Bonsoir à tous ! Je sais que je poste beaucoup plus tard que mon horaire habituel : j'ai eu une semaine extrêmement chargée et je dois avouer que terminer ce chapitre dans les temps a été le parcours du combattant, mais il est là, et j'espère qu'il vous plaira ! Bonne lecture ;)
Disclaimer: J'aimerais bien, mais rien ne m'appartient, tout est à Jo.
CHAPITRE V
La vie reprit bien vite son cours entre les murs de Poudlard, et la routine familière se réinstalla d'elle-même aussi rapidement qu'un clignement de paupière. Au réveil de son premier jour de cours, Drago trouva sans surprise deux sirènes l'observant à la vitre du dortoir. Quand Blaise et Théo ouvrirent les yeux à leur tour, le blond était debout, remuant les bras face aux deux êtres de l'eau avec animation.
- Qu'est-ce qu'elles disent ? demanda Théo avec un bâillement en se redressant sur son lit.
- Le calmar géant a été malade cet été, apparemment, ça a foutu un bordel pas possible, répondit Drago en se retournant. Et elles vous disent bonjour.
Blaise écarta le rideau du baldaquin et salua les sirènes d'un geste rapide, encore groggy de sommeil. La scène aurait certainement rendu perplexe n'importe quel élève étranger à Serpentard, mais dans la maison des vert et argent, il était considéré comme normal, voire indispensable, de parler la langue des signes avec les habitants du lac. D'après ce que Théo avait appris au long de sa scolarité, tout avait commencé quand un élève dont les parents étaient magicozoologistes était arrivé à Poudlard avec la capacité de parler la langue des êtres de l'eau. Quand il avait été réparti à Serpentard, il avait remarqué la curiosité dont les sirènes faisaient preuve à l'égard des élèves qui évoluaient dans leur salle commune, également percée de larges vitres donnant sur le lac, et par habitude, il avait tenté de leur parler, comme il le faisait depuis son enfance passée au bord des plus grands lacs d'Europe. Mais le son était arrêté par les épaisses vitres qui séparaient les élèves des êtres de l'eau, et il était impossible de communiquer de cette façon. Des élèves plus âgés, qui avaient observés cet étrange manège, avaient alors eu l'idée d'inventer un système de signes représentant chacun un mot ou une phrase, permettant ainsi de se faire comprendre par gestes, sans jamais utiliser de sons. Ils avaient longuement réfléchis aux signes à utiliser, s'aidant de parchemins qu'ils collaient aux vitres pour apprendre ce langage inédit aux sirènes, et au fil du temps, on avait commencé à maitriser les gestes de chaque côté de la vitre. Aujourd'hui, c'était devenu une langue à part entière, seulement connue des Serpentard et que chacun des nouveaux élèves apprenaient quelques mois après son entrée à l'école. Les sirènes conseillaient les Serpentard et leur racontaient tout ce qu'elles savaient sur Poudlard, tandis que les élèves les distrayaient à coup d'anecdotes sur leur vie à l'école. Le secret était jalousement gardé, et aucun autre élève ne s'était jamais douté de la raison pour laquelle les vert et argent avaient parus connaitre le but de la seconde tâche du tournoi des trois sorciers avant tout le reste de l'école.
- C'est pas tout ça, mais si on reste discuter, on va être en retard, fit remarquer Théo en s'agitant.
Plusieurs fois par le passé, ils avaient bien failli rater le premier cours de la journée, trop plongés dans une histoire passionnante racontées par les sirènes, mais à chaque fois, heureusement, ils avaient réussi par une efficacité redoutable à s'en sortir à l'heure. Leurs efforts pour être ponctuels s'expliquaient par le fait qu'il n'était pas envisageable que leurs parents viennent à entendre qu'ils se permettaient d'arriver en retard en cours, car ils pouvaient être sûrs que ça ne se passerait alors pas bien pour eux.
Avec un soupir de désespoir, Blaise roula sur sa droite et finit par poser un pied au sol au ralenti, montrant comme chaque matin que le simple fait de se lever constituait déjà pour lui un effort quasi-insurmontable. A côté du lit voisin, Théo était déjà debout, semblant comme d'habitude insensible à la fatigue, et cherchait son uniforme dans sa valise. Personne ne prit la peine de réveiller Crabbe et Goyle, qui ronflaient toujours dans leurs lits, et quand Blaise eut réussi à s'extirper de ses draps, ils sortirent à la file indienne pour rejoindre l'immense salle de bain des garçons.
Une demi-heure plus tard, les trois amis faisaient leur entrée dans la Grande Salle, et ils rejoignirent Pansy, déjà assise à la table des Serpentard en compagnie de Daphné et Milicent. Bon nombre d'élèves étaient déjà présents et les conversations allaient bon train, amplifiées par le haut plafond teinté d'un bleu doux, indiquant qu'au dehors, une belle journée s'annonçait. Blaise se laissa tomber lourdement à côté de Pansy, qui lui passa la cafetière sans un mot, sachant depuis longtemps qu'il était inutile de chercher à avoir la moindre conversation avec lui tant qu'il n'aurait pas sa dose de caféine dans le sang. Théo et Drago dirent bonjour à tout le monde et se joignirent à la conversation de leurs amies, qui débattaient de leurs futurs emplois du temps. Leurs spéculations ne durèrent pas longtemps, car bien vite, le professeur Rogue quitta sa table alors qu'ils étaient encore au milieu de leur petit-déjeuner, un énorme rouleau de parchemin à la main, et se dirigea vers eux.
- Bonjour à tous, lâcha-t-il quand il parvint à leur hauteur.
Les conversations cessèrent immédiatement, et son salut fut accueilli par un « Bonjour, professeur Rogue » prononcé en chœur. Comme dans les autres maisons, une politesse irréprochable envers Severus Rogue était de mise, mais si, pour le reste de l'école, c'était la conséquence de la peur que leur inspirait l'enseignant, chez bon nombre de Serpentard, c'était avant tout la marque d'un profond respect.
- Félicitations pour votre nouveau poste, ajouta Pansy alors que le responsable des vert et argent parcourait son parchemin à la recherche de leurs noms.
- Merci, Miss Parkinson. Commençons par vous. Aucun problème pour les potions, la défense contre les forces du mal et l'étude des runes, vos « Optimal » vous qualifie aisément dans ses matières. Pour ce qui est de la métamorphose et des sortilèges, le professeur McGonagall et le professeur Flitwick acceptent les élèves ayant obtenu un « Effort exceptionnel », pas de problèmes de ce côté-là non plus, énonça-t-il en comparant la liste des options de la brune avec les résultats de ses B.U.S.E. Juste une question, pourquoi arrêter l'astronomie ? Le professeur Sinistra serait ravie de vous voir revenir avec un Optimal.
- Je préfère me concentrer sur mes autres options, professeur, je sais combien le programme des A.S.P.I.C risque d'être chargé.
- Très bien, voici votre emploi du temps. Où sont Miss Davis et Miss Shafiq ?
- Elles ne devraient plus tarder, professeur, répondit Milicent, en espérant que ses deux amies ne contrediraient pas ses dires.
Tracey avait toujours un mal fou à se lever le matin, et son retard n'était une surprise pour personne. Aliyah, elle, avait une tendance certaine à la désorganisation, et avait donc la fâcheuse habitude de perdre ses affaires, qui était en permanence éparpillées dans le dortoir, ce qui lui compliquait considérablement la tâche pour ce qui était d'être ponctuelle.
Le professeur Rogue passa aux autres élèves, et Drago fut autorisé sans problèmes à poursuivre l'étude des sortilèges, de la défense contre les forces du mal, des potions, de la métamorphose et de la botanique. L'emploi du temps de Blaise ne posa pas plus de difficultés, mais il apprit avec agacement que la seule de ses camarades qui, comme lui, continuerait à suivre l'étude de l'Astronomie jusqu'aux A.S.P.I.C n'était autre que cette sainte-nitouche de Daphné, ce qui voulait donc dire qu'il devait d'ores et déjà se préparer à passer ses cours sous les étoiles seul. Alors qu'Aliyah entrait dans la salle, Théodore fut félicité pour ses excellents résultats qui faisaient la fierté des Serpentard, et finit d'avaler son chocolat chaud, en voyant qu'un cours d'étude des runes l'attendait vingt minutes plus tard.
- Prête ?, demanda-t-il à Pansy, qui était aussi dans ce cours, quand sa tasse fut vide.
La jeune fille, occupée à enfiler sa cape tout en se tortillant sur sa chaise, le regard tourné vers les portes de la Grande Salle, répondit d'un ton exaspéré :
- Moi oui, mais Tracey n'est une fois de plus pas foutue d'être à l'heure, et elle est aussi censée suivre l'étude des runes.
- On n'a qu'à aller la chercher ?, proposa Théo en regardant sa montre. On devrait avoir tout juste le temps.
Son amie approuva l'idée et attrapa son sac alors que le professeur Rogue donnait son emploi du temps à Milicent. D'un mouvement de la main, elle salua le reste de la bande, qui, n'ayant pas cours, était restée à la table avec paresse, et elle suivit Théo hors de la Grande salle d'un pas rapide. Ils descendaient l'escalier qui menait à leur salle commune quand un tourbillon de longs cheveux châtains pénétra leur champ de vision, allant de pair avec une longue robe de sorcier aux couleurs de Serpentard qui voletait dans le courant d'air provoqué par l'empressement de sa propriétaire. Tracey, qui remontait deux à deux les marches de l'escalier tout en essayant de nouer sa cravate d'une main et en tirant sur son pull de l'autre, manqua de heurter ses amis de plein fouet, ce qui aurait pu faire rire Pansy et Théo si le temps n'avait pas joué contre eux.
- Enfin !, s'exclama la brune, coupant sa camarade qui ouvrait la bouche. Dépêche-toi, Rogue est en train de distribuer les emplois du temps et on a cours de runes dans un quart d'heure !
Aussitôt que l'information fut lancée, l'intéressée, qui avait ralentie sa folle course, repartit de plus belle, en leur lançant un « Partez sans moi, je vous rejoins là-bas ! » empressé. Quelques instants plus tard, les élèves présents dans la Grande Salle purent observer une Tracey Davis échevelée pénétrer dans la pièce, toujours aussi jolie malgré ses joues rosies par l'effort et la panique et le fait qu'elle ait seulement à moitié terminé de s'habiller. Sous les rires de ses amis, elle se précipita vers le professeur Rogue, qui l'accueillit d'un « C'est la dernière fois que vous faites ainsi honte à votre maison, Miss Davis. Vous mériteriez que j'enlève des points à Serpentard dès le premier jour pour votre absence totale de ponctualité et votre tenue plus qu'indécente » prononcé d'un ton aussi froid que l'expression de son visage. N'importe qui aurait été mortifié, mais la jeune fille, habituée à être l'objet des regards et sachant pertinemment que le professeur Rogue ne mettrait pas sa menace à exécution, se contenta de lui adresser un sourire contrit et de renouer sa cravate, à la vue d'une cinquantaine d'élèves captivés par l'incident. L'enseignant lui tendit son emploi du temps d'un air sévère, et Tracey fit volte-face pour rejoindre Théo et Pansy, non sans avoir oublié d'envoyer un baiser ainsi qu'un clin d'œil malicieux à ses amis toujours assis à table.
- Tracey m'étonnera toujours, s'amusa Milicent. Elle réussit toujours à avoir l'air cool et confiant, même dans les pires situations.
- Hum, sauf la fois où elle a vomit dans les toilettes après la soirée d'Halloween en 4ème année, rappela Blaise en riant.
- Alors ça, c'est le cracmol qui se fout du moldu, marmonna Daphné, agacée.
- Une remarque à faire, la nonne ?, contre-attaqua l'adolescent avec hargne.
- Bon, si on retournait à la salle commune !, s'exclama Aliyah en se levant, bien décidée à empêcher le conflit de dégénérer.
- Je te suis, renchérit Milicent en l'imitant.
Un énième combat de regards méprisants eut lieu entre Blaise et Daphné, avant que le groupe d'adolescents ne quitte la Grande Salle d'un même pas chaloupé et souverain.
Plusieurs heures plus tard, l'ensemble des Serpentard de 6ème année était de retour à leur table, après une première journée de cours déjà bien remplie pour certains, tandis que d'autres en avaient passé la majeure partie affalés sur leurs fauteuils favoris de la Salle commune.
- Qu'est ce qui m'a pris de choisir de continuer l'étude des runes ?, se lamenta Pansy en jouant avec les pommes de terre éparpillées dans son assiette. On a déjà une dissertation de 40 centimètres à écrire pour mercredi, plus une tonne de choses à lire.
- Et tu as vu tout ce qu'on a à faire en défense contre les forces du mal ? Je sais pas comment je vais faire pour écrire 60 centimètres de parchemin d'ici jeudi, renchérit Milicent, l'air désespéré.
Les soupirs et autres plaintes quant à leurs emplois du temps déjà très chargés allait bon train, et seulement trois personnes ne participaient pas à la conversation : Théodore, qui préférait passer du temps à planifier mentalement la façon dont il allait s'y prendre pour réussir à mener de front tous ses cours, Daphné, qui, de façon générale, participait peu aux conversations quand tout le monde s'en mêlait, et Drago, qui ruminait dans un coin le fait d'avoir perdu un inestimable flacon de Felix Felicis durant le cours de potions de l'après-midi, et qui plus est, aux mains de Potter.
Au début, il avait accordé peu d'attention au cours de Slughorn, préférant ricaner avec Théo au sujet du professeur, qui avait demandé à Granger si elle était de la famille d'un grand potionniste. « Granger, une Sang-pur… Ça se voit qu'il débarque » avait-il murmuré avec sarcasme à l'oreille de son ami, alors que le professeur accordait 20 points à la Gryffondor, l'air ravi. Là, la bonne humeur du blond s'était envolée, balayée par le souvenir cuisant des paroles de Blaise la veille « Je ne crois pas que Slughorn s'intéresse aux Mangemorts ». Ainsi, cette sainte-nitouche de Granger, qui n'avait pas la moindre goutte de sang-pur dans les veines, obtenait les faveurs de l'enseignant pour quelques réponses stupides, alors que lui était ignoré parce que son père était en prison. Comme si les erreurs de Lucius ne lui étaient déjà pas assez préjudiciables. Son égo en prenait un coup, et les choses étaient allées de mal en pis quand Saint Potter avait remporté le flacon de Felix Felicis que Drago s'était démené pour gagner pendant deux heures. Deux longues heures à respirer les vapeurs intoxicantes des chaudrons, à manquer de se couper un doigt en tranchant des racines de valériane, et à s'arracher les cheveux devant la couleur bleu nuit de sa potion, quand celle-ci aurait dû être violette, pour finalement voir cet abruti de Gryffondor s'en aller avec le flacon de chance liquide dont il avait tant besoin.
Cette potion aurait pu régler tous ses problèmes, lui permettre d'accomplir sa mission en un rien de temps et d'en finir avec cette angoisse sourde qui grandissait dans ses entrailles. Il avait beau essayer de ne pas s'inquiéter, de ne pas y penser, depuis plusieurs semaines, sa mission se rappelait à lui à chaque instant, et chaque mention de Dumbledore faisait s'hérisser les poils de sa nuque. Il haïssait à quel point cette tâche influait sur ses émotions, sur lesquelles il était pourtant connu pour avoir un contrôle sans faille, le rendant tantôt confiant et sûr de lui, persuadé de réussir sa mission et d'impressionner le Seigneur des Ténèbres, tantôt écrasé par la violente et terrifiante conviction qu'il était en train de vivre les derniers mois d'une vie qu'il jugeait bien trop courte. Il ne supportait pas cette montagne russe d'émotions qui lui faisait perdre la tête et le contrôle de lui-même, et ce soir-là, après cette acre défaite contre Potter et le destin, il alla se coucher en compagnie de pensées noires et moroses.
Le lendemain, la tentation fut grande pour les Serpentard de céder à l'appel douceâtre de la grasse matinée que le fait d'avoir arrêté de suivre le cours de Soin aux créatures magiques leur permettait, et seuls Théo, Pansy, Daphné et Drago eurent la force de se lever pour avancer les nombreux devoirs qui leur avaient déjà été donnés. Dans le silence paisible de la salle commune presque vide, silence seulement troublé par le bruit d'un feu ronflant dans la cheminée, les quatre adolescents s'échangeaient des notes d'arithmancie et de défense contre les forces du mal à l'ombre de leurs fauteuils préférés. Ceux-ci, non pas placés au coin du feu comme on aurait pu le croire, mais près d'une fenêtre qui donnait sur un champ de corail scintillant au fond du lac, étaient également à proximité d'une énorme bibliothèque de bois sombre où trônaient de nombreux ouvrages rares et précieux offerts par d'anciens élèves. Tous les Serpentard savaient que les larges fauteuils rembourrés de velours émeraude qui occupaient cet endroit étaient ceux des 6ème années, comme l'ensemble des emplacements de la salle commune étaient chacun la propriété d'un groupe d'élèves. Par exemple, les 7ème années avaient la main mise sur la table surplombée par l'imposant buste de Salazar Serpentard, tandis qu'on autorisait les 1ère année à profiter des fauteuils placés à proximité de la cheminée.
- Théo, comment tu as fait ce calcul ? demanda Daphné, troublant le calme du lieu de sa voix basse en faisant glisser vers lui son parchemin d'Arithmancie, cours qu'ils étaient tous deux les seuls à suivre.
Tandis que l'adolescent lui montrait son propre devoir pour lui expliquer son raisonnement, Pansy et Drago se levèrent pour s'entrainer à jeter des sortilèges informulés comme ils avaient commencé à le faire pendant le cours du professeur Rogue. Théo avait déjà réussi pendant la leçon, et Drago savait qu'il aurait pu en être capable également, si seulement son cerveau n'avait pas été parasité par les maussades pensées que lui inspirait sa mission. Il avait prévu, dès le lendemain, de se rendre à la bibliothèque pour tenter de localiser l'armoire à disparaitre cassée qui était forcément quelque part dans l'école. S'il avait pu, il aurait commencé ses recherches le jour-même, car il avait le sentiment que seul le fait d'être actif dans cette quête pourrait éloigner l'inquiétude qui le tiraillait, mais son emploi du temps du mardi était si chargé qu'il n'avait d'autre choix que d'attendre le lendemain.
Quand lui et Théodore sortirent d'un épuisant cours de botanique le soir-même, couvert de terre et de sève des fleurs géantes qui pendaient du plafond de la serre numéro 2, ils étaient tous les deux perclus de fatigue et n'avaient qu'une envie, aller se coucher. D'autres élèves dans leur situation auraient fait un détour par les cuisines au lieu d'affronter la Grande salle bruyante et remplie de monde, mais pour les Serpentard, c'était une option inenvisageable : la perspective de croiser un de leurs vieux elfes de maison maltraités des années durant par leurs familles suffisait à les dissuader d'essayer. Sans que personne ne sache pourquoi, Tracey était la seule qui osait y aller et ne revenait pas mortifiée et les mains vides, et elle était donc la désignée d'office pour s'occuper du ravitaillement des fêtes des vert et argent. C'était justement le sujet de la fête de rentrée qui occupait leurs amis quand Drago et Théo pénétrèrent à contrecœur dans la Grande salle et rejoignirent leurs places.
- Ah, Théo, ça tombe bien que tu sois là !, l'apostropha Pansy dès que le jeune homme se fut assis à côté d'Aliyah, qui sembla aux anges. Il faut que tu répares la radio d'Adrian, tu te souviens ?
- Oui, je m'en souviens, répondit son ami en étouffant un bâillement, mais ne compte pas sur moi pour faire ça ce soir, l'appel de mon lit est irrésistible.
Il savait pourtant que dès qu'il s'y serait allongé, l'envie de dormir le quitterait et que ses insomnies reviendraient, mais il était de toute façon bien trop fatigué pour se concentrer sur cette histoire de radio.
- Tant que c'est fait pour samedi, tu fais ce que tu veux, l'informa la brune avec indifférence. Drago, on disait justement que toi et Blaise vous occuperez de l'alcool.
Le blond se contenta d'hocher la tête, sachant pertinemment que la réplique de Pansy relevait bien plus de l'affirmation que de l'interrogation.
- Ça a été, la botanique ?, demanda Aliyah à Théo en aparté, tandis que Pansy continuait à parler avec autorité.
Celui-ci resta un instant interdit, d'une part car il était surpris de la sollicitude dont sa camarade faisait preuve à son égard alors qu'ils n'avaient jamais été vraiment proches, et d'autre part, parce que l'état déplorable de sa robe de sorcier donnait selon lui une assez bonne idée de la façon dont le cours s'était déroulé.
- Pas mal, éluda le jeune homme avec un haussement d'épaules avant de se reconcentrer sur son assiette.
Ce n'était pas qu'Aliyah n'était pas gentille, amusante ou aimable. En réalité, elle était appréciée par bon nombre d'élèves, son humour sarcastique et son tempérament allègre lui attirant facilement la sympathie, mais Théo n'éprouvait pas le besoin de se faire de nouveaux amis. Cela lui allait parfaitement d'avoir des relations superficielles avec ses camarades, car cela les dissuadait de chercher à trop en savoir sur lui. Il savait pertinemment que quand on devenait proche de quelqu'un, venait forcément un moment où il fallait commencer à se dévoiler, et c'était ce moment que le jeune homme voulait à tout prix éviter d'atteindre. La sorcière sembla chercher comment continuer la conversation, mais la posture fatiguée et fermée de son camarade la dissuada, et elle se détourna pour discuter avec Milicent.
La semaine continua ainsi à s'étirer en longueur, et chaque jour qui passait montrait aux 6ème années que le programme des A.S.P.I.C était bel et bien d'un tout autre niveau que ce qu'ils avaient connu jusque-là. Quand un soleil pâle se leva sur le château au matin du vendredi, tout le monde en était rendu à se trainer en se lamentant de la tonne de travail qu'ils avaient à faire et se raccrochait à la caféine pour rester éveillé. Même Drago, qui détestait le goût du café encore plus que celui du jus de betterave, s'y était mis.
Certes, si Pansy avait consenti à reporter la soirée de rentrée, ils auraient sans doute eu un rythme un peu moins soutenu, mais il en était hors de question : la brune demoiselle avait une réputation à tenir, et si elle aurait préféré rater des repas ou ne dormir que 5 heures par nuit plutôt que de subir l'humiliation que constituerait l'annulation de cette soirée. A la veille de cet évènement, elle avala deux tasses de café, puis se leva, revigorée, pour se diriger vers la salle de métamorphose en compagnie de Tracey et Daphné, tandis que les garçons, Milicent et Aliyah trainaient derrière. Non pas qu'elle était particulièrement pressée de voir le professeur McGonagall, mais le regard énamouré que Crabbe lui avait lancé par-dessus son bol de porridge avait constitué une raison suffisante pour prendre la fuite en vitesse.
Les trois sorcières marchaient dans le couloir du 3ème étage au milieu d'une foule d'élèves se rendant également en classe, ignorant les regards haineux, scrutateurs ou libidineux qui suivaient leurs courbes enveloppées dans leurs uniformes. Celui de Daphné était parfaitement repassé et attaché, sans qu'une couture ne dépasse ou qu'un bouton soit de travers, correspondant parfaitement à l'image intouchable et supérieure que tous les élèves avaient d'elle. Pansy, elle, portait sa cravate légèrement desserrée, ce qui lui donnait un air mollement négligé, en totale contradiction avec ses cheveux noir corbeau qui épousaient parfaitement la forme de son visage, sans qu'un seul ne dépasse. Tracey, enfin, avait remonté sa jupe de quelques centimètres, juste assez pour dévoiler une moitié de cuisse bronzée, et ses longs cheveux bouclés virevoltaient autour d'elle quand elle marchait, suivant le balancement de ses hanches. Toutes les trois avaient presque atteint la salle de métamorphose, quand une exclamation retentit non loin d'elles.
- Hé, mais regardez-moi ça, la salope de Serpentard est de retour parmi nous !
Eddie Carmichael, un Serdaigle de 7ème année au visage carré et à la coupe en brosse, était adossé à un mur et venait d'éclater d'un rire gras, immédiatement suivit par sa bande d'amis. Tracey se figea, sachant pertinemment que c'était elle que l'insulte désignait. Daphné était si secrète, pure et irréprochable que jamais personne n'aurait eu l'idée de la traiter de salope, et aucun élève n'était assez stupide pour adresser ce genre d'injures à Pansy, qui, de toute façon, n'était pas particulièrement connue pour ses aventures amoureuses. Alors que Tracey elle, avec son visage mutin et ses longues jambes dénudés, ses multiples histoires éphémères et son sourire malicieux, avait tout de la cible idéale de ce genre de quolibets. Elle savait bien que beaucoup d'élèves pensaient qu'elle n'avait aucun respect d'elle-même, qu'elle était dépravée et cherchait en permanence l'attention, mais jusqu'ici, personne n'avait jamais osé l'humilier ainsi, dans un couloir bondé, devant tout le monde. Une sensation glaciale de honte, sentiment qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps, se répandit dans ses veines alors que Carmichael et ses amis continuaient de rire, visiblement très amusés de la situation. Pansy et Daphné s'étaient également arrêtées, et au bout de quelques instants de léthargie, la brune sembla sortir de son ébahissement et se tourna vers le groupe de Serdaigle, le visage fermé et impassible.
- Tu peux répéter ?, lâcha-t-elle d'un ton égal au 7ème année quand elle fut à son niveau.
- J'ai dit que la salope de Serpentard était de retour parmi nous. Allez, on sait tous que c'est la vérité, répondit celui-ci avec un sourire stupide, sans se démonter.
Imperceptiblement, la brune plongea la main droite dans la poche de sa robe de sorcière, alors qu'un sourire carnassier fleurissait sur ses lèvres.
- On n'est pas tous des petits frustrés comme toi, Carmichael, ne prends pas ton cas pour une généralité, voyons, dit Pansy avec une moue faussement déçue. Ce n'est pas parce que tu n'es pas foutu de mettre une fille dans ton lit que tu dois passer ton insatisfaction sexuelle sur tout le monde.
Le Serdaigle semblait paralysé, observant l'adolescente dont le large sourire se faisant de plus en plus effrayant à chaque mot de sa diatribe.
- Au lieu d'insulter Tracey parce que ça te fait chier de savoir que tu ne pourras jamais ne serait-ce qu'espérer toucher une fille aussi canon qu'elle, continua-t-elle, tu ferais mieux de régler tes petits problèmes d'éjaculation précoce.
Elle avait prononcé cette dernière phrase assez fortement pour qu'une bonne partie du couloir puisse l'entendre, et les élèves observaient la scène avec un air médusé, personne n'osant intervenir.
- Oh, et tu ferais bien d'essayer d'arrêter d'être un gros connard, aussi. Au cas où on ne te l'aurait pas dit, ça ne plait pas aux filles, termina-t-elle, un voile révélateur de la colère qui l'animait intérieurement s'étirant sur son visage. Espèce d'ordure.
Sur ces mots qu'elle avait crachés avec tant de mépris que n'importe qui se serait recroquevillé de honte, elle sortit en un éclair sa baguette de sa poche, et un sort violet s'en échappa pour aller frapper Carmichael de plein fouet. Elle fit volte-face alors qu'un large sourire satisfait s'empressait de venir occuper la moitié de son visage, tandis que derrière elle, le Serdaigle se mettait à cracher d'énormes limaces. Un vieux classique, qui fonctionnait décidément à tous les coups, et lancé comme un sortilège informulé, qui plus est. Le professeur Rogue serait certainement ravi de savoir à quel point elle avait été attentive à ses cours, pensa la jeune fille avec amusement, sachant pertinemment que son directeur de Maison l'accueillerait plus probablement avec une notification de retenue que des félicitations. Mais ça en valait la peine, elle ne pouvait décemment pas laisser cette immondice de Carmichael s'en tirer comme ça.
- Eh bien, ne restez pas plantées là !, lâcha-t-elle à Daphné et Tracey, qui étaient toujours figées et stupéfaites. Un cours de métamorphose nous attend, je vous rappelle.
Elle empoigna un bras de chacune de ses amies, et toutes les trois s'en allèrent, bras dessus bras dessous, Pansy savourant avec contentement les bruits répugnants de vomissement que Carmichael produisait derrière elle, tandis qu'à sa droite, une douce sensation nouvelle et inconnue se répandait dans le corps de Tracey : pour la première fois, quelqu'un l'avait défendue.
Le soir-même, tout le monde ne parlait plus que de l'humiliation en règle que Pansy Parkinson avait fait subir à Eddie Carmichael car il avait insulté Tracey Davis devant elle. A la table des Serpentard, la brune savourait avec une intense satisfaction les regards impressionnés ou effrayés qu'on lui lançait, et elle ne rechigna pas une seule fois à raconter à nouveau l'épisode à présent célèbre. Daphné elle-même avait félicité son amie (quoi qu'en émettant une réserve sur la nécessité de l'usage du sortilège de Crache-limaces) car elle aussi aurait voulu avoir le courage de prendre la défense de sa camarade. Même si elle avait du mal à comprendre l'intérêt que Tracey trouvait à avoir autant d'histoires passagères, elle n'acceptait pas qu'on traite son amie ainsi, et elle était heureuse que Pansy ait remis Carmichael à sa place. Aliyah et Milicent regrettaient amèrement d'avoir trainé et de n'avoir ainsi pas pu assister à la scène, sentiment que partageait Drago, qui était néanmoins ravi que cette histoire le distrait du désespoir que lui causait le fait de n'avoir, en une semaine, pas trouvé la moindre piste quant à la possible localisation de l'armoire à disparaitre, ni la plus petite idée sur la façon dont il allait mener sa mission à bien. Blaise se plaignait haut et fort d'avoir raté l'altercation, et même Théo avouait qu'il aurait apprécié de voir lui-même le discours de son amie, car s'il trouvait parfois qu'elle allait trop loin, cette fois-ci, il ne pouvait qu'estimer que Carmichael l'avait mérité. Crabbe s'empressa de féliciter Pansy, et lui proposa même de lui servir de garde du corps, au cas où le Serdaigle chercherait à se venger, proposition qu'elle accueillit avec une moue écœurée.
Quand tout le monde reprit le chemin de la Salle commune, la conversation s'orienta de nouveau sur la fête du lendemain, et dès qu'il eut mis un pied dans la pièce, Théo sortit sa baguette et tapota sur trois briques du mur ouest, qui s'écartèrent pour laisser visible une petite cavité dans laquelle le jeune homme récupéra la radio qu'il avait presque fini de réparer. Pansy se laissa tomber sur son fauteuil préféré tandis que Daphné s'enroulait dans une couverture épaisse trouvée sur le sofa, et les préparatifs reprirent avec ferveur. Ils ne terminèrent que tard dans la soirée, et quand tout le monde alla se coucher après avoir réglé les réveils à 10h, chacun se préparait à vivre une des légendaires soirées pour lesquelles les Serpentard étaient connus.
Voilà, j'espère que ce chapitre vous a plu et j'ai hâte d'avoir vos avis ! Je pense que vous aurez tous deviné sur quoi portera majoritairement le chapitre 6, et je dois dire que j'ai déjà hâte de m'y atteler. Je serais très heureuse de connaître vos impressions sur ce chapitre, et même sur l'ensemble de l'histoire, puisqu'avec cinq chapitres (et un prologue), vous devez déjà avoir un avis sur ma façon de mener mon histoire et peut-être aussi des idées sur l'endroit où je veux vous emmener. Comme d'habitude, n'hésitez pas également à me dire si vous aimez ou détestez les personnages, si votre avis a changé par rapport au chapitre 4, tout ça. Qui est votre Serpentard préféré, et qui est celui qui vous ressemble le plus ? Bref, ça me ferait vraiment très plaisir d'avoir votre opinion, sachez que je fais très attention à tout ce que vous me dites et que j'en tiens compte, alors s'il y a des choses que vous voudriez voir dans cette histoire, n'hésitez pas à m'en faire part !
Je vous embrasse, et à dans deux semaines.
