Bonjour à tous ! Voilà comme promis le nouveau chapitre ! Merci à ceux qui m'ont laissé des reviews : Neneko50, Laurinda76, Lereniel, Melior Silverdjane, BakaSaru6 et Luna dans les Etoiles ! J'espère que vous aimerez cette suite ! (je l'ai revu et corrigé d'une traite. A l'heure où j'écris cette note, il est 04h18 du matin lol) Ce chapitre est un de mes préférés, inutile de vous dire qu'il va d'y passer beaucoup de choses ! )


Mello12 : Salut ! Whouah, merci pour ta review ! Je suis très contente que ce dernier chapitre t'ai plût, comme tout le reste d'ailleurs. Pour ta question concernant Legolas, je trouvais l'idée qu'il dorme les yeux fermées plus poétique. Je n'ai lu nulle part (hormis dans les fanfictions) que les elfes dormaient les yeux ouverts. Ça me parait un peu étrange que Tolkien ait eu cette idée (mais peut-être que je me trompe^^). J'avais à l'esprit que Legolas ferme les yeux durant la nuit, après qu'Elanor se soit endormie, puis qu'il tombe dans le sommeil lui aussi sans s'en rendre compte (ce qui explique sa position lorsqu'il se réveille). Ou on peut aussi imaginer qu'il ne dormait pas du tout… c'est difficile de savoir avec les elfes. ) J'espère que tu apprécieras ce chapitre ! Bisous !


Chapitre 22 : Une lumiere dans les ténèbres

L'aile de l'immense oiseau le frôla, et Legolas fut obligé de se plaquer brusquement sur le sol pour l'éviter. Un cri strident retentit à quelques mètres de lui, et il sentit son sang se glacer d'effroi en le reconnaissant.

Legolas leva la tête, et vit avec horreur le Nazgul emporter Elanor. Les spectres de l'anneau poussèrent des sifflements stridents, et abandonnèrent les deux elfes pour le suivre.

Sans perdre une seconde, Legolas bondit sur ses pieds, et décocha vigoureusement une flèche en direction du Nazgul.

La flèche fila droit sur le spectre, et le traversa.

Impuissant, Legolas baissa les bras et les regarda s'envoler au loin, les yeux écarquillés de stupeur et de peur.

- Legolas !

Glorfindel courut dans sa direction. Echevelé, il avait la même expression d'effarement sur le visage. Legolas se mit soudain en éveil.

- Nous devons les suivre ! s'exclama-t-il.

N'attendant pas la réponse de Glorfindel, il s'élança dans la mêlée et courut vers les Nazguls. Il ne sut si l'elfe l'avait suivi.

Legolas tua froidement les orques qui se trouvaient en travers de son chemin, déterminé à se frayer un chemin qui pourrait le rapprocher d'Elanor. Les serviteurs de l'anneau avaient repris de l'altitude, et survolaient à présent les lignes ennemies qui appartenaient au Mordor. Ils étaient loin devant, ayant parcouru une centaine de mètres en quelques secondes, et semblaient hors de portée.

Mais Legolas ne voulait pas abandonner. Avec une assurance décuplée, et une précision mortelle, il se fraya un passage parmi les combattants, regardant de temps à autre où les Nazguls se trouvaient.

Lorsqu'il eut tué un orque, il fut gagné par la panique lorsqu'il releva la tête, et se rendit compte qu'ils avaient disparus. Pétrifié, il s'immobilisa au milieu du champ de bataille.

- Legolas !

La voix de Gimli le tira de sa paralysie, et il se tourna vers le nain qui était à quelques mètres de lui.

- Qu'est-ce que vous faites ? Allons, ne restez pas planté là ! Vous allez vous faire couper la tête !

Legolas para juste à temps l'épée d'un Uruk-Hai particulièrement grand. A l'aide de son arc, il le désarma, et lui enfonça une flèche dans le cœur.

- Ils l'ont prise Gimli! s'écria-t-il.

Le nain acheva de tuer un orque avec sa hache, et lui lança un regard confus.

- Quoi ?

- Les Nazguls ! Ils ont pris Elanor ! répéta Legolas.

Son cri ressemblait presque à un hurlement. Gimli ouvrit la bouche, mais avant qu'il ne put dire quelque chose un orque se jeta sur lui et l'en empêcha. Il esquiva le coup d'épée qui lui frôla la tête, et planta sa hache dans le ventre du monstre avec colère.

- Vous plaisantez ?! s'exclama t-il.

Aragorn qui se trouvait non loin, s'était retourné en entendant ce qu'avait dit Legolas. Son visage affichait une expression de surprise mêlée d'inquiétude.

- Où sont-ils ? demanda-t-il.

- Je ne sais pas, répondit Legolas. J'ai perdu leur trace ! Ils ont dû se poser derrière leur ligne !

Il pointa du doigt l'endroit où les Nazguls se trouvaient quelques secondes plus tôt, et Aragorn regarda dans cette direction. Son expression changea, et il parut résigné.

- C'est trop loin de notre position. Nous ne pouvons l'aider-

Legolas regarda Aragorn avec des yeux agrandis de terreur et de colère, et le coupa.

- On ne peut l'abandonner ! rétorqua-t-il.

Aragorn ne répondit pas. Songeur, il paraissait partagé par des émotions contradictoires.

- Nous sommes encerclé ! Nous perdons la bataille Legolas ! s'exclama-t-il, en essayant de raisonner son ami.

- Il y a toujours un moyen d'y arriver ! répliqua Legolas. Nous pouvons au moins essayer !

- Nous ne pourrons pas avancer aussi loin dans leurs lignes ! s'écria Aragorn. Elanor devra se débrouiller seule !

Il avait raison, et pourtant Legolas ne pouvait l'accepter.

Elanor avait peut-être passée un pacte avec Mandos dans le but de détruire les Nazguls, cependant, elle n'était qu'une jeune fille face à des ennemis plus nombreux, et plus puissants qu'elle. A cet instant, elle était peut-être en train d'être torturée, ou pire d'être tuée…

Legolas ne pouvait supporter cette idée de ne rien faire !

Il avait cru qu'il se tiendrait à ses côtés pour la protéger lorsque viendrait l'heure. Mais le sort semblait avoir été tout autre.

- Je suis d'accord avec l'elfe ! s'exclama Gimli soudainement. Aragorn, nous pouvons essayer de créer une brèche dans leur défense. Si nous serrons les rangs, nous devrions pouvoir nous frayer un chemin plus en avant.

Le cœur de Legolas se gonfla de reconnaissance envers le nain. Aragorn parut hésiter pendant quelques secondes, circonspect par rapport à la stratégie proposée par le nain.

- Elle a besoin de nous, ajouta Legolas.

Aragorn le regarda et finit par acquiescer.

- Très bien. Nous allons essayer. Après tout, ça ne coûte rien, et je crains que nous n'ayons plus grand-chose à perdre.

Il se stoppa un moment pour contrer l'attaque d'un orque, et le tua d'un coup d'épée dans la gorge.

- Que tout le monde s'avance vers la Porte Noire ! s'ecria t-il d'une voix forte en direction des soldats. Restez groupés ! Elladan, Elrohir, afrado nin !

Les fils d'Elrond qui se trouvaient à quelques mètres firent volte-face, déconcertés par l'ordre d'Aragorn. Mais ils obéirent immédiatement à son injonction, et ordonnèrent aux autres soldats de les suivre.

Aragorn se jeta tête baissée dans la bataille, suivit de très près par Legolas et Gimli. Les combats se firent encore plus violents et désordonnées, et le cercle de leur armée se referma rapidement, si bien que Legolas aperçu de nombreux visages familiers réapparaître.

La cape blanche de Gandalf jaillit dans un coin de son œil, et il vit la chevelure blonde de Glorfindel virevolter à sa gauche. Merry et Pippin se trouvaient à sa droite, non loin d'Eomer qui était en train d'affronter un énorme Uruk-Hai à la peau luisante.

Legolas songea à Elanor, et essaya de ne pas penser à ce qui était en train de lui arriver. Les minutes passèrent à une vitesse folle, et il ne compta pas le nombre d'orques qu'il tua. Leur offensive semblait fonctionner, car les orques reculaient peu à peu.

Leur nombre se réduisait lentement, au fur et à mesure qu'ils avançaient. Mais Legolas avait encore l'espoir fou que tout n'était pas encore perdu.


Elanor sentit le monde autour d'elle basculer.

Et ce fut le chaos.

Le champ de bataille disparut, et sa vision tourbillonna dans un ballet chaotique d'ombres noires et blanches. Elle cria et mit les mains sur les oreilles pour se protéger des murmures assourdissants qui résonnèrent dans l'air.

L'anneau au doigt s'était resserré à son doigt, l'emprisonnant dans ce monde totalement étranger.

Elanor vit alors que quatre êtres lumineux, qui irradiaient d'une lueur bleu pâle inquiétante, se trouvaient devant elle.

C'étaient les Nazguls, avec une apparence humaine. Leurs visages étaient émaciés et très vieux. Deux trous béants avaient remplacés leurs yeux, et ils portaient chacun une couronne qui leur donnait en plus de leur grande taille, une apparence intimidante. Khamûl n'avait pas bougé, et il avait un visage particulièrement dur et froid. Ses traits étaient légèrement différents des autres, et il était l'un des rares à ne pas avoir une barbe longue, mais un bouc.

Il tendit la main dans sa direction, son anneau irradiant d'une lumière dorée dans le brouillard.

- Tu ne peux lutter.

La voix qui lui parla n'était pas celle du Nazgul. Elanor reconnut tout de suite le timbre cruel de Sauron.

Sans qu'elle ne puisse résister, ses pieds décollèrent du sol et l'anneau la transporta devant la Tour de Barad-Dur, et le grand-œil enflammé.

- Il est inutile de résister, ricana Sauron. Je te vois. Tu es à moi.

- Vous vous trompez ! Jamais je ne vous servirais ! répondit Elanor.

- Pourquoi est-ce que tu as mis l'anneau alors ?

Il se mit à rire, et Elanor frissonna de la tête aux pieds.

- Tu crois que Mandos à un pouvoir immense, se moqua Sauron. Il te fait peur ! Mais tu ne sais rien de mes pouvoirs… j'ai réussis à défier la mort. Je suis plus puissant que lui.

- Non. Je ne vous crois pas.

Elanor voulut ajouter qu'elle ne le rejoindrait pas, mais elle ne le put, trop tétanisée par la peur.

Sauron n'avait jamais semblé aussi proche d'elle, ni aussi menaçant.

- Je peux t'offrir l'immortalité…

La voix suave et tentatrice de Sauron perturba Elanor, qui resta silencieuse.

- Acceptes de me rejoindre, et je changerais ta destinée !

- Vous mentez.

Le grondement contrarié de Sauron se traduisit par une pression plus envahissante dans son esprit. Elanor sentit ses jambes s'agiter de tremblements incontrôlables.

- Je t'offre le droit de demeurer en Terre du Milieu, reprit Sauron. Pourquoi résistes-tu ?

La réponse était claire dans l'esprit d'Elanor, mais elle ne parvint pas à la formuler. Elle sentait que l'anneau la faisait progressivement glisser vers les ténèbres.

- Je… je…

Ses pensées n'étaient à présent plus aussi cohérentes.

Elle avait du mal à ne pas à se laisser séduire par les paroles de Sauron.

Est-ce que l'anneau ne lui offrirait pas tout ce dont elle rêvait ? Ne pourrait-elle pas devenir une légende ?

Elanor pouvait sentir le pouvoir de l'anneau insuffler en elle une énergie démesurée. Elle percevait également les autres anneaux des Nazguls… et l'unique, qui l'appelait désespérément à le retrouver. Il n'était pas loin. Elle le sentait. Et le maître le cherchait encore.

Elanor savait qu'elle pourrait faire plier n'importe qui à sa volonté si elle acceptait l'anneau du roi d'Angmar. Il était le plus puissant de tous parmi les neufs. Si elle embrassait ce pouvoir, elle deviendrait leur chef. Khamûl serait sous ses ordres, et il ne serait plus une menace…

Elle pourrait sauver tous ses amis. Leur offrir une meilleure vie. Une plus longue existence, de vastes territoires et des richesses… Legolas pourrait rester à ses côtés pour toujours ! Elle n'aurait plus à se soucier de son avenir, et le pacte de Mandos ne serrait qu'un lointain souvenir !

Elle vivrait !

Et pourrait rester en Terre du Milieu…

- Sers-moi. Tues Elessar…

Aragorn ?

Le tuer ?

- C'est le seul moyen pour y arriver. Il se dresse en travers de notre chemin. Tues Elessar, répéta Sauron avec une voix plus insistante.

Elanor voulut répondre par la négative, mais elle n'y parvint pas. Est-ce que Aragorn l'empêcherait de devenir immortelle ? Elle se sentit soudain vide. Elle ne savait quoi penser, tiraillée par la volonté de l'anneau et de Sauron.

- Je…

Dangereusement prête à accepter cette idée, Elanor se tut.

« L'héritier d'Isildur doit monter sur le trône du Gondor. »

Cette voix dans sa tête, et ces intonations chaleureuses et maternelles ne pouvaient appartenir qu'à une seule personne. Melian.

« Elanor, tu dois protéger Aragorn. »

Surprise de l'entendre aussi clairement dans son esprit, Elanor sortit de l'hypnose dans laquelle elle se trouvait. Oubliant un moment Sauron, et sa proposition malhonnête, elle se demanda comment cela était possible.

« Elanor, n'oublies pas la promesse que tu m'as faite à Valinor. Aragorn est celui qui changera le cours de l'histoire de la Terre du Milieu. Sauron ment. N'oublies pas qui est l'ennemi. »

Ce que venait de lui dire Melian produisit soudainement un déclic.

Elanor fut horrifiée par les pensées qui l'avaient traversé quelques secondes plus tôt.

Elle ne pouvait pas tuer Aragorn ! Il était son ami ! Un compagnon de route, et une personne qu'elle tenait à cœur !

Malgré tout ce que Sauron lui promettait… elle ne pourrait jamais commettre un tel acte !

L'anneau… cet anneau de malheur la manipulait !

Peu importe si elle mourrait aujourd'hui, ou demain, Sauron ne gagnerait pas cette guerre en la corrompant ! Elle ne pouvait l'accepter ! Elle n'avait pas pactisée avec Mandos pour s'allier avec le pire ennemi de la Terre du Milieu !

Même si elle devait accepter la mort… et bien, alors elle l'entrainerait avec elle dans sa chute.

Elanor vit Khamûl réapparaître dans son champ de vision, la lame de Morgul dans la main gauche. Sauron semblait s'être rendu compte du retournement de situation, et avait appelé son serviteur à la poignarder.

Ne réfléchissant pas, Elanor brandit sa main devant elle.

- N'approches pas, serviteur de Morgoth !

A son cri, le Nazgul s'immobilisa, retenu en arrière par une force invisible.

- Tes paroles ne me feront jamais basculer dans les ténèbres, Mairon, fils déchu d'Aulë ! reprit Elanor. Je suis une envoyée des Valar, le bras armé de Mandos, et je ne céderais pas face à ton chantage !

La colère de Sauron fit trembler le sol et l'air. Mairon était un prénom ancien et oublié, mais c'était son vrai nom, celui qu'il portait bien avant qu'il ne devienne un traître aux yeux des Valar. Avant qu'il ne s'allie à Morgoth.

Elanor ne bougea pas d'un millimètre, comme possédée par une puissance extérieure. Elle pouvait sentir la magie parcourir ses veines et faire bouillonner son sang, alors que les paroles qu'elle prononçait n'étaient pas les siennes.

Ses mots, qui semblaient tout droit être sortis de la bouche de Melian, rendirent Sauron fou de rage car il reconnut à qui ils appartenaient.

- Alors, tu mourras magicienne !

Elanor eut l'impression de prendre une gifle en plein visage. Sauron l'attaqua violemment, et elle sentit une forte pression s'exercer sur son corps, lui faisant ployer les genoux et lui courbant le dos. Suffocant et haletant, Elanor ne trouva pas le moyen de répliquer, et arracha l'anneau de son doigt immédiatement.

Elle réapparut dans le monde des vivants, à son plus grand soulagement.

Mais elle eut à peine le temps de souffler. Khamûl l'attaqua aussitôt, et Elanor eut tout juste le temps de rouler à terre pour esquiver de peu la pointe de sa dague.

Elle attrapa son épée Niphredil, et se releva.

Le Nazgul se jeta une nouvelle fois sur elle, avec la lame de Morgul. Elanor pivota sur le côté, et abattit son épée sur la lame pâle et froide. Au contact de la lame elfique, la petite dague se désintégra en poussière grise.

Furieux, Khamûl poussa un sifflement, et frappa Elanor au visage qui l'envoya valsé à terre.

Sonnée, elle se redressa quelques secondes plus tard, la lèvre en sang, songeant déjà à esquiver une nouvelle attaque.

Mais lorsqu'elle regarda devant elle, elle vit que le Nazgul avait disparu.

Confuse, elle se releva rapidement, et regarda tout autour d'elle, se demandant ce qu'était cette nouvelle ruse. Les autres Nazguls aussi s'étaient volatilisés. Quatre de leurs rapaces géants étaient encore là, mais trois autres avaient disparus. Elle leva la tête, et vit qu'ils volaient nerveusement autour au-dessus de sa tête.

Elle réalisa alors qu'elle avait toujours l'anneau d'Angmar serrée dans son poing, et préféra le glisser dans la poche de sa ceinture.

- Montrez-vous !

Un silence chargé de tension lui répondit.

Elanor laissa son regard dériver sur le sol, et vit que de nombreux corps d'orques et d'hommes sans vie s'y trouvaient. Des elfes également pouvaient se compter parmi les morts. Elle eut un petit pincement au cœur...et elle sentit un souffle derrière sa nuque.

Elanor se pétrifia.

N'avait-elle pas déjà eut cette sensation ?

Elle avait l'affreuse impression de déjà-vu…

Le Palantir, se souvint-elle.

En l'espace d'une demi-seconde, Elanor se rappela très clairement de la vision que lui avait montrée le Palantir à Edoras.

Elle fit volte-face, et se retrouva face à face avec Khamûl.

Elle n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Sans lui laisser l'occasion de réagir, le Nazgul l'empoigna par la gorge brutalement, et la souleva de terre.

Elanor laissa échapper Niphredil de sa main droite. L'épée tomba sur le sol dans un tintement métallique.

- Je t'avais prévenu, susurra Khamûl. Personne ne peut s'opposer à mon maître. Maintenant, je vais prendre plaisir à te tuer, magicienne de pacotille.

Ses doigts se resserrèrent autour de la gorge d'Elanor, et elle battit des pieds pour se libérer, mais n'y arriva pas. Les larmes lui montèrent aux yeux. Après quelques secondes passées à suffoquer, elle commença à ressentir une sensation de panique.

Dans une tentative désespérée de lui faire lâcher prise, elle agrippa les gantelets de Khamûl et les serra de toutes ses forces.

A l'instant où ses mains touchèrent les siennes, une énergie puissante se déversa hors d'elle. Khamûl siffla, et la relâcha immédiatement. Mais il était trop tard.

Les flammes invoquées par la magie d'Elanor se répandirent sur ses gantelets de fer, les faisant fondre aussi facilement que de la cire de bougie. Le Nazgul recula, et hurla de colère, essayant de se débarrasser des flammes qui le consumèrent petit à petit.

Le feu gagna bientôt ses bras, et tout le reste de son manteau noir.

Elanor retomba sur le dos, et observa la scène, sidérée par ce qu'elle venait de faire. Khamûl finit par pousser un dernier râle, et s'effondra dans un tas de cendres, ou se mêlait métal tordu et lambeaux de tissus.

Paralysée, Elanor mit un bon moment avant de réaliser que son ennemi était détruit. L'anneau de pouvoir qu'il portait était tombé à côté du Nazgul, intacte.

Des cris stridents la sortirent de ses pensées, et elle prit soudain conscience qu'elle devait se relever en voyant les trois autres Nazguls lui foncer dessus. Elanor bondit et se jeta sur son épée.

Elle eut à peine le temps de se mettre en position de défense que le premier Nazgul était sur elle. Il tenta de lui planter son épée dans le ventre. Elanor fit un pas de côté, et la lame de l'ennemi entailla son bras.

La douleur vivace qui lui brûla la peau la fit sursauter. Ayant un sursaut d'adrénaline, elle zébra le dos du spectre d'un coup d'épée dans un mouvement hargneux. Une lumière blanche s'échappa de la blessure du Nazgul, et il tomba à genoux.

Elanor sentit alors un coup de vent derrière elle, et vit qu'un autre Nazgul fonçait à son tour sur elle.

Elle jeta un coup d'œil à droite, et vit qu'un deuxième était également sur le point de la prendre à revers. Deux contre un.

Elle ne ferait pas le poids.

Surtout que le troisième Nazgul commençait à se relever, et qu'il se retournait vers elle, très contrarié.

Ils ne lui laissèrent pas le temps de tergiverser. Elanor para la première attaque du Nazgul avec aisance, mais la deuxième fut plus laborieuse. Se souvenant d'un mouvement que lui avait apprit Glorindel, elle fit un pas de côté, et para le coup de son adversaire en faisant une feinte. Elle avait le seul avantage d'être agile et petite. Son épée parvint à trouver l'épaule d'un des spectres, et elle trancha net son bras.

Le Nazgul siffla, et s'effondra, disparaissant dans une gerbe de lumière blanche.

Elanor fut aussitôt attaquée par un autre des serviteurs de Sauron. Elle para son attaque, et esquiva de peu sa longue épée qui manqua de lui couper la jugulaire.

Elle entendit alors un bruit de combat derrière elle, et prit le risque de tourner la tête. Surprise, elle vit que Gandalf l'avait rejointe et se battait contre un des Nazguls. Ses gestes étaient saccadés, mais précis et rapides. Aidé de son épée et de son bâton, il tenait le serviteur de l'anneau à distance respectable.

Elanor tourna à nouveau la tête vers le Nazgul qui lui faisait face. Son moment d'inattention aurait pu lui coûter cher, si elle n'avait pas eu le réflexe de se baisser pour éviter la massue du Nazgul. Déséquilibré, elle chancela et il en profita pour lui donner un coup au visage qui la fit tomber.

- Ouch !

Elanor tomba sur les fesses, la tête en arrière. Du sang rouge carmin jaillit de son nez cassé, et retomba sur ses mains et son menton.

Un ombre se dressa au-dessus elle. Elle leva les yeux, et eut tout juste le temps de voir le Nazgul prêt à l'achever. Pendant une seconde, elle crut bien qu'elle allait y rester.

Un sifflement métallique, presque mélodieux, retentit. Et elle vit la pointe d'une épée d'argent ressortir des entrailles du Nazgul, et aperçut la silhouette de Glorfindel tourner et trancher d'un coup agile et puissant le gantelet du spectre.

Celui-ci poussa un dernier cri, et s'évanouit dans le néant.

Glorfindel se tourna vers elle.

- Ça va ?

Elanor acquiesça. L'elfe lui tendit la main, et l'aida à ses relever. La première pensée qui lui traversa l'esprit, fut de se demander où était Legolas. Son attention fut attirée ailleurs, lorsqu'elle vit que Gandalf était toujours aux prises avec le dernier Nazgul.

Le magicien ne mit toutefois que peu de temps avant d'avoir le dessus. Son bâton s'illumina d'une lumière blanche qui aveugla le Nazgul, puis il abattit Glamdring sur lui. Sa lame elfique ne rencontra aucune résistance, hormis le métal froid de l'armure du spectre. Le manteau noir se déchira, et la main de fer qui portait un anneau de pouvoir tomba à ses pieds.

Gandalf se redressa ensuite, et acheva le Nazgul en lui enfonçant l'épée dans le thorax.

Elanor sentit qu'on lui prenait doucement la main. Elle leva les yeux vers Glorfindel, et ne comprit pas son geste, jusqu'à ce qu'elle le voit en train d'examiner une blessure qu'elle avait à un doigt. L'anneau qu'elle avait portée pendant seulement quelques minutes lui avait laissé une sévère brûlure.

Glorfindel effleura la blessure, et Elanor glapit de douleur.

- Pardonnes-moi, s'excusa-t-il.

Elle retira vivement sa main, et la ramena près de sa poitrine, le cœur battant. Glorfindel lui adressa un regard sombre.

- Cette blessure mettra du temps à guérir, lui annonça-t-il. Tu as eu de la chance.

- Vous avez mis l'anneau ?!

Gandalf avait trottiné jusqu'à eux, et regardait Elanor les yeux écarquillés.

- Oui, répondit-elle.

Soudain, elle se sentit un peu honteuse.

- Alors vous avez eu beaucoup de chance, en effet, s'exclama Gandalf.

Il observa quelques secondes sa main, et la dévisagea.

- Que s'est-il passé ? Vous avez vu Sauron n'est-ce pas ?

- Oui. Il m'a forcé à le mettre.

Elanor baissa les yeux, rongée par la culpabilité. Elle sentit une main se poser sur son épaule, et vit que c'était Glorfindel.

- Il m'a demandé de tuer Aragorn. J'ai refusé.

Gandalf hocha la tête avec un air satisfait.

- Tu t'es très bien débrouillée, déclara Glorfindel. Il est très difficile de résister à un anneau de pouvoir. Ne t'en veux pas pour ça.

Elanor acquiesça.

- Il y en a encore d'autres, ce n'est pas fini, déclara-t-elle.

Elle leva les yeux vers les trois autres Nazguls qui survolaient le champ de bataille.

- Oui ! s'exclama Gandalf. La bataille n'est pas terminée !

Il resserra sa prise sur son épée et son bâton, et s'apprêta à repartir au combat. Mais Elanor l'arrêta, venant tout juste de se souvenir de quelque chose.

- Il ne l'a pas trouvé ! Sauron cherche encore l'anneau unique, déclara-t-elle. Gandalf, je l'ai senti. Il n'a pas trouvé Frodon !

Cette annonce sembla apporter une nouvelle lueur d'espoir et de joie dans les yeux du magicien, et un sourire apparut sur ses lèvres.

- Bien, bien… c'est-

Un cri aigu dans le ciel le coupa, et ça ne ressemblait en rien à celui d'un Nazgul.

Elanor leva la tête, et en crut à peine ses yeux lorsqu'elle vit une douzaine oiseaux géants surgirent des nuages.

- Les aigles !

Elanor entendit le sursaut de plaisir de Pippin, et ne put s'empêcher de ressentir la même excitation que le hobbit.

C'était les aigles de Bilbo ! Les mêmes qui avaient secourus la compagnie de Thorin lors de la reconquête d'Erebor !

Ils étaient venus les aider !

Les aigles piquèrent aussitôt sur les Nazguls.

Un appel de la Tour Sombre de Barad-Dur rappela immédiatement les spectres de l'anneau, et ils tentèrent alors de s'enfuir vers le Mordor.

Mais les aigles ne leur en laissèrent pas le temps, et la chasse tourna au massacre. Elanor vit l'un des plus gros aigles, probablement le chef, tordre le cou à l'une des montures du Nazgul. Puis avec son bec, il déchiqueta le manteau noir et l'armure en métal, et le laissa retomber sur le sol comme une vulgaire poupée de chiffon.

Elanor observa la scène, ébahit. Elle vit un petit objet brillant tomber du Nazgul, et mit quelques longues secondes à comprendre ce que les aigles de Manwë étaient en train de faire.

Ils étaient en train de l'aider !

Gandalf avait lui aussi noté leur manège.

- On dirait que Manwë a décidé de vous aider, dit-il.

Elanor se mit à sourire, soulagée, et ayant l'impression qu'un énorme poids lui avait été enlevé des épaules. Les deux autres aigles réservèrent le même sort aux derniers Nazguls, et elle les regarda fascinée, oubliant qu'elle se trouvait sur le champ de bataille entourée d'orques. Ce fut Glorfindel qui lui rappela le danger :

- Elanor !

Elle entendit sa voix au même moment où elle sentit une main poisseuse se poser sur son épaule.

Les orques les assaillaient de nouveau.

Elanor fit volte-face, et découvrit un orque pâle devant elle, qui arborait un sourire mesquin sur le visage. Une lueur malsaine et lubrique étincelait dans ses yeux jaunes. Elanor sentit sa bouche se tordre de dégout.

Il fit un geste pour lui planter son épée racornie dans le ventre, et par pur réflexe, Elanor lui décrocha un coup de poing en pleine tête.

- Kurv onreinn !

Il grogna et se tint le visage, puis se jeta de nouveau sur elle, furieux.

Elanor dressa son épée au moment où il l'atteignait. L'orque écarquilla les yeux bêtement, puis baissa les yeux sur son abdomen, et vit que la lame venait de le transpercer.

Il tomba sur le sol, mort. Elanor jeta un regard vers Gandalf et Glorfindel, et vit qu'ils étaient de nouveau aux prises avec des ennemis. Leur nombre avait grandement diminué. L'armée du Mordor s'était resserrée autour d'eux, et elle comprit qu'ils ne tiendraient plus très longtemps. La fatigue commençait à tomber sur les hommes. Elanor elle-même ressentait de violentes courbatures dans les bras et les jambes, sans parler des multiples contusions qui la faisaient souffrir atrocement.

Les Nazguls étaient peut-être défaits, mais cela ne signifiait pas une victoire. Tant que l'anneau unique n'était pas détruit, les serviteurs reviendraient sous leur forme la plus vile. Et il y avait des chances pour qu'ils récupèrent leur anneau, si tant est que Frodon échouait…

Elanor s'enfonçait dans les lignes alliées et ennemis, se défendant corps et âmes contre ses assaillants. Glorfindel et Gandalf avaient disparus, avalés par le bain des combattants.

Un grognement bestial attira soudainement son attention, et Elanor tourna la tête vers un troll énorme, qui se trouvait à une dizaine de mètres.

- ARAGORN !

En entendant le hurlement de Legolas, Elanor se mit à paniquer. Poussant des coudes et donnant des coups d'épée, elle courut dans la direction de la bête. Elle ne mit pas plus de quelques secondes à rejoindre le troll. Il était hideux et grisâtre, et mesurait au moins plus de trois mètres.

Elanor vit avec horreur qu'Aragorn gisait sur le sol. Legolas se trouvait de l'autre côté, coincé derrière tout un tas d'orques.

Il était trop loin.

Le troll tira une énorme épée, et s'avança vers Aragorn. Elanor réagit au quart de tour, et sans réfléchir, se jeta en avant.

Elle entendit Legolas crier juste avant qu'elle ne recouvre le corps d'Aragorn. Son regard croisa le sien, et il parut un instant stupéfait de la voir apparaître.

Le troll abattit sa lourde épée, et Elanor ferma les yeux. Mais le métal tranchant se fracassa violemment contre une barrière invisible, et l'épée explosa en mille morceaux.

Repoussé en arrière, le troll regarda stupidement ce qui restait de son arme, se demandant probablement comment cela avait pu se produire.

Elanor ouvrit les yeux, et voyant qu'elle était toujours en un seul morceau, poussa un soupir soulagé. Les mains plantées fermement dans le torse d'Aragorn, elle leva les yeux pour le regarder et vit son expression ébahit.

- Qu'est-ce que… ?

Aragorn ferma la bouche, et se tourna vers le Mordor. Un bruit assourdissant retentit soudainement du sommet de la tour de Barad-dur. Effrayé, le troll qui les avait attaqués laissa tomber la garde de son épée, et prit la fuite.

Elanor se redressa, le regard rivé vers le grand œil enflammé. Aragorn la repoussa gentiment, et se releva tout en regardant dans la même direction qu'elle. La Tour de Barad-Dur se fissura, et tangua, puis dégringola à folle allure vers le sol, entrainant Sauron dans sa chute.

Il poussa un cri déchirant. La flamme de son œil gonfla, se déforma, puis il implosa dans une grande déflagration, qui pulvérisa les restes de la tour.

Une onde de choc traversa le Mordor, et vint même les percuter. Elanor en eut le souffle coupé, et lorsqu'il eut disparut, elle ne put s'empêcher de hurler de joie.

Frodon avait réussi !

L'anneau était détruit ! Sauron était vaincu !

Ses doigts glissèrent inconsciemment vers l'anneau qui était rangé dans la poche de sa ceinture. Fini ! C'était fini !

Le soleil perça à travers les nuages, et la terre du Mordor s'affaissa sous les pieds des orques, engloutissant l'armée et la Porte Noire. L'éboulement souleva des bourraques de poussières, et Elanor se protégea les yeux avec son bras pendant quelques secondes.

Puis, la montagne du destin explosa.

Le rire d'Elanor s'éteignit dans sa gorge.

Des gerbes de laves furent projetées sur les flancs du volcan, et un pan entier de la montagne se détacha. Tous perdirent le sourire à la pensée de Frodon et Sam, qui se trouvaient en ce moment-même encore dans la montagne.

Personne ne peut survivre à ça.

Pippin tomba à genoux et se mit à pleurer à chaude larmes.

Elanor battit des paupières, réalisant à peine ce qui venait de se passer. Non. Cela ne pouvait pas finir ainsi. Frodon et Sam ne pouvaient pas mourir si près du but.

Elle regarda autour d'elle, dans une veine tentative de trouver une solution, mais il n'y en avait pas. Gandalf et Legolas se trouvaient derrière elle, regardant la montagne avec la même expression horrifiée.

- Gandalf !

Le magicien blanc tourna ses yeux pleins de larmes vers elle.

- Faites quelque chose !

Un aigle descendit soudainement des nuages, et se posa à côté du Maia. Ses yeux grands yeux jaunes vifs et intelligents se posèrent un instant sur Elanor, puis fixèrent le magicien. Gandalf regarda l'aigle de lingues secondes, puis sans avertissement il sauta sur son dos et s'envola.

Le roi des aigles déploya ses grandes ailes, et ils filèrent vers la montagne du destin.

Elanor vit d'autres aigles se joindre à eux, et les suivit des yeux, la boule au ventre.

Il devait les sauver. Frodon et Sam devaient vivre.

Après tout ce qu'ils avaient fait. Ils méritaient de vivre.

Le regard d'Elanor tomba sur le précipice où se trouvaient encore quelques minutes plus tôt la Porte Noire

Le bord du gouffre était balayé par des vents violents qui agitaient la poussière dans tous les sens. Elanor sentit une présence à ses côtés, et vit que Legolas l'avait rejointe.

Il glissa silencieusement sa main dans la sienne et la serra.

Elanor lui sourit, et s'autorisa à s'appuyer légèrement sur lui. Legolas passa un bras autour de son épaule.

Alors qu'elle fixait l'endroit où se trouvait la montagne du destin, quelque chose se trouvant sur sa gauche attira soudainement son attention. Elanor crut soudain avoir une hallucination.

La silhouette d'un homme vêtu de noir se dessina à travers la tempête de sable, au bord du précipice.

Elanor se pétrifia. Elle l'avait déjà vu. Dans un rêve… mais que faisait-il là ?

Elle cligna les yeux, croyant que son imagination et la fatigue lui avait joué des tours. Mais non, la silhouette était toujours là.

- Qu'y a-t-il ?

Elanor tourna la tête vers Legolas, et y lut l'interrogation.

- Je…

Elle regarda encore une fois vers l'inconnu, et fut prise de court lorsqu'elle vit qu'il avait disparu.

- Rien.

Legolas regarda dans la direction qu'elle était en train d'observer, perplexe.

Le grondement de l'éruption de la montagne du destin faisait trembler la terre sous leurs pieds. Les aigles avaient à présent prit la forme de petites taches sombres dans le ciel. Mais ils n'avaient pas encore atteint le volcan…

Elanor commençait à se sentir faible, et eut alors très envie de fermer les yeux pour s'endormir contre Legolas. Elle était exténuée.

Et elle ne se sentait pas très bien. Les sons étaient distordus, et la lumière envahissait progressivement sa vision. Etait-ce le soleil qui était de retour ? Non, elle avait froid…

Elle se rendit alors compte qu'elle sentait à peine la main de Legolas dans la sienne. Elanor papillonna des yeux. Réalisant qu'elle perdait connaissance, elle tenta de toutes ses forces de lutter contre ce qui l'attendait.

Je dois rester éveillée !

Mais son corps lui, en voulait autrement. Sa main se retira de celle de Legolas, et sa vision se troubla. Alors qu'elle ne voyait presque plus rien, elle vit encore une fois la silhouette vêtue de noir apparaître devant ses yeux, et elle sût.

Il était venu pour la chercher.

Elanor voulut dire quelque chose à Legolas, mais elle en fut incapable. Elle se sentit basculer en arrière, et un voile noir lui tomba devant les yeux.


La mort n'était pas si douloureuse.

C'était même très reposant.

L'obscurité. Le silence. La paix…

Qui voudrait donc y renoncer ?

Elle ne sentait plus rien. Plus de douleur dans les jambes, ni dans le dos. Sa peau avait été réparée de tous les maux.

Mais il n'y avait pas un rayon de soleil sur sa peau qu'elle put sentir… ni un souffle de vent. Et pas un seul grain de terre sous ses doigts, ni la caresse de la feuille verte d'un arbre.

Le sol contre sa joue était incroyablement dur et froid.

Lorsqu'Elanor s'éveilla, elle comprit tout de suite qu'elle n'était plus devant la Porte Noire. Ses yeux s'accommodèrent immédiatement à l'obscurité de la pièce, et elle vit qu'elle était allongée à même le sol, seule.

Les murs qui l'entouraient étaient abrupts, taillé dans le roc, et le marbre blanc sous ses pieds n'était pas sans lui rappeler quelque chose…

Son cœur s'emballa violemment lorsqu'elle réalisa où elle se trouvait.

Elle était retournée dans les cavernes de Mandos.

Elanor leva lentement la tête, et comme elle s'y attendait, vit le Vala face à elle, assis sur son trône. Il était toujours terrifiant, songea-t-elle. Son visage était impossible à décrire, cachée dans l'ombre de son manteau.

- Relèves-toi, fille des hommes.

Sa voix d'outre-tombe lui coupa la respiration. Elanor se releva vacillante, et découvrit que contrairement à la dernière fois, elle n'était pas enchainée.

Mandos leva une main pâle.

- Tu es parvenue à accomplir ma requête. Félicitation.

Elanor eut l'impression qu'il désignait quelque chose derrière elle.

Elle se retourna, et eut un brusque mouvement de recul en voyant que neuf hommes étaient à genoux derrière elle, pieds et poings liés par des chaines.

La plupart avaient la tête baissée, ou regardaient dans le vide. C'étaient des hommes pour la plupart âgés, leurs visages étaient émaciés et certains avaient une longue barbe et des cheveux blancs. Ils étaient habillés noblement, même si leurs vêtements semblaient dater d'une autre époque, et dégageaient tous un certain charisme qui pouvaient s'avérer assez intimidant.

L'un d'entre eux plus particulièrement se détachait du groupe par ses trais exotiques. Son visage était plus jeune, et il avait des cheveux très noirs et un teint un peu plus foncé. Elanor le dévisagea quelques secondes, avant que son regard ne soit attiré par un des autres hommes.

C'était le seul qui osait regarder Mandos en face, avec un rictus arrogant sur les lèvres. Son visage était sévère, et il avait une longue barbe taillée et des cheveux blancs. Son expression était fière et excessivement narcissique…

Lorsqu'il tourna la tête pour lui lancer un regard mauvais, Elanor n'eut qu'un mot à l'esprit… Angmar.

Elle comprit soudain qu'ils étaient les Nazguls, et eut du mal à le croire.

Ils ressemblaient peu à l'image qu'elle se faisait d'eux. Sous leurs manteaux noirs, ils donnaient la sensation d'une apparence uniforme. Et ils étaient loin de ressembler aux apparitions spectracles qu'elle avait découverte en enfilant l'anneau. Khamûl était très différent. Ses traits physiques demeuraient inchangés, mais il n'y avait plus cette atmosphère sinistre et effrayante autour de lui.

Elanor réalisa soudain qu'ils n'étaient que des hommes, et que leur force et leur pouvoir s'en était allés en même temps que l'anneau unique. Les Nazguls n'étaient désormais plus qu'un souvenir.

- Je te remercie de me les avoir ramenés, s'exclama Mandos. J'attendais ce moment depuis longtemps.

La satisfaction transparut dans la voix du Vala, et il reposa ses mains sur ses accoudoirs. Elanor ne put s'empêcher de repenser aux paroles de Sauron, lorsqu'il lui avait dit avoir déjoué les pouvoirs de Mandos.

Comme s'il avait lu dans ses pensées, le Vala reprit la parole :

- Sauron a été bannit. Un jour viendra où il payera le prix de sa trahison. Mais ce n'est pas le moment, ni à moi qu'il en revient de décider.

- Que va-t-il leur arriver ? demanda Elanor, curieusement en se tournant vers les Nazguls.

- Ils vont devoir répondre de leurs actes, tel que cela aurait dû être il y a des milliers d'années. Sauron les a profondément corrompus, aucun d'eux ne sortira tant qu'il n'aura pas purifié le peu qu'il reste de leur âme.

Le Vala les regarda les uns après les autres, sévère.

- Il faudra pour cela être très convaincant.

Un rictus nauséabond apparut sur le visage du roi sorcier d'Angmar.

- Je ne réponds pas à tes ordres, cracha-t-il.

- Et à qui réponds-tu ? demanda calmement Mandos.

- A ceux de mon maître ! rétorqua Angmar.

- Et qui est ton maître ?

- Sauron !

Mandos se leva, et pour la première fois, il quitta son trône pour en descendre les marches. Elanor le regarda avec appréhension, et se mit à trembler violemment lorsqu'il s'arrêta face à elle.

Elle leva la tête pour le regarder, car le Vala était en vérité très grand. Bien plus grand qu'un homme, ou un elfe. Mais il n'était pas menaçant, même si elle le trouvait très intimidant.

- Donnes-le moi.

Mandos tendit la main dans sa direction.

Elanor sut aussitôt ce qu'il désirait, et glissa sa main dans sa poche, et en sortit l'anneau de pouvoir.

Le Vala étira de longs doigts pâles, et le prit.

Bien en vue du roi sorcier, il referma la main sur son anneau et l'écrasa. Elanor entendit un craquement, et lorsque Mandos rouvrit la main, il n'y avait plus rien.

- Voilà ce qui reste du pouvoir de ton maître, s'exclama-t-il. Et ainsi en sera-t-il à la fin du monde.

Mandos se débarrassa de la fine poussière d'argent dans un geste vif, et le Nazgul la regarda tomber avec une expression atterrée.

- Tu as oublié qui tu étais, Herumor. Jusqu'à ton propre nom. Il est temps à présent de te souvenir, et de te rappeler qui tu étais...

Lorsque Mandos prononça son véritable nom, le roi d'Angmar perdit toute sa superbe et devint blafard.

- Il est temps d'accepter votre défaite.

Une onde de contrariété et de frustration parcourut l'ensemble du groupe, mais aucun n'osa regarder Mandos en face. Angmar, ou plutôt Herumor, faisait désormais profil bas et ne cessait de fixer l'endroit où se trouvait les restes de son anneau de pouvoir.

- Votre châtiment aurait pu être beaucoup plus funeste, si cette jeune fille ne vous avait pas sauvée, déclara Mandos. Remerciez-la pour ce service qu'elle vous a rendu. Car c'est le néant que vous auriez trouvé, si Sauron vous avait entrainé avec lui dans sa destruction.

Elanor sentit leurs regards tomber sur elle, et s'appuya sur un pied, mal à l'aise. Certains étaient indéchiffrables, mais beaucoup étaient coléreux et rancuniers. Khamûl lui adressa un regard si noir qu'elle frissonna et détourna la tête.

Mandos remonta les marches menant à son trône, et s'y rassit.

- Sauron a causé beaucoup de dégâts. Mais la Terre du Milieu est maintenant sauve, et un autre âge commence à partir de ce jour. Des jours meilleurs, où la race des hommes prospérera, et où les elfes rejoindront définitivement les rivages blancs.

Il posa ses longs doigts blancs sur les accoudoirs, et sembla oublier la présence des neufs hommes pour se concentrer sur Elanor.

- Il est temps pour moi de décider de ce que je vais faire de toi.

Une décharge lui parcourut l'échine, la faisant presque sursauter.

- Je vais mourir.

La Vala hocha la tête.

- C'est inéluctable.

Elanor baissa les yeux. Elle s'y était attendue. Mais pas aussi vite, et brutalement.

- Tout vie à une fin dans ce monde, continua Mandos. Ce que Sauron t'as promis était un mensonge. Il n'y a pas d'immortalité, même si c'est ce que la plupart croient.

- Alors, vous allez me renvoyer ?

- Pour ce que tu as accomplie, et parce que tu as résistée à la tentation de l'anneau, nous t'avons réservée quelque chose de spécial, tout comme à ceux qui se font appeler « la communauté de l'anneau ».

Elanor releva la tête, ayant du mal à comprendre ce qu'il était en train de dire.

« Nous ? » Qui nous ?

Et de quoi parlait-il ?

- Nous t'accordons le droit de résider à Valinor.

En entendant la déclaration de Mandos, le cœur d'Elanor s'emballa brusquement dans sa poitrine.

Ca ne pouvait pas être vrai.

Non. Elle devait être en train de rêver.

Elle ? Rester à Valinor ?

- Tu peux aussi choisir de quitter ce monde, et rejoindre tes ancêtres dès maintenant, suggéra Mandos en deuxième alternative. Cette porte conduit au royaume des morts de la race des hommes.

Il désigna une entrée à sa gauche, qu'Elanor n'avait pas encore vu.

Toutes sortes de pensées traversèrent alors son esprit.

Elle pensa pour la première fois à ses parents. Ce père qu'elle ne connaissait pas, et cette mère qui était morte à sa naissance. Ils l'attendaient peut-être dans le royaume des défunts, impatients de la voir et de la serrer dans leurs bras. Elanor mourrait d'envie de les voir. Ou du moins, de les rencontrer, car elle ne les avait jamais vus. Et elle n'avait aucuns souvenirs de sa mère.

A quoi ressemblait-elle ? Sa mère était belle, d'après ce que lui avait dit Maggi. Elle avait été brave, et s'était battue courageusement lorsqu'elle l'avait mis au monde. Mais cela n'avait pas suffi à la sauver, et elle était morte.

Et son père, était-il vraiment mort ?

En acceptant l'offre de Mandos, Elanor songea soudain qu'elle avait une chance d'être réunie avec sa famille. Mais qu'allait-elle vraiment trouver de l'autre côté du voile de ce monde ? En fin de compte, Elanor en savait si peu sur eux…

Et puis, il y avait tous les autres. Ceux qui se trouvaient encore en Terre du Milieu.

Legolas… il avait pris une place importante dans sa vie. Bien plus qu'elle ne l'aurait imaginée.

Et toutes ces personnes à qui elle s'était attachée. Elrond, Glorfindel, Maggi et sa famille adoptive, Arwen, Aragorn, Gimli, Gandalf et les hobbits… elle ne pouvait pas les laisser derrière elle, comme si rien ne s'était passé.

Elle ne pouvait pas abandonner Legolas. Pas maintenant alors que Mandos lui offrait sur un plateau d'argent, la possibilité de partager une longue existence avec lui. Parce que ce n'était qu'une question de temps avant que Legolas ne fasse le même choix.

Un jour, il partirait à Valinor.

Mandos inclina légèrement la tête en avant, semblant avoir un élan de sympathie.

- Ce choix est difficile, mais je crois que tu as déjà choisis.

Elanor acquiesça.

- Ainsi soit-il. Tu as accomplis beaucoup en ce jour Elanor, fille de Rainà. Mais je crois qu'il te reste encore une épreuve à affronter en Terre du Milieu, et il est temps pour toi de quitter ce lieu.

A peine Mandos eut prononcé ces dernières paroles qu'Elanor sentit son corps s'engourdir.

- Est-ce que je rêve ? murmura-t-elle.

Seul le sourire du Vala lui répondit.

L'image de la grotte se brouilla, et tout tourbillonna autour d'elle.

Puis elle ne vit plus rien.


- Elanor !

La voix de Legolas était perceptible, mais faible et encore trop loin.

- Elanor ! Réveilles-toi !

Elanor se concentra pour se rapprocher de sa voix, sans savoir pourquoi elle l'entendait. Quelques secondes passèrent, puis lorsque Legolas cria une nouvelle fois son nom, sa voix plus parut tout à coup beaucoup plus forte.

- Elanor !

L'intonation paniquée de sa voix habituellement calme força Elanor à ouvrir les yeux.

Le soleil brillait doucement dans le ciel. A travers la lumière blanche et les multiples points de noirs qui l'aveuglaient, Elanor distingua le visage et la chevelure blonde de Legolas penchée sur elle.

- Par Eru !

Le soulagement apparut sur le visage de Legolas. D'autres visages se trouvaient derrière lui, et elle aperçut celui inquiet d'Aragorn, Gimli et Eomer. Deux mains puissantes la retenaient, et elle réalisa qu'elle était étendue dans ses bras.

- Ça va ? lui demanda-t-il.

Elanor hocha la tête, un peu perturbée.

- Que s'est-il passé ?

- Tu t'es évanouie.

Legolas la regarda avec émotion. Il était très pâle.

- Tu es tombée d'un seul coup, reprit-il. Tu ne respirais plus, j'ai crus que tu étais-

L'elfe se tut, ne parvenant pas à finir sa phrase.

Elanor vit qu'il avait les yeux pleins de larmes, et qu'il semblait les retenir. Ce n'était pas dans les habitudes de Legolas de se montrer aussi émotif. Bouleversé et se sentant infiniment coupable, elle posa doucement sa main sur sa joue pour le rassurer.

- Je vais bien.

Legolas attrapa sa main, et la serra contre sa joue. Soulagés de voir qu'elle n'avait rien, Aragorn et les autres s'éloignèrent.

Elanor se redressa, et essaya de se mettre debout.

- Doucement, la prévint Legolas. Il vaut mieux que tu restes couchée.

Elle se rassit, et acquiesça, jugeant son conseil pertinent. Son regard se tourna vers la montagne du destin, qui crachait de la lave à plusieurs kilomètres de là. Les aigles étaient encore visibles, et ils étaient maintenant proches de la montagne.

Est-ce qu'il fallait autant de temps pour y aller à vol d'oiseau ?

Elanor songea à ce que Legolas lui avait dit.

- Pendant combien de temps j'ai perdu connaissance ? demanda-t-elle.

- Moins d'une minute...

C'est impossible.

Elanor avait un souvenir vivace de ce qui venait de se produire. Mais alors… comment sa conversation avec Mandos était-elle possible ? Elle était restée dans les cavernes bien plus qu'une minute.

Leur conversation lui avait paru durer une vingtaine de minutes. Et même plus.

Se pouvait-il qu'elle ait tout imaginé ? Avait-elle rêvée ?

Prise de doute, Elanor glissa sa main dans sa poche et à l'endroit où se trouvait l'anneau d'Angmar. Mais ses doigts tâtèrent le vide. Elle regarda autour d'elle, pour vérifier que l'anneau n'avait pas glissé de sa poche durant sa chute. Mais elle ne trouva rien.

Non, ce n'était pas un rêve. C'était bien réel. Mandos avait détruit l'anneau.

Mais comment ? C'était impossible. Son corps lui, ne semblait pas avoir bougé de la Terre du Milieu.

Mais il y avait des forces qu'elle ne comprenait pas. Et elle venait encore une fois d'en faire l'expérience.

Legolas la regarda, confus et déconcerté par son comportement. Elanor se mit alors à sourire, et il se demanda un instant si elle ne s'était pas frappée un peu trop durement la tête en tombant.

- Qu'y a-t-il ? demanda l'elfe.

Elanor tourna la tête vers lui. Elle était si radieuse et si jolie que Legolas sentit des fourmillements lui retourner l'estomac.

- Rien, c'est juste que…

Elle se tut, et Legolas attendit avec anxiété sa réponse.

- ... nous avons réussis !

Devant l'air ébahi de l'elfe, Elanor éclata de rire et se jeta dans ses bras.

Gagné par l'amusement et le soulagement, Legolas se laissa aller contre elle, et prit une grande bouffée d'air dans ses cheveux. Oui, ils avaient gagnés.

C'était fini.


Voilà, j'espère que vous avez aimé ! Vous aurez surement noté la révélation de plusieurs noms dans ce chapitre. Celui de la mère d'Elanor « Rainà » qui veut dire en sindarin « celui/celle qui ère ». Et il y a aussi le vrai nom d'Angmar, qui est Herumor. Selon plusieurs théories de la toile internet, il serait un ancien roi Numénorien, et je penche fortement pour cette hypothèse. Mais après, c'est chacun qui voit, puisque Tolkien ne l'a jamais révélé ;)

N'oubliez pas de me laisser une review! A bientôt !


Lexique:

Elladan, Elrohir, afrado nin ! : Elladan, Elrohir, suivez-moi !

Kurv onreinn ! : sale chienne ! (Cette insulte en anglais donne : dirty whore. Je vous laisse le soin de traduire…)