Bonjour à tous ! Je suis vraiment désolé pour le retard (et j'insiste, deux mois sans poster un seul chapitre ce n'est pas pardonnable. Je pensais le poster beaucoup plus tôt, mais certains éléments de l'histoire m'ont posé problème, et on va dire que… j'ai été un peu coincée sur ce chapitre.) J'ai passé un temps considérable à le corriger, et j'espère qu'il sera à la hauteur de vos espérances.(c'est encore un très long chapitre :s) S'il y a des choses que vous ne comprenez pas, n'hésitez par à me le dire. (Ça me permettra de modifier ce qui cloche). Merci beaucoup pour toutes vos reviews, notamment Lereniel,Melior Silverdjane,Googiegarance, Shanshui, Fuyuki417,PaulinaDragona, NVJM, Ciriel, Guest, Maman bouba, Mello12, Bibicool360, Sephora4 et Anonyme. Vous avez été très nombreux à réagir au dernier chapitre (et encore plus à me lire, j'ai du mal à croire qu'autant de personnes me suivent. Merci à tous!) Ça m'encourage grandement à poursuivre cette histoire.

Nous retrouvons donc Elanor et ses compagnons à Edoras, après ce banquet fort en rebondissements (et le baiser avec Legolas). Ce chapitre sera un peu plus mouvementé en action, et il y aura notamment une confrontation entre Elanor et un autre personnage de la Terre du Milieu, qui se fait d'ailleurs plutôt rare dans les films et les livres. Je n'en dis pas plus, et je vous laisse le plaisir de découvrir ce qui vous attends. N'oubliez pas, une petite review fait toujours plaisir. ;)

Ps (hors sujet): je ne sais pas vous, mais je suis hyper excitée à l'idée de voir le dernier film de Peter Jackson! J'ai cru que mon cœur allait lâcher lorsque j'ai vu Hugo Weaving dégainer son épée dans la dernière bande annonce. Elrond et Galadriel vont se battre !(Hiha! Mon vœu le plus cher a été exaucé ^^) Allez, encore quelques jours… c'est si dur d'attendre !

gallica


PaulinaDragona : Merci ! Non il n'y aura rien de romantique entre Elanor et Eomer. En revanche j'ai écrit quelques dialogues pour ces deux personnages dans les prochains chapitres. Eomer est l'un de mes personnages préféré, et je ne compte pas le laisser de côté. Il y a d'ailleurs une scène dans ce chapitre, j'espère que tu l'aimeras ! Merci pour tes encouragements, à bientôt !

Ciriel : Merci pour tous ces beaux compliments ! Ça me fait très plaisir ! Oui je comprends tout à fait ton anxiété à propos d'Elanor, elle est justifiée. Mon idée de la faire mourir n'était pas du tout calculée au départ, c'est en avançant dans le récit que je me suis rendue compte que la faire mourir était essentiel. Si elle avait continué son voyage en Lorien comme toutes les autres OC, ça aurait été vite ennuyant, et ma fic n'aurait pas vraiment été très intéressante. Par ailleurs, la ressusciter avec les pouvoirs de Melian lui donne une certaine légitimité de faire partie de la communauté. Je suis contente que la scène entre Elanor et Legolas t'ai plût. J'attends ton avis sur ce chapitre avec impatience.

Guest : Merci beaucoup ! Je compte bien continuer sur cette voie ! En espérant que ce chapitre te plaira ! A bientôt !

Mello12 : Merci ! Oui tu as raison, écrire ce chapitre 16 a été un vrai casse-tête. Le concours de bière était une scène que je ne pouvais pas manquer. C'est un passage du film tellement drôle ! (Encore du Peter Jackson, mais j'adore^^) En ce qui concerne la relation d'Elanor avec Legolas, je voulais à tout prix que cela soit crédible, et que ça ne parte pas dans le cliché (très difficile à faire, surtout que Legolas est assez complexe à écrire). Je tenais à conserver l'esprit de chaque personnage, avec son histoire et son comportement. Elanor est une humaine, sensible à des émotions impulsives et contradictoires (comme les hommes), alors que Legolas est un elfe. L'amour vient à lui comme une évidence. Il fonctionne tout à fait différemment. Il sait très vite qu'il aime Elanor, contrairement à celle-ci qui met du temps à s'en rendre compte. A vrai dire je ne sais pas vraiment ce qui peut se passer dans la tête d'un elfe, ils sont très difficiles à cerner. Je voulais qu'il se confesse en tout en respectant ce qu'il est (sérieusement, Legolas n'est pas le prince charmant qui arrive avec un bouquet de fleurs et une déclaration dégoulinante d'amour…^^ C'est un guerrier avant tout, un peu réservé et distant… et n'ayant aucune expérience avec la gente féminine). J'espère que mon autre fic sur l'enfance de Legolas te plaira. En ce qui concerne la fin de cette histoire, le temps des confessions arrivera, mais pas tout de suite. Je connais le devenir de chaque personnage, mais je n'en dirais pas un mot. J'espère que ce chapitre te plaira autant que le précédent. A bientôt !

Bibicool360 : Merci ! :D

Anonyme : Désolé pour le retard :/ J'espère en tout cas que ce chapitre te plaira.


Chapitre 17: Le Palantir

Les rumeurs de la fête s'évanouirent peu à peu. Alors que le silence retombait sur Edoras, Elanor se mit à dodeliner de la tête et commença à s'assoupir contre l'épaule de Legolas. Ce dernier comprit alors qu'il était temps de rentrer à l'intérieur. L'elfe passa un bras autour de sa taille, et l'entraina vers la porte.

Elanor protesta faiblement, mais ne résista pas longtemps et se laissa trainer. Le grand couloir était vide lorsqu'ils le traversèrent. Quelques rires d'hommes résonnèrent au loin dans la grande salle, provenant des derniers fêtards qui s'attardaient encore.

Legolas s'arrêta soudainement et regarda les nombreuses portes alignées dans le corridor avec perplexité.

Laquelle était la chambre d'Elanor ? se demanda-t-il.

Elanor sortit de sa somnolence et pointa dans une direction.

- C'est celle-là.

Legolas acquiesça et raffermit sa prise sur sa taille avant d'avancer vers la seconde porte sur la gauche.

Il les fit entrer et déposa Elanor sur le lit. Une chaleur agréable régnait à l'intérieur de la chambre. Le feu de cheminée n'était pas encore éteint, et la pièce était éclairée par une faible lueur tamisée. Elanor s'allongea presque aussitôt, et ne tarda pas à s'endormir.

Legolas s'assit à côté d'elle, et la veilla pendant des heures, observant fasciné sa poitrine se soulever doucement au rythme de sa respiration. Elle n'était qu'une enfant, pensa-t-il. Une mortelle qui avait à peine vingt hivers passés. Alors qu'il la regardait, il songea à quel point elle était innocente et délicate. Lui-même avait vécu des générations d'hommes, occupé à défendre les frontières de son royaume. Il avait vu trop de choses, s'était battu trop de fois pour n'importe quel humain, même le plus vieux d'entre eux. Elanor n'avait aucune idée de tout cela. Même si elle s'était montrée étonnamment habile à cheval et avec une épée à la main. A ses yeux, et pour les siens, elle n'avait même pas atteint l'âge adulte d'une elleth.

Mais elle était différente. L'idée aurait pu lui paraître monstrueuse si Elanor avait été une de ses semblables. Mais elle ne l'était pas. Elle était mortelle. Ce qui changeait tout.

Il essaya d'oublier l'idée qu'un gouffre les séparait, et se concentra sur des pensées plus positives, repensant à la chaleur agréable de ses bras et le goût de ses lèvres.

Il n'aurait jamais cru pouvoir vivre ça un jour. Les Valar avaient exaucés son vœu le plus cher en la ramenant à la vie. Bien qu'il ne sache pas exactement pourquoi. Il aimait à penser qu'ils avaient décidés de lui rendre ce qui lui avait été arraché trop tôt.

En fait, le retour d'Elanor était… surprenant. Peut-être y avait-il une toute autre raison derrière ce miracle. Mais la volonté des Valar restait pour l'instant un mystère.

Elanor soupira, et remua dans son sommeil. Legolas replaça une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Le feu de la cheminée s'était à présent éteint, mais à un moment il se raviva brusquement dans un craquement sec. Troublé, Legolas se retourna vers la source du bruit.

Il observa les flammes, et les regarda danser joyeusement dans l'âtre.

Le feu dégageait une odeur puissante de toxicité.

Mais ce qui inquiétait surtout l'elfe, était le malaise qu'il ressentit tout à coup. L'air était chargé d'une énergie menaçante et belliqueuse. Une ombre avait recouvert Meduseld.

Convaincu que quelque chose ne tournait pas rond, Legolas se leva du lit et quitta la pièce. Il jeta un dernier regard à Elanor, puis ferma la porte silencieusement. L'elfe se dirigea ensuite vers le dortoir des hommes.

Tous les membres de la communauté de l'anneau, et quelques Rohirims, dormaient à poings fermés. L'elfe esquissa un rictus en entendant Gimli ronfler, et slaloma entre les différents lits jusqu'à sa couchette d'un pas léger. Son arc, son carquois et ses deux dagues n'avaient pas bougées, et la cape de la Lorien reposait sur l'oreiller.

Legolas attrapa le vêtement gris, s'en habilla, et sortit sans faire de bruit, prenant la direction de l'extérieur.

Une fois dehors, la brise froide de la nuit frappa son visage, mais il le sentit à peine.

Il s'avança sur la corniche, et balaya du regard la plaine qui s'étendait en contrebas.

Elle était déserte. Et un silence inhabituel dominait l'atmosphère.

Le chant des oiseaux, les piétinements des animaux, et même le bruissement du vent sur l'herbe et les fleurs de la prairie était inaudible.

Il leva la tête, et constata avec étonnement qu'il n'y avait aucune étoile dans le ciel.

Tout n'était que ténèbres.

Eärendil, l'étoile bienveillante, n'était plus visible. L'elfe fronça les sourcils, et observa la ligne d'horizon, par-delà la chaine des montagnes blanches.

De gros nuages épais et denses s'étaient avancés, et étaient responsables de ce phénomène.

Le Mordor avançait.


Aragorn trouva Legolas un peu plus tard dans la nuit.

Occupé à nettoyer sa pipe à tabac, l'homme se remettait lentement de sa confrontation avec la jeune Eowyn, lorsqu'il le vit. Surprit, il arrêta son geste et releva la tête en direction de l'elfe. Legolas était aisément reconnaissable. Même lorsqu'il était de dos, il aurait pu le reconnaître entre mille. Sa cape elfique, sa grande taille, et sa posture altière le trahissait. Aragorn se demanda un instant si Legolas avait passé toute la nuit ici, car il n'avait pas montré signe de vie depuis la fin du banquet.

Elanor non plus d'ailleurs, pensa-t-il soudainement.

L'idée qu'ils aient pu passer le reste de la soirée ensemble lui effleura un instant l'esprit, mais il réprima vite cette pensée, se disant que ce n'était que des élucubrations insensées.

Aragorn rejoignit Legolas, et ne prit pas la peine d'annoncer sa présence, sachant que l'elfe l'avait probablement déjà entendu depuis le début de son entrée.

- Les étoiles sont voilées, murmura Legolas.

Aragorn leva la tête vers le ciel tapissé d'un bleu marine uni. Il disait vrai.

- Quelque chose s'agite à l'Est. Une malveillance est à l'affut.

Aragorn tourna la tête en même temps que Legolas, et ils se regardèrent. La même lueur d'inquiétude se refléta dans leurs yeux.

- L'œil de l'ennemi avance, reprit l'elfe.

- Est-il loin ? lui demanda Aragorn.

Legolas se détourna, et regarda à nouveau la plaine.

- Son regard se rapproche. Il cherche quelque chose. Il le cherche désespérément.

Aragorn sut aussitôt ce que c'était. Sauron cherchait l'anneau, c'était évident. Mais pourquoi ici ? Pourquoi dans cette direction ?

Est-ce que Frodon était dans les parages ? Cela n'avait aucun sens. Pourquoi aurait-il rebroussé chemin, alors que lui et Sam étaient partis en direction du Mordor ? Que ferait-il sur les terres du Rohan ?

Ils tombèrent dans le silence, et continuèrent d'observer la plaine devant eux, devenant plus anxieux au fil des minutes. Legolas cherchait une réponse et un signe annonciateur dans les étoiles. Aragorn savait qu'il pouvait lui faire confiance. L'elfe savait ce qu'il disait, il avait le don de lire les présages.

Les yeux de Legolas s'écarquillèrent soudain, et il tourna la tête vers Aragorn. Un semblant de panique dans son regard l'alerta aussitôt.

- Il est ici ! s'exclama l'elfe.

A ce moment précis, un hurlement strident retentit derrière eux, les faisant sursauter. Aragorn fit volte-face, et se précipita à l'intérieur du palais, Legolas sur ses talons.

Les cris provenaient de leur dortoir. Aragorn courut vers la porte comme un dératé, et l'ouvrit à la volée.

Rien ne les avait préparés à la scène qui se déroula devant eux.

Pippin tenait le Palantir serré dans ses mains et hurlait à pleins poumons. La pierre noire luisait comme une boule de feu, et laissait échapper des échos d'une voix qui parlait en langue noire. Une pupille opaque d'un oeil nimbée de flammes était aisément discernable à l'intérieur du globe.

- Non !

Aragorn fut le premier à réagir, et bondit sur le hobbit pour lui arracher le Palantir des mains.

Le hurlement de Pippin s'évanouit, et le hobbit tomba sur le sol, inerte. Legolas regarda impuissant Aragorn se tordre et s'effondrer à terre devant lui. Gandalf se réveilla à cet instant, et la pierre échappa à l'emprise d'Aragorn qui alla rouler de l'autre côté de la pièce.

Le magicien ne mit qu'un instant avant de réaliser ce qui se passait, et il saisit son manteau qu'il jeta sur le Palantir.

Le silence retomba dans la pièce.

- Crétin de Touque !

Sa colère se calma immédiatement lorsqu'il vit les yeux éteints de Pippin. Gandalf fondit sur lui et posa sa main sur son front, murmurant des litanies magiques. Tous les dormeurs s'étaient réveillés et étaient debout. Gimli se redressa sur son séant, surpris par le vacarme causé et regarda la scène avec stupéfaction.

La porte du dortoir se rouvrit à nouveau, et Elanor apparut dans l'encadrement, échevelée.

- Que se passe-t-il ?! Qui a crié ?

L'épée à la main, elle analysa rapidement la situation. Aragorn était étendu, et commençait seulement à se relever, soutenu par Legolas qui lui tenait un bras. Gandalf était penché sur un des hobbits, qui s'avérait être Pippin, et Merry était juste à côté d'eux, le teint blafard. Mais il n'y avait personne d'autre, hormis les occupants de la pièce.

Voyant qu'il n'y avait aucun intrus, Elanor abaissa lentement sa garde et s'avança pour aider Aragorn à se relever.

- Aragorn !

- Je vais bien, la rassura t-il.

- Vous êtes sûr ? s'enquit Elanor. Par les Valar, que s'est-il passé ?

- Pippin a touché à le Palantir, lui répondit Legolas.

Elanor fronça les sourcils. Que voulait-il dire ? Elle voulut lui demander plus de détails, lorsque son regard tomba sur le manteau gris de Gandalf, jeté en travers de la pièce. On ne pouvait pas le manquer.

Quelque chose était cachée en dessous. Quelque chose de petit et rond, d'assez large pour être de la taille d'une main. Elanor le regarda, interloquée, avant de comprendre qu'il s'agissait de la pierre noire de Saroumane, que Gandalf avait soigneusement gardé sous surveillance depuis leur retour.

Elle tourna vivement la tête vers le hobbit étendu, qui était pâle comme la mort et était toujours inconscient.

Qu'avait fait cette pierre à Pippin ?

Elanor ne tarda pas à le savoir. Quelques secondes plus tard, Pippin se réveilla et Gandalf entama son interrogatoire.

- Qu'est-ce que vous avez-vu ? lui demanda-t-il.

Son chuchotement était doux, mais il était cependant assez fort pour qu'ils l'entendent, même à l'autre bout de la pièce.

- J'ai vu un arbre blanc, dans une cour pavée, répondit Pippin. L'arbre était mort. La cité était en feu.

Elanor fut frappée par la terreur qui émanait de la voix du hobbit. Ca ne lui ressemblait pas d'être aussi apeuré et sérieux.

- C'est Minas Tirith, déclara Gandalf. Est-ce tout ce que vous avez vu ?

- J'ai vu… je l'ai vu lui.

Pippin se tut, le visage défiguré par la peur.

Lui ?

De qui donc parlait Pippin ?

Et qu'est-ce que c'était que cette histoire ? La pierre avait montrée des choses à Pippin ?!

Une pensée saugrenue germa dans son esprit, et elle essaya de se convaincre que ça ne pouvait pas être possible. Cependant la tension palpable dans le dortoir, et l'inquiétude de ses compagnons laissait entendre que l'ennemi était impliqué.

Elanor sentit la chair de poule parcourir ses bras nus, et lança un regard en coin à Legolas. Le visage de l'elfe était figé dans le marbre, signe de son trouble et de sa nervosité. Tout comme elle, il se posait de multiples questions.

- J'ai entendu sa voix dans ma tête, chuchota Pippin, effrayé.

- Que lui avez-vous dit ? demanda Gandalf sèchement.

Pippin ouvrit la bouche, et la referma.

- Répondez, lui ordonna le magicien.

- Il a demandé mon nom, et je n'ai rien dit. Il m'a brutalisé.

- Qu'avez-vous dit à propos de l'anneau et de Frodon ?

La poigne de Gandalf se resserra sur ses épaules, et Pippin le regarda tétanisé. Elanor sentit son cœur battre à tout rompre, commençant à réaliser que le sujet de conversation était bien Sauron. Les mots « anneau » et « Frodon » dans une même phrase étaient largement suffisants pour le comprendre.

Mais comment était-ce possible ?

- Rien, répondit Pippin catégorique. Je ne lui ai rien dit du tout. Je n'ai pas dit un mot.

Gandalf le fixa quelques longues secondes, puis relâcha l'épaule de Pippin et se releva. Lorsqu'il se tourna vers eux, Elanor put voir qu'il était soulagé.

- Vous le croyez ? demanda Aragorn.

- Oui, Pippin dit la vérité.

Gandalf regarda le hobbit, qui détourna la tête sur le côté.

- Il n'a rien dit. L'ennemi n'a pas réussi à la faire avouer.

Le magicien regarda Aragorn avec un regard insistant.

- Vous avez touché aussi le Palantir ?

Aragorn acquiesça. Elanor vit que ses mains tremblaient, bien que le rodeur essaye de le cacher au maximum dans son dos.

- J'aurais préféré que vous vous en absteniez, reprit Gandalf. Mais je me doute que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne sache que l'héritier d'Isildur serait de retour. Sauron sait que vous êtes ici à présent, avec Théoden et le semi-homme. Il va se préparer à la bataille.

Gandalf détourna enfin son regard, et s'aperçut alors de la présence d'Elanor.

- Ah, vous êtes là?

Un peu encore secouée par les évènements, Elanor serra compulsivement les doigts sur la garde de son épée.

- Et où voudriez-vous que je sois avec tout ce boucan ? La moitié du palais doit être réveillée à l'heure qu'il est, répliqua-t-elle à cran.

Sa voix était légèrement éraillée par la fatigue, et elle s'aperçut qu'elle tremblait. Elle portait encore sa robe de la veille, et commençait à ressentir le froid mordant de la nuit. Elle entrevit Legolas faire un pas dans sa direction, mais ne sut si cela état du à son imagination, car finalement il ne bougea pas.

Gandalf sourit, amusé.

- Oui, et il est temps pour vous de vous recoucher. Vous tous d'ailleurs, lança le magicien en se tournant vers les autres hommes.

Les Rohirims ne se firent pas prier, et après quelques secondes, retournèrent à leurs couchettes.

- Je suis désolé, lança la petite voix timide de Pippin.

Gandalf fronça les sourcils, et se pencha pour ramasser son manteau, faisant attention à emmailloter le Palantir avec précaution.

- Dormez Peregrin Touque. Vous en aurez besoin, une longue journée vous attend.

Le magicien retourna ensuite à son lit, et se coucha, gardant la pierre précieusement coincée contre sa poitrine.

Elanor s'approcha de Pippin, qui continuait à fixer un point dans le vide.

- Pippin ?

Lorsqu'elle se pencha sur lui, le hobbit parut enfin la voir, et la regarda. Elanor vit tout de suite qu'il n'allait pas bien. Elle s'accroupie, et le borda, l'encourageant à se rendormir.

- Voulez-vous que je reste auprès de vous ? proposa-t-elle.

Pippin resta silencieux.

- Je ne crois pas que ça changerait grand-chose, dame Elanor, répondit Merry qui se donna la peine de répondre pour son cousin.

Elanor observa Pippin avec inquiétude. Le hobbit avait une lueur hantée dans les yeux, et il ne semblait pas prêt à se rendormir de suite.

- Que diriez-vous de dormir dans ma chambre ? reprit-elle. Il y a un vrai lit avec un matelas et vous serrez au calme.

En disant cela elle jeta un œil à Gimli , qui s'était rendormi et ronflait de nouveau bruyamment. Elle songea un instant comment ils réussissaient à dormir avec lui.

Pippin ouvrit la bouche et sembla hésiter devant la tentation de dormir dans un bon lit.

- Mais… et vous ?

- Ne vous préoccupez pas pour moi, je saurais me trouver une petite place. Alors ?

- Hum… d'accord

Elanor sourit.

- Très bien, alors debout !

Pippin se leva, et Merry les regarda avec un air envieux qu'il parvint difficilement à dissimuler.

- Venez aussi, Merry. Il y a largement assez de place pour vous.

Le hobbit acquiesça, et leur emboita le pas aussitôt. Elanor posa sa main sur l'épaule de Pippin, et le guida vers la porte. Le hobbit tremblait un peu, encore sous le coup de l'émotion.

Aragorn tapota amicalement l'épaule de Pippin, alors qu'ils le dépassaient lui et Legolas. Tous les deux les regardèrent sortir, et prendre la direction de la chambre d'Elanor.

La jeune femme conduisit les hobbit dans le corridor, et poussa la porte quelque mètre plus loin. Une douce chaleur embauma l'air, et c'est avec plaisir qu'elle entra à nouveau dans la pièce. Les hobbits grimpèrent immédiatement sur le lit, et se blottirent sous les couvertures moelleuses.

- Ah ! Un bon lit ! s'extasia Merry.

Elanor rit, et s'allongea à côté de Pippin.

Ce dernier se mit à rougir légèrement, surement un peu gêné par leur proximité.

- Allons Pippin, je ne vais pas vous manger, le taquina Elanor.

Pippin rougit de plus belle, et s'enfonça sous les draps. Elanor sourit, amusée par sa réaction embarrassée. Elle réalisa soudain que Merry et Pippin n'étaient pas des enfants, contrairement à ce qu'elle avait à l'esprit, mais des adultes étonnements plus vieux qu'elle.

Ce fut elle qui se sentit soudain embarrassé, et elle se tut.

Merry s'endormit au bout de quelques minutes seulement, mais Pippin eut plus de mal à trouver le sommeil. Il finit par émerger timidement de sous les couvertures, et Elanor lui ébouriffa gentiment les cheveux.

- Vous pensez que Gandalf m'en veux ? lui demanda-t-il.

Elanor vit dans son regard l'angoisse qui ne l'avait pas encore quitté.

- Non, je ne crois pas.

- Je… je n'ai pas voulu la toucher… mais, je ne pouvais pas m'en empêcher.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? lui demanda Elanor, intriguée.

- Elle m'appelait.

Elanor l'étudia pensivement. Que voulait-il dire par « elle m'appelait ? » Est-ce que c'est Sauron qui appelait Pippin ?

Le hobbit ouvrit de nouveau la bouche.

- Ce n'était pas comme la dernière fois.

Elanor le regarda avec stupéfaction.

- Vous aviez déjà touché la pierre ?

- Oui.

- Quand ?

Pippin ferma les yeux, l'air coupable.

- A la Tour d'Ortanc, quand le magicien blanc est tombé.

Elanor se souvint brusquement de la scène, et revit Pippin descendre de cheval et ramasser le Palantir dans l'eau. Gandalf l'avait pressé de la lui rendre, et lui avait jeté un drôle de regard ensuite.

Elanor comprenait mieux à présent sa réaction. Pippin avait vu quelque chose. Et Gandalf l'avait peut-être sut, voilà pourquoi il était aussi protecteur avec le… Palantir ? Etait-ce comme cela que ça s'appelait ?

- Vous avez aussi vu Sauron à ce moment-là ? lui demanda-t-elle.

- Non, répondit Pippin. Ce n'était que des voix. Elles m'appelaient.

Elanor se sentit de nouveau avoir la chair de poule.

- L'ennemi vous a piégé Pippin. Ce n'est pas de votre faute. Même si je l'admets, vous êtes un peu trop curieux pour votre propre bien.

- C'est ce qu'on me dit tout le temps.

- Eh bien, il est peut-être temps d'écouter ce qu'on vous dit.

Pippin baissa la tête, honteux. Elanor posa sa main sur son front.

- Ne vous inquiétez pas. Gandalf ne vous en voudra pas, il n'est pas rancunier. Vous avez besoin de vous reposer. Dormez.

Pippin papillonna des yeux, un peu hagard, et tomba quelques secondes plus tard dans les bras de Morphée.

Elanor le regarda dormir pendant de longues minutes, perdue dans ses pensées.

Un mouvement près de la porte la sortit brusquement de sa réflexion, et elle regarda vivement dans cette direction. Legolas se glissa dans la pièce, et lui sourit.

- Est-ce qu'il va bien ?

Les yeux de l'elfe se posèrent sur Pippin avec considération. Elanor acquiesça.

- Oui, il dort.

Legolas resta immobile, à quelques pas du lit.

- Comment va Aragorn ? demanda Elanor.

- Il est encore un peu secoué, mais il s'en remet.

Legolas continua de rester à l'écart, et Elanor tapota l'espace libre à côté d'elle.

- Viens, tu peux t'assoir, il y a assez de place.

Le lit était en effet assez grand pour trois hommes. Merry et Pippin ne comptant que pour un, et elle aussi, il restait encore un espace libre.

Legolas la regarda avec hésitation, presque avec crainte, mais finit par s'avancer. Doucement, il s'assit à côté d'elle, et Elanor fut étonnée de voir que le matelas ne s'enfonçait pas d'un centimètre sous son poids. Comment pouvait-il être aussi fort et léger en même temps ? La nature des elfes et leurs habilitées surnaturelles ne cessaient de la consterner.

- Je n'avais pas remarqué que tu étais partit de la chambre tout à l'heure, tu es discret.

- Je croyais que tu dormais, répondit Legolas.

Il lui effleura le front avec douceur, dégageant quelques mèches qui tombaient sur son visage.

- Je ne voulais pas te réveiller. Par ailleurs, il te reste quelques heures avant que le lever du jour. Tu devrais te reposer.

- Je n'en ai plus très envie, répondit Elanor.

Legolas la dévisagea.

- Tu es inquiète, devina-t-il.

- Oui, un peu. Que crois-tu qu'il va se passer ?

- Je ne sais pas.

- Sauron va chercher Pippin, n'est-ce pas ? Il croit qu'il a l'anneau.

Legolas posa brièvement les yeux sur le hobbit, avant de la regarder à nouveau.

- Oui, répondit-il. L'œil de l'ennemi est toujours à l'affut du moindre indice. Il ne le lâchera pas tant qu'il n'aura pas retrouvé l'unique.

Elanor se tourna vers Pippin, et l'observa alors qu'il dormait paisiblement. Le hobbit avait retrouvé une expression sereine et innocente. Il ne se doutait pas du danger qui planait au-dessus de sa tête.

- Cela a au moins le mérite d'offrir une diversion à Frodon et Sam, fit remarquer Legolas.

- Penses-tu qu'ils soient encore en vie ?

- Mon cœur me dit que oui, répondit Legolas.

Elanor attrapa la main de l'elfe, et la serra. Elle avait peur, et elle se laissa aller pour la première fois depuis des semaines à cette sensation. Avec Legolas, elle ne risquait rien. L'elfe ne la jugerait pas. Il était davantage une source de réconfort à présent.

C'était nouveau, et tellement agréable. Legolas se pencha, et déposa un baiser sur son front, lui murmurant de dormir. Elle posa la tête contre son épaule, et ferma les yeux.

Le sommeil ne tarda pas à arriver.


Le lendemain, Gandalf informa Theoden de ce qui s'était passé dans la nuit. La communauté se rassembla dans la grande salle, et une atmosphère pesante régnait ce matin-là, complètement à l'opposé de l'ambiance enjouée de la veille. Eomer s'était joint à leur groupe, et se tenait à côté de son oncle, la mine sombre et les bras croisés sur sa poitrine.

- Est-ce que vous êtes en train de me dire que messire Touque a parlé au seigneur des ténèbres ? interrogea Théoden, stupéfait et en colère.

Pippin se ratatina sur sa chaise, pour la première fois gêné d'être le centre d'attention du grand seigneur.

- Oui, répondit Gandalf.

- Comment est-ce possible ? demanda Théoden.

- Le Palantir est un artefact ancien doté de nombreux pouvoirs, répondit Gandalf. Elle peut donner des visions, ou communiquer avec une de ses jumelles si on l'active. Et c'est ce que Pippin a fait en la touchant.

- Je n'ai jamais eu vent d'une telle sorcellerie, dit le roi du Rohan, laissé perplexe par ces révélations.

- C'est parce que seuls quelques sages connaissent encore l'existence des Palantiri, répondit Gandalf. Ces pierres ont disparus depuis des millénaires, et ont été jalousement gardés cachées. Le Palantir que j'ai récupéré venait de la Tour d'Ortanc. Il était en possession de Saroumane. Sauron en possède également un, et c'est par ce moyen qu'il a corrompu son esprit, je pense.

- Un tel pouvoir contenu dans une si petite chose. C'est incroyable ! s'exclama Théoden.

- Elles sont dangereuses, s'exclama Eomer. Pourquoi les garder ?

- Ces pierres ne sont dangereuses que si leurs utilisateurs ont de mauvaises intentions. Et elles sont bien trop précieuses pour être laissés dans les mains de n'importe qui. Je ne pouvais pas la laisser là où je l'ai trouvée.

- Cependant, vous faites courir un danger sous les toits de ma maison, Mithrandir, mon neveu dit vrai, répondit Théoden.

Gandalf s'appuya sur son bâton, légèrement embarrassé.

- J'ai essayé de prendre toutes les précautions.

- Et cependant vous savez échouez, par un hobbit qui plus est, rétorqua Théoden presque moqueur.

Une lueur vivace apparut dans l'œil de Gandalf.

- Les hobbits sont connus pour être de très bons cambrioleurs. Ma foi, j'en connais bien un.

Elanor se demanda à qui il faisait référence, avant de penser à Bilbo. Ca ne pouvait qu'être lui !

- Il n'y avait pas de mensonge dans les yeux de Pippin, reprit Gandalf. C'est un crétin, mais un crétin honnête au moins. Il n'a rien dit sur Frodon et l'anneau.

Pippin baissa la tête, alors que Gandalf le regardait.

- Et nous avons été énormément chanceux. Ce que Pippin a vu dans le Palantir n'est qu'un aperçu de ce que prévoit notre ennemi. Sauron s'apprête à attaquer la cité de Minas Tirith. Sa défaite au Gouffre de Helm lui a montré une chose. L'héritier d'Elendil approche, les hommes ne sont pas aussi faibles que ce qu'il le supposait. Ils ont encore de la bravoure et assez de force pour le défier. Et il y a des forces secrètes à l'œuvre dont il ne comprend pas le sens.

Gandalf posa son regard brièvement sur Aragorn. Elanor sentit également ses yeux se poser sur elle une brève seconde, mais il détourna vite le regard pour le poser à nouveau sur Théoden.

- Sauron craint cela, reprit Gandalf. Il ne prendra pas le risque de voir les Peuples de la Terre du Milieu s'unir sous une seule bannière. Il rasera Minas Tirith jusqu'à la dernière pierre plutôt que de voir le retour d'un roi sur le trône. Si les feux d'alarmes sont allumés, le Rohan doit se tenir prêt à venir en guerre.

- Dites-moi ?

Tout le monde leva la tête en direction du roi Théoden.

- Pourquoi devrions-nous venir au secours de ceux qui ne sont pas venus au notre ? Que nous devons-nous au Gondor ?

Elanor ouvrit la bouche, voulant lui répliquer que s'ils restaient les bras croisés, ce seraient les orques qui viendraient les massacrer après en avoir fini avec le Gondor. Mais elle se retint de justesse. Aragorn et Gimli s'étaient tendus à ses côtés, et elle sentait le rodeur prêt à exploser.

Une ambiance palpable se mit à flotter dans l'air.

- Je vais y aller, répondit Aragorn.

- Non ! répliqua Gandalf.

- Ils doivent être prévenus !

- Ils le seront.

Gandalf s'approcha, et lui murmura quelques mots à l'oreille :

- Vous rentrerez à Minas Tirith par une autre route. Une route sur laquelle l'ennemi ne vous attendra pas.

Elanor se trouvait à côté d'Aragorn et perçu malgré elle les paroles du magicien blanc. En échangeant un regard avec Legolas, elle vit que lui aussi avait entendu, grâce à son ouïe fine. De quelle route Gandalf parlait-il ?

- Comprenez-ceci, reprit le magicien. Les choses qui sont en mouvement ne peuvent être arrêtées.

Théoden croisa les bras, reclus dans son obstination à rester neutre et sa mauvaise humeur. Gandalf se retourna alors vers Pippin, et haussa un sourcil.

- Je vais aller à Minas Tirith, annonça-t-il. Et je ne vais pas y aller seul.

Pippin le regarda sans comprendre.

- Nous partons maintenant, s'exclama le magicien. Dépêchez-vous de rassembler vos affaires.

Voyant que Gandalf le fixait, Pippin se redressa.

- Qui donc ? demanda-t-il.

- Vous maître hobbit !

Pippin écarquilla les yeux, et ne sembla pas prendre la mesure de la nouvelle avant que Gandalf ne le houspille de se dépêcher. Il réagit alors au quart de tour, et trottina vers le dortoir, accompagné de Merry qui se traîna derrière lui, la mine contrariée.

- C'est trop dangereux, protesta Aragorn, une fois qu'ils eurent disparus. Vous ne pouvez l'emmener avec vous.

- L'ennemi croit que Pippin a l'anneau, répliqua Gandalf. Il serait plus dangereux de le laisser ici. Pour vous tous. Il y a de fortes chances que les Nazguls soient déjà à notre recherche.

Aragorn se tut, et Elanor échangea un regard préoccupé avec Gimli et Legolas. Les Nazguls ? Elle les avaient presqu oubliés ceux-là.

Gandalf rejoignit les hobbits, et les laissa seuls en compagnie d'Eomer et Théoden.

L'idée que les serviteurs de l'anneau puissent les pourchasser était inquiétante.

Elle n'avait pas oubliée ce que l'un d'eux avait fait à Frodon. Elanor se souvenait encore de la nuit où elle s'était réveillée en sursaut à Fondcombe à cause de son hurlement… il n'avait rien d'humain et lui avait fichu la frousse.

Mandos voulaient qu'elle détruise les neufs serviteurs de l'anneau. Mais comment ?

Melian lui avait laissé très peu d'indices sur la façon d'accomplir sa mission. Elle lui avait révélée quelques petites choses, mais rien d'assez important. Les souvenirs de leur conversation lui revint en mémoire aussi vivaces et intactes qu'au premier jour :

« - Je vais te révéler quelques secrets, mais il faut que cette conversation reste entre nous, lui dit Melian. Tu es d'accord ?

Elanor acquiesça.

- Vois-tu… cette épée, l'arme de ma fille Luthien, a été baignée de la lumière des premiers arbres à Valinor. L'ombre craint la lumière, et les serviteurs de Sauron ne l'aiment guère.

- M'aideras-t-elle à tuer les Nazguls ?

- Les tuer, non. Les Nazguls ne peuvent pas être tués, tant que l'anneau unique perdure. Ce sont des spectres. Ni morts, ni vivants. Sauron leur a donné jadis neufs anneaux de pouvoirs, et c'est ainsi qu'il les contrôle tous. La seule façon de les faire disparaître est de jeter l'anneau unique dans les flammes de la montagne du destin.

- Si l'anneau doit être détruit... je ne comprends pas, pourquoi m'avoir demandé d'accomplir cette tâche ? Est-ce que ce n'est pas à Frodon de détruire l'anneau ? interrogea Elanor, perplexe.

- En effet, cette mission doit être accomplit par le porteur, répondit Melian. Cependant la chute de Sauron n'entrainera pas la réussite de ta mission. Je crains que son essence, et celle de ses serviteurs ne soient rejetées au-delà du monde, dans le vide du cosmos lors de leur destruction. Autrement dit, les neufs ne rejoindront jamais les cavernes de Mandos.

Elanor la regarda, et son visage se décomposa peu à peu.

- Alors il est impossible de les tuer ? Pourquoi Mandos m'a-t-il demandé cela si c'est impossible ? Que dois-je faire ?

- C'est une bonne question.

Melian baissa les yeux sur les genoux d'Elanor.

- Je crois que cette épée t'aidera. Ma magie peut briser certains sortilèges. Tu dois trouver un moyen de rompre le lien qui existe entre les Nazguls et Sauron. C'est la clé de la réussite de ta mission.

Elanor baissa la tête, abattue. Détruire les Nazguls lui apparaissait encore plus comme une tâche impossible et insurmontable.

- Je n'en vois aucun, murmura-t-elle.

- Tu trouveras. Si Mandos te l'a demandé, c'est qu'il sait que tu peux accomplir cette mission. Il ne fait jamais rien par hasard. Ne désespère pas. Il y a de l'espoir. Il y a toujours de l'espoir… »

Elanor sortit de sa rêverie, en entendant les voix d'Aragorn et Théoden remplir le silence de la grande salle. Eomer et Legolas s'étaient rapprochés des deux hommes, et l'elfe avait posé une main sur l'épaule d'Aragorn pour tenter de le calmer. Elanor réalisa soudain que le Dunedain et le roi du Rohan se disputaient.

- Le Rohan doit se porter au secours du Gondor ! répliqua Aragorn.

- Je ne dois rien au seigneur Denethor, répliqua Théoden, ni à aucun membre de sa lignée. Ma décision est irrévocable. Je n'irais pas à Minas Tirith !

Aragorn perdait rarement son sang-froid, et cela surprit Elanor de le voir aussi contrarié. Théoden était calme, mais il avait du mal à contenir son irritation et lança un regard noir à Aragorn.

- Pourquoi une telle décision ? demanda ce dernier.

- Nous avons déjà subi trop de pertes ! Je ne mettrais pas la vie de mes hommes de nouveau en danger, répondit le roi du Rohan.

- D'autres ont fait ce sacrifice avant vous ! Certains sont morts pour votre peuple !

Elanor se mordilla la lèvre, sentant le conflit prendre un tournant dangereux. Aragorn avait raison cependant. Les elfes avaient payés de leurs vies pour sauver le peuple de Théoden, sans rien demander en retour. Ils avaient payés un lourd tribut, avec l'espoir de protéger ce qui restait de la Terre du Milieu. Et Théoden avait complétement passé outre ce sacrifice. Il n'était obnubilé que par la protection de son royaume.

Mais il ne semblait pas avoir conscience que la guerre état inévitable. Malgré tout ce qu'il pouvait penser, Sauron s'en prendrait à lui un jour ou l'autre. Il l'avait déjà fait.

- Sauron n'attendra pas une journée de plus pour attaquer votre royaume, une fois Minas Tirith tombée. Il se dirigera droit sur vous.

Théoden quitta Aragorn des yeux, et la regarda. Elanor réalisa soudain qu'elle avait parlé, et soutint son regard pendant de longues secondes. Malgré son malaise, elle essaya de demeurer infaillible devant le roi.

- Que connaissez-vous de la guerre, mademoiselle ?

Elanor sentit le sang lui monter au visage, mais ne baissa pas les yeux.

- Elle ne me fait pas peur, monseigneur, répondit-elle.

Théoden la regarda longuement.

- C'est tout à votre honneur.

Il détourna la tête.

- Je ne veux plus en entendre parler. Seigneur Aragorn, la discussion est close.

Théoden sortit du palais, accompagné d'Eomer, et sans leur adresser le moindre regard.

Aragorn le suivit du regard, les poings serrés. Legolas serra un peu plus son épaule et lança un sourire à Elanor. Elle le lui rendit timidement, bien qu'elle était encore un peu secouée par ce qui venait de se passer.

Quelle mouche l'avait piquée ? Elle aurait dû rester à sa place !

Gandalf revint alors, vêtu de son manteau blanc, son bâton, et portant un sac ainsi qu'un paquet dans les bras. Merry et Pippin le suivaient, trottinant derrière lui.

- Où est Théoden ? demanda Gandalf.

- Hum… il est sorti, répondit Gimli.

Gandalf étudia longuement leurs visages, et comprit aussitôt que quelque chose s'était passé en son absence.

- Vous vous êtes disputés, devina-t-il.

Aragorn se tourna sur le côté, essayant sans doute de calmer ses nerfs. Gandalf soupira.

- Ne cherchez pas à le faire changer d'avis. Théoden est aveuglé par la peur, et la perte de son fils est encore trop récente. Il changera d'avis en temps voulu. Nous arriverons à Minas Tirith dans un maximum de trois jours. Soyez prêt à la moindre alerte.

- Soyez prudent Mithrandir, répondit Legolas.

- Nous serons prêts, ajouta Gimli.

Gandalf s'approcha d'Aragorn et lui tendit son paquet. Le Dunedain le regarda avec surprise.

- Le Palantir est à vous. En tant qu'héritier d'Elendil, la pierre d'Ortanc vous revient de droit. Les Palantiri sont les pierres des anciens rois de Numénor. Elles ne répondent véritablement qu'à eux seuls. Cependant, je vous conseillerais de ne l'utiliser qu'à bon usage. Sauron n'attend qu'une chose se confronter à l'héritier du trône. Même s'il ne contrôle pas complétement le Palantir, ses pouvoirs sont grands à travers lui. Ne lui donnez pas ce plaisir, sauf en cas d'extrême nécessité.

Aragorn accepta le présent, avec émotion, et prit la pierre délicatement des bras de Gandalf.

- Merci.

Gandalf hocha la tête.

- Allons messire hobbit, dîtes adieu à vos amis. Nous partons.

Gandalf s'éloigna vers la porte et Pippin les salua d'un joyeux signe de la main, ne se doutant sans doute pas dans quel bourbier il s'était enfoncé, seul. Il regarda Merry, étonné de voir que celui-ci avait aussitôt emboité le pas de Gandalf sans même prendre la peine de leur dire au-revoir. Puis il suivit le magicien et Merry, qui marchait beaucoup plus vite que lui.

Elanor les regarda partir, et réalisa qu'elle devait parler à Gandalf avant qu'il s'en aille.

Elle se précipita vers la porte, ignorant les regards curieux de ses amis et sortit. Gandalf et les hobbits avaient déjà descendus la moitié de l'escalier.

- Gandalf ! l'appela t-elle.

Le magicien se retourna, surpris de sa présence.

- Puis-je vous parler ? Une minute.

Gandalf la dévisagea, et une lueur de compréhension passa dans son regard.

- Continuez jusqu'aux écuries, ordonna t-il à Merry et Pippin.

Les deux hobbits acquiescèrent, et s'éloignèrent en contrebas, continuant seuls leur chemin.

- Hâtez-vous, Elanor. Qu'avez-vous à me dire ? Je n'ai que très peu de temps, la pressa Gandalf.

- Je… je voulais vous parler de ce qui m'est arrivée dans la Moria. Vous doutez bien que je ne suis pas revenue ici par hasard.

- Non, en effet, répondit Gandalf. Il est étrange qu'une mortelle soit renvoyée en Terre du Milieu. Vous êtes la première en date à ce qui me semble. Et je dois avouer que je me suis demandé pourquoi.

Le magicien la regarda avec curiosité.

- Les Valar m'ont renvoyées ici dans un but précis. En vérité, j'ai fait un pacte avec Mandos.

- Un pacte ?

Le visage de Gandalf s'assombrit, et prit une expression de totale surprise.

- Quel genre de pacte ? demanda-t-il lentement.

- Mandos m'a laissé le choix de continuer mon chemin dans l'au-delà, ou de revenir ici en Terre du Milieu, sous certaines conditions. J'ai choisis de revenir. Il veut que j'aide à la destruction de Sauron, et il veut aussi récupérer les neufs serviteurs de l'anneau.

Gandalf resta silencieux, et l'étudia longuement.

- Les Nazguls… ? J'aurais dû m'en douter, chuchota-t-il. Cela fait trop longtemps que les neufs défient son jugement. Ils ne seront pas aisés à détruire, Elanor. A vrai dire, je ne sais pas comment vous pourriez réussir ce prodige. Les neufs sont maudis.

- Par l'anneau je sais.

- Par les neufs anneaux de pouvoirs qu'ils portent, la contredit Gandalf. L'anneau unique contrôle les neufs anneaux, et par cela même Nazguls. En tout cas, cela était le cas avant. J'ai l'impression que Sauron a récupéré les neufs anneaux de pouvoirs, et qu'il les détient en sa possession, tout comme ceux de certains seigneurs nains.

- Pourquoi a-t-il fait cela ? demanda Elanor, intriguée.

- Je n'en ai aucune idée. Peut-être a-t-il peur que les anneaux échappent à son contrôle, ou tombent entre de mauvaises mains. Porter un anneau confère un pouvoir extraodinaire. Il est bien plus difficile de s'emparer de ces anneaux s'ils sont en Mordor. Et cela donne à Sauron un contrôle absolu. Mais à mon avis, il s'agit d'un sortilège plus pernicieux que cela. L'ennemi a ressuscité les Nazguls avec de la magie noire à Dol Guldur, et il m'est d'avis que les neufs anneaux sont les outils de cette malédiction.

L'image de Frodon vint à l'esprit d'Elanor. Puis celle de Boromir ramassant l'anneau dans la neige, sur le Col de Caradh'ras. Le pouvoir de ces anneaux était vraiment effrayant.

- Est-ce tout ce que vous a demandé Mandos ? demanda Gandalf. Cette résurrection m'étonne, il n'est pas prompt à redonner une vie aussi simplement. Vous avez parlé de conditions.

Les yeux du magicien la scrutèrent avec attention. La curiosité d'Elanor retomba quelque peu.

- Hum… oui. Mandos détient ma vie. Lorsque ce sera la fin de la guerre, je devrais retourner dans ses cavernes, que je le veuille ou non.

Pour y mourir.

Une lueur de compassion et de tristesse passa dans le regard de Gandalf. Il avait compris.

- Je suis désolé.

- Dois-je le dire à Legolas, Aragorn et les autres ? demanda Elanor.

Gandalf secoua la tête.

- Non, ne leur dîtes rien. En tout cas pas pour l'instant.

- Pourquoi ?

Elle avait déjà du mal à leur mentir, alors continuer à leur cacher la vérité était impensable et au-dessus de ses forces.

Gandalf posa une main sur son épaule.

- Pour ne pas détruire l'espoir dans leurs cœurs, répondit-il d'une voix douce. Ils se sont beaucoup attachés à vous. Votre présence leur donne du courage et une raison de plus pour laquelle se battre. Imaginez ce qu'ils vont ressentir si vous leur dîtes que vous devez repartir.

Elanor pensa aussitôt à Legolas. Elle n'avait pas prévue que ce type de relation se développerait entre eux. Après ce qu'il lui avait confessé la nuit dernière, Elanor prit conscience que ce que disait Gandalf était juste. Elle ne pouvait pas commettre l'erreur de lui dire qu'elle était condamnée à mourir. Elle ne pouvait pas anéantir ses espoirs et ses rêves de paix maintenant.

Elanor réalisa soudainement qu'elle avait fait une terrible erreur.

Legolas souffrirait de nouveau, et peut-être même plus qu'auparavant. Elle n'aurait pas dut se jeter dans ses bras comme elle l'avait fait. Elle n'avait pas réfléchit, et avait été stupide. Elle avait agi égoïstement, sans penser aux conséquences. C'était un elfe. L'amour était très précieux pour eux. Sa mort serait un fardeau qu'il aurait à porter toute sa vie. Et il n'en ferait peut-être jamais le deuil.

Elanor sentit les larmes lui monter aux yeux, et Gandalf lui tapota gentiment l'épaule.

- La mort n'est pas la fin. Ce n'est que le début d'un long voyage. Vous y arriverez. Vous surmonterez cette épreuve, vous avez toujours été forte.

Elanor voulait croire le magicien, mais il y avait des choses qu'il ne savait pas. Elle songea un instant à lui parler de sa toute nouvelle relation avec Legolas, mais se retint, trop embarrassée pour aborder ce sujet intime avec lui.

- Oui, vous devez avoir raison.

Gandalf hocha la tête et se remit en marche vers les écuries. Elanor le suivit.

Merry et Pippin attendaient sagement dans les écuries, à côté de la stalle de Gripoil. Tous deux étaient un peu pâlot, Pippin notamment. Son sourire avait disparu. Elanor entra à la suite de Gandalf, et le visage du hobbit s'illumina légèrement en la voyant.

- Vous venez avec nous ? demanda-t-il plein d'espoir.

- Non, désolé Pippin.

- Oh, dit-il déçut.

Elanor se pencha et serra le hobbit dans ses bras.

- Prenez soin de vous. Et surtout, ne faîtes pas de bêtises !

- Oui. Vous allez me manquer Dame Elanor.

- Vous aussi.

Gandalf souleva Pippin, et le mit sur le dos de Gripoil.

- Nous nous retrouverons à Minas Tirith, dit-il à l'adresse d'Elanor. Tenez-vous prête pour la bataille.

Elanor acquiesça. Merry donna un petit paquet rectangulaire et plat à Pippin.

- Tiens, prends. C'est ma dernière feuille de Longoulet. Il n'y en a presque plus. Tu fumes un peu trop Pippin.

- Mais…et toi ? Tu n'en veux pas ? demanda Pippin.

- Je n'en ai pas besoin.

- On se reverra, hein Merry ? demanda Pippin.

- Je ne sais pas…

La peur apparut sur le visage de Pippin, et ses yeux s'affolèrent.

- Merry ?!

Gandalf monta derrière lui.

- Cours Gripoil, montres ce que célébrité veux dire.

Il lança le cheval au galop, et le méaras blanc sortit en trombe des écuries.

Merry se précipita aussitôt vers l'extérieur, et courut vers une des palissades.

Troublée, Elanor sortit et remonta lentement les escaliers menant au palais. Merry avait disparu derrière les habitations, et elle vit sa petite silhouette grimper à toute allure la tour de garde la plus proche. A sa plus grande surprise, Aragorn était derrière lui.

Elanor s'arrêta à quelques pas de la porte, et regarda la silhouette de Gripoil, portant Gandalf et Pippin, galoper au loin, jusqu'à ce qu'ils ne soient plus qu'un point blanc à l'horizon.

Elle aurait tant aimé lui parler de Melian, et des détails de sa résurrection. Mais le temps leur manquait. Peut-être dans quelques semaines, elle trouverait le temps de tout lui raconter, s'ils étaient encore vivants.

L'idée d'une future bataille ne la réjouissait pas. Contrairement à ce qu'elle avait affirmé au roi Théoden, elle était morte de peur. D'autant plus qu'elle devait à présent affronter les Nazguls.

Depuis sa conversation avec Gandalf, Elanor sentait qu'il y avait quelque chose de caché, qui ne demandait qu'à être découvert. La solution à ses interrogations n'était pas loin, elle en était sûre.

Les neufs anneaux de pouvoirs… contrôlés par l'unique et Sauron… c'était évidemment le lien dont lui avait parlé Melian. Et cette malédiction… tout cela n'avait pas de sens.

Elle se rappela soudain de certaines paroles du magicien.

Les neufs anneaux étaient l'outil ayant contribué à la résurrection des Nazguls, sous la forme de spectres. Mais alors, que se passerait-il si les anneaux changeaient de porteur ?

Est-ce que les Nazguls resteraient des spectres ? Ou bien mourraient-ils ?

Un déclic se produisit dans l'esprit d'Elanor.

Elle avait eu la réponse sous les yeux depuis le début ! Ce qu'elle pouvait être bête !

Evidemment, elle devait s'emparer des neufs anneaux. Mais comment faire ? Et est-ce qu'elle ne serait pas elle-même sous le joug de Sauron ?

Son excitation redescendit un peu lorsqu'elle se souvint que les anneaux se trouvaient en Mordor, dans la main même de Sauron.

C'était une idée ridicule. Elle ne pourrait jamais prendre le contrôle de ces anneaux, à moins d'aller à Barad Dur et d'affronter Sauron. Elle n'était pas de taille pour cet ennemi. Même Gandalf ne l'était pas. Personne ne l'était.

Découragée, Elanor fit demi-tour, et regagna la grande salle. Gimli et Legolas se trouvaient toujours là et discutaient joyeusement. Tous les deux se retournèrent à son arrivée.

- Ah ! Vous revoilà ! s'exclama Gimli, ravi par sa présence.

Legolas vint aussitôt à sa rencontre.

- Qu'as-tu demandé à Mithrandir ? lui demanda-t-il.

Une lueur de curiosité brillait dans ses yeux. Elanor le regarda, prise de court, et hésita.

- Rien. Je voulais les accompagner jusqu'aux écuries, mentit-elle.

L'elfe hocha la tête.

Il s'éloigna, mais Elanor était sûre qu'il se posait des questions. Legolas n'était pas stupide, loin de là. Il avait deviné qu'elle n'y était pas simplement allée pour dire au-revoir à Pippin et Gandalf. A présent elle devait continuer à lui mentir, et ce n'était pas ce qu'elle préférait.

Pourtant, plus loin elle reporterait cette conversation, mieux se serait. Elle ne voulait pas voir leur visage déçu et leur chagrin.

Elanor s'assit à la table en face de Gimli, qui mangeait tranquillement son déjeuner. Tout en le regardant faire, elle repensa aux neufs anneaux.

Melian lui avait dit qu'il fallait qu'elle trouve un moyen. Un moyen…

Quelque chose qui lui permettrait de prendre les anneaux à distance ? Non. En revanche, quelque chose qui pousserait Sauron à lui livrer les anneaux… ou à redonner les anneaux aux Nazguls…

Pour en arriver à de telles extrémités, il faudrait que les Nazguls aient à affronter un ennemi aussi puissant qu'eux. Quelqu'un qui pourrait faire assez peur à Sauron pour qu'il se méfie, et veuille éliminer à tout prix la menace par la main de ses serviteurs.

Mais qui pourrait remplir cette mission ?

Gandalf ?

Oui, mais il était déjà partit pour Minas Tirith.

Elanor se perdit dans ses pensées, sans s'apercevoir que Legolas l'observait depuis quelques minutes.

Et elle ?

Ne pouvait-elle pas le faire ?

Trouver un moyen… Oui c'était à elle de le faire. Après tout, Mandos l'avait renvoyé en Terre du Milieu dans ce but précis. Voilà qui devrait alerter Sauron.

Mais alors, autre problème… Comment allait-elle provoquer l'ennemi ?

Aragorn entra à ce moment dans la salle, accompagné de Merry.

Elanor le regarda pensivement, et remarqua qu'il n'avait plus le paquet que lui avait donné Gandalf, et qui contenait le Palantir. Ses mains étaient vides.

Elanor ne mit qu'une seconde avant de percuter.

Le Palantir.


Elanor disparut par la porte du fond, laissant ses amis derrière elle. Elle avait réussi à prétexter une envie soudaine de se laver. Son excuse eut le bénéfice de repousser la compagnie de Legolas, qui préféra la laisser tranquille.

Elanor se dirigea vers le dortoir des hommes à grande allure, et poussa la porte prudemment.

A son plus grand soulagement, personne n'était dans la pièce.

Cela lui aurait épargnée de devoir argumenter pour expliquer sa présence.

Elle se dirigea vers la couchette d'Aragorn et aperçût immédiatement le Palantir, caché sous la cape grise de Lorien.

Elanor se pencha et retira la cape, examinant un instant la jolie feuille verte qui servait de broche. Elle la caressa du bout des doigts, se sentant un peu coupable de trahir la confiance de son ami en s'emparant du Palantir.

Mais Aragorn comprendrait ses motivations, s'il savait. Elle en était sûre.

La pierre ronde et noire était lisse, et tout aussi belle que dans ses souvenirs. Elanor fixa les volutes blanches qui serpentaient à l'intérieur, hypnotisée. Elle se demanda un instant si ce n'était pas mieux de subtiliser la pierre, et d'aller dans sa chambre.

Mais le temps comptait, et elle ne voulait pas risquer de croiser quelqu'un dans les couloirs. Elle devait aller vite.

Et si elle échouait ? Elanor ne préférait pas y penser.

Elle avait vu ce que la pierre avait fait à Pippin. Elle devait prendre son courage à deux mains, et se lancer.

Elanor prit sa décision en un quart de seconde, et posa les mains sur le globe.

Ses mains se collèrent dessus violemment, et elle fut transportée dans un tout autre monde.

Un grondement tonitruant résonnait, et des paysages différents défilèrent à un rythme infernal sous ses yeux.

Elanor vit un homme immense, portant un manteau noir, à qui l'on mettait des gantelets et une couronne d'acier. Il était dans une cité se trouvant dans le creux d'une montagne, au fond d'un canyon. Elle chatoyait d'une lumière verte inquiétante. Le sol se mit à trembler et gronder, puis un geyser de lumière verte jaillit de son antre, et frappa le ciel.

La vision changea.

Elanor était sur un champ de bataille. Il y avait des corps partout. Hommes et orques. Et elfes… soudain elle sentit un souffle sur sa nuque, et se retourna. Il n'y avait personne. Mais elle savait qu'elle n'était pas seule.

- Montrez-vous !

Elle se retourna.

La vision changea encore.

Elanor vit une porte noire. Derrière, s'entendait les jappements de milliers d'orques prêt à la guerre. La montagne du Destin se dessinait au loin, crachant du feu et du magma en fusion.

Une tour noire se dressait au milieu de ce désert chaotique. Au sommet trônait un grand œil nimbé de flammes…

Elanor fut violemment tirée en avant.

- Qui es-tu ?

La voix de Sauron était profonde et menaçante. Elanor se sentit aussitôt écrasée par la puissance du Maia.

- Je te vois, reprit Sauron. Qui es-tu ? Réponds-moi !

La brutalité dans sa voix la frappa comme un coup de masse, et Elanor prit sur elle pour se redonner courage. Elle devait suivre son plan. Ne pas parler. Ne rien dire en plus.

- J'ai été envoyée pour vous détruire, répondit Elanor.

Elle sentit l'irritation de Sauron et entendit son rire à travers le Palantir.

- Me détruire ? Personne ne le peut… Tu n'es qu'une petite humaine, se moqua-t-il.

Elanor se concentra et pensa à Mandos, puis à Melian, et leur rencontre à Valinor. Elle savait que Sauron parviendrait à les voir, et elle ne doutait pas un instant qu'il arrivait à lire à travers elle. La dernière vision qu'elle projeta des cavernes de Mandos fit enfin déferler la rage de Sauron.

- Je vois la lumière en toi !

Il avait compris que c'était Mandos qui l'avait renvoyé. Il savait qu'elle n'était pas ordinaire, désormais.

Un étau tomba sur la poitrine d'Elanor, et la comprima de plus en plus fort alors que Sauron renforçait son emprise sur elle.

- D'où viens-tu et quel est ton nom ? Je vais te détruire.

Elanor ferma les yeux.

Elle ne lui répondrait pas. Elle ne devait pas.

- Quel est ton nom ?!

Alors qu'Elanor pensait qu'elle allait perdre pied, elle se sentit soudainement tirée en arrière, et la connexion avec Sauron se coupa.

Haletante, elle ouvrit les yeux, et se rendit compte qu'elle se trouvait à nouveau dans le dortoir. Le palantir était tombé sur le sol, et se trouvait un peu plus loin. Quelque chose, ou quelqu'un l'avait ramenée ici. Elanor se retourna, et vit qu'Eomer était derrière elle, le visage ravagé par la peur et la colère.

- Qu'avez-vous fait ?!

Le sang d'Elanor se glaça.

- Eomer…

Que faisait-il ici dans le dortoir ? N'était-il pas sorti avec Théoden un peu plus tôt ?

- Que faîtes-vous ici ? lui demanda Eomer. Et pourquoi avez-vous touché cette pierre ?

Il était furieux, et Elanor sentit qu'elle allait devoir lui donner de très bonnes explications. Néanmoins elle lui devait une fière chandelle, car Eomer l'avait tiré d'une situation qui commençait à mal tourner.

- Je… , balbutia-t-elle.

- Qu'avez-vous dit à l'ennemi ? reprit Eomer, courroucé.

- Rien !

- Je ne vous crois pas. Vous êtes une menteuse. Vous venez de parler avec l'ennemi ! Lui avez-vous révélé nos plans ?

Elanor voulut lui répondre qu'elle n'avait rien dit, et qu'elle n'était surtout pas un traître.

- Je n'ai fait que de l'avertir de ma présence. Rien de plus.

Eomer la regarda comme si elle était folle.

- Pourquoi faire une telle chose ? Vous connaissez le danger de cette pierre !

- Ecoutez Eomer, je sais que ça peut paraître ridicule, mais j'ai une mission à accomplir. Et Sauron fait partie de mes ennemis, j'ai fait ce que je devais faire. J'ai un plan.

- Quel plan ?

- Ce serait trop long à expliquer.

- Dîtes toujours. Je suis très curieux de l'entendre.

Elanor ouvrit la bouche, et la referma. Eomer croisa les bras.

- Vous ne me croirez pas si je vous le disais, dit-elle.

- Vous venez juste de prouver que vous n'êtes pas crédible, allons…

Eomer l'attrapa par le bras.

- Venez avec moi, nous allons tout raconter au roi.

- Lâchez-moi ! répliqua Elanor. Je n'ai pas de compte à vous rendre !

Elle se dégagea et elle le repoussa violemment. Eomer recula, et se renfrogna de plus belle.

- Le seigneur Aragorn en entendra parler, susurra-t-il d'un ton menaçant. D'abord vous fouillez ses affaires, et ensuite vous vous servez d'un outil de l'ennemi. Si vous ne souhaitez pas obéir, je vais aller lui dire moi-même. Je ne pense pas qu'il sera ravi d'apprendre qu'il y a une traitre parmi ses amis, mais au moins j'aurais la conscience tranquille.

- S'il vous plait… ne dîtes rien.

Eomer s'avança prêt d'elle, et la défia de toute sa hauteur. Elanor se sentit pour la première fois intimidée. L'homme était plus grand qu'il ne le paraissait au premier abord, et il n'y avait plus aucune lueur amicale dans ses yeux. Il la regardait comme si elle était… un traître.

Ce regard lui fit mal.

- Donnez-moi seulement une bonne raison de vous croire, dit Eomer.

- Je vous ai dit la vérité, je n'ai trahi personne. J'ai provoqué Sauron dans le but qu'il fasse quelque chose qui nous permette de remporter cette guerre. Croyez-moi !

Eomer ne parut pas convaincu, et Elanor commença à ressentir un brin de panique. Si jamais le Rohirim répétait ce qu'il avait vu, la confiance que ses compagnons avaient en elle serait sérieusement entachée. Comment expliquerait-elle tout cela ? Elle devrait tout raconter depuis le début, y compris ce qu'elle cherchait tant à leur cacher.

- Pourquoi vous ferais-je confiance ? Qui me dit que vous n'êtes pas avec lui ? Votre argumentation n'a aucun sens ! Si vos intentions étaient aussi bonnes que vous le disiez, je ne vois pas pourquoi vous ne pourriez pas le partager avec nous tous. Et avec vos amis qui plus est. Il m'est d'avis que vous cachez quelque chose, ai-je tort ?

- Non, vous dîtes vrai.

Eomer demeura bouche bée, surpris de sa réponse.

- J'ai un secret, qu'ils ne doivent pas savoir avant la fin de cette guerre.

Elanor sentit que le Rohirim était sur le point de lui demander ce que c'était, et elle ne lui laissa pas le temps de poser sa question.

- Il y a des forces plus puissantes en ce monde que nous, Eomer. Est-ce que mes compagnons vous ont racontés ce qu'il s'était passé dans les mines de la Moria ?

Eomer la regarda, interdit, avant de secouer la tête.

- Non.

- Je vais vous le dire. Mais promettez-moi de ne rien dire à mes amis. Ils ne pourraient peut-être pas comprendre. En vérité, il s'est passé un incident dans les mines. Alors que nous les traversions, nous avons été pourchassés par des orques, et pire que tout, par une créature de Morgoth… un Balrog. Gandalf est tombé dans un précipice, alors qu'il tentait de lui barrer la route. Je suis tombée aussi.

Le choc et la sidération apparurent sur le visage d'Eomer.

- C'est impossible ! Vous ne pouvez être morte ! Comment sinon seriez-vous ici… ?

- Si vous ne me croyez pas, demandez à Gimli, Aragorn, ou Legolas… Ils m'ont vu tomber. Je croyais mon existence terminée, mais ce n'était pas le cas. Mandos, le dernier juge des damnés, a décidé de me renvoyer ici temporairement pour accomplir une mission. J'ai accepté, bien entendu, et je dois à présent mettre tout en œuvre pour détruire Sauron et gagner cette guerre.

Elanor vit pour la première fois Eomer flancher. Il resta quelque secondes silencieux, puis s'éloigna doucement.

- Pourquoi vous ? demanda-t-il. Pourquoi vous plus qu'un autre ? J'ai peine à vous croire…

- J'ai besoin de votre confiance Eomer. Si vos doutes persistent, je ne vous empêcherais pas de tout raconter au seigneur Aragorn. Je devrais leur dire un jour ou l'autre de toute façon, ça arrivera forcement, je n'espérais seulement pas à le faire aussi tôt.

Elanor observa le Rohirim avec espoir, alors qu'il cogitait seul. Après quelques secondes, Eomer prit une longue inspiration, et brandit le doigt en sa direction.

- Si jamais vous mentez, je m'occuperais de vous personnellement. Je ne dirais rien. En tout cas pour le moment.

Elanor sourit.

- Merci Eomer.

- Mais vous aurez à me donner une bonne explication une fois que tout ça sera fini. Je ne sais toujours pas ce que vous avez fait avec cette pierre et pourquoi.

Il tourna les talons, et sortit. Une fois qu'il eut disparu, Elanor souffla, soulagée. Elle s'en était plutôt bien sortit.

Eomer était un homme loyal, et elle était certaine qu'il respecterait sa parole. Cependant, leur nouvelle amitié commençait plutôt sur de mauvaises bases.

Tout ce qu'elle avait vu était encore frais dans son esprit, et elle avait besoin de se reposer. Elle ne savait pas si son plan avait fonctionné, seul le temps le lui dirait. Sauron n'était pas content, et c'était la seule consolation qu'elle pouvait avoir en ce moment.

Elanor s'avança jusqu'au Palantir, et l'enveloppa de nouveau dans la cape d'Aragorn. Elle le reposa près de l'oreiller, à l'endroit exact où le Dudenain l'avait laissé.

Puis elle se leva, sortit du dortoir et referma doucement la porte derrière elle.