Bonjour !

Me revoici avec la suite de MAFRNDS. Comme vous l'aurez peut-être compris, je vais m'efforcer de poster un chapitre toutes les deux semaines, le dimanche, donc. Je ne peux pas vous garantir que ça sera toujours le cas, mais je ferais de mon mieux.

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, on se voit en bas :)

Réponses aux reviews anonymes:

Ninon: Merci pour cette si gentille review ! Je suis très heureuse que ma vision des personnages te plaisent. Quant à leur vie de famille, elle reviendra plusieurs fois tout au long du récit, et tu vas en apprendre plus notamment dans ce chapitre. Concernant la taille des chapitres, normalement oui, ils feront tous à peu près cette taille (environ 5000 mots). Et ne t'inquiète pas, je ne me laisse pas décourager par les commentaires négatifs, car en l'occurrence, ils ne sont pas du tout constructifs, et je préfère me concentrer sur les gens qui apprécient ce que je fais. Merci encore pour ton soutien, et 'espère que ce chapitre te plaira.

Tink: Merci beaucoup pour ta review. Je m'attache effectivement à faire sortir ces quatre personnages de leur rôle cliché de "méchants Serpentard", et j'espère que la suite de mon histoire te plaira autant.

Bonne lecture à tous !

Disclaimer: Evidemment, rien ne m'appartient, tout est à reine Rowling.


CHAPITRE II

Des tas de livres en équilibre précaire s'amoncelaient devant Drago Malefoy. Certains étaient ouverts sur des passages annotés à la plume, à côté de parchemins noircis d'encre, et une pile devait s'être renversée, puisque que quelques ouvrages étaient éparpillés de façon désordonnée sur le parquet sombre. Théodore en aurait fait une syncope. Mais Drago ne s'en souciait guère, et il lâcha sur la table le pavé de 600 pages qu'il avait en main, provoquant un choc qui faillit précipiter quelques autres livres sur le sol. S'affalant dans le fauteuil de velours qu'il occupait avec lassitude, il poussa un soupir sonore, le dernier d'une longue série. Il avait l'impression de soupirer en permanence, et son irritabilité était grandissante depuis qu'il s'était mis en tête de comprendre le mystère de l'armoire de Montague, comme il l'avait surnommée.

S'il avait d'abord pensé que ses recherches le distrairaient de l'ambiance macabre du manoir, elles jouaient à présent considérablement sur ses nerfs. Mais le fait de n'avoir encore trouvé aucune information concluante ne faisait que renforcer son intuition, qui lui soufflait que cette armoire cachait bien plus de secrets qu'il ne l'avait cru l'an passé. Il avait étudié le quart des ouvrages de la bibliothèque de ses parents, et il n'était même pas parvenu à découvrir la véritable appellation de l'objet. A croire que le ciel s'acharnait sur lui.

Sa conscience sembla prendre un malin plaisir à lui souffler qu'il aurait mieux fait d'utiliser son temps à chercher comment exécuter la mission que lui avait confiée le Seigneur des Ténèbres, et Drago la maudit intérieurement à grands renforts de noms d'oiseaux. Il avait largement le temps de se pencher sur cette question. Et en plus, il ne trouverait sûrement l'inspiration qu'une fois arrivé à Poudlard, là où il pourrait observer les habitudes de Dumbledore. Pour l'instant, il était encore en vacances, et il pouvait en profiter pour s'occuper de cette maudite armoire. Il passa une main dans ses cheveux, déjà bien ébouriffés par ce geste qu'il faisait sans cesse quand il était préoccupé, et s'apprêtait à ouvrir un nouveau livre, quand deux coups discrets se firent entendre à la porte. Un instant plus tard, Narcissa Malefoy apparaissait dans la pièce, son corps mince drapé dans une longue robe de soie bleu nuit, et ses cheveux retenus dans un chignon sophistiqué qui dégageait son visage pâle. Elle jeta un coup d'œil au champ de bataille qui entourait son fils et aux étagères dépossédées de la moitié de leurs ouvrages, puis reporta son regard sur lui.

- C'est l'heure du thé, Drago.

Au début de l'été, il protestait. Il ne supportait pas que sa mère s'acharne tant à préserver les apparences. Elle était toujours apprêtée comme si elle allait présider un dîner mondain, elle demandait aux elfes de maison de nettoyer le bureau de Lucius chaque jour, et elle harcelait invariablement Drago avec son stupide thé. Comme si son mari allait passer la porte du manoir sans prévenir, comme si les Mangemorts allaient quitter les lieux soudainement, comme si la vie allait reprendre son cours d'un coup de baguette. Au début, il refusait de participer à cette mascarade.

Il avait toujours su que rien n'était plus important pour sa mère que de donner le change, quoi qu'il arrive, de montrer au monde cette image de noblesse, d'élégance et d'impassibilité qui représentait les Malefoy. Depuis qu'il était en âge de comprendre, le fait de porter un masque avait toujours été son quotidien, et parfois, il se demandait s'il n'était pas devenu ce masque froid, hautain et insensible. Il y était habitué, pourtant, cet été-là, cela semblait être au-dessus de ses forces.

Il était autrement plus difficile de prétendre que tout allait bien quand son père était en prison et que les forces du mal séjournaient dans son salon qu'à Poudlard, où le bonheur résidait dans des draps frais, des soirées passées à observer les étoiles depuis la tour d'astronomie, du parchemin neuf, et dans les rires de ses amis. Sa vie lui paraissait sens dessus-dessous, et il voyait mal comment prendre le thé à heures régulières allait y changer quelque chose.

S'il avait pu, il aurait passé toutes ses vacances chez Blaise ou Pansy. Il l'aurait fait, s'il n'y avait pas eu sa mère, qu'il refusait de laisser seule, au milieu des soldats de Voldemort en qui il n'avait aucune confiance. Une partie non-négligeable d'entre eux étaient des psychopathes qui avaient rejoint les rangs du Seigneur des Ténèbres en quête de sang, de mort et de destruction, et seule la peur que leur inspirait leur maître les empêchait probablement de tuer n'importe qui. Quand on y ajoutait l'escadron de sang-purs hypocrites et manipulateurs qui avaient tous espéré épouser Narcissa dans sa jeunesse, le manoir Malefoy devenait considérablement dangereux.

- J'arrive, Maman, dit le jeune homme, à présent résigné.

Au début de l'été, il protestait, mais depuis, il avait abandonné le combat. Si cela pouvait faire plaisir à sa mère, il ferait de son mieux pour jouer le jeu. Il trouvait tout ce cirque ridicule, mais s'il y avait bien une chose qu'il détestait, c'était se disputer avec elle. Ni l'un ni l'autre n'avait besoin de ça, alors il se tut et la suivit hors de la bibliothèque, laissant derrière lui un champ de bataille qu'il ne manquerait pas de retrouver dans quelques heures. Finalement, c'était un mal pour un bien que Voldemort ait choisi de l'utiliser pour punir l'inefficacité de son père, se dit Drago en suivant Narcissa vers le salon. Il n'osait imaginer quelles idées auraient pu lui traverser l'esprit s'il avait estimé que la déchéance de sa femme ferait pour Lucius une meilleure sentence…

- Drago, ta cravate, siffla Narcissa entre ses dents, interrompant les pensées sinistres du jeune homme.

Resserrer sa cravate, arranger ses cheveux, saluer Yaxley et Travers dans l'entrée, aller jusqu'au salon sans montrer qu'il aimerait mieux être n'importe où plutôt qu'ici: une mécanique lugubre réglée comme du papier à musique qui se répétait chaque jour, et qui ne prendrait fin que dans trois semaines, quand Drago pourrait retrouver Poudlard, enfin.


- 4 heures d'attente pour récupérer quelques Gallions, c'est un scandale !, s'époumonait une Pansy Parkinson furieuse en descendant les marches du perron de Gringotts.

A ses côtés, Blaise Zabini et Théodore Nott s'abstinrent de répondre, bien qu'ils estimaient eux aussi que patienter autant de temps dans le hall bondé de la banque avait été considérablement irritant. Ils n'éprouvaient simplement pas le besoin de faire partager leur exaspération à tout le Chemin de Traverse. Ils suivirent leur amie dans la rue bien plus déserte qu'à l'ordinaire, en observant avec morosité les affiches de prévention du Ministère, qui s'étalaient sur les devantures des boutiques. Ici, impossible de faire l'impasse sur le retour du Seigneur des Ténèbres: les autorités entretenaient la terreur des citoyens à grands coups d'articles et de prospectus fluorescents.

- On commence par quoi?, demanda Blaise en contemplant la rue.

- Autant commencer par l'apothicaire, on sera débarrassés.

La boutique où étaient commercialisés les éléments essentiels aux potions était un passage obligé pour tous les étudiants de Poudlard chaque année, et cela, au grand désespoir de ceux-ci. Pansy, en particulier, avait en horreur l'odeur rance et aigre de l'échoppe, et elle laissa donc les garçons se charger de leurs achats, préférant patienter dans la rue. Elle observait distraitement les petits groupes de passants aux mines inquiètes quand un sorcier aux sourcils broussailleux et au sourire édenté surgit à côté d'elle, les mains pleines de fioles remplies de poudres de couleurs diverses.

- Des poudres pour protéger votre beau visage des maléfices, ma petite demoiselle ?

- Je m'en passerais, répliqua sèchement la brune en lui jetant un regard méprisant.

- Vous êtes sûre? Elles peuvent aussi vous protéger contre les Détraqu…

- Je vous ai dis non, arrêtez de me harceler, espèce de vieux taré !

L'autre allait répondre, pensant probablement qu'à force de la harceler, elle finirait par céder, quand Blaise et Théodore sortirent de chez l'apothicaire, quelques sacs dans chaque main.

- Toujours aussi aimable, Mlle Parkinson, rit Théo en contemplant l'air assassin que la jeune fille jetait au sorcier.

Celui-ci ouvrit de grands yeux à l'entente du nom de famille, et se confondit aussitôt en excuses, battant lentement en retraite. Tout le monde soupçonnait plus ou moins la famille Parkinson d'être affiliée à Voldemort, et parfois, cela avait ses avantages. Les trois adolescents se hâtèrent alors de poursuivre leur chemin et se dirigèrent vers la librairie Fleury & Bott.

Deux heures plus tard, ils finissaient leurs achats à la boutique d'accessoires de Quidditch, où Théo et Pansy déployaient tous leurs efforts pour déloger Blaise du présentoir des nouvelles robes de l'équipe des Flèches d'Appleby, son équipe favorite. Il fallut menacer le jeune homme de raconter à sa mère qu'il avait passé les dernières semaines à utiliser son balai en cachette pour qu'il accepte finalement de sortir. Les bras pleins de sacs remplis de leurs achats, ils passèrent devant la boutique des frères Weasley, à laquelle Blaise jeta un coup d'œil dédaigneux. A l'intérieur, des dizaines de clients se bousculaient devant les étalages multicolores de farces et attrapes.

- Qui aurait cru que les Weasley possèderaient un jour la boutique la plus prospère du Chemin du Traverse…, remarqua Théo en observant la foule de visiteurs.

- Peut-être qu'ils pourront enfin offrir de nouveaux vêtements à leur frère, qu'il arrête de me brûler la rétine à chaque fois que je le vois, dit Pansy.

- Je serais toi, j'espèrerais pas trop, répondit Blaise, désabusé. Weasmoche ne pourrait pas s'habiller correctement même si sa vie en dépendait.

Son intervention arracha un « Certes » amusé à la jeune fille, tandis qu'ils parvenaient au Chaudron Baveur. Ils pénétrèrent dans le bar vide, à l'exception du propriétaire, et s'assirent à une table, se débarrassant de leurs nombreux achats en les posant à leurs pieds.

- J'ai les pieds en compote, marmonna Pansy en se laissant tomber sur sa chaise tandis que Blaise allait leur commander trois Bièraubeurre.

- Si tu arrêtais de porter des chaussures avec des talons aussi hauts, aussi, lui répondit Théo, comme à chaque fois qu'ils avaient cette conversation.

- Pour avoir l'air d'une goule de 1m20 ? Hors de question.

Le brun secoua la tête en riant, ayant abandonné depuis longtemps l'espoir de convaincre son amie d'abandonner ses talons vertigineux. Blaise réapparut avec trois chopes à la main, et prit place à la table en demandant ce qu'il avait raté.

- Pans' qui se plaint d'avoir mal aux pieds.

- Rien d'important, quoi.

La jeune fille lui répondit sans un mot (le geste de son majeur étant assez expressif) et récolta un rire de la part de son ami.

- Ça fait quand même bizarre que Drago soit pas là, dit Théo, changeant de sujet.

- C'est clair. Première année qu'on fait pas nos achats pour aller à Poudlard ensemble.

- Sa mère doit absolument vouloir l'accompagner…, suggéra Blaise.

- Je peux comprendre qu'elle soit sur les nerfs avec tout ce qui leur arrive, remarqua Pansy.

- Enfin, de là à pas le laisser venir avec nous… C'est pas comme si on risquait quoi que ce soit.

La remarque de Blaise laissa ses amis silencieux. Ils ne parlaient presque jamais de cette immunité que leur conférait leur statut de sang-purs, et surtout, du fait que leurs parents étaient tous affiliés de près ou de loin à Voldemort. Il était vrai que par les temps qui couraient, c'était un atout considérable: si tous les passants du Chemin de Traverse semblaient effrayés, pressés et sous pression, Théo, Pansy et Blaise savaient qu'ils n'avaient pas grand-chose à craindre. Si par mégarde, un des partisans de Voldemort était pris d'une envie de leur causer des ennuis, ils pouvaient être sûrs que leurs parents les sortiraient immédiatement de ce mauvais pas. Quant à la répression activement menée par le Ministère, ils n'avaient jamais été impliqués dans des activités illégales eux-mêmes, et ils étaient donc à l'abri des ennuis. Trop jeunes pour être recrutés par Voldemort, trop puissants pour être inquiétés par les Mangemorts, trop intelligents pour rejoindre la résistance et trop innocents pour intéresser le gouvernement: à l'aube de la guerre qui se préparait, ils avaient sûrement la place la plus enviable.


La vieille horloge de la bibliothèque venait de sonner 2h du matin, pourtant, Théodore était toujours éveillé. Il n'avait même pas sursauté en entendant les tintements de l'objet, gardant le regard fermement fixé sur son livre, absorbé par l'histoire et totalement hermétique au monde extérieur. Théo avait cette capacité à lire n'importe où, peu importe le bruit, l'endroit, les autres. Il pouvait se plonger dans la vie d'un personnage à tel point qu'il en oubliait la réalité, mais pourtant, si vous prononciez son nom dans une conversation, il suivrait celle-ci d'une oreille sans se détacher de l'ouvrage.

Cette aptitude avait toujours surpris ses amis, énervé son père, et c'était surtout l'une des nombreuses choses qu'il avait en commun avec sa mère. Quand il était enfant, leur entourage ne cessait de commenter leur frappante ressemblance. Ils avaient les mêmes cheveux châtains foncés, les mêmes ondulations capillaires qui donnaient des boucles lâches sur sa mère et un fouillis inexplicable sur sa propre tête, ni vraiment bouclé, ni vraiment lisse. Ils partageaient le même regard ambré, empli d'intelligence et de ce mélange étrange de curiosité, d'innocence et de mélancolie, et la même peau qui restait pâle même sous le plus brillant des soleils.

La seule chose que Théo tenait de son père était son mètre quatre-vingt, et la petite bosse sur le nez que les Nott se transmettaient depuis des générations et qu'il détestait tant. Il était le portrait craché de sa mère, aussi bien physiquement que psychiquement, ce qui expliquait sûrement qu'il soit aujourd'hui si peu proche de son père. Il ne l'avait jamais été, et cela s'était aggravé après la mort d'Isobel, son père ne supportant pas leur ressemblance si marquée, qui lui donnait l'impression de voir sa femme sans cesse.

C'était une des nombreuses raisons qui avaient poussées Théo à apprendre à se faire discret. Les gens qui ne le connaissaient pas le décrivaient comme effacé, réservé, parfois même timide. En réalité, il n'était rien de tout ça. Il avait simplement compris que dans son monde, on survivait bien mieux parmi la masse que sous les projecteurs. Ce qui rendait d'autant plus étrange sa si profonde amitié avec Drago, Pansy et Blaise, qui lui étaient sur ce point complètement opposés. Pansy adorait provoquer l'envie, l'attention et l'admiration, Blaise attirait les regards sans même essayer, et personne n'aimait être sous les feux de la rampe plus que Drago. Alors que Théo, lui, était l'homme de l'ombre, qui s'appliquait à faire rejaillir les paillettes sur ses amis, préférant rester aussi secret et impénétrable que les énormes livres dans lesquels il aimait se plonger. Ces mêmes livres qui berçaient ses longues nuits d'insomnie depuis aussi loin que sa mémoire remontait.

Il y a quelques années, les elfes de maison seraient venus l'intimer d'aller se coucher depuis plusieurs heures déjà, mais aujourd'hui, il était seul au manoir Nott, ou presque. Pas de mère pour lui offrir des sourires tendres et des histoires merveilleuses, pas de père pour lui jeter des regards sévères et des paroles assassines, pas de domestiques pour le surveiller et faire des commentaires pleins de pitié le concernant en pensant qu'il n'entend pas. Juste Pansy, qui dormait à l'étage, et ce silence, si pure, si reposant. Et, pour la première fois depuis de nombreuses années, cette capacité à se tenir dans ce lieu sans ressentir la peur, le désespoir ou l'amertume.

Théo n'était pas complètement serein, car il ne l'était jamais au manoir, mais il n'était pas effrayé, et c'était déjà beaucoup plus que ce qu'il aurait pu espérer. La présence de sa meilleure amie y était sûrement pour quelque chose, rendant la bâtisse un peu moins sombre, éloignant un peu les démons et les fantômes qui y rodaient. Cela faisait du bien à Théo, de sentir une présence aimante entre ces murs froids qu'il détestait depuis bien longtemps. Certes, « aimante » n'était peut-être pas le qualificatif le plus adapté à Pansy, qui passait plus de temps à lancer des remarques sarcastiques à ses amis qu'à leur déclarer ses sentiments, mais il savait qu'au fond, elle les aimait, et cela lui suffisait. Après tout, c'était tout ce qu'il avait, et souvent, il se disait que c'était aussi bien plus que ce qu'il méritait.


Blaise arriva en fonçant vers le manoir de sa mère sur son nouveau Nimbus 2004, avant de descendre en piqué jusque devant la porte d'entrée. Il sauta prestement de l'objet et pénétra dans la maison, exténué et affamé après l'après-midi qu'il venait de passer à jouer au Quidditch avec Drago. Sans y faire attention, il répandit de la boue sur tout son chemin, souillant le précieux tapis chinois du vestibule, et quand il fut parvenu dans le hall d'entrée, il s'arrêta et claqua des doigts. En une fraction de seconde, un minuscule elfe de maison plié en deux, la tête touchant quasiment le sol, apparut devant lui.

- Lincy, il me faut un sandwich. Beurre de cacahuète, dans ma chambre dans 30 secondes, lui ordonna-t-il sèchement.

- Tout de suite, maitre Blaise, répondit Lincy d'une voix fluette avant de disparaître aussi rapidement qu'elle était venue.

Quand il était plus jeune, sa mère interdisait aux elfes de répondre à ses demandes et le sermonnait sur les dangers de manger n'importe quoi à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, mais aujourd'hui, elle s'était résignée à ne plus rien pouvoir contre son fils sur ce point. Blaise posa son balai dans un coin du vestibule, sachant qu'un autre de leurs domestiques viendrait bien vite pour le ranger, et s'apprêtait à monter l'escalier, quand il entendit la voix de sa mère en provenance de son cabinet particulier.

C'était dans cette pièce qu'elle recevait ses visiteurs et rédigeait ses courriers, et elle y passait beaucoup de temps. En temps normal, l'entendre en sortir n'aurait donc pas interpellé Blaise, mais son attention avait été retenue non pas par la voix de sa génitrice, mais par l'intonation masculine qui lui avait répondu. Mis à part le notaire et l'architecte, Athénaïs de Rosbourg ne recevait que très peu d'hommes chez elle, et quand elle le faisait, c'était souvent mauvais signe.

Blaise se glissa dans le couloir qui jouxtait le salon, d'où la conversation semblait à présent provenir, et s'apprêtait à y faire irruption, quand un coup d'œil dans la pièce lui permit de reconnaitre immédiatement leur visiteur. Et ce qu'il vit lui glaça les entrailles: Augustus Rookwood, les cheveux attachés en une queue de cheval et vêtu d'un costume de soie noire, tout en sourires mielleux et en voix doucereuse. Blaise le reconnaissait pour l'avoir vu sur les avis de recherche du ministère, qui étaient encore placardés dans les rues un an après l'évasion massive des Mangemorts emprisonnés à Azkaban.

Il retourna dans le hall d'entrée et se dissimula dans l'ombre de l'escalier pour observer Rookwood et sa mère, qui se dirigeaient à présent vers le vestibule, signifiant le départ du Mangemort. Au vu du sourire faussement doux d'Athénaïs, il ne faisait aucun doute pour son fils que les choses risquaient de prendre très bientôt un tournant très, très déplaisant.

Il avait toujours su que sa mère avait quelque chose à voir dans les disparitions mystérieuses de ses maris successifs. Ils n'en parlaient jamais, mais au bout du 3ème, alors qu'il n'avait que 8 ans, il avait compris qu'elle les tuait. Plus tard, il avait même appris comment elle faisait: quelques gouttes de poison, incolore, indolore et totalement indétectable dans le sang, produit d'une magie noire qui lui descendait de ses ancêtres.

Seulement, ses maris étaient toujours vieux, riches à ne plus savoir quoi faire de leur argent, souvent philanthropes ou investisseurs, naïfs et subjugués par la beauté d'Athénaïs. Rookwood était certes riche et subjugué, mais il devait avoir tout juste une quarantaine d'années, et surtout, c'était un Mangemort, et c'est ce qui inquiétait Blaise. Malgré les rumeurs, sa mère n'avait jamais été affiliée à Voldemort, se contentant d'évoluer dans le cercle très fermé des sang-purs de Grande-Bretagne, donc beaucoup, certes, soutenaient le Seigneur des Ténèbres, mais sans jamais les suivre dans cette voie. C'était la première fois qu'elle semblait s'intéresser à un Mangemort, et Blaise ne comprenait pas pourquoi.

- Ce fut un plaisir, Augustus. Te verrais-je chez les Fawley la semaine prochaine?, retentit la voix d'Athénaïs devant la porte d'entrée.

- Maintenant que j'ai la confirmation de votre présence, je ne manquerais pas d'y faire une apparition, répondit Rookwood en embrassant la main de son interlocutrice.

Athénaïs laissa échapper un petit rire stupide d'adolescente gênée, puis le Mangemort s'en alla enfin. Quand elle se retourna, une expression soulagée sur ses traits fins, Blaise était planté devant elle, bien décidé à obtenir des explications.

- C'était quoi ça?

- Mon dieu, Blaise, tu m'as fait peur. Tu aurais pu t'annoncer.

- C'était quoi, ça?, répéta Blaise d'une voix plus dure.

- Tu vas tout de suite utiliser un ton plus respectueux, jeune homme, répondit sa mère en le dépassant pour se rendre dans le salon.

- J'ai quand même le droit de savoir ce que faisait un Mangemort chez nous !, s'exclama le jeune homme en la suivant.

- Ne prononce pas ce mot, dit Athénaïs d'une voix sèche et sans appel. Et je n'ai aucun compte à te rendre.

- Maman, tu es en train de faire une énorme bêtise. Rookwood n'a rien à voir avec tes vieux séniles sans cervelle !

- Laisse-moi juger moi-même de la bêtise de mes actions, veux-tu?

- Ce type est un taré sadique et manipulateur ! Comment peux-tu ne pas voir qu'il est dangereux ?!

- Blaise, ça suffit. Je sais ce que je fais.

La voix de sa mère s'était faite tranchante, indiquant qu'elle perdait patiente.

- Mais Mam…

- Monte. Dans. Ta. Chambre. Je ne veux plus entendre parler de tout ça.

Blaise ouvrit la bouche pour répliquer mais la referma aussitôt devant le regard furieux d'Athénaïs. Essayer de discuter avec elle revenait à se heurter à un mur, et il savait qu'il n'en tirerait plus rien. Il lui jeta un dernier regard à la fois incrédule et désespéré, et fit volte-face pour monter au premier étage. Il grimpa l'escalier quatre à quatre et pénétra dans sa chambre, où son sandwich l'attendait sur un plateau, posé sur le couvre-lit bordeaux. Il se laissa tomber sur le lit, remarquant à peine que la pièce, qu'il avait laissé dans le bazar le plus artistique le matin même, était à présent rangée et nettoyée au millimètre près. Au lieu de ça, il rappela Lincy d'un claquement de doigt, faisant apparaitre l'elfe presque immédiatement.

- Combien de fois Augustus Rookwood est-il venu ici, Lincy ?, lui demande-t-il en se redressant.

Lincy était l'informatrice idéale. Depuis qu'il était tout petit, elle était en quelque sorte son elfe attitré, et les ordres qu'il lui donnait prévalaient désormais sur ceux de sa mère. Elle l'avait plusieurs fois couvert en cas de sorties en douce ou de grosses bêtises, et il savait ainsi que le contenu de leur conversation ne remonterait pas aux oreilles d'Athénaïs.

- Quatre fois, maitre.

- Pourquoi est-il venu?

Pour voir votre mère, maitre.

- Sais-tu de quoi ils parlent lors de ces entrevues?

- De tout et de rien, maitre. Il semble que monsieur Rookwood cherche à séduire votre mère.

- Qu'est qui te fait dire ça?

- Monsieur Rookwood complimente souvent maitresse Athénaïs, il a déjà mentionné plusieurs fois le fait qu'il n'était pas marié, il glisse des allusions sur le fait qu'une femme comme votre mère ne devrait pas rester seule.

Blaise ne répondit pas, méditant les paroles de Lincy, le regard perdu dans le vide. Sa mère n'était pas stupide, elle n'aurait jamais mis volontairement le grappin sur un Mangemort. Mais si c'était Rookwood qui lui faisait des avances, et ce, depuis un moment déjà, il comprenait bien qu'Athénaïs ne pourrait plus lui résister très longtemps, car on ne se refusait pas aisément à un des adeptes du Seigneur des Ténèbres… Surtout quand on était jeune, belle, et que sa seule famille résidait à l'autre bout de la Manche. Blaise avait bien peur que pour les protéger tous les deux, un très proche remariage soit la seule option de sa mère… Et cette fois, se débarrasser du mari ne serait pas aussi aisé.


Après deux mois de vacances bien remplis, le 31 août arriva bien vite, et avec lui, l'imminence du retour à Poudlard. On aurait pu croire que Drago, Blaise, Pansy et Théodore auraient été désespérés de retrouver les cours, les professeurs et les réveils aux aurores, mais c'était tout le contraire: cet été porteur de mauvaises nouvelles et de grands changements se terminait enfin, et tous les quatre n'avaient qu'une hâte, retrouver les murs solides et protecteurs de l'école de sorcellerie, là où ils étaient les rois du monde, et où tout paraissait toujours si facile.

Drago avait fini par percer le mystère de l'armoire, qu'il connaissait désormais sous son vrai nom: l'armoire à disparaitre. Ses recherches acharnées dans la bibliothèque du manoir Malefoy s'étaient révélées payantes, et il savait désormais tout sur l'objet, hormis une chose: comment réparer une armoire cassée. Car il avait compris, au fil de ses lectures, que l'objet que possédait Poudlard était brisé, mais qu'une fois réparé, il serait à même de communiquer avec sa jumelle, qui était entreposée chez Barjow & Beurk. Et une fois qu'il aurait accompli sa mission et que Dumbledore serait mort, puisqu'il était impossible de transplaner dans l'enceinte de Poudlard, un moyen de transport pouvant l'emporter loin de l'école serait des plus utiles. Il avait donc veillé à ce que l'armoire de l'Allée des Embrumes lui soit réservée, et il ne lui restait à présent plus qu'à trouver celle de Poudlard, et à la faire fonctionner à nouveau. Sans oublier la partie la plus ardue de son plan: tuer Dumbledore, que même Voldemort n'était pas parvenu à éliminer. Drago évitait d'y penser en préparant sa valise, tentant d'être serein et de se concentrer sur le fait qu'il allait enfin pouvoir quitter l'ambiance oppressante du manoir et les regards emplis de pitié et de terreur de sa mère. Et surtout, de ne pas penser au fait que c'était probablement sa dernière année à Poudlard.

De son côté, Théodore avait déjà terminé la préparation de ses affaires depuis plusieurs jours, une vieille habitude qu'il avait depuis le début de sa scolarité à l'école de sorcellerie. Il était toujours si impatient d'y retourner, qu'il s'attelait à sa valise avec plusieurs jours d'avance. A présent, il ne lui restait plus qu'à patienter, et malheureusement, le temps s'écoulait avec une lenteur effarante. Il avait hâte de retrouver son lit moelleux et son dortoir douillet dans les cachots, de commencer les cours de 6ème année, de travailler sur sa table préférée à la bibliothèque, d'aider Pansy à préparer les fêtes de Serpentard en douce. Il avait même hâte d'entendre Drago se plaindre de Potter et de sa bande, c'était pour dire son impatience. Le mois d'août s'était écoulé avec une lenteur moite et étouffante, à l'image de la météo, et ce, particulièrement après le départ de Pansy, qui avait passé 10 jours au manoir. Si Théo avait été heureux de retrouver le silence, qui était un concept étranger à la jeune fille, le retour des mauvais souvenirs et des murmures fantomatiques l'avaient convaincu que Poudlard lui manquait vraiment beaucoup.

Pansy, elle, attendait la rentrée avec une impatiente nouvelle: bien qu'elle ait passé son été à prétendre être dans le déni de l'échéance, comme tous les ans, cette année, la sécurité et la tranquillité de Poudlard se faisaient désirer, et pour la première fois, elle avait hâte de retourner à l'école. Là-bas, elle pourrait se convaincre que les rumeurs de la guerre qui faisait rage au dehors n'étaient que des fables enfantines, toutes aussi réelles que les prédictions du professeur Trelawney. Elle pourrait retrouver son statut d'enfant chérie de Serpentard, de préfète respectée, de sang-pur crainte et admirée. Poudlard était son terrain de jeu, sa scène personnelle, là où elle faisait et défaisait les réputations, détruisait ses ennemis, contrôlait chaque aspect de sa vie. Et en ce moment, c'était exactement ce dont elle avait besoin.

Blaise, enfin, passa son dernier jour de vacances plus tendu que jamais, préoccupé par la nécessité d'abandonner sa mère. Il la contemplait, plongée dans une intense conversation avec Pansy, qui avait passé la fin de l'été chez eux, en se demandant, pour la première fois, si elle saurait se débrouiller sans lui. Malgré sa grande intelligente, ses capacités innées de manipulation, et son talent pour la magie, Blaise savait qu'un Mangemort représentait une menace de taille, et il se préparait pour une longue année d'inquiétude. Il espérait néanmoins que retourner à Poudlard lui permettrait de se détendre, de considérer la situation avec plus de calme et de pragmatisme qu'ici, où il entendait chaque jour les nouvelles des affrontements qui se livraient entre les partisans de Voldemort et la résistance, dans la chaleur poisseuse et sale du mois d'août. A Poudlard, il aurait les idées plus claires, et avec un peu de chance, les choses rentreraient dans l'ordre.

Heureusement, l'atmosphère moite et malsaine de cette fin d'été 1996 disparut au cours de la nuit, et quand Théodore, Pansy, Drago et Blaise se réveillèrent aux aurores sous la lumière douce du soleil à peine levé, un vent frais annonçait le début du mois de septembre. Enfin, la rentrée était là.


Bien, vous l'aurez compris, dans deux semaines, on retourne à Poudlard avec nos quatre Serpentard. Ce chapitre ne devait pas exister à la base, mais après l'écriture du chapitre 1, il m'a paru nécessaire. J'espère que voir nos protagonistes davantage séparés et dans un chapitre plus centré sur leur vie de famille vous aura plu, n'hésitez pas à me donnez votre avis avec une review.

Je sais qu'on n'a pas toujours l'inspiration pour écrire une review, qu'on ne sait pas toujours quoi y mettre, donc je vous mets ici quelques questions auxquelles vous pouvez répondre sur les idées vous manquent: Que pensez-vous de l'attitude de Drago face à la mission que lui a confié Voldemort ? De l'atmosphère du manoir Malefoy ? Et de celle du chemin de Traverse, ainsi que la position adoptée par Blaise, Théo et Pansy face à la guerre qui se prépare ? Votre opinion sur Théodore et sa vie au manoir Nott ? Et le mariage qui semble se profiler entre la mère de Blaise et Augustus Rookwood ? Qu'imaginez-vous voir dans la suite de l'histoire, et pourquoi pas, ce que vous aimeriez y voir ? Et enfin, votre avis général sur le chapitre et l'histoire ? Bien évidemment, vous êtes libres de ne pas répondre à ces questions.

Je tenais aussi à répondre tout de suite à une question que vous pourriez vous poser: le fait qu'on ne sache rien sur le père de Blaise, et que sa mère ne porte pas le même nom que lui est totalement voulu. Vous en saurez plus au fil de l'histoire.

J'espère que vous aurez aimé ce chapitre, et vous voir au prochain. Si vous laissez une review, vous aurez le droit d'habitez chez le Serpentard de votre choix pendant toutes les vacances d'été. ;)

Je vous embrasse.