Bonne année 2015 ! Je suis ravie de vous retrouver en cette nouvelle année. J'espère que vous avez passez de très bonnes fêtes et que vous avez été gâtés pour Noël! Je vous souhaite beaucoup de joie, d'amour, et de nouvelles lectures passionnantes. Désolé pour ce cadeau qui arrive un peu en retard. J'essaye de respecter les délais, mais c'est très dur, car je ne veux pas bâcler l'histoire(j'espère que vous me pardonnez). En ce qui concerne ce chapitre 18, on approche de plus en plus de la bataille de Minas Tirith. Comme vous devez vous en douter, Elanor va avoir pas mal de scènes d'actions dans le futur, et ce chapitre-là est un peu comme le calme avant la tempête. C'est aussi un très long chapitre(je vous gâte).
Sinon, je ne sais pas ce que vous avez pensé du Hobbit, mais je suis ressortit de la première projection avec un avis un peu mitigé (je l'ai quand même vu 3 fois). Dans l'ensemble il m'a plu, mais il y a des choses qui m'ont franchement fait bondir de mon siège, car n'étant pas du tout dans l'esprit de Tolkien. Peter Jackson s'est fait un peu trop plaisir sur ce dernier film^^ Je citerais l'apparition de Galadriel à Dol Guldur (version Sadako/The Ring) ou Legolas qui s'amuse à faire des acrobaties improbables dans les airs(haha ce personnage c'est Disneyland à lui tout seul). En fait, je me dis que je n'aurais pas dû relire le bouquin, ça m'aurait permis de passer un très bon moment sans me prendre la tête. Concernant Legolas, j'ai littéralement adorée ses scènes avec Thranduil. La relation compliquée qui a été écrite pour ces deux personnages est très intéressante… j'ai un peu moins aimée ses scènes d'actions (surtout une on va dire lol), mais sinon Legolas reste assez cool. Niveau casting c'était un régal, j'ai adorée chaque prestation (Martin et Richard sont de loin mes favoris. La mort de Thorin est juste magnifique) Et j'ai eu un gros coup de cœur pour Lee Pace (mais ce n'est pas nouveau, et je pense pas être la seule à avoir craquée vu le nombre de fanfiction qu'on voit fleurir sur ce site. *-*) Si vous avez l'occasion regardez « The Fall », « Halt and Catch Fire » et « Soldier's Girl ». Lee y est épatant et on le découvre sous un tout autre jour. Et contrairement à ce qu'il dit dans toutes ses interview, non il n'y a pas que le costume qui le transforme en Thranduil. Son jeu d'acteur y est pour beaucoup aussi^^
Enfin, je ne sais pas vous, mais je suis un peu triste que ces films se terminent. J'espère vivre assez longtemps pour voir un jour le Silmarillion adapté au cinéma (on va croiser les doigts pour qu'un jeune réalisateur soit aussi passionné et dévoué que P.J.). Il y avait un fanfilm en cours il y a quelques temps, mais la Tolkien Estate qui détient les droits du livre leur a demandé de cesser immédiatement la production. C'est vraiment dommage, surtout que les concepts art étaient très prometteurs… :/
D'ailleurs si vous êtes un fan pur et dur des films, je vous conseille de faire l'acquisition des chroniques du Hobbit. Ce sont de superbes livres de collection qui regroupent de nombreuses illustrations et dessins préparatoires inédits, en plus des interview de l'équipe. Je fais un peu de pub, ça se mérite. Si vous cherchez un beau cadeau pour vous ou quelqu'un d'autre, achetez-le, ça se dévore ! (Celui sur la bataille des cinq armées vient juste de sortir, et il y a des indices à l'intérieur sur les scènes coupées qui seront dans la version longue!) Ca m'a tellement plut que je suis en train d'acheter toute la série.^^ Il coûte dans les 35€, ce qui est assez raisonnable pour un catalogue d'aussi bonne qualité (celui sur la désolation de Smaug est cependant très difficile à trouver en français, donc je l'ai commandé en anglais. Je vais bientôt le recevoir, je vous en dirais des nouvelles).
Encore merci à fuyuki417, Lereniel, Sephora4, Anna, Melior Silverdjane, Noooo Aime, Luna dans les étoiles et rory34 pour vos commentaires et vos encouragements ! Merci infiniment de continuer à me suivre !
Anna : Merci beaucoup Anna ! Tes impressions me font énormément plaisir et ce que tu penses de mon histoire me rassure. C'est exactement ce que je voulais faire. Je ne voulais pas qu'Elanor devienne d'un coup une super-héroïne, je n'y vois pas d'intérêt, et je ne suis pas sûre qu'on peut s'identifier à ce genre de personnage. Sa mort est une étape importante de sa transformation. C'est une jeune fille sans expérience, et je ne voulais pas lui faire de traitement de faveur. La Terre du Milieu est un monde féérique oui, mais il y a aussi un fond beaucoup plus noir et complexe, et plus réaliste que l'on pense. Je suis en train de lire les lettres de J.R.R. Tolkien, et j'y ai découvert des choses très intéressantes à propos de l'esprit de ses livres (j'invite les plus passionnés à lire ce livre. C'est un gros pavé, mais c'est aussi une mine d'information). J'espère que la suite ne te décevra pas. A bientôt !
Chapitre 18: En route vers Minas Tirith
Les jours qui suivirent le départ de Gandalf furent longs et ennuyeux. Il n'y avait pas grand-chose à faire à Edoras, hormis attendre et regarder les allées et venues des Rohirims qui étaient retournées à leurs anciennes occupations. Lorsqu'elle n'était pas avec Legolas, Gimli, Merry ou Aragorn, Elanor s'installait parfois à l'extérieur du palais, et se prélassait au soleil.
Les elfes étaient repartis à la lueur du premier jour, juste après le banquet. Un elfe blond nommé Celeg avait remplacé Haldir à la tête de l'armée, et elle avait vite apprit qu'il était son second. Il était tout aussi noble que l'ancien capitaine, si ce n'est encore plus charismatique. Celeb avait exprimé très vite à Théoden le souhait des siens à regagner au plus vite la Lothlorien, inquiet de la situation qui s'aggravait depuis des mois de l'autre côté de l'Anduin. Théoden s'était bien entendu incliner, et les avait chaleureusement remerciés, les assurant que leur présence au Gouffre de Helm resterait gravée dans la mémoire et les récits de son peuple.
Après que Celeb ait posé une dernière fois une main contre son cœur, en signe d'adieu, les elfes s'en étaient allés.
Elanor les avaient regardé quitter Edoras avec un pincement au cœur. Les elfes l'avaient accueilli dans leurs logis, soignée et nourrie pendant des jours. Elle aurait aimée rester plus longtemps en Lorien pour découvrir ses merveilles, et la beauté de son peuple. Galadriel l'avait aidée, et sans elle, Elanor n'aurait jamais pu rejoindre ses compagnons aussi vite. Elle lui était entièrement redevable. Les elfes allaient indéniablement lui manquer. D'ailleurs, Fondcombe lui manquait énormément.
Legolas passait beaucoup de temps avec elle, et Gimli se joignait souvent à eux. L'elfe restait discret sur leur relation, et il ne démontrait aucune attitude différente de celle qu'il avait avant le banquet en présence de leurs amis. Ses gestes étaient cependant plus tendres, et attentionnés vis-à-vis d'elle. Seul quelqu'un qui le connaissait bien aurait pu réussir à le déceler. Elanor se contentait des rares moments d'intimités qu'ils pouvaient s'offrir, sachant que la guerre n'était pas loin.
L'atmosphère à Edoras était relativement agréable, mais il en était tout autrement à l'intérieur du palais de Meduseld. La tension entre le roi Théoden et Aragorn s'était un peu apaisée, mais la menace d'une autre bataille imminente pesait sur les épaules et l'humeur de chacun. Ainsi les deux hommes ne se parlaient presque pas. Aragorn avait élu domicile à l'extérieur du palais, passant ses journées seul à guetter la moindre lueur par-delà les montagnes blanches. Il attendait un signe venant du Gondor, et Elanor regardait parfois dans cette direction, avec l'appréhension et la peur au ventre.
Depuis ce qui s'était passé avec le Palantir, elle avait évité le plus possible Eomer. Le neveu du roi lui lançait des regards méfiants lorsqu'ils se retrouvaient dans la même pièce, mais il n'avait pas cherché à renouer le contact. Elanor sentait qu'il la surveillait, cherchant dans l'ombre de ses pas et ses actes la moindre trace d'une trahison. Mais le Rohirim tint parole, et il garda le silence sur ce qui s'était passé.
Elanor fut soulagée d'apprendre qu'il était un homme d'honneur.
Cela lui évitait bien des ennuis, et de devoir fournir des explications à ses amis. Ces derniers ne s'étaient d'ailleurs aperçus de rien.
Elanor fut toutefois surprise de l'attention qu'on lui portait. Elle s'aperçut vite que les soldats de Théoden, et même les habitants d'Edoras posaient des regards instants sur elle. Elle était même épiée lorsqu'elle sortait. Un peu effrayée, Elanor se demanda pourquoi on la regardait constamment. Elle crut d'abord que cet intérêt était dû au fait qu'elle était une étrangère, et qu'elle accompagnait des guerriers inhabituels. Un Dunedain du Nord, deux semi-homme, un magicien, un nain et un elfe étaient en effet des compagnons assez étranges pour une femme seule, et surtout aussi jeune qu'elle. Mais elle s'était vite rendue compte que ce n'était pas uniquement la seule raison.
Au matin du troisième jour, Elanor marchait dans les rues d'Edoras, n'allant dans aucune direction particulière. Elle avait envie de parcourir les étals des commerçants, et découvrir ce qu'était la culture Rohirim dont on lui avait tant parlé durant son enfance. Elle essayait de se faire discrète, ne portant qu'une tunique brune sans fioriture, qui la rendait relativement banale. Mais certains des Rohirims l'avaient déjà vu de près, et leurs regards finissaient toujours par tomber sur elle. Elanor tentait d'ignorer les personnes qui la dévisageaient ou s'écartait à son passage, bien qu'intérieurement le malaise grandissait en elle.
Elle dépassa un groupe de garçons qui jouaient à se battre, et se pencha au-dessus d'un étal qui contenait des objets sculptés en bois. Il y avait quelques bijoux, et des choses servant davantage à la vie quotidienne, comme des cuillères ou des bols.
Elle s'apprêtait à passer à un autre stand lorsque quelqu'un s'arrêta à côté d'elle et lui bloqua la route.
- C'est vous la Fleur de Cerin Amroth ?
Surprise, Elanor leva les yeux, et observa le garçon qui la regardait fixement. Il ne devait pas voir plus de onze ans, et avait une épée courte et émoussée à la main, qui lui avait probablement servie un peu plus tôt à jouer avec ses amis.
- Mon père dit que c'est vous qui avez ce beau cheval noir, reprit le garçon. C'est vous l'étrangère qui s'est battue au Gouffre de Helm ?
- Euh… oui, répondit Elanor, perplexe.
Elle regarda par-dessus son épaule, et vit les trois autres garçons qui observaient la scène de loin. Ils baissèrent les yeux et se détournèrent rapidement. Elanor retourna son attention sur le garçon devant elle, et remarqua qu'il avait un air déterminé sur le visage. Elle ne mit qu'une seconde avant de comprendre que ses amis l'avait désigné, et qu'il devait être surement le plus courageux d'entre eux.
Il serrait néanmoins son épée avec force, signe de sa nervosité.
- Pourquoi m'appelles-tu « la Fleur de Cerin Amroth » ? demanda Elanor.
Le garçon blond haussa les épaules.
- C'est comme ça qu'ils vous appellent.
Elanor fronça les sourcils.
- « Ils »? Qui ça ?
- Les elfes.
Elanor ouvrit la bouche, stupéfaite. Rougissant brusquement, le garçon prit ses jambes à son cou, et détala vers ses amis.
- Hey ! Attends !
Le groupe discuta rapidement, et voyant qu'elle se dirigeait vers eux, détala derrière les habitations. Elanor resta immobile au milieu de l'allée.
La fleur de Cerin Amroth ? Pourquoi les elfes l'avaient-ils affublé de ce nom ?
Elle se détourna, et continua à avancer dans la rue principale. Avaient-ils trop bu durant le banquet ?
Cerin Amroth. Cela lui disait pourtant quelque chose.
Où est-ce qu'elle l'avait entendu ?
- Elanor ?
La jeune fille s'arrêta pour la deuxième fois, et se retrouva face à Legolas.
- Oh, Legolas.
- Tout va bien ? lui demanda l'elfe.
Il pencha la tête, et regarda son visage avec attention, remarquant visiblement son trouble.
- Oui, répondit Elanor. Oui ça va. Que fais-tu là ?
- Je te cherchais. Gimli voudrait nous montrer quelque chose. Veux-tu te joindre à nous ?
Elanor haussa les sourcils.
- Que veut-il nous montrer ?
Un sourire flotta sur les lèvres de Legolas.
- Je n'en ai aucune idée. Mais tu connais les nains et leur opiniâtreté. Je ne pouvais pas refuser.
Sa remarque l'amusa, et le visage d'Elanor s'illumina.
- D'accord, je te suis. Où allons-nous ?
- Au Palais.
Elanor hocha la tête, et emboita le pas de Legolas. Ils remontèrent la colline et trouvèrent le nain dans la coursive, au pied du palais, entouré de quelques soldats Rohirims. Tous semblaient de très bonne humeur, et un petit cercle s'était formé autour de Gimli.
- Allez ! A votre tour !
Il y avait de l'agitation au milieu du rassemblement. Un Rohirim le chargea, et Gimli l'évita de peu. Elanor et Legolas s'arrêtèrent net, surpris par la scène.
- Allez Déorwine ! Tu peux le battre, lança un soldat.
Le nain et l'homme avaient tous les deux des bâtons en bois dans les mains, et se tournaient autour. Elanor et Legolas s'avancèrent jusqu'au cercle, et regardèrent le combat avec perplexité. Déorwine s'élança une seconde fois vers Gimli, et celui-ci brandit son bâton comme une hache de guerre. Il poussa un rugissement, et frappa le Rohirim en pleine poitrine.
Déorwine tomba et lâcha son bâton.
- Aha ! J'ai gagné ! s'exclama Gimli.
Des rires et des applaudissements suivirent, et Gimli aida Déorwine à se relever.
- C'était de bonne guerre l'ami.
Elanor sentit Legolas soupirer à côté d'elle.
- Quel est le but de tout cela ? demanda-t-il à mi-voix.
Sa remarqua passa inaperçu, hormis aux oreilles d'Elanor.
- Allons, qui veux maintenant me défier ? lança Gimli. Il faudra plus qu'un homme pour battre un nain.
Il parcourut la foule du regard, et les aperçut enfin.
- Ah, Legolas, vous voilà enfin ! Allez venez !
L'elfe croisa les bras, et regarda sévèrement Gimli.
- Et pourquoi me battrais-je contre vous ?
- C'est un jeu. Le premier qui tombe a perdu.
- Est-ce vraiment nécessaire ? murmura Legolas.
- Quoi, vous avez peur ? rétorqua le nain, moqueur.
Elanor vit une lueur enflammée apparaître dans les yeux bleus de Legolas. Les autres hommes regardèrent l'elfe et le nain, retenant leur souffle. L'expression de Legolas se durcit, contrastant avec son visage d'habitude si délicat.
Il se tourna soudainement vers Elanor, et glissa ses mains à sa ceinture. Celle-ci écarquilla les yeux lorsqu'elle vit qu'il saisissait ses deux dagues. Heureusement, il les retira prestement, et lui tendit les pommeaux avec un sourire rassurant. Elanor les regarda avec hésitation, puis les prit aussitôt.
Legolas s'avança ensuite au milieu du cercle, et prit le bâton sur le sol.
- Ce ne sera pas la première fois que j'humilierais un nain.
- Ah ! N'y comptez pas ! répondit Gimli. C'est moi qui vais gagner l'elfe !
- Vous croyez ? se moqua Legolas. J'ai des doutes à ce sujet.
Le nain poussa un rugissement qui ressemblait davantage à un rire, et assura sa prise sur son bâton. Les deux amis prirent position, chacun à sa manière. Une vague d'excitation et d'appréhension parcourut les Rohirims.
Legolas semblait grandement apprécier la situation, et Elanor put voir qu'il souriait. Taquiner Gimli était un de ses sports favoris. Les nains et les elfes… ils étaient si différents, et pourtant si ressemblants sous certains aspect. La fierté était la seule chose qu'ils avaient en commun. Elanor soupira, et attendit avec appréhension que le combat commence.
Gimli fondit le premier sur Legolas. Il cria et frappa l'air avec son arme inoffensive. L'elfe para, et esquiva l'autre coup avec une dextérité impressionnante.
- Pour l'instant, c'est moi qui gagne maître nain, lança-t-il, goguenard.
Gimli se retourna, légèrement contrarié d'avoir été berné aussi facilement.
- Ce n'est pas fini ! lança-t-il à Legolas.
Les hommes s'étaient mis à rire, et à encourager les deux compétiteurs joyeusement. Elanor éclata de rire lorsque Legolas donna un coup de bâton sur le casque de Gimli, ce qui acheva de mettre le nain en rogne.
Tous deux se battaient habilement, mais avec une technique au corps à corps drastiquement différente. Legolas semblait apprécier le combat rapproché et attendait que Gimli attaque, alors que le nain visait dans la puissance et l'adresse de ses coups.
Elanor regardait leur échange avec amusement. Cependant, les coups se firent plus puissants et plus dangereux au fil des minutes, et elle commença sérieusement à s'inquiéter pour la santé de ses deux amis. Autant mentale que physique. Le combat tournait à un concours de virilité stupide. A quoi jouaient-ils ? Gimli fonça sur Legolas pour la vingtième fois, avec tellement de rage qu'Elanor se mit à craindre pour Legolas. Et s'il réussissait à le toucher ? A lui faire mal ?
Legolas parvint à éviter Gimli de justesse, et sauta pour éviter une autre attaque à ras-de-terre.
Il était impossible de juger lequel était le meilleur combattant, car tous deux étaient à égalité. Gimli dominait par sa force et sa rapidité et Legolas par son agilité et sa souplesse. Ce combat pouvait encore durer des heures…
Elanor se dandina, et au moment même où elle pensait qu'il était temps de mettre fin à tout ça, Gimli parvint à toucher Legolas et à le désarçonner. Surprise, Elanor poussa un cri. L'elfe tomba sur le dos, et le nain s'empressa de poser son pied sur sa poitrine.
- Hah ! Vous avez perdu ! s'exclama-t-il.
Mais Legolas n'avait pas dit son dernier mot. Il frappa la jambe du nain avec son bâton, et Gimli lâcha prise. Legolas en profita pour balancer son pied dans le ventre du nain, l'envoyant valser un peu plus loin. Des acclamations de la part des Rohirims mirent fin à l'affrontement.
- Je crois que vous avez parlé un peu trop vite, Gimli. J'ai gagné.
Legolas se releva et épousseta sa tunique. Le nain se redressa, bougon.
- Tricheur ! répliqua le nain. Ce n'est pas juste, le combat était terminé. J'avais le dessus.
- Un combat n'est jamais terminé, tant que l'adversaire n'est pas mort, rétorqua narquoisement Legolas.
Gimli ravala ses paroles, et avec un air qui se voulait menaçant, le pointa du doigt.
- Tu me revaudras ça l'elfe !
Legolas répondit par un rictus, et Gimli s'éloigna, recevant des tapes amicales et des félicitations de la part des Rohirims.
L'elfe s'avança vers Elanor, et reprit les armes qu'elle avait gardées contre elle. Lorsqu'elle les lâcha, elle s'aperçut que le cuir du fourreau avait creusés des sillions rougeâtres dans ses paumes de mains. Elle avait été tellement nerveuse qu'elle ne s'était pas rendue compte qu'elle les serrait trop forts.
- J'ai crus que vous alliez vous entre-tuer, dit Elanor.
Legolas rangea ses dagues dans son ceinturon, et la regarda, amusé.
- Si j'avais voulu tuer Gimli, j'aurais pu le faire une dizaine de fois, répondit-il.
- Alors… tu as fait exprès de tomber ?
La défaite de l'elfe était étonnante, lui qui d'habitude ne se laissait jamais désarçonner par quiconque. C'était la première fois qu'il montrait un signe de faiblesse. A vrai dire, Elanor ne l'avait jamais vu saigner ou se prendre un coup d'un ennemi auparavant.
Legolas sourit.
- Croyais-tu que j'allais laisser le combat s'éterniser ? Ce n'est pas que je n'aime pas voir les nains courir, mais voir Gimli dans cet état me faisait presque de la peine.
Elanor le regarda, ahurie. Legolas paraissait tellement arrogant et nonchalant en disant cela. Elle mit la main devant sa bouche, essayant de contenir son hilarité, mais ne tarda pas à laisser son éclat de rire résonner dans la cour de Meduseld.
Legolas la rejoignit peu après.
Deux jours passèrent. Ce matin-là, Elanor se leva après une nuit écourtée par des cauchemars. Le soleil était à peine levé, et les occupants d'Edoras étaient pour la plupart encore endormis. Du coup, le petit-déjeuner n'avait pas encore été servi dans la grande-salle. Mais son ventre gargouillait déjà de faim. Elanor posa sa main sur son estomac pour la énième fois, et grimaça.
Elle se décida à aller faire un tour aux écuries pour passer le temps. Lorsqu'elle sortit, un vent frais lui frappa le visage, et elle vit quelques Rohirims dehors, occupés déjà à donner à manger aux oies et aux poules. De la fumée s'échappait de quelques chaumières, signifiant que ses occupants étaient tous justes levés.
Elanor descendit les marches, et traversa la cour en direction des écuries. Elle entra, et se dirigea vers le fond de l'allée. Par chance, les écuries étaient désertes.
Elle serait tranquille.
Nahar la vit et l'accueillit avec un petit hennissement ravi. Elanor lui caressa l'encolure.
- Almareä Aurë, mellon nin, murmura-t-elle.
Nahar pencha la tête vers elle, et la taquina de son museau. Amusée, Elanor lui ébouriffa la crinière noire au sommet de sa tête.
- Désolé de ne pas être venue hier.
Le cheval mâchouilla le rebord en bois de sa stalle, puis lui lécha la main. Elanor comprit immédiatement le message.
- Toi aussi, tu as faim ?
Nahar frappa du pied contre le sol. Elle se retourna, et regarda tout autour d'elle, cherchant dans les recoins la trace d'un sac d'avoine ou une botte de foin. Elle finit par repérer un petit baquet rempli de céréales, et alla le prendre.
- Voilà mon ami, manges.
Elle tendit le sceau à Nahar, et il plongea aussitôt le nez dedans, et commença à manger.
- C'est un très beau cheval que vous avez-là.
Elanor sursauta en entendant la voix masculine et fit volte-face. Nahar hennit, et recula légèrement, effrayé.
- Roi Théoden !
Ce dernier esquissa un sourire d'excuse.
- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous faire peur.
- Non, c'est moi… je pensais qu'il n'y avait personne à cette heure-là, dit Elanor, le cœur encore battant.
- Il y a toujours quelqu'un dans mes écuries.
Théoden s'avança à sa hauteur. Elanor se tourna de nouveau vers Nahar, et trouva plus facile de poser le sceau à ses pieds. Le cheval reprit son repas là où il l'avait laissé.
- Je n'ai jamais pu observer de cheval aussi exceptionnel que celui-ci, dit Théoden en regardant Nahar. Où l'avez-vous trouvé ?
- En Lorien. C'est Dame Galadriel me l'a donnée.
- Dame Galadriel ?
Théoden parut sans voix.
- L'elfe ?
Elanor acquiesça.
- C'est un cadeau inestimable, dit Théoden, impressionné. Elle doit vous tenir en grande estime pour vous avoir offert cette monture. Un cheval se mérite dans notre culture. Le cavalier doit faire ses preuves pour pouvoir le monter. Je me demande si c'est la même chose chez les elfes.
Le roi tendit la main vers Nahar. Le cheval renifla doucement l'homme, puis lui pourlécha les doigts. Un sourire ravi apparut sur les lèvres de Théoden. Elanor en profita pour le dévisager, et eut l'impression de le voir rajeunir de vingt ans. Il était si différent sous cet aspect. Théoden ne lui avait pas adressé des mots très gentils la dernière fois qu'il lui avait parlée, et pourtant il fit naître à cet instant chez elle un sentiment de sympathie.
- C'est un bon cheval. Robuste, élégant et taillé pour la guerre, dit le roi.
- Oui, il l'est.
Théoden tourna son regard vers elle.
- Vous êtes jeune. La vie est devant vous. Pourquoi éprouvez-vous autant d'attirance pour les batailles ? demanda-t-il.
Elanor le regarda et vit une vraie lueur de curiosité et de respect, contrairement à la réprobation qu'elle s'attendait.
- Je n'aime pas vraiment ça, répondit Elanor. Tuer des orques et me battre, cela n'a jamais été dans mes désirs. Je préférerais de loin retourner chez moi, et vivre loin de tout ça.
- Cela est encore possible.
Elanor savait que le roi ne lui souhaitait que du bien. Mais il ne comprenait dans quoi elle s'était engagée, et les enjeux qu'il y avait derrière son retour étaient trop importants. Elle ne pouvait pas fuir. Plus maintenant. C'était trop tard.
Mais Théoden ne savait pas tout ça. Il ne la voyait que comme ce qu'elle était. Une jeune femme, humaine et vulnérable. Il ne se doutait pas de ce qu'elle avait traversée, et la raison pour laquelle elle était là.
Si seulement il savait…
- Pardonnez-moi roi Théoden, mais même si je le voulais, il me serait impossible de retourner chez moi, répondit Elanor.
Elle sentit le roi se figer, et continua sur sa lancée :
- La guerre est partout. C'est elle et les orques qui m'ont éloigné de ma maison. J'habitais en Eriador autrefois, avant que le seigneur Elrond ne me trouve. Je n'étais qu'une serveuse de taverne dans l'auberge de ma famille d'adoption. Je pensais passer le reste de ma vie là-bas, jusqu'à ce que les orques ne m'enlèvent sur la route.
Elanor se tut, repensant aux souvenirs douloureux et traumatisants de sa détention. Théoden avait à présent une expression de surprise sur son visage. Il ne s'attendait surement pas à ces révélations.
- C'est à cause de la guerre que je suis ici aujourd'hui, reprit Elanor. Et c'est aussi parce que j'ai fait une promesse. Je ne resterais pas derrière à me cacher pendant que mes amis se battent et risquent leurs vies. Je me battrais avec eux, jusqu'à la fin s'il le faut.
Théoden la regarda longuement.
- Vous êtes une jeune fille très brave, dit-il. Vous me rappelez beaucoup Eowyn.
Une lueur mélancolique apparut dans les yeux de l'homme, et il resta silencieux quelques secondes. Elanor songea à Eowyn, qui lui avait paru un peu trop intéressée par son armure et son épée. Est-ce que ses soupçons étaient fondés ?
Théoden flatta l'encolure de Nahar, et se tourna de nouveau vers elle.
- Je pense que vos compagnons seraient très attristés s'il venait à vous arriver malheur. J'ai pu sentir leur attachement envers vous. Vous leur êtes spéciale.
Théoden lui sourit, et Elanor sentit une légère chaleur envahir son cœur.
- Un jour vous donnerez la vie, continua-t-il. Le champ de bataille n'est pas un endroit pour une jeune fille. Nous nous battons pour les sauver, pas pour les voir étendues mortes à nos pieds. Il n'y a pas de pire vision à mes yeux que cela, avoua-t-il.
Ses yeux hantés exprimaient sa préoccupation.
- J'apprécie votre compassion, roi Théoden, répondit Elanor.
Elle s'inclina respectueusement. Le roi la regarda encore quelques secondes, troublé, puis sembla juger qu'il était temps pour lui de se retirer.
- Passez une bonne journée, demoiselle Elanor.
Théoden lui fit un dernier signe de tête et s'éloigna vers la sortie, la laissant seule avec Nahar. Elanor le suivit du regard, et se dit que cette conversation fortuite avait été des plus surprenantes. Le roi n'était pas aussi froid qu'elle le pensait. Il s'inquiétait même de son propre sort, alors qu'il ne lui devait rien. Il était en vérité un homme généreux, mais plein de peur et d'appréhension vis-à-vis de ce qui se profilait.
Legolas lui avait raconté comment il avait été possédé par Saroumane. En y repensant, ce n'était pas très étonnant qu'il soit effrayé par les pouvoirs de Sauron. Qui ne le serait pas ?
Elanor resta encore quelques minutes dans les écuries, puis décida de retourner au palais.
Lorsqu'elle entra dans la grande-salle, elle remarqua que tous ses occupants, ou presque s'y étaient installés. Théoden se trouvait en compagnie de ses conseillers et d'Eomer, et il semblait qu'ils discutaient des derniers plans de guerre. Legolas se trouvait à l'écart, adossé à une colonne, et Eowyn, Gimli et Merry étaient attablés derrière lui. Elanor se dirigea vers eux, et l'elfe l'accueillit avec un léger sourire.
- Bonjour, les salua-t-elle.
Eowyn inclina la tête.
- Bonjour.
- Ah ! Bonjour Elanor, bien dormi ? s'enquit Gimli, de bonne humeur.
- Oui, merci.
- Tu t'es levée tôt ce matin, remarqua Legolas.
- Oui.
Elanor attrapa un bol de soupe, et y plongea sa cuillère. Le ragoût était un peu salé, mais très bon.
- Je n'ai pas très bien dormi.
- Cette fois, vous ne pourrez pas dire que c'est à cause de moi, plaisanta Gimli.
- Il n'empêche que vous ronflez toujours aussi fort.
Elanor faillit s'étouffer avec sa soupe lorsqu'elle entendit Merry répondre au nain. Eowyn ne se retint pas, et ria ouvertement alors que le sourire de Legolas devenait narquois. Gimli sortit sa pipe, et l'alluma en guise de réponse.
- Qu'avez-vous prévue de faire aujourd'hui ? demanda Eowyn.
Elanor regarda la Rohirim, pensive.
- Oh, je ne sais pas. A vrai dire je n'ai pas vraiment d'idée, répondit-elle.
- Est-ce que ça vous plairait de vous entrainer à l'épée avec moi ? demanda Eowyn, enthousiaste. On m'a dit que vous étiez particulièrement douée.
La première question qui vint à l'esprit d'Elanor fut : « Qui a dit ça ? » Mais ensuite elle se rappela les mots de Théoden, et songea à la proposition qu'Eowyn venait de lui faire.
Ainsi, elle savait se battre ? Intéressant.
- Oui… pourquoi pas. Disons cet après-midi ? proposa Elanor.
Un sourire ravi apparut sur les lèvres d'Eowyn.
- C'est d'accord !
- Je veux venir moi aussi ! réclama Merry, excitée.
Gimli ricana.
- Ne vous emballez pas trop Meriadoc ! Vous n'avez même pas d'épée.
- Je suis sûre qu'on va lui en trouver une, dit Eowyn.
Alors que Merry allait répondre, un vacarme à l'entrée du palais les fit se retourner. Aragorn déboula soudainement par les grandes portes, poussant des cris à réveiller la maisonnée entière.
- LES FEUX D'ALARMES ! hurla-t-il. Les feux d'alarmes de Minas Tirith sont allumés ! Le Gondor appel à l'aide !
Elanor bondit sur ses pieds, oubliant son repas, suivit d'Eowyn et de Gimli.
Un silence de mort tomba, et tout le monde regarda Théoden qui resta sans réaction. Aragorn, haletant, était plié en deux et tentait de reprendre sa respiration. Le roi le regarda longuement, et Elanor se demanda soudainement ce qu'il allait dire.
- Et le Rohan répondra.
Aragorn se redressa, soulagé, et Théoden se tourna vers Eomer.
- Réunissez les Rohirims ! ordonna t-il. Nous partons !
Eomer acquiesça, et posa une main réconfortante sur l'épaule de sa sœur avant de quitter le palais. Elanor souffla, et croisa le regard satisfait de Legolas. La tranquillité qui planait dans le palais ce matin-là s'était envolée tout d'un coup, laissant place à une soudaine agitation. Eowyn continuait à regarder dans la direction où son frère avait disparu, et s'elle excusa brusquement, se glissant derrière la porte du fond.
Elanor vit la scène, et ne put s'empêcher de penser qu'elle avait une idée derrière la tête.
- Je vais préparer mes affaires, dit Elanor à l'attention de ses compagnons.
Legolas acquiesça, et la plupart de ses compagnons lui emboitèrent le pas, se dirigeant vers leur dortoir pour rassembler leurs effets personnels.
Les cris résonnèrent dans Edoras, et bientôt les rues furent remplies de soldats habillés de vert émeraude et d'or. Des cavaliers furent dépêchés dans les villages alentours, et ils attendirent toute la matinée que d'autres Rohirims les rejoignent. Le départ fut annoncé à midi.
Théoden prit Eomer à part, et lui demanda de rassembler une armée à Dunarrow, et de l'attendre au point de rendez-vous.
- Tu as deux jours. Au troisième, nous partirons pour le Gondor, et la guerre, lui dit-il.
Elanor avait revêtis son armure, et après avoir rassemblé le peu d'affaire qu'elle avait, elle alla directement en direction des écuries. Legolas et Gimli étaient déjà là, et l'elfe avait scellé Arod. Contrairement aux hommes, les elfes utilisaient beaucoup moins d'équipement pour les cheveux, et il n'y avait pas besoin de mors ou de certains harnachements inutiles. Comme lui, Elanor fut donc rapidement prête, et elle les rejoignit dans la cour. Le nain et l'elfe étaient déjà sur le cheval.
- Les cavaliers, humph ! J'aurais aimé pouvoir rassembler une armée de nains crasseux et armés jusqu'aux dents ! fit part Gimli à l'adresse de Legolas.
- Vos cousins n'ont surement pas besoin d'aller à la guerre, répondit Legolas. Je crains que la guerre ne soit déjà sur leurs terres.
Gimli médita les paroles de l'elfe, et son visage s'assombrit. Elanor commença à attacher son sac qui contenait son heaume à la selle.
- Le mal de Dol Guldur n'a cessé de grandir ces dernières années, ajouta Legolas
Alors que l'inquiétude s'emparait de Gimli, Legolas tenta de le rassurer.
- Ne vous inquiétez pas, mon père apportera de l'aide à votre peuple. Nous combattons les orques et les araignées dans la forêt depuis longtemps. Il ne les laissera pas prendre de nouveau Erebor. Et n'oubliez pas que les hommes de Dale sont aussi nos alliées. Bain est un souverain sage et aguerri, tout comme son père l'était. Ils résisteront.
- J'espère que vous dites vrai l'ami.
Gimli ne paraissait pas totalement apaisé, et Elanor stoppa un instant ce qu'elle était en train de faire pour le regarder. Bilbon lui avait raconté tant de choses au sujet de la montagne solitaire. Il n'était jamais rentré dans les détails, mais au vu de ce qu'il avait dit, Elanor avait compris que la bataille devant les portes d'Erebor avait été des plus sanglantes. Trois nains étaient morts. Et non des moindres. Thorin, le roi de sous la montagne, et Fili et Kili, ses neveux et héritiers. Les larmes venaient aux yeux de Bilbon à chaque fois qu'il parlait d'eux, c'était peu dire de l'affection qu'il leur portait. Elanor n'avait jamais osée lui poser plus de questions à propos d'eux, ayant peur de rouvrir de vieilles blessures.
Elanor se retourna brièvement pour regarder Legolas et songea qu'il avait dû assister à tout cela. Si ça se trouve, il avait même participé à la bataille. Bilbon ne lui avait jamais parlé de lui. L'avait-il seulement rencontré ? La compagnie des nains avait connu de nombreuses mésaventures en essayant de reconquérir Erebor. Leurs rapports avec les elfes avait notamment été conflictuel en ce temps-là. Thranduil n'avait pas été des plus chaleureux, et il n'avait guère apprécié le motif de leur expédition.
Gimli devait lire dans ses pensées, car il posa exactement la même question qui taraudait l'esprit d'Elanor.
- Dîtes-moi, quels sont vos souvenirs de cette époque ?
Elanor vit Legolas se tendre, et une raideur apparut dans ses épaules.
- Et bien, ils sont encore vivaces. Il y a eu beaucoup de morts et tant de sacrifices. Je ressens parfois du chagrin et de la peine en y repensant...
- Thorin était un chef de haute stature, ça oui, marmonna Gimli.
Legolas acquiesça doucement. De la douceur apparut dans les traits de son visage.
- Il l'était oui.
- Dommage que je ne l'ai pas mieux connu, reprit Gimli. J'étais trop jeune lorsque mon père a repris la montagne avec les autres.
Il baissa les yeux, perdu dans ses souvenirs. Legolas parut perplexe, puis sourit.
- Il est vrai ! s'exclama-t-il, amusé. Je me souviens encore du portrait de vous et de votre mère que j'ai trouvée sur votre père Gloin. C'est drôle, j'ai encore l'impression que c'était hier.
Gimli écarquilla les yeux, et le regarda choqué.
- Parlez pour vous l'elfe, répliqua-t-il. Je devrais vous appeler grand-père. Même si vous êtes plutôt bien conservé pour votre âge !
Legolas perdit un peu son sourire, et Gimli rit derrière lui.
Les mots du nain résonnèrent dans la tête d'Elanor.
Grand père ?
Il est vrai que Legolas était vieux. Mais quel âge avait-il véritablement ? Il ne lui avait jamais dit.
Elle se mit soudainement à rougir en pensant aux baisers qu'ils avaient échangés.
Elanor n'y avait jamais réfléchie auparavant, mais elle se dit soudain que Legolas n'était peut-être pas la personne réelle qu'elle voyait. Contrairement à son apparence, il n'était pas jeune. En vérité, il était vieux. Très vieux. C'était un elfe après tout. Et il avait une sagesse et un savoir qu'elle n'avait pas.
Il avait peut-être cent ans, mille ans… ou plus. Elle commença à paniquer à cette idée. Plus de mille ans, c'était énorme !
Elanor monta sur le dos de Nahar, et croisa le regard de Legolas. La tendresse qu'elle y vit parvint à évincer peu à peu ses pensées négatives.
En fait, peu importait qu'il ait cinq cent ou milles ans. Elanor chassa ses idées préconçues, et songea à l'elfe, qui était devenu un réel soutien pour elle. Même s'il avait mille ans, Legolas ne faisait pas son âge, et il n'y avait rien de véritablement honteux dans leur relation. Sa présence seule suffisait à l'apaiser, et c'est ce qui comptait.
La voix d'Eomer retentit par-dessus la cité d'Edoras au moment où Legolas et Gimli la rejoignait.
- L'heure est venue ! Cavaliers du Rohan, vous avez prêté serment ! Respectez-le ! Pour le seigneur et le terre !
Eomer hurla et la garnison d'un millier d'homme se mit en marche. Elanor lança Nahar au trot, et ils rejoignirent la tête du cortège, en compagnie de Théoden, Eowyn et Aragorn.
Ils mirent toute une journée pour arriver à Dunharrow. Les tentes étaient déjà montées, et l'armée commençait tout juste à se rassembler au point de rendez-vous.
Théoden les conduisit à travers la plainte défraichie, et ils grimpèrent jusqu'en haut de la montagne, empruntant un passage sinueux et escarpé à cheval. Ils atteignirent le sommet au bout de longues minutes d'ascension, qui donnait sur un plateau naturel offrant un large panorama des alentours.
Epuisés, ils furent soulagés de pouvoir mettre le pied à terre, et ne mirent pas longtemps à préparer le campement. Eowyn proposa à Elanor de partager sa tente, ce qu'elle accepta avec gratitude.
Elle s'endormit rapidement ce soir-là, et ne se réveilla que lorsque le soleil fut haut dans le ciel.
Eomer arriva avec deux milles lances supplémentaires un jour plus tard.
Théoden descendait souvent en bas de la plaine pour s'enquérir des nouvelles, et faire acte de présence auprès de ses troupes. Les Rohirims accueillaient plutôt bien leur roi, et tous étaient de bonne humeur. Cependant, certains messagers qui avaient été envoyés dans des villes attenantes revinrent seuls. Ainsi, les cavaliers du Snowbourn ne répondirent pas à l'appel, tout comme bien d'autres.
Théoden regagna son campement, inquiet. Le soir, Elanor le vit avec Aragorn près de la falaise donnant sur la plaine. Les deux hommes discutaient des dernières nouvelles, et à ce que put entendre Elanor, elles n'étaient pas bonnes.
- Cela nous fait donc six milles lances. C'est moins de la moitié de ce que j'espérais, dit le roi.
- Six milles ne seront pas suffisants pour percer les lignes du Mordor, dit Aragorn.
- D'autres viendront, attendons encore.
- Chaque heure perdue accélère la défaite du Gondor, rétorqua Aragorn. Nous avons jusqu'à l'aube, puis il faudra partir.
Elanor se tenait juste derrière eux. Même si des renforts arrivaient juste à temps, comment allaient-ils vaincre des milliers orques, trolls, et bêtes encore plus terrifiantes devant les portes de Minas Tirith ?
Ils étaient trop peu nombreux, songea Elanor. Cette bataille tournerait au désastre. Ils allaient se faire massacrer.
Un hennissement de cheval attira son attention, et Elanor vers la montagne. Un Rohirim se démenait à maintenir un étalon qui se cabrait sauvagement. Le cheval avait l'air paniqué, sans véritable raison. Et il n'était pas le seul d'autres chevaux étaient agités depuis qu'ils étaient arrivés. Juste devant le Rohirim, un passage naturel creusait dans la montagne, menant sur une route inconnue.
Elanor se retourna, et vit que Théoden et Aragorn s'étaient rapprochés d'elle, également attirés par le chahut.
- Cette route, où mène-t-elle ? demanda Elanor.
- C'est la route de Dim Holt, le chemin des morts, répondit Théoden. Aucun de ceux qui s'y sont aventurés n'est revenu. Ne pensez même pas à y aller jeune fille, cette montagne est maudite.
Théoden s'éloigna et retourna dans sa tente. Aragorn s'avança davantage et regarda fixement l'entrée du chemin.
- Aragorn ?
Le rodeur ne lui répondit pas, et continua d'observer la route. Elanor regarda à son tour, et eut l'impression de voir une brume verte, puis des contours d'une silhouette se dessiner au milieu du chemin. Croyant avoir une hallucination, Elanor cligna des yeux et secoua la tête. Ce n'était pas possible. Elle devait voir trouble. Cependant, la chose était bien là, et elle devint même de plus en plus visible.
Une silhouette verte avec un sourire goguenard apparut en plein milieu du chemin, ballotté par la brise.
- Qu'est-ce que… ? s'exclama-t-elle.
- Elanor ! Aragorn !
La voix de Gimli lui fit faire un bond, et Elanor se retourna.
- Trouvons de la nourriture, dit le nain.
- Gimli ! le réprimanda Elanor. Ne refaites plus jamais ça !
- Allons-donc, je vous connaissais pas aussi froussarde !
Elanor se détourna et regarda à nouveau la route.
Il n'y avait plus rien. Le spectre avait disparu.
Elle échangea un regard surpris avec Aragorn. Gimli s'éloigna, et le Dunedain lui fit signe de le suivre.
- Venez.
Ils rejoignirent Gimli et Legolas qui attendaient près d'Arod.
- On va à la chasse ? demanda le nain.
Gimli se tourna vers Aragorn. Ce dernier acquiesça.
- Je vais chercher mon cheval, attendez ici.
Legolas se tourna vers elle.
- Tu viens avec nous ? demanda-t-il.
- Non, merci. La chasse, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Je vais vous attendre ici.
L'elfe acquiesça, et lorsqu'Aragorn revint, ils partirent aussitôt, accompagné de quelques Rohirims.
Ils revinrent au campement deux heures plus tard, avec un butin s'élevant à deux biches et quelques lièvres maigrichons. Elanor s'empressa de prendre un lapin des mains d'Aragorn, et rejoignit la tente où étaient entreposé du matériel servant principalement à faire la cuisine. Quelques femmes avaient fait le déplacement, uniquement pour assurer le service auprès du roi et de ses conseillers. Elles n'étaient en tout qu'une dizaine et s'affairaient déjà à préparer le repas pour le soir.
Même si le travail la dégoutait, et qu'elle avait horreur du sang, Elanor commença à dépecer l'animal. L'odeur fut particulièrement désagréable et entêtante, mais elle fut assez satisfaite de voir que le sang ne l'impressionnait plus autant qu'auparavant.
Au bout de quelques minutes, les pans de la grande tente s'écartèrent et Legolas entra. Quelques jeunes femmes se retournèrent, et certaines se mirent à rougir ou à glousser bêtement en voyant le seigneur elfe. Elanor arrêta son geste, légèrement irritée par leur attitude et leva les yeux vers Legolas.
L'elfe se dirigea aussitôt vers elle.
- Legolas ? Que fais-tu ici ?
Elle remarqua qu'il avait quelque chose dans les bras. Legolas s'arrêta à sa hauteur et déposa devant elle quelques baies, herbes, racines étranges.
- Où as-tu trouvée tout ça ? demanda Elanor, perplexe.
Elle regarda sa récolte, et se demanda si les Rohirims allaient manger ce qu'il avait ramassé. Certaines racines et autres plantes lui étaient totalement inconnues. Elle saisit une racine blanche à l'aspect douteux et l'observa.
- Ça se mange ?
Legolas lui prit délicatement la racine des mains.
- Pas avant de l'avoir préparé comme il faut.
Elanor regarda les femmes qui s'affairaient à découper la viande. Celles-ci étaient retournées à leur occupation, et ne leur prêtait plus attention.
- Je crois qu'aucune de nous ici ne saurait comment faire. Tu vas devoir nous aider.
Legolas acquiesça, et s'assit à côté d'elle. Il sortit sa dague, et sous le regard curieux d'Elanor, commença à désosser méticuleusement certains végétaux.
Les elfes avaient vraiment une façon étrange de faire la cuisine, songea-t-elle, amusée. Utiliser l'arme qui avait servi à tuer des orques pour découper des légumes était assez cocasse.
Mais voir que Legolas savait préparer des aliments était d'autant plus surprenant. Lorsque la communauté était encore au complet, c'était Sam qui s'occupait principalement de préparer à manger. N'étant pas très bonne cuisinière, Elanor lui avait joyeusement laissée cette corvée.
Elle finissait tout juste de découper la viande, lorsque les pans de la tente s'écartèrent à nouveau. Eowyn et Gimli entrèrent. Le nain jacassait joyeusement avec la jeune fille blonde, ce qui attira aussitôt l'attention de toutes les personnes dans la tente.
- Alors ! Que nous préparent ces jolies dames ? s'exclama-t-il plein d'entrain.
Elanor se redressa, les mains sanglantes. Gimli s'immobilisa net, écarquilla les yeux lorsqu'il les remarqua enfin.
- Legolas ! Que faites-vous là ?
L'elfe leva la tête, oubliant un instant son occupation.
- Je travaille à faire le diner, maître nain.
- Un prince elfe qui fait la cuisine ? Par ma barbe, j'aurais tout vu ! se moqua Gimli, presque choqué.
Eowyn mit poliment une main devant sa bouche, pour étouffer son rire. Quelques gloussements retentirent du côté des femmes. Legolas resta silencieux et relativement fier compte tenu de la situation. Prise de pitié, Elanor se rapprocha de lui, et haussa un sourcil à l'adresse de Gimli.
- Cela vous dérange-t-il que Legolas me tienne compagnie ? Sachez qu'il nous a trouvé des herbes qui iront très bien avec le gibier.
Gimli ouvrit la bouche, et les regarda à tour de rôle.
- Que… qu…
- Allons, Gimli, laissons-les terminer le diner. Vous mangerez bien assez tôt !
Eowyn poussa le nain en direction de la sortie, tout en lançant un regard amusé et complice à Elanor.
- A toute à l'heure ! lança-t-elle.
Elanor la remercia d'un sourire, juste avant qu'elle ne disparaisse avec un Gimli tout confus.
Legolas tourna la tête vers elle, et lui sourit.
- Merci.
Elanor sentit son cœur se gonfler d'affection, et une légère rougeur lui monta au cou. Vérifiant que les femmes étaient retournées à leurs couteaux, elle se redressa et l'embrassa brièvement sur la joue.
Surprit, Legolas caressa l'endroit où elle avait touché sa peau. Elanor baissa les yeux, et continua à couper la viande, se mordillant la lèvre.
Quelques heures plus tard, le diner fut servi et les rations distribuées un peu partout dans le campement. Elanor avait mangée avec ses compagnons et Eowyn, et le diner s'était passé dans une ambiance plutôt joyeuse, contrastant avec l'atmosphère maussade qui avait planée sur le groupe toute la journée. Eowyn et Merry s'étaient excusés depuis de nombreuses minutes, les abandonnant et retournant vers le centre du camp.
- Ma fois, la viande n'était pas mauvaise, complimenta Gimli.
Elanor échangea un regard avec Legolas, comprenant qu'il félicitait l'elfe indirectement. Ce dernier esquissa un sourire malicieux.
- Ne comptez pas sur moi pour vous donner la recette, répondit Legolas.
Gimli le regarda, et rit.
Alors qu'elle se retournait, Elanor vit Merry débouler derrière une tente toute proche, habillé de pied en cape comme un soldat du Rohan.
- Regardez ! s'écria-t-il tout excité. Eowyn m'a donné une armure et une épée ! Je suis prêt pour la bataille !
Merry s'arrêta pile devant eux et agita son épée dangereusement. Il manqua de peu la tête de Gimli, et la toile de la tente voisine.
- Oulà ! Merry attention ! s'exclama Elanor.
Gimli rouspéta, et Legolas le regarda avec des yeux ronds. Il était néanmoins amusé, et appuyé sur son arc planté dans le sol, il luttait pour ne pas rire. Merry s'immobilisa, contrit.
- Pardon, je ne la maîtrise pas encore bien. Elle ne coupe pas.
- Je crois que vous avez encore besoin d'entrainement, dit Elanor. Venez, allons chercher mon épée !
Merry acquiesça vivement, et Elanor adressa un dernier regard à Legolas et Gimli avant de s'éloigner. Elle ne fit que quelques mètres pour rejoindre la tente d'Eowyn. Celle-ci était d'ailleurs là avec Eomer, et un autre homme qui était assis auprès du feu. Le frère et la sœur semblaient être en grande conversation.
Elanor s'arrêta, et posa la main sur l'épaule de Merry alors que la voix d'Eowyn lui parvenait distinctement.
- … Merry a autant de raison d'aller à la guerre que vous. Pourquoi n'aurait-il pas le droit de se battre pour ce qu'il aime ?
- Tu en en sais aussi peu sur la guerre que ce semi-homme !
Elanor retint son souffle. Eomer s'avança lentement vers sa sœur.
- Quand la peur prendra ses tripes, quand le sang, les cris, et l'horreur de la bataille fera fureur… crois-tu qu'il restera et se battra ?
Eowyn resta silencieuse.
- Non, il s'enfuira, continua Eomer. Et il aura bien raison. La guerre est le domaine des hommes, Eowyn.
Il sa main sur l'épaule de sa sœur, mais celle-ci le défia du regard.
Elanor entendit un petit bruit à côté d'elle, et baissa les yeux. Merry s'éloigna vers sa tente, le pas hâtif. Horrifiée, Elanor comprit que les mots d'Eomer l'avait certainement blessé, et elle voulut partir à sa poursuite. Mais ce que dit Eowyn ensuite acheva de la couper dans son élan.
- Il y a pourtant bien une femme qui se bat ici, rétorqua-t-elle. Elanor a pu choisir ce qu'elle voulait, elle !
- Ce n'est pas pareil, répliqua Eomer. Elle n'est pas comme…
Eomer aperçut Merry qui traversait le campement, et il se tut. Son regard dévia, et il finit par apercevoir Elanor qui se tenait à quelques mètres d'eux. Le trouble apparut sur son visage. Puis lentement le doute et la colère y apparurent, et il reposa les yeux sur Eowyn.
- Elle n'est pas des nôtres, acheva Eomer. Eowyn, lorsque nous seront partis, tu devras veiller sur notre peuple.
L'expression d'Eowyn se durcit.
- Ce n'est pas à toi de me dire ce que je dois faire ! répliqua-t-elle.
Furieuse, elle se détourna de lui et partit vers sa tente, mettant fin à la conversation. Eomer serra les poings, et regarda sa sœur s'éloigner. Le Rohirim qui était près du feu, et qui avait entendu toute la conversation était curieusement absorbée dans sa gamelle, et il prit soin de ne pas lever les yeux. Elanor se sentit mal à l'aise, et voulut faire demi-tour, mais Eomer se précipita vers elle, et l'en empêcha au dernier moment.
- Ne lui donnez pas trop d'espoir, lui chuchota-t-il. A moins que vous ne voulez avoir la mort de ma sœur sur la conscience. Si cela arrive, sachez que je ne l'oublierais pas.
- Je ne peux être responsable des actions de votre sœur, rétorqua Elanor. Et elle est assez grande pour faire ses propres choix.
Eomer s'approcha un peu plus de son visage, et Elanor eut malgré elle un mouvement de recul.
- C'est à cause de vous qu'elle a ces idées derrière la tête.
- Je n'y suis pour rien, rétorqua Elanor, outrée.
Eomer fronça les sourcils.
- Vous lui donnez l'exemple. Elle s'identifie à vous ! Cependant les femmes comme elle n'ont rien à faire à la guerre. Je ne laisserais pas ma sœur se sacrifier sur le champ de bataille ! Jamais !
La douleur apparut dans son regard, et il lui tourna le dos. Eomer se rassit près du feu, mais délaissa son diner, les yeux perdus dans le vide.
A cet instant précis, Legolas apparut derrière Elanor.
- Que te voulait-il ?
Elanor essaya de se recomposer une expression détendue, et se retourna.
- Rien de bien important. On discutait c'est tout.
- Ca ne ressemblait pas vraiment à une discussion pour moi, remarqua Legolas.
Il leva un sourcil.
- Tu es sûre que ça va ?
Elanor regarda Eomer. Legolas savait très bien que la conversation n'avait pas été des plus amicales. Il devait avoir entendu la fin de leur conversation.
- Il t'a menacé ? interrogea-t-il.
Deux yeux bleus la scrutaient, et Elanor sentit l'air s'électrifier. Elle resta silencieuse, et l'elfe prit cela pour un oui.
- Je vais aller lui parler, annonça Legolas.
- Non !
La peur s'insinua brusquement en elle. Elanor posa sa main sur l'avant-bras de Legolas, tentant de l'apaiser. S'il discutait avec Eomer, il n'y avait aucun doute que ce dernier déballerait tout ce qu'il savait.
Le Palantir, sa résurrection, et sa mission… il raconterait tout ! Et ce n'était pas le moment pour ça !
- Non. Eomer est juste inquiet. Il n'y a rien de grave je t'assure.
Legolas la dévisagea longtemps, puis lui prit doucement les mains.
- S'il y avait quelque chose qui n'allait pas, tu me le dirais, n'est-ce pas ?
Elanor sentit un frisson glacial lui remonter l'échine.
- Oui, bien sûr.
Elle tenta de trouver autre chose à dire, afin de rassurer Legolas, mais rien ne lui vint à l'esprit. A ce moment précis, un garde poussa un cri d'alerte :
- Un cavalier en approche !
Elanor et Legolas se tournèrent vers lui, et se précipitèrent vers la falaise. D'autres Rohirims, en plus de Gimli vinrent les rejoindre.
Ils se penchèrent, et observèrent en contrebas l'homme encapuchonné qui gravissait rapidement la montagne. Il avait une allure noble et mystérieuse. Il était difficile de le discerner dans la nuit, mais son cheval avait l'air d'avoir une robe gis pommelée.
Elanor eut une étrange impression en regardant le cavalier, et son mal-être s'intensifia lorsqu'il arriva devant eux. Elle fut néanmoins surprise lorsqu'il enleva son capuchon.
- Seigneur Elrond !
L'elfe descendit de son cheval, et Elanor se précipita vers lui pour l'accueillir.
- Elanor !
Il ouvrit les bras, et Elanor s'y jeta aussitôt. Elrond la serra contre lui, et s'éloigna pour la regarder.
- Je t'ai crus morte pendant des semaines, dit-il, sévère. Et te voilà en pleine forme !
- Comment l'avez-vous sut ? demanda Elanor, qui était étonnée de savoir qu'Elrond avait eu la nouvelle de sa mort.
- Galadriel m'a prévenu. Elle nous a expliqué la situation.
Elrond posa une main sur sa joue.
- C'est une joie de te revoir.
Il se tourna enfin vers Gimli et Legolas.
- Mes amis, je suis heureux de notre nouvelle rencontre. Bien du temps a passé depuis la dernière fois.
Legolas mit la main contre son cœur et s'inclina. Gimli hocha la tête, et offrit un sourire amical à Elrond.
- Pourquoi êtes-vous ici ? interrogea Elanor.
- Les explications viendront plus tard, répondit Elrond. Je dois voir Théoden et Aragorn de toute urgence. Où sont-ils ?
- Le roi est dans sa tente. Nous allons vous conduire à lui, lui répondit Legolas.
Elanor regarda un peu plus attentivement Elrond, et vit que son visage était anormalement fermé. Il y avait quelque chose qui clochait.
- Je vais chercher Aragorn, proposa Elanor.
Elrond acquiesça, et il suivit Legolas et Gimli jusqu'à la tente de Théoden.
Elanor marcha à vive allure vers la tente d'en face qu'elle savait occupée par le Dunedain. Une lumière était visible à l'intérieur, ce qui signifiait qu'il était probablement réveillé. Elle s'arrêta cependant devant l'entrée, hésitant à y pénétrer.
- Aragorn ?
N'obtenant pas de réponse, Elanor se mit à douter. Etait-il vraiment là ? Voulant s'en assurer, elle écarta les pans de la toile et entra.
Aragorn était bien là. Cependant il dormait.
Elanor s'approcha de lui, et secoua doucement son épaule.
- Aragorn, réveillez-vous.
L'homme fronça les sourcils dans son sommeil, et marmonna. Il semblait faire un cauchemar. Elanor le secoua un peu plus brusquement.
- Aragorn !
Il se réveilla en sursaut, et attrapa aussitôt son couteau. Elanor poussa un cri et fit un saut en arrière, évitant de peu la lame aiguisée.
- Elanor ?
Aragorn cligna des yeux.
Il réalisa alors ce qu'il se passait, et baissa rapidement son couteau.
- Que faîtes-vous ici ?
Elanor posa sa main sur sa poitrine, tentant de calmer son cœur qui battait la chamade.
- J'essayais de vous réveiller. Le seigneur Elrond vient d'arriver. Il veut vous voir.
Les yeux d'Aragorn s'agrandirent.
- Il est ici ?
Elle acquiesça.
- Où est-il ?!
- Dans la tente de Théoden.
Aragorn se leva, et courut dehors habillé seulement d'un pantalon marron et d'une tunique qui lui servait pour la nuit.
- Aragorn, attendez !
Elanor tenta de le rattraper, mais l'homme avait une bonne avance sur elle. Il dépassa Legolas et Gimli, et entra sans plus de cérémonie dans la tente de Théoden.
Elanor s'arrêta net devant l'entrée, et échangea un regard confus avec ses deux amis. Théoden ressortit quelques secondes plus tard, et il ne fit aucun commentaire.
Après de nombreuses minutes, Aragorn finit par sortir avec Elrond. Son expression alerta aussitôt Elanor, car le visage du Dunedain était émacié et ses yeux brillants. De nombreuses années semblaient être tombées sur ses épaules en l'espace de quelques minutes.
Comprenant que quelque chose de grave s'était produit, Elanor retint son souffle. Aragorn tenait une grande épée dans les mains, ce qu'elle remarqua après-coup. Le pommeau noir et argenté était fin et long, en forme de croix. L'épée quant à elle était très longue. Elanor réalisa soudainement qu'elle avait déjà vu cette épée, mais sous une forme un peu différente.
C'était Narsil, l'épée d'Elendil qui fut brisée par Sauron. Ses morceaux étaient entreposés dans la chambre d'Elrond.
Les elfes l'avaient reforgée.
Elanor suivit des yeux Aragorn, alors que celui-ci s'éloignait.
- Il me faut retourner à Fondcombe, annonça Elrond.
Elle tourna la tête vers le seigneur elfe, sortant de son observation.
- Mais vous venez à peine d'arriver, dit-elle, un peu déçue.
- Je ne peux rester plus longtemps. Quelqu'un m'attends.
Elrond baissa légèrement la tête, cachant une partie de son visage dans l'ombre de son capuchon. Elanor y vit cependant la douleur et le chagrin y apparaître.
- Arwen est mourante, ajouta-t-il.
- Comment ?
Elanor sentit ses amis ressentir la même horreur qu'elle. Legolas et Gimli regardèrent Elrond avec des yeux écarquillés.
- Elle est très faible. Je dois retourner à son chevet, reprit Elrond. L'ombre de Sauron gagne de jour en jour du terrain et l'affaiblit. De votre victoire dépend son sort.
- Ainsi l'étoile du soir s'éteint, murmura Legolas, attristé.
- Nous les écraserons, s'exclama Gimli.
- Non, vous êtes trop peu nombreux pour remporter cette bataille maître nain. Sauron a d'ores et déjà envoyé ses légions en direction de Minas Tirith, et les Nazguls sont aux commandes, plus puissants que jamais.
Elrond posa ses yeux sur Elanor avec insistance.
- Que pouvons-nous faire ? interrogea Legolas.
- Aragorn doit emprunter le passage à travers la montagne, et trouver ce qu'il reste de ceux qui se sont jadis battus, répondit Elrond. C'est votre seule chance.
- Mais ce sont des traîtres ! répliqua Legolas, outré.
Elanor fronça les sourcils, et se demanda de qui ils parlaient. Gimli lui-même paraissait un peu perdu.
- Il n'y a plus guère de choix, répondit Elrond. Les alliances d'antan sont révolues. Votre père, le roi Thranduil est bien trop occupé sur ses terres pour envoyer une armée. Et les nains d'Erebor, et les hommes de Dale également. Le mal grandit à Dol Guldur. Les nains, les hommes et les elfes devront une nouvelle fois s'allier pour vaincre les orques qui pullulent sur leurs terres. Il y aura là aussi une grande bataille.
Legolas et Gimli échangèrent des regards remplis d'inquiétude. Elanor les regarda pensivement, ainsi leurs soupçons s'étaient avérés fondés.
- Il attaque sur tous les fronts, murmura-t-elle. D'abord le Rohan, le Gondor, et ensuite le Rovhanion… il cherche à nous diviser.
- Oui, acquiesça Elrond. Sauron veut à tout prix éviter que les peuples de la Terre du Milieu ne s'unissent à nouveau devant les portes noires. Si cela se produit, il sait qu'il ne pourra pas gagner. D'autant que cette fois, il n'a pas l'anneau unique en sa possession.
Un silence tendu suivit sa déclaration.
L'anneau. Où était Frodon ? se demanda Elanor. Etait-il en vie ?
- Je dois partir.
Elrond posa une main sur l'épaule d'Elanor, ce qui la sortit de sa léthargie.
- Fais attention à toi, lui dit-il.
Elanor acquiesça, et Elrond se pencha à son oreille et lui chuchota :
- Ne suis pas Aragorn. Il te faudra prendre une autre route demain.
L'elfe s'écarta, et Elanor le regarda avec de grands yeux.
- Bonne chance à vous, Legolas Thranduillion et Gimli, fils de Gloin, les salua Elrond.
Ses deux amis s'inclinèrent, et Elrond remonta sur son cheval avec élégance et aisance. Il leur adressa un dernier signe de tête, puis reprit la route sinueuse qui descendait, et disparut dans la pénombre de la nuit.
Legolas s'éloigna sans rien dire, et Elanor suivit Gimli qui s'installa près du feu. Toutes les informations qu'elle venait d'apprendre de la bouche d'Elrond tournaient dans sa tête à folle allure. Arwen qui était mourante. La mission d'Aragorn. L'attaque à Minas Tirith. La présence des Nazguls… c'était trop.
Elanor ne comprenait pas pourquoi Elrond lui conseillait de ne pas suivre Aragorn. Elle n'avait pas envie de se séparer de ses compagnons maintenant. Et surtout pas de Legolas.
Mais Minas Tirith était menacée. Et les Nazguls se trouvaient là-bas. Il n'avait peut-être pas tort.
Pippin était piégé à Minas Tirith avec Gandalf. Et Sauron croyait qu'il avait l'anneau. Le hobbit était en grand danger. Sauron remuerait ciel et terre pour retrouver l'unique, et il détruirait tout obstacle devant lui.
Aragorn coupa court à ses pensées lorsqu'il arriva avec Brego, son cheval. Gimli se leva et lui barra la route.
- Où comptez-vous dont aller ? demanda-t-il.
- Non, rétorqua Aragorn. Pas cette fois. Cette fois vous restez Gimli.
Legolas apparut alors derrière lui, tenant la bride d'Arod.
- Ignorez-vous tout de l'opiniâtreté des nains ? lança l'elfe.
Legolas avait scellé le cheval, et rassemblé leurs affaires incognito.
- Il va falloir l'accepter. Nous venons avec vous l'ami, ajouta Gimli.
Aragorn soupira, exaspéré, et il s'attendit alors à ce qu'Elanor se lève à son tour pour se porter également volontaire, mais elle ne le fit pas.
- Vous ne venez pas ? lui demanda le nain, surprit.
- Non, Gimli.
Elanor n'avait pas mis longtemps à se décider. Elle suivrait le conseil d'Elrond et resterait.
Si elle prenait le chemin des morts avec eux, elle arriverait peut-être trop tard à Minas Tirith. Les Nazguls devaient être arrêtés. Elle devrait chevaucher avec les Rohirims. Demain, elle irait avec eux au-devant de la bataille.
Elle n'avait pas oubliée les recommandations de Melian, et en cela elle était partagée avec sa mission. En quittant ses amis, elle ne pourrait plus protéger Aragorn. Cependant, quelque chose lui disait qu'Estel pouvait se débrouiller seul pour cette fois.
Elrond semblait lui faire suffisamment confiance pour l'envoyer sur ce chemin-là, et Elanor se dit avec la présence de Gimli et Legolas, tout irait bien. Elle tenta de s'en persuader du moins.
La peur et l'appréhension lui tordait le ventre, à l'idée qu'il puisse arriver malheur à Legolas et ses deux amis.
Elanor émergea de ses pensées, et tenta d'esquisser un sourire.
- Je reste ici. Quelqu'un doit veiller sur Merry.
Aragorn acquiesça, et parut presque soulagé de sa décision. Gimli et Legolas également, bien qu'ils soient tous les deux un peu déçus de leur séparation soudaine.
- Soyez prudents, leur lança Elanor.
Aragorn hocha la tête, et commença à avancer vers le passage de Dim Holt. Gimli lui emboita le pas, laissant Legolas en arrière.
L'elfe resta immobile et chercha une réponse dans son regard. Elanor sentit son estomac se nouer lorsqu'il s'approcha d'elle.
Legolas ne dit rien, et glissa sa main sous le col de sa chemise. Il en retira son pendentif doré, et le déposa avec précaution dans la main d'Elanor.
- Tiens, prends-le.
Elanor baissa les yeux, et regarda le bijou entre ses doigts avec émotion.
- C'est un gage de ma promesse, ajouta Legolas.
- Ta promesse ?
Legolas inclina la tête.
- Mon cœur t'appartient désormais... promet moi de faire attention.
Elanor sonda ses yeux bleus, et comprit qu'il savait qu'elle irait à la bataille. Il ne lui demanda pas pourtant d'y renoncer, car il savait certainement que ce serait peine perdue de lui faire changer d'avis. Elle se sentit tout à coup comprise et respectée.
Legolas se pencha, et elle ferma instinctivement les yeux tandis qu'il déposait un baiser sur son front.
- Toi aussi, fais attention, lui murmura-t-elle.
Legolas acquiesça et rejoignit Gimli. Ils montèrent tous les deux sur Arod, puis s'éloignèrent à la suite d'Aragorn.
Elanor resta plantée en plein milieu du chemin, le regard braqué sur eux.
Les Rohirims s'étaient peu à peu rassemblés dans le sillage laissé par les trois guerriers, et leur départ causa une légère agitation.
- Seigneur Aragorn ! s'écria un homme.
Le silence lui répondit.
- Où va-t-il ? demanda un soldat. Pourquoi part-il à la veille de la bataille ?
Un des lieutenants de Théoden, Hamàr, se tourna vers les autres hommes, le visage défait.
- Il fuit parce qu'il n'y a plus aucun espoir.
- Non, répondit sèchement une voix forte. Il part parce qu'il doit partir.
La voix puissante s'avérait être celle de Théoden. Le roi se fraya un chemin, et rejoignit le petit attroupement.
- Trop peu sont venus. Jamais nous ne pourrons jamais vaincre le Mordor, reprit Hamàr.
Théoden hocha la tête.
- Non, en effet.
Les Rohirims s'échangèrent des regards inquiets.
- Cependant nous irons quand même au combat, enchaina Théoden. Tous.
Théoden regarda longuement ses soldats, et chacun d'eux changea peu à peu d'expression. La peur disparut, et laissa place à la détermination.
- Nous partons demain matin à la première lueur du jour. Ne vous souciez pas du seigneur Aragorn. Allons, rien n'est perdu. Il nous faudra du courage, mais ensemble, nous réussirons, et nous vaincrons.
Les Rohirims approuvèrent, galvanisés par son discours, et se dispersèrent. Le regard de Théoden tomba sur Elanor, qui était restée à l'écart et qui fixait avec intensité quelque chose qu'elle tenait dans sa main.
Hésitant un moment, Théoden voulut aller dans sa direction, mais il se ravisa au dernier moment et regagna sa tente pour s'occuper des affaires qui l'attendait.
Lexique elfique :
Almareä Aurë : Bonjour
