Merci beaucoup de me suivre encore!
Marguerite Roxton Jones, Gwen, merci pour vos reviews =).
Furieuse, moi aussi ça va me faire drôle une fois que j'aurai posté le dernier chapitre!
Chou05, c'est un plaisir de vous faire plaisir!
Comme promis déjà la suite! J'aime beaucoup ce chapitre, j'espère que vous l'aimerez tout autant. Profitez, bientôt la fin...
Bonne lecture et vive les reviews!
Chapitre 63 : Etrange tableau.
Alors qu'un silence total régnait toujours dans l'entrée de la maison, Sarah bougea un peu sa tête, la dégagea des jambes de son père, pour voir l'homme qu'elle n'avait qu'aperçu l'instant précédent. Elle ne le connaissait pas, et son allure l'intriguait.
- Papa? C'est qui le monsieur? Demanda-t-elle.
Tony baissa son visage en sa direction, surpris par la question. La petite leva ses yeux vers ceux de son père, dans l'attente d'une réponse. L'italien la fixa quelques secondes, puis releva rapidement la tête en direction de Ziva, ne sachant pas quoi répondre à leur fille. Il comprit bien vite que Ziva n'était qu'encore plus perdue que lui vue l'expression qu'elle affichait à cet instant.
Hugo, qui se trouvait encore dans l'encadrement de la porte de la cuisine avança de quelques pas pour mieux voir cet homme qui lui était étranger, et pour fuir le regard de sa mère.
Eli David s'avança alors lui aussi, de deux petits pas seulement, mais suffisants pour faire face à Hugo. Face au petit garçon, à moins d'un mètre de lui, il s'accroupit tant bien que mal, faisant fit de la douleur que cela lui procurait. Ce geste attira le regard d'Hugo sur lui. Ses yeux s'ancrèrent dans ceux du petit garçon et ils restèrent quelques instants à se fixer, alors qu'un silence total régnait dans la pièce. Ce n'est que quelques longues secondes plus tard qu'Eli David prit enfin la parole.
- Bonjour. Tu es Hugo c'est ça? Lui demanda-t-il.
Hugo le regarda encore une ou deux secondes, puis il hocha la tête, alors que Tony et Ziva se raidissaient encore, autant que leur corps le leur permettait, craignant ce qui adviendrait par la suite.
- Je m'appelle Eli David. Je suis ton grand-père, continua alors l'israélien calmement.
Ziva ferma les yeux et retint sa respiration. Il les mettait tous au pied du mur. Ce qu'elle avait longtemps craint arrivait.
- Le papa de maman? Demanda Hugo, les coupant tous dans leur réflexion.
- Oui, répondit Eli après quelques secondes de silence.
Hugo prit le temps de le regarder un peu mieux. Il détailla le vieux monsieur de haut en bas, inspectant chaque parcelle de cette personne qu'il découvrait pour la première fois, de cette personne qui l'intriguait.
- Le papa de papa je le connais, mais toi je t'ai jamais vu, constata simplement Hugo.
- C'est compliqué, répondit Eli David, en haussant les épaules. Je vis loin tu sais, dans un autre pays, continua-t-il après une courte pause. Je vis en Israël. Tu y es déjà allé?
- Non, déclara Hugo. Mais une amie de maman qui s'appelle Mélia et qui vit là-bas est déjà venue. Maman elle en parle des fois, de quand elle était petite.
- Tant mieux. Je suis content de te rencontrer Bonhomme, dit Eli en lui tendant la main. Hugo resta quelques secondes à ne pas savoir quoi faire face à cette main qu'on lui tendait, geste auquel il n'était pas habitué. Après une courte hésitation il mit sa petite main dans cette grande main usée par les années, et son grand-père serra doucement sa main en lui souriant, puis il se redressa du mieux qu'il put, alors que Hugo le regardait faire.
Une fois de nouveau debout, Eli David croisa les yeux de sa fille, qui lui lançait un regard méfiant. Ils restèrent plusieurs secondes à se fixer et à s'affronter du regard, sans qu'aucun mot ne soit échangé. Ziva y mettait son père à l'épreuve, alors qu'Eli se contentait de relever un défi qu'il ne souhaitait pas mener. Il n'était pas venu pour cela ce soir. C'est donc lui qui baissa en premier son regard, acceptant de ne pas avoir le dernier mot cette fois. Il espérait que cela permettait de faire comprendre à sa fille qu'il n'était pas venu pour relancer un combat futile qu'il savait avoir perdu il y a sept ans, quand elle avait claqué la porte de son bureau.
Eli David baissa ses yeux en direction de la petite fille, toujours collée aux jambes de Tony, et qui était restée muette depuis sa première question. A nouveau le vieil homme se baissa, en remontant légèrement son pantalon au niveau de ses genoux pour pouvoir se permettre une telle position. Il ne dit rien et attendit simplement que la petite fille tourne sa tête en sa direction et accepte de le regarder. Pendant deux petites secondes il espéra que cette petite avait le caractère bien trempé de ses parents, et qu'il ne resterait pas trop longtemps ainsi à attendre qu'elle daigne lui jeter un œil. Heureusement pour lui, il n'eut pas trop longtemps à attendre, enfin il croisa le regard de sa petite fille, alors que Tony et Ziva restaient stoïques. Il lui sourit doucement. La petite répondit à son sourire, puis lâcha d'un bras les jambes de son père. Eli vit dans ses yeux à quel point elle l'observait, comme un jouet dans une vitrine, sans pour autant le juger, comme Hugo avait pu le faire auparavant. Enfin, après d'interminables secondes, Eli David, ne désirant pas répéter ce qu'il avait déjà dit au petit garçon, Sarah prit la parole.
- Il faut t'appeler Senior toi aussi, ou on peut dire Papi, comme les autres à l'école? La petite voix de Sarah et sa question agrandirent le sourire de l'israélien, dont le cœur se serrait un peu en prenant une fois de plus conscience d'à quel point il était absent de la vie de la seule famille qu'il lui restait.
- Comme tu préfères Sarah. Dit-il simplement.
- Alors se sera Papi, conclut Sarah, avant de lentement se détacher de son père et venir enserrer le coup du vieil homme de ses petits bras, simplement heureuse d'enfin rencontrer son grand-père, et totalement inconsciente des enjeux de la situation.
Eli David profita silencieusement de ce rapprochement, cueillant au maximum cet instant qu'il ne pensait pas vivre un jour, même lorsque quelques minutes plus tôt il avait toqué à cette porte. Après quelques instants il se releva sans gestes brusques, en prenant dans ses bras Sarah, qui apparemment ne désirait pas le lâcher de suite. Elle se cala sur la hanche de son grand-père alors que celui-ci se redressait.
- ça va? Bien installée? Lui demanda-t-il en souriant.
- Oui. Répondit simplement Sarah.
Eli David tut la douleur que porter cette petite fille pouvait lui procurer, et se tourna de nouveau vers Ziva. Il prit la parole après l'avoir regardée quelques instants.
- Je ne pensais pas vous déranger en plein repas. Je vous ai vu par la fenêtre en attendant que quelqu'un vienne m'ouvrir expliqua Eli. Il marqua une pause, alors que le froid qui rentrait par la porte toujours ouverte les faisait tous frissonner légèrement.
- Je me suis rendu à une réunion importante à Washington aujourd'hui, pour avoir l'occasion de passer par ici ce soir, continua Eli David. Je n'ai pas l'intention de déranger ou de m'imposer, poursuivit-il, ses yeux toujours plongés dans ceux de Ziva. Je m'en vais immédiatement si vous ne voulez pas de moi, même si ça ne me dérangerait pas de manger avec vous ce soir. Je suis déjà satisfait d'avoir pu rencontrer mes petits-enfants et de voir que vous vous portez tous bien. Je suis content de voir que tu as su éviter les erreurs que moi j'ai commises Ziva. Que tu as su fonder ta propre famille et lui être fidèle. Je repars à Tel-Aviv demain à l'aube. Je n'ai que cette soirée pour passer un peu de temps avec vous, une dernière fois. Ma visite n'a aucun autre but.
Il se tourna vers Tony, qu'il regarda une courte seconde, avant de se retourner vers sa fille.
- Le reste, c'est à vous de décider. J'accepterais votre décision quelle qu'elle soit. Je comprendrais que vous ne vouliez pas de moi ici ce soir.
Après cela, Eli David se tut, et Sarah toujours dans ses bras, il attendit simplement et silencieusement une réponse de la part de sa fille ou de son gendre.
Ziva regarda son père, les yeux dans les yeux, une fois de plus. Elle tentait de discerner une part de mensonge dans ce qu'il venait de leur dire. Elle tentait de dénicher l'endroit où se trouvait l'arnaque dans sa proposition, de déceler les pièges avant qu'ils ne se referment sur elle et sa famille. Car ce qu'elle désirait le moins au monde, c'était que sa famille, ses enfants, aperçoivent en ce grand-père le personnage qu'elle avait pu connaître et dû combattre pendant une majeure partie de sa vie.
Elle savait que Tony ne ferait rien. Elle savait qu'il resterait là à l'observer, à guetter la moindre réaction de sa part. Elle savait qu'il ne ferait aucun geste tant qu'elle ne lui aurait pas fait signe, et qu'il la laissait prendre une décision, sa décision. Elle savait qu'il respecterait son choix, et qu'il n'y ferait pas entrave, qu'il la soutiendrait, peu importe ce qu'elle allait décider.
Elle n'en avait d'ailleurs pas la moindre idée, de ce qu'elle allait décider. Elle connaissait son père, elle savait de quoi il était capable, elle se méfiait toujours de lui, et même en cet instant elle ne lui faisait pas confiance. Il lui avait bien trop souvent appris à ne pas lui faire confiance. Elle savait qu'il était capable du pire. Alors elle se demandait si elle pouvait accepter un telle personne sous son toit. Toutefois, elle savait qu'elle n'était pas la seule personne à entrer en jeu ce soir. Elle n'était pas, comme il y a sept ans, seule entre quatre murs, seule face à son père. Ses enfants étaient là. Ses enfants qui à plusieurs reprises déjà l'avaient questionnée sur sa famille, sur ces grands-parents totalement absents, face à la famille de Tony qui avait su trouver sa place dans leur foyer. Elle voyait bien à leur attitude, même si elle remarquait qu'Hugo restait sur ses gardes, qu'ils étaient heureux d'enfin faire la connaissance de leur grand-père. C'était la seule chose qui la faisait hésiter ce soir. La présence et le comportement de ses enfants.
Elle avait conscience que ce qui lui avait causé le plus de tort dans la vie, au-delà du rôle qu'avait pu jouer son père, était l'absence d'une famille unie, complète, et aimante, passé un certain âge et les illusions de l'enfance. Elle savait combien elle avait souffert de ne jamais avoir l'occasion de s'asseoir à table, entourée de sa famille au complet, et de simplement partager un bon repas, sans qu'aucun conflit ne vienne déranger l'instant. Elle ne voulait pas que ses enfants connaissent ce vide eux aussi, et lui en veuillent plus tard d'avoir refusé la présence de cette personne, alors que pour une fois elle se proposait d'entrer dans leur vie, pour quelques heures, sans arrière pensées. Du moins elle l'espérait. C'est ce qui la fit trancher, c'est ce qui lui permit d'avancer vers un choix. Car elle restait incertaine. Comme souvent elle craignait des représailles. Même si tout comme Tony quelques minutes plus tôt dans la soirée, elle avait elle aussi trouvé son père changé, vieilli, ce qui le rendait légèrement moins effrayant. Peut-être cela avait-il contribué au fait qu'il s'approprie si rapidement ses enfants.
Ziva se tourna un peu sur sa gauche pour croiser les yeux de Tony. Elle avait envie qu'il lui dise qu'elle prenait la bonne décision, qu'elle avait raison de faire ce choix. Elle voulait trouver un peu de soutien dans ce regard. Elle le sentait perdu lui aussi, alors qu'il restait droit, à la regarder. Elle lui sourit doucement, en espérant qu'il comprendrait sa décision. Même si elle se doutait qu'elle lui devrait des explications par la suite. Elle espérait simplement faire le bon choix.
Elle resta encore quelques secondes silencieuse, comme tout le monde à cet instant, à fixer Tony, puisant dans ses yeux le courage nécessaire pour affronter la suite. Puis elle se retourna vers son père et le détailla encore un peu. Elle l'affronta encore un court moment du regard, tentant de lui faire comprendre qu'il n'avait pas intérêt à faire le moindre écart, et qu'elle faisait ce choix uniquement pour ses enfants. Puis le plus simplement du monde, tentant de contrôler au maximum sa voix pour que celle-ci paraisse assurée et que ses enfants ne voient pas la complexité de la relation qu'elle entretenait avec cet homme, elle déclara :
- Les pâtes vont refroidir, on ferait mieux de passer à table tout de suite. Sinon ça n'en vaudra pas la peine.
Eli David la regarda encore un peu, la remerciant du regard de lui accorder cette dernière chance. Ils n'étaient pas suffisamment proches pour qu'il le lui dise explicitement, alors il se contentait de lui adresser ce regard, dans lequel il lui faisait passer toute sa reconnaissance de lui permettre de passer ces quelques instants avec sa famille. Il fit doucement glisser Sarah jusqu'au sol, lui permettant de gagner la cuisine pour y retrouver sa place.
- Allez vous asseoir les enfants, je vais chercher une chaise supplémentaire, reprit Ziva, toujours en partie sur ses gardes.
Hugo et Sarah prirent donc le chemin de la cuisine. Eli David avança de quelques pas pour permettre à Tony de refermer la porte d'entrée. Chacun apprécia de se retrouver au chaud. L'israélien ôta doucement son manteau, alors que Tony le regardait faire. Il le tendit à l'italien qui le pendit dans l'entrée. Tony lança un regard froid au vieil homme alors que Ziva revenait, une chaise de la salle à manger dans les mains. Elle se dirigea vers la cuisine, et son père la suivit. Elle écarta les chaises déjà présentes autour de la table et y ajouta la nouvelle. Elle fit doucement signe à son père de s'y asseoir et attrapa une assiette de pâtes pour la réchauffer quelques secondes au microonde. Elle se retrouva face à Tony en se retournant, qui lui sourit légèrement et posa sa main sur son bras dans un geste de soutien, tout en passant derrière elle pour gagner sa place habituelle. Elle était heureuse d'avoir son soutien en cet instant capital. Le microonde sonna. Elle sortit l'assiette qu'elle reposa sur la table et en plaça une deuxième dans le microonde. Elle réchauffa ainsi les quatre assiettes qu'elle avait préalablement servies, tout en sortant un cinquième couvert pour son père. Le tout dans un silence total. Elle servit ensuite son père, puis s'assit à table, et constata sans grande surprise que pour une fois les enfants n'avaient pas encore touché à leur assiette. Hugo observait son grand-père alors que Sarah jetait des coups d'œil à tout va. Tous deux avaient conscience de l'incongruité de la situation.
Eli David n'osait pas trop bouger. Il se savait surveillé par Tony et Ziva, et observé par ses petits enfants. Il savait qu'aucun de ses gestes ne passerait inaperçu ce soir. Mais ça ne le dérangeait pas plus que ça. C'était un bien maigre pris à payer pour passer une soirée ici, en famille.
- Alors Hugo, qu'est-ce que tu as fait à l'école aujourd'hui? Demanda Tony, en servant un verre d'eau à chacun. Il tentait de calmer un peu cette atmosphère électrique, et d'engager un début de conversation pour mettre tout le monde un peu plus à l'aise.
Hugo regarda son père puis sa mère, avant de commencer à raconter comment il avait gagné au foot à la récré. Sarah commença à manger sa part de gratin de pâtes, et tout le monde l'imita. Chacun écouta le discours de Hugo, et peu à peu la conversations s'amorça entre lui et son grand-père, l'atmosphère se détendant doucement. Sarah intervint dans la conversation, puis Tony commença à rajouter son grain de sel de temps à autre. Pour le moment, seule Ziva restait silencieuse, à observer l'étrange tableau qu'elle ne pensait pas voir un jour : Tony, son père, et ses enfants, réunis autour de la même table, à se demander où il faisait le plus froid l'hiver, à Washington ou à Tel-Aviv?
