Salut à tous, j'espère que vous allez bien et que vous êtes motivés pour ce nouveau chapitre ! Merci à Melior Silverdjane,Luciole20, MlanieG, Luna dans les Etoiles, fuyuki417, Mello12 et justelaura pour vos reviews. Certaines d'entre vous sont toujours au rendez-vous et ce depuis plusieurs mois. Merci beaucoup pour votre enthousiasme et votre soutien ! Ca me touche énormément.
Ce chapitre s'intitule « La magie de Melian ». Comme vous avez pu le deviner, il y aura de l'action et… oui, de la magie. ^^ Il s'agit de la bataille des champs du Pelennor. J'espère que vous l'apprécierez, j'y ai consacré beaucoup de temps ces derniers jours.
note du 06/02/15 : je viens de créer un compte tumblr. Je vous invite à visiter mon blog pour suivre l'avancée de l'écriture en temps réel ! Il sera mis à jour quotidiennement. Pour y avoir accès, tapez : gallicablog. tumblr .com dans la barre de recherche (sans les espaces). Je vous y attends! :D
Luciole20 : Merci beaucoup ! Je prends énormément de plaisir à écrire les scènes entre Elanor et Legolas. Bizarrement ce sont les passages les plus faciles à écrire. J'espère que la suite te plaira autant ! (Dors un ptit peu quand même^^) J'attends ton avis avec impatience.
Mello12 : Salut ! Bonne année à toi aussi ! (même si nous sommes déjà en février, mieux vaut tard que jamais) Oui je suis d'accord avec toi, le dernier chapitre était un peu long. J'ai hésité à le couper, mais finalement j'ai préféré laisser comme tel, parce que toute la première partie n'avait pas vraiment d'identité propre. Merci d'avoir souligné ce point, je m'en inquiétais justement. Ce chapitre aussi est assez long (un peu moins que le précédent). Il y a beaucoup plus d'action, donc j'espère que ce sera moins pénible. Si c'est encore un problème, je ferais en sorte de trouver une solution. Mais les chapitres suivants seront moins longs, donc ca devrait aller pour la suite. ;)
Ah ! J'adore Eomer ! Je suis contente que le développement de ce personnage t'ai plu, son comportement de grand frère protecteur est tout à fait ce que je visais. Eomer véhicule de nombreuses valeurs : la bravoure, la morale, la loyauté, l'honneur de l'homme tel qu'il était à l'époque médiévale (il ne faut pas oublier ce point, ils ne sont pas au 21ème siécle). Il n'est pas mauvais, c'est juste qu'il se méfie de tout (surtout après l'épisode Grimà), et qu'il porte un grand intérêt à préserver son royaume. Quant à Legolas, vu que c'est un elfe et qu'il a beaucoup voyagé (avec Aragorn notamment), je pense qu'il sait comment subvenir à ses besoins dans la nature. Les elfes sont très vieux, et j'ai l'intime conviction qu'ils savent se débrouiller seuls, même les plus nobles d'entre eux. S'ils ne le savent pas instinctivement, ils doivent l'apprendre un jour où l'autre (Ils ont des milliers d'années pour le faire). Ça ne m'étonnerait pas de voir les plus nobles d'entre eux mettre la main à la pâte de temps en temps, juste pour se changer les idées et passer le temps. ^^ Pour le futur d'Elanor je ne peux rien te dire, sinon que je suis peut-être encore plus stressée que toi. Son pacte avec Mandos va en effet avoir quelques conséquences.
Chapitre 19: La magie de Melian
Une odeur de ragoût fumant et de cheval, tira doucement Elanor du sommeil. Les Rohirims s'agitaient autour de sa tente, criant et courant en tous sens pour prendre le départ.
Elanor se redressa, et jeta un coup d'œil vers le lit d'Eowyn. Elle n'était plus là.
A ce moment précis, le cor résonna dehors.
Oubliant Eowyn, Elanor se débarrassa de sa couverture, et attrapa ses vêtements.
L'air était glacial, et elle se dépêcha d'enfiler sa tunique et son pantalon brun. Ses mains tremblaient lorsqu'elle mit sa cotte de maille et son armure, et elle dut s'y reprendre à deux fois avant de réussir à l'ajuster. Il lui était d'habitude assez facile de s'en vêtir seule, mais le départ précipité de l'armée la rendait soudainement nerveuse et maladroite.
Au bout de quelques minutes, Elanor finit enfin de s'habiller. Elle prit alors sa besace, son heaume, et sortit.
Un rayon de soleil lui tomba sur le visage. Elanor ferma les yeux immédiatement, aveuglée par la lumière. Elle resta quelques secondes immobile, puis regarda les Rohirims qui se dirigeaient à dos de cheval vers le chemin menant au pied du plateau.
Elanor chercha aussitôt Merry dans la cohorte, mais ne parvint pas à le trouver.
- Merry ?
Son appel resta sans réponse.
Elanor fit quelques mètres pour atteindre la tente du Hobbit. Elle remarqua tout de suite l'absence de son poney, qui était d'habitude attaché à l'arrière avec les autres chevaux. Elle passa la tête dans la tente, et la trouva vide.
Merry avait du descendre, réalisa t-elle.
Un peu irritée qu'il ait décidé de faire cavalier seul, Elanor fit demi-tour, et retourna sceller Nahar. Elle posa ensuite son casque sur la tête, et monta sur son dos, prenant la même direction que les autres hommes.
En passant près de la tente du roi, Elanor aperçut la silhouette élancée d'Eowyn. Elle portait une robe blanche ses plus simples, et se trouvait avec Théoden. Le roi avait revêtu sa plus belle armure. Il lui dit quelque chose, et posa sa main sur sa joue. Elanor ne pouvait voir le visage d'Eowyn, mais elle vit l'expression d'affection sur les traits du vieil homme. Après avoir fini ses adieux, Théoden remonta sur son cheval, Nivacrin, et s'éloigna.
Eowyn suivait des yeux son oncle, et Elanor se dirigea vers elle. Contrairement à ce qu'elle s'attendait à voir, Eowyn ne pleurait pas. Son visage était fermé.
- Eowyn ?
La Rohirim tourna la tête, surprise par son arrivée. Elle esquissa un sourire faible en la voyant.
- Oh, Elanor, c'est vous.
Elanor inclina la tête.
- Je suis venue vous faire mes adieux, dit-elle.
- Ah, oui...
Eowyn la regarda pensivement.
- Je pensais que vous seriez partie hier avec le seigneur Legolas. Pourquoi êtes-vous restée?
Elanor resta silencieuse. Perplexe, elle se mit à rougir légèrement en pensant qu'Eowyn avait mentionné Legolas à la place de ses compagnons. Elle n'avait pas encore eut l'occasion de parler à Eowyn de ce qui s'était passé la veille, vu que celle-ci dormait déjà lorsqu'elle était retournée dans leur tente tard dans la nuit. Elanor était restée pendant un nombre d'heures incalculables devant le feu de camp, les pensées tournées vers Legolas.
- Il me faut suivre une autre route, répondit Eowyn. Et puis, quelqu'un doit veiller sur Merry. D'ailleurs l'avez-vous vu ? Je n'arrive pas à le trouver.
Eowyn se retourna, et fixa un point dans le vide derrière elle.
- Il était ici il y a encore quelques minutes. Je pense qu'il a dut descendre.
Eowyn se retourna vers Elanor, et fronça les sourcils.
- Vous allez l'empêcher de se battre ? interrogea-t-elle.
Elanor la regarda perplexe. Elle n'y avait pas vraiment réfléchi.
Oui, peut-être était-ce mieux si le hobbit ne les suivaient pas. Dans la mêlée, Merry avait peu de chance de survivre. Il était petit et vulnérable, une cible facile donc. Mais Elanor ne se sentait pas le cœur à empêcher son ami de faire quoi que ce soit. Il avait autant le droit de se battre qu'elle. Merry ne l'avait pas jugée lorsqu'elle avait rejoint la communauté, et l'avait accepté de bon cœur.
- Non. Je veux juste le retrouver et m'assurer qu'il va bien. Je veillerais sur lui.
Eowyn parut soulagée, et hocha doucement la tête.
- Je dois y aller, dit brusquement Elanor. Merci pour tout... J'espère que nous nous reverrons.
- Oui, je l'espère aussi. Bonne chance, Elanor.
Elanor lui adressa un signe de tête, puis tira sur les rênes et lui tourna le dos. Alors qu'elle laissait Eowyn derrière elle, Elanor songea que ses chances de revoir Eowyn étaient quasi nulles.
Elle atteignit la plaine en contrebas au bout de quelques minutes. Les six mille Rohirims s'étaient rassemblés au même endroit, et il était impossible de distinguer quoique ce soit à travers cette foule compacte d'hommes habillés de vert et de bronze, et de chevaux gris et bais.
Elanor tourna en rond pendant dix minutes, cherchant la trace d'un poney blanc. Elle commençait à désespérer lorsqu'elle vit enfin Merry. Le hobbit tenait la bride de son poney, et avait revêtu une tenue complète d'homme du Rohan. Sa petite taille, ainsi que sa monture, le faisait particulièrement dénoter dans le paysage. Théoden qui passait justement par-là, ne tarda pas à le remarquer.
- Les hobbits n'ont rien à faire à la guerre, maître Mériadoc !
- Mais tous mes amis sont allés se battre, répondit le hobbit. Je mourrais de honte d'être laissé derrière !
- Minas Tirith est à trois jours de cheval, et aucun de mes hommes ne peut vous prendre comme fardeau, répondit Théoden.
- Je veux me battre !
- Je n'ai rien à ajouter.
Le roi s'éloigna, lançant la cavalerie au galop. Prise de pitié pour son ami, Elanor talonna Nahar et se dirigea vers lui. Si Théoden ne voulait pas de son poney, et bien Merry monterait avec elle !
Mais tandis qu'elle s'approchait, quelqu'un d'autre la devança, semblant avoir la même idée qu'elle. Un Rohirim déboula au galop, et en un quart de seconde, il souleva Merry par le col et le posa sur sa selle. Bouche bée, Elanor les regarda s'éloigner.
Qu'est-ce que… !
Elle se réveilla alors que le cavalier commençait à disparaître dangereusement au loin, et lança alors Nahar à leur poursuite.
- Formez la colonne ! s'écria Eomer. En avant !
Tous les soldats lancèrent leurs chevaux au galop, et tout comme elle, ils prirent la direction du Sud. Elanor essaya de garder ses yeux rivés sur le cavalier blond qui tenait Merry, mais celui-ci se fondit rapidement dans la masse vert et or.
Elanor abandonna alors toute idée de pouvoir le rattraper.
Qui était ce cavalier ?
Pourquoi avait-il prit Merry? Quel homme pouvait être assez téméraire pour oser défier les ordres de Théoden, son propre roi ? Elanor ressentit un peu d'admiration pour ce soldat, mais aussi de l'inquiétude. Si cet homme avait aussi peu de respect pour ses supérieurs, qu'adviendrait-il de Merry ? Était-il entre de bonnes mains ?
Elanor était un peu inquiète de laisser son ami seul avec ce parfait inconnu.
Elle se dit qu'elle devait le retrouver dès que possible. Et plus tôt serait le mieux.
Ils chevauchèrent pendant deux jours sans presque s'arrêter. Elanor ne retrouva pas la trace de Merry et du cavalier. Tous deux s'étaient volatilisés.
La première nuit qu'ils passèrent à l'extérieur fut pour Elanor un vrai calvaire. Fini les commodités, tous le monde avait délaissé sa tente blanche à Dunharrow, et la plaine se transforma en dortoir géant, aussi bien pour les hommes que pour les chevaux. Elanor s'emmitoufla dans sa couverture de lin, qui n'était cependant pas suffisamment épaisse pour l'isoler du froid. Tout en essayant de s'endormir, ses pensées dérivèrent vers Legolas, et un sourire naquit involontairement sur ses lèvres lorsqu'elle se rappela que l'elfe ne ressentait jamais le froid.
Mais il s'évanouit presque aussitôt. Legolas était partit, loin d'elle, encore une fois. Elanor porta sa main à son cou, et serra le pendentif en cristal entre ses doigts. Elle y chercha un peu de chaleur et de réconfort, et étonnement, cela sembla marcher.
C'était la seconde fois qu'ils étaient séparés, et Elanor avait la désagréable sensation que le scénario se répétait. Elle avait tout fait pour rejoindre le Gouffre de Helm à temps, et voilà que la volonté des Valar leur jouait encore des tours en les éloignant.
Legolas lui manquait. Sa présence, la chaleur de ses bras, le goût de ses lèvres… tout lui manquait.
Elanor se recroquevilla, s'enfonçant un peu plus dans le creux du talus sur lequel elle s'était installée.
Certains hommes autour d'elle ronflaient, et d'autres gémissaient dans leur sommeil. Elle ne se sentait pas vraiment à sa place ici. Les regards des Rohirims l'avait suivi toute la soirée, mais aucun n'avait osé cependant lui adresser la parole. Elanor regrettait presque la présence de Legolas, Aragorn et Gimli. Elle ne s'était jamais sentie mal à l'aise en leur compagnie, même lorsque Boromir était encore là. Leur présence masculine ne l'avait jamais étouffée.
Hors ici, c'était le cas. Elle se sentait seule au monde, entourée de ces six milles hommes.
Elanor ferma les yeux, mais elle ne dormit presque pas de la nuit.
Ils repartirent le matin à la première lueur du jour. Elanor somnola un peu sur Nahar, mais n'eut pas le loisir de faire une sieste, car Théoden les guida vers le Gondor à une allure soutenue. Ils contournèrent la chaîne des montagnes blanches, et arrivèrent bientôt à la trouée menant au Sud.
Le ciel bleu se teinta alors progressivement de gris, et la nuit tombée, une leur rougeâtre se dessina à l'horizon. Le Mordor apparut, et Elanor regarda avec fascination et
La montagne du destin.
Elanor pensa à Frodon et Sam. Où étaient-ils ? Que faisaient-ils ?
Etaient-ils au moins encore vivants ?
En fin d'après-midi, Théoden leur octroya une pause alors qu'ils étaient près d'une rivière. Les chevaux et les hommes en profitèrent pour se désaltérer, et Elanor nettoya la sueur et la crasse qui s'était accumulée sur son visage.
Ses pensées dérivèrent rêveusement vers les eaux cristallines de la Lorien et de Fondcombe…
Alors qu'elle marchait sans regarder devant elle, quelque chose la percuta et lui fit perdre l'équilibre.
- Hey !
- Aille ! s'exclama une petite voix fluette.
Elanor baissa les yeux.
- Merry !
Le hobbit se releva, et son expression passa de la contrarié à la surprise, puis à la joie.
- Elanor ! Mais que faites-vous ici ?!
- C'est plutôt moi qui devrait vous poser la question. Mais où étiez-vous bon sang ? Qu'est-ce qui vous a pris de partir tout seul ?
Elle posa ses mains sur ses épaules, et commença à le secouer comme un prunier. Merry la regarda avec des yeux ronds, pétrifié.
- Mais- Mais je vous croyais partie.
Elanor le lâcha.
- Quoi ?
- Je vous croyais partie avec Aragorn, Gimli et Legolas. Je ne vous ai pas vue. Je pensais que vous m'aviez laissé ici tout seul.
Merry baissa les yeux, triste. Elanor ressentis un pincement au cœur.
- Ne dîtes pas de bêtises, je ne vous aurais jamais laissé, répondit Elanor.
Elle s'accroupit et serra Merry dans ses bras. Le hobbit retourna son étreinte avec gêne, mais son sourire trahissait sa véritable émotion de contentement.
Elanor vit qu'un cavalier Rohirim les observait à quelques pas d'eux, et reconnut aussitôt l'homme blond qui avait enlevé Merry. Elle délaissa le hobbit, et s'avança vers lui, lui tendant une main.
L'homme la regarda avec perplexité, et détourna la tête, pour une raison mystérieuse. Elanor fronça les sourcils, se demandant si c'était la timidité ou la culpabilité qui le poussait à agir ainsi.
- Merci d'avoir aidé mon ami. Je m'appelle Elanor.
L'homme hocha la tête. Il ne dit rien, et ne bougea pas d'un centimètre.
- Puis-je connaître votre nom ?
Le soldat détourna légèrement, et se racla la gorge.
- Hem… Dernhelm.
La voix de l'homme était étrangement haute, et il y avait quelque chose de faux dans son timbre. Comme s'il essayait d'imiter une voix qui ne lui appartenait pas. Le Rohirim accepta finalement de lui serrer la main, et Elanor fut surprise de voir une main pâle et fine serrer la sienne. Sa poigne était forte cependant.
Elanor examina son visage, alors qu'il continuait à baisser la tête. Il avait des cheveux blonds, une peau laiteuse, sans imperfection ce qui était rare pour une homme, et des traits étonnamment fins. Ses yeux étaient gris, et étrangement familiers…
- Eowyn ?!
La jeune fille blonde releva la tête, et regarda Elanor avec des yeux apeurés.
- Eowyn, c'est vous ?!
- Je vous en prie, baissez la voix ! l'implora t-elle.
Elanor ferma la bouche et se tut, ébahie.
- Vous êtes venue…
- Je… je ne pouvais pas rester en arrière !
- Vous êtes folle ! Si le roi Théoden ou Eomer l'apprennent, ils-
- Ils ne doivent pas savoir !
- Vous auriez peut-être dû y penser avant, répondit Elanor.
- Allez-vous me dénoncer ?
Eowyn paraissait horrifiée rien qu'à cette idée. Elanor la dévisagea, tout comme Merry et Eowyn la dévisageait elle. Chacun d'eux attendait sa réponse.
Le hobbit s'était déplacé à côté d'Eowyn, et regardait la scène avec inquiétude. Il était au courant, devina Elanor.
Elanor songea à Théoden et Eomer qui croyaient Eowyn partie pour Edoras. Que devait-elle faire ? Dénoncer Eowyn ?
Ses craintes s'étaient révélées vraies. Eowyn s'était jeté tête baissée au-devant du danger. Oh par les Valar !
Elanor avala sa salive, essayant de ne pas penser à la réaction d'Eomer s'il découvrait la présence de sa sœur parmi eux. Et surtout avec elle… Il la tuerait.
Elanor regarda Eowyn. Celle-ci avait enlevé son casque, et attendait sa réponse, soucieuse mais déterminée. Elanor soupira.
- Je ne dirais rien. Vous avez ma parole.
Eowyn se détendit immédiatement.
- Je vous suis redevable. Merci beaucoup.
Le visage un peu pâle, Elanor hocha la tête.
- Essayez juste de ne pas vous faire tuer.
- Vous allez rester avec nous Elanor ? demanda Merry, plein d'espoir.
- Non. Il vaut mieux que je reste loin de vous. Surtout si vous voulez rester discrets.
Elanor regarda les Rohirims autour d'elle.
- Je ne suis pas du genre à passer inaperçue. Vous êtes plus doués que moi pour ça.
Elanor se faisait en effet remarquer, non pas seulement à cause de sa féminité, mais aussi parce qu'elle avait une allure complétement différente du reste des soldats. Alors que les hommes du Rohan arboraient des armoiries vertes et dorés, Elanor avait une armure elfique en argent qui réfléchissait la lumière du soleil.
Eowyn acquiesça, comprenant ce qu'elle voulait dire. Mais Merry parut déçu, et perdit son sourire.
- Je resterais près de vous, ne vous inquiétez pas. Je ne serais pas loin. A tout à l'heure.
Elanor leur adressa un petit signe de la main, et repartit du côté où elle avait laissé Nahar. Théoden et sa garde se trouvaient à quelques mètres. Tout en gardant un œil sur Eowyn et Merry, Elanor observa le roi et ses conseillers discuter.
Eomer revint à ce moment, accompagné de deux cavaliers.
- Les éclaireurs disent que Minas Tirith est encerclé, dit-il. Le niveau inférieur est en flamme, et les Nazguls attaquent par les airs. Les légions ennemies arrivent de toute part.
- Le temps nous dessert, dit Théoden. Il faut repartir maintenant. Ou il sera trop tard.
Elanor qui avait tout entendu, sentit sa peau se hérisser lorsqu'il parla des Nazguls.
Ainsi, Elrond avait dit vrai. Sauron avait envoyé les neufs pour faire tomber Minas Tirith. Les Nazguls… Elanor espérait intérieurement que son plan avec le palantir ait marché. Mais après quoi ? Comment allait-elle faire ?
Allait-elle attaquer les Nazguls ?
Cette idée n'avait aucun sens, et elle était même suicidaire.
Et pourtant, Elanor ne voyait pas d'autre possibilité…
- Tenez-vous prêt ! s'écria Eomer. Sonnez le départ !
Sa voix sortit les Rohirims de leur léthargie, et tous remontèrent sur leur cheval.
Elanor se retourna, et croisa le regard inquiet d'Eowyn. Leur échange silencieux fut brutalement coupé, lorsqu'une main se posa sur l'épaule d'Elanor.
- Vous n'auriez pas dû nous suivre, jeune fille.
Elanor sursauta, et fit volte-face. Elle se retrouva devant Théoden.
- Cependant, Elrond vous tient en grande estime. Il m'a dit que vous étiez spéciale…
Théoden avait à présent les yeux remplis de curiosité.
- J'ai entendu d'étranges choses à votre sujet. Mes hommes parlent d'histoires d'apparition, d'une colline nommée Cerin Amroth, et de fleurs sur lesquelles les elfes vous auraient trouvés couchée. Je ne doute pas de leur parole, ni de celle des elfes et du seigneur Elrond.
Elanor le regarda, stupéfaite. Elle réalisa soudain d'où venait ce surnom « La Fleur de Cerin Amroth », et pourquoi on l'appelait ainsi. Etait-elle vraiment couchée sur des fleurs ? Elanor n'en avait aucuns souvenirs, si ce n'est le visage d'Haldir penché au-dessus d'elle.
Théoden continuait de la regarder avec interrogation, mais un sourire craqua sur son visage soudainement.
- Allons… ne restez pas en arrière, dit-il. Venez chevauchez avec moi.
- Pourquoi ? demanda Elanor. Pourquoi moi ?
Théoden se retourna.
- Vous êtes une invitée de marque, et mes hommes ont besoin de voir votre visage. Beaucoup n'ont pas oubliés le Gouffre de Helm…
Il repartit vers son cheval, et Elanor le suivit du regard, perplexe. Se demandant si ce qui s'était passé était un rêve ou était bien réel, elle resta quelques secondes sans bouger. Puis elle se réveilla, en voyant tous les Rohirims autour d'elle s'agiter. Elle attrapa la bride de Nahar, et monta sur son dos.
- Hâtez-vous ! Nous chevaucherons de nuit ! s'écria Théoden.
Un homme sonna le cor, et ils repartirent au galop.
Un peu plus loin, Eowyn regarda Elanor remonter sur son cheval noir, et prendre place à côté du roi. Son initiative fut accueillie par des regards surpris des soldats. L'amure en argent d'Elanor brillait comme un joyau brillant, tout comme son heaume duquel s'échappait une chevelure brune sauvage. Eowyn fut encore plus frappée par les traits de son visage, qui étaient aussi délicats, sinon comparables à la beauté des elfes.
Eowyn remonta en selle avec Merry, et suivit la garde du roi de loin.
Les hommes regardaient Elanor avec une expression étrange, qui ressemblait davantage à de la fascination qu'à autre chose. Cela surprit Eowyn, qui se demanda ce qu'il se passait. Elle se rappela les mots de Merry, qu'il devait tout juste de lui dire quelques minutes plus tôt.
Elanor était jeune. Tout comme Eowyn, elle avait la vie devant elle. Elle avait tant de choses à vivre…
Elle comprit alors. Elle comprit la signification de ce regard, cette lueur féroce qui naissait dans les yeux et le cœur des hommes.
Elanor représentait tout ce pourquoi ils se battaient. Ce pourquoi ils allaient au Gondor en ce moment.
Il y avait des mères, des femmes, des filles et des fils qui attendaient le retour triomphant de chaque Rohirim.
Ils devaient être sauvés.
Alors qu'ils galopaient vers Minas Tirith, le soleil se coucha et la nuit tomba. Même dans les ténèbres, on voyait l'armure d'Elanor luire sous la lumière de la lune. Tous chevauchèrent sans s'arrêter une seule fois. La ferveur avait pris le pas sur la peur et l'ombre.
Les premiers bruits de tambours et de cris inhumains se firent entendre à l'aube. Le sol grondait sous les sabots des chevaux, et ne faisaient que s'intensifier alors qu'ils s'approchaient des champs du Pelennor.
- Sonnez le cor ! ordonna Théoden.
Plusieurs soldats décrochèrent une corne, et soufflèrent dedans. Leur arrivée fut annoncée par un son clair assourdissant.
Elanor gravit le haut de la colline en première ligne, et la vit enfin
Minas Tirith.
Des milliers d'orques, trolls, gobelins, Uruk-hai s'étaient amassés devant la cité blanche, s'entassant par bataillons entiers devant les portes. La marée noire était si dense et étendue dans la plaine qu'Elanor en eut le vertige. Il était impossible de les dénombrer. Peut-être étaient-ils dix milles… quinze mille, ou plus. Des tours étaient collés contre les murs de Minas Tirith, et déversait un flot continu d'orques. Pendant ce temps, des machines de guerres effrayantes, envoyaient d'énormes rochers se fracasser contre les plus hauts remparts de la ville.
Des panaches de fumées denses et noirs s'échappaient en grande quantité de la ville en feu, allant s'ajouter aux nuages épais qui cachaient le ciel et le soleil. Minas Tirith était en feu.
Le regard d'Elanor fut attiré par les silhouettes sombres qui planaient dans les airs, comme des vautours au-dessus de leur proie. Certains plongeaient en piqué sur Minas Tirith, et remontaient quelques secondes plus tard les griffes chargés de petites choses brillantes, qu'ils laissaient aussitôt retomber.
Les Nazguls.
Le ventre d'Elanor fit un soubresaut lorsqu'elle réalisa que ce qu'ils jetaient étaient probablement des hommes.
Une vague de nervosité et de défaitisme parcourut les Rohirims. Théoden se mit à parcourir la ligne désordonnée
- Formez la ligne !
Les soldats sortirent de leur paralysie, et s'exécutèrent aussitôt.
- Eomer ! Amène tes hommes au pied du flanc gauche ! ordonna Théoden.
- Mes hommes sont prêts ! répondit Eomer.
Théoden repartit dans l'autre sens, et passa rapidement devant Elanor. Elle tourna la tête pour le suivre du regard, et aperçut Merry et Eowyn, qui se trouvaient quelques mètres à sa droite, en deuxième ligne.
Le regard d'Eowyn était rempli de terreur, tout comme le sien. Elanor lui adressa un faible sourire.
- Gamelin ! s'écria Théoden. Suivez l'étendard du roi, au centre !
- A vos ordres.
- Grimbold, menez votre compagnie à droite quand vous aurez passé le mur.
- Oui, monseigneur !
Théoden arrêta Nivacrin, et se tourna vers eux.
- En avant ! Ne craignez aucune obscurité ! hurla t-il. Debout ! Debout cavaliers de Théoden ! Les lances seront secouées, les boucliers voleront en éclats ! Une journée de l'épée ! Une journée rouge ! Avant que le soleil ne se lève.
Théoden tira son épée, et le brandit vers le ciel. Il posa son regard sur Elanor.
- Chevauchez avec moi !
Elanor avait la main posée sur la garde de Niphredil. N'y tenant plus, elle tira son épée et la fit glisser hors de son fourreau. Le reste des Rohirims firent exactement la même chose, et empoigèrent leur épée avec une nouvelle conviction.
Le discours d'encouragement de Théoden commençait à faire son effet. Elanor se sentait d'ailleurs mieux, et n'avait plus ce tremblement dans les mains.
- Au galop ! hurla Théoden. Courez à votre perte ! Courez à la fin du monde ! A mort !
Théoden brandit son épée avec rage. L'excitation et la même furie enflamma immédiatement leurs poumons, et Elanor souleva son épée dans les airs tout en criant en chœur avec les autres.
-A MORT !
L'armée des six milles cavaliers était en liesse. Les Rohirims reprirent le cri de guerre à plusieurs reprises.
- POUR EORLINGAS !
Théoden s'élança vers Minas Tirith. Elanor n'eut pas besoin de donner le signal à Nahar, le cheval partit aussitôt.
Il dévala la pente à une vitesse folle. Le vent fouettait son visage violemment, mais Elanor n'y pensait même pas, et hurlait sauvagement. Les cris des hommes et le tumulte des sabots derrière elle la rendait sourde, au point qu'elle ne s'entendait même pas crier. Niphredil était serrée dans sa main, et elle sentait son énergie vibrer à travers le métal froid de la garde. La ligne des orques se rapprochait dangereusement.
Mais elle n'avait plus peur.
Nahar dépassa bientôt tous les autres chevaux, même Nivacrin, le cheval blanc de Théoden. Elanor ne pouvait pas l'arrêter. Il était devenu incontrôlable.
Le soleil transperça brusquement les nuages épais qui recouvraient la plaine, et répandit sa lumière sur les deux armées. A cet instant, les rayons tombèrent sur l'épée et l'armure d'Elanor. Elle ne devint alors qu'un point blanc aveuglant, filant vers Minas Tirith.
Les orques se recroquevillèrent aussitôt. Cette sensation désagréable des rayons du soleil sur leur peau ainsi que la lumière qui avançait vers eux, leur était insupportable. Beaucoup se couvrirent les yeux en gémissant, incapable de regarder en face la lueur blanche qui grossissait à vue d'œil, et qui cachait les Rohirims. Alors que le bruit des sabots, et les cris se rapprochaient, certains des orques comprirent le danger, et commencèrent à reculer, effrayés.
- Tenez les positions ! ordonna leur chef, un orque blanc boursouflé. Tirez !
Les orques bandèrent leurs arcs et tirèrent une volée de flèches.
Les traits noirs disparurent dans la vive lumière blanche. Rien ne se passa pendant une-demi seconde, puis la lueur aveuglante s'évanouit.
L'armée du Rohan réapparut à moins de vingt mètres. Intacte.
Cela causa la panique dans les rangs du Mordor.
Certains s'enfuirent à toutes jambes, ignorant les ordres. Et même les plus téméraires reculèrent, hurlant et ne comprenant pas ce qui s'était passé.
Les Rohirims ne leur laissèrent pas le temps de réfléchir, et leurs chevaux les percutèrent de plein fouet.
Le choc fut brutal. Elanor s'accrocha aux rênes, laissant à Nahar le loisir de faucher autant d'orques qu'il voulait. Lorsqu'ils s'avancèrent plus profondément dans les rangs, Elanor se retrouva presque isolée, et dut se servir de son épée.
Son bras battait l'air, coupant une tête, un bras, un torse. Le sang noir se mit à gicler, et le bras et le visage d'Elanor en furent bientôt recouverts. Elle esquissa une grimace de dégoût, mais continua tout de même. Elle n'avait plus vraiment conscience de ce qu'elle faisait, hormis qu'elle ressentait une haine viscérale, un besoin irrépressible de casser de l'orque.
Nahar continuait de galoper, impossible à stopper dans sa course. Il faucha un grand nombre d'orques, et en piétina tout autant sans perdre l'équilibre, ni tomber. De nombreux Rohirims la dépassèrent, dont Théoden, qui sa garde jusqu'au pied des remparts de Minas Tirith.
En quelques minutes, l'armée des orques fut brisée, la moitié au moins écrasée sous les sabots des chevaux. Certains osèrent leur foncer dessus pour les attaquer, mais beaucoup d'orques préfèrent battre en retraite. Le soleil brillait chaleureusement dans le ciel.
Les Rohirims poussèrent des cris de victoires.
Elanor immobilisa Nahar, et elle fut rapidement rejointe par Théoden.
- Quelle était donc cette lumière ?!
Eomer arriva au triple galop à côté de son oncle, et lança à Elanor le même regard ébahi. Elanor les regarda tous deux avec confusion.
- Elrond ne m'avait pas dit que vous étiez magicienne, reprit Théoden. Vous avez sauvé la vie de beaucoup de mes hommes aujourd'hui. Je vous suis redevable.
Il inclina la tête en signe de remerciement, et repartit dans la mêlée. Elanor échangea un regard avec Eomer, et remarqua que son expression s'était légèrement radoucie. Il lui adressa un signe de tête, et repartit à la suite de son oncle.
Magicienne ? Une lumière ? Mais que diable, de quoi parlait donc Théoden ?
Elle leva la tête vers le ciel, et regarda le soleil qui brillait intensément. Elanor remarqua que quelque chose clochait au-dessus de Minas Tirith. Elle se mit à chercher la présence des Nazguls, mais ne les vit pas. Ils avaient disparus.
Probablement chassés pas le soleil, pensa-t-elle. Est-ce que eux aussi ils y étaient sensibles ?
Elanor en était moins sûre.
Théoden hurla des ordres au loin, et Elanor talonna Nahar pour se rapprocher.
- Les orques prennent la fuite ! lança Grimbold.
- Il faut les poussez-les vers le fleuve ! s'exclama Eomer.
- Non ! Il faut protéger la cité ! rétorqua Théoden.
Un bourdonnement les fit soudainement se taire. Tous tournèrent les yeux vers le Sud. Leurs mines réjouies s'évanouirent.
Une vingtaine de silhouettes gigantesques se profilèrent à l'autre bout de la plaine. Un chant barbare et des tambours résonnèrent dans l'air. La terre se mit à gronder sous leurs pas, et Elanor parvint à distinguer que les créatures portaient des petites cabanes sur le dos.
Qu'est-ce que c'était ?
Ils se rapprochaient à grande vitesse. Les bêtes grossissaient de plus en plus, et Elanor put enfin les détailler correctement. C'était des créatures à quatre pattes, grises, et étranges. Toutes avaient une trompe et d'énormes défenses, longues de plusieurs mètres.
Elanor ne pouvait pas en croire ses yeux.
Des Oliphants.
Ce n'était donc pas des légendes. Ils existaient vraiment !
La peur se dessina peu à peu sur le visage des Rohirims, qui regardèrent mortifiés cette nouvelle menace s'avancer vers eux. L'excitation et l'adrénaline de la charge disparue brusquement. Devant ces immenses créatures, tous les cavaliers du Rohan se posèrent la même question ? Allaient-ils survivre à ça ?
Ces hommes qui venaient du Sud, à dos d'Oliphant étaient des Haradrims. Elanor avait entendu des récits abominables à propos d'eux. On disait qu'ils vivaient dans ses terres arides, inhospitalières... et que leurs pratiques étaient cruelles et sanguinaires.
Cet ennemi était totalement inconnu. Elanor, ni aucun Rohirim ne les avaient combattus. Ce n'était pas des orques, mais des hommes fait de chair et de sang rouge, comme le leur. Ce qui était assez perturbant.
Des hommes corrompus par Sauron, essaya de se dire Elanor.
Ma la peur et l'appréhension la fit bientôt trembler comme une feuille. Elle avait une aversion viscérale pour les orques, et n'éprouvait aucune pitié à les tuer. Ils n'avaient rien d'humains.
Mais tuer un homme, même corrompu… elle n'était pas certaine d'en avoir le courage.
Le cor des Haradrims résonna dans la plaine.
- Reformez la ligne ! ordonna Théoden. Sonnez la charge ! Attaquez de front !
Les cavaliers formèrent tant bien que mal une nouvelle ligne. Elanor resta en arrière, pétrifiée. Théoden lança la charge, et ils partirent au galop.
Les Oliphant étaient à une centaine de mètres, mais ils devenaient de plus en plus immenses. Plus ils s'avançaient, et plus Elanor ressentait l'envie irrépressible de faire demi-tour. Peut-être aurait-elle dû écouter son instinct.
L'impact fut d'une violence inouïe.
L'Oliphant de tête qui était le plus massif et le plus agité, balança ses défenses à droite à gauche avec agressivité. Tout bascula en une seconde. Des cris, des hennissements et des bruits en tous genres explosèrent lorsqu'il faucha les cavaliers. Certains furent projetés dans l'air comme des poupées de chiffon, et retombèrent morts sur le sol, quelques centaines de mètres plus bas.
Horrifiés, les Rohirims paniquèrent.
Les autres Oliphant chargèrent, et Elanor manqua de peu de se faire embrocher par une des défenses. Nahar fut heureusement assez rapide pour esquiver l'attaque, et elle se faufila sous la bête. Il slaloma audacieusement entre les pieds de l'Oliphant, et Elanor fut soulagée de ne pas avoir à le diriger. Nahar semblait savoir où aller instinctivement.
Alors que les rangs étaient brisés et que les Rohirims perdaient pied, les Haradrims profitèrent de la confusion pour décocher leurs flèches et tuer le maximum d'hommes. Elanor s'éloigna le plus vite possible, avant d'éviter de se faire attaquer. Elle n'avait pas d'arc pour se défendre, juste son épée.
Eomer fut le premier à tuer un des Oliphant. Et pas n'importe lequel… le leader. Elanor regarda avec effarement la bête hurler et basculer sur le côté, percutant un de ses congénères. Les deux Oliphants tombèrent, et ne bougèrent plus, emmêlés l'un sur l'autre.
- Visez les têtes ! s'exclama Eomer.
Une pluie de flèches acheva de les tuer. Les Rohirims reprirent alors espoir.
Elanor fut contaminée par ce sentiment d'immunité, et lança son cheval au galop dans la mêlée. En passant sous un Oliphant, elle parvint à lui entailler profondément la chair d'une de ses pattes, et il bascula sur le côté. Un autre soldat passa derrière elle presque aussitôt, et acheva de le mettre à terre.
En levant la tête, Elanor s'aperçut que le soleil avait de nouveau disparut derrière les nuages. Les orques choisirent ce moment pour revenir à la charge.
Elle s'aperçut alors qu'elle était seule, et que les Rohirims avaient continués de galoper de l'autre côté de la plaine, prenant d'assaut les Oliphant.
Elanor regarda les orques affluer vers elle, interloquée, et para de justesse la lame bosselée d'un orque pâle. Elle lui entailla le bras, puis lui trancha la gorge. Un autre orque bondit aussitôt sur elle, et s'accrocha à sa selle et son bras.
Elanor essaya de lui faire lâcher prise, mais rien n'y fit. L'orque lui monta ses dents jaunâtres, et grogna, tout en affichant un sourire goguenard.
Son visage défiguré était à quelques centimètres du sien, et son haleine putride la frappa. Elanor eut un mouvement de recul, suivit d'un violent flash-back.
L'embuscade dans la forêt, un an plus tôt. Les orques qui l'avait enlevée et la portaient. Leurs mains sur elles qui s'attardaient parfois à des endroits où elle ne le voulait pas. Leurs regards lubriques… Elanor sursauta violemment, et envoya son coup de poing dans la figure de l'orque.
Surprit, il gémit, et lâcha son bras, basculant en arrière. Elanor lui plongea son épée dans le ventre.
L'orque tomba, mort. Elanor ne perdit pas de temps, et talonna Nahar pour faire demi-tour.
Les orques s'élancèrent à sa poursuite, et Elanor fonça en direction des Rohirims, qui se trouvait à une certaine de mètres. Elle se retourna brièvement pour regarder derrière elle, et vit avec soulagement, que les orques étaient largement distancés. Cependant, quelque chose n'allait pas.
Ils n'avançaient plus.
Pourquoi ils n'avançaient plus ?
Elanor fronça les sourcils, perplexe, et vit soudain une forme étrange apparaître sur le sol. L'ombre grossissait, et avait l'apparence… d'un oiseau.
Un courant d'air glacial souffla sur sa nuque, et Elanor leva les yeux. Un cri strident retentit à cet instant dans les airs.
Terrifiée par ce bruit, Elanor mit aussitôt les mains sur les oreilles. Incapable de bouger, elle regarda la créature ailée, noire et d'une taille démesurée fondre sur elle, la gueule grande ouverte.
Le Nazgul était prêt à l'embrocher, lorsque Nahar eut le réflexe de s'écarter.
Elanor se réveilla, et s'accrocha à la selle, alors qu'il faisait un brusque saut sur le côté, et que la bête faisait claquer ses mâchoires dans le vide.
Le Nazgul dérapa dans la poussière, et lui fit face.
- Tu ne peux pas t'enfuir, femme.
Elanor écarquilla les yeux. Le Nazgul était immense, et portait un manteau noir et une couronne en fer sur la tête, hérissée de pointes. Son visage était dissimulé dans l'ombre, sous un masque d'acier imposant.
Elanor n'aurait jamais cru pouvoir être autant effrayée par quelqu'un d'autre que Mandos. Mais aujourd'hui elle l'était. Cet ennemi n'avait rien d'humain. Sa voix était sourde et gutturale, et imposait la terreur à quiconque l'entendait.
- Tu ne peux aller nulle part, dit le Nazgul. Je te vois.
Le spectre fit avancer sa monture vers elle, et Elanor les regarda progresser avec anxiété. Elle devait se reprendre. Elle ne pouvait pas avoir peur. Elle devait l'affronter !
- Je n'ai pas peur de vous, répliqua Elanor.
Le Nazgul poussa un râle, qui ressemblait à la fois à un rire et à un avertissement.
- Ta magie ne te sauvera pas, petite fille. Tu vas mourir… une bonne fois pour toute.
Il leva la main, et Elanor aperçut alors un reflet brillant à l'un de ses doigts. C'était un anneau d'argent, sertit d'une pierre rouge sang luisante.
Le cœur d'Elanor fit un bond dans sa poitrine, et elle tenta de cacher au mieux sa joie. Elle avait réussit ! Sauron avait redonné les anneaux à ses serviteurs, comme elle l'avait espéré !
Le seigneur du Mordor était tombé dans le panneau !
Elanor baissa les yeux, ne voulant pas donner des soupçons au Nazgul. Elle sentit soudain que quelque chose clochait. Comme elle l'avait pressentie, une force invisible enserra brusquement sa gorge, jusqu'à l'en étouffer. Elanor porta aussitôt ses mains à son cou. Sa langue se colla à son palais, et lui fut impossible de produire le moindre son.
Le serviteur de l'anneau la regarda se débattre avec satisfaction.
- Je suis le roi sorcier d'Angmar, seigneur de Gundabad, dit-il. Croyais-tu être de taille pour m'affronter ?
Elanor commençait à manquer d'air. Le sang lui monta au visage, et elle sentit lentement le monde autour d'elle vaciller. Ses oreilles se bouchèrent, sifflèrent, et sa vision se brouilla. Déséquilibrée, Elanor bascula soudainement de la selle, et s'écrasa face contre terre.
Nahar hennit, et paniqué, recula.
Angmar se laissa glisser sur le sol. Ses pas lourds et son armure massive grinçante avertirent Elanor de son approche.
- Mon maître t'a surestimée. Tu es une bien piètre sorcière. Est-ce donc ceci le guerrier que nous envoi Mandos, et tous ces traîtres ? se moqua Angmar, en faisant référence aux Valar.
Elanor rassembla ses dernières forces, et tenta de se relever. Mais ses bras et ses jambes refusaient de répondre à son appel, et restaient paralysés.
- Personne ne provoque le maître, reprit Angmar. Aujourd'hui sonnera le glas de la fin de ton existence. Je vais en finir. Tu comprendras ce qu'est le vrai pouvoir…
Elanor tourna légèrement la tête, et le vit tirer une dague. C'était une petite lame en croix, d'un aspect des plus simples, mais qui glaça d'effroi Elanor.
Il allait la tuer. C'était la fin.
Elle ne pouvait pas échouer maintenant ! Pas si près du but !
Impuissante, Elanor réalisa qu'elle ne pouvait plus rien faire. A présent ce n'était plus de la panique qu'elle ressentait, mais de la pure terreur et un désespoir infini. Elle avait perdue.
Un souffle glacé sur sa nuque lui indiqua qu'il avait levé la lame de Morgul au-dessus d'elle.
Elanor vit à cet instant sa vie défiler devant ses yeux.
L'auberge, Maggi et le reste de sa famille adoptive. Fondcombe. La communauté de l'anneau. Tous les souvenirs de ces dernières années qu'elle avait vécues lui revirent en mémoire, et elle pensa à chaque endroit et personne qu'elle avait rencontrée.
Legolas…
Allait-elle l'abandonner encore une fois ? Elle ne pouvait pas supporter cette idée. Elle devait vivre, au moins pour le voir une dernière fois !
Elle devait vivre !
Une voix dans sa tête la somma de se relever. Une voix grave, autoritaire et féminine, qui ressemblait à celle de Melian.
- Debout !
Elanor sentit soudainement la magie déferler dans son corps, prenant possession de chacun de ses sens. Angmar abaissa son épée, mais la lame de Morgul se désintégra dans l'air avant même de toucher sa cible. Un mince bouclier invisible s'était dressé entre Elanor et le Nazgul.
Elanor sentit aussitôt sa langue se délier, et elle prit une grande inspiration, soulagée de pouvoir à nouveau respirer.
Enragé, Angmar jeta ce qui restait de la dague, et tira sa longue épée.
Elanor entendit le sifflement distinctif du métal glissant de son fourreau, et elle attrapa instinctivement Niphredil. Au moment où il la frappa, Elanor sauta sur ses pieds et brandit son épée.
Leurs lames se rencontrèrent, et la force de son attaque la fit reculer d'un pas. Angmar réattaqua, jetant cette fois une énorme massue acérée de piques d'un mouvement circulaire. Elanor se baissa juste à temps, et fonça sur lui.
Avant même que le Nazgul n'ait pu réagir, elle lui enfonça son épée dans le flanc. Une lumière blanche jaillit soudainement de la blessure, ainsi qu'une sorte de poussière étrange. Angmar cria, et la frappa au visage, l'envoyant rouler à terrre.
Lorsqu'Elanor se releva, il avait disparu.
Elle regarda tout autour d'elle, mais ne pouvait pas le voir.
Où était-il ?
Elanor baissa les yeux sur son épée, qu'elle tenait fermement dans sa main. Elle continuait de briller légèrement.
Angmar n'était pas mort. Elanor en était convaincue. Le Nazgul était encore là, quelque part.
Elle regarda les champs du Pelennor, jonchés de corps d'hommes et d'orques. Mais rien ne se passa.
Elanor retourna près de Nahar, et remonta sur son dos. A peine eu-elle le temps de s'y installer, que plusieurs cris stridents retentirent au-dessus d'elle.
Deux Nazguls plongèrent sur elle.
Au lieu de se boucher les oreilles comme la première fois, Elanor tira sur les rênes de Nahar, et le fit partir au galop.
Un des Nazguls tendit ses griffes et la rata, mais il la frôla dangereusement et Elanor réagit aussitôt.
Elle donna un coup d'épée et entailla le cou de la créature ailée. Celle-ci prit la fuite en hurlant. L'autre Nazgul en profita pour l'attaquer, et il fit claquer ses mâchoires près des pattes de Nahar. Ce dernier fit une embardée sur le côté, affolé et Elanor tomba une deuxième fois de sa selle.
Elle se réceptionna sur le dos, et accusa durement l'impact. Sonnée, elle mit quelques secondes à reprendre ses esprits. La douleur l'empêcha de se relever aussi vite qu'elle le souhaitait, et elle se plia en deux, le souffle coupé. Le Nazgul vola vers elle, les griffes en avant.
Elanor réalisa qu'elle avait laissée tomber son épée dans sa chute, et que celle-ci se trouvait loin à sa portée.
Alors qu'elle pensait finir dans la gueule de la créature, Nahar s'interposa et se cabra devant elle.
Avec horreur, Elanor regarda la scène se dérouler au ralenti. Le Nazgul attrapa Nahar dans sa gueule, et le projeta avec violence sur le côté. Il releva ensuite la tête, les crocs en sang.
- Nooon ! hurla Elanor.
Nahar laissa échapper un hennissement plaintif, et se tut.
Elanor se précipita sur son épée, et se dressa devant le Nazgul. Des larmes de rage s'étaient mises à couler sur ses joues, et elle ne ressentait plus aucune peur à présent.
Le Nazgul, qui était tout aussi intimidant qu'Angmar, fit voler sa monture droit sur elle.
Elanor attendit pendant plusieurs secondes le choc qui allait venir, et sentit alors quelque chose l'entourer. Une bourrasque de vent et de poussière souleva ses cheveux bruns. Elanor n'arrivait plus à penser correctement. Elle n'avait plus aucune idée de ce qui se passait. Elle sentait la magie couler dans ses veines, et c'est tout ce qui importait. Quelque chose en elle hurlait férocement, et voulait en sortir.
Le Nazgul battit des ailes pour se rapprocher, mais le vent se renforça et devint de plus en plus puissant.
Sans qu'il ne puisse rien faire, le spectre fut repoussé lentement dans sa progression, puis fut rejeté violemment en arrière. La créature grogna, et repartit vers Minas Tirith, apeurée, et son aile formant un triangle anguleux peu naturel.
Elanor se releva et se précipita vers son cheval. Tout son flanc était en sang, et il respirait faiblement.
Elle s'agenouilla à côté de lui, et lui caressa lentement l'encolure tout en lui murmurant des paroles rassurantes. Les premiers mots qui lui vinrent furent de l'elfique, et cela sembla apaiser la douleur de son compagnon.
Jusqu'à ce qu'il s'arrête de respirer.
- Merci, mon ami.
Elanor resta prostrée près de Nahar quelques minutes, la main tremblante sur sa crinière ébène.
Au bout de quelques secondes, elle se rendit soudain compte qu'elle devait bouger. Les cavaliers du Rohan étaient visibles non loin, pourchassant toujours les Oliphant restants. Les orques quant à eux commençaient tout juste à venir dans sa direction.
Elanor saisit Niphredil, et se releva, déterminée. Elle décapita le premier, et taillada le ventre du second. Elle fit progressivement son chemin vers Minas Tirith, sans réel but, ni idée d'où elle allait.
Mais une ombre dans le ciel attira brusquement son attention.
Angmar.
Elle regarda le roi sorcier plonger vers le sol. Il saisit un cheval blanc dans sa gueule, et le souleva de terre. Les Rhohirims qui se trouvaient autour prirent aussitôt la fuite, effrayés.
Alors qu'il le secouait dans sa gueule, Elanor reconnut le cheval blanc.
C'était Nivacrin. Le cheval de Théoden.
Epouvantée, Elanor regarda Angmar jeter le roi sur le sol comme un simple bout de chiffon.
Elanor ne mit qu'une seconde avant de réagir, et ses jambes se mirent à courir d'elles-mêmes. Alors qu'elle se précipitait dans leur direction, un cavalier du Rohan se dressa entre Angmar et Théoden. Le Nazgul leva sa massue, et en quelques secondes il désarma l'homme courageux.
Elanor poussa sur ses jambes pour arriver le plus vite possible, mais son armure et ses blessures la ralentissaient, et il y avait encore une bonne vingtaine de mètres à parcourir.
Angmar attrapa le cavalier par la gorge, et commença à l'étrangler.
Le Rohirim allait mourir. Théoden aussi. Si ça n'était pas déjà le cas. Le roi avait disparu sous son cheval, et tous deux ne bougeaient plus.
Encore une dizaine de mètres…
Elanor entendit Angmar s'adresser à sa victime, qui agonisait lentement.
- Pauvre fou ! Aucun homme vivant ne peut me tuer ! Meurs…
Elanor entendit un gémissement qui n'avait rien de masculin. Elle vit alors Merry surgir, et se précipiter vers le Nazgul. Il planta son épée dans la jambe d'Angmar.
Ce dernier relâcha aussitôt Eowyn, et tomba à genoux en criant. Merry hurla et bascula en arrière tout en se tenant le bras. Elanor arriva à ce moment à leur hauteur, et sans perdre de temps, elle abattit son épée sur le Nazgul.
La lame trancha nette sa main droite, et le cri d'Angmar se transforma en hurlement de fureur. Une onde de choc traversa le bras d'Elanor, et elle fut violemment propulsée en arrière.
Eowyn en profita pour se relever, et elle retira son casque, laissant sa chevelure dorée cascader sur ses épaules.
- Je ne suis pas un homme !
Elle leva son épée en criant de rage, et la planta dans la tête du Nazgul.
L'épée resta coincée dans le trou béant de sa capuche. Angmar laissa échapper un cri agonisant et il s'affaissa peu à peu sur lui-même, pour finalement disparaitre dans un amas de tissu noir et de métal.
Elanor grimaça et se redressa lentement, ayant l'impression qu'on lui avait planté des milliers d'échardes dans le corps. Elle posa ses yeux sur Eowyn, puis sur les restes d'Angmar, et fut soulagée de voir que la menace avait enfin été éliminée.
Quelque chose d'argenté brillait cependant au milieu des restes du Nazgul. Le cœur d'Elanor fit un bond dans sa poitrine lorsqu'elle vit Eowyn se pencher pour le ramasser.
- Eowyn ! Non !
La main de la jeune fille s'arrêta à mi-chemin, et elle tourna la tête vers Elanor.
- Ne le touchez pas ! s'exclama Elanor.
Elle bondit sur ses pieds, et se précipita aux côtés d'Eowyn, qui avait retiré sa main. Elanor baissa les yeux sur l'anneau argenté, qui luisait sur le sol au milieu des restes de son ancien propriétaire.
- Est-ce que c'est… ce que je pense ? lui demanda Eowyn.
Elanor acquiesça. Elle tendit la main, hésita, puis prit l'anneau.
La première impression qu'elle en eut, était qu'il pesait plus lourd que ce à quoi elle s'attendait.
L'anneau était en argent, sertit d'un rubis rouge sang, sur lequel se refermait deux motifs représentant la silhouette longiline d'hommes. C'était une représentation un peu archaïque pour la bague d'un ancien roi, songea Elanor, cependant il était évident que c'était la marque de rites païens… et de magie noire.
Un peu méfiante, mais tout de même fascinée, Elanor leva l'anneau à hauteur de son visage. Une envie irrépressible de glisser le bijou à son doigt la prit.
Devait-elle le faire ? L'hésitation la traversa un instant. Le pouvait-elle ? Elle pensa à Frodon, et se rappela que le hobbit avait toujours gardé l'unique autour de son cou.
Non. Ce ne serait pas très avisé. Elle devait éviter à tout prix de donner l'occasion à Sauron de pourvoir la manipuler.
Elanor vit qu'Eowyn regardait l'anneau fixement, et elle referma la main dessus, le cachant à sa vue. Eowyn cligna des yeux, puis regarda ailleurs. Elanor remarque qu'elle tenait son bras contre sa poitrine.
- Vous allez bien ?
Eowyn hocha la tête. Son regard dévia vers Théoden, mais elle se retourna aussitôt sur Elanor, et écarquilla les yeux en fixant un point derrière elle.
- Attention ! hurla-t-elle.
Elanor ne sentit pas le coup venir. Elle eut tout juste le temps de se retourner, pour voir qu'un homme du Sud, le visage caché par un foulard lançait son épée courbée droit sur elle.
Elanor esquiva la lame juste à temps, mais prit un coup sur la tête qui la fit tomber en arrière.
Eowyn cria, et des étoiles apparurent devant ses yeux. Puis ce fut le trou noir.
Elle se réveilla avec un goût de sang dans la bouche. Elanor ouvrit les yeux, et gémit. Son crâne la lançait terriblement, et elle n'entendait rien, si ce n'est un long sifflement désagréable.
Lorsque cela passa, elle s'aperçut qu'il n'y avait plus qu'un silence inquiétant autour d'elle. Le ciel s'était éclaircit, et le soleil rayonnait à présent sur toute la plaine.
Avaient-ils gagnés ?
Elle s'assit, et vit que le Haradrim avait disparu. Ainsi qu'Eowyn.
Combien de temps était-elle restée inconsciente ?
Elanor sentait quelque chose de froid couler sur son visage. Elle retira précautionneusement son heaume, et passa sa main sur sa joue. Lorsqu'elle la regarda, elle vit qu'elle était devenue rouge écarlate.
Lutttant contre la nausée, Elanor se releva. Elle baissa les yeux sur le sol, et découvrit à moins d'un mètre d'elle le Haradrim qui l'avait attaqué, mort.
S'il était mort, cela voulait dire qu'Eowyn devait être encore vivante. Elle regarda autour d'elle, ayant l'espoir de voir la silhouette de la jeune fille et de Merry apparaître. Mais ils n'étaient nulle part en vue.
Nivacrin était toujours étendu dans la poussière, et Elanor courut de l'autre côté. Elle s'arreta nette en découvrant le corps inerte de Théoden.
Le visage pâle, et les yeux gris autrefois bienveillants, étaient tournés vers le ciel, sans expression.
Elanor mit la main devant la bouche pour étouffer un cri.
Le roi était mort. Elle se rappela de ses mots, de son visage amical et bienveillant à son égard. Elle n'avait pas pu le sauver. Bientôt sa plainte se transforma en sanglot incontrôlable.
- Merry ! Eowyn ! hurla t-elle.
Mais le silence lui répondit. Les cadavres d'orques, d'hommes et de chevaux s'étendaient à perte de vue. Certains avaient des expressions paisibles, d'autres des sourires tordus ou figés dans la douleur. Du sang… il y avait du sang partout ! Elanor regarda effaré ce champ de bataille, qui ressemblait en tout point à celui du Gouffre de Helm. Excepté que cette fois, il y avait des créatures de toutes sortes orques, goblins, Haradrims, Trolls, Oliphants…
Elanor ressentis soudain l'angoisse de trouver le visage de ses amis parmi les victimes. Le nombre de Rohirims qui était au sol donnait le vertige, et Elanor dut se forcer pour regarder chaque visage mutilé. Sa conscience lui disait détourner le regard, mais elle était si déterminée qu'elle l'ignora complètement son dégout et sa révulsion à la vue d'autant de sang.
- MERRY ! EOWYN ! Ou êtes-vous ?!
Elanor sentit ses nerfs lâcher. Ils ne pouvaient pas être morts ! Non ! Ils ne pouvaient pas !
- MERRY ! Répondez ! Où êtes-vous ?! Eowyn ?!
Elle avait échouée. Elle ne les avait pas protégées. Merry… L'idée que Merry soit mort, écrasé et abandonné sous une créature lui était insupportable.
- Elanor !
La voix masculine qui retentit derrière elle la sortit de sa détresse. Elanor se retourna, et vit Legolas qui courait vers elle. Il s'arrêta net, et il la regarda avec une expression horrifiée. Avant qu'elle ne s'en rende compte, les bras de l'elfe se refermèrent autour d'elle.
Elanor s'accrocha désespérément à lui, le corps secoué par les sanglots. L'elfe se détacha d'elle, et l'examina.
- Ton visage, murmura-t-il.
Elanor releva la tête, et Legolas essuya doucement le sang qui avait ruisselé en abondance sur tout le côté gauche de son visage.
- Tu es blessée.
- Merry… Merry disparu ! Il est là quelque part ! Je ne sais pas où il est ! Je l'ai perdu ! Et Eowyn aussi !
Legolas arrêta son geste, et parut déconcerté par la nouvelle.
- C'est de ma faute ! Je ne sais pas où ils sont, reprit Elanor. Je me suis évanouie…
La surprise et l'inquiétude étaient encore sur le visage de Legolas, mais il parvint à prendre sur lui et posa ses mains sur les épaules d'Elanor avec calme.
- Ne t'inquiète pas. Nous allons les retrouver...
Il l'attira de nouveau dans ses bras, et Elanor se réfugia dans son étreinte. Elle était soulagée de pouvoir enfin le serrer contre elle. Elle en avait tant rêvée ces derniers jours.
Enfin, elle l'avait retrouvée.
- NOOONN !
Le hurlement les sortit de leur bulle.
Elanor se retourna, et vit avec effarement Eomer se précipiter sur un corps. Lorsqu'il le souleva dans ses bras, elle reconnut les cheveux blonds d'Eowyn. Son visage était d'un blanc laiteux, et elle était inerte, mais c'était bien elle.
Elanor sentit ses jambes céder sous elle. Legolas la rattrapa juste à temps.
Les pleurs déchirants d'Eomer envahirent la plaine, et Elanor crut qu'elle allait s'évanouir une seconde fois. Elle ne pouvait pas être morte. Eowyn ne pouvait pas être morte. Gandalf courut aux côtés d'Eomer, et se pencha sur la jeune femme.
Il posa sa main sur son visage, et ferma les yeux en récitant quelques litanies.
- Elle n'est pas morte. Mais elle a besoin de soins. Et vite. Amenez-là à Minas Tirith. Aragorn s'occupera d'elle.
Le jeune homme renifla et acquiesça. Il prit Eowyn dans ses bras, et marcha vers la cité blanche, talonné par plusieurs Rohirims. Gandalf resta avec le reste des soldats, et fut bientôt rejoint par Gimli et Aragorn.
- Je n'ai pas pu la protéger, murmura Elanor. Ni Théoden. Il est mort.
Le choc et la peine traversa les yeux bleus de Legolas.
- Tu as fait tout ce que tu pouvais, dit-il doucement. Eowyn va survivre. Et toi aussi.
Elanor le regarda, et vit toute l'affection qu'il lui portait à l'expression de son visage. Le ventre noué, elle acquiesça, et posa sa tête contre son torse. Legolas referma ses bras sur elle, et fredonna à son oreille un air elfique qui la fit basculer dans un état second.
Elle ne ressentit plus la peur, et l'angoisse qui la hantait à l'idée de ne pas retrouver Merry s'éloigna peu à peu de son esprit. Finalement, Elanor lâcha complétement prise, et s'abandonna dans les bras de Legolas, oubliant tout le reste, et tout ce qu'il venait de se passer. Ne pensant qu'à leurs retrouvailles. Qu'à eux.
Après quelques minutes, Legolas glissa sa main dans la sienne, et la reconduisit vers Minas Tirith. Elle n'opposa aucune résistance, et lui suivit docilement.
Note de l'auteur : Je tiens juste à spécifier que j'ai écrit une bonne partie de ce chapitre dans la nuit du 7 janvier 2015. C'est soit quelques heures avant l'attaque qui a eu lieu au journal de Charlie Hebdo. En fait j'ai écrit toute la nuit jusqu'à 6h30 du matin sans m'arrêter. J'ai vraiment du mal à m'expliquer mon insomnie, car c'est la première fois que ça m'arrive. Ce chapitre 19 est donc un peu particulier, et pour moi il témoigne assez bien de l'horreur et des séquelles que peuvent infliger la guerre. Il n'était pas question de dépeindre une scène de bataille héroïque, ou Elanor aurait pris un malin plaisir à vivre tout ce qui s'est produit comme une grande aventure. Ce n'est pas la vision que j'ai de ce type de situation.
J'espère que vous avez appréciez, n'oubliez pas de me laisser un petit commentaire. Je me met tout de suite au travail pour le chapitre suivant. A bientôt !
