CHAPITRE XI
Le lendemain de l'agression de Katie, l'ambiance était électrique et tendue aux quatre coins de Poudlard. Les nouvelles avaient vite fait le tour du château, et tout le monde se demandait désormais comment un tel accident avait pu se produire, et surtout, qui avait voulu qu'il se produise. Le nom du Seigneur des Ténèbres circulait déjà sur toutes les lèvres, et sans surprise, l'animosité envers les Serpentard s'en était trouvée renforcée.
Au début, tout avait semblé calme, si l'on parvenait à faire abstraction de la colère qui brûlait dans les yeux de certains de leurs camarades et les chuchotements persistants qui les avaient suivis dès qu'ils étaient entrés dans la Grande salle. Il n'y avait rien là-dedans qu'ils n'aient pas déjà traversé, rien auquel ils ne soient pas habitués.
Ce n'était pas dans l'habitude de leur maison de faire profil bas quand ils se retrouvaient face à une adversité quoi qu'il arrive toujours persistante, et c'est pourquoi ils avaient conservé les mêmes airs souverains et les mêmes postures dignes quand ils s'étaient rendus au petit-déjeuner. C'était une règle fondamentale chez les vert et argent, que l'on apprenait dès ses premières semaines de scolarité : jamais les serpents ne cédaient le moindre centimètre de terrain. Tant qu'ils faisaient bloc face au reste de l'école, unis, fiers et impassibles, ils conserveraient leurs plates-bandes, et personne ne pourrait rien contre eux.
Cette règle, Pansy la connaissait presque mieux que son propre nom, et quand elle était entrée dans la Grande salle en faisant claquer ses talons sur le sol, la tête haute et le regard confiant, tout le monde avait pu observer à quel point elle l'appliquait à merveille. Derrière elle, Blaise avait suivi, l'air encore plus supérieur qu'à son habitude, convaincant ceux qui en doutaient encore qu'il ne se préoccupait en rien de l'avis que l'on pouvait avoir de lui. Déjà assis à table, Théo avait lui aussi semblé imperméable à l'hostilité qui régnait, bien trop occupé à parcourir la Gazette du Sorcier en avalant un café noir, l'expression aussi ombrageuse que le reste du temps.
Leur petit-déjeuner avait été ainsi relativement normal, même s'il leur suffisait d'un coup d'œil pour remarquer qu'ils étaient tous sur leurs gardes, prêts à répondre à la moindre attaque, la moindre provocation. La première d'entre elle fut si prompte à arriver qu'ils n'eurent aucun mal à comprendre que les différents qui opposaient les Serpentard et les autres maisons venaient, avec l'agression de Katie, de gravir un nouvel échelon.
Elle eut lieu quand Axel Magnusson, un Serpentard de 5ème année aux cheveux blonds, se leva pour quitter la Grande salle. Entre les deux larges portes de bois, il croisa Cormac McLaggen, entouré de plusieurs de ses amis de 7ème année, se pavanant dans leurs robes rouges et or. Celui-ci bouscula Magnusson d'un violent coup d'épaule en le dépassant, et en profita pour cracher un « Sale Mangemort » suffisamment fort pour que les élèves assis au bout des tables des quatre maisons puissent l'entendre. En un instant, tous les 4ème années de Serpentard, qui étaient les plus proches de la scène, furent debout, baguettes en main, prêts à faire payer McLaggen pour son insulte.
Car les Serpentard fonctionnaient ainsi : peu importait qu'ils aient des âges différents, peu importait qu'en privé, ils s'apprécient, peu importait que l'accusation de McLaggen soit véridique ou non. Quand on attaquait l'un des leurs, ils répliquaient, sans se poser de questions. Faire partie des serpents, cela signifiait certes être intelligent, malin et ambitieux, mais surtout, cela signifiait être là les uns pour les autres, quoi qu'il arrive.
L'altercation semblait sur le point de dégénérer, les Gryffondor ayant eux-aussi sortis leurs baguettes et semblant visiblement prêts à en découdre. Heureusement, le professeur McGonagall s'était levée de la table des professeurs, l'air furibond, et avait lancé un « Expelliarmus » si bien exécuté que les baguettes de tous les élèves debout avaient fait un bond de 20 mètres pour aller lui atterrir dans les mains. A cela, elle avait ajouté la menace de plusieurs heures de retenue, et les belligérants avaient fini par se rassoir, furieux mais tous indemnes.
Malheureusement, les Serpentard comprirent bien vite que la colère mal-placée de leurs camarades était toujours vive, en particulier du côté des Gryffondor, qui accusaient ouvertement les vert et argent d'avoir orchestré l'attaque de l'une des leurs. Toute la matinée, Daphné, qui rédigeait un devoir d'Astronomie dans la salle commune, vit revenir des élèves aux mines défaites et au visage pâle, dont certains semblaient même au bord des larmes. Ce n'était pas nouveau, bien sûr, de voir ses camarades les plus jeunes comprendre que la vie à Poudlard n'était pas toujours tendre pour les petits verts et argents, mais cela lui brisait le cœur à chaque fois, et encore plus aujourd'hui, à l'aube d'une guerre qui risquait bien de leur voler à tous leur innocence.
La blonde y pensait souvent, au conflit qui grondait au dehors. Contrairement à sa meilleure amie, elle était incapable de faire abstraction du danger et de l'angoisse, incapable de se convaincre qu'ils ne risquaient rien. Elle n'allait pas jusqu'à croire que les combats allaient réussir à pénétrer à Poudlard du jour au lendemain, mais elle savait bien que certains d'entre eux ne survivraient pas à ce conflit. A chaque fois qu'elle croisait Harry Potter et sa cicatrice dans les couloirs, cela lui rappelait que le Seigneur des Ténèbres finirait par venir le chercher, et qu'à ce moment-là, ils seraient tous en danger.
Si, toutefois, ils ne s'étaient pas entretués avant, car plus le temps passait, plus il semblait que les élèves commençaient à choisir leur camp, et Daphné ne savait pas si on pouvait faire marche-arrière avec ces choix-là. Elle savait, par les murmures qu'elle avait surpris au manoir Greengrass durant l'été, que nombreux étaient les fils des grandes familles de sang-purs qui rejoindraient les rangs du Mage noir à leur sortie de l'école, comme les parfaits héritiers qu'ils étaient. Bientôt, Urquhart, Vaisey et tous ceux qu'elle avait côtoyé depuis son enfance seraient les soldats d'une armée galvanisée par la mort et la domination.
Et elle, en tant que jeune fille de bonne famille, finirait mariée à l'un d'eux, celui dont la famille aurait offert le meilleur prix, comme si elle n'était qu'un morceau de bétail qu'on pouvait vendre et acheter. Comme Pansy, Milicent, Aliyah, Tracey. Elles deviendraient toutes des épouses dociles et sages, enfermées dans des manoirs sombres et glacials, occupant leurs journées à espérer que leurs maris rentrent vivants à la tombée de la nuit.
Bien sûr, ses parents n'auraient pas présentés les choses comme ça : ils lui auraient dit, comme ils le faisaient depuis sa naissance, qu'elle ferait un mariage superbe, avec un homme de sa stature et de son rang, et elle vivrait dans la richesse et l'opulence. Dans le nouveau monde bâti par le Seigneur des Ténèbres, elle aurait une place de choix, ils le lui garantissaient, une place de prestige et de pouvoir, et elle ne manquerait jamais de rien. Mais pour cela, elle aurait perdu sa liberté, son libre-arbitre et son humanité.
Les forces du mal n'étaient pas les seules à s'organiser, à enseigner à leurs successeurs comment ils devraient agir à leur sortie de Poudlard. Daphné voyait bien qu'en face, dans les maisons rivales, ses camarades se préparaient à rentrer dans la résistance, à se ranger du côté de Potter et de l'Ordre du Phénix en pensant se battre pour de grands idéaux. De plus en plus, Poudlard était divisé, et entre les murs de pierre séculaires, les élèves à peine sortis de l'enfance mimaient déjà la guerre qui les attendait au dehors.
Un peu avant midi, la blonde aperçut, à l'autre bout de la salle commune pleine de monde, le mur s'ouvrit pour laisser passer Blaise, la lèvre ouverte et l'arcade sourcilière ensanglantée. Si cela étonna la jeune fille, elle manqua de tomber de sa chaise en voyant Astoria et son amie Ella rentrer juste après lui, l'air légèrement paniqué. Daphné abandonnant immédiatement plume, parchemins et livres et se faufila parmi ses camarades pour parvenir à la porte.
Sa sœur la remarqua alors qu'elle apparaissait derrière l'imposante carrure d'Hector Hamilton, et se précipita vers elle :
- Oh mon dieu, Daphné ! Il faut que tu soignes Blaise, on a voulu l'emmener à l'infirmerie, mais il n'a rien voulu entendre, débita l'adolescente en l'agrippant par le bras pour la tirer vers le blessé.
- Ça va Astoria, je t'ai dit que c'était juste quelques coupures…, marmonna l'intéressé en roulant des yeux quand elles furent près de lui, avant même que Daphné n'ait pu analyser la situation. Je suis désolé, elles ont l'air de penser que je suis sur le point de crever, poursuivit-il à l'intention de celle-ci.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? lui demanda-t-elle en examinant le filet de sang rouge vif qui dégoulinait le long de la joue du jeune homme.
- Rien de grave, juste un connard de Serdaigle qui a cru qu'il pouvait manquer de respect à Astoria et Ella. J'étais dans le coin, alors je lui ai lancé un sort et comme il devait s'être fait confisqué sa baguette, il a jugé bon de me mettre une droite. Il a fini pire que moi, raconta-t-il avec un haussement d'épaules.
Les combats physiques étaient rares au château tant ils étaient habitués à se reposer sur leur magie, mais de toute évidence, privé de baguette, les instincts primaux reprenaient leurs droits. Daphné aurait bien eu envie d'aller refaire le portrait elle-même à l'ordure qui avait été à l'origine de tout cela, mais il y avait plus urgent, et elle reporta son attention sur Astoria et Ella, qui semblaient toutes deux plus admiratives de Blaise que sous le choc.
- Vous allez bien ? jugea-t-elle tout de même bon de vérifier.
Astoria hocha la tête :
- Blaise a été prodigieux, si tu avais vu ça ! Un vrai héros.
Du coin de l'œil, Daphné aperçut un sourire amusé naitre sur les lèvres ensanglantées de Blaise, dont l'ego était visiblement très satisfait de la remarque de la jeune Greengrass.
- Allez-vous occuper, je vais m'occuper de lui. Et interdiction de ressortir de la salle commune. Je sais pas encore comment on va se débrouiller pour le reste de la journée, mais je ne veux plus que tu sortes d'ici à ce que la situation se calme. Toi non plus, Ella.
- Quoi ?, s'exclama l'adolescente aux cheveux châtain et au nez retroussé. Mais on ne va pas se terrer ici parce que cette bande de Veracrasses a décidé de nous haïr !
- Ils ont failli perdre l'une des leurs. Pense à la façon dont tu aurais réagi si cela nous était arrivé, répondit Daphné d'une voix calme.
La remarque laissa les deux amies silencieuses, et avec un mince sourire, la 6ème année leur dit d'aller s'amuser, espérant qu'elles écouteraient ses recommandations, avant se tourner vers Blaise.
- Viens. Je vais arranger ça.
- T'es pas obligée ! C'est vraiment rien comme blessures, dit le jeune homme en la suivant alors qu'elle s'éloignait déjà vers la table où elle travaillait auparavant.
- Assieds-toi là, indiqua la blonde en désignant sa chaise, en face de ses notes d'Astronomie. Je reviens.
Blaise n'eut pas le temps de protester à nouveau que sa camarade s'était déjà éloignée vers son dortoir, et il prit donc place sur la chaise, en prenant bien garde à ne pas poser ses mains salies par le sang de son adversaire n'importe où. Dans la salle commune était rassemblée une large partie des élèves de Serpentard, la plupart étant de toute évidence arrivés à la même conclusion que Daphné : ce n'était certes pas dans leurs habitudes de faire profil bas, mais pour leur propre bien, il était sans doute préférable d'attendre que l'ambiance du château se calme.
La blonde réapparut quelques instants plus tard, une poche de glace et un flacon d'alcool pur à la main, et entreprit de ranger ses notes d'Astronomie pour faire de la place sur la table, avant de tirer une chaise en face de celle où Blaise se tenait.
- Mets ça sur ta main, dit-elle en lui tendant la poche de glace. Vu l'état de tes jointures, tu dois souffrir un peu.
- Du tout, répondit celui-ci du tac au tac, montrant que l'altercation n'avait en rien fait diminuer la taille de son ego.
La blonde haussa un sourcil dubitatif et manqua même d'esquisser un sourire amusé quand elle le vit faire glisser la poche de sa glace vers lui, l'air de rien. Ce mec avait presque une fierté aussi grande que celle de Drago, c'était pour dire. Réprimant une expression narquoise, elle jeta un coup d'œil à la coupure de son sourcil pour juger de sa gravité, et fort heureusement, elle s'aperçut que malgré le sang qui s'en échappait, elle semblait relativement peu profonde.
- Je sais qu'il suffirait d'un sort pour refermer la blessure, mais l'alcool permettra une bien meilleure cicatrisation, expliqua-t-elle calmement en imbibant un coton du liquide. Ne fais pas cette tête, ils le font aussi à St-Mangouste. Tu crois vraiment que je le ferais en plein milieu de la salle commune, si c'était une technique moldue ?, marmonna la jeune fille d'une voix plus basse en se penchant vers lui pour appliquer le coton sur son arcade sourcilière.
Blaise se départit de l'expression inquiète qui était née sur ses traits quand il avait entendu le début des explications de la jeune fille et remplaça celle-ci par une grimace quand l'alcool toucha la coupure ensanglantée. Malgré elle, la blonde afficha un sourire amusé, mais heureusement, son camarade avait fermé les yeux pour la laisser nettoyer sa blessure, et il ne s'en aperçut pas.
Il y a quelques semaines, Daphné aurait sans doute préférer le regarder se vider de son sang plutôt que de s'approcher de lui, pensa le jeune homme en tentant de faire abstraction de la morsure de l'alcool sur sa blessure. Le fait de défendre Astoria avait sûrement aidé, mais de toute évidence, il avait aussi dû se rendre suffisamment supportable la nuit précédente pour qu'elle lui estime qu'il valait quelque chose. Ils avaient partagés la cigarette entamée de la blonde pendant une petite demi-heure, bercés par le silence du château endormi, et le jeune sorcier avait découvert que l'héritière des Greengrass pouvait presque sembler humaine, à la lueur de la lune.
Désormais, il semblait que cet ensemble de circonstances particulières avait donné naissance à un accord tacite entre les deux adolescents : un accord selon lequel ils s'abstenaient de s'engueuler, de s'insulter, ou d'avoir tout autre comportement susceptible de mettre l'autre en rage. Après tout, ils étaient presque les élèves les plus âgés de leur maison, désormais, et il était peut-être temps pour eux de mettre leurs vieilles querelles de côté pour prendre soin des autres verts et argents, qui n'étaient certainement pas au bout de leur peine.
Si la salle commune était particulièrement remplie, certains Serpentard étaient quand même au dehors, en particulier les plus âgés qui, depuis le temps, ne craignaient plus leurs camarades. Théo, notamment, se fichait grandement de ce que les lions, les aigles ou les blaireaux soient en rogne, ce n'était certainement pas ce qui allait l'empêcher de se déplacer à sa guise, d'autant plus qu'il avait grand besoin d'un livre pour son cours d'arithmancie.
Mais étant celui qu'il était, il ne put se contenter de prendre son livre à la bibliothèque et de repartir. Non, il fallut, comme d'habitude, qu'il compare tous les livres sur l'arithmancie pour être bien sûr d'emprunter le meilleur, avant de faire un tour dans la section Poésie pour choisir sa prochaine lecture.
La plupart du temps, il lisait des romans, parce qu'ils lui permettaient de sortir de lui-même. De passer quelques heures dans un monde qui n'avait rien de commun avec le sien, et de vivre des vies qu'il ne pourrait jamais vivre. Des vies sans morts, sans larmes et sans tragédies. Il préférait les romans, car pendant un temps, ils lui permettaient d'oublier qui il était.
Mais parfois, dans les moments où même les livres ne parvenaient pas à égayer son humeur, il se tournait vers la poésie. Il se tournait vers sa mère, en fait, et sa voix claire et douce lui récitant les poèmes d'Emily Dickinson ou de John Keats pour l'endormir quand il était enfant. Elle avait toujours été douée pour réciter de la poésie, les rimes roulaient sur ses lèvres comme l'écume sur les vagues, et Théo pensait souvent que si elle avait vécu plus longtemps, elle aurait pu en écrire. Parfois, il la soupçonnait de l'avoir fait, se rappelant dans des bribes de souvenirs de la voir noircir des pages et des pages à la lueur de sa baguette, mais il n'en avait jamais trouvé aucune trace, et il en avait conclu qu'il se trompait, ou que son père avait tout fait brûler, ce qui ne l'aurait même pas étonné.
Quand il lisait de la poésie, il avait presque le sentiment de la sentir près de lui, récitant les vers à son oreille avec un sourire léger sur les lèvres, un sourire qui n'existait désormais plus que dans son esprit. Cela l'apaisait et lui donnait la force de continuer, pour que, de là où elle était, elle puisse être fière de lui.
Et s'il y avait bien un moment où il avait besoin d'apaisement, c'était ce jour-là, et il quitta donc la bibliothèque une heure plus tard avec un recueil de poèmes de Dylan Thomas et un manuel d'Arithmancie sous le bras. Il était presque midi, et il entreprit de regagner la salle commune pour chercher ses amis avant d'aller manger. Il tournait dans le couloir de la Salle des trophées quand il les vit : trois silhouettes, debout dans un coin, dont deux étaient suffisamment grandes pour être au moins des 3ème années, mais trop petites pour être plus que des 5ème années. La dernière, elle, appartenait sans nul doute à un 1ère année, tant elle semblait minuscule.
N'importe qui d'autre aurait poursuivi son chemin sans y prêter attention, car s'intéresser à tous les élèves que l'on croisait dans Poudlard était à la fois impossible, fastidieux et inutile, mais Théo, en s'approchant, remarqua que deux des silhouettes, les plus grandes, portaient des robes aux couleurs de Gryffondor, tandis qu'il pouvait distinguer la couleur verbe de la robe de sorcier de la troisième silhouette, qui lui tournait le dos. Un Serpentard en compagnie de deux Gryffondor, cela ne pouvait qu'être mauvais, surtout dans les circonstances actuelles, et le brun s'approcha en silence. Quand il fut suffisamment proche, il se cacha derrière la statue de Circé, la magicienne de la mythologie grecque, pour savoir de quoi il retournait, et entendit la voix menaçante d'un des Gryffondor :
- …un des vôtres qui a attaqué Katie. On veut savoir qui c'est.
- Je- Je sais pas, je te l'ai d-dit, murmura le Serpentard, qui, au son de sa voix, devait être presque au bout des larmes.
- Tu crois qu'on connait pas ton nom de famille ? Tu es forcément au courant des manigances de ton salaud de père et de sa bande de dégénérés, et tu vas nous dire ce que tu sais.
A chaque mot, le rouge et or se faisait de plus en plus menaçant. Théo l'avait identifié comme étant un 4ème année, au vu de sa taille, de son visage et de la stupidité dont il faisait preuve. Complètement paniqué, le Serpentard répondit d'une voix tremblante et rendue aigue par la peur :
- Je te jure que je sais r-rien !
- Sale petit Mangemort…, cracha l'autre Gryffondor.
- Si tu ne veux rien nous dire quand on te le demande gentiment, peut-être que ça te fera parler.
Sur ces mots, l'adolescent attrapa sa baguette, prêt à lancer un sort au vert et argent. Mais Théo, à présent franchement en rage, sortit de sa cachette comme un diable de sa boîte, et interrompit le conciliabule du ton le plus froid qu'on lui connaissait :
- Si j'étais toi, je rangerais ça immédiatement, sombre petit con.
Du haut de son mètre quatre-vingt, il toisa les Gryffondor d'un regard qui, s'il avait été mortel, les aurait envoyé directement aux Enfers, et les deux lionceaux se recroquevillèrent malgré eux.
- Je peux savoir ce que tu comptais faire ? Lui lancer un sort ? Je peux peut-être te montrer, si tu veux. Oui, je vais faire ça. Je vais vous métamorphoser tous les deux en moucherons et demander à Pansy Parkinson de vous écraser sous ses talons aiguilles tels les sales petits parasites que vous êtes.
Le Serpentard tremblait presque de rage, et sa baguette, qui pendait au bout de sa main, se mit à crépiter dangereusement. Il avait des picotements dans tout le corps, comme à chaque fois qu'il se sentait perdre le contrôle de sa magie, mais il était si furieux qu'il n'y prêta guère attention, et continua sur sa lancée :
- Ou alors, je pourrais vous attacher à cette statue, là, et vous jetez un sortilège de Désillusion. Vous seriez morts de faim et de soif bien avant que les effets ne disparaissent.
- P-Pitié, on ne le refera plus jamais, finit par bredouiller le Gryffondor qui avait mené la conversation, l'air prêt à se jeter à ses pieds pour être épargné.
Mais Théo n'avait que faire de ses stupides promesses. Il en avait plus qu'assez que les Serpentard soient harcelés, humiliés, mis au banc de l'école pour les actes de leurs parents, plus qu'assez que ses stupides camarades pensent avoir la moindre idée de ce qu'ils vivaient, plus qu'assez que des gamins de onze ans ne se sentent pas en sécurité dans ce château qui était aussi le leur. Il leva sa baguette qui lançait toujours des étincelles et la pointa sur la poitrine du garçon, avant de lâcher d'une voix froide et dure comme la glace :
- Il est trop tard pour faire des promesses.
- Nott !
La voix stridente de Granger retentit dans son dos, et comme si celle-ci lui avait provoqué un électrochoc, Théo réalisa ce qu'il s'apprêtait à faire et abaissa sa baguette aussi brusquement que si on venait de le brûler.
- Je peux savoir ce que tu fais ?, demanda la préfète de Gryffondor d'un ton accusateur en arrivant à leur niveau, sans comprendre la moindre chose à la scène qu'elle avait sous les yeux.
- J'apprends à tes stupides lionceaux à rester à leur place.
- Et je peux savoir ce qu'ils t'ont fait ? Ils t'ont bousculé ? Ou alors tu voulais simplement tester un sortilège de magie noire sur eux ?
- Ne parle pas de ce que tu ne connais pas, Granger, rétorqua Théo d'une voix basse et vibrante de colère. Ce sont eux qui s'apprêtaient à agresser quelqu'un, et si je n'avais pas été là, c'est ce qui serait arrivé. Et je peux t'assurer que si jamais je retombe sur une scène comme celle-là, il y aura des conséquences. Dis aux Gryffondor que s'ils continuent à accuser les Serpentard pour l'accident de Bell et à penser qu'ils peuvent nous attaquer en toute impunité, je viendrais demander des comptes. Et je t'assure que ce n'est pas ce que tu souhaites.
Avec son teint aussi pâle que la neige qui tombait dans le parc, ses cheveux qui semblaient noirs corbeaux dans l'ombre des murs de pierre, ses pommettes hautes, ses joues creusées et ses yeux qui lançaient des éclairs, Théodore n'avait jamais paru aussi effrayant, et Hermione sentit malgré elle un frisson d'angoisse glisser le long de sa colonne vertébrale. Elle n'avait jamais vu le Serpentard comme une menace ou un danger, mais à présent, elle voyait à quel point il pouvait sembler dangereux. Il sentait le pouvoir à plein nez, et elle n'avait aucun mal à penser qu'il aurait pu tous les tuer, s'il en avait eu envie.
Mais il n'en fit rien, et il se contenta de la contourner et de lancer un « Suis-moi » au jeune vert et argent qui était quasiment recroquevillé près de la statue de Circé, avant de disparaitre dans l'escalier qui menait au hall d'entrée. Le jeune homme dévala les marches presque en courant, et à présent que sa fureur refluait par vagues, il était épouvanté par ce qui venait de se produire. Il avait perdu le contrôle de lui-même, et pendant quelques terrifiants instants, il s'était vu agir comme son père, dominé par la rage et la noirceur. Il n'avait aucune envie de penser à ce qu'il se serait passé si Granger n'avait pas débarqué, car rien que de l'imaginer, il avait des haut-le-cœur, terrorisé qu'il était par ses propres excès.
Il ne s'arrêta que quand il fut parvenu au couloir menant aux cachots et se retourna vers le jeune Serpentard qui le suivait toujours.
- Tu vas bien ?, demanda-t-il d'un ton aussi calme que possible.
Le vert et argent, qui était effectivement en 1ère année, mima un petit hochement de tête, semblant encore secoué par ce qui lui était arrivé.
- Comment tu t'appelles ?
- Yaxley. William Yaxley, croassa-t-il d'une petite voix.
Evidemment. Le fils de Bartholomew Yaxley, Mangemort haut-placé et proche de son père. Le comportement des Gryffondor à son égard prenait soudainement tout son sens, et Théo dut contrôler la vague de rage qui menaçait de s'emparer de lui à nouveau. Il ne savait que trop bien ce que c'était que d'être le fils d'un Mangemort notoire au sein de cette école, et avec la guerre qui ne faisait que prendre de l'ampleur, le petit William risquait de ne pas être au bout de ses peines. Il hocha la tête et se pencha pour être au niveau de l'enfant :
- Écoute-moi bien, William : ce qui t'es arrivé aujourd'hui ne se reproduira plus jamais. Si jamais quelqu'un te cherche à nouveau, tu viens me voir, et je m'en occuperais.
Après quelques instants de silence estomaqué, le garçon acquiesça lentement, comme s'il avait peine à croire que Théo lui offrait sa protection. Lui aussi savait qui il était : le fils unique de Caius Nott, un des Mangemorts les plus connus et les plus redoutables, et dont tout le monde disait qu'il était un jeune prodige de la magie noire. Il n'aurait jamais cru que le jeune homme de 16 ans le remarquerait, et encore moins qu'il prenne sa défense et fasse preuve de… Oui, de gentillesse.
- Bien. Maintenant, retournons à la salle commune. Tu n'as plus rien à craindre, je t'assure.
Quand le mur de pierre ondula pour dévoiler la porte de la salle commune et que Théo poussa celle-ci, il découvrit à l'intérieur la majorité des Serpentard, ce qui, malgré la taille conséquente de la pièce, provoquait un certain vacarme. Il y avait des élèves partout, sur les canapés, dans les alcôves qui donnaient sur le fond du lac, assis sur le tapis devant le feu. De toute évidence, la matinée avait été difficile pour tout le monde, et les vert et argent avaient donc jugés bon de se retrancher dans le seul endroit où ils se sentaient totalement et inconditionnellement en sécurité.
Théo ne mit que quelques instants à repérer ses amis, assis autour de leur table favorite près de la bibliothèque. Il se retourna vers William Yaxley, toujours debout devant la porte à côté de lui, et lui dit :
- Je m'appelle Théodore Nott. Tu peux m'appeler Théo. Rappelle-toi, si jamais tu as un problème, tu viens à me voir et je règlerais ça.
Le garçon, qui avait de grands yeux bleus, hocha vigoureusement la tête et alla même jusqu'à lui dire « Merci », d'une voix qui semblait avoir retrouvé son timbre habituel. Après cela, l'enfant déguerpit en direction des autres 1ère années qui jouaient à la Bataille explosive devant l'immense âtre de la cheminée, et Théo esquissa un léger sourire avant de se frayer un chemin jusqu'à ses amis.
Milicent était assise devant un livre, mais au vu de ses sourcils froncés, le bruit environnant l'empêchant de se concentrer. A côté d'elle, Aliyah griffonnait dans la marge de ce qui semblait être ses notes de sortilèges en discutant avec Daphné, assise en face d'elle. Enfin, Blaise était assis, les pieds sur l'accoudoir droit d'un fauteuil vide, et il fixait distraitement le groupe des 3ème années qui mangeaient des Dragées surprises de Bertie crochue et poussaient de temps à autre de grands cris de dégoût. Tout aurait semblé normal, si le jeune homme n'avait pas eu une coupure au niveau de la lèvre inférieure et un pansement bleu ciel affublé de petits dessins de nuages blancs en travers de l'arcade sourcilière gauche.
Théo arriva près d'eux et posa ses livres sur la table, ce qui provoqua un bruit un peu plus violent qu'il ne l'aurait voulu. Milicent sursauta et releva la tête de son livre, tandis que le reste de la bande le saluait. Il repoussa les pieds de son meilleur ami qui tombèrent au sol et se laissa tomber dans le fauteuil vide avant de tourner la tête vers celui-ci, l'air curieux :
- On peut savoir ce qui t'es arrivé pour avoir une tête encore plus affreuse que d'habitude ?
- J'ai donné une leçon à un bouffon de Serdaigle qui emmerdait Astoria et Ella Webster. Pour ce qui est du pansement ridicule, c'est Daphné la responsable.
- On n'avait plus que ça !, s'exclama la blonde sans relever la tête du devoir d'Astronomie qu'elle rédigeait.
Blaise roula des yeux, mais Théo ne sentait aucune tension entre les deux adolescents, et cela lui parut suffisamment étrange pour qu'il se promette d'en discuter avec son meilleur ami à un autre moment. Daphné avait même l'air moins crispée qu'à son habitude, et aucun ne semblait être prêt à sauter à la gorge de l'autre, ce qui constituait tout de même une évolution pour le moins surprenante. Mais le brun n'allait pas s'en plaindre, et il changea de sujet en remarquant l'absence de certains de ses amis :
- Où sont Drago et Pansy ?
- Drago est introuvable, comme d'habitude, informa Blaise avec un haussement d'épaules. J'imagine que quand il se sera rappelé de notre existence, il réapparaitra.
Le sorcier s'efforçait de garder un air indifférent, mais Théo sentait bien, dans les accents de sa voix, qu'il était agacé, et pour être honnête, il le comprenait un peu. Alors qu'ils avaient toujours passé la majeure partie de leur temps ensemble, depuis qu'ils étaient en âge de marcher, Théo et Blaise ne voyaient aujourd'hui plus leur meilleur ami qu'entre deux couloirs, de façon toujours plus furtive, alors qu'ils partageaient pourtant le même dortoir et un emploi du temps quasi-similaire.
S'il n'y avait pas eu l'arrestation de Lucius, à peine quelques mois auparavant, un d'eux lui serait tombé dessus depuis longtemps et ils auraient exigé de savoir ce que signifiaient ces absences constantes et ce silence permanent. Mais ils se doutaient bien que Drago souffrait de la disgrâce de son père et s'inquiétait probablement de la sécurité de sa mère, coincée dans un manoir immense peuplé de mangemorts et du Seigneur des Ténèbres, sans la protection d'un mari ou d'un fils. Il avait certainement besoin d'être seul pour ne pas perdre la face, et cela, ses amis le comprenait. C'était la raison pour laquelle ils ne disaient rien et espérait qu'il se reprenne de lui-même. Cependant, cela ne les empêchait pas d'être contrariés par la situation, et Théo fut donc reconnaissait à Blaise quand il poursuivit :
- Et Pansy est partie réveiller Tracey, vu qu'il est déjà midi passé.
Sur ces mots, comme si elle avait entendu que l'on prononçait son nom, la brune apparu derrière Aliyah, vêtue d'une robe en laine aussi noire que ses cheveux. Elle était suivie de Tracey qui venait manifestement de se lever, au vu de son air encore un peu endormi.
- Théo ! T'étais passé où ?
- A la bibliothèque, répondit celui-ci avec un bâillement. Je venais vous chercher pour aller chercher à manger, mais apparemment on est en état de siège, poursuivit le brun en jetant un coup d'œil à la salle commune surpeuplée.
- C'est vrai que c'est un peu la cata, marmonna Pansy en s'adossant à la bibliothèque, alors que Tracey allait s'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil d'Aliyah. J'ai enlevé des points à pas moins de cinq Gryffondor, trois Poufsouffle et deux Serdaigle rien qu'en revenant du petit-déjeuner. Si ces petits Scroutt-à-Pétards pensent qu'ils peuvent s'en prendre à nous en toute impunité, ils se trompent.
- Ils sont tous persuadés que c'est un de nous qui a donné le paquet à Katie Bell, fit remarquer Aliyah.
- Ce qu'ils sont stupides. Nos affaires et nos correspondances sont contrôlées par Rusard comme les leurs. Aucun Serpentard n'aurait pu introduire un objet de magie noire à Pré-au-Lard, et encore moins ici.
- Tu sais bien qu'ils cherchent un bouc-émissaire pour se rassurer, Théo, soupira Milicent.
- En attendant, les petits sont paniqués. Ils sont habitués aux rumeurs et à l'exclusion, mais ça, les insultes assumées et les attaques frontales, c'est inédit pour eux, dit Daphné en relevant la tête de son parchemin.
Si ses camarades furent étonnés qu'elle ouvre la bouche dans une conversation de groupe, elle qui était toujours si silencieuse dans ce genre de situations, ils n'en laissèrent rien paraitre, et Blaise répondit :
- L'idéal, ça serait qu'ils passent la journée ici, mais ils vont tous commencer à crever de faim d'ici peu.
Théo put presque voir le cerveau de Pansy s'activer sous ses yeux, et une poignée de secondes, ses yeux s'illuminèrent et elle regarda Tracey.
- On peut les faire manger ici. Tracey peut aller demander aux elfes d'amener de la nourriture dans la salle commune.
- Tu crois qu'ils ont le droit de faire ça ?, demanda Milicent. Pour les soirées, ok, mais là, en pleine journée, c'est différent…
- Tu es préfète, fit remarquer Tracey en se retournant vers Pansy. Tu peux venir avec moi et leur expliquer la situation.
Pansy parut hésiter quelques instants, puis elle finit par acquiescer, même si elle ne semblait pas particulièrement emballée par l'idée.
- D'accord. Blaise, va prévenir Hamilton et le reste des 7ème années. Et essayez de calmer un peu tout le monde, histoire que ça soit pas le chaos à notre retour.
Sur ces recommandations, que personne ne songea à remettre en question puisqu'ils étaient tous un peu habitués à se faire mener à la baguette par Pansy (Théo se disait souvent que ça devait être pour ses talents de dictatrice qu'elle avait été nommée préfète), la brune rajusta sa robe et jeta un coup d'œil à Tracey, qui s'étira puis entreprit de rejoindre la porte de la salle commune.
Les deux jeunes filles se faufilèrent entre les fauteuils et les meubles de bois poli pour gagner la sortie, et le silence qui les accueillit quand elles furent parvenues dans le couloir fut un changement surprenant, par rapport au brouhaha qu'elles venaient de quitter. Tracey, qui semblait désormais parfaitement réveillée, partit vers la droite avec assurance, semblant parfaitement savoir où elle allait, alors que Pansy n'en avait aucune idée.
- On remonte pas dans le hall ?, demanda celle-ci en faisant claquer ses talons sur le sol de pierre pour la rejoindre.
Tracey secoua la tête en signe de négation et expliqua :
- On pourrait, mais il y a un chemin par les cachots qui va directement aux cuisines.
La jeune sorcière la guida le long de murs de pierre qui se ressemblaient tous, ternes et usés par le temps, jusqu'à un pan de mur comme les autres, à la seule différence qu'il était orné d'un tableau représentant une coupe de fruits. Sous le regard d'abord perplexe de Pansy, Tracey tendit son index, dont elle avait rongé l'ongle, et se mit à chatouiller la poire de la peinture, comme si cela était parfaitement normale. Après quelques instants de silence, un éclat de rire retentit, et le fruit vert se transforma en poignée de porte, que la sorcière aux cheveux bouclés actionna. Alors qu'elle s'apprêtait à entrer, Pansy ne put s'empêcher d'ouvrir la bouche :
- Tu devrais y aller sans moi.
- Pourquoi ?, demanda Tracey, étonnée.
- Je… Les elfes me fichent les jetons. Et pour un peu qu'ils comprennent qui je suis, ils me haïront. C'était pas une bonne idée que je t'accompagne.
La brune semblait incroyablement mal à l'aise, et Tracey eut envie de tout faire pour que cette sensation la quitte. Elle voyait bien que Pansy avait déjà un certain nombre de démons à son actif, derrière son air perpétuellement sûr d'elle, et elle n'avait pas envie de lui imposer quelque chose qui pouvait risquer de la contrarier.
- D'accord. Attends-moi là, je reviens.
Elle sourit, ce qui réchauffa le cœur de Pansy, puis disparut derrière le mur de pierre, qui redevint après son passage aussi lisse qu'à leur arrivée. Une poignée de minutes plus tard, l'adolescente fut de retour, un large sourire aux lèvres.
- Ça a été bien plus simple que je le pensais. Apparemment, aucun article du règlement n'interdit expressément aux élèves de manger dans leurs salles communes, donc…
Elle était visiblement très satisfaite d'elle-même, et elle entreprit de rebrousser chemin, sous le regard totalement perdu de Pansy.
- Mais… Pourquoi on repart sans rien à manger, alors ?
- Tu verras, répondit Tracey avec un sourire mystérieux au coin des lèvres. Un peu de patience, ajouta-t-elle en riant.
- Je déteste ça, marmonna la brune, l'air grognon.
- Quoi ?
- Sentir que quelque chose m'échappe.
Tracey rit et changea de sujet alors qu'elles dépassaient un couloir qui partait vers la gauche :
- Si tu vas par là, tu tombes sur la salle commune des Poufsouffle.
- Comment tu le sais ?
- C'est Colin Summerby me l'a dit.
Au vu du clin d'œil qu'elle lui lança, Pansy n'avait aucun doute sur la façon dont elle avait obtenu cette information, et elle se demanda ce que son amie avait pu trouver à Summerby, avec ses petits yeux de rats et son nez crochu. Sans parler du fait que c'était un Poufsouffle… On ne pouvait pas faire pire, et la brune ressentit presque une impression physique de dégoût la parcourir.
- Je comprends pas comment tu peux supporter la compagnie des blaireaux, finit-elle par dire, comme si être un Poufsouffle être la pire chose que l'on pouvait être.
- Je ne fais pas dans la discrimination, répondit Tracey avec un sourire malicieux. Etre à Poufsouffle ne l'empêche pas d'être un bon coup.
A sa grande surprise, Pansy sentit ses joues la brûler, et elle détourna la tête pour observer le mur de pierre le long duquel elle marchait. Les récits de sa camarade sur ses aventures sexuelles ne l'avaient jamais dérangée jusque-là, pourtant, elle se sentait brusquement mal à l'aise, et n'avait qu'une envie : changer de sujet. Comme si le destin avait senti sa gêne, l'entrée de la salle commune de Serpentard apparut à quelques mètres, et elle se hâta de l'atteindre. Elle prononça le mot de passe d'une voix claire et la porte apparut avant de s'ouvrir sur la grande pièce souterraine.
La première chose que Pansy remarqua fut l'odeur de nourriture qui régnait dans la pièce. Quand elle posa son regard sur les tables, elle s'aperçut qu'elles étaient couvertes de plats et d'assiettes en argent, exactement comme ceux de la Grande salle. Ses camarades étaient rassemblés autour des tables en fonction de leur année d'étude, et dans le fond de la pièce, Blaise, Théo et le reste de leurs amis les observaient avec de larges sourires. Pansy se tourna vers Tracey, l'air à la fois abasourdi et émerveillé, et s'écria :
- C'est génial !
Un grand sourire s'étira sur les lèvres rosées de la jeune fille, et Pansy ne s'en sentit que plus heureuse. Elles rejoignirent leurs amis qui les accueillirent avec quelques compliments :
- Vous avez assurés !, s'exclama Blaise en se servant un verre de jus de citrouille.
- Vous auriez vu leurs têtes quand les plats sont apparus, renchérit Aliyah en désignant les élèves les plus jeunes d'un signe de tête.
Tout le monde semblait aux anges, comme si ce repas leur permettait d'oublier qu'à l'extérieur de la salle commune, tout le château grondait de colère à leur encontre.
- Tracey a tout fait, dit Pansy en s'asseyant.
D'ordinaire, elle aurait tût cette information, préférant s'attribuer un mérite qui n'était pas le sien, mais il lui sembla important que ses amis sachent que c'était Tracey qui avait rendu tout cela possible.
- Tu dois vraiment avec un don avec ces elfes, fit remarquer Théo.
L'intéressée haussa les épaules avec un sourire modeste et se mit à manger en demandant ce qu'elles avaient raté.
Durant tout l'après-midi, la salle commune des Serpentard résonna de rires et de conversations, et toute la tristesse et le malheur parurent s'être envolé. En sécurité dans leur cocon souterrain, ils oubliaient qui ils étaient et tout ce qu'ils avaient à craindre de l'avenir, et ça faisait un bien fou.
Les 3ème années avaient organisés un concours de glissade dans le couloir qui menait aux dortoirs des garçons, et il avait fallu que l'un d'eux manque de se casser le nez contre une poignée de portes pour qu'ils arrêtent, mais Blaise devait bien reconnaitre que ça avait été très amusant à regarder.
Une bande de 5ème années avaient ensuite ramené des pétards mouillés du Dr Flibuste et s'étaient amusés à les faire exploser dans la cheminée (Pansy leur avait interdit de le faire dans le reste de la pièce, de peur qu'ils fassent exposer une des lampes en verres ou abiment un lustre).
Finalement, en fin d'après-midi, quelqu'un sortit le poste de radio, et la pièce se transforma en gigantesque piste de danse. Ce n'était pas aussi bien que durant les fêtes organisées par Pansy, mais les 1ère, 2ème et 3ème années, qui n'avaient pas le droit d'y assister, étaient aux anges, et même les plus âgés finirent par se joindre à la danse. Blaise dansa un rock endiablé avec Aliyah qui se solda par les exclamations de la foule, sous les regards amusés de Pansy et Tracey qui se trémoussaient en hurlant de rire. Théo, Milicent et Daphné restèrent à la table et les observèrent en faisant une partie de cartes, et le brun en oublia totalement sa quasi-perte de contrôle du matin-même et son livre de poèmes. Finalement, il n'avait peut-être pas besoin du fantôme de sa mère pour trouver l'apaisement au milieu de la tempête. Peut-être que les rires et les visages remplis de joie de ses amis étaient tout aussi efficaces.
Je viens de passer deux jours non-stop à écrire ce chapitre et je suis donc épuisée, surtout vu l'heure qu'il est alors que j'écris ceci, donc je ne m'attarderais pas. Je suis infiniment désolée d'avoir loupé un dimanche de publication, écrire ce chapitre a été la croix et la bannière, à tel point que quand il a été fini, j'étais si peu satisfaite de mon travail que j'ai tout repris à zéro. Vous avez donc devant les yeux la version 2.0 du chapitre 11, qui, croyez-moi, est bien meilleure. J'espère que vous auriez pris autant de plaisir à le lire que j'ai pris à l'écrire (et de manière générale, que vous appréciez cette fiction autant que je la porte dans mon cœur). Comme d'habitude, vos avis me sont précieux, alors si vous avez le temps, une petite review me rendrait aussi heureuse que les Serpentard à la fin du chapitre.
Merci de m'avoir lu et merci d'être toujours aussi patients. Je vous embrasse.
