Merci pour tous vos gentils messages ! Je suis vraiment désolé pour l'attente. Cela fait pratiquement deux mois que je n'ai rien postée, c'est impardonnable. A vrai dire, j'ai eu du mal à écrire cette partie de l'histoire(c'est probablement le passage le plus attendu mais aussi le plus compliqué !) mais c'est désormais chose faite, et c'est un très long chapitre qui vous attend ! (Avec quelques rebondissements, et une scène qui devrait vous plaire) Il s'y passe tellement de choses que je ne pouvais pas le couper, désolé. J'espère que la lecture ne sera pas trop pénible! Je vais m'atteler au prochain chapitre de suite).
Par ailleurs, si vous avez Wattpad, sachez que vous pouvez relire mes fanfictions dessus. Je suis en train de les poster au compte-goutte. L'envoyée des Valar a été divisée en plusieurs tomes (c'est plus pratique si vous voulez lire sur votre portable, dans le métro par exemple) ;)
Voici les réponses aux reviews :
Ghamalia : merci beaucoup ! J'essaye de faire de mon mieux ! J'espère que tu aimeras ce chapitre. A bientôt !
PaulinaDragona : Merci ! Oui, je ne voulais pas qu'Elanor s'attribue le mérite de tuer Angmar. Ca aurait dénaturé complétement le personnage d'Eowyn. Par ailleurs, Elanor n'est pas une « heroïne » (aux super pouvoirs et qui sauve tout le monde à chaque fois). C'est un peu trop facile, et j'ai horreur de ça. (Peut-être parce que je regarde un peu trop Game Of Thrones… haha) J'espère que la suite te plaira. Encore merci de ton soutien indéfectible. J'ai hâte de lire tes commentaires à chaque fois.
Mello12 : Oh la la! Merci ! C'est vrai que c'est très compliqué de mettre de l'ordre dans tout ça, surtout quand on a un tas d'idée, et qu'il est difficile de choisir laquelle prendre pour que l'histoire aille dans la direction la plus parfaite possible (non je ne suis pas perfectionniste… juste un peu beaucoup lol) j'ai eu d'ailleurs beaucoup de mal avec ce chapitre 20. J'espère qu'il sera à la hauteur de tes attentes. La suite promet aussi d'être intéressantes, et rassures toi, il y a encore quelques longs chapitres avant la fin. )
Ps : Oui, Thranduil est un cas particulier. Je pense qu'il est très différent de Legolas, et qu'en effet il est plus du genre à avoir des gouts « de luxe » (bon vins, gemmes brillantes, garde-robe bien remplies, etc…) surtout qu'il ne sort pas beaucoup de sa caverne. Affaire à suivre… :p
Chapitre 20 : L'ombre du Mordor
Elanor se tenait à l'encadrement de la porte de la chambre, observant le corps fragile d'Eowyn étendu sur le lit. Le visage de la jeune fille était affreusement pâle, et elle avait le teint maladif. Ses cheveux blonds autrefois si beaux et dorés, étaient ternes et emmêlés. Eowyn dormait, mais on aurait pu facilement la croire morte, tant sa respiration était faible.
Aragorn avait emmailloté son bras dans plusieurs lanières de tissu stériles, après qu'il ait réussit à la sauver de justesse. Il s'en était allé depuis plusieurs minutes, étant appelé ailleurs pour soigner d'autres blessés. Elanor ne savait pas quoi faire d'autre que de rester là où elle était, derrière Eomer.
Le jeune homme était prostré auprès de sa jeune sœur, et il n'avait pas bougé de son chevet depuis qu'on l'avait amenée dans cette chambre isolée. Elle n'osait troubler le silence qui régnait dans la pièce. Elanor n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait dire pour réconforter le Rohirrim, et d'ailleurs elle n'était pas sûr d'être la bonne personne pour cela.
Elle portait encore son armure, et elle était consciente qu'elle était recouverte de sang et de terre, mais elle ne s'en souciait guère. Legolas s'était occupé de sa blessure à la tête avant de repartir vers les champs du Pelennor, à la recherche de Merry et de derniers survivants. Dans un soupir, Elanor repensa à la délicatesse des mains de l'elfe qui avaient œuvrées à nettoyer le sang séché sur son visage. Elle ne s'était pas sentie autant en sécurité qu'à ce moment-là, et les gestes tendres de Legolas avait suffi à la calmer.
Depuis qu'il était parti, Elanor avait errée dans les couloirs, jusqu'à ce qu'elle tombe sur Aragorn et Eomer…
Un bruissement à ses côtés la fit sortir de ses pensées.
Elanor tourna la tête, et vit que Gandalf était arrivé derrière elle, sans qu'elle ne s'en aperçoive. Ses vêtements blancs étaient tachés et sales, et ils n'étaient plus immaculés comme au premier jour. La fatigue des combats n'était pas visible sur son visage, et Gandalf paraissait relativement serein.
- Comment va-t-elle ? lui demanda-t-il.
- Bien, répondit Elanor. Mais sa blessure mettra du temps à cicatriser. Aragorn a dit qu'elle s'en était sorti de peu.
- C'est une jeune femme forte. Elle s'en remettra.
Elanor regarda le magicien.
- J'ai perdu connaissance sur le champ de bataille. J'aurais dû faire plus attention, murmura Elanor. J'aurais pu empêcher que cela arrive.
Gandalf posa la main sur son épaule.
- Ce n'est pas de votre faute. Eowny a été atteinte par la sorcellerie d'Angmar. C'est en le poignardant qu'elle a causé ce mal noir. Vous avez fait tout ce que vous pouviez.
Elanor resta silencieuse.
- Est-ce qu'on a retrouvé Merry ? demanda-t-elle.
Elanor sentit la pression sur son épaule se relâcher. Gandalf détourna le regard tristement.
- Non, aucune trace de lui.
- Je vais aller à sa recherche. Peut-être est-il blessé…
- D'autres sont déjà sur cette tâche, la coupa Gandalf. Allons, Elanor, ne surestimez pas forces. Vous êtes épuisée.
- Je vais bien.
Mais lorsqu'elle fit un pas en arrière, elle vacilla dangereusement, contredisant ses dires. Gandalf rit doucement.
- Ne soyez pas aussi têtue que notre ami maître nain. Vous n'aiderez pas Merry en tombant de fatigue. Allez-dormir un peu.
- Oui, vous avez surement raison.
Elanor baissa la tête, honteuse, et Gandalf lui tapota gentiment l'épaule. Il entra ensuite dans la chambre d'Eowyn, marchant droit vers Eomer. Elanor préféra les laisser seuls, et fit demi-tour.
Ne sachant pas très bien où aller, et ne connaissant pas bien la cité, ses pas la menèrent vers un jardin d'une des maisons de guérison. Les blessés étaient partout, occupant même les couloirs, et les guérisseurs couraient de tous côtés, débordés. Elanor préféra vite s'isoler de toute cette agitation, et se réfugia à l'extérieur.
L'air ici y était plus respirable, et le soleil couchant baignait le jardin d'une douce lumière orangée. Elanor s'assit par terre, et s'adossa contre un muret, laissant ses jambes douloureuses s'étirer.
Elle resta immobile pendant peut-être des heures, somnolant la moitié du temps. Elle ne réalisa que la nuit était tombée que lorsqu'une jeune guérisseuse s'arrêta devant elle pour lui tendre un bol de soupe.
- Madame, avez-vous faim ?
Hagarde, Elanor releva la tête et accepta la nourriture avec gratitude.
- Oui, merci.
- Le seigneur Aragorn m'a dit de vous dire qu'il vous a fait préparer une chambre, l'informa la jeune fille brune. Si vous voulez, je peux vous y conduire.
Elanor se redressa, prise de court. Une chambre ? Pour elle ?
Aragorn était bien trop généreux ! Et depuis quand donnait-il des ordres ici ?
Peu habituée à ce genre de faveur, Elanor balbutia.
- Oh, merci. C'est très gentil, répondit-elle, mais j'attends des nouvelles d'un ami. Je… je vais rester ici encore un peu. Où est Aragorn ?
La jeune guérisseuse tiqua à la familiarité d'Elanor, et celle-ci réalisa qu'elle aurait peut-être dut utiliser le terme « seigneur ». Elle oubliait parfois qu'Aragorn était un peu plus qu'un rodeur, ou l'ami avec qui elle avait voyagée durant des mois.
Outrepassant sa surprise, la guérisseuse n'en perdit pas pour le moins son flegme, et répondit aimablement à sa question.
- A ce que j'ai entendu dire, il est repartit il y a une heure au pied de la citadelle.
- Oh, d'accord. Merci. Je vais me débrouiller seule.
La guérisseuse hocha la tête, et repartit distribuer le reste des rations aux autres blessés.
Elanor but rapidement sa soupe, et posa le bol vide sur les marches en pierre blanche, avant de se lever. Décidée à trouver Aragorn, elle marcha en direction de la grande porte menant vers les niveaux inférieurs de Minas Tirith.
Alors qu'elle traversait un des longs corridors, elle se retrouva face à face avec un visage familier.
- Gimli !
Le nain était seul, et marchait d'un pas trainant. Il leva les yeux, et sourit en la voyant.
- Ah, vous voilà enfin !
Il ne fit que quelques pas pour la rejoindre.
- Elanor, comment allez-vous ?
- Je vais bien, merci.
- Vous nous avez fait encore une belle peur ! s'exclama-t-il. Quelle idée de vous joindre aux dresseurs de chevaux !
- Je ne pouvais pas rester en arrière.
Gimli sourit.
- Je me doutais bien que vous diriez ça.
Elanor regarda derrière le nain, perplexe de ne pas trouver la personne qui avait l'habitude de l'accompagner à chacun de ses déplacements.
- Où est Legolas ?
- Il arrive ! Il est juste-
A ce moment-là, Legolas apparut au détour du couloir. En les voyants, il accéléra le pas dans leur direction, et fonça sur Elanor.
- Que fais-tu ici ? Je croyais t'avoir dit de te reposer.
- Est-ce que vous avez retrouvés Merry ? demanda Elanor, soucieuse.
- Oui. A l'instant, répondit Legolas.
- Comment va-t-il ?
- Il va survivre. Mais il est fatigué, et Aragorn s'occupe de lui en ce moment. Il a subit le même mal qu'Eowyn.
Elanor sentit le poids qu'elle avait sur les épaules s'alléger, bien qu'elle fût encore préoccupée.
- Puis-je le voir ?
Legolas secoua la tête négativement.
- Il dort. Et de toute façon, Aragorn ne te laisserais pas rester. Tu devrais te reposer, Elanor.
- Ca va. Et puis, je ne suis pas la seule à être fatiguée. Vous n'avez pas l'air en meilleure forme.
Son regard dévia vers ses deux amis, qui avaient une apparence pitoyable. Sauf peut-être Legolas, qui arrivait toujours à être parfait, même sans les pires situations. Si le sang noir avait taché ses vêtements, sa peau et ses cheveux étaient restés neutres de toutes souillures. Face à sa remarque, Legolas leva un sourcil arrogant.
- Je suis un elfe.
Son expression légèrement hautaine aurait pu la faire éclater de rire si les évènements n'avaient pas été aussi éprouvants, et Elanor se contenta d'un sourire amusé. Gimli laissa échapper un rictus dédaigneux, qui ne cachait rien de son agacement.
- Parlez pour vous. Eh bien, pour ma part je ne dirais pas non à une sieste et à un bon repas ! s'exclama-t-il. Ces orques sont sacrément coriaces, ils m'ont creusés l'appétit !
- Aragorn nous a fait préparer des chambres au palais, dit Legolas. Peut-être que vous pourrions demander à ce qu'ils vous apportent quelque chose maître nain.
- J'ai besoin d'avaler quelque chose tout de suite, répondit Gimli.
- Ils distribuent des soupes dans les jardins, lui indiqua Elanor.
- Des soupes ! grogna Gimli. Ma fois, j'aurais préféré une belle pièce de viande ! Mais bon, en temps de guerre, il faut faire avec ce qu'on a !
Les épaules basses mais avec un regain d'énergie, Gimli s'éloigna dans la direction qu'elle lui avait indiquée. Alors qu'elle le regardait partir, Elanor sentit la main de Legolas se glisser dans la sienne.
- Viens, suis-moi. Je vais te conduire à ta chambre.
Le ciel était noir, et le soleil caché derrière des nuages épais.
Les rugissements et les cris des orques emplissaient la plaine. L'air était putride et acide. La montagne du destin visible au loin, grondait dans un tremblement de terre inquiétant.
Au sommet de sa tour, l'œil nimbé de flammes était braqué sur le volcan. La tour sur laquelle il se tenait craqua, et s'effondra soudainement, et elle sentit ses poils se hérisser sur ses bras lorsque Sauron poussa un dernier hurlement mêlé de surprise et de fureur.
L'œil explosa avant même de toucher le sol, et un champ de force les percuta de plein fouet.
Elanor se tenait en face des portes noires, et regardait avec un mélange de joie et de consternation l'armée des orques prendre la fuite. Lorsque tout fut détruit, et qu'il ne resta rien, c'est là qu'elle le vit.
Une silhouette noire, à quelques dizaines de mètres d'elle.
Elle ne parvenait pas à distinguer son visage. Mais elle pouvait sentir une chose.
Il attendait.
La montagne explosa au loin, projetant un jet de lave hors de son cratère.
Son sang se glaça. Frodon ! Sam !
Elanor tourna la tête, et la même expression d'horreur se dessina sur les visages de ses compagnons.
Lorsqu'elle regarda à nouveau la plaine, à la recherche de la silhouette sombre, elle ne vit rien d'autre que le vide et de la poussière soulevée par le vent.
Elle se sentait encore observée.
Mais elle comprit.
Il était venu pour elle. Car son heure était venue.
Elanor se réveilla en sentant quelque chose de chaud et doux lui caresser la main.
Une voix mélodieuse chantait à côté d'elle. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle se rendit compte que Legolas ne l'avait pas quitté.
Son visage était paisible alors qu'il examinait leurs mains jointes, distrait.
Elanor ne s'était même pas aperçu qu'elle s'était endormie. Et elle tenta de reprendre contenance, alors que les détails de son rêve s'évanouissaient lentement.
Les rayons du soleil s'infiltraient par les interstices de la chambre, et illuminait le visage et les longs cheveux blonds de Legolas. Elanor retint un instant sa respiration, observant ce qui lui apparut alors de plus beau.
Legolas se rendit rapidement compte qu'il était observé, et leva les yeux.
- Mara Aurë.
- Bonjour, répondit-elle.
Elle se redressa doucement sur ses coudes.
- Bien dormi ? demanda Legolas.
- Oui. Quelle heure est-il ?
- Presque midi. Tu as dormis toute la nuit, répondit Legolas en souriant. Comment te sens-tu ?
- Bien, mieux qu'hier en tout cas.
Elanor étira ses muscles, et se rendit compte qu'elle n'avait même pas pris le temps d'enlever son armure. Elle n'était plus fatiguée, mais le sommeil lui avait laissé quelques courbatures à dormir dans cette position inconfortable. En voyant sa grimace, Legolas lui adressa un sourire d'excuse.
- Tu dormais si bien que je n'ai pas voulu te réveiller.
- Je ne me rappelle pas m'être endormie.
Elanor se souvenait s'être assise sur le lit, puis s'être allongée. Et puis, plus rien.
Legolas avait eu au moins la délicatesse de lui enlever ses bottes.
- Tu as passé toute la nuit ici ? lui demanda-t-elle, surprise.
Legoals acquiesça.
Il s'approcha, et toucha la tête d'Elanor, à l'endroit où la plaie était en train de se refermer.
- Tu guérie vite, plus vite que je ne le pensais. C'est étonnant...
Legolas caressa sa peau, fasciné par quelque chose qu'elle ne voyait pas.
- Quoi ?
- Ta blessure a presque compétemment disparut.
Elanor leva la main, et la posa sur son front. Sa peau était lisse, et elle ne sentit que quelques irrégularités sous ses doigts.
- Co-comment est-ce possible ? demanda Elanor.
- Je n'en ai aucune idée. Je n'avais encore jamais vu cette capacité de régénération chez les hommes, déclara-t-il perplexe.
Il baissa finalement les yeux sur les siens, et s'attarda sur ses lèvres. Quelques secondes passèrent, et Elanor crut qu'il allait l'embrasser.
- Nous devrions descendre voir Aragorn et les autres.
Elanor acquiesça, et ne parvint pas à cacher la légère rougeur sur ses joues. Elle avait presque espérée qu'il l'embrasse. Mais l'elfe semblait avoir d'autres préoccupations.
Elle baissa les yeux sur elle, et nota la bassine remplie d'eau fraiche près de la fenêtre.
- Je dois me changer d'abord.
Legolas acquiesça.
- Je t'attends dehors.
Il se leva, et Elanor ouvrit la bouche. Au moment où elle allait ajouter quelque chose, il se pencha et l'embrassa doucement.
Lorsqu'il eut refermé la porte derrière lui, Elanor posa sa main sur ses lèvres.
La salle du trône de Minas Tirith était une salle immense et majestueuse, érigée par les anciens rois de Numenor. Le sol et les colonnes étaient en marbre noir et blanc, et deux trônes se trouvaient eu bout de la pièce. L'un était blanc, et juché à plusieurs mètres de hauteur. C'était celui réservé au roi. L'autre était noir, plus petit et était disposé au pied des marches menant au trône du roi. C'était le siège de l'Intendant.
Elanor resta bouche bée devant ce chef d'œuvre de l'architecture, encore plus impressionnée que lorsqu'elle avait découvert le palais de Meduseld à Edoras.
Aragorn se trouvait avec Gandalf, Eomer et Gimli lorsqu'elle arriva accompagnée de Legolas.
Abandonnant ses vieilles guenilles, Elanor avait revêtu la robe bleu nuit que les servantes de Minas Tirith lui avaient gentiment prêtée. Elle avait néanmoins gardé son ceinturon, auquel elle avait attaché son épée.
Gandalf fut le premier à les remarquer.
- Ah, vous voilà enfin ! s'exclama-t-il. Il ne manquait plus que vous.
Les autres se retournèrent. Aragorn s'approcha et serra l'épaule d'Elanor.
- Comment allez-vous ?
- Bien, merci. Mais… et Merry, comment va-t-il ?
- Il s'est réveillé ce matin.
Elanor se sentit intensément soulagée par cette révélation.
- Je crois que nous pouvons commencer, déclara Gandalf. Nous avons beaucoup de choses à discuter aujourd'hui, à commencer par les funérailles de Théoden.
Elanor vit Eomer baisser imperceptiblement la tête, et sentit une douleur lui pincer douloureusement la poitrine.
- Nous pouvons lui accorder temporairement une place au Mausolée, parmi mes ancêtres, proposa Aragorn.
Gandalf acquiesça.
- Théoden a passé une partie de son enfance ici. Qu'en pensez-vous Eomer ?
Le Rohirim acquiesça.
- C'est donc décidé. Nous organiserons les funérailles pour les jours prochains, déclara Gandalf. Il nous faut maintenant aborder d'autres sujets plus urgents.
Sans se soucier de blasphémer le protocole, Gimli s'installa sur le trône de l'Intendant, et alluma sa pipe. Aragorn leva un sourcil en direction du nain. Elanor ne sut s'il était contrarié ou amusé par l'attitude son ami, mais il ne fit en tout cas aucuns commentaires.
- Nous avons gagné une bataille, et défendu la cité blanche, s'exclama Gandalf, cependant cela n'est pas fini.
Aragorn croisa les bras. Son visage s'assombrit.
- Frodon est passé au-delà de ma vision, dit Gandalf. Les ténèbres s'épaississent.
- Si Sauron avait l'anneau nous le saurions, répliqua Aragorn.
Gandalf secoua la tête.
- Ce n'est qu'une question de temps.
L'anneau.
Elanor avait presque oublié l'anneau d'Angmar qui se trouvait dans sa poche. Elle tortilla nerveusement l'étoffe de sa robe entre ses doigts, la main serrée autour de son ceinturon dans lequel elle l'avait dissimulé.
- Il a subi une défaite c'est vrai, affirma Gandalf. Mais… mais derrière les murs du Mordor, notre ennemi se regroupe.
Gimli tira une bouffée de sa pipe, et toussa.
- Et bien qu'il y reste, et qu'il y pourrisse ! Pourquoi s'en soucier ? bougonna le nain.
- Parce que dix milles orques se tiennent entre Frodon et la montagne du destin, répondit Gandalf.
Le visage de Gimli perdit de sa superbe, et il se tut. Gandalf leur tourna le dos, et ses épaules s'affaissèrent légèrement.
- Je l'ai envoyé à la mort.
Elanor fut surprise d'entendre du remord et un sentiment de culpabilité dans sa voix. Gandalf avait toujours été un guide pour la communauté dans cette quête, et l'entendre s'exprimer ainsi semait soudain le doute dans leurs esprits.
Est-ce que Frodon allait vraiment mourir ? Elanor s'était posé mille fois cette question, et c'est en voyant à quoi ressemblait le Mordor qu'elle avait compris dans quoi ils s'étaient lancés. Néanmoins les hobbits étaient pleins de ressources. Bilbo en était le parfait exemple, et ce qu'il avait vécu à Erebor avait suffi à la convaincre que les hobbits pouvaient changer la donne dans cette guerre.
Oui Gandalf avait encouragé le hobbit à prendre le chemin du Mordor, mais il n'était pas entièrement responsable. Frodon avait fait ce choix seul.
Et jusque-là, il avait plutôt bien réussit à résister aux pouvoirs de l'anneau.
- N'en portez pas l'entière responsabilité, répondit Elanor. Nous nous sommes tous portés volontaires pour protéger Frodon. Nous aurions tous put le dissuader de prendre le chemin du Mordor si l'un de nous avait eu le courage de prendre l'anneau. Mais nous ne l'avons pas fait.
Gandalf se retourna vers elle, surprit de l'entendre parler.
- Ne perdez pas espoir, reprit Elanor. Faites-lui confiance. Il peut y arriver.
Aragorn acquiesça.
- Elanor a raison. Nous devons encore croire en Frodon. Il a besoin de temps et d'un chemin sûr pour traverser les plaines de Gorgoroth. Et cela nous pouvons lui donner.
- Comment ? demanda Gimli qui était dubitatif.
- En attirant l'armée de Sauron, Gimli, en vidant ses terres. Rassemblons toutes nos forces et marchons vers la porte noire !
Le nain faillit s'étouffer avec son tabac.
Elanor échangea un regard avec Legolas, et haussa un sourcil en direction d'Aragorn. C'était un plan audacieux. Mais dangereux… si ce n'est suicidaire.
- Nous n'obtiendrons pas la victoire par la force des armes, dit Eomer.
- Non, mais nous pourrons donner sa chance à Frodon si l'œil de Sauron reste braqué sur nous, répliqua Aragorn. Rendons-le aveugle à toute autre chose en mouvement.
- Une diversion, devina Legolas.
- Une mort certaine, une faible chance de succès, mais qu'attendons-nous ! railla Gimli.
- Sauron soupçonnera un piège, il ne mordra pas à l'appât, répliqua Gandalf.
Aragorn sourit.
- Oh… je crois que si.
- Et comment pouvez-vous le savoir ? demanda Gandalf.
- Il ne raterait pour rien au monde l'occasion de se confronter à l'héritier d'Elendil, répondit Aragorn. Ma présence seule suffirait à l'appâter.
Gandalf secoua la tête.
- Même si Sauron envoi ses orques aux portes noires, je crains que nous ne puissions tenir très longtemps nos lignes.
- C'est un risque à prendre, répondit Aragorn.
- Ce ne sera pas aussi simple que vous le pensez Aragorn. L'ennemi à de nombreuses forces en sa possession, des forces qui sont au-dessus de nos capacités.
Aragorn fronça les sourcils.
- De quoi parlez-vous ? demanda-t-il.
- Les Nazguls, déclara Gandalf. Angmar portait son anneau de pouvoir. Je l'ai vu lorsque je l'ai affronté. Ce qui me porte à croire que les huit autres servants de l'unique les portent aussi certainement.
Elanor vit le regard surprit qu'Aragorn échangea avec Legolas. Elle déglutit, alors que sa main serrait un peu plus fortement l'anneau à travers sa ceinture.
- Les pouvoirs d'Angmar dépassaient de loin mon imagination, continua Gandalf, préoccupé. Cette stratégie de Sauron m'inquiète. Il n'a pas besoin de donner les anneaux de pouvoir à ses serviteurs pour les contrôler, car il les contrôle déjà sans cela. Néanmoins les anneaux donnent à leur porteur une puissance extraordinaire. Les Nazguls peuvent désormais se rendre invisibles s'ils le souhaitent, ce qui ne joue pas vraiment en notre faveur.
Un silence pesant tomba, et tout le monde se regarda. Gandalf resta plongé dans ses pensées pendant plusieurs secondes avant de froncer les sourcils.
- Ce que je me demande, c'est qu'est-ce qui a bien peut pousser Sauron à réarmer ses serviteurs ? Qu'est-ce qui peut bien lui faire peur ?... ou qui ?
Le magicien blanc parut alors se rendre compte de quelque chose, et il se retourna.
- C'est vous, n'est-ce pas ?
Lorsque son regard étonné se posa sur elle, Elanor s'arrêta de respirer. En voyant les expressions stupéfaites et confuses de ses compagnons, Elanor voulut disparaître. Elle s'obligea à regarder Gandalf dans les yeux, alors que ses mains se mirent à trembler nerveusement.
L'expression du magicien était mêlée de surprise et de satisfaction non dissimulée.
- Vous avez trouvé le moyen, dit-il.
- Oui.
- Comment avez-vous fait pour le faire changer d'avis ?
- J'ai utilisé le Palantir.
- Ingénieux, dit Gandalf. Mais dangereux. Cette idée aurait pu se retourner contre vous.
Elanor jeta un regard vers ses amis, et le regretta presque aussitôt. Aragorn avait le visage fermé ce qui en général ne signifiait rien de bon, et Gimli la regardait comme s'il lui était poussé une deuxième tête.
Elle n'osa pas tourner la tête pour regarder Legolas, mais elle pouvait sentir ses yeux qui l'étudiaient attentivement.
- Vous auriez dû nous en parler, répliqua Aragorn. Pourquoi nous l'avez-vous caché ? Et pour quelle raison avez-vous prit ce risque ? Ça n'a pas de sens !
Elanor vit Eomer croiser les bras. Elle croisa son regard, et y vit la même interrogation. Elle se demanda un instant s'il n'allait pas intervenir et tout raconter, mais il n'en fit rien et resta silencieux.
- Je suis désolé Aragorn. Il est vrai que j'aurais dû vous demander la permission d'utiliser le Palantir, mais… je devais le faire pour ma mission.
Le moment était-il arrivé de leur parler du pacte qu'elle avait passé avec Mandos ?
Elanor savait que si elle ne répondait pas à leurs questions, elle perdrait peut-être une partie de la confiance de ses amis. Néanmoins elle se souvenait de ce que Gandalf lui avait dit, et elle songea que leur révéler les conditions de son retour ne serait pas très avisé.
- Quelle mission ?
C'était Legolas qui avait parlé.
Le sang d'Elanor ne fit qu'un tour.
- J'ai été renvoyée dans le but de détruire les Nazguls.
Passé la stupéfaction, Aragorn haussa les sourcils.
- Je croyais que cela était impossible. Ce sont des spectres…
- Pas si on les prive de leur anneau, répondit Elanor. J'ai trouvé un moyen.
- Pourquoi vous ? demanda Aragorn.
Son expression était interrogative, tout comme celle de Gimli. Mais Legolas restait silencieux, et Elanor craignit le pire. Est-ce qu'il avait compris ?
- Elanor a ses raisons qui seront expliquées en temps et en heure, déclara Gandalf qui coupa court à la discussion. Je lui fais totalement confiance, et vous n'avez aucune raison de douter de sa loyauté. Pour le moment, la seule question qui m'intéresse est de savoir où se trouve l'anneau du roi sorcier d'Angmar. Car s'il le portait sur le champ de bataille, il a disparu depuis et je n'ai rien retrouvé parmi les restes de sa dépouille.
- C'est moi qui l'ai pris.
Elanor glissa la main dans la doublure de sa ceinture.
- Après qu'Eowyn ait tué Angmar, je l'ai ramassé. Je ne voulais pas qu'il tombe entre de mauvaises mains.
Une tension palpable s'installa immédiatement lorsqu'elle ouvrit la main, et dévoila l'anneau d'argent serti d'un rubis flamboyant.
Gandalf s'approcha, avec un œil observateur et critique, tandis que Legolas faisait un pas en arrière, effrayé. Gimli se redressa sur son siège, tout comme Eomer qui se rapprocha.
Aragorn fut le seul qui resta immobile, et il jeta un regard plus que méfiant vers l'anneau.
- Détenir un anneau de pouvoir signifie prendre des risques, lui dit Gandalf. Ne le mettez pas à votre doigt, où bien Sauron se servira de vous comme l'une de ses marionnettes.
- Je ne compte pas l'utiliser, répondit Elanor. Je veux juste le garder en sécurité.
- Gardez-le caché. Il se pourrait que d'autres hommes, moins nobles que ceux qui se trouvent dans cette pièce, le convoitent s'ils l'aperçoivent, l'avertit Gandalf. Beaucoup seraient prêt à tuer pour avoir cette arme entre les mains.
Elanor acquiesça. En voyant les regards hypnotisés de Gimli et Eomer, elle comprit qu'il était temps rangé son anneau bien au chaud. Elle referma le poing dessus, brisant le charme, et le glissa dans son ceinturon.
- Il nous reste quelques jours avant de décider du jour de l'assaut final, déclara Gandalf. En attendant, il faut qu'un maximum d'hommes soit sur pied pour se battre. Je vous laisse cette tâche Aragorn. Je crois que les Gondoriens vous ont déjà acceptés comme successeur. Dirigez la cité. Il faudra être prêt à temps.
Aragorn inclina la tête courtoisement.
- En attendant, reposez-vous.
Le magicien leur tourna le dos, et partit, les laissant seuls. Aragorn caressa pensivement son menton, alors qu'un silence inconfortable tombait entre le restant des occupants. Eomer fut le premier à prendre la parole.
- Le devoir m'appelle auprès de ma soeur. Si vous me cherchez, je serais aux maisons de la guérison.
Aragorn hocha la tête, et le Rohirim s'éloigna vers la porte. Elanor sentit qu'elle ne pouvait plus rester dans la pièce.
Dans quelques secondes, Aragorn, Legolas ou Gimli allaient lui poser tout un tas de questions, et elle savait qu'elle ne pourrait pas résister bien longtemps à leur interrogatoire forcé.
- Je vais y aller aussi.
Elle n'attendit pas la réponse de ses amis, et fit volte-face, se dirigeant vers la sortie. Espérant que personne ne la rattraperai, Elanor atteignit à la hâte la grande porte. Mais alors qu'elle franchissait le seuil et qu'elle avançait dans le couloir, quelqu'un la retint par le bras et la tira en arrière.
Elanor sursauta, n'ayant pas entendu la personne arriver. Elle se retourna, et se retrouva nez-à-nez avec Legolas.
L'elfe faisait une bonne tête de plus qu'elle, et Elanor leva les yeux pour le regarder. Pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, il avait l'air en colère.
- Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé ?
Un peu déstabilisée, elle le fixa avec les yeux écarquillés.
- Je pensais qu'on pouvait se faire confiance, enchaina Legolas. Pourquoi ne m'as-tu pas dis pour les Nazguls ? Qu'est-ce que toi et Gandalf vous cachez encore ?
Elanor sentit la panique la gagner. Le bras que Legolas tenait se mit à trembler légèrement, et ce dernier semblât le sentir, car il la relâcha doucement. Elle savait que Legolas chercherait à lui parler d'un moment à l'autre, mais elle avait espéré que cela ne se passerait pas aussi vite. Pas maintenant.
- Legolas. Je suis tellement désolé…
Le regard de l'elfe se radoucit, et il se rapprocha d'elle.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- C'est… compliqué.
- Il y a autre chose n'est-ce pas ? Je sais que tu mecaches quelque chose d'important...
Il commençait à trop bien la connaître, réalisa Elanor. Elle s'en voulut soudainement d'avoir révélé une partie de son secret là dans la salle du trône. Elle n'aurait jamais dû céder et parler des Nazguls.
- Est-ce qu'on peut en parler plus tard ? Ce n'est pas vraiment le bon moment ni le bon endroit…
Ils étaient au milieu d'un corridor, et quelques gardes Gondoriens se trouvaient postés non loin. Attirés par leurs éclats de voix, certains avaient tournés la tête pour les regarder curieusement. D'ici ce soir, Elanor était certaine que la rumeur de leur dispute se répandrait dans toute la cité.
Legolas s'éloigna légèrement.
- D'accord.
- Je… j'ai besoin de temps.
Il acquiesça, le visage fermé, et Elanor s'en voulut immédiatement. Legolas avait été blessé par son rejet, elle le sentait. Mais il ne comprenait pas. Pas encore.
L'elfe lui tourna le dos, et retourna dans la grande salle. Elanor le suivit des yeux, et dut se retenir pour ne pas fondre en larmes une fois qu'il eut disparut.
Peut-être était-ce mieux comme ça… Si elle devait quitter définitivement la Terre du Milieu, autant valait-il que Legolas ne s'attache pas davantage à elle.
Trop tard, lui murmura une petite voix dans la tête. Tu ne peux plus reculer maintenant.
Elanor balaya la petite voix de son esprit. Cependant, elle ne put s'empêcher de penser à sa toute nouvelle relation avec l'elfe.
Il est déjà attaché à toi. Maintenant il se pose des questions. Tu ne pourras plus lui mentir plus longtemps. Alors, que vas-tu faire ?
Rien, se dit Elanor. Elle n'allait rien lui dire. Son objectif premier était de détruire les Nazguls, et de gagner cette guerre contre Sauron. Elle ne pouvait pas s'engager dans une relation amoureuse.
Elanor sentait l'anneau d'Angmar dans la poche de sa ceinture, et se demanda un instant ce qu'elle allait faire de cet anneau, ainsi que des huit autres lorsqu'elle les aurait en sa possession.
Que se passerait-il ensuite ?
Est-ce que Mandos allait venir la chercher, comme dans son rêve ? Allait-il l'amener dans le monde des morts, sans même qu'elle n'ait le temps de dire adieu à ses amis ?
Elle ne pouvait pas s'empêcher de repenser à ce rêve qu'elle avait fait la nuit précédente, et qui résonnait comme un avertissement.
L'anneau pourrait te donner ce que tu veux. Un pouvoir incommensurable. Une vie plus longue. Peut-être même… l'immortalité.
Peut-être qu'elle pourrait rester ici ?
Vivre aux côtés de Legolas ne serait plus un problème. Il lui suffirait juste de mettre l'anneau…
Elanor ne s'aperçut pas qu'elle avait sorti l'anneau en argent, et qu'elle le fixait au beau milieu du couloir.
Un si grand pouvoir. Un pouvoir que même Mandos ne possède pas. Un pouvoir qui a toujours réussit à défier la mort et le jugement du Vala…
Pouvait-elle vraiment changer son destin avec cet anneau ?
Ce pacte avec Mandos ne signifierait plus rien. Une fois l'anneau en ta possession, il n'existerait plus. Tu vivras pour l'éternité, sans devoir rendre de compte à personne. Ta puissance et tes pouvoirs seraient illimités.
Elle fut un temps tenté de glisser l'anneau à son doigt. Juste pour voir ce qui allait se passer.
Mais l'avertissement de Gandalf lui revint en mémoire : « Ne le mettez pas à votre doigt, où bien Sauron se servira de vous comme l'une de ses marionnettes. »
En entendant la voix du magicien dans sa tête, Elanor se rendit soudain compte de ce qu'elle faisait.
Son index n'était qu'à quelques centimètres de l'anneau.
Elle prit soudain conscience que cette voix dans sa tête qui lui soufflait des paroles aussi tentantes n'était pas la sienne, mais celle de l'anneau. Sauron essayait de l'appâter avec des mensonges.
Mais si c'était vrai ?
Elanor se livra alors à un combat intérieur. Non. Sauron avait créé cet objet maléfique. Si elle glissait cet anneau à son doigt, elle deviendrait l'esclave et le serviteur de l'ennemi. Elle deviendrait comme eux… un spectre de l'anneau. Un Nazgul.
Elle serait une pièce de plus dans l'échiquier de Sauron. Une arme en sa possession qui pourrait causer la ruine de tous, et en premier ses amis les plus chers, y compris Legolas. Elanor ne voulait pas ça. Et encore moins, elle ne voulait pas trahir ses amis, et mettre leur vies en péril.
- Tu ne m'auras pas, s'exclama-t-elle à voix haute à l'adresse de Sauron. Jamais.
Sans se soucier des gardes qui la scrutaient, Elanor glissa l'anneau dans sa ceinture et se décida à l'oublier.
Durant les jours qui suivirent, vie dans la cité de Minas Tirith reprit lentement son cours.
Les soldats survivants et la population s'attelèrent à la reconstruction de la ville qui avait été presque totalement détruite.
Craignant la propagation d'une épidémie, Aragorn ordonna le nettoyage des champs du Pelennor. Les carcasses des orques furent donc rassemblées et brûlées par petits groupes, tandis que les dépouilles des hommes et des chevaux furent enterrées dans des fosses communes au pied de la cité. Seuls les cadavres des Oliphants ne purent être déplacés.
Le travail s'avéra difficile, et il fallut au moins deux jours pour tout faire disparaître. Durant ce temps, une odeur pestilentielle se propagea dans l'air, atteignant même parfois la cité blanche lorsque le vent tournait.
Elanor se rendit sur le champ de bataille dans l'après-midi suivant l'entretien dans la salle du trône. Elle retourna à l'endroit où reposait Nahar, et fut surpris de trouver sa dépouille recouverte de pierres et de terre. Les Rohirims n'avaient pas osés y toucher, néanmoins ils avaient eu le geste d'offrir une tombe digne au cheval qui était tombé.
Elanor fut touché par le geste, et se promit de remercier Eomer dès qu'elle le pourrait. Elle s'accroupit près de la tombe, et posa sa main sur le sommet du talus en quête de réconfort.
Elle ne savait pas comment elle devrait expliquer à Galadriel que Nahar avait été tué. Mais peut-être qu'elle n'aurait jamais à le faire.
Quelques larmes s'échappèrent de ses yeux, et tombèrent dans la terre à ses pieds. Elanor se releva, et retourna à la cité blanche.
Ses pas la menèrent vers les maisons de la guérison.
Lorsqu'elle poussa la porte de la chambre de Merry, elle fut peu surprise de trouver une autre personne qu'elle connaissait bien à son chevet.
- Elanor !
Lorsqu'il la vit passer la porte, Pippin se leva, et se jeta dans ses bras. Elanor le serra longtemps contre elle, soulagée de retrouver son jeune ami en bonne santé. En le regardant des pieds à la tête, elle ne manqua pas de noter qu'il avait beaucoup changé. Pippin semblait avoir murit. Il portait un pourpoint de velours noir sur une maille d'argent, et un pantalon gris. L'arbre blanc du Gondor était brodé sur sa poitrine, et il avait l'air d'un parfait soldat de Minas Tirith. Excepté un détail, il avait les pieds nus.
- Cette tenue vous sied à merveille, dit-elle amusée.
- Je suis un garde de la Citadelle maintenant, répondit-il avec un brin de fierté.
- Et un exceptionnel, je n'en doute pas !
Pippin esquissa un sourire triste, et tourna les yeux vers son cousin.
- J'essaye d'en être un. En tout cas, je ne pourrais jamais être aussi brave que Faramir.
Elanor le regarda confuse.
- Qui est Faramir ?
- Oh, vous ne le savez dont pas ? s'exclama Pippin. C'est le frère de Boromir !
Un frisson glacial parcourut le corps d'Elanor.
- Je ne savais pas qu'il avait un frère…
- C'est son frère cadet. Mais il ne lui ressemble guère si vous voulez mon avis. C'est un homme bon. Non pas que Boromir n'avait pas ses qualités, loin de là, mais il-
- Pourquoi ne l'ai-je pas encore vu ? l'interrompit Elanor. Je croyais avoir pourtant croisé tout le monde ici.
Elle essaya de se rappeler de tous les visages des capitaines Gondoriens qu'elle avait vu ce matin même, mais aucuns ne lui sembla proche de près ou de loin à la vision qu'elle se faisait du frère de Boromir. Tous étaient vieux, et si Faramir était le petit frère de Boromir, il devait avoir moins de trente ans.
Peut-être qu'elle n'avait pas encore vu tout le monde ?
- Faramir est ici-même, répondit Pippin. Il a presque été brûlé vif par son père, le seigneur Denethor. Gandalf et moi l'avons sauvé de justesse !
Elanor en fut stupéfaite et horrifiée.
- Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous dire. Pippin, je veux que vous me racontiez tout.
Elanor s'assit à côté de lui, et le hobbit acquiesça vivement.
Il lui raconta tout depuis le moment où lui et Gandalf avaient quittés Edoras. Elanor apprit ainsi la vraie nature de Denethor et son penchant pour son premier fils, au détriment de Faramis. Elle plaignit intérieurement le jeune homme, et songea que Boromir n'en avait jamais parlé alors qu'ils voyageaient ensemble. Tandis que Pippin était en train de raconter comment Faramir avait décidé de repartir pour Osgiliath, une voix l'interrompit :
- Hey, tu ne m'avais pas raconté ce passage Pippin.
La voix pataude, Merry se redressa sur son oreiller.
- Oh ! Tu es réveillé ! s'exclama Pippin. Comment te sens-tu ?
- Bien.
Merry cligna des yeux. Il ne paraissait pas encore bien voir.
- Elanor, c'est vous ?
- Oui.
- Vous avez survécu ! s'exclama-t-il, soulagé.
Il s'enfonça un peu plus dans son oreiller, et soupira. Elanor posa une main sur son front.
- Vous avez encore de la fièvre, remarqua-t-elle.
- J'ai soif, dit Merry.
Pippin se dépêcha d'attraper la jarre d'eau. Trop grande et trop lourde pour lui, le hobbit chancela dangereusement sur lui-même. Elanor se précipita aussitôt sur lui, et attrapa la jarre avant qu'il ne cause une catastrophe.
- Merci, dit-il avec un sourire contrit.
Elanor versa un peu d'eau dans un goblet. Pippin la donna à Merry.
- Je suis content de vous revoir, sourit ce dernier. Que s'est-il passé ? Est-ce qu'il est mort ?
- Oui. Eowyn a tué Angmar, répondit-elle. Ne vous inquiétez pas, elle va bien.
Merry soupira de soulagement, mais quelque chose le perturbait encore.
- Je l'ai vu prendre le roi Théoden.
Elanor le regarda avec chagrin.
- Il est mort.
- C'est Eomer maintenant le roi, déclara Pippin.
Merry s'enfonça un peu plus dans ses couvertures.
- Je pense que je vais dormir encore un peu.
Pippin rabattit les couvertures un peu plus sur le hobbit alors qu'il fermait les yeux.
- Je repasserais plus tard.
Merry hocha la tête, et Elanor fit un dernier signe de la tête à Pippin avant de refermer la porte.
Elanor prit alors une autre direction. Celle de la chambre d'Eowyn.
Elle trouva la jeune femme endormie.
Au son plus grand soulagement, il n'y avait personne dans la pièce. Elle s'était presque attendue à y trouver Eomer, et se félicita de son absence.
Elanor prit place sur la chaise vide au chevet de son lit. Lorsqu'elle arriva devant elle, Eowyn bougea légèrement et ouvrit les yeux.
- Elanor ?
- Bonjour Eowyn.
La Rohirim s'éveilla complètement. Encore faible, elle cligna des yeux, ayant du mal à s'habituer à la lumière du jour.
- Vous êtes en vie, murmura-t-elle.
- Oui.
- Est-ce que vous avez retrouvée Merry ?
- Oui. Il est hors de danger.
Eomer expira une bouffée d'air, et ferma les yeux.
- Je suis… si fatiguée.
- Vous vous êtes bien battue. Il vous faut encore du repos.
Eowyn ne répondit pas. Sa respiration se fit plus calme et plus lente. Elanor sut qu'elle s'était rendormit.
Elle resta donc à son chevet, silencieuse et perdue dans ses pensées, jusqu'à ce qu'elle sente une présence dans son dos. Elle se retourna, et se figea en voyant qu'il s'agissait d'Eomer.
- Je ne vous avais pas entendu arriver.
- Je ne m'attendais pas à vous trouver ici, répondit Eomer.
Elanor se leva rapidement de sa chaise.
- Je vais vous laisser.
Alors qu'elle passait devant lui pour se diriger vers la porte, Eomer lui attrapa le bras.
- Restez. Vous n'êtes pas obligée de partir.
Elanor le regarda avec hésitation. Elle n'avait pas envie de rester, cependant elle ne pouvait pas refuser à la proposition d'Eomer. Il lui adressa un regard sans agressivité, et elle se demanda un instant d'où venait ce changement de comportement.
Elle comprit soudainement que ce qu'elle avait révélé la veille dans la salle du trône y était surement pour quelque chose.
Elle acquiesça donc doucement, et Eomer relâcha son bras. Il se tint immobile, et regarda sa sœur, qui dormait paisiblement.
- Je suis désolé pour votre oncle, dit Elanor.
Eomer accepta ses condoléances avec un hochement de tête. Il n'arrivait à détacher son regard d'Eowyn.
- Il aurait été fier d'elle.
Elanor tourna également les yeux vers la jeune femme. La culpabilité qui l'avait rongée ces derniers jours devint alors insupportable.
- C'est de ma faute si Eowyn est dans cet état. Je suis désolé, je n'ai pas su la protéger.
Eomer tourna la tête pour la regarder.
- Ma sœur peut s'avérer têtue lorsqu'elle a une idée derrière la tête. J'aurais dû savoir qu'elle était partie avec nous. N'en prenez pas toute la responsabilité.
Elanor le regarda avec surprise. Elle n'osa pas dire à Eomer qu'elle savait depuis longtemps qu'Eowyn s'était jointe à l'armée en catimini.
- Je vous ai jugé un peu trop vite la dernière fois, continua Eomer. Mes accusations étaient infondées. J'espère que vous me pardonnez.
Il joignit les mains et inclina la tête avec respect.
Elanor en resta muette de stupéfaction. Elle acquiesça doucement.
Les excuses d'Eomer étaient bien la dernière chose à laquelle elle s'attendait.
- Bonne journée, Eomer.
L'homme hocha la tête, et Elanor sortit.
Une semaine passa, et l'échéance de la dernière bataille se rapprochait. Aragorn souhaita qu'on attende encore un peu pour être sûr de laisser le temps à Frodon et Sam d'atteindre la plaine du Mordor. Mais Elanor voyait les jours devenir de plus en plus sombre, et le départ devint presque urgent.
Merry pouvait enfin se lever, et il avait quitté la maison de la guérison. Pour Eowyn cependant, les choses étaient différentes. Elle avait été la plus gravement blessée par Angmar, et elle resta plusieurs jours alitée sans pouvoir marcher, le bras en écharpe. Lorsqu'elle put enfin se lever, Elanor vint de temps à autre lui tenir compagnie et elles firent quelques balades dans les jardins.
Dès qu'elle lui parla du plan d'Aragorn qui était d'aller jusqu'aux portes noires, Eowyn décida de reprendre les armes dès qu'elle le pourrait pour les accompagner. Bien qu'Elanor essaya de l'en dissuader, Eowyn ne voulut rien savoir.
Et puis quelque chose changea. Au fur et à mesure des jours, Eowyn se montra de moins en moins impatiente pour le départ, et elle cessa d'en parler.
Elanor trouva son comportement plutôt étrange, et se demanda ce qui avait bien put se passer. L'esprit d'Eowyn était ailleurs, et elle semblait sourire un peu plus depuis la mort de Théoden.
Elanor ne tarda pas à comprendre que la cause de ce changement avait un nom.
Eowyn lui présenta Faramir un après-midi.
Elanor fut surprise, et ravie de faire enfin sa rencontre. Il ressemblait beaucoup à son frère, comme elle se l'était imaginée et avait les mêmes cheveux bruns tirant sur le roux, et des yeux gris vifs. Il avait aussi la carrure d'un homme fort et entrainé au maniement des armes. Cependant Faramir dégageait autre chose que Boromir, et il y avait dans son expression une infinie douceur et de gentillesse.
Elle s'aperçut vite qu'il avait peu de choses en commun avec son frère, qui avait toujours été fier, fort et téméraire.
Elanor l'aima tout de suite.
- Dame Eowyn m'a beaucoup parlé de vous, lui déclara Faramir. J'avais hâte de vous rencontrer. J'ai cru comprendre que vous connaissiez mon frère ?
- Oui. Je le connaissais assez bien en ce qui me concerne, répondit Elanor, la gorge sèche. Nous avons voyagé ensemble jusque dans les mines de la Moria.
Faramir acquiesça doucement. Ses yeux se troublèrent lorsqu'il remarqua qu'elle ne semblait pas très à l'aise. Mais s'il avait une multitude de questions à lui poser, il se retint de lui demander.
- Je suis heureux de faire votre connaissance.
Elanor inclina la tête.
Ils passèrent le reste de l'après-midi à parler. En voyant les regards qu'Eowyn et Faramir échangeaient, Elanor comprit qu'il y avait quelque chose de naissant entre ces deux-là.
Elle fut intérieurement contente pour son amie. Eowyn méritait un peu de bonheur après ce qui s'était passé, et Faramir semblait être un bon choix. Elanor espérait seulement que les jours suivants seraient moins sombres pour eux.
Elanor n'avait pas beaucoup parlé à Legolas depuis leur dernière conversation, et ils ne se voyaient que quelques courts moments dans la journée. La plupart du temps, il était occupé ailleurs, aidant Aragorn dans les travaux de reconstruction. Il ne lui avait pas reparlé de sa mission, et avait pour l'instant respecté son silence, préférant garder ses distances.
Elanor commençait à se languir de sa présence, et sentait qu'elle ne pourrait garder encore très longtemps le secret.
Ce soir-là, Elanor resta dans les jardins, et ce fut Eowyn et Faramir qui lui dirent au revoir.
Depuis quelques jours, Elanor avait pris l'habitude de s'installer sur un banc dans la cour carrée à la tombée de la nuit. Il n'y avait personne, et elle pouvait être tranquille. Dans sa solitude, elle pensait à de nombreuses choses, comme à ce que pouvait lui réserver l'avenir, ou encore à la façon dont elle allait s'y prendre pour mener à bien sa mission.
Angmar était mort, oui. Mais c'était un coup de chance. Eowyn et Merry avaient fait aussi une partie du travail. Et si ce que Gandalf disait était vrai, que les Nazguls pouvaient se rendre invisibles… Elanor ne voyait pas comment elle pourrait leur prendre leur anneau à tous.
En pleine réflexion, elle s'aperçut soudainement que le magicien blanc venait de s'assoir sur le banc à côté d'elle.
- Vous passez beaucoup de votre temps seule, ces jours-ci, dit-il.
- J'aime être ici. Ça me permet de réfléchir au calme, répondit Elanor.
Elle regarda ses mains jointes. Gandalf resta silencieux, et regarda le ciel étoilé.
- Est-ce que vous leur avez dit ? demanda-t-il.
Elanor sut qu'il parlait de Legolas, Aragorn et Gimli.
- Non.
Comme elle prenait une inspiration, Gandalf la regarda.
- Legolas se doute de quelque chose, ajoute-t-elle. Mais je n'ai pas pu me résoudre à le lui dire.
- Il finira par le découvrir d'un moment à l'autre, acquiesça Gandalf.
- Je croyais qu'il était préférable de ne rien dire pour l'instant.
- Il n'y a guère d'espoir pour que nous revenions vivants de notre prochaine expédition, dit tristement Gandalf. C'est à vous de prendre cette décision.
Les yeux d'Elanor se perdirent dans le vide.
- Eomer m'a dit qu'il vous a vu utiliser de la magie, s'exclama Gandalf en changeant de sujet. Et il n'est pas le seul. J'ai vu cette lumière blanche lorsque les Rohirims ont chargé l'armée des orques. Il semble que nos amis ne sont pas les seuls à qui vous avez cachez des choses.
Elanor lui adressa un regard d'excuse.
- Je suis désolé, mais vous êtes parti si vite d'Edoras que je n'ai pas eu le temps de tout vous dire.
- Racontez-moi…
- J'ai vu Melian à Valinor.
Surpris, Gandalf se redressa, piqué par la curiosité.
- Vous avez rencontré Melian ? s'exclama-t-il.
Elanor acquiesça, étonné de le voir aussi intéressé par la magicienne.
- Elle a réussi à m'amener devant elle à Valinor, peu après mon passage dans les cavernes de Mandos. Nous avons parlés, et elle m'a dit qu'elle m'aiderait à vaincre les Nazguls.
- Elle vous a donné une partie de ses pouvoirs.
- Oui. Mais je ne me suis pas tout de suite rendue compte. Ce n'est que lorsque le roi Angmar a essayé de me tuer qu'il s'est passé quelque chose. Quand il a abaissé son épée pour m'achever, j'ai bien cru que j'allais mourir. Mais il y a eu un choc, et quelque chose l'a fait fuir.
- La magie de Melian, murmura Gandalf. Saviez-vous qu'elle avait bâtis un anneau de protection autour du royaume de Doriath ?
Elanor acquiesça.
- Le seigneur Elrond m'en a parlé.
- Il servait à repousser les envahisseurs de Morgoth. Autrefois c'était des orques très différents, mais néanmoins tout aussi mauvais que le sont les Nazguls. Ce n'est guère étonnant que le roi sorcier n'ait pu porter la main sur vous. Si Melian vous a protégée, il est quasi impossible qu'il puisse vous toucher.
Elanor prit son épée, Niphredil, et la posa sur ses genoux pour la montrer au magicien.
- Melian m'a dit que mes pouvoirs viendraient de mon épée.
Gandalf regarda l'épée, semblant se remémorer un lointain souvenir.
- J'ai toujours admiré les pouvoirs de Melian. Elle m'a appris beaucoup de choses avant que je ne sois envoyé ici.
Elanor le regarda avec surprise.
- Elle était votre mentor ?
- Oui, elle parmi beaucoup d'autres, acquiesça Gandalf. Elle a enseigné son savoir à Radagast, Saroumane… et même certains elfes, dont son mari Thingol, et la dame Galadriel.
Elanor écarquilla les yeux.
- Dame Galadriel ?
Voilà qui expliquait beaucoup de choses. Elanor s'était toujours demandé d'où lui venaient tous ces pouvoirs. Elle savait que certains elfes en disposaient naturellement, mais Galadriel était la plus puissante parmi tous ceux de sa race, et la plus légendaire. Elanor n'avait jamais compris comment elle avait pu savoir autant de choses à son sujet, et surtout à propos de Melian.
- Je ne pensais pas que Melian était aussi…
- Puissante ? Oh, Melian est la plus distinguée parmi nous tous, s'exclama Gandalf. Contrairement à Sauron, qui s'est laissé séduire par Morgoth, c'est une Maia remarquable, et peut-être la plus douée d'entre nous. Vous n'êtes pas si différente d'elle à présent.
- Je ne suis pas une Maia, protesta Elanor. Je ne suis qu'une simple humaine. On m'a juste… ressuscité.
- Autrefois vous étiez peut-être qu'une simple humaine, mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas. La magie coulait déjà dans votre sang. Melian n'a fait que de le réveiller. Et je doute que votre pouvoir vienne uniquement de votre épée.
Elanor le regarda bouche bée.
- Vous voulez dire… que je suis comme vous ?
- A peu de choses près, répondit Gandalf. On vous a rendu votre enveloppe corporelle. Les pouvoirs qui vous ont été donnés sont un cadeau précieux. Melian vous fait confiance, et c'est un privilège qu'elle n'accorde que très rarement.
- Je ne sais même pas comment contrôler ces pouvoirs.
- Vous apprendrez au fil du temps.
Gandalf se leva.
- Ne restez pas trop longtemps dehors. Il serait dommage de prendre froid. Et je vous assure qu'être magicien n'immunise pas contre ces choses-là.
Il lui fit un clin d'œil, et s'éloigna. Elanor resta seule sur le banc et le regarda disparaître derrière les colombages.
Il est vrai qu'il commençait à faire très froid. Songeant qu'il était temps de partir, Elanor prit la route menant vers ses quartiers.
Les couloirs du palais étaient déserts, et lorsqu'elle passa près de la salle du trône, Elanor entendit un bruit de verre brisé.
Elle s'immobilisa et retourna sur ses pas. Lorsqu'elle pénétra dans l'immense pièce, elle vit que quelqu'un était debout devant les marches du trône du roi.
Elle ne mit que quelques secondes avant de reconnaître la silhouette de l'homme.
- Aragorn ?
Le Dunedain ne bougea pas. En s'approchant de lui, Elanor vit qu'il que le palantir avait roulé quelques mètres plus loin, et qu'il luisait d'une lueur rougeâtre inquiétante. Cette vision lui fit froncer les sourcils.
Aragorn paraissait hypnotisé par quelque chose qui se trouvait à ses pieds. Lorsqu'elle fut près de lui, Elanor vit qu'il s'agissait de tous petits cristaux blancs, éparpillés un peu partout.
- Aragorn ?
Inquiète, Elanor le contourna, et il parut enfin s'apercevoir de sa présence. Son expression effarée fut la première chose qui la frappa. Le desespoir et le choc était clairement visible sur son visage. Quelque chose s'était passé !
- Aragorn ! Qu'y a-t-il ?
Elanor s'avança, mais un crissement sous ses pieds alerta soudainement Aragorn, qui l'écarta d'un geste du bras. Elle se rendit alors compte qu'elle marchait sur les restes d'un objet brisé.
- Aragorn ! Par tous les saints, que se passe-t-il ?
- Arwen, murmura-t-il
Elanor le regarda sans comprendre, puis son regard dévia automatiquement sur le cou d'Aragorn, là où reposait habituellement le bijou de l'étoile du soir.
Il n'était plus là.
Elanor contempla les éclats de verre sur le sol. Ils brillaient de mille feux. Et elle comprit soudain que c'était tout ce qui restait du collier.
- Arwen, répéta Aragorn.
Sa voix enrouée en disait plus qu'il ne lui fallait. Une boule commença à se former dans la gorge d'Elanor.
- Qu'avez-vous vu ? lui demanda-t-elle.
- Il l'a tué.
Aragorn hurla, et dans la grande salle résonna son cri de rage mêlé à la douleur. Il semblait être devenu fou. Elanor sentit les larmes lui monter aux yeux alors qu'il lui tournait le dos. Elle ne prit conscience qu'elle pleurait réellement lorsque sa vue fut complétement brouillée par les larmes.
Elanor trouva néanmoins le courage de s'approcher de son ami.
- Aragorn…
Elle posa une main sur son épaule. Effondré, Aragorn les yeux pour la regarder. Des larmes coulaient à présent librement sur ses joues. L'émotion gagna Elanor, et elle attira l'homme dans ses bras, l'étouffant dans son étreinte.
- Je le détruirais. Vous en avez ma parole, murmura-t-il.
La froideur avait remplacé toue autre émotion. Elanor enfonça son menton dans son épaule, et resserra ses doigts sur sa chemise, luttant contre sa propre colère qui montait en elle.
Arwen était comme une sœur pour elle. Même si elle l'avait peu côtoyée, elle n'en était pas moins un membre de sa famille.
- Je vous y aiderai.
Aragorn se détacha d'elle. Elanor planta son regard dans le sien.
- Ensemble nous le détruirons. Je vous en fais la promesse.
Lorsqu'Elanor poussa la porte de sa chambre un peu plus tard, elle fut surprise d'y trouver quelqu'un devant la fenêtre.
- Legolas ?
L'elfe était de dos, et se retourna lorsqu'elle entra.
- Que fais-tu là ? demanda-t-elle.
- Je suis désolé d'être entré sans ta permission. Mais je voulais te voir.
L'elfe s'avança jusqu'à elle.
Son expression changea brusquement.
- Qu'y a-t-il ? demanda-t-il.
- C'est Aragorn. Il a eu une vision en touchant le Palantir.
Elanor eut du mal à garder la face, et à ne pas éclater en sanglot.
- Il a vu Arwen mourir.
L'effarement s'afficha sur le visage de Legolas.
- C'est Sauron. Il l'a tué.
- Je devrais aller le voir ! s'exclama-t-il.
Legolas fit quelques pas vers la sortie, mais Elanor le retint.
- Il ne va pas très bien. Je pense qu'il a besoin d'être seul pour un moment.
Elanor sentit que son masque d'impassibilité commençait à se fissurer, et les larmes se mirent de nouveau à couler sur ses joues.
- Tu crois que ce qu'il a vu est vrai ? Est-ce qu'elle est… morte ?
Legolas la prit dans ses bras.
- Je ne sais pas. Les pierres de visions montrent beaucoup de choses. Mais il est rare qu'elles se trompent.
Elanor enfonça sa tête dans l'épaule de Legolas, et resserra un peu plus ses doigts dans la tunique de l'elfe.
- Je ne laisserais personne d'autre mourir. Boromir, Haldir, Théoden, et maintenant Arwen… cela doit cesser.
- Tu ne peux tout empêcher, Elanor. Tu n'as pas ce pouvoir.
Elanor se décolla légèrement de lui, et leva la tête pour le regarder.
- Je peux au moins me battre pour ça.
Legolas lui caressa la joue.
- Si ça ne tenait qu'à moi, je préférerais que tu n'aies pas à vivre ça. Je ne veux pas qu'il t'arrive malheur. Je ne le supporterais pas. Pas une deuxième fois.
Elanor vit alors pour la première fois une émotion de crainte sur le visage de Legolas.
Elle eut l'impression qu'on lui enfonçait un couteau dans les poumons. Songeant à tout ce qu'elle lui avait caché, Elanor se demanda si ce n'était pas le moment de tout lui dire.
- Je n'ai pas le choix Legolas.
- Nous avons tous le choix ! Tu pourrais rester ici en attendant…
Elanor secoua la tête.
- Non, pas moi.
Legolas la regarda avec des yeux agrandis de peur.
- Que veux-tu dire ?
Elanor glissa sa main dans la sienne.
- Ma mission. Je ne peux pas y échapper, même si je le voulais.
Le visage de Legolas s'assombrit, comme s'il savait déjà que ce qu'elle allait lui dire ne lui plairait pas. Avec un peu d'appréhension, Elanor continua sur sa lancée.
- Lorsque je suis tombée dans la Moria, je me suis réveillée dans un lieu sombre et inconnu. Il m'a fallu un certain temps avant de comprendre que j'étais… morte.
Legolas détourna le regard à ces derniers mots, comme si la regarder en face était trop douloureux.
- J'ai été amené devant Mandos, et nous avons passé un marché.
Legolas la regarda avec stupéfaction, mais il la laissa continuer.
- Mandos voulait récupérer les âmes de ses hommes maudits. Et il m'a demandé de détruire les Nazguls. En échange il m'a renvoyé en Terre du Milieu.
Elanor prit l'anneau d'Angmar dans sa poche, et le montra à Legolas.
- Je dois récupérer tous les anneaux de pouvoirs avant que Frodon ne jette l'unique dans la montagne du destin. Sans cela, les Nazguls resteront des âmes condamnés à vivre dans le néant, comme leur maître.
L'elfe fixa sa main qui tenait l'anneau. Troublé par ce qu'il venait d'apprendre, il leva les yeux pour la regarder.
- Et… que se passera-t-il ensuite ? lui demanda Legolas. Que va-t-il t'arriver ? Est-ce que tu vas rester ?
Elanor se força à soutenir son regard. Mais la culpabilité qu'elle ressentait était presque insupportable. Elle ne pouvait lui mentir plus longtemps. Autrement, elle ne pourrait pas se le pardonner elle-même.
Legolas méritait qu'on lui dise la vérité.
- Non, je ne pense pas. Mandos m'a fait promettre de retourner dans ses cavernes. Mais je ne sais pas quand cela peut se produire…
Le visage de Legolas se décomposa. Elanor baissa les yeux.
C'était trop. Elle se sentait mal de causer autant de peine à son ami.
Sans réfléchir aux conséquences, elle avait fait miroiter un espoir de romance entre eux. Mais cette histoire était en réalité impossible. Et par égoïsme, elle avait laissé ces sentiments se développer entre eux.
Elle aurait dû repousser ses avances lorsqu'elle en avait eu l'occasion. Legolas n'aurait peut-être pas eu autant le cœur brisé.
Se sentant indigne de lui, Elanor enleva le collier d'Estë, et le posa dans la main de l'elfe.
- Je suis désolé Legolas, murmura Elanor, la voix enrouée. Je t'aime profondément, mais peut-être devrais-tu trouver quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui puisse t'offrir un avenir. Je suis certaine qu'il y a des tas d'elfes plus jolies et plus nobles que moi qui rêveraient d'être à tes côtés.
Legolas baissa les yeux sur ses mains, et regarda le bijou. Il parut un moment atterré, mais son expression devint rapidement glaciale.
- Non.
Avec fermeté, Legolas glissa à nouveau le bijou entre ses doigts.
- Je ne veux personne d'autre, rétorqua-t-il. Je t'ai fait une promesse, Elanor. Tu es celle qui m'est destinée. Je le sais. Je l'ai su au moment où je t'ai perdu une première fois.
- Mais-
- Il est trop tard, la coupa Legolas. Même si tu me rejettes, je ne changerai pas d'avis. Et de toute façon, même si je le voulais, je ne le pourrais pas. C'est impossible.
Elanor le regarda, abasourdie.
Elle ne s'attendait pas à une réaction aussi farouche de sa part. La détermination se reflétait dans les yeux bleus de Legolas.
- Je vais mourir…
Legolas posa sa main sur sa joue.
- Oui. Tu es mortelle. Que ce soit demain, ou dans un siècle ne change rien pour moi. Mais je préfère vivre en ta compagnie le temps qu'il te reste, plutôt que de te tourner le dos et de passer toute mon existence à le regretter.
Elanor sentit sa poitrine gonfler sous l'émotion.
- Je ne veux pas te faire souffrir.
- Le mal est déjà fait. Mon avenir a été scellé dès le moment où mes yeux se sont posés sur toi.
Legolas lui caressait la joue, et son visage était tout proche d'elle.
- Ecoutes, peut-être que nous allons tous mourir devant les portes noires. Il n'est pas dit que tu sois la seule à quitter ce monde.
Les paroles de Legolas étaient pleines de sens, et Elanor comprit qu'elle ne parviendrait pas à le faire changer d'avis. Tout comme Gandalf, l'elfe n'avait pas beaucoup d'espoir quant à un possible futur. Elanor avait cependant une autre crainte, et elle se demandait si l'elfe serait assez fou pour faire ce geste.
- Promet-moi juste une chose, dit-elle.
- Tout ce que tu souhaites.
Elanor posa les mains sur le torse de Legolas, et planta son regard dans le sien.
- Promet-moi que tu feras tout pour rester en vie.
Legolas resta silencieux pendant plusieurs secondes, au point qu'Elanor crut à un moment qu'il allait refuser. Mais il acquiesça.
- Entendu.
Elanor soupira presque de soulagement. Un léger sourire s'esquissa sur les lèvres de Legolas.
- Mais dans ce cas, je veux quelque chose d'autre en échange.
Elanor haussa un sourcil.
- Je veux que nous passions chaque minute de ces jours-ci ensemble, demanda-t-il. A commencer par maintenant.
Legolas avait le regard intense, et le sourire qui était sur ses lèvres trahissait ses envies. Il se pencha sur elle, s'empara de ses lèvres.
Elanor passa un bras autour de son cou, et gémit, se laissant porter par les sentiments trop longtemps refoulés.
Le baiser avait un goût plus suave que d'habitude, et Elanor sentit que quelque chose avait changé chez Legolas. Il semblait avoir abandonné toute idée de convenance. Elle se détacha doucement de lui, et posa son front contre le sien.
- D'accord, murmura-t-elle.
Legolas sourit. Ses doigts se resserrèrent sur sa taille, un peu plus possessifs, alors qu'Elanor l'embrassait à nouveau.
Ses mains s'égarèrent sur son torse, puis sous sa tunique. S'abandonnant dans ses bras, elle cessa alors de lutter contre tous les principes qu'elle s'était mise en tête, et oublia qui elle était pendant une nuit.
