Bonjour ! J'espère que vous allez bien, et que vous avez passé une bonne semaine. J'ai terminé ce chapitre à 5h00 du matin (c'est dire ma motivation ! j'étais lancée et je ne pouvais plus m'arrêter décrire !) J'espère que vous l'apprécierez ! Il était tellement long que j'ai été obligée de le couper en deux. J'ai vraiment adorée l'écrire, et je crois que c'est un de mes chapitres préférés ! (sans compter ceux qui sont à venir… ) Il y aura beaucoup d'action !

Comme vous avez dû vous en rendre compte, on arrive bientôt à la fin de cette fiction. Ça m'attriste un peu de mettre un terme à cette histoire, car ça fait déjà plus d'un an que je me suis lancée dans cette aventure, et le résultat a dépassé toutes mes espérances. Mais je suis contente du résultat, et je suis super excitée à l'idée de publier les prochains chapitres ! (Notamment parce qu'un personnage que j'affectionne beaucoup va faire son entrée…vous saurez qui c'est dans le prochain chapitre ^-^ ).

Je vois que vous êtes très nombreu(ses) à me suive, et vous ne pouvez pas savoir combien ça me fait plaisir. Je n'en reviens toujours pas d'avoir autant de followers, et bientôt 200 reviews ! (c'est incroyable !) Ça me fait très plaisir de lire vos commentaires, c'est une source continue d'encouragement qui m'aide à avancer ! (J'ai de plus en plus de difficulté à boucler mes chapitres, d'où les retards conséquents. Je m'en excuse d'ailleurs, désormais je ne ferais plus de promesses ^^) Je dédicace ce chapitre à Melior Silverdjane, Luna dans les Etoiles, Mello12, et PaulinaDragona, merci les filles pour votre soutien ! Vous êtes toujours au rendez-vous, même après des mois d'attente. Hannon le !

Ps: notre Saroumane, Christopher Lee nous a quittés à l'âge de 93 ans. Sa mort m'a beaucoup attristée, car c'est une personne que j'aurais beaucoup aimé rencontrer. Il a vécu une vie incroyable, a notamment fait la seconde guerre mondiale et a vu des choses qui pourrait sembler à chacun inimaginable… Il était aussi le seul acteur à avoir rencontré Tolkien, et était un très grand connaisseur de ses œuvres. Qu'il repose en paix, et vogue paisiblement vers les Terres Immortelles. Losto vae…


Laura : aww… merci beaucoup laura ! J'ai décidée de tuer Elanor sur un coup de tête, et je n'y croyais pas trop au début, mais apparemment je me suis trompée sur toute la ligne. Je ne m'attendais pas à autant de réactions positives ! ^^ Je croise les doigts pour que la suite te plaise ! Merci pour tes encouragements !

Mello12 : Merci beaucoup ! Oui cette dernière scène a été assez délicate à écrire. Il y a eu plusieurs versions avant d'arriver à ce résultat final, j'y ai passé des heures et des heures... mais j'en suis assez satisfaite au bout du compte (dit la fille qui s'envoie des fleurs). Non en réalité on n'est jamais totalement satisfait. ^^ La réaction de Legolas était très importante. Il fallait que je dose avec justesse ses émotions. Car oui, au final il est un peu en colère et désemparé face à ce qui arrive à Elanor et à lui, mais c'est un elfe, et comme tu le dis je ne le vois pas non plus s'emporter et exprimer aussi fortement ses émotions. Au final il accepte la situation, parce qu'il n'a pas vraiment le choix. Encore un grand merci pour ton soutien et pour ta fidélité. Je suis gâtée d'avoir des lectrices aussi cool. Merci J A bientôt !

tsuki : merci ! Oui heureusement qu'Elanor n'est pas idiote ! (ça aurait pût être drôle, sauf que des OC un peu bête il y en a beaucoup sur ce site, et ce n'est pas ce qui manque. Il y en a certaines que j'ai bien aimé d'ailleurs ^^) Mais je ne suis pas très doué avec les histoires humoristiques, et je préfère avoir pour ma fiction un personnage qui se fond dans la masse (avec sa propre histoire et qui est connectée aux personnages, pour le peu que ce soit crédible et intéressant… d'où l'histoire des fils de Dior, qui ont disparu et dont la vie reste un mystère dans l'univers de Tolkien). Pour Haldir… je trouvais la scène de sa mort tellement poignante que je ne pouvais pas passer outre. C'est un crève-cœur je le reconnais. Mais je n'ai pas hésité, non pas parce que je suis sadique (quoique…), mais parce qu'il fallait sacrifier un elfe pendant cette bataille, et ça ne pouvait certainement pas être Legolas. Cependant, n'oublies pas une chose… les elfes ne meurent pas. Ils retournent à Valinor après avoir purgé leur âme dans les cavernes de Mandos. ;)


Chapitre 21 : La bataille de la Porte Noire

Elanor sentit que quelque chose lui chatouillait l'épaule. Emergeant peu à peu du sommeil, elle ouvrit les yeux, et se retourna légèrement, découvrant qu'il s'agissait en fait des cheveux de Legolas. L'elfe s'était endormi contre elle, et avait passé un bras autour de sa taille. Son visage était paisible, et détendu.

Elanor resta quelques minutes à le regarder, n'osant pas bouger de peur de le réveiller. Sa bouche était à quelques centimètres de son oreille, et son souffle régulier retombait doucement contre sa joue. Il paraissait si innocent et si tranquille, qu'Elanor sentit son cœur s'attendrir.

Elle glissa ses doigts dans les cheveux de Legolas, et effleura sa joue. Sa peau était douce et tiède. Une mèche de ses cheveux blonds pâles laissait entrevoir les contours de son oreille pointue. Curieuse, Elanor remonta ses doigts jusqu'à cet endroit. Legolas frémit à cet instant, et ouvrit les yeux.

- Pardon, je t'ai réveillé, s'excusa Elanor, horrifiée.

Legolas attrapa sa main alors qu'elle la retirait, et enlaça étroitement leurs doigts. Sa main était beaucoup plus grande que celle d'Elanor.

- Ne t'arrête pas, murmura-t-il.

Il posa leurs mains contre sa joue et ferma à nouveau les yeux. Elanor l'embrassa doucement. Elle avait conscience que le temps les desservait, et qu'elle devrait bientôt quitter ses bras.

Cette pensée l'effrayait déjà. Elle n'en avait aucune envie, sachant qu'elle ne s'était jamais sentie aussi bien. Elle se demandait à quoi ressemblerait une vie où elle se réveillerait tous les matins dans les bras de Legolas.

Ils avaient si peu de temps. Pourquoi n'avaient-ils pas plus de temps ?

Legolas se coucha sur elle tout en approfondissant leur baiser. Elanor pouvait sentir sous ses mains un torse ferme et solide. Sa mince tunique beige ne dissimulait pas grand-chose, et elle remarqua qu'il était assez bien musclé, malgré son ossature fine et élancée d'elfe. Elle resserra ses jambes autour de lui, et ne résistant plus à l'envie de sentir sa peau sous ses doigts, passa ses mains sous sa tunique. Le souffle de Legolas s'accéléra légèrement, et il rit.

A ce moment précis, un tambourinement contre la porte retentit.

Legolas releva la tête en direction du bruit.

- Je pense que tu devrais aller ouvrir.

Elanor hésita une seconde, n'ayant aucune envie de renoncer à ce qu'ils étaient en train de faire. Cependant, voyant qu'il fixait toujours la porte, elle acquiesça et se releva avec un profond soupir. Legolas lui adressa un sourire mutin et s'écarta. Elanor prit le manteau en fourrure qui trainait dans un coin, et s'en vêtit juste avant d'aller ouvrir la porte.

Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir un Gimli grognon derrière elle.

- Pardon de vous déranger, Elanor, marmonna-t-il, visiblement de mauvaise humeur. Mais auriez-vous vu l'elfe ? Je le cherche partout depuis une heure !

- Oh, eh bien… euh…

Alors qu'elle balbutiait, le regard de Gimli se teinta d'interrogation. Elanor referma légèrement la porte, essayant de dissimuler la présence de Legolas.

- Vous avez essayé du côté des jardins ?

Gimli acquiesça.

- Oui,, répondit-il.

- Et… hum… dans les niveaux inférieurs ? Peut-être qu'il est allée faire une promenade dans la cité ?

Gimli secoua la tête. Voyant la nervosité d'Elanor, et son petit manège qui consistait à cacher au maximum la chambre, il commença à la dévisager avec une drôle d'expression.

Il ouvrit la bouche pour lui poser une question, mais fut interrompu.

- Qu'y a-t-il Gimli ?

Le nain écarquilla les yeux et Elanor se retourna violemment. Legolas avait décidé de la rejoindre, tout juste habillé de sa tunique et d'un pantalon. Au vu de l'expression stupéfaite du nain, il ne s'attendait certainement pas à le trouver là, avec Elanor, et tous les deux aussi dévêtus. Celle-ci sentit ses joues s'enflammer tandis que Gimli les regardaient avec un air ébahi. Legolas ne semblait en revanche pas s'en soucier.

- Ah, hum… Aragorn veut nous voir dans la salle du trône ! répondit le nain, embarrassé et confus.

Legolas acquiesça.

- J'arrive dans une minute.

Il retourna dans la chambre et disparut, laissant Elanor et Gimli seuls. Le nain croisa les bras, et regarda fixement un point sur le mur pudiquement. Déstabilisée par l'arrivée de Legolas, Elanor resta bêtement immobile sur le pas de la porte avant de réaliser qu'elle ne portait d'une robe blanche légère.

- Hum… je- je vais aussi aller me changer.

Gimli lui jeta un bref coup d'œil et acquiesça vivement.

- Oui, oui, faites donc.

Elanor retourna dans la chambre, et entendit eut tout juste le temps de l'entendre marmonner « Hum…ces elfes ! Drôles de manières ! » avant de refermer la porte. Le visage rouge, elle se retourna et vit que Legolas était en train de mettre ses bottes.

- Tu crois qu'il sait ?

Legolas s'arrêta au milieu de son geste.

- Quoi ? demanda t-il.

Il leva la tête, et la regarda avec une expression interrogative.

- Pour nous deux, répondit Elanor, en se tordant nerveusement les mains.

- Oh.

Legolas esquissa un mince sourire amusé.

- C'est un nain. Je ne sais pas s'il est très loquace.

Elanor sentit un rire monter du fond de sa gorge, et se mit à glousser. Legolas termina de lacer ses chaussures légères et mit sa veste en un clin d'oeil.

- Je vais t'attendre dehors.

Il l'embrassa légèrement, puis se dirigea vers la porte, et sortit.

Elanor fixa pendant plusieurs secondes la porte qui s'était refermé derrière lui, puis se tourna vers l'armoire en chêne, qui contenait quelques robes. Elle ressortit dans le couloir quelques minutes après, vêtue d'une élégante robe d'un gris argenté. Les femmes du Gondor semblaient apprécier porter des vêtements de cette couleur, avec une coupe simple et élégante.

Legolas lui offrit un de ses rares sourires, tout comme Gimli qui semblait avoir oublié l'épisode embarrassant.

- Ha, vous êtes ravissante, complimenta le nain, un peu maladroitement.

- Merci Gimli.

- Oui, tu es très jolie, dit Legolas.

Il s'avança et lui offrit son bras. Elanor le regarda, surprise de le voir aussi démonstratif, et l'accepta avec un sourire.

Ils se dirigèrent vers la grande salle du trône, et Gimli leur emboita le pas bougonnant dans sa barbe à voix basse.

Elanor surprit plusieurs fois ses regards suspicieux et étonnés. Contrairement à ce que Legolas pensait, le nain ne semblait pas être aussi naïf, et il paraissait avoir compris la situation. Il ne fit cependant aucun commentaire, et ils marchèrent vers le palais en silence. Lorsqu'ils arrivèrent enfin dans la grande salle quelques minutes plus tard, Elanor vit que de nombreuses personnes s'y étaient déjà rassemblées.

Eomer, Gandalf, et des conseillers de l'Intendant du Gondor, se trouvaient autour d'Aragorn, penchés au-dessus d'une table sur laquelle avaient été disposées des cartes.

- Nous voilà, messieurs ! J'ai enfin trouvé notre elfe ! s'exclama Gimli.

Tous se retournèrent en entendant la voix du nain. Aragorn et Gandalf esquissèrent un sourire lorsqu'ils virent que le nain n'avait pas seulement ramené Legolas, mais aussi Elanor avec lui.

- Merci Gimli, répondit Aragorn. A présent que nous sommes au complet, commençons.

Il se tourna vers les Gondoriens, et Elanor oublia en un instant son embarras pour le regarder ébahie.

Aragorn était méconnaissable. Il portait une armure d'agent et une côte de maille sur un pourpoint rouge sang. L'arbre blanc était brodé sur sa tunique, et une cape noire doublée de satin retombait sur ses épaules. Anduril, son épée reforgée à partir des débris de Narsil, pendait à son côté, et il avait les cheveux propres et coiffés. Elanor ne l'aurait pas probablement pas reconnu s'il n'avait pas parlé. Elle mit quelques secondes à le comparer au rôdeur dont elle avait fait connaissance quelques années auparavant à l'auberge du cheval blanc.

Ses yeux gris brillaient de vivacité et d'une sagesse légendaire, gagnée par de nombreuses années d'expériences. Elanor remarqua qu'il portait à son avant-bras l'ancien plastron de Boromir, dont il n'avait sans doute pas eut le cœur, ou la volonté de se séparer. Son visage était serein, toutefois une ombre planait au-dessus de lui, comme si l'épisode de la veille avec le Palantir l'avait marqué à jamais.

Elanor sentit cependant que cela n'avait entaché en rien sa détermination.

- Nous partirons pour les portes noires dans quelques heures, annonça Aragorn. Sauron sait que nous nous y rendrons bientôt. Il n'y a donc pas de temps à perdre. Combien nous reste-t-il de soldats valides ?

Il se tourna vers Imrahil, qui était un des seigneurs en Gondor et prince de Dol Amroth.

- Environ un trois mille cinq cent, mon seigneur, répondit-il. Mais il y en a plus encore dans les régions du Sud. Angbor mène à sa tête deux milles cavaliers de notre garnison. J'ai fait dépêcher un messager il y a quatre jours pour lui demander de revenir à Minas Tirith.

- Quand sera-t-il là ?

- Il sera à Osgiliath demain matin.

Aragorn hocha la tête, visiblement satisfait.

- Eomer, vous joindrez-vous à nous ? demanda-t-il en se tournant vers le Rohirim.

Le jeune roi qui venait tout juste d'être élu roi, acquiesça.

- Le Rohan répondra.

- Combien d'hommes avez-vous ? demanda Aragorn.

- La plupart des chevaux ont été tués, et beaucoup de mes soldats sont encore incapables de se déplacer, répondit Eomer. Si nous devons partir de suite, je ne peux espérer mener qu'un millier d'hommes au combat.

Ce n'était que même pas le tiers de l'armée des Rohirims, songea Elanor, effarée.

- Votre chiffre se porte donc à plus de six milles, dit Gandalf. Sauron dispose d'une armée bien plus nombreuse. C'est encore bien trop peu.

- Trop peu, en effet Mithrandir.

La voix masculine les fit sursauter, et se retourner vers l'entrée.

- J'espère au moins que vous ne comptez pas partir sans nous ! lança l'homme d'un ton plaisantin.

Cette voix masculine était reconnaissable entre mille, et Elanor fit volte-face, stupéfaite.

- Glorfindel !

L'elfe était flanqué des fils jumeaux d'Elrond, Elladan et Elrohir. Il lui adressa un sourire éblouissant et s'avança à leur rencontre. Il était superbe comme à son habitude, et rivalisait de loin en beauté avec les autres elfes. Ses cheveux blonds comme les blés resplendissaient, et ses yeux bleus vifs éternellement jeunes pétillaient de candeur et de jovialité. Il portait aussi une armure d'or finement entrelacée, et une tunique immaculée qui lui donnait une allure beaucoup plus sérieuse et intimidante. Surprise par sa transformation, Elanor le regarda subjuguée.

Une petite compagnie d'elfes et d'hommes se trouvaient derrière lui. Parmi eux se trouvaient plusieurs conseillers d'Elrond, dont Erestor qui en était le chef. Les hommes bruns qui portaient des tenues de voyage miteuses et d'un gris sombre lui étaient cependant inconnus. Mais elle ne tarda pas à noter la ressemblance avec Aragorn, lorsqu'il se faisait encore appeler Grands-Pas, et comprit qu'ils étaient des Dunedains.

- Je vous pensais partis aux Havres Gris ! s'exclama Aragorn, tellement surpris par leur arrivée qu'il en oublia les formalités.

- Nous avons décidés de nous attarder un peu, répondit Elrohir.

Il s'avança aussitôt pour aller étreindre Aragorn, suivit de près par son frère Elladan.

Les fils d'Elrond avaient revêtus une armure et des mailles brillantes sous un manteau gris argent.

Aragorn les accueillit avec enthousiasme dans ses bras, et les serra contre lui comme s'il s'agissait de ses propres frères. Elladan et Elrohir se ressemblaient tellement qu'ils étaient impossible de les distinguer, à moins de bien les connaître. Elanor n'avait pas encore réussi cet exploit.

- Nous ne pouvions laisser les hommes se battre seuls, déclara Elladan.

- Vous êtes plus que bienvenus ! répondit Aragorn, en souriant.

- Veuillez pardonner l'absence du seigneur Elrond, s'exclama Erestor, qui se détacha du groupe. Il aurait aimé se joindre à vous, mais il est malheureusement retenu à Fondcombe pour des affaires personnelles.

Le visage d'Aragorn s'assombrit, et il acquiesça tristement.

- Il en a déjà fait beaucoup. Hannad le. Nous sommes très heureux de vous voir.

L'arrivée des elfes et des Dunedains jeta une atmosphère d'euphorie parmi les hommes du Gondor et du Rohan. Legolas quitta Elanor pour aller saluer les fils d'Elrond, et elle vit alors Glorfindel s'approcher d'elle.

- Mae Govannen, Elanor.

Il posa une main sur le cœur, en signe de salutation. Son sourire joyeux était si communicatif, qu'Elanor sentit sa poitrine se soulever de joie et jeta dans ses bras. Glorfindel se mit à rire, et lui ebouriffa gentiment les cheveux. Après l'avoir serré contre lui, il la relâcha et l'examina méticuleusement.

- Comment vas-tu ?

- Bien, répondit Elanor. Mais que faites-vous ici ?!

- Le seigneur Elrond m'a raconté qu'il t'avait vu à Dunharrow. Nous sommes venus aider. Il y a encore une bataille que nous devons gagner.

Glorfindel la dévisagea.

- Tu as changée.

Elanor lui sourit faiblement.

- Beaucoup de choses se sont passées depuis que nous sommes partis de Fondcombe.

Son cœur se serra en pensant à Boromir qui avait trouvé la mort peu après elle. Glorfindel inclina la tête tristement.

- Oui, nous avons appris ce qui s'était passé dans la Moria, et c'est avec un grand chagrin que nous t'avons pleuré.

Il parut soudain mélancolique, comme s'il se rappelait un souvenir douloureux, et posa sa main sur son épaule.

- Mais les Valar ont été généreux, et ils ont fait bien plus que répondre à nos prières, continua-t-il. Peu de personnes sont revenues en Terre du Milieu après avoir séjourné dans les cavernes de Mandos. Je vois à présent que nous avons quelque chose en commun.

Elanor le contempla perplexe, puis songea qu'il avait lui aussi traversé la mort et qu'il était peut-être la seule personne en mesure de la comprendre en Terre du Milieu. Elle le regarda alors avec un œil neuf.

- Il semble que tu vas avoir besoin d'aide pour affronter les Nazguls, ajouta-t-il préoccupé.

- Comment- ? Comment est-ce que tu sais ? begaya Elanor, stupéfaite.

- Elrond me l'a dit.

- Elrond ? Mais-

Elanor se tut. Elle ne lui avait pourtant rien dit lorsqu'ils s'étaient vus à Dunharrow ! Seules quelques personnes connaissaient la teneur de sa mission, et elle n'avait pas eu le temps d'en parler avec Elrond.

- Comment as-t-il sut ? Je ne lui ai rien dit.

- Il n'a pas eu besoin que tu le lui dises, répondit Glorfindel. Il l'a vu lorsqu'il a regardé dans ton avenir.

- Mon avenir ?

Elanor écarquilla les yeux.

- Il peut faire ça ?

Glorfindel acquiesça.

- Le seigneur Elrond descend de la lignée de Melian, tout comme toi Elanor. La magie des Maiar coule dans ses veines, et il a ce pouvoir de vision du futur.

Elanor n'en avait jamais eu vent à Fondcombe. Elle se demanda soudain s'il avait vu autre chose.

Avait-il su depuis le début qu'elle tomberait dans les mines de la Moira ? Etait-ce la raison pour laquelle il s'était montré si hésitant à la laisser partir avec la communauté ?

Elanor se souvint de l'hésitation qu'elle avait vue dans ses yeux, et comprit le sens des avertissements qu'il lui avait adressé avant de partir avec la communauté.

- Il m'a demandé de t'épauler, reprit Glorfindel. Les Nazguls ne seront pas faciles à détruire. Mais il y en a un dont tu dois te méfier, et c'est…

- Le roi d'Angmar ? coupa Elanor. Il est mort.

Glorfindel haussa les sourcils, clairement surprit.

- Il a été tué par Eowyn lors de la dernière bataille.

- Ainsi je ne m'étais pas trompé, dit Glorfindel pour lui-même. Il ne sera pas mort de la main d'un homme…

Elanor croisa les bras, se rappelant avec un certain malaise de sa rencontre assez brutale avec le Nazgul.

- Les autres se sont enfuis. Il y en a encore huit. Je n'ai pas réussis à les tuer.

- La disparition du roi sorcier est déjà une victoire, répondit Glorfindel. Les autres Nazguls n'ont pas de pouvoir équivalent au sien, même en possession de l'anneau. Khamûl prendra la tête des Nazguls à sa place, et il est beaucoup moins malin que son prédécesseur.

- Khamûl ? répéta Elanor, intriguée.

C'était un nom étrange, qui semblait venir des contrées reculées de la Terre du Milieu.

- Il est son second. Et c'était un roi des hommes des pays de l'Est jadis, avant qu'il ne soit corrompu, répondit Glorfindel en voyant son expression interrogative. Mais il avait déjà une réputation sanglante, et il était connu à l'époque pour son caractère emporté et violent. On raconte des choses horribles à son sujet. Je ne pense pas qu'il ait tant changé depuis…

Elanor déglutit, ne se sentant pas du tout prête à affronter un être tel que le décrivait Glorfindel. Sa confrontation avec le roi sorcier lui avait laissé de mauvais souvenirs, et Théoden était mort de sa main devant ses yeux.

- Khamûl est très sûr de lui, enchaina Glorfindel. Ce qui n'est pas une qualité en soi, quand on se croit invincible... Et il a aussi tendance à sous-estimer les femmes.

Glorfindel lui adressa un clin d'œil.

- Oh, génial, soupira Elanor.

Un large sourire se plaqua sur les lèvres de l'elfe. Il sera une dernière fois son épaule en guise d'encouragement, puis alla rejoindre Aragorn et le reste des hommes qui s'étaient rassemblés autour de la table.

Elanor le suivit des yeux, mais resta à l'écart, écoutant d'une oreille distraite les conversations. Tandis que le conseil de guerre prenait place, elle resta silencieuse et pensive, les paroles de Glorfindel résonnant encore dans son esprit.


Ils quittèrent Minas Tirith en milieu d'après-midi. Elanor chevauchait à côté de Legolas et Gimli, à la tête du cortège de l'armée des hommes et des elfes. Nahar n'étant plus de ce monde, on lui avait gracieusement prêtée un cheval pour la chevauchée. Merry avait suffisamment retrouvé de forces pour venir avec eux, et il montait derrière Eomer, qui avait accepté de le prendre avec lui. Pippin s'était également joint à la compagnie et était avec Gandalf.

Le voyage jusqu'à Osgiliath se fit en silence, et ils repartirent le lendemain matin avec les troupes d'Angbor en direction de la porte noire. Aragorn ne s'était pas retourné une seule fois depuis qu'ils avaient passés les portes de Minas Tirith. Il avait une lueur déterminée dans le regard qui incitait tous les hommes à suivre ses pas.

Estel. Ce nom elfique qu'Elrond lui avait donné et qui signifiait « espoir » prenait à présent tout son sens, songea Elanor. Elle s'en rendit à la façon dont les hommes avaient de le suivre et de le regarder. Beaucoup étaient terrifiés à l'idée de marcher vers le Mordor, et Elanor sentait elle-même se jambes trembler tandis qu'ils s'en rapprochaient de jour en jour.

Pour se donner du courage, elle tournait parfois son regard vers ses amis, et il suffisait d'un regard de Legolas pour qu'elle se sente à nouveau sereine. Ils n'avaient pas besoin de se parler pour exprimer leur appréhension et leurs sentiments. D'un commun accord, ils restèrent l'un à côté de l'autre, chevauchant silencieusement.

- Vous semblez êtres devenus proches.

Elanor tourna vivement la tête vers Glorfindel, qui avait approché son cheval blanc Asfaloth du sien. Son chuchotement était assez bas pour que personne ne l'entende, mais Elanor était sûre que Legolas avait entendu. Glorfindel la regarda avec un sourcil haussé, visiblement très amusé.

- Pardonnes-moi, je ne veux pas paraître indiscret... mais est-ce qu'il y a quelque chose entre toi et le prince Legolas ?

Elanor rosit, et détourna le regard en pinçant les lèvres. Glorfindel comprit immédiatement le message, et n'eut pas besoin de demander de réponse. Un sourire flotta sur son visage, et il se tut. Lorsqu'elle sut que la rougeur sur ses joues avait disparues, Elanor se racla la gorge.

- Combien de temps nous faut-il pour atteindre la porte noire ? demanda-t-elle.

- Six jours si nous sommes chanceux, répondit Glorfindel comme si de rien n'était. Mais beaucoup des hommes sont à pied, donc je pense qu'il nous en faudra sept.

Ils mirent en effet une semaine pour atteindre le Mordor. Au bout du cinquième jour, ils passèrent le col de Cirith Gorg, et c'est alors qu'ils purent distinguer les immenses étendues d'eau marécageuses qui s'étendaient jusqu'à l'Emyn Muil. Cet endroit était si désolé et sinistre, qu'Elanor sentit son moral tomber brusquement. Beaucoup d'homme voulurent alors faire demi-tour, mais Aragorn réussit à les convaincre de continuer.

- Une grande bataille eut jadis lieu ici, déclara Legolas en voyant le regard d'Elanor, qui s'attardait à observer la brume inquiétante flottant au-dessus de l'eau.

- Une bataille ? demanda-t-elle, interrogative.

- Celle de la dernière alliance des hommes, des elfes et des nains, répondit Legolas. C'est ici qu'Isildur a arraché l'anneau à Sauron.

Elanor contempla à nouveau les marais. Rien n'aurait pu laisser penser que cette bataille ait pu prendre place à cet endroit. Le terrain ne paraissait pas propice à un quelconque combat.

- On le surnomme les marais des morts, déclara Gimli.

- Ces marais… ils ont toujours été là ? demanda Elanor.

- Autrefois c'était une terre sèche et aride, répondit Legolas. Mais trois milles ans ont passés depuis.

- On dit que les morts hantent les eaux, enchaina Gimli. Cette terre est maudite.

Elanor se rappela soudain avoir entendu des histoires similaires, lorsqu'elle vivait encore en Eriador, d'un pays marécageux impraticable qui était aussi dangereux que nauséabond. Certains baroudeurs avaient dit qu'ils n'y mettraient jamais les pieds, ayant entendus des histoires effrayantes de petites lumières blanches qui brillaient dans l'eau et les attiraient dans les profondeurs.

- Mais ces morts qui hantent les marais… alors ce sont des orques, des hommes, des nains et des…

- … des elfes, oui, termina Legolas.

Elanor tourna la tête pour le regarder. Il semblait troublé.

- Mon grand-père est mort ici, dit-il soudain.

Gimli et Elanor le regardèrent avec surprise, ne s'attendant pas à cet aveu.

- Tu veux dire… qu'il est parmi eux ? Dans les marais ?

- Je ne sais pas, répondit Legolas. Mon père ne m'a jamais dit s'il avait ramené son corps. Mais il n'y a jamais eu de tombe là où j'habite.

Il paraissait soudain incertain sur le fil de ses pensées, comme s'il essayait de se rappeler de lointains souvenirs qu'il aurait pu oublier. Il tomba alors dans le silence, et ils n'osèrent le déranger de son mutisme.

Elanor se mordit la lèvre. Elle mourait d'envie de lui poser des questions sur ce grand-père dont elle ne connaissait pas le nom, mais préféra se taire. Peut-être que le temps viendrait un jour, où ils auraient cette conversation. Mais elle se rappela soudain qu'elle n'en disposait pas, et que ce jour-ci était peut-être le dernier.

La gorge nouée, Elanor fixa son regard dans le vide.


La Porte Noire se dessina à l'horizon au bout de quelques heures. L'immense mur de fer qui barrait le passage vers le Mordor se dressa de toute sa hauteur, paraissant indestructible et infranchissable. Elanor songea qu'elle était encore plus gigantesque que ce qu'elle avait imaginé.

La plaine qui s'étalait de la Porte Noire était stérile et poussiéreuse. Des fumées s'échappaient de l'autre côté des remparts, chargeant encore plus le ciel de nuages gris épais. Il émanait du Mordor une malveillance et un air acide et toxique qui était à peine respirable, si bien qu'Elanor sentit sa gorge s'irriter rapidement.

Avec effroi, Elanor se demanda comment Frodon et Sam avaient pénétrer et parcourir le Mordor sains et saufs. Les chances d'y vivre paraissaient inexistantes… sans compter tous les orques qui devaient se trouver sur leurs chemins. Elanor essaya de ne pas penser à ses deux amis hobbits, et reconcentra son attention sur ce qui se trouvait devant elle.

La porte Noire était close, et les remparts de la muraille de fer étaient vides et silencieux. Aragorn stoppa l'armée à bonne distance, et ils attendirent, guettant le moindre signe venant de l'ennemi.

Mais une heure passa sans que rien ne se produise.

- Où sont-ils ? interrogea Pippin, formulant la question qu'ils se posaient tous.

Aragorn lança son cheval au galop en direction des portes. Gandalf, Glorfindel et les fils d'Elrond sur ses talons. Elanor talonna son cheval à son tour, suivit d'Eomer et de Legolas.

Ils s'arrêtèrent quelques mètres devant le mur, et levèrent la tête vers le sommet des remparts.

- Que le seigneur de la terre noire s'avance ! s'écria Aragorn. Justice lui sera faite !

Le silence lui répondit.

Elanor échangea un regard nerveux avec Legolas. Il ne se passa rien pendant de longues minutes, puis au moment où ils allaient faire demi-tour, un grincement métallique retentit, et la porte noire s'ouvrit.

Un cavalier au pas traînant sortit à leur rencontre. La créature qu'il montait était un cheval noir. C'est en tout cas, ce à quoi Elanor pensa, mais elle n'en était pas bien sûre. La peau de la bête était noire et luisante, et elle avait un aspect cadavérique inquiétant et peu naturel. Un masque de fer recouvrait sa tête large et repoussante, et des tissus sombres et sales recouvraient son dos. Quant au cavalier… Elanor eut la chair de poule en le voyant. Il était grand et portait un heaume noir en acier massif qui recouvrait toute sa tête. Son crâne était déformé et étiré. Un trou béant autour de sa bouche laissait entrevoir des lèvres noires, et une peau pâle affreusement mutilée.

- Je suis la Bouche de Sauron, se présenta t-il. Mon maître Sauron le grand vous souhaite la bienvenue.

Le serviteur sourit, et révéla une rangée de dents jaunâtres crasseuses.

Abominable, fut le seul mot auquel Elanor pensa. Devant tant de laideur, elle ne put s'empêcher d'esquisser une moue dégoutée. Le reste de ses compagnons eurent à peu près la même réaction.

Le messager était le lieutenant de la Tour de Barad-dur, mais aussi un ancien renégat, de ceux qu'on surnommait les Numénoriens Noirs. S'il connaissait autrefois son nom, il l'avait à présent oublié.

- Y a-t-il quelqu'un qui a autorité pour traiter avec moi ? ajouta le serviteur sur un ton sournois.

- Nous ne sommes pas venus pour traiter avec Sauron, perfide et maudit, répondit Gandalf. Dîtes à votre maître ceci : les armées du Mordor doivent se disperser, il doit quitter ces terres et ne jamais y revenir.

- Oh… vieille barbe grise, gloussa le serviteur.

Il sourit encore une fois, exposant ses dents jaunes.

- J'ai là un souvenir que j'ai été chargé de te montrer.

Le monstre tira de sa cape un objet, et brandit devant eux la chemise en Mithril de Frodon.

Elanor sentit son cœur s'arrêter.

Le serviteur rit et jeta la cote de maille à Gandalf.

- Frodon ! s'écria Pippin.

- Silence ! ordonna Gandalf.

Le monstre regarda le hobbit avec délectation. Un poids de culpabilité et de chagrin tomba sur l'ensemble du groupe.

- Le semi-homme vous était cher à ce que je vois, reprit le serviteur de Sauron. Sachez qu'il a enduré milles tourments entre les mains de son hôte.

Gandalf donna la chemise à Pippin. Son visage était las et affligé par la tristesse.

- Qui aurait cru qu'un si petit être puisse supporter autant de souffrance, susurra le serviteur de Sauron. C'est pourtant le cas Gandalf, il l'a fait.

Gandalf baissa les yeux devant le monstre, les yeux voilés. Une larme coula sur sa joue.

- Taisez-vous !

Bouleversée et enragée par la peine, Elanor se détacha du groupe et se dressa devant le messager.

- Vos paroles ne sont que du poison !

- Et qui est cette femme qui ose m'insulter ? demanda le messager en tournant la tête vers elle, surprit et un peu narquois.

- Je n'ai pas à me présenter à vous, chien !

Le serviteur serra les dents, avec une moue railleuse.

- Un si joli visage pour des mots si abrupts. Mon maître saurait te faire ravaler tes paroles, shatraug ! Mais ce n'est qu'une question de temps !

Aragorn s'interposa et fit avancer son cheval, coupant court à leur échange houleux.

- Voyons qui voilà, s'exclama le lieutenant de Sauron. L'héritier d'Isildur ! Il faut plus pour faire un roi qu'une épée elfique brisée.

Il n'eut malheureusement pas le temps d'apprécier sa moquerie très longtemps. Perdant patience, Aragorn tira Narsil de son fourreau, et le décapita.

Un bruit horrible retentit, et sa tête se détacha de son corps, pour aller ensuite rouler à leurs pieds.

Elanor baissa les yeux, sidérée.

- Je ne crois pas à ses dires ! déclara Aragorn avec véhémence.

Il se tourna vers eux, et les regarda tour à tour.

- Je n'y croirais jamais.

Les paroles d'Aragorn firent peu à peu leur chemin dans l'esprit du groupe. Elanor regarda ce qu'il restait du serviteur vil de Sauron et se demanda si Aragorn avait raison. Avait-il mentit à de Frodon ? Et s'il était vivant ? Après tout, il n'avait fait aucune mention de Sam. Et il n'avait ramené que la chemise de Mithril... il n'y avait aucune preuve que les hobbits soient morts ou captifs.

Frodon aurait très bien put l'avoir égarée.

Oui.

C'était un mensonge. Une ruse de Sauron pour les faire désespérer.

Les portes grincèrent à nouveau, et l'armée de Sauron se déversa alors dans la plaine. Au loin, le Mordor et la montagne du destin apparurent.

Elle distingua une tour, et l'œil de Sauron braqué sur eux.

- On se replie, ordonna Aragorn.

Les yeux d'Elanor restèrent fixés sur l'œil nimbé de flammes. Elle ressentit une étrange sensation de picotement sur sa nuque. Comme s'il la regardait elle.

- Elanor !

Elle sortit soudain de ses pensées en entendant la voix de Legolas, et tira sur sa bride de son cheval. Elle repartit dans l'autre sens, à la suite du groupe, et rejoignit les rangs de l'armée.

Le bruit des tambours et de la marche des orques résonna bientôt dans la plaine. Les hommes du Gondor et du Rohan se mirent à agripper les boucliers et les épées avec angoisse.

- Tenez vos positions ! leur ordonna Aragorn. Tenez vos positions !

Les hommes le regardèrent faire des allers retours devant la première ligne, et on pouvait voir la peur sur de nombreux visages.

- Fils du Gondor, et du Rohan ! Mes frères ! s'écria Aragorn d'une voix forte et autoritaire. Je lis dans vos yeux, la même peur qui pourrait saisir mon cœur. Un jour peut venir où le courage des hommes faillira, où nous abandonnerons nos amis, et briserons tous liens. Mais ce jour n'est pas arrivé ! Ce sera l'heure des loups, et des boucliers fracassés, lorsque l'âge des hommes s'effondrera !

Elanor le regarda bouche bée. Une lueur brûlante agitait le regard d'Aragorn, comme s'il semblait prêt à affronter l'armée des orques à mains nues. Sa détermination et sa vigueur sortirent les hommes de leur paralysie. La plupart le regardaient à présent avec une admiration non feinte, et la peur s'effaça peu à peu des visages.

- Mais ce jour n'est pas arrivé ! s'écria Aragorn. Aujourd'hui nous combattrons ! Pour tout ce qui vous est cher, sur cette bonne terre. Je vous ordonne de tenir ! Hommes de l'Ouest !

Les hommes tirèrent leurs épées dans un même élan.

- Elessar ! scandèrent-ils.

Aragorn descendit de cheval, et tira Narsil. La plupart de ceux qui le suivaient l'imitèrent.

Elanor glissa de sa selle à son tour, et sortit Niphredil de son fourreau. La lame argentée de son épée elfique, était à présent légèrement teintée de bleu suite à l'approche des orques. L'armée de Sauron avait finit par les encercler.

Ils étaient dix fois plus nombreux, et il y avait toute sorte de créatures et d'abominations parmi leurs rangs, mais les hommes et les elfes menés par Aragorn n'y songeaient plus à présent.

Sauron avait vidé ses terres, et leur avait envoyé toutes ses forces.

La ruse d'Aragorn avait parfaitement fonctionnée, songea Elanor impressionnée et ravie.

Si Frodon était encore en vie, il y avait des chances pour qu'il puisse traverser les plaines du Mordor.

Une main se glissa brièvement dans la sienne, et Elanor vit que Legolas l'avait rejointe. Un mince sourire, triste et résigné était sur ses lèvres.

Gimli se trouvait de l'autre côté de l'elfe, et il regarda l'armée avec un air abattu.

- Je n'aurais jamais crû mourir un jour aux côtés d'un elfe !

Legolas baissa les yeux sur le nain, et un sourire éclaira les traits de son visage.

- Et que dîtes-vous de mourir aux côtés d'un ami ?

Les yeux de Gimli s'agrandirent, et son regard changea.

- Ah, ça oui… ça, oui, je le peux.

Quelque chose se scella alors entre eux, et ils se turent. Elanor se mit à sourire, .

Quelques secondes passèrent, puis Aragorn se retourna.

- Pour Frodon.

Sans crier mot, il se mit alors à courir vers l'armée du Mordor. Elanor le regarda pendant un instant, trop surprise pour pouvoir bouger, puis Merry et Pippin s'élancèrent en hurlant, et ses jambes se mirent automatiquement en action.

Brandissant Niphredil à bout de bras, elle se rua à la suite de ses trois amis, en même temps que Legolas, Gimli et le reste de l'armée.


Le choc fut aussi brutal que lors de la bataille des champs du Pelennor. Arrivée à moins d'un mètre de la ligne ennemie, Elanor donna un coup d'épée qui dévia la lance d'un orque pour éviter de s'y embrocher. Elle para ensuite une épée qui visait sa jugulaire, et tua son assaillant en lui transperçant la poitrine. Le sang noir gicla sur son visage et son bras, et elle sentit aussitôt la nausée lui monter dans la gorge. Cependant elle ne cessa pas de se battre, n'ayant pas la moindre envie de mourir à cause d'une des lames crasseuses et aiguisées des orques.

Legolas était juste à côté, et il se battait agilement, utilisant principalement son arc pour tuer ses ennemis. Elanor jetait de temps en temps un coup d'œil sur le côté pour vérifier qu'il était toujours là. Gimli n'était également pas loin, et il prenait plaisir à assommer les orques avec sa hache.

Aragorn s'était éloigné dans les lignes ennemies, et il fut bientôt rejoint par Gandalf et Merry et Pippin, qui le défendait comme bec et ongle. Il ne tarda pas à disparaître dans la masse, parmi les hommes, elfes et orques qui se battaient.

Elanor fit volte-face en entendant un grognement menaçant derrière elle. Elle tourna la tête et vit qu'un immense Uruk-hai à la peau noire se dirigeait sur Legolas. Ce dernier ne l'avait pourtant pas vu, et il se battait contre deux orques à la fois.

- Legolas ! Derrière-toi !

En entendant son cri d'avertissement, l'elfe pivota et esquiva juste à temps l'énorme masse de l'orque. Il se baissa à une vitesse ahurissante, évitant par la même occasion d'être broyé, et dégaina une de ses dagues qu'il lança dans la tête d'un des orques. Celui-ci s'écroula en geignant dans son sang.

Legolas tira alors une flèche qui se logea dans le tibia de l'Uruk-hai, mais cela ne guère d'effet. Le monstre hurla, plus que de colère que de douleur, et plongea à nouveau sur lui.

Voyant cela, Elanor s'élança, et s'interposa. Elle l'attaqua par surprise et enfonça son épée dans son ventre. L'Uruk attrapa la lame de son épée, avec l'intention de la bloquer. Mais il cria en touchant le métal froid et brûlant de Niphredil, et retira sa main.

Pendant ce temps, Legolas en avait profité pour se retourner et tuer le dernier orque. Elanor retira son épée des entrailles de l'Uruk, et le décapita.

- Merci, lui lança Legolas reconnaissant.

- De rien.

Elanor sourit s'écarta de la dépouille de l'orque.

Ils se relancèrent dans les combats, mais au bout de quelques minutes, la bataille prit une toute autre tournure.

Un cri strident retentit au-dessus de leur tête, et le sang d'Elanor se glaça d'effroi.

Les hommes se couvrirent les oreilles, alors que les Nazguls les survolaient, juchés sur leurs gigantesques oiseaux à tête de serpent. Les elfes se recroquevillèrent sur eux-mêmes, souffrant le martyre. Voyant Legolas agoniser devant elle, Elanor se précipita sur lui.

- Legolas !

Les orques profitèrent de ce moment de distraction pour attaquer. Certains elfes moururent, n'étant pas capable de se défendre à temps. Mais les Nazguls se turent enfin, et ils reprirent rapidement leurs esprits.

Elanor leva la tête, et vit avec horreur un des Nazguls plonger vers le sol. Il attrapa dans ses serres plusieurs hommes, et les emporta avec lui, les broyant entre ses serres. Un vent de panique se mit alors à affluer dans les rangs des hommes.

- Legolas ! Abattez ces oiseaux de malheur ! s'exclama Gimli.

Legolas décocha une flèche qui alla se ficher dans le flanc d'une des montures d'un Nazgul. La bête se cabra, et remonta vers le ciel avant d'avoir pu atteindre le sol. Mais elle reprit de l'altitude, et plongea à nouveau.

- C'est impossible de les tuer d'ici, s'écria Legolas, dépité. La peau de ces créatures est trop résistante ! Il faudrait de la magie. Gandalf !

En entendant son cri, le magicien blanc leva la tête. Il était assailli par de nombreux orques, et ne semblait pas pouvoir faire quelque chose pour l'instant.

Elanor sentit une bourrasque lui soulever les cheveux, et vit l'ombre d'un Nazgul plonger à quelques mètres d'elle. Avant que Gandalf, ou qui que ce soit eu le temps de réagir, elle s'élança vers lui.

- Elanor, non !

Ignorant le cri de Legolas, elle bondit et parvint à attraper de justesse une lanière de la selle.

Le Nazgul redécolla dans les airs, avec Elanor. Son estomac se retourna alors qu'il piquait en flèche vers le ciel, et elle s'accrocha de toutes ses forces au harnais. Le Nazgul avait eu le temps d'attraper dans ses griffes trois hommes, et elle entendit leur cri étranglé juste avant qu'ils ne meurent.

Ne regarde pas en bas. Ne regarde pas en bas…

Le Nazgul finit par relâcher les hommes, et elle entendit leurs corps percuter le sol dans un bruit mat.

Elanor serra la garde de Niphredil dans une main, et resserra de l'autre la prise qu'elle avait sur la lanière en cuir de la selle du Nazgul. Les ailes de la bête battaient furieusement à quelques centimètres d'elle. Le Nazgul mit de longues secondes avant de s'apercevoir qu'un intrus s'était accroché à sa monture. Trouvant en elle une force insoupçonnée, Elanor se hissa derrière la selle juste derrière lui, et il se retourna enfin.

Surprit, le spectre poussa un râle menaçant, et tira son épée.

Sans attendre, elle enfonça alors Niphredil entre ses omoplates. Le Nazgul siffla, et la bête qui les portait fit une embardée. Le hurlement coléreux du Nazgul s'accentua, et il se mit à se débattre. N'ayant plus d'appui, Elanor passa un bras autour de sa gorge, et enfonça encore un peu plus son épée à travers le manteau noir. Le Nazgul brandit un bras en arrière et tenta de se saisir de son bras pour lui faire lâcher prise, mais il ne parvint qu'à attraper le vide.

Elanor sentit la terreur et le dégoût la traverser alors qu'elle touchait le Nazgul. Mais elle n'avait pas le choix, et c'était sa vie ou la sienne. Le corps du Nazgul se mit à luire faiblement d'une lumière blanche, puis il cessa de se débattre, et disparut. Le manteau noir et son armure retombèrent vers le sol de façon désordonnée, et Elanor eut tout juste le temps d'apercevoir un scintillement blanc s'évanouir dans l'air.

Soulagée de s'être débarrassé de son ennemi, Elanor ne savoura en revanche sa victoire que quelques secondes. La bête qui la portait se mit à ruer violemment, ne voulant visiblement pas la garder sur son dos. Elanor se hissa sur la selle à la place du Nazgul, et se saisit des rennes en cuir épais. Mais il n'y avait rien à faire, et elle n'arriva pas à maitriser la bête qui plongea vers le sol.

Lorsqu'elle heurta la terre ferme, Elanor fut violemment éjectée.

Elle poussa un cri, et retomba lourdement sur le ventre. La douleur traversa aussitôt son corps, et elle gémit, incapable de bouger. Le monstre du Nazgul en profita se relever et l'attaquer.

Elanor entendit son grognement, puis un sifflement aigue, et une flèche se planta dans la tête de la bête. Elle se redressa avec difficulté sur les coudes, et la vit reculer en poussant un hurlement de douleur, offrant à Elanor un moment de répit. Une trainée dorée fila alors à grande vitesse vers le monstre, et lui trancha la tête.

Elanor sentit des mains l'aider à se relever, et vit le visage de Legolas se pencher sur elle.

- Tu vas bien ? demanda-t-il.

- Oui.

Elle jeta un regard en direction de l'elfe qui venait d'achever la bête. Il se retourna vers elle, les yeux agrandis par la terreur.

- Tu es folle ?! s'exclama Glorfindel. Qu'est-ce qui t'as pris de monter sur ce monstre ?

Elanor grimaça, sentant le sang inonder sa bouche. Elle s'était mordue l'intérieur de la joue en tombant. Le sang bourdonnait encore dans ses oreilles, et elle affichait un triste spectacle. Le regard inquiet de Legolas ne fit que confirmer ses doutes.

- Il est mort.

- Oui, répondit Legolas. C'est ce que nous avons vu.

Il y avait dans ses yeux une lueur conflictuelle de peur et de franche admiration. Il la prit par le bras, et l'aida à se remettre sur ses jambes, alors que les orques commençaient à se regrouper autour d'eux.

- Viens, il ne faut pas rester là.

Glorfindel les rejoignit, mais un cri strident les coupa dans leur élan, et Elanor vit que d'autres Nazguls se dirigeaient droit sur eux.

- Ne restez pas là ! s'écria Glorfindel.

Ils l'avaient repérée.

Elanor réalisa qu'elle était leur cible, avant même qu'ils ne l'attaquent. La main de Legolas la relâcha au moment où un orque à la peau très pâle se jeta sur eux. Elanor n'eut d'autre choix que de se défendre, et elle oublia un instant les Nazguls pour se consacrer à l'adversaire qui lui faisait face.

Mais cela lui coûta cher.

- Elanor, attention ! s'écria Glorfindel.

Legolas fit volte-face en même temps qu'elle. Elanor eut tout juste le temps de voir le Nazgul qui plongeait sur elle, avant de se jeter par réflexe sur le sol. Une violente bourrasque la plaqua contre la terre boueuse imbibée de sang, et elle sentit les griffes acérés de la créature lui effleurer le dos. Un bruit de déchirure retentit, et lui indiqua que sa cape venait d'être lacérée, tout comme la plaque de son armure dorsale.

Une flèche de Legolas fusa sur la bête et la repoussa. Mais d'autres vinrent aussitôt à la charge, et Elanor comprit rapidement qu'elle ne pourrait leur échapper. Legolas tira une volée de flèches, mais cela ne fut pas suffisant. L'un d'entre eux survola Elanor, et elle n'eut pas la même seconde chance.

Les griffes du Nazgul l'attrapèrent, et elle fut soulevée dans les airs. Elanor poussa un cri de surprise et de douleur, sentant l'étau se resserrer autour d'elle, comme s'il allait lui briser ses os.

Le spectre de l'anneau s'envola sur une centaine de mètres, et la fit tomber dans les lignes ennemies.

Elanor fit une chute de plus de trois mètres, et s'écrasa au milieu des orques. Le choc de l'impact était si brutal, qu'elle perdit connaissance. Lorsqu'elle s'éveilla, elle ne voyait plus rien et ne sentit rien. Mais quelques secondes passèrent, et elle sentit soudain la douleur envahir son corps, comme si des des milliers d'échardes lui piquait l'intérieur de la peau.

Sa tête la faisait énormément souffrir. La vue et l'ouïe lui revinrent peu à peu, et elle entendit le caquètement familier des ricanements des orques autour d'elle. Cela l'alerta d'un danger imminent. Elanor sentit le coup dans ses côtes avant même de les voir.

- Undur Kurv !

Elle se recroquevilla en glapissant de douleur, alors que les orques qui s'étaient regroupés autour d'elle riaient grassement.

- Laissez-la-moi ! lança l'un d'entre eux.

- Non ! On va s'amuser un peu avec elle ! rétorqua un autre orque à moitié défiguré. Et puis on leur rendra ce qui reste !

Elanor écarquilla les yeux, ayant la sensation de revivre un cauchemar de son passé.

Les orques s'approchèrent, et plusieurs se mirent à la pincer méchamment. Elle hurla, de colère et d'impuissance, et repoussa les mains qui la harcelaient. Les orques s'écartèrent, mais pas à cause d'elle.

Elanor ne comprit pas tout de suite ce qu'il se passait. Elle sentit une chaleur à la base de son cou, et portant ses doigts au collier de Legolas, vit que celui-ci irradiait d'une lumière dorée vivace. La douleur dans ses jambes et son dos s'atténua peu à peu, et elle put lentement se redresser sur ses coudes pour regarder autour d'elle.

C'est alors qu'elle les vit.

Les Nazguls s'étaient posés à une dizaine de mètres. Peu rassurés, les orques s'étaient éloignés et regardaient à présent la scène de loin. Libérée de leur jouge, Elanor se força à se mettre sur ses pieds. Quatre Nazguls descendirent de leur oiseau ailé et tirèrent leur épée.

L'un d'eux se détacha du groupe. Il dégaina une petite dague à son ceinturon, une lame de Morgûl.

Elanor sentit un tremblement incontrôlable s'emparer de ses jambes. Le souvenir du roi sorcier essayant de la poignarder était encore profondément gravé dans son esprit, et elle eut l'impression de revivre la scène.

Khamûl s'avança vers elle, tandis que les autres Nazguls restèrent en arrière.

- Tu ne gagneras pas, femme. Tu es seule, lui dit-il.

Sa voix était beaucoup plus grave que celle du roi sorcier, mais la différence était presque imperceptible. Le mépris était audible dans ses paroles, et Elanor ramassa son épée, qui était tombée à côté d'elle lors de sa chute.

- Je n'ai pas peur de vous.

Khamûl s'immobilisa, et leva sa main gauche. Elanor vit un anneau de bronze briller à son majeur.

- Ne sous-estime pas le pouvoir de mon maître. Il y a des forces dont tu n'as pas connaissance. Des pouvoirs que tu ne possèdes pas…

Elanor brandit Niphredil face à elle, essayant de ne pas se sentir déstabilisée face au Nazgul.

- Ce pouvoir pourrait t'appartenir, reprit Khamûl. Il te suffit de l'accepter.

Sa voix persuasive lui souffla de prendre l'anneau. Elanor pouvait le sentir sous ses doigts à travers la poche de sa ceinture.

- Non.

Pourtant, le doute venait d'être semé dans son esprit. Elle lutta contre cette envie irrépressible, sachant que cette idée de ne venait pas d'elle, mais de Khamûl qui tentait de la manipuler.

Le Nazgul l'observa en silence mener son combat intérieur. Il ne disait rien, mais elle sentait son esprit exercer une pression sur le sien. Elanor repensa à l'avertissement de Gandalf qui lui avait fortement déconseillé de mettre l'anneau à son doigt. Elle ne pouvait pas mettre l'anneau !

Mais peut-être qu'elle n'était pas assez puissante pour mener à bien sa mission. Et si Melian s'était trompée ? Et si elle n'avait pas choisi la bonne personne ? Si elle échouait, que se passerait-il ?

Elle était faible. Elle n'était pas à la hauteur de la mission.

Elanor réalisa qu'elle avait perdue lorsqu'elle sentit le métal froid de l'anneau contre sa peau. Malgré toutes ses résolutions, ses doigts avaient glissés jusqu'à la poche de sa ceinture.

Elle baissa les yeux, et regarda hypnotisée l'anneau qui se trouvait dans la paume de sa main. Les contours du bijou étaient rondement polis, et l'argent étincelait magnifiquement… il était si joli, et si beau à voir.

Un tel objet ne pouvait pas être maléfique.

Un anneau comme celui-ci ne pouvait que magnifier une existence de mortel !

La pierre rouge sang chatoyait doucement dans une invitation. Elanor ne savait plus quoi penser. Des idées folles lui traversèrent l'esprit, dans lesquelles elle se vit rebâtir un royaume, et restaurer la lignée de ses ancêtres perdus. Elle pourrait aussi chasser les orques définitivement et ramener la paix en Terre du Milieu avec un tel pouvoir !

- Prends-le, lui ordonna Khamûl.

Elanor se sentit fléchir, et comme si quelqu'un d'autre avait pris possession de son corps, elle se vit glisser l'anneau à son doigt.


Lexique :

Undur Kurv ! : sale bonne femme.


J'espère que ça vous a plût! Le prochain chapitre arrivera un peu plus vite car j'ai presque terminée de l'écrire ! N'hésitez pas à me laisser une review! A la semaine prochaine ! ;)