Bonjour tout le monde, aujourd'hui, je garde mon blabla pour ma note de fin, et je vous annonce juste que le chapitre est plus long que d'habitude. Et évidemment, les phrases en italique proviennent du livre Harry Potter et le Prince de sang-mêlé.

Pas de reviews anonymes aujourd'hui, alors je vous souhaite une bonne lecture et on se retrouve en bas :)

Disclaimer: Rien ne m'appartient (c'est le drame de ma vie), tout est à Joanne.


CHAPITRE III

- Tout ira bien, Maman, marmonna Drago en grinçant des dents. Tout le monde m'attend.

Un peu plus loin sur le quai 9 ¾ bondé, Pansy, Blaise et Théodore pouffaient de rire. Narcissa Malefoy avait l'air peu enclin à laisser partir son fils unique, le couvrant de recommandations de dernière minute (recommandations qu'elle lui avait déjà fait vingt-cinq fois durant les semaines précédentes), tandis qu'autour d'eux, familles et amis se saluaient, se retrouvant avec joie après un long été ou se quittant pour une nouvelle année.

- Fais bien attention à toi, Drago. Tu me le promets ?, demanda Narcissa, une lueur d'inquiétude assombrissant son regard pâle.

- Oui, répondit le jeune homme d'un air agacé. Je t'écrirais.

Narcissa hocha la tête, l'embrassa une dernière fois, et son fils se hâta de rejoindre ses amis, qui retenaient leurs rires à grand peine. Non pas que l'inquiétude de Narcissa ait quoi que ce soit d'amusant, mais l'expression gênée de Drago valait définitivement plusieurs milliers de Gallions.

- Taisez-vous, vous tous, leur lança le blond avec un regard assassin quand il parvint à leur hauteur.

- On n'a rien dit, gloussa Pansy d'un air moqueur.

Drago les toisa d'un air hautain, ce qui ne fit que redoubler l'amusement de ses amis, puis ils se hâtèrent tous les quatre de monter dans le Poudlard Express, tirant leurs lourdes valises à bord de la locomotive vrombissante, presque prête à partir. Narcissa ne les quitta pas du regard, et lança un « Vous aussi, soyez sages ! » maternel au reste de la petite bande, récoltant des hochements de tête amusés et attendris. Pour certains, cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas reçu une recommandation maternelle bienveillante, voire une recommandation maternelle tout court, et l'attention de Narcissa, qu'ils connaissaient tous depuis toujours, leur réchauffa le cœur.

Après cela, ils disparurent dans le train, à la recherche d'un compartiment. Mais les au revoir des Malefoy avaient laissé largement le temps aux autres élèves d'envahir les lieux, et après avoir parcouru le train sur toute sa longueur, ils durent bien se rendre à l'évidence : tous les wagons étaient occupés. Quatre paires de regards accusateurs se tournèrent vers Drago.

- Quoi ? C'est pas ma faute !, s'exclama le blond avant de se tourner et d'ouvrir la porte du premier compartiment à sa portée.

Celle-ci coulissa, laissant apparaitre trois élèves déjà vêtus de leurs robes de sorcier. Ils avaient des visages enfantins qui montraient qu'ils sortaient à peine de l'enfance, mais les écussons rouges brodés sur leurs robes permettaient de deviner qu'ils devaient être en 2ème ou en 3ème année.

- Tiens, des lionceaux, railla Pansy en s'encadrant dans l'ouverture à côté de Drago. Bougez de là, c'est notre compartiment maintenant.

Les deux garçons présents à l'intérieur se regardèrent, l'air de se demander quelle était l'attitude à adopter. L'encadrement de la porte laissait maintenant apparaitre les quatre Serpentard, qui étaient précédés par leur réputation, ce qui expliquait les regards anxieux des deux Gryffondor. Mais la troisième personne présente à l'intérieure, une fillette blonde, petite et menue, ne se démonta pas. Elle se redressa sur son siège et les toisa, l'air farouche.

- On était là avant.

- Techniquement, non. Tu es en quoi, deuxième année ? Ca fait six ans qu'on prend ce train, lui répondit Théo.

- Alors vous devez être largement capable de vous trouver un autre compartiment, rétorqua celle-ci avec aplomb.

- Tu ferais mieux de te taire et débarrasser le plancher. Tu ne dois pas savoir à qui tu parles, tonna Drago, l'air menaçant.

- Bien sûr que je le sais. Mais vous ne me faites pas peur.

Blaise s'apprêtait à répliquer, bien décidé à rabattre le caquet de cette gamine insolente, mais il se ravisa en voyant Théo sortir sa baguette.

- Ça m'ennuie de devoir faire ça…

Sur ces mots, le jeune homme se mit à marmonner ce qui sonnait comme des incantations, que ses amis reconnurent bien vite comme étant en réalité un mélange de noms d'étoiles et d'insultes en russe. Les 2èmes années, cependant, furent persuadés au bout de deux millisecondes que Théodore était bel et bien en train de leur jeter un dangereux sortilège de magie noir. Même la blonde avait l'air terrifié.

- Arrête, arrête ! On s'en va, je vous le jure !, s'écria le plus grand des garçons.

Théo se tut un instant, et les trois enfants déguerpirent aussi vite qu'ils le purent. Quand ils purent enfin fermer la porte du compartiment derrière eux, les quatre Serpentard éclatèrent de rire.

- Vous avez vu leurs têtes ? Ça marche à tous les coups, s'exclama Blaise.

- Théo, t'es vraiment génial, renchérit Pansy, secouée de spasmes.

- Les insultes en russe, c'était vraiment bien trouvé, ajouta Drago en se laissant tomber sur la banquette en cuir, toujours parcouru d'un rire léger.

Théo répondit d'une petite courbette, riant lui aussi, puis, d'un coup de baguette, il fit léviter leurs quatre valises dans les compartiments au-dessus de leurs têtes. Il s'était à peine assis que la locomotive s'ébranla sous ses pieds dans un grondement sourd, et s'éloigna lentement du quai 9 ¾.

Dans le couloir, une foule d'élèves penchés aux fenêtres du train criaient des au revoir à leurs familles, mais les Serpentard, eux, ne bougèrent pas. Cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient plus personne à saluer quand le Poudlard Express démarrait. La mère de Théo était morte trop tôt pour le voir aller à l'école de sorcellerie, et son père ne l'avait jamais accompagné sur le quai, laissant cette tâche aux elfes de maison. Les parents de Pansy avaient fait de même, refusant de se mêler à la « populace » qui se pressait tous les 1er septembre sur le quai 9 ¾, selon leurs propres dires. Les seules qui aient jamais accompagnés leurs enfants étaient Narcissa Malefoy et Athénaïs de Rosbourg, mais elles s'éloignaient toujours avant le départ du train, préférant elles aussi ne pas rester trop longtemps en compagnie des sorciers sang-mêlé, nés-moldus, voire pire, des parents moldus qui regardaient leurs enfants les quitter pour une nouvelle année. La place des sang-pur n'était certainement pas sur les quais de gares, et c'était par pure affection pour leurs enfants qu'il leur arrivait de faire le déplacement.

Alors que le Poudlard Express sortait de l'agglomération londonienne, la porte du compartiment s'ouvrit brusquement, laissant apparaitre Gregory Goyle et Vincent Crabbe, essayant tous deux de se faufiler par l'ouverture, sans réfléchir au fait que rentrer l'un après l'autre aurait été plus logique. Des soupirs discrets se firent entendre d'un bout à l'autre du compartiment, tandis que les deux sorciers parvenaient finalement à y pénétrer.

- Salut Pansy, dit Crabbe à la jeune fille avec un grand sourire. Tu as passé de bonnes vacances ?

- Ne pas te voir pendant deux mois est toujours un plaisir, répliqua celle-ci en se levant. Il faut que j'aille faire un tour dans le compartiment des préfets, ajouta-t-elle, sautant sur l'occasion pour s'éloigner de son ennuyant admirateur. Drago, tu viens ?

- J'ai la flemme, tu me raconteras, répondit celui-ci avec un haussement d'épaules, le regard tourné vers la fenêtre.

Pansy lui jeta un coup d'œil étonné, surprise qu'après avoir passé un an à martyriser les plus jeunes en abusant de son statut, il fasse preuve de tant d'indifférence cette année. D'accord, le rôle de préfet laissait moins de liberté que celui qu'ils avaient eu au sein de la Brigade Inquisitoriale, mais il permettait tout de même de s'amuser un peu. Elle haussa les épaules à son tour (après tout, Drago avait toujours eu un côté lunatique, ce n'était pas après tant d'années qu'elle allait se mettre à chercher à comprendre…), puis tourna les talons, ayant juste le temps d'apercevoir Crabbe et Goyle soulever leurs valises pour les balancer dans les compartiments à bagages. Parfois, elle se demandait s'ils avaient vraiment des pouvoirs magiques.

Elle dépassa les nombreux compartiments pour remonter à l'avant du train, en profitant pour effrayer quelques élèves plus jeunes en leur lançant des regards plein d'animosités ou en jouant ostensiblement avec sa baguette, s'amusant de voir leurs petits visages stupides se couvrir d'expressions terrorisées. Sa réputation de garce à frange mesquine et impitoyable n'était plus à faire, et elle prenait un malin plaisir à en jouer à nouveau après cet été long et maussade. Finalement, quand elle parvint au compartiment des préfets, elle était d'excellence humeur.

Humeur qui se transforma bien vite quand elle aperçut Weasmoche et sa Sang-de-Bourbe de compagnie, sagement assis dans le compartiment des préfets, attendant patiemment McGonagall. Elle était loin de porter la famille de Weasley dans son cœur (traîtres à leur rang, Gryffondor, pauvres et mal habillés, on pouvait dire qu'ils représentaient tout ce qu'elle détestait), mais elle vouait une haine viscérale à Granger. Tout chez elle la débectait : ses petits airs de miss perfection, sa mièvrerie qui lui donnait envie de vomir, ses réponses à tout directement sorties de manuels poussiéreux, ses horribles cheveux. Et le pire, c'était qu'à part les Serpentard, tout Poudlard semblait l'adorer. Comme si les vert et argent étaient les seuls à se rendre compte à quel point cette fille était imbuvable.

Pansy leur jeta à tous deux un regard mauvais avant d'apercevoir les préfets de Poufsouffle et de Serdaigle, ce qui acheva de détruire sa bonne humeur. Elle les toisa d'un air méprisant et s'apprêtait à balancer une remarque acerbe, quand la vieille McGonagall fit irruption dans le compartiment, plusieurs parchemins lévitant devant elle. Pansy s'assit sur la banquette, le plus loin possible de ses camarades, et poussa un long soupir alors que le professeur de métamorphose débutait un long discours sur la discipline, l'honneur et le respect du règlement. Elle en regrettait presque le compartiment de ses amis, même avec Crabbe à l'intérieur.

A plusieurs mètres de là, dans ce même compartiment, un silence d'église régnait. Drago, l'air perdu dans ses pensées, fixait le paysage par la fenêtre sans le voir, trop occupé à essayer de gérer la multitude de sentiments contradictoires que cette rentrée provoquait en lui. Joie de retourner à Poudlard, satisfaction d'être, contrairement à ses camarades, enfin un adulte, avec une importance, une place, un but, appréhension à l'idée de voir Dumbledore, inquiétude pour sa mère restée au manoir, et tant d'autres sensations plus diffuses qui faisait rage en lui.

Blaise, occupé à battre distraitement un jeu de cartes, sans toutefois afficher l'intention d'y jouer, occupait à lui seul quasiment une banquette complète, puisque ses jambes y étaient étalées. Pour s'empêcher de sombrer dans un ennui soporatif, il écoutait les conversations dans le couloir voisin, s'amusant de capter des bribes de la vie de ses camarades, parlant tantôt destinations de vacances, peines de cœur, Quidditch ou encore manucure. Une seule fois, le jeune homme entendit une voix grave prononcer le mot « Mangemort », et il ne put s'empêcher de se figer un instant à la pensée de sa mère, restée seule en compagnie d'Augustus Rookwood et de son sourire hypocrite.

Sur la banquette de Drago, Goyle examinait une longue cicatrice sur son bras, qui devait probablement provenir d'une chute de balai ou d'une collision avec un arbre, tandis qu'en face de lui, Crabbe s'était plongé dans une BD après avoir tristement regardé Pansy déserter le compartiment.

Enfin, Théo était assis près de la porte, nullement dérangé par les autres élèves qui discutaient et riaient bruyamment de l'autre côté du battant, plongé dans un livre si passionnant qu'il en avait complètement oublié l'endroit où il était. Il était arrivé au dénouement de l'intrigue, à ce moment si vibrant où toutes les pièces du puzzle s'assemblaient et où le livre prenait enfin tout son sens, et rien n'aurait pu le faire lâcher l'ouvrage. Il ne releva la tête que quelques minutes plus tard, quand il eut enfin posé ses yeux sur le point final, complètement retourné comme à chaque fois qu'il lisait un livre excellent, parcouru par cette impression de vide à l'idée qu'il venait de quitter les personnages. Il ferma l'ouvrage d'un geste solennel, perdu dans ses pensées, incapable de démêler tout ce que les 500 pages qu'il venait d'engloutir provoquaient en lui. Finalement, il reprit pied dans la réalité, sentant à nouveau le vrombissement du train sous ses pieds et l'odeur du chariot de nourriture qui devait arriver dans le couloir. Il se leva prestement, fit léviter son livre jusqu'à la poche de sa valise, puis claironna :

- Je vais voir Millicent.

Il récolta un hochement de tête de la part de Blaise et de Goyle, et sortit dans le couloir, se faufilant entre les élèves tout en prenant soin de jeter un coup d'œil aux portes de chaque compartiment, jusqu'à ce qu'il tombe enfin sur celui qu'il cherchait. Il poussa la porte qui s'ouvrit dans un chuintement, et quatre regards se levèrent instantanément vers lui.

Le premier, d'un bleu de la couleur du ciel d'été, allait de pair avec une longue chevelure blonde, un port de tête altier et une expression permanente de mystère et de retenue. Daphné Greengrass venait de toute évidence d'être coupée dans une phrase, mais elle ne sembla pas lui en tenir rigueur et elle adressa un léger sourire à Théo.

Le deuxième, aussi marron que la terre sous leurs pieds, s'éclaira d'une étincelle allègre tandis que la bouche vermeille de sa propriétaire s'étirait. Aliyah Shafiq, le visage fin encadré d'épaisses boucles brunes, se décala de quelques centimètres pour faire de la place au nouvel arrivant.

Le troisième, d'un gris électrique saisissant, appartenait à nulle autre que Tracey Davis, qui enroula une mèche de cheveux auburn autour de ses doigts en lançant un large sourire plein de dents d'un blanc immaculé à son camarade.

Enfin, le quatrième, dont la couleur marron se fondait sur un visage pâle encadré par de longs cheveux châtains, se fixa immédiatement sur Théodore, tandis que l'expression de sa propriétaire passait de la surprise à la gaieté. Millicent Bulstrode accueillit son ami avec un air enjoué, tandis que celui-ci prenait place entre elle et Aliyah tout en se mettant à parler.

- Salut les filles, lâcha-t-il de son habituel ton calme et posé. Je ne vous dérange pas ?

- Pas le moins du monde, s'empressa de répondre Aliyah.

Daphné se retint de rouler des yeux, atterrée de voir son amie prétendre uniquement pour les beaux yeux de Théo que la conversation qu'elles avaient auparavant n'avait aucune importance. Certes, elles parlaient de chaussures, mais c'était pour le principe.

- Que nous vaut cette visite, Théo ?, demanda Tracey de l'air mutin qu'elle arborait en permanence.

- J'ai fini un livre génial et je venais en parler à Millie, en fait, répondit le jeune homme avec un sourire à l'intention de la concernée. Et puis, c'est toujours un plaisir de vous voir.

- Ça sert à rien d'essayer de les flatter, répliqua Millicent en lui donnant un coup de coude, rieuse.

Ses quatre amis se rejoignirent à son amusement, d'un grand rire pour Tracey et Théo, plus discrètement pour Aliyah et Daphné. Passé ce court moment d'hilarité, cette dernière prit la parole pour la première fois depuis l'arrivée de son camarade.

- Comment ça se fait que Pansy ne soit pas avec toi ?

Si Daphné pouvait considérer quelqu'un comme sa meilleure amie, c'était bien Pansy. Bien sûr, elle s'entendait bien avec le reste de leurs camarades, après tout, partager le même dortoir pendant cinq ans vous rapproche forcément, mais elle avait un lien particulier avec Pansy, plus profond, plus précieux. Daphné avait énormément de mal à faire confiance et à s'attacher aux gens, et Pansy était l'une des rares personnes auxquelles elle tenait, en dehors de sa famille.

- Elle est partie dans le compartiment des préfets, pour le discours de McGonagall. Elle ne devrait plus tarder, répondit Théo après un rapide coup d'œil à sa montre.

En effet, à l'avant du train, la réunion préfectorale se terminait enfin, et Pansy put enfin quitter cet enfer, après avoir pris les parchemins qui lui tendait le professeur McGonagall. Elle ne manqua pas de jeter un regard méprisant au reste de ses camarades, puis elle se hâta de regagner son compartiment, écartant brutalement les malheureux élèves qui avait la malchance de se trouver sur son passage. Finalement, elle ouvrit la porte avec fracas, faisant sursauter les quatre occupants de compartiment.

- Tu me revaudras ça, Drago, annonça-t-elle en lui lançant deux parchemins. C'était d'une lenteur… Et puis Granger était là, à jouer les lèches-bottes avec ses questions stupides, tout comme Macmillan d'ailleurs, ils devraient fonder le fan-club de McGonagall…

Elle se laissa tomber sur la banquette en continuant à discourir sur l'horreur qu'avait été cette réunion, vaguement écoutée par Blaise, Drago et Goyle, tandis que Crabbe était, comme à son habitude, pendu à ses lèvres.

Heureusement pour les garçons, elle fut arrêtée dans ses jacassements par le bruit de la porte en train de coulisser. Astoria Greengrass, ses cheveux bruns attachés en une longue tresse, apparue dans l'encadrement, un rouleau de parchemin attaché par un ruban violet dans la main gauche. Comme à chaque fois qu'ils la voyaient, tous se firent la réflexion qu'elle ressemblait énormément à sa sœur : hormis la couleur de leurs cheveux, elles auraient facilement pu passer pour des jumelles. Mais ce qui les différenciait le plus était certainement leur attitude, hautaine et guindée pour Daphné, tandis qu'Astoria était bien plus naturelle et expressive.

- Salut, leur lança-t-elle avec un joli sourire. Je dois te donner ça, Blaise, annonça-t-elle pour expliquer sa présence en tendant le parchemin au concerné.

- C'est de la part de qui ?, demanda celui-ci en prenant l'objet, pensant déjà à une énième admiratrice secrète.

Blaise laissait en effet peu d'élèves indifférents, filles et garçons confondus. Ses pommettes hautes, ses yeux en amande et sa silhouette mince et athlétique en avaient déjà fait fondre plus d'un, mais le jeune homme était très difficile, et personne n'était encore jamais parvenu à le faire entrer dans une relation monogame à long terme.

- D'un nouveau professeur, répondit la jeune fille en haussant les épaules avant de quitter les lieux.

C'était tout de suite beaucoup moins réjouissant, et Blaise se demanda ce qu'il avait bien pu faire pour recevoir une lettre d'un enseignant avant même d'avoir posé un pied à Poudlard. Il acheva d'ouvrir le parchemin avec perplexité et le parcouru rapidement du regard.

Blaise,

Je serais ravi si vous pouviez venir vous joindre à moi pour prendre une petite collation dans le compartiment C.

Cordialement,

Professeur H.E.F. Slughorn

Il lut la missive à voix haute pour ses amis, qui avaient tous redoublé d'attention depuis l'interruption d'Astoria, puis releva la tête vers eux, l'air étonné.

- Qu'est-ce qu'il peut bien te vouloir ?, demanda Pansy, tout aussi surprise que lui.

- Et comment il te connait, déjà ?, s'interrogea Drago.

- Peut-être que tu as fait une bêtise…, avança Goyle.

- Je pense que je le saurais si j'avais fait une connerie avant même d'arriver au château, répliqua sèchement Blaise.

Par Merlin, ce que cet idiot l'insupportait.

- Bon, et bien je n'ai pas vraiment le choix, je vais aller voir ce qu'il me veut…, poursuivit-il en se levant.

- Je viens avec toi, il faut que j'aille voir Daphné, annonça Pansy tandis que le jeune homme s'étirait.

Drago se renfonça dans son siège, observant ses amis rouvrir la porte du compartiment et disparaitre dans le couloir, tandis qu'il sentait une sensation inhabituelle et passablement désagréable faire son chemin en lui. Au cours de l'été, la solitude avait fait son nid au creux de son corps, telle un serpent attendant patiemment d'avoir suffisamment de force pour se déployer et mordre. Sa mission et la responsabilité qui en découlait l'éloignaient nécessairement de Théodore, Pansy et Blaise, qui étaient incapables de comprendre ce qu'il ressentait (et qui n'auraient jamais à le faire, puisqu'il était inenvisageable de leur en parler). Il savait qu'il devait se préparer à quelques mois de réclusion et d'introspection, mais il ne pouvait s'empêcher d'être vexé que dès le premier jour, ses meilleurs amis trouvent tous des choses plus importantes à faire, et pas lui. Son ego en prenait un coup de n'avoir pas reçu d'invitation à la « collation » du professeur Slughorn, quel que puisse en être l'objet, et la perspective de passer une partie du voyage avec Crabbe et Goyle pour seule compagnie avait un côté affreusement déprimant.

Dans le couloir, Blaise et Pansy s'éloignaient déjà du compartiment, sans avoir aucune idée des sombres pensées de leur ami. Sur leur passage, les élèves s'écartaient naturellement, comme d'habitude. Personne n'avait envie de subir une humiliation en règle de la part des deux Serpentard dès la rentrée, et tous se contentaient de leur lancer des regards plein d'animosité, que Pansy s'employait à rendre avec les intérêts, tandis que ceux qui recevaient un regard méprisant de Blaise pouvaient se considérer comme chanceux.

Finalement, ils parvinrent au compartiment J, où ils trouvèrent Théo, en compagnie de Daphné, Tracey, Milicent et Aliyah.

- Enfin ! Quelle idée vous avez eu de vous mettre tout à l'avant du train, sérieux ?, s'exclama Pansy en ouvrant la porte du compartiment.

- Bonjour à toi aussi, Pans', répondit Daphné avec un sourire amusé alors que son amie s'asseyait à côté d'elle.

- Qu'est-ce que tu fais là, Blaise ?, demanda Tracey au jeune homme, toujours debout dans l'encadrement de la porte, après avoir salué la nouvelle venue.

- Je ne reste pas, je suis invité à une « collation » par un nouveau professeur… Laisse tomber, moi non plus je comprends pas, ajouta-t-il en voyant l'expression étonnée de sa camarade.

« Bonne chance ! », lui lança Pansy alors qu'il les saluait et refermait la porte. Désormais seul, il acheva de dépasser les compartiments restants pour parvenir au numéro C, où quatre élèves étaient déjà présents, en compagnie du professeur Slughorn. Vêtu d'un costume de velours qui ne semblait plus de toute première jeunesse, il était plongé dans une conversation, qu'il interrompit quand Blaise fit coulisser la porte.

- …ce fameux match, oui, j'étais dans la tribune officielle, voyez-vous, et… Oh, vous devez être Mr Zabini ? Quel plaisir de vous voir, mon garçon, asseyez-vous !

Celui-ci prit place avec réticence à côté d'un élève de Serdaigle dont il ne connaissait pas le nom (information dont il se fichait pas mal, d'ailleurs), et écouta d'une oreille distraite Slughorn reprendre son récit d'un match de Quidditch inoubliable, impliquant plusieurs feintes exceptionnelles et six heures de jeu. En face de lui, écrasée entre Slughorn et la fenêtre, se trouvait Ginny Weasley, qui lui jeta un regard féroce en le voyant, auquel il répondit par un sourire narquois. Il avait déjà remarqué plusieurs fois que la jeune fille semblait être exaspérée à chaque fois qu'elle le voyait, peut-être parce que même certaines de ses plus proches amies de Gryffondor ne pouvaient s'empêcher de glousser à chaque fois qu'elles voyaient Blaise, et celui-ci prenait un malin plaisir à la voir s'énerver toute seule.

- Et vous, mon cher Blaise, vraiment, quel plaisir de vous revoir, s'exclama Slughorn en se tournant vers lui, le sortant de ses pensées. Vous ne vous en souvenez pas, bien sûr, mais j'étais présent au 4ème mariage de votre mère, voyez-vous, son mari était un de mes anciens élèves…

Blaise lui adressa un sourire poli, ne sachant que répondre car il ne se souvenait absolument pas avoir jamais vu cet homme.

- Vous entrez en 6ème année à présent, c'est cela ? Mais dites-moi, ne connaitriez-vous pas le fils de Mr Nott ?

- Si, monsieur, c'est un de mes amis.

- Oh, c'est merveilleux, répondit le professeur avec un sourire ravi. Comment se porte son père ?

- Eh bien, hm…, hésita Blaise, légèrement mal à l'aise. Il est à Azkaban, monsieur. A la suite de ce qu'il s'est passé au ministère de la magie…

- Oh, fit simplement Slughorn en se rembrunissant. C'est fâcheux.

Au contraire, pensa Blaise, le monde se porte bien mieux sans lui… Après cela, il détourna le regard vers la fenêtre et ne s'en détacha qu'à l'arrivée d'une Serdaigle de 7ème année qui rougit jusqu'à la racine des cheveux en le voyant. Il lui fit un clin d'œil alors qu'elle s'asseyait, et elle remua sur son siège, mal à l'aise. Blaise se remémora avec amusement leur partie de jambes en l'air de l'an dernier, tandis que la jeune fille semblait vouloir se trouver n'importe où plutôt qu'ici. Pour un peu, Blaise aurait presque été vexé qu'elle ait honte d'avoir couché avec lui, mais c'était le cas de bon nombre de ses conquêtes, qui n'assumait pas d'être tombées sous le charme d'un Serpentard… En face de lui, la petite Weasley n'avait rien perdu de la scène, et elle leva les yeux au ciel, visiblement ennuyée par son comportement, ce qui ne fit que redoubler l'amusement intérieur du jeune homme.

Amusement qui fut tué dans l'œuf par l'entrée de deux nouveaux arrivants : Potter et Londubat ouvrirent la porte avec fracas, et Slughorn bondit pour les accueillir à grand renfort de « Quel plaisir ! ». Cette fois-ci, ce fut au tour de Blaise d'être exaspéré. Non pas qu'il déteste Potter autant que Drago, mais il le trouvait tout de même passablement insupportable, avec sa bonne volonté et sa ridicule célébrité. Il avait du mal à comprendre que quelqu'un qui avait aussi peu de charisme et d'intelligence puisse être surnommé « l'Elu » et être considéré comme le seul capable d'arrêter le Seigneur des Ténèbres (opinion que Blaise était loin de partager, car s'il fallait se fier à Potter là-dessus, il ferait aussi bien de s'enrôler tout de suite comme Mangemort, histoire d'assurer sa position pour le règne futur de Voldemort…). Quant à Londubat, à l'image de Crabbe ou Goyle, il irritait Blaise par sa stupidité, à laquelle se rajoutait ses manières de benêt empoté, et le Serpentard se demanda ce qu'il avait fait pour mériter de se retrouver en pareille compagnie.

Il comprit que Potter et Londubat étaient les derniers invités attendus par Slughorn lorsque celui-ci se lança dans une rapide présentation de chacun des élèves présents. Quand son tour fut venu, il ne jeta pas un regard aux Gryffondor, et s'employa à fixer le professeur, tout en espérant que cette collation ne s'éternise pas.

Malheureusement, comme si le mauvais œil était tombé sur lui en ce début d'année, Slughorn avait préparé tout un repas, et celui-ci s'étira tant et si bien que quand le professeur décida d'interroger Blaise, comme il le faisait avec chacun des élèves, l'après-midi était déjà bien entamée, et le Serpentard avait été gagné par le désespoir il y a bien longtemps.

- Et vous, mon cher Blaise, je n'ai même pas pensé à vous demander comment se porte votre mère !

Génial. En plus d'avoir été obligé d'écouter ses camarades déblatérer sur leurs célèbres parents, oncles, tantes, frères, sœurs, chiens et chats, alors que tout ceci n'avait aucun intérêt pour lui, voilà qu'il allait devoir se retrouver à parler de sa mère. Vraiment merveilleux.

- Voyez-vous, la mère de ce jeune homme était mariée à un de mes anciens élèves. Une femme merveilleuse, d'une extraordinaire beauté, et avec un esprit !, expliqua Slughorn avec ravissement aux autres invités.

- Elle va bien, monsieur, répondit Blaise du bout des lèvres, espérant que la conversation s'arrêterait là.

- Elle a certainement dû être très peinée par la perte de Mr Stephenson… Sept mariages et sept décès, c'est bien malheureux…, poursuivit le professeur, de toute évidence bien décidé à ne pas le lâcher de sitôt.

Blaise du se faire violence pour ne pas rouler des yeux devant le ridicule de la situation. Sa mère avait été ravie de la mort de son dernier mari, un vieux sorcier à l'esprit étriqué qui estimait pouvoir leur dire, à elle et à Blaise, comment ils devaient se comporter, et depuis cet évènement, presqu'un an auparavant, elle se portait comme un charme.

- Oui, cela n'a pas été facile, mais elle remonte la pente, mentit l'adolescent.

- Cela ne m'étonne pas, une jeune femme belle et brillante comme elle ne va pas se laisser abattre, répondit Slughorn avec un sourire. Eh bien, vous lui transmettrez mon bon souvenir, mon garçon.

Blaise se détendit légèrement, soulagé d'avoir réussir à clore cet interrogatoire bien plus rapidement que les autres, tout en conservant les faveurs du professeur. Il détestait parler de sa mère, et encore moins à une audience de sept personnes, surtout quand il la savait au manoir, à la potentielle merci d'Augustus Rookwood.

Il secoua brièvement la tête pour chasser cette pensée désagréable et se concentra sur les paroles de Londubat, obligé de raconter comment ses parents avaient été torturés par des Mangemorts, récit qui laissa Blaise de glace : après tout, des tas de gens avaient vécus des horreurs, et au moins, ses parents étaient toujours en vie, contrairement à son propre père.

Le pire vint quand Slughorn se mit à interroger Potter, sans perdre une seule occasion de rappeler quel être exceptionnel il était. Quand le professeur émis l'idée que Potter aurait « des pouvoirs qui dépassaient de très loin la moyenne », c'en fut trop pour Blaise, qui ne put s'empêcher de pouffer. Potter, des pouvoirs dépassant la moyenne, quelle blague tordante. Son interruption manqua de passer inaperçue, mais c'était sans compter Weaslette, qui lui jeta un regard noir avant de lui lancer :

- Oui, Zabini, parce que toi, tu as tellement de talent… Pour faire le malin…

Evidemment, toujours prête à sortir les crocs pour défendre Saint Potter… Décidément, cette pauvresse commençait à avoir un peu trop confiance en elle, se dit le jeune homme en lui adressant un regard dédaigneux. Il entendit Slughorn le mettre en garde contre la Gryffondor, et c'est ainsi qu'il apprit comment elle s'était retrouvé là, elle qui n'avait en apparence aucune raison de se retrouver à cette réunion : un excellent sortilège de Chauve-Furie qui avait impressionné Slughorn… Décidément, le standing du professeur était plutôt bas, et à nouveau, Blaise se demanda quand est-ce qu'il pourrait enfin en finir avec ce calvaire.

Une fois de plus, la chance sembla faire la sourde oreille à ses supplications, et après avoir vanté les mérites de « l'Elu » une énième fois, leur hôte se lança dans un long récit d'anecdotes impliquant toutes des gens célèbres qui avaient été ses élèves. Quand la lumière rougeoyante du soleil couchant apparue enfin, Blaise était au bord du gouffre, et il aurait fait n'importe quoi pour pouvoir sortir d'ici. On aurait pu penser que son enfance de sang-pur l'aurait préparé à ce genre d'événements mondains ennuyants et interminables, mais rien à faire, ceux-ci lui étaient toujours aussi pénibles.

Slughorn parut enfin se rendre compte qu'il venait d'accaparer leur après-midi entier, et il se leva en s'exclamant :

- Bonté divine, le jour tombe déjà ! Je n'avais pas remarqué qu'ils avaient allumé les lampes ! Vous feriez bien d'aller vous changer, tous. McLaggen, il faudra venir me voir pour que je vous prête ce livre sur les Licheurs. Harry, Blaise – venez donc me dire bonjour de temps en temps. Vous aussi, mademoiselle, dit-il à Ginny. Allez-y maintenant !

Blaise se contrôla pour se lever normalement et non pas bondir de son siège, trop heureux qu'il était de pouvoir enfin quitter cet endroit. Il salua le professeur Slughorn, puis bouscula Potter pour sortir du compartiment, sans manquer cette occasion de lui jeter un regard venimeux.

Il sortit dans le couloir, à présent presque vide et baigné par la lumière du jour en train de tomber, et se dirigea vers son compartiment, non sans manquer de jeter un rapide coup d'œil dans celui de Daphné, Tracey, Aliyah et Milicent pour vérifier si Pansy et Théo était toujours là. Il y aperçut ce dernier, en grande conversation avec Aliyah et Tracey, mais Pansy, elle, avait disparu. Trop pressé qu'il était de pouvoir enfin se poser, il ne s'arrêta pas, et se hâta de rejoindre ses amis.

Quand il parvint enfin à la porte, il l'ouvrit avec dextérité, et se glissa à l'intérieur. Mais quand il voulut la refermer, celle-ci se bloqua à mi-chemin, et rien de ce qu'il put faire n'y changea rien. Plusieurs fois, il la rouvrit pour la fermer à nouveau, son irritation grandissante devant le comportement incompréhensible de l'objet, mais cela ne le mena à rien, jusqu'à ce que la porte se rouvre brusquement avec fracas, le faisant tomber sur les genoux de Goyle.

- Bordel, non mais ça va pas !, s'exclama celui-ci, surpris, avant de refermer la porte violemment (décidément, Blaise était maudit).

- Comme si je l'avais fait exprès, sombre idiot, répliqua celui-ci, ses yeux lançant des éclairs.

Il se rassit à sa place, sonné et d'humeur massacrante à présent, en se retenant d'envoyer une réflexion bien sentie à Drago et Pansy qui ne trouvaient rien de mieux à faire que de ricaner comme des abrutis. Le blond s'allongea sur la banquette, obligeant Crabbe à se serrer contre le mur, et appuya sa tête sur les genoux de Pansy, qui passa distraitement la main dans ses cheveux. La jeune fille émit un gloussement en repensant à une anecdote que lui avait raconté Daphné quelques heures plus tôt, alors que Drago ouvrait la bouche, ne pouvait se retenir de question Blaise sur cette « réception » à laquelle il n'avait pas été invité.

- Alors, Zabini, qu'est-ce que voulait Slughorn ?

L'interpellé se tendit imperceptiblement à la mention de son nom de famille. Ils ne s'appelaient ainsi que lorsqu'ils se moquaient les uns aux autres, ou pour manifester la froideur, la colère ou l'irritation. Et savoir que Drago pouvait être contrarié alors qu'il avait passé un voyage confortable en compagnie du reste de leurs amis ne fit rien pour arranger l'humeur de Blaise.

- Il essayait simplement de se faire bien voir par les fils de bonne famille. Mais il n'a pas réussi à en trouver beaucoup, répondit le brun avec désintérêt.

- Qui étaient les autres invités ?

Blaise s'efforça de lui réciter calmement la liste des élèves présents, mais il était coupé toutes les trois secondes par les commentaires méprisants du blond, apparemment très vexé de n'avoir pas été invité. Celui-ci fit un bond quand il apprit que Londubat avait été de la partie, et sur ce point-là, Blaise ne pouvait que le rejoindre. Puis, sans surprise, il ne put s'empêcher de critiquer Potter, ce qui était sans aucun doute une de ses activités favorites.

- Potter, le précieux petit Potter, ça évidemment, il voulait voir à quoi ressemble l'Elu, mais la petite Weasley ! Qu'est-ce qu'elle a de spécial, celle-là ?

- Il y a plein de garçons qui l'aiment bien, intervient Pansy. Même toi, Blaise, tu dis qu'elle est jolie et tout le monde sait à quel point il est difficile de te plaire !

- Je ne toucherais jamais à une fille qui a ignoblement trahi son sang, même si elle est jolie.

Pansy afficha un sourire amusé, tous deux sachant très bien qu'en réalité, la pureté du sang importait peu à Blaise quand il s'agissait de passer la nuit avec l'une de ses conquêtes. La vraie raison pour laquelle il ne toucherait jamais à Ginny Weasley résidait dans le fait qu'elle soit une gamine insupportable et pauvre, toujours à faire la morale aux autres et bien trop prompte à s'enflammer pour un rien. Cependant, il avait émis la réponse adéquate, celle qu'on attendait de parfaits petits sang-pur comme eux. Ils avaient appris il y a bien longtemps que les murs avaient des oreilles et les gens trop peu de loyauté pour qu'on puisse avoir confiance en eux.

- Le mauvais goût de Slughorn me fait pitié, reprit Drago d'un ton méprisant. Peut-être qu'il devient un peu gâteux. Dommage, mon père, qui était un de ses élèves préférés, a toujours dit qu'il était un bon sorcier en son temps. Slughorn ne doit pas savoir que je suis dans le train, sinon…

Blaise dut se retenir pour ne pas rouler des yeux. L'attitude puérile de Drago, vexé de ne pas avoir été invité à cette réception stupide, lui tapait sur les nerfs, d'autant plus que si son ami avait pris la peine de lui demander comment cela s'était passé, il se serait fait un plaisir de lui raconter à quel point il n'avait rien raté. Mais comme d'habitude, Drago préférait rester bloqué sur une idée fixe, et se montrait désagréable par la même occasion.

- A ta place, je ne compterais pas sur une invitation, lâcha Blaise, d'un ton légèrement plus froid, seulement matérialisé par une infime variation de sa voix que des gens extérieurs à leur cercle n'aurait sans doute pas pu percevoir. Quand je suis arrivé, il m'a demandé des nouvelles du père de Nott. Ils étaient amis, apparemment, mais quand il a appris qu'il avait été arrêté au ministère, il ne semblait pas très content et Nott n'a pas été invité, poursuivit-il, prenant bien garde d'appeler Théo par son nom de famille de façon à montrer à Drago qu'il était lui aussi agacé. Je ne crois pas que Slughorn s'intéresse aux Mangemorts.

Il n'avait pu s'empêcher de lâcher cette dernière phrase, qu'il regretta immédiatement. Drago lui lança un regard glacial et rit, d'un rire totalement dépourvu d'humour. Pansy n'osa rien dire, elle savait depuis longtemps que lors de ce genre de disputes ridicules, mieux valait les laisser se débrouiller entre eux.

- Personne ne se soucie de ce qui l'intéresse ou pas, lâcha le blond, tentant clairement de reprendre contenance. Qui est-il, quand on y réfléchit ? Un imbécile de prof, rien de plus.

Aucun de ses amis ne jugea bon d'ajouter quelque chose, espérant que cela soit la clôture de cette discussion que ne menait nulle part, et qui n'avait pour objet, au fond, que l'ego surdimensionné de Drago.

- Peut-être que je ne serais même plus à Poudlard l'année prochaine, alors qu'est-ce que ça peut me faire qu'un vieux fossile obèse m'aime ou pas ?

Pansy se redressa sur son siège et cessa de passer sa main dans les cheveux de son ami à l'entente de sa phrase. Comment ça, plus à Poudlard l'année prochaine ?

- Qu'est-ce que tu veux dire, tu ne seras peut-être plus à Poudlard l'année prochaine ?, s'exclama la jeune fille, stupéfaite qu'il ne mentionne cette éventualité étonnante que maintenant.

Blaise regarda un demi-sourire étirer les lèvres de Drago, que tout énervement semblait avoir quitté maintenant qu'il avait réussi à attirer toute l'attention sur lui.

- On ne sait jamais. Il est possible que… heu… je m'occupe de choses plus importantes et plus intéressantes.

Pansy et Blaise tombèrent des nues en comprenant exactement à quoi il faisait référence, tandis que Crabbe et Goyle tendaient l'oreille.

- Tu veux dire… Lui ?, demanda Pansy, incapable de cacher son ébahissement.

- Ma mère veut que je finisse mes études, expliqua Drago avec un haussement d'épaules, mais personnellement, je ne crois pas que ce soit si utile, de nos jours. Réfléchissez un peu… Quand le Seigneur des Ténèbres aura pris le pouvoir, vous croyez qu'il s'occupera de savoir combien de B.U.S.E et d'A.S.P.I.C chacun peut avoir ?, continua-t-il avec désinvolture, comme s'il discutait du banquet de rentrée. Bien sûr que non… Ce qui comptera, c'est le genre de services qu'on lui aura rendus, le degré de dévotion qu'on lui aura montré.

- Et tu crois que toi, tu seras capable de faire quelque chose pour lui ?, lâcha Blaise d'un ton cinglant, ne pouvait se retenir de remettre son ami à sa place. Seize ans et même pas encore diplômé ?

Ca y est, Drago avait gravi un échelon dans la vantardise et la recherche incessante d'attention. Devenir un Mangemort, et puis quoi encore. En cet instant, son meilleur ami l'insupportait au plus haut point.

- Je viens de te le dire, non ? Peut-être qu'il s'en fiche que je sois diplômé ou non. Peut-être que le travail qu'il veut me confier ne nécessite pas de diplôme.

Tous restèrent silencieux, ne sachant que dire devant les déclarations obscures de Drago. Pansy le regardait d'un air interloqué et parsemé d'effroi à l'idée qu'il y ait la moindre once de sérieux dans les paroles de son ami, Crabbe et Goyle avaient la bouche grande ouverte, montrant clairement leur étonnement et leur admiration, quant à Blaise, il regardait le blond d'un air ulcéré, et n'avait qu'une envie : sortir du train pour ne plus entendre de telles bêtises.

- J'aperçois Poudlard, lâcha Drago, manifestement ravi des réactions qu'il venait de susciter.

Il savait qu'il n'aurait pas dû en parler, qu'il était allé trop loin, mais voir l'ébahissement sur les visages de ses amis était bien trop plaisant pour qu'il regrette réellement. Il se sentait beaucoup mieux à présent, comme s'il était spécial, important, comme si détenir un tel secret faisait de lui un adulte, une personne à part.

Il fit remarquer qu'il était temps de mettre leurs robes de sorcier, alors que par la fenêtre, la nuit était tombée, et se leva en même temps que les autres. Quand il ouvrit sa valise, un bruit étrange retentit, semblant provenir du filet à bagages. Il releva la tête vers celui-ci, intrigué, mais il n'y avait rien, et tout paraissait normal. Il hausse les épaules, pensant que ça devait être son imagination, et enfila le vêtement alors que le train ralentissait, signifiant qu'ils entraient en gare de Pré-au-Lard, avant de refermer sa valise, imité par ses amis. Enfin, la locomotive s'arrêta dans un crissement désagréable, et Drago acheva d'attacher autour de son cou sa cape de voyage neuve.

Goyle ouvrit la porte sans une once de douceur et sortit dans le couloir, bousculant les élèves plus jeunes qui avaient le malheur de se trouver là pour se frayer un chemin à l'extérieur. Blaise le suivit sans attendre, impatient de quitter le train et son atmosphère étouffante et pressé de retrouver Poudlard après ce voyage si pénible. Crabbe sortit à sa suite, tandis que Pansy se tournait vers Drago, la main tendue vers lui. Elle avait rarement des gestes d'affection, mais en cet instant, elle ne pouvait cacher qu'elle était inquiète : les paroles du jeune homme lui avait fait froid dans le dos.

- Pars devant, lui dit le blond quand il se rendit compte qu'elle l'attendait. Je veux simplement vérifier quelque chose.

Pansy se détourna, toujours tracassée, puis haussa les épaules et sortit dans le couloir, se hâtant de rejoindre Blaise. Après tout, Drago était un grand garçon, et elle s'affolait certainement pour rien. Il avait toujours aimé embellir ses histoires, en faire trop pour rendre les choses plus spectaculaires. Elle sortit dans la nuit fraiche avec bonheur, heureuse de retrouver l'air pur et la familière gare de Pré-au-Lard, et elle aperçut Théo qui descendait du train, à quelques mètres de là. Elle le rejoignit en quelques enjambées et lui adressa un large sourire. A présent, ils étaient à Poudlard, et malgré ce trajet plutôt lamentable, tout irait bien à présent. Une nouvelle année pleine de surprise et de possibilités s'ouvrait à eux, et Pansy adorait ça.


Et bien voilà, encore un nouveau chapitre de bouclé, qui, je l'espère, vous aura plu. Je sais que je vous avais dis que ça serait le chapitre du retour à Poudlard, mais j'ai vite vu que ce trajet en train prenait beaucoup de place, et j'ai du couper le chapitre en deux pour ne pas me retrouver avec 25 pages Word sur les bras. La fin de cette rentrée nous occupera donc pour le chapitre suivant.

J'espère que ce chapitre n'est pas trop répétitif, puisqu'on y voit des scènes que l'on connaît déjà puisqu'elles sont racontées par Harry dans le livre, mais c'était important pour moi de les retravailler du point de vue de nos protagonistes. On y fait aussi la connaissance de Daphné, Tracey, Aliyah et Milicent, gardez l'œil ouvert, certaines seront importantes pour la suite. Pour l'info, Tracey est un personnage créé par JKR mais elle n'apparait jamais dans les livres (si vous voulez plus d'info à son sujet, demandez moi sur twitter galaxiepastel), et Aliyah est un personnage que j'ai inventé, dans le but qu'elles soient cinq filles à être en 6ème année à Serpentard.

N'hésitez pas à me laisser une review pour me dire ce que vous avez pensé, vos idées sur la suite, les choses que vous avez aimé, celles qui vous ont moins plu, tout ça, je veux tout savoir. N'oubliez pas, ces quelques minutes de votre temps que vous prenez pour m'écrire me sont précieuses et m'aident grandement à m'améliorer.

Je vous embrasse, et on se revoit dans 15 jours.