Bonjour à tous ! Je poste enfin ce chapitre, que vous attendez certainement tous impatiemment. C'est l'heure des retrouvailles entre Elanor et ses compagnons ! Ce chapitre m'a donné du fil à retordre, et j'espère que vous l'apprécierez. A la base, il faisait 24 pages ! J'ai été obligé de le couper pour équilibrer l'histoire. Ca fait donc un chapitre de plus ! Et de nombreuses scènes ajoutés ^^ J'ai beau les corriger, reformuler les dialogues, j'écris de nouveaux passages à chaque fois ! L'inspiration l'emporte sur ma raison je le crains…
Merci à tous pour vos reviews, ça m'encourage vraiment à continuer. Merci aussi aux nombreuses personnes qui me suivent et qui sont abonnés, ainsi qu'à vous tous lecteurs :) Merci infiniment !
J'espère que ce chapitre vous plaira. Bonne lecture !
Réponses aux reviews :
delphlys : Merci de ta fidélité ! Je suis très contente que cette histoire te plaise autant, et mon style d'écriture aussi ^^ j'y travaille dur, et je vais essayer de continuer sur cette voie jusqu'à la fin ! Haldir est aussi un de personnages préférés, je ne pouvais pas passer à côté d'écrire un chapitre avec lui ;) A bientôt !
PaulinaDragona : Et non ! Je ne fais jamais dans le prévisible, retiens ça ^^ J'espère que la suite te plaira. Merci pour ta review et pour ta fidélité ! A plus !
Ch0up : Merci beaucoup ! Je suis très heureuse que m'a fiction t'ai plu autant ! Tu auras ces réponses très bientôt, ne t'inquiètes pas. J'attends tes impressions pour le prochain chapitre. A bientôt !
James : Merci ! Je suis contente que ça te plaise, tu es largement pardonné ! Ça me fait super plaisir de te lire et de voir qu'il y a aussi des garçons qui suivent ma fic (au moins toi ^^) [S'il y en a d'autres : manifestez-vous ! Je n'attends que ça !] J'essaye de respecter au maximum les personnages de Tolkien, parce que je suis une grande fan de cet univers. Et je ne veux pas les dénaturer ! Mon personnage préféré est de loin Elrond (contrairement à Legolas que tout le monde aime, surtout les filles haha) La guimauve ce n'est pas tellement pour moi, et je ne vais pas m'éterniser dans des scènes longues et creuses d'amour, tu peux être rassuré. (Il y en aura quand même, je te préviens lol) Je préfère être concise, ne pas en mettre trop et développer davantage les intrigues au cœur de l'action. C'est une aventure, pas les « Feux de l'Amour » ! (même si ça pourrait être drôle de l'écrire ^^) J'espère que la suite te plaira, tu me diras ce que tu en penses. A bientôt !
mimie : Merci beaucoup mimie, j'espère que la suite ne te décevras pas ! A plus !
Marine02 : XD désolé ! Je n'avais pas prévu de couper à ce moment-là au départ, mais comme le chapitre s'étendait, je n'ai pas eu d'autre choix. Merci ! Je voulais faire de l'arrivée d'Elanor un passage important, dans lequel on sent qu'elle commence à devenir une vraie héroïne. Quant à Legolas, tu verras bien ce qui va se passer ^^ A bientôt !
Mello12 : Merci beaucoup ! Tu as décrit parfaitement tout ce que j'ai essayé de faire. Ca me rassure de savoir que la séparation entre Elanor et ses compagnons ne t'ai pas gênée. Sinon, ça aurait voulu dire que quelque chose n'allait pas et que j'avais raté ce passage de l'histoire. ^^ Elanor va prendre en effet de l'importance, et je suis toute excitée à l'idée de finir les prochains chapitres. Il va se passer tellement de choses et de nouveaux personnages vont apparaitre ! (Notamment un qu'il me tarde d'écrire) :D J'espère que ce chapitre va te plaire. A plus !
Chapitre 15 : Réunion
- C'est impossible…
Il sentit vaguement Gimli se tourner vers lui, mais Legolas ne pouvait détacher son regard d'Elanor, qu'il était le seul à avoir reconnue.
Sa chevelure brune était décoiffée, et un peu plus longue. Ils lui arrivaient presque en bas du dos. Son armure flamboyante la métamorphosait. Il eut du mal à reconnaitre la jeune fille fragile et timide qui était partie de Fondcombe. Elle était… différente. Mais c'était bien elle. C'était Elanor.
Il fit un pas en avant, inconsciemment, et sortit des rangs.
- Legolas ! l'appela Gimli. Legolas, où allez-vous ?
Mais l'elfe l'ignora, et se dirigea vers la cavalière, le cœur bondissant dans sa poitrine.
Elanor déchaussa ses étriers et regarda dans un état second l'elfe se précipiter sur elle. Lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques mètres, elle sauta de selle et délaissa son cheval.
Legolas s'arrêta devant elle, abasourdi.
Elanor aurait voulu dire quelque chose pour le saluer, mais aucun mot ne lui vint à l'esprit. Que pouvait-elle dire ? Elle avait imaginé cette scène des centaines de fois. Aragorn, Gimli, lui et les hobbits l'auraient accueillie avec de grands cris et des embrassades. Mais ce n'était pas le cas. La réalité était bien différente des rêves, songea-t-elle, un peu perdue. Les mots qu'elle s'était imaginée dire s'étaient évaporés, envolés au point qu'elle n'arrivait plus à s'en souvenir. Se retrouvant face à Legolas, elle resta muette. Elle ouvrit la bouche, mais ne parvint pas à articuler la moindre phrase.
L'elfe la dévisageait, et il était aussi silencieux qu'une tombe. Elanor entoura son heaume de son bras valide, et serra à s'en faire pâlir les jointures la poignée de son épée. Nerveuse, elle essaya de se redonner contenance.
- Legolas…
Elle eut à peine le temps d'ouvrir la bouche, que l'elfe se jeta sur elle.
Bouche bée, Elanor resta pétrifiée, les bras pantelants, alors que Legolas l'attirait dans ses bras. Elle entendit les battements de son cœur s'affoler tandis que sa tête se posait contre la poitrine de l'elfe. Ses bras étaient forts, et son torse beaucoup plus large et confortable qu'elle ne le pensait. La respiration de Legolas tomba sur le haut de sa tête, et Elanor ferma les yeux.
Ses cheveux blonds lui caressaient la joue. Une chaleur agréable lui embrasa le visage, et elle se surprit à apprécier ce contact. Lentement, elle délaissa la garde de son épée, et passa un bras autour de sa taille.
Quelques secondes s'écoulèrent, trop courtes. Puis Legolas la lâcha finalement, et elle eut l'impression que son estomac s'était retourné dans tous les sens.
- Tu étais morte, murmura-t-il.
Sa voix ne tremblait pas, mais il y avait une douceur inhabituelle dans celle-ci.
Elanor leva les yeux et croisa son regard. Elle fut surprise et troublée de voir que ses yeux bleus étaient brillants. Legolas posa la main sur sa joue.
Elle ne sut si c'était pour la saluer, ou pour s'assurer qu'elle était bien réelle, néanmoins sa respiration se coinça dans sa gorge.
- Tu es tombée sous mes yeux.
- Je suis vivante, lui répondit Elanor.
Elle se sentait au bord des larmes et déglutit.
Legolas écarquilla légèrement les yeux.
- Comment est-ce possible ? Quel est donc ce miracle ?
- Je…
Elanor sentait ses jambes se mettre à trembler. Elle repensa au jour où elle était tombée dans la Moria. Comment lui expliquer ? Elle avait eu vaguement conscience d'une chevelure blonde se précipitant sur elle, hurlant son nom, avant de perdre connaissance. Ce moment hantait les yeux de Legolas.
Son visage était pâle et sale, embourbé par le sang noir des Uruk-hai pendant la bataille. Elanor comprit que ces dernières semaines avaient dû être éprouvantes. Avec sa mort et celle de Gandalf, puis celle de Boromir, elle était loin d'imaginer ce qu'ils avaient traversés. Cependant malgré la fatigue et ses traits marqués, Legolas avait gardé sa beauté et sa prestance. Son arc était attaché à son dos, ainsi que deux courtes épées, et ses épaules étaient recouvertes d'une armure en écaille, qui donnait à sa silhouette une allure de guerrier, assez intimidante. C'était quasiment cette tenue qu'il portait le jour de leur première rencontre à Fondcombe, remarqua-t-elle. Elle se souvenait encore très bien du moment où elle l'avait vue sur ce balcon, le dos tourné et pensif au milieu de la nuit. Ses cheveux blonds avaient l'éclat d'une cascade d'argent sous la lumière de la lune, et ses yeux bleus, lorsqu'il s'était retourné l'avaient pétrifiée sur place. Elle se souviendrait toujours de ce moment.
Mais si l'elfe lui paraissait froid à cette époque, aujourd'hui il lui mettait du baume au cœur.
Sortant de ses pensées, elle remarqua que Legolas avait toujours la main posée contre sa joue. Elanor se mit à rougir légèrement. Elle trouva néanmoins le courage de lever la main et de la poser à son tour sur la joue de Legolas. Sa peau était chaude et douce.
L'elfe continua de la fixer, et il parut finalement s'apercevoir de leur proximité.
- Allez-vous donc nous présenter votre ami, maître elfe ? lança une voix forte au-dessus de leurs têtes.
Elanor sursauta, et Legolas se retourna brusquement vers le roi Théoden, qui venait de parler. L'armée s'était rapprochée, ainsi que Aragorn, Gimli et Gandalf, qui étaient en tête et les regardaient avec curiosité.
Legolas s'écarta, et Elanor apparut enfin dans leur champ de vision.
- Par ma barbe ! s'écria Gimli. Elanor !
La surprise et la joie transparut dans sa voix, et il s'élança aussitôt pour les rejoindre. Aragorn lui emboita le pas, peu après être sorti de sa surprise.
Legolas prit la main de Elanor, et la guida jusqu'à ses compagnons. Elle le suivit aveuglément, encore un peu secouée par ces retrouvailles avec l'elfe. Tout en marchant, elle eut l'impression de vivre un rêve éveillé. Gimli courut vers elle, et il affichait un si large sourire qu'il aurait pu s'en décrocher la mâchoire.
- Ha ! En voilà une bien belle surprise ! Nom d'un gobelin, qu'est-ce que je suis content de vous revoir !
Aragorn la regarda avec stupeur, ayant l'air de quelqu'un qui voyait un fantôme.
- Vous étiez morte ! s'exclama-t-il stupéfait. Nous vous avons vus tomber dans les mines ! Comment avez-vous survécut ?
- C'est une longue histoire, répondit Elanor.
- Je serais curieux de l'entendre, répondit quelqu'un avec une voix grave et malicieuse.
Gandalf les avait rejoints. Il avait troqué sa cape grise contre un manteau blanc immaculé, et sa barbe et ses cheveux étaient aussi désormais d'un blanc neigeux. Il avait bien changé, pensa Elanor. Mais l'expression de son visage était toujours identique, et il avait le sourire et les yeux rieurs. Le vieux Gandalf était toujours là.
Un flash-back la fit revenir à la Moria. Elanor revit son visage crispé, alors qu'il se tenait au bord de précipice. Elle évinça aussitôt ces souvenirs insupportables, et les larmes aux yeux, regarda Gandalf avec émotion.
- Gandalf !
Le magicien écarta les bras en signe d'invitation et elle s'y précipita. Le magicien l'enlaça et lui tapota la tête en riant.
- C'est bon de vous revoir ! dit-elle.
- Et nous alors ! se plaignit Gimli. Vous n'êtes pas contente de nous revoir ?
Elanor rit devant l'expression jalouse du nain, et se précipita pour serrer le nain dans ses bras. Ce dernier, d'une tête trop court, la força à se pencher.
- Vous êtes toujours aussi ravissante très chère, même dans une armure, lança Gimli les yeux humides.
- Et vous vous n'avez pas changé, vieux charmeur, le taquina-t-elle.
Elle lui colla un bisou sur la joue, et Gimli se mit à rougir de plaisir sous les ricanements de ses compagnons. Elle enlaça ensuite Aragorn, dont le visage se fendit d'un sourire.
- Vous semblez en pleine forme, lui dit-il. Nous n'espérions pas votre retour. C'est une joie et un miracle de vous revoir en vie.
Le rodeur lui serra l'épaule avec chaleur, et il lui sourit avec une expression qu'elle ne lui avait encore jamais vu. Il était heureux. Tout comme le reste de ses compagnons. Legolas était encore à côté d'elle, et il tenait toujours sa main, qu'il ne semblait pas prêt à lâcher.
- Voici Elanor d'Eriador, la présenta Gandalf en s'adressant aux Rohirims et au roi Théoden. Elle est partit de Fondcombe en notre compagnie et elle est la pupille du seigneur Elrond. C'est aussi une de ses parentes.
Les Rohirims se mirent à chuchoter doucement, puis de plus en plus fort.
- C'est une femme ! lancèrent certains surpris en découvrant son visage et ses traits féminins.
Elanor tenta d'ignorer les commentaires, et se focalisa sur le visage radieux de ses compagnons.
Eomer échangea un regard furtif avec Theoden, et un grand silence tomba dans l'assemblée. Elanor voyait sur toutes leurs lèvres la même interrogation : « une femme ? » Elle s'inclina, les saluant selon la convenance, et reçus quelques regards interloqués.
- Je suis Théoden, roi du Rohan. Et voici mon neveu, Eomer, présenta le roi en désignant l'homme à côté de lui. Nous vous remercions de vous être battus pour nous. Votre chevauchée a été des plus remarquables… c'était un plaisir pour les yeux.
Son sourire laissa entendre qu'il appréciait, et Elanor se sentit un peu rassurée. Les Rohirims la regardaient avec une franche admiration, mais d'autres, s'aperçut-elle, la regardait de travers. Leur désapprobation se voyait clairement sur leur visage, cependant, aucun n'osa faire de commentaires. Sa position de pupille d'Elrond, ou peut-être bien la présence de leur roi les en empêchaient. Il y a encore un an, ces hommes n'auraient pas hésités à lui dire le fond de leur pensée. Cela blessa tout de même Elanor, qui pensa que rien n'avait vraiment changé finalement. Elle serait toujours qu'une femme aux yeux des hommes, et rien d'autre.
- Prenez vos aises, vous êtes ici la bienvenue parmi nous ! s'écria Théoden. Nous retournons à Edoras demain, vous êtes également invitée à notre banquet. Mais pour l'instant il nous faut prendre du repos.
Le roi ordonna aux troupes de se disperser, puis il s'éloigna en direction du Gouffre de Helm. Eomer et les Rohirims le suivirent, et la communauté resta seule au milieu du champ de bataille. Elanor vit alors le charnier qui reposait à leurs pieds. Tout autour de la forteresse de pierre il y avait des corps amoncelés. Principalement des orques énormes à la peau noire, mais elle vit aussi quelques cadavres d'hommes et de chevaux, et… d'elfes.
- Vous vous êtes bien battue, la complimenta Aragorn. Vous avez fait des progrès.
Elanor sourit, se rappelant des séances d'entrainement à Fondcombe avec Glorfindel.
- Merci.
- Où avez-vous eut cette armure ? questionna Gandalf.
- C'est un cadeau de la dame Galadriel, répondit Elanor. C'est elle qui m'a trouvée. Je n'aurais pas pu être ici sans elle.
Le visage de Gandalf s'illumina.
- Voilà qui explique tout. Je me demandais où vous aviez pu trouver une telle monture.
Son regard s'attarda sur Nahar, qui attendait patiemment derrière sa maîtresse.
- Il est magnifique, commenta Legolas qui n'arrivait pas à détacher ses yeux de l'étalon.
- C'est un Baiar mon ami, un cousin des Maearas. Et probablement le dernier de son espèce, répondit Gandalf. Les autres se trouvent en Terre d'Aman, avec les hauts elfes.
L'admiration et la fascination se renforça dans le regard de Legolas, et Elanor elle-même fut troublée. Elle n'aurait jamais cru que Galadriel puisse lui faire un cadeau d'une telle valeur.
- On dit aussi que ces chevaux sont immortels, ajouta Gandalf.
- Vraiment ? s'exclama Elanor.
Nahar était spécial. Mais de là à être plus vieux qu'elle ?! Quel âge avait-il ou juste ? Elle regarda les yeux du cheval, et y vit l'intelligence qui le caractérisait. Elle crut même y voir une lueur espiègle, mais peut-être était-ce son imagination.
- Que s'est-il passé dans la Moria ? interrogea Aragorn. Comment se fait-il que vous soyez en vie ?
Elanor se sentit soudainement tiré de ses pensées, et fit face au poids des regards de ses compagnons. Elle devait répondre maintenant, mais quoi ?
- Je... on m'a renvoyé ici afin d'achever ma mission.
Le choc s'afficha sur le visage de tous ses compagnons. La pression sur sa main s'accentua et elle sentit Legolas se tendre. Gandalf fut le seul à rester impassible, et il posa une main sur son épaule.
- Nous sommes donc deux à être revenus au monde des vivants. Nous en parlerons plus tard, si vous le voulez bien. Mais pour l'heure il est temps pour nous de nous reposer. La nuit a été longue, et il nous reste encore beaucoup à faire. Savourons cette victoire !
Après une seconde de silence, Gimli approuva bruyamment.
- OUI !
Emporté par la joie, il tapa le dos d'Elanor un peu rudement, et le choc contre son armure se répercuta comme une vibration dans son corps. Elanor grimaça et se tint les reins, le souffle coupé. Ignorant les conséquences de son geste, Gimli repartit joyeusement vers la forteresse accompagné de Gandalf, comme si de rien n'était.
Legolas haussa les sourcils, et le suivit du regard jusqu'à ce qu'Aragorn leur emboîte le pas. Ils se mirent alors en mouvement et les suivirent.
L'elfe s'empara de la bride de Nahar, et ils marchèrent côte à côte, en silence. Elanor réalisa alors que Legolas lui avait lâché la main. Après la réponse qu'elle avait donnée à Aragorn, elle s'attendit à devoir répondre à un interrogatoire. Cependant Legolas n'en fit rien, et ne chercha pas à lui extirper des explications. Elanor en fut soulagée.
Pour l'instant elle ne savait pas comment aborder le sujet.
Plus ils approchaient du gouffre de Helm, plus le nombre de cadavres qu'ils devaient enjamber augmentait. Elle n'avait jamais vu autant de morts. C'était la première fois qu'elle se trouvait sur un champ de bataille.
Et cette vision la bouleversa.
- Il y a tant de mort.
Legolas hocha la tête.
- Nous avons de la chance d'être encore en vie.
Elanor étudia son ami, songeuse. Que ce serait-il passé si elle était arrivée trop tard et que tous avaient été tués ? Elle n'osa y penser.
Gandalf, Gimli et Aragorn arrivèrent bientôt au niveau du pont, et ils le traversèrent avant d'entrer dans la forteresse. En témoignage de la violence des combats, les portes étaient défoncés, et les remparts pulvérisés.
Des soldats s'activaient à ramasser les corps, avant que les vers et les charognards ne s'en chargent. Elanor aperçut quelques elfes parmi eux, et elle se rappela soudainement de quelque chose.
- Où est Haldir ?
Legolas tourna la tête vers elle, et parut troublé.
- Il est mort, lui répondit-il.
Mort ?
Non, elle ne pouvait le croire.
- Mort ?
Elle lutta contre les larmes qui lui montèrent soudainement aux yeux.
- Tu le connaissais ? demanda Legolas.
Elanor avala sa salive. Mais elle avait un arrière-goût amer, et écœurant.
- C'est lui qui m'a trouvé et m'a amené en Lothlorien. Nous étions… je dirais amis.
Legolas lui lança un regard indéchiffrable qu'elle ne parvint pas à comprendre.
- Je vois. Je suis désolé.
Elanor renifla. Les larmes coulaient à présent sur ses joues, et elle les essuya rapidement.
- Je veux le voir.
Legolas acquiesça. Ils abandonnèrent Nahar et leurs amis près des écuries, puis il la conduisit en dehors du bastion.
Haldir se trouvait sur les remparts selon Legolas.
Tout en contemplant le paysage morbide qui l'entourait, Elanor sentit un dégoût et une horreur viscérale lui tordre le ventre. Il y avait des morts partout. Du sang rouge et noir imbibait la pierre, et la semelle de ses bottes était devenue poisseuse à force de marcher dedans. Des membres tranchés, parfois des bras, une main ou une jambe se trouvait en travers du chemin.
Orques, Hommes, vieux ou enfants, Elfes…
Tous étaient froids et pâles, couchés sans vie sur les remparts de la forteresse, parfois dans des positions étranges et désarticulés.
Elle enjamba les corps, essayant de les regarder le moins possible. Mais bientôt, prise d'impatience et de nausée, elle chercha parmi les visages des elfes celui d'Haldir. Elle ne fut pas longue à le trouver.
Il était sur le dos, le visage tourné vers le ciel. Son armure dorée étincelait au soleil, et sa cape vermeille drapée derrière ses épaules contrastait avec sa peau blême. Ses cheveux blonds étaient éparpillés autour de sa tête, clairsemés de sang noir, et ses yeux étaient encore grands ouverts. Elanor eut l'impression qu'un poignard s'enfonçait dans ses poumons. Elle s'approcha lentement, consciente que Legolas la suivait de près, et regarda le visage figé de son ami.
Un sanglot se coinça dans sa gorge.
Elle s'accroupi à côté d'Haldir, et lui ferma doucement ses yeux.
- Hodo go hîdh (Reposes en paix), murmura-t-elle.
Elle ne le verrait plus jamais. Jamais elle ne le reverrait traverser le pas de la porte. Plus jamais elle n'entendrait le son de sa voix. Jamais il ne connaîtrait l'amour. Jamais il ne trouverait de belle et jeune elleth. Jamais il n'aurait de famille, ni de descendance. Un ami perdu si tôt. Était-ce donc là la cruauté d'Eru, le grand créateur ?
Elanor sentait la colère envahir tout son être. Elle avait envie de hurler, de crier que c'était injuste. Cependant, personne ne l'écouterait. Et elle n'était pas en mesure de faire revenir Haldir. Seul Mandos le pouvait.
« Puissiez-vous être indulgent avec lui. » pria t-elle le Vala.
Elle espérait qu'Haldir regagnerait Valinor rapidement, mais connaissant les cavernes, rien n'était sûr. Il pouvait s'écouler des centaines d'années avant que l'elfe ne soit libre de ses chaînes.
Elanor se releva, et essuya les larmes sur ses joues.
- Nous ne devrions pas le laisser ici.
Legolas regarda pensivement le corps d'Haldir.
- Oui.
Il s'éloigna, et alla chercher deux autres hommes, qui ramenèrent un brancard. A eux quatre, ils hissèrent le corps d'Haldir sur la civière. Lorsque Elanor détacha ses mains des épaules de l'elfe mort, elle vit que ses doigts étaient rouges de sang.
Elle les contempla pensivement, alors que Legolas s'approchait d'elle.
- Est-ce que ça va ? demanda-t-il.
- Oui.
Elle baissa les mains, mais n'osa les essuyer sur elle. Le sang d'Haldir était précieux. Elle ne pouvait envisager de l'essuyer sur son armure et sa tunique sale.
Les deux hommes du Rohan emportèrent le corps d'Haldir, et Legolas les suivit distraitement du regard.
- Je suis arrivée trop tard, dit Elanor tristement.
- Tu n'aurais rien pu faire pour empêcher sa mort, répondit Legolas.
- J'aurais aimé l'en empêcher, dit-elle faiblement. Est-ce qu'il y en a eu d'autres ?
Legolas la dévisagea pensivement, semblant hésiter à le lui révéler.
- Boromir, lui annonça-t-il après un temps de silence.
Elanor baissa les yeux.
Elle savait. Elle avait vu Boromir. Elle l'avait croisée dans ces cavernes à l'heure de son jugement.
Legolas prit certainement sa réaction pour du chagrin, mais il se trompait. Elanor n'osa lever les yeux pour croiser son regard. Y verrait-il la vérité ? Comment lui expliquer son séjour dans les cavernes de Mandos ? Comment lui parler de la raison de son retour ? Est-ce qu'il la croirait si elle lui parlait de son marché avec Mandos ? Oui, certainement. Legolas la croirait, et il prendrait peur.
Tous ses amis auraient peur pour elle, et ils ne comprendraient pas. Elanor ne voyait pas comment leur annoncer qu'à la fin de sa mission, elle devrait partir. Ou plutôt, retourner dans le monde des morts.
Elanor ne voulait pas lui faire de peine. Alors elle se tut, et se dit que peut-être elle lui en parlerait plus tard. Mais pas maintenant. Pas alors qu'ils venaient de se retrouver.
Elle songea qu'elle devrait en toucher un mot à Gandalf, avant d'en parler à Legolas et au reste de ses amis. Peut-être que le magicien saurait trouver les mots justes pour la réconforter.
- Comment est-il mort ? demanda Elanor.
- Il a succombé peu après notre départ de la Lorien. Des Uruk-hai nous ont poursuivis le long de l'Anduin, et il a reçu trois flèches en tentant de défendre Merry et Pippin.
Il était mort bravement. Elle ne doutait pas une seconde que Boromir avait du tenir bon jusqu'à son dernier souffle. Son esprit s'affola toutefois à la pensée de Merry et Pippin.
- Comment vont les hobbits ?
- Ils vont bien, la rassura-t-il. Les Uruk ont réussis à les enlever, mais ils se sont échappés et sont restés dans la forêt de Fangorn. Nous avons suivi leur trace jusqu'à ce qu'on retrouve Gandalf au même endroit. Frodon et Sam ont passés le fleuve peu avant l'attaque et ont continués seuls en direction du Mordor.
- Seuls ?
- C'est peut-être mieux ainsi. Ils sont assez petits et discrets pour passer inaperçus, répondit Legolas.
Elanor acquiesça, même si le fait de les savoirs livrés à eux-mêmes ne lui plaisait pas. Les paroles de Melian lui revinrent en tête. « Tu ne peux rien faire pour le porteur de l'anneau, ce n'est pas de ton ressort. » Galadriel lui avait répété la même chose. Elle comprenait à présent ce qu'elles voulaient dire. Frodon devait détruire l'anneau seul.
Elle aurait pourtant voulu les revoir, car en plus de s'inquiéter pour eux, ils lui manquaient. Frodon avec sa douceur et son intelligence, et Sam avec sa joie de vivre et sa gentillesse. Tout lui manquait. Comme les soirées autour du feu, où chacun de la communauté racontait une des histoires de chez lui.
Où étaient-ils ? Etaient-ils encore au moins vivants ? Elanor leva les yeux, et vit dans le regard de Legolas la même anxiété.
- J'espère qu'ils vont bien, dit Elanor.
Legolas acquiesça.
- Nous devons croire en eux.
Ils repartirent vers le bastion, épaule contre épaule. Exténuée, Elanor n'avait qu'une seule envie à présent, dormir dans un bon lit. Elle savait pourtant que ce serait difficile, et qu'elle devrait certainement se contenter du sol ou d'une chaise pour récupérer sa nuit.
Mais peu importait, elle avait retrouvé ses compagnons de route, et c'est tout ce qui comptait.
En début d'après-midi, après que chacun ait pu profiter d'un moment de répit, Gandalf les invita à le rejoindre à cheval sur les hauteurs à l'Est.
Théoden, Eomer ainsi qu'un de ses lieutenant se joignirent au petit groupe qui composait la communauté de l'anneau. Elanor gravit la pente sur le dos de Nahar, suivant Gandalf qui menait la marche. Arrivés en haut, ils virent un paysage des plus inquiétants apparaître devant eux. La montagne du destin grondait, et un panache noir s'étendait jusque dans les terres du Gondor.
Le Mordor était réveillé.
- Le courroux de Sauron sera terrible, et son châtiment immédiat, déclara Gandalf.
Elanor qui était entre Legolas et Aragorn, sentit sa peau se hérisser lorsqu'elle regarda au loin. Elle pouvait sentir la malveillance et l'aura de puissance qui se dégageait de l'air fétide du Mordor.
- La bataille du Gouffre de Helm est terminée, continua Gandalf. Celle pour la Terre du Milieu ne fait que commencer. Tous nos espoirs sont désormais entre les mains de deux jeunes hobbits, quelque part dans les régions désertes.
Elanor se demanda comment Frodon et Sam pourraient franchir ce pays sans aucune aide, privés de nourriture et d'eau. Gandalf semblait penser la même chose, mais il n'exprima pas son inquiétude à voix haute.
- Il nous faut chevaucher jusqu'à Isengard, reprit-il. Saroumane est privé de ces forces, c'est le moment pour nous de lui porter le coup fatal.
Théoden acquiesça vivement.
- Allons régler son compte à celui qui a mis à feu et à sang la moitié de mon royaume. Qu'il paye!
Ainsi partirent-ils en direction d'Isengard.
Ils chevauchèrent dans la direction opposée, ne repassant pas par la forteresse, mais allant par la route qui avait été coupée par la forêt de Fangorn.
Le bois était désormais calme, et les arbres n'esquissèrent pas le moindre mouvement lorsqu'ils pénètrent à la lisière de la forêt. Gimli et les trois hommes du Rohan s'agitèrent un peu, nerveux de se trouver sous le couvert des arbres.
Elanor devait être la seule à se sentir parfaitement à son aise, tout comme Gandalf et Legolas qui regardait la cime des arbres avec intérêt. Elanor était juste derrière le magicien blanc, et ce dernier ne tarda pas à s'intéresser à elle.
- Dites-moi Elanor, comment avez-vous fait pour passer par la forêt tout à l'heure ? lui demanda-t-il, curieux.
- Oh, je… je n'ai rien fait de spécial. Les arbres m'ont laissés passer.
- Ah oui ?
Gandalf l'examina avec insistance, et Elanor haussa les épaules, gênée.
C'était pourtant vrai.
Elle avait chevauché presque deux jours avant d'atteindre le Gouffre de Helm. Lorsqu'elle était arrivée, la forêt avait envahit la plaine sur des milliers d'hectares.
Perdue et désorientée, Elanor n'aurait sut quoi faire si Nahar ne l'avait pas guidé vers le droit chemin. Son cheval n'avait pas hésité une seconde avant d'entrer dans le bois, ne laissant pas d'autre choix à sa cavalière. Les arbres étaient sombres, poussiéreux, et menaçants. Mais aucun ne l'attaqua lorsqu'elle passa près d'eux, et elle comprit vite qu'elle n'y risquerait rien sous le couvert de leurs branches.
Ils n'étaient pas ses ennemis. Et elle n'en était pas une pour eux.
Melian le lui avait dit : « Je suis la servante de Vàna et Estë, et cela implique que les arbres, les fleurs et les oiseaux sont sous ma protection. Si tu as besoin d'aide, ils seront tes plus précieux alliés. »
Elle pouvait à présent presque entendre les arbres, et sentir leurs émotions. Et c'était quelque chose de nouveau qui la perturbait et l'enchantait à la fois. Melian lui avait offert un don étrange, mais savoureux. Un don que les elfes possédaient. Elle s'était toujours demandé ce qu'ils ressentaient dans une forêt. A présent, elle pouvait les comprendre.
Elanor sentit d'autres interrogations dans le regard de Gandalf. Elle sut qu'ils en reparleraient tôt ou tard, mais que pour l'instant la présence des autres les en empêchait.
Quelques heures passèrent et Elanor en profita pour rattraper le temps perdu avec ses compagnons de route. Legolas et Gimli chevauchaient ensemble, et semblaient être devenus inséparables. Elle fut étonné de voir que leur vieille rancune l'un contre l'autre s'était envolée durant son absence.
- Vous semblez beaucoup mieux vous entendre, leur dit-elle en souriant.
- Hum, on peut dire ça comme ça… marmonna Gimli.
- Et puis-je connaître la raison de ce changement ? demanda-t-elle taquine.
Elle vit Gimli lever brièvement les yeux pour regarder Legolas, mais ce dernier ne se retourna pas, et regarda droit devant lui. Son visage était figé, et inexpressif.
- Et bien… euh, c'est que beaucoup d'eau a coulé sous les ponts lorsque vous n'étiez plus là ma petite, répondit finalement Gimli. Ah ! Nous avons d'autres ennemis à combattre !
Elanor acquiesça légèrement. Elle trouva la réaction de Legolas étrange, et se demanda ce qui avait pu arriver pour que leurs comportements changent aussi radicalement.
- Saviez-vous que j'ai battu notre ami elfe au combat, fanfaronna Gimli. J'ai tué quarante-trois orques aujourd'hui !
- Quarante-deux, répliqua Legolas. J'ai tué le dernier orque, ce qui fait quarante-trois en ma faveur.
- Il était mort ! objecta Gimli.
- Il bougeait encore.
- Ma hache était plantée dans sa tête, voilà pourquoi il bougeait ! Allons j'ai gagné ! Et vous avez perdu, acceptez-le !
- C'est vous qui êtes mauvais perdant, rétorqua Legolas.
L'elfe était très calme, et il avait l'air de s'amuser de la situation. Elanor songea que certaines choses n'avaient pas tant changées que ça. Elle était en train d'étouffer son rire dans une quinte de toux, lorsque Gimli se tourna vers elle :
- Elanor, dîtes lequel de nous a gagner, qu'on en finisse.
Prise en otage, la jeune fille ouvrit la bouche, et observa ses deux amis avec perplexité. Legolas et Gimli la regardait, l'un avec un calme parcimonieux et l'autre avec obstination. Même Aragorn se retourna, et elle pouvait être quasiment sûre que le reste du groupe écoutait la conversation d'une oreille.
Lequel choisir ? Legolas ou Gimli ?
Son cœur penchait davantage vers l'elfe, mais en voyant l'expression avide du nain, elle se ravisa de le déclarer vainqueur.
- Euh…vous êtes à égalité.
Le nain se mit à protester, tandis que Legolas esquissait un sourire à demi-satisfait.
- Rahh ! C'est trop facile ! s'égosilla Gimli. Vous ne vous en tirez pas comme ça !
Eomer et Théoden éclatèrent de rire à l'arrière du cortège, et Aragorn se détourna en ricanant doucement.
- Allons, maître Gimli. Il est impoli de contester la parole d'une dame, le rabroua gentiment Gandalf.
Gimli ronchonna, et Elanor parvint alors à sourire. Les rires du groupe s'élevèrent sous le couvert des arbres pendant un long moment, et le voyage se poursuivit dans la bonne humeur. Hormis le nain qui passa le reste de son temps à bouder derrière Legolas.
Un peu plus tard, alors qu'ils chevauchaient en silence, un bruit retentit dans les bois.
Elanor tendit l'oreille. C'était un rire. Aigu à ce qu'il semblait. Le rire se rapprochait, et ressemblait étrangement à celui… d'un jeune enfant.
Elanor sursauta et le reconnut tout de suite.
- Ils sont ici ! s'écria-t-elle.
Elle lança son cheval au galop en direction de la source du bruit et disparut dans les fourrés, vaguement consciente que Legolas s'était lancé à sa poursuite et que Gandalf l'appelait.
Les rires étaient de plus en plus forts au fur et à mesure qu'elle se rapprochait. Elle déboucha finalement du couvert des arbres, et tomba sur une des vues les plus surprenantes.
Une immense tour noire en ruine se dressait face à elle, les pieds dans un lac immense. Merry et Pippin étaient assis sur une muraille brisée, mangeant avec gourmandise, buvant, chantant et fumant joyeusement. En entendant le bruit des sabots de son cheval, ils levèrent la tête.
- Oh ! Elanor ! s'exclama Pippin.
- Nom d'une pipe ! s'écria Merry en se levant. Pippin, ai-je une vision ?
- Tu crois que nous avons trop bus ? lui demanda stupidement son jeune cousin.
Les deux hobbits la regardèrent avec un air éberlué. Pippin se frotta même les yeux.
- Non, messieurs, vous ne rêvez pas, répondit Elanor. Je suis bien là !
Merry et Pippin hurlèrent de joie, et ce dernier sauta sur ses pieds. Legolas, Gandalf et les autres arrivèrent juste à ce moment. Merry écarta alors les bras, et fier de lui, s'exclama :
- Mes seigneurs, bienvenue en Isengard !
Un peu ivre, Merry perdit l'équilibre et vacilla. Elanor se mit à rire aux éclats, et elle descendit de son cheval pour aller serrer les hobbits dans ses bras. Pippin se jeta sur elle, renversant sa bière sur Merry.
- Oh, fichtre Pippin ! Tu as renversé la moitié de ta pinte sur ma belle veste !
- Arrêtes donc de rouspéter, Merry. Elle est toute fichue de toute façon. Dis plutôt bonjour à Elanor !
Merry se joignit à leur embrassade, et Elanor les serra tous les deux dans ses bras.
- Oh ! Jeunes coquins ! lança Gimli. Une belle chasse dans laquelle vous nous avez entraînés, et vous voilà qu'on vous retrouve à festoyer et à fumer !
Pippin se détacha de l'étreinte d'Elanor et afficha un air satisfait.
- Nous sommes assis sur le champ de la victoire, et nous savourons quelque réconfort bien gagné, se justifia-t-il, en mordant à nouveau dans une bouchée de jambon. Le porc salé est particulièrement savoureux.
- Le porc salé…
Gimli se perdit dans ses pensées, peuplées de viandes alléchantes et de festin. Gandalf secoua la tête et marmonna :
- Ah ! les hobbits …
Aragorn et Legolas sourirent alors que les trois autres hommes du Rohan observèrent les hobbits avec curiosité, car c'était la première fois qu'ils en rencontraient.
- Nous sommes sous les ordres de Sylvebarbe, qui vient tout juste de reprendre les rênes de l'Isengard, dit Merry.
Un grincement sinistre retentit alors derrière eux et un arbre géant avec des yeux et des bras, apparut derrière la muraille.
- Hum, jeune maître Gandalf je me réjouis de votre venue, brroouaoum…
Elanor et le reste du groupe eurent un mouvement de recul devant l'Ent. Un arbre qui pouvait parler, et qui pouvait bouger… c'était quelque chose qu'elle n'avait encore jamais vu !
- Par tous les saints, murmura Théoden.
- Bonjour, Silvebarbe, répondit Gandalf.
- Il en est ici que je n'ai encore jamais rencontré, dit Sylvebarbe.
Son regard tomba sur les hommes, et pour finir sur Elanor. L'Ent la considéra avec intérêt.
- Brrouuuaoouum… voilà une rencontre inopportune. Il ne m'a pas été donné de voir une femelle de chair depuis les temps anciens…
Elanor regarda Sylverbarbe avec surprise. L'Ent se pencha sur elle, fasciné. Il la regarda attentivement, et Elanor se retrouva à fixer deux énormes yeux marrons clairs.
- Vous lui ressemblez un peu à mon ancienne amie, petite branche, grinça-t-il.
- Euh… je m'appelle Elanor.
- De la magie coule dans vos veines. Vous me la rappelez beaucoup… vous avez la même odeur, brouaoum… comment s'appelait-elle déjà? ... humm… j'ai oublié… trop d'hivers et de feuilles sont tombés de mes branches… humm, ça me reviens… Tinùviel…
Tinùviel ? Parlait-il de Luthien ? La fille de Mélian ? se demanda Elanor.
On disait d'elle qu'elle dansait dans les bois de Doriath lorsque Beren la vit pour la première fois. Mais c'était une légende qui datait des premiers âges. L'Ent l'aurait-il connut ?
Elle était sa descendante, il est vrai. Comment il l'avait découvert, c'était un mystère. C'était un arbre magique. Peut-être qu'il avait des pouvoirs après tout.
- C'est mon ancêtre, répondit-elle.
Le visage de Sylvebarbe s'illumina, et il s'anima soudainement.
- Brouaaaum ! Je suis très heureux de rencontrer l'une des jeunes pousses de ma chère amie, hum… ce fut elle qui m'apprit à parler… et chanter aussi…
L'Ent resta plusieurs secondes immobiles, comme figé, au point qu'Elanor crut qu'il s'était endormi. Mais brusquement il se redressa, et sembla oublier complètement sa présence.
- Brouam… Suivez-moi Gandalf, il y a un magicien à mater dans sa tour !
Un peu désorientée, Elanor resta immobile. Finalement, voyant que ses compagnons se mettaient en marche, elle remonta à cheval et aida Merry à monter derrière elle, tandis que Pippin allait avec Aragorn. Sylvebarbe les conduisit à l'intérieur de l'enceinte d'Ortanc. D'autres Ents étaient occupés à ramasser des pierres et à nettoyer l'endroit des nuisances des orques.
En voyant ce carnage, elle se rendit compte que Saroumane en était le responsable. C'était lui qui avait lâché les orques dans toutes les terres aux alentours, lui qui les avait piégés dans les hauteurs des Monts Brumeux, lui qui avait envoyé une armée au Gouffre de Helm. Elle songea que c'était aussi à cause de lui qu'elle avait été enlevée par des orques en Eriador, il y a cela plus d'un an.
Bien que cet événement ait permit qu'elle fasse la rencontre d'Elrond et des elfes, et qu'il change le cours de son destin, elle ne put s'empêcher de ressentir de la haine et de la colère contre ce magicien corrompu. Il lui avait fait vivre un véritable calvaire, au point qu'elle en faisait parfois encore des nuits blanches.
Sylvebarbe désigna la tour d'Ortanc.
- Saroumane est enfermé ici depuis le début de la bataille.
- Qu'il se montre ! lança Aragorn.
- Prudence, même vaincu Saroumane est dangereux, déclara Gandalf.
- Alors réglons-lui son compte et qu'on en finisse ! s'exclama Gimli.
- Non ! Il nous le faut vivant, protesta à nouveau Gandalf. Il faut qu'il parle.
Ils regardèrent la tour, se demandant comment ils allaient y entrer, lorsqu'une voix puissante retentit à son sommet.
- Vous avez mené bien des guerres et tué nombre d'hommes roi Théoden. Et vous avez tout de même fait la paix ensuite. Ne pouvons-nous tenir conseil comme nous l'avons fait jadis, mon vieil ami ? Ne pouvons-nous faire la paix, vous et moi ?
Tous levèrent la tête, surpris, et ils virent un vieillard en robe blanche penché au-dessus de son bâton. C'était Saroumane.
- Nous ferons la paix. Oui, nous ferons la paix ! Lorsque vous répondrez de l'embrasement de l'Ouestfol ! Et des enfants qui gisent sans vie ! cracha Théoden.
Saroumane ravala alors ses paroles et enleva son masque de vieil homme avec lequel il essayait de les apitoyer. Une grimace hideuse déforma ses traits.
- Nous ferons la paix, lorsque les corps sans vie des soldats qui furent dépecés par vos orques devant le Gouffre de Helm seront vengés ! Là nous ferons la paix ! termina Théoden avec fureur.
- Votre traîtrise a coûté de nombreuses vies, et des milliers sont encore en périls ! Vous pouvez encore les sauver Saroumane, car vous étiez dans les secrets de l'ennemi, lança Gandalf.
- Alors vous êtes venus quérir des informations, répliqua Saroumane dédaigneux. J'en ai pour vous.
Il sourit sournoisement et Elanor eut soudainement un mauvais pressentiment. Saroumane tenait quelque chose sans ses mains. Une pierre noire et ronde.
- Quelque chose gronde en Terre du Milieu, quelque chose que vous avez omit de voir, s'écria Saroumance. Sauron lui l'a vu. Il attaquera très bientôt, vous allez tous mourir. Vous le savez, n'est-ce pas Gandalf ?
Gandalf ne répondit pas. Il fit avancer Gripoil un peu plus près de la tour, et Elanor talonna Nahar pour se joindre à lui, sans se soucier de Merry qui tirait sur sa manche.
- Mais qui est donc cette fille à côté de vous ? demanda Samourame en plissant des yeux. Une femme accoutrée comme un homme ? se moqua t-il. Ne serait-ce pas l'héritière de Dior dont j'ai entendu parler ? Une héritière sans trône, d'un royaume elfe disparu, et humaine de surcroît. N'est-ce pas ironique ?
Elanor garda la tête haute, malgré les moqueries de Saroumane. Le magicien blanc se tourna alors vers Aragorn, et le regarda avec le même mépris.
- Quant à lui… vous ne pouvez croire que ce rôdeur pourra s'asseoir un jour sur le trône du Gondor ! Cet exilé, sorti de l'ombre ne sera jamais couronné roi !
C'en fut trop. Elanor sentit la colère bouillir dans ses veines, et s'écria :
- Ravalez vos paroles empoisonnées, magicien ! Vous ne payerez pas chère de votre peau lorsque vous devrez rendre des comptes ! Je souhaite que les Valar vous retiennent dans un cachot sombre jusqu'à ce que vos dents pourrissent et tombent de votre bouche ! Ainsi vous ne pourrez plus parler, jusqu'à ce que la grâce d'Eru vous autorise à voir la lumière du jour!
Quelqu'un d'autre parlait à travers elle. Lorsqu'elle se tut, Elanor se sentit confuse, mais aussi étrangement satisfaite. Saroumane la regarda horrifié.
- Comment osez-vous… !
- Descendez Saroumane, et votre vie sera épargnée, s'exclama Gandalf.
- Gardez votre pitié pour vos amis hobbits, vous qui les avez lancés sur le chemin de la mort ! Je n'ai nulle besoin de votre clémence !
Saroumane pointa alors son bâton sur eux, et jeta une boule de feu.
Elle dégringola de la tour et les percuta de plein fouet. Elanor tendit les bras devant son visage au moment où le feu allait les atteindre, et elle entendit Merry hurler de frayeur. Un bouclier invisible se dessina soudainement autour d'eux, brisant les flammes qui léchèrent le vide.
Lorsque le feu se dispersa, Elanor vit que Gandalf avait brandit son bâton pour les protéger.
- Saroumane, votre bâton est brisé ! déclara Gandalf.
Le bâton de Saroumane se brisa en deux et se désintégra dans les airs. Dépossédé, Saroumane recula, disparaissant à leur vue.
Il poussa alors un cri, et réapparut reculant vers le bord de la tour, le dos ensanglanté. Un second homme aux cheveux noirs et graisseux et au teint blanc apparut à ses côtés, tenant un couteau.
- Grima ! s'écria Théoden.
L'homme leva de nouveau son couteau et poignarda Saroumane, qui bascula dans le vide.
Legolas décocha une flèche en direction du tueur, mais pas assez vite, car le magicien blanc s'écrasa au sol et s'empala sur la pointe d'une roue.
Ecoeurée, Elanor tourna la tête. Elle vit alors quelque chose tomber sur le sol non loin d'eux, et Pippin descendit de cheval pour aller le ramasser.
- Les immondices de Saroumane s'en vont enfin, grommela Sylvebarbe. Les arbres vont enfin revenir vivre ici. De jeunes arbres, des arbres sauvages.
- Pippin ! appela Aragorn.
Mais le hobbit pataugea dans l'eau et souleva un objet lourd à hauteur de son visage. Il s'agissait de la pierre de Saroumane.
- Par mon écorce ! s'exclama Sylvebarbe.
- Donnez-moi ça Peregrin Touque ! ordonna Gandalf.
Pippin lui tendit la pierre avec une étrange expression, et Gandalf s'en empara aussitôt, l'enveloppant dans un pan de sa cape en prenant bien soin de ne pas la toucher. Gandalf le regarda quelques secondes d'un air soupçonneux, puis s'exclama qu'ils n'avaient plus rien à faire ici.
- Rentrons à Edoras.
Sylvebarbe leur fit ses adieux, et ils partirent sous le couvert de la forêt, abandonnant la Tour d'Ortanc et la dépouille de Sarouman aux Ents.
Elanor se retourna une dernière fois, gravant cette image dans son esprit.
