milieu et continuer ta quête. Mais…

La voix de Mandos se mua en avertissement, résonnant d'outre-tombe.

- … pour cela, tu devras éliminer les ennemis de Sauron, et notamment les neufs. Les neufs rois et hommes à qui ont été donnés les anneaux de pouvoirs, et qui échappent à mon jugement depuis des siècles. Bien entendu, il y aura des sacrifices à faire.

- Quels seront ces sacrifices ? demanda Elanor, hésitante.

- Ta vie. Lorsque Sauron sera détruit, et la Terre du Milieu libérée, il te faudra revenir ici. Tu pourras suivre les pas des hommes avant toi, dans l'autre monde, ou bien, si je suis assez satisfait de ce que tu as accomplis, j'essayerais de me montrer généreux. Dans tous les cas, il te sera impossible de vivre en Terre du Milieu.

Elanor considéra longuement ses paroles. Mandos se pencha en avant.

- Alors, as-tu pris ta décision ?

- Je…

Mandos tendit la main, et les chaines qui l'emprisonnaient disparurent tout à coup, s'évanouissant dans les airs. Elanor étudia ses mains libres, et prit soudainement sa décision.

- Oui.

- Quelle est-elle ?

Elanor leva la tête et rencontra le regard glacé de Mandos. Elle lui donna alors sa réponse.