Bonjour à tous ! J'espère que vous allez aimer ce nouveau chapitre. Voici le moment venu que j'attendais tant, avec l'introduction de l'un de mes personnages favoris. ;)

Merci à Lereniel, Luna dans les Etoiles, Delphys, Melior Silverdjane et Erwynia pour vos chaleureuses reviews !

Pour répondre à Delphys : oui, cette histoire est loin d'être terminée.

Je vais certainement me répéter, mais n'oubliez pas que vous pouvez m'ajouter sur facebook "Gallica Fiction" ou aimer ma page "Gallica Ooo". Je donne quotidiennement des nouvelles de l'avancée de mes fictions sur ces comptes ;)


Chapitre 24 : Le Roi de la Forêt Noire

Le mariage d'Aragorn et Arwen fut célébré durant plus d'une semaine, dépassant même les jours qui avaient été annoncés.

Chaque soir, des banquets furent donnés dans la citadelle, et la musique et les rires résonnèrent parfois toute la nuit durant. Les seigneurs elfes, Galadriel, Celeborn et Elrond prirent l'habitude de s'attabler à côté d'Aragorn et d'Arwen, regardant avec bienveillance les hommes et elfes s'amuser et fêter ensemble les jours de paix qui s'annonçaient. Elanor s'y retrouva quelques fois aussi, assise à côté de Legolas et de Gimli. Chaque seigneur de la Terre du milieu avait une place réservée, mais Aragorn réserva aussi cet honneur aux hobbits, qui s'étaient battus à ses côtés.

Elanor ne compta pas le nombre de fois où elle se retrouva trainée par Merry et Pippin sur la piste de danse, une pinte à la main et chantant à tue-tête des chansons de la Comté. Sans même savoir les pas, elle tournoyait dans les bras de ses amis, riant à gorge déployée lorsque l'un d'eux trébuchait, ou se renversait de la bière sur sa veste propre. Legolas n'était pas du genre à danser, aussi restait-il à l'écart, un sourire amusé plaqué sur le visage. Gimli n'était aussi pas très doué dans ce domaine, et il manifestait son enthousiasme en tapant des mains et des pieds lorsque les hobbits se mettaient à chanter.

Elanor ne réussit qu'une seule fois à entrainer avec le prince elfe avec elle, ce qui fut un exploit en soit. La danse était relativement calme, et les pas pratiquement inexistants. Mais Elanor en garda un souvenir particulier, car lorsque les bras de Legolas l'enveloppèrent et qu'elle posa son oreille contre lui, elle sentit également son cœur tambouriner contre sa poitrine, et cette sensation demeura en elle encore longtemps...

Lorsque ces moments de liesses furent passés et que le calme retomba enfin dans la cité, et Aragorn mit officiellement fin aux festivités.

Ceux qui étaient venus de contrées lointaines décidèrent alors de retourner chez eux. Minas Tirith se vida, et les elfes et les Rohirims, qui étaient restés plus longtemps que prévu, songèrent également à partir.

Elanor, Legolas, Gimli et les hobbits décidèrent de se joindre au voyage de retour. Leur maison leur manquait à tous, et même si cela leur fendait le cœur de devoir se séparer, ils savaient que le moment était venu.

La communauté de l'anneau n'était plus. Et chacun devait suivre à présent son propre chemin.

Sam, Frodon, Merry et Pippin retournaient en Comté. Aragorn resterait à Minas Tirith avec Arwen. Gandalf s'établirait probablement quelques temps entre le Gondor et Fondcombe, afin de l'aider dans sa nouvelle tâche. Quant à Gimli, il se dirigerait vers Erebor, prenant la route de la Forêt Noire avec Legolas et Elanor...

Elanor n'était pas retournée en Eriador depuis plus d'un an et demi. Ce que Maggi et sa famille adoptive étaient devenus, elle n'en avait aucune idée. Lorsqu'elle aurait visité le royaume de Legolas, elle devrait alors y retourner au moins une fois. Pour savoir si tout allait bien... juste avant de partir. Maggi la croyait peut-être morte depuis tout ce temps.

Lorsque le jour du départ arriva, tous se rassemblèrent sur la grande place de la citadelle. Elanor conduisit son cheval jusqu'à l'endroit où se situaient les elfes. Legolas et Gimli marchaient à ses côtés, et ils rejoignirent Elrond, Celeborn et Galadriel qui attendaient que tout le monde soit prêt.

Pour remercier Elanor et les hobbits, Aragorn leur avait fait à chacun cadeau d'une monture. Elanor caressa l'encolure de son nouveau cheval alezan, qui s'appelait Firith.

Au bout de quelques minutes, Aragorn et Arwen firent leur apparition, accompagnés du reste de la cour du Gondor. Faramir et Gandalf se trouvaient non loin derrière eux, et ils s'avancèrent aussitôt vers Eomer et les seigneurs elfes.

Elanor esquissa un mince sourire en voyant Faramir prendre Eowyn dans ses bras. Du coin de l'œil, elle vit Arwen prendre la main de son père, et s'isoler avec lui. Mais son attention fut vite détournée par l'arrivée Aragorn, qui s'approcha d'eux.

- Mes amis, voici venu le temps de nous séparer.

Il posa sa main sur l'épaule de Legolas, ému. L'elfe le prit dans ses bras, et Aragorn tapota ensuite affectueusement l'épaule de Gimli, qui avait du mal à ravaler ses larmes.

Il se tourna alors vers Elanor.

- Je me souviens de la première fois que je t'ai vu, dit-il. Qui aurais cru que nos chemins puissent prendre une telle destinée...

Il sourit tout en l'observant.

- Vous serez toujours les bienvenus à Minas Tirith, déclara-t-il. Rien ne me fera plus plaisir que de vous revoir, et j'espère que notre amitié durera encore longtemps.

Sa main effleura la joue d'Elanor, et celle-ci ne put contenir son émotion plus longtemps. Elle se jeta dans les bras d'Aragorn. Ce dernier l'étreignit doucement, et elle posa son visage près de son oreille.

- Je suis désolé Aragorn, lui chuchota-t-elle. Je ne sais pas si je pourrais revenir. Je vais devoir quitter définitivement la Terre du Milieu, bientôt...

Pour toute réponse, Aragorn resserra ses bras autour d'elle. Lorsqu'il se détacha d'elle, elle lut la tristesse sur son visage.

- C'est donc un adieu.

- Je suis sûre que nous nous reverrons un jour, murmura Elanor. Dans un autre monde, peut-être...

Elanor ne savait pas d'où lui venait cette conviction, mais elle le ressentait au plus profond d'elle-même. Ses amis et les êtres qui lui étaient chers ne seraient jamais vraiment perdus. Aragorn acquiesça, et à ce moment précis, Arwen revint au bras de son père.

La séparation entre la jeune elfe et sa famille fut extrêmement difficile, car eux aussi comme Elanor, ne reviendraient pas. Elrond affichait un visage abattu et inconsolable, et il eut du mal à se détacher de sa fille lorsqu'elle serra Galadriel et Celeborn dans ses bras.

Lorsqu'Arwen vint la rejoindre, Elanor sentit son cœur s'alourdir un peu plus.

- Nous venons à peine de nous retrouver, et voilà que nous devons à nouveau nous séparer.

Arwen lui prit la main.

- J'ai entendu dire que tu n'allais pas rester, dit-elle. Mon père dit que tu vas prendre un bateau pour les terres immortelles.

- Oui, répondit Elanor.

Les yeux d'Arwen étaient légèrement embués de larmes, mais elle trouva assez de courage pour lui sourire chaleureusement.

- Je suis contente pour toi.

Son regard dévia vers Legolas, qui s'était un peu éloigné pour discuter avec Faramir et Aragorn. Elanor rougit légèrement.

- Tu mérites de vivre une existence paisible, continua l'elfe. Je suis seulement triste que nous ayons eu si peu de temps pour nous connaître. Je suis sûre que nous aurions eu beaucoup de choses à nous dire.

Elanor acquiesça, incapable de formuler une phrase cohérente. Elle sentit un sanglot lui remonter du fond de la gorge, et les bras d'Arwen l'entourèrent aussitôt.

-No veren. (Sois heureuse.)

Elle recula et posa sa main sur sa joue.

- Novaer, Elanor. (Adieu, Elanor.)

Sur ces derniers mots échangés et après avoir fait leurs derniers adieux, la compagnie prit la route, et quitta Minas Tirith.


- Nos chemins se séparent ici, mes amis, dit Gandalf.

Le visage des hobbits se rembrunit et devint triste.

- Ne vous inquiétez pas Merry, nous nous reverrons, dit Elanor. N'oubliez pas, vous me devez me faire visiter la Comté avant que je ne parte.

Un sourire éclaira le visage du hobbit.

- Vous êtes la bienvenue quand vous voulez, miss Elanor ! répondit Merry.

- Oh oui ! Il faut que vous veniez boire la bière du Dragon Vert ! C'est la meilleur de toute la région ! s'exclama Pippin, enthousiaste.

Elanor acquiesça.

- J'y compte bien !

Les elfes esquissèrent des sourires amusés, et ceux qui devaient prendre le chemin du Nord-Est s'écartèrent du reste du groupe composé d'elfes, d'hommes, de hobbits, de nain et de magicien.

Elanor, Legolas et Gimli allaient dans la même direction que Galadriel et Celeborn, qui retournaient avec un contingent vers la forêt de la Lothlorien. Elrond, Glorfindel, Gandalf et les hobbits suivaient eux les Rohirims jusqu'à Edoras.

- Mes amis, ce fut un plaisir d'avoir pu vous rencontrer, déclara Eomer. Et ce fut encore plus un honneur d'avoir pu me battre à vos côtés.

Il s'inclina devant chacun d'eux, adressant des sourires amicaux à Legolas et Gimli, et fit de même avec Elanor, ce qui la toucha énormément.

- Sachez que vous serez toujours les bienvenus parmi nous, continua Eomer. Le Rohan se fera un plaisir de vous accueillir si l'envie vous prend de passer sur nos terres.

Legolas et Gimli acquiescèrent avec un large sourire. Eomer s'inclina devant Galadriel et Celeborn, qui lui répondirent avec un sourire.

- J'espère que nous nous reverrons, dit Eowyn. Faites bon voyage, et encore merci.

Elle adressa un regard en direction d'Elanor, et lui sourit. Mais le visage de celle-ci demeura triste et fermé, et Eowyn se demanda alors bien pourquoi. Peu à peu, elle comprit qu'il ne s'agissait en fait pas d'un simple au-revoir, mais d'un adieu.

- Vous allez nous manquer.

Eowyn parut un peu déçue. La joie quitta ses yeux, mais son sourire demeura chaleureux. Elanor inclina la tête et elle lui fit ses derniers adieux. Mais son cœur était serré lorsqu'elle se détourna, qu'elle partit avec les autres elfes et Gimli.


Elanor, Legolas et Gimli chevauchèrent plusieurs jours avec les seigneurs de la Lothlorien, jusqu'à ce qu'ils atteignent la lisière des bois dorés.

- C'est ici que nous vous laissons, déclara Celeborn.

- Ceci n'est qu'un au-revoir, déclara Galadriel. Nous nous reverrons.

- Chevauchez vers le Nord sans attendre. Votre voyage ne fait que commencer.

Sur ces dernières paroles mystérieuses, Celeborn se détourna, et les elfes disparurent à l'orée de la forêt.

Gimli regarda partir la dame de la Lothlorien avec une expression triste. Lorsqu'il le vit, Legolas ne put empêcher un sourire taquin de naître sur ses lèvres.

- Vous la reverrez maître nain, dit-il. La Dame blanche tient toujours ses promesses.

Prit sur le fait, Gimli rougit légèrement. Mais il parut un peu réconforté par les paroles de son ami, et détourna enfin le regard de l'endroit où elle avait disparu.

-Ah ... ! Mon cœur se fend à l'idée de ne plus pouvoir poser les yeux sur elle. Mais j'ai encore un trésor que je peux chérir, en attendant le jour où je la reverrais, dit Gimli.

Il tapota sa poitrine, là où il avait rangé le médaillon contenant les trois mèches de la chevelure dorée de Galadriel. Elanor fronça les sourcils, se demandant bien de quoi il parlait, alors que Legolas adressait au nain un sourire tendre et bienveillant.

- En route ! s'exclama l'elfe.

Ils s'élancèrent au galop, et partirent en direction de la Forêt Noire.


La chevauchée dura une semaine entière, et ils traversèrent l'Anduin au troisième jour. Lorsque l'étendue des arbres de la Forêt Noire apparut à l'horizon, Legolas et Gimli ne purent alors contenir plus longtemps leur excitation.

- Ah, qu'il est bon de rentrer chez soi ! lança Gimli, guilleret.

Legolas acquiesça vivement, un large sourire sur son visage.

- Cela fait si longtemps que je ne suis pas revenu ! dit-il, pensif. Me feriez-vous l'honneur de nous accompagner jusqu'à mon royaume Gimli ? Je suis sûr que mon père vous accueillera avec tous les honneurs.

Le nain regarda Legolas, surprit, et parut touché par la proposition.

- D'accord ! répondit-il aussitôt. J'ai toujours voulu voir à quoi ressemblait le royaume des elfes ! Mais dans ce cas, il faut que vous veniez aussi voir Erebor lorsque nous en aurons fini !

- Bien sûr, répondit Legolas.

Gimli se tourna vers Elanor, les yeux brillants.

- Il y a des salles souterraines immenses, remplies d'or, de pierres et d'objets précieux ! dit-il. Je pari que vous n'avez jamais vu ça Elanor!

Celle-ci secoua la tête négativement, curieuse et un brin excitée elle aussi.

Bilbo lui en avait tellement parlé de cette montagne solitaire ! Elle connaissait tous les détails de son histoire avec Smaug, et le périple des nains menés par Thorin Ecu-de-Chêne pour reconquérir la montagne solitaire. L'idée de découvrir le royaume des nains de ses propres yeux était presque un rêve qui devenait réalité.

- Il me tarde de le découvrir, répondit-elle à Gimli.

- Et bien allons-y, qu'attendons-nous ! s'exclama Legolas.

Il relança Arod au galop, faisant crier Gimli de surprise, et Elanor s'empressa de l'imiter, riant à gorge déployée.

Le trio ne mit que quelques heures avant d'atteindre la lisière de la Forêt Noire.

Lorsqu'ils ne furent plus qu'à quelques mètres des arbres, Elanor comprit enfin pourquoi on la surnommait ainsi. La forêt était immense, et s'étendait à perte de vue, dans un ton vert émeraude qui était assez sombre.

- C'est ici.

Legolas s'immobilisa, et Elanor s'aperçut qu'ils se trouvaient devant un passage, qui s'enfonçait directement dans la forêt. Si Legolas ne le lui avait pas indiqué, elle ne l'aurait probablement pas vu.

Les ronces avaient envahis la route, recouvrant le sol et dissimulant presque les pierres pavées. C'était un chemin de ce qu'il y avait de plus banal, excepté qu'il ne semblait pas avoir été utilisé depuis des décennies... voir des siècles. Elanor remarqua alors les colonnes et les arches fabriquées par les elfes en parti dissimulées par les mauvaises herbes. Alors qu'ils s'avançaient dans ce qui ressemblait à une petite cour ronde, elle vit sur le côté une statue elfique représentant une femme magnifique, aux proportions gracieuses et délicates. Seul son visage était visible, et Elanor songea qu'autrefois cet endroit devait refléter la même beauté, néanmoins aujourd'hui ce n'était plus le cas.

Elanor observa la forêt avec un air circonspect et méfiant.

Le printemps venait tout juste de s'achever pour laisser sa place à la saison chaude de l'été, et pourtant... les arbres de la Forêt Noire étaient tristement dépourvus de couleur et de vie. Leurs troncs étaient noirs, infectés de moisissure et de champignons, et leur feuillage vert était maigre et dépourvu d'éclat.

Tandis qu'elle observait les tréfonds de la forêt, Elanor ne vit rien d'autre que les ténèbres.

- Désolé de vous dire ça l'ami, mais cette forêt me parait encore plus lugubre que Fangorn, déclara Gimli.

Legolas lui lança un regard en biais.

- Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez rien avec moi.

Le nain ne parut pas tout rassuré à l'idée d'entrer dans la Forêt, mais il se tut.

Legolas se tourna vers Elanor.

- Restes bien derrière moi. Et ne quitte surtout pas le sentier au cas où nous nous perdrions de vue.

Son visage sérieux lui indiqua qu'il ne plaisantait pas, et cela ne l'aida pas à la rassurer. Un peu nerveuse, Elanor avala sa salive, et acquiesça.

Legolas engagea alors Arod dans le passage, et ils entrèrent dans la Forêt Noire.


Plus ils s'enfonçaient dans les bois, et plus les arbres devinrent sombres et sinistres.

Ils étaient à présent si grands que le soleil ne parvenait pas à percer à travers leur feuillage, et la lumière diffusée sous les arbres permettait tout juste à Elanor et à Legolas de guider leurs chevaux sur le chemin. L'acuité visuelle de l'elfe était heureusement un avantage certain.

Au bout d'un moment, Elanor vit avec inquiétude des toiles d'araignées apparaître au-dessus de leurs têtes. Certaines s'étendaient sur plusieurs diamètres de long, et elle essaya de ne pas penser à la taille que devaient avoir les créatures qui les avaient tissées. Les histoires de Bilbo à ce sujet lui donnaient d'ailleurs la chair de poule. Il semblait que les toiles étaient abandonnées… mais peut-être était-ce une ruse de ces araignées géantes.

- Combien de temps nous faudra-t-il pour atteindre l'autre côté ? demanda Elanor à Legolas.

- Une semaine. Peut-être plus, répondit celui-ci.

Une fine pellicule de poussière flottait dans l'air, et au fil que les heures passaient, elle se sentit de plus en plus nauséeuse, tout comme Gimli.

- Mon père m'a raconté de drôles de choses sur l'air de cette forêt. Thorin et son groupe ont passés des semaines à tourner en rond ici, s'exclama-t-il.

L'air était lourd, et Elanor avait également l'impression de ne plus avoir de repères. Son esprit divaguait déjà depuis quelques minutes, et elle s'était demandée plusieurs fois si elle n'avait pas déjà vu le même arbre.

- Oui, je me souviens très bien lorsque nous les avons trouvés, répondit Legolas. Ils étaient si bruyants qu'ils ont réveillé la moitié de la forêt. Et ils ont également perturbés notre diner.

Gimli marmonna dans sa barbe. Alors que ses deux amis se chamaillaient gentiment, Elanor fixa son regard sur les toiles, anxieuse.

- Il n'y a rien.

Elanor tourna la tête, surprise, et vit que Legolas s'était retourné vers elle.

- Les araignées ne se trouvent plus ici. Tu ne crains rien, continua-t-il.

L'elfe s'était aperçu de son malaise, et il lui adressa un sourire rassurant. Elanor acquiesça, et lui sourit, un peu plus détendue.

- J'ai l'impression de ne pas me sentir en sécurité, se confia t-elle. Est-ce que ça a toujours été comme ça dans la forêt ?

- Non, pas toujours, répondit Legolas. Cela a commencé lorsque Sauron a envahi le Sud de la forêt, et qu'il a érigé Dol Guldur. Autrefois cet endroit respirait de vie, et il y avait de nombreux animaux qui vivaient ici. Les arbres nous parlaient, et nous pouvions monter sur leurs branches pour regarder les étoiles la nuit.

Gimli émit un bruit dédaigneux, mais il se garda d'exprimer à quel point il trouvait toutes ces idées saugrenues. Legolas se retourna, et ils poursuivirent le voyage en silence.


Pendant plusieurs jours, ils parcoururent le sentier, se fiant uniquement à Legolas pour les guider. Mais alors qu'ils dépassaient les monts de l'Emyn-nu-ruin, l'aspect de la forêt changea peu à peu, et prit soudain une apparence brutalement différente.

- Que s'est-il passé ici ? s'exclama Legolas, horrifié.

Devant eux se trouvait une plaine désolée, ravagée par le feu.

La forêt avait disparue, remplacée par une grande plaine sur laquelle il ne restait que des souches noircies, et un sol tapissé d'une couche épaisse de cendres.

Le soleil pouvait à présent pénétrer dans la forêt, et ils se rendirent compte que l'incendie avait ravagé la Forêt Noire sur de nombreux kilomètres devant eux.

- Je ne reconnais plus rien, reprit Legolas, désemparé. Les arbres… tout a disparu.

L'elfe fixait avec effarement ce qui se trouvait devant lui, et ses deux amis ressentirent en même temps un élan de compassion envers lui.

- Un méfait des orques, certainement, commenta Gimli.

Il était toutefois ravi intérieurement de retrouver un peu de lumière.

- Les arbres repousseront, dit Elanor. Il faudra du temps, mais la forêt reprendra ses droits.

- Certains arbres avaient plus de trois milles ans ! s'exclama Legolas, profondément heurté. Non, c'est irréparable…

L'elfe murmura quelques prières en elfique. Gimli roula des yeux derrière lui, et Elanor dut se retenir pour ne pas lui lancer un regard noir.

- Continuons, s'exclama Gimli. Cet endroit me donne la chair de poule.

Legolas et Elanor approuvèrent, et ils s'avancèrent sur le chemin conduisant vers le Nord. Quelques heures plus tard, ils parvinrent finalement à regagner le couvert des arbres, et c'est un peu soulagé qu'ils laissèrent la terre désolée derrière eux.


Ce matin-là, ils se trouvaient dans une partie de la forêt qui était un peu plus clairsemée. L'air ici était moins lourd, et ils y croisèrent même quelques animaux au détour de la route.

- Nous sommes presque arrivés, annonça Legolas.

Cette nouvelle enchanta Elanor et Gimli, qui tous deux avaient hâte de quitter la Forêt Noire. Un bon bain et un lit confortable ne seraient pas de refus après ce long voyage. Elanor commençait à avoir des douleurs dans le dos et les fesses a force de monter à cheval. Ses blessures qu'elle avait eues lors de la dernière bataille à la Porte Noire continuaient la faisait également à nouveau souffrir, et le voyage n'avait pas arrangé son état de fatigue.

Elanor regarda autour d'elle avec appréhension. Elle sentait que quelqu'un ou quelque chose les observait, mais continuait à rester tapis dans l'obscurité. Ignorant cette sensation désagréable sur sa nuque, elle poursuivit son chemin sans s'en préoccuper.

Toutefois, elle quelque chose dans le coin de son œil attira soudain son attention. Surprise, elle tourna la tête, et eut tout juste le temps de distinguer la forme d'un énorme cerf blanc filé à travers les fourrés.

Il s'arrêta alors brutalement, et se figea.

Elanor tira aussitôt sur les rênes de son cheval pour l'arrêter, et elle fixa le cerf bouche bée.

L'animal était très gros, bien plus gros que tous les cerfs des bois qu'elle avait vus en Eriador. Et il avait un pelage blanc immaculé, ce qu'elle n'avait encore jamais vu. Ses bois étaient longs et son port de tête puissant et altier. Il était superbe.

Comme si l'animal l'avait entendu, sa tête pivota vers elle, et Elanor plongea alors son regard dans ses immenses yeux bruns. Le cerf la fixa longuement.

Pétrifiée, Elanor n'osa plus bouger. Elle eut l'impression que quelque chose se passait entre eux, et ressentit un lien indescriptible se former avec l'être qui était en face d'elle.

Cela ne dura cependant qu'une seconde, car l'animal repartit aussitôt dans les fourrés, et disparu.

Elanor cligna des yeux, sonnée par la vision à laquelle elle venait tout juste d'assister.

- Vous avez-vu ça ?

Legolas arrêta son cheval et tourna la tête vers elle.

- Quoi donc ? lui demanda-t-il.

- Il y avait un cerf... un grand cerf blanc, juste là.

Legolas tourna les yeux dans la direction qu'elle indiquait, mais ne vit rien.

- Non, de quoi parles-tu? Je ne l'ai pas vu, dit Legolas, perplexe.

Elanor se demanda soudain si elle n'avait pas été victime d'un enchantement ou d'un mauvais sort. Gimli la regardait également avec interrogation.

Avait-elle été la seule à l'avoir vu ?

- Qu'est-ce que c'était ? demanda Gimli. Une sorcellerie de cette maudite forêt ?

Legolas lui lança un regard noir.

- Je ne sais pas, répondit Elanor. Non... j'ai dû rêver.

Elle avait la désagréable sensation qu'on la regardait, et à présent que le cerf était parti, cette sensation s'était renforcée. Legolas lui lança un regard intrigué, et ils reprirent la route.

- C'est étrange, murmura-t-il au bout de quelques minutes. Personne n'est encore venu à notre rencontre... où sont-ils tous?

Il s'était attendu à ce que les elfes soient dans la forêt, cependant aucun ne se manifesta, et il n'en vit pas non plus dissimulés parmi les arbres.

Le trio suivit encore le sentier pavé durant encore quelques heures, puis ils arrivèrent enfin à destination.

Elanor repéra immédiatement les trois grandes portes bleues qui marquaient l'entrée des cavernes. Elles se trouvaient au bout d'un point étroit, sous lequel grondait le torrent d'une rivière. Le royaume des elfes était en lui-même caché sous une immense colline rocheuse, qui se perdait sous les arbres et la végétation.

Les portes étaient hermétiquement fermées.

Legolas descendit de cheval, et franchit le pont. Au moment où il atteignit le seuil de la porte, celle-ci s'ouvrit et un elfe brun en sortit.

- Derren, le salua Legolas.

- Mae Govannen, hir nin Legolas, répondit l'elfe en mettant une main sur son cœur.

Legolas pencha la tête, et regarda à l'intérieur de la caverne.

- Prestad ?Im annor ni hollen ? (Que se passe t-il? Pourquoi les portes sont-elles fermées ?)

Il jeta un regard à l'intérieur de la forteresse, curieux. L'elfe nommé Deren parut soudainement mal à l'aise.

- Im mae, hîn nin. Deriù i talé. Taur innas iù. (Tout va bien, mon prince. Nous ne vous attendions pas aussi tôt. Le roi souhaite vous voir).

Legolas hocha la tête. Il se retourna, et fit signe à Elanor et Gimli d'approcher. Deren les vit, et il tendit aussitôt la main dans leur direction pour les empêcher d'avancer plus.

- Adar innas im erui (Votre père veut vous voir seul), dit-il à l'adresse de Legolas.

Sa voix ferme et sèche immobilisa instantanément le nain et la jeune fille.

- Erui? (Seul ?) répéta Legolas surpris.

Son regard se durcit.

- Am man ? (Pour quelle raison ? ), demanda-t-il sèchement.

Deren ouvrit la bouche, et parut soudain hésitant.

- Ni taur anol ïu (ce sont les ordres de votre roi), répondit-il.

Elanor échangea un regard perplexe avec Gimli. Tous deux ne comprenaient pas un traitre mot de la conversation qu'échangeaient les deux elfes, mais ils pouvaient sentir la tension entre les deux elfes. Le visage contrarié de Legolas ne trompait pas également.

- Le roi n'a qu'à venir ici, s'il veut me voir, car je ne bougerais pas tant que mes amis ne pourront entrer.

Enervé, Legolas ne s'aperçut pas qu'il avait parlé en langue commune.

- Hum, ça ne me dérange pas l'ami, je vais rester ici, dit Gimli dans une vaine tentative d'apaiser son compagnons.

- Moi aussi, déclara Elanor.

- Non.

Legolas revint vers eux, et empoigna fermement le bras d'Elanor.

- Soit ils viennent avec moi, ou bien je m'en vais.

Deren, l'elfe sylvain pâlit considérablement.

- Mon prince, c'est impossible... vous ne pouvez-

Legolas lui lança un regard glacial, et le serviteur se tut.

- Ne vous en faites pas pour moi Legolas ! s'exclama Gimli. Allez voir votre père avec Elanor ! Vous avez beaucoup de choses à vous dire. Je vais attendre ici.

Legolas tourna les yeux vers le nain, et fronça les sourcils.

- Tu es sûr Gimli ?

Le nain haussa les épaules.

Elanor voulut à ce moment-là protester, mais Legolas ne lui en laissa pas l'opportunité.

- Elle vient avec moi. Et ce n'est pas discutable, dit-il fermement à Deren.

L'elfe eut une expression hésitante, mais finit par concéder et acquiesça.

Avec un regard d'excuse adressé à Gimli, Legolas entraina aussitôt Elanor derrière lui, et ils entrèrent dans les cavernes.

Elanor écarquilla immédiatement les yeux en découvrant le royaume des elfes.

La caverne offrait un contraste saisissant avec la forêt. Magnifique... fut le premier mot qui lui vint à l'esprit.

Elle était immense, et s'étirait si loin qu'il était presque impossible d'en distinguer le fond. Elanor n'aurait pas été surprise d'apprendre qu'il y avait des kilomètres de galeries sous terre. La rivière bourdonnait quelques dizaines de mètres plus bas, au pied de chemins étroits et vertigineux, qui serpentaient entre les piliers naturels. Ceux-ci avaient été taillés dans la roche et les racines des immenses arbres, par les elfes eux-mêmes.

La voûte rocheuse qui était au-dessus de leur tête brillait de mille feux, incrustée de milliers de gemmes brillantes. Quelques rayons de soleil s'infiltraient par endroits, diffusant une lumière tamisée dans la caverne. Pour combler le manque de lumière, les elfes avaient fabriqués des torches en ambres, qui luisaient doucement d'une lueur dorée.

Contrairement à la Moria, cette demeure n'était pas froide. Elle était pleine de vie, chaleureuse, et emprunte de féerie. Elanor avait entendu de la bouche de Gimli, la rumeur selon laquelle Thranduil avait amassé un trésor considérable au cours de sa vie, et qu'il avait un faible pour les pierres de Lasgalen, des gemmes blanches brillantes.

A ses yeux, cette caverne était un bijou à elle seule...

- Alors, qu'en penses-tu ? lui demanda Legolas, fier de voir l'admiration dans ses yeux.

- C'est... superbe, murmura Elanor.

Legolas sourit.

Deren les dépassa, et les conduisit sur un des chemins sinueux, qui s'enfonçait dans la caverne. Ils marchèrent pendant plusieurs minutes vers le centre de la caverne, et Elanor ne sut où donner de la tête. Elle avait envie de tout regarder, mais ils marchaient vite, et n'eut pas le temps d'observer tous les détails de la demeure des elfes. Elle se dit qu'elle aurait peut-être le temps de l'explorer plus tard...

Le trône du roi était visible au loin, et plus ils s'en approchaient, plus Elanor sentait ses mains devenir moites. Son regard fut aussitôt attiré par les énormes ramures qui l'entouraient. La taille gigantesque des défenses lui laissa penser que la bête devait être d'une taille tout aussi exceptionnelle.

Legolas la relâcha doucement, et Elanor se rendit alors compte qu'ils étaient arrivés devant le roi.

Thranduil était assis à quelques mètres d'eux, tout aussi impressionnant et intimidant sur son trône surélevé qui était recouvert de tissu soyeux et délicats. Il était grand, élancé et particulièrement élégant dans sa tunique d'argent scintillant et sa cape d'un rouge vermeil. Son visage était exquis et très beau, et comme tous les elfes, il avait gardé des traits exceptionnellement jeunes.

Une couronne sculptée dans des branches, et ornée de baies noires et de feuilles rouges sang, reposait majestueusement sur sa chevelure d'argent.

Lorsqu'il les vit, Thranduil tourna la tête vers eux et il se redressa sur son fauteuil.

- Legolas. Mae Govannen, ionneg !

Un sourire sincère s'étira sur ses lèvres. Legolas posa une main sur son cœur.

- Ada. Mae govannen.

- Ni adherthad ie... (Enfin, te voilà de retour...)

Le sourire de Thranduil s'évanouit lorsque son regard tomba sur Elanor.

- Man le ? (Qui est-ce ?)

- Elanor, i eneth nín (Voici Elanor), la présenta Legolas.

Thranduil la dévisagea. Et Elanor eut alors la très désagréable sensation qu'on lui enfonçait un couteau dans le dos.

Ses yeux bleus pénétrants étaient exactements comme ceux de Legolas. Si semblables que s'en était troublant... sauf qu'ils étaient dénués d'amour et de chaleur. Thranduil l'observa en silence, examinant attentivement son apparence avec un air calculateur et glacial. Au vu de son visage qui se décomposait au fur et à mesure, il n'était pas difficile de comprendre qu'il n'était pas satisfait par ce qu'il voyait.

- Qui est cette personne que tu m'as amenée? Je croyais avoir demandé à te voir seul, Legolas, susurra Thranduil dangereusement.

- C'est une amie, père, répondit Legolas.

- Une amie... ?

Elanor déglutit. La voix de Thranduil était caressante... un peu trop même. Elle comprit aussitôt qu'elle n'était pas la bienvenue. Une folle pensée lui traversa l'esprit. Savait-il ? Non, impossible... comment le pourrait-il? Le Gondor se trouvait à des centaines de kilomètres de là.

Legolas fronça les sourcils.

- Je pensais que vous auriez fait honneur à mes amis d'entrer, dit-il sévèrement. Elanor et Gimli méritent tout autant de respect que moi.

- Gimli ?

Un rictus amusé se forma sur les lèvres de Thranduil.

- Depuis quand es-tu ami avec les nains Legolas ? Je croyais que tu les détestais !

- J'ai... reconsidéré mon opinion à leur sujet.

Le ton hésitant de Legolas accentua le sourire narquois de Thranduil.

- Vraiment ?

Le roi elfe s'adossa à nouveau contre son trône avec nonchalance, mais non sans une certaine classe.

Elanor songea soudain que le père de Legolas était bien loin de tout ce qu'elle pensait. Bilbo l'avait prévenu qu'il était... différent des autres elfes. Et c'était vrai.

Contrairement à Elrond ou Galadriel, Thranduil n'était pas sage et réfléchi. Non... il semblait fier, hautain et arrogant. Et il y avait quelque chose de sauvage et d'insaisissable chez lui, qui n'avait rien de bienveillant.

- J'aimerais beaucoup entendre les raisons qui t'ont poussé à changer de point de vu, mon fils, continua Thranduil. Cependant, tu sais déjà qu'aucun étranger n'a le droit d'entrer dans mon royaume sans mon consentement, et cela depuis toujours. Cette règle ne changera pas, et certainement pas pour les nains, à moins qu'ils ne trouvent eux-mêmes le chemin de mes cachots.

Un sourire méchant s'esquissa à nouveau sur ses lèvres.

- Pourquoi devrions-nous encore poursuivre ces hostilités ? s'exclama Legolas. Les nains ont été nos alliés dans cette guerre. Ce sont nos amis.

- Nos amis ?

Le visage de Thranduil fut traversé par la surprise, puis par l'irritation.

- Comment pourraient-ils être nos amis? As-tu perdu la mémoire Legolas ? siffla-t-il. Les nains sont malhonnêtes, avares et égoïstes. Ils ne se soucient rien d'autre que ce qui se trouve dans leur montagne ! Quitte à semer la destruction et le malheur autour d'eux. Et tu as oublié qu'ils nous ont volés par le passé ! Non... il ne faudra pas compter sur moi pour ouvrir les portes de ce palais à ces tailleurs de pierre! s'exclama-t-il.

- Je croyais qu'ils vous avaient concédés une part du trésor et rendu ce qu'ils nous devaient, répondit Legolas perplexe.

- Le semi-homme m'a concédé sa part du trésor, corrigea Thranduil. Et pour cela, j'ai une dette éternelle envers Bilbon Sacquet. Mais Dain Ironfoot n'a pas levé ne serait-ce que le petit doigt pour faire l'effort de me redonner ce qu'il me devait. Quant à rétablir une quelconque alliance... il n'en n'a jamais été question.

Legolas baissa les yeux.

- Je ne savais pas cela...

- Il semble que tu te sois éloigné trop longtemps de notre royaume, reprit Thranduil. Si tu étais resté pendant ces soixante-dix dernières années, tu l'aurais sut.

Elanor regarda Legolas avec étonnement. Il s'était absenté pendant si longtemps ? Pourquoi? se demanda-t-elle.

- J'ai entendu dire que tu t'étais engagé dans une quête pour protéger le porteur de l'unique, reprit Thranduil.

- Oui, répondit Legolas. Nous avons été dix à partir de Fondcombe pour accompagner Frodon.

- Pourquoi ? demanda Thranduil.

- Le devoir m'en appelait. Et j'ai veillé sur Aragorn, comme vous me l'aviez demandé.

- Je t'ai envoyé à Fondcombe pour porter des nouvelles de l'évasion de Gollum à Elrond, déclara Thranduil. Pas pour que tu assistes à son conseil secret, et encore moins pour que tu prennes la direction du Mordor !

La voix du roi elfe monta en crescendo, au fur et à mesure que sa colère s'exprimait ouvertement. Elanor sentit les membres de son corps se raidir davantage.

- Auriez-vous préféré qu'un autre ait été choisi à ma place ? demanda Legolas, une lueur d'incompréhension dans le regard.

- Oui, en effet.

Thranduil pencha la tête, avec une expression indéchiffrable.

- Pourquoi mon fils devrait-il se sacrifier pour une quête perdue d'avance ? demanda t-il. D'autres auraient très bien put remplir cette mission... Elrond aurait pu envoyer un de ses fils, ou ce Glorfindel. J'ai entendu dire que c'était un guerrier émérite...

- Mais nous avons réussis ! protesta Legolas. Frodon a jeté l'anneau dans la montagne du destin!

- Et cela remonte un peu plus mon estime en ces semi-hommes. Sans eux nous aurions probablement perdu la guerre, concéda Thranduil. Cependant, cette bataille n'était pas la tienne. Les nôtres sont morts sur les versants de Dol Guldur pendant ton absence. Où étais-tu ? Nous avions besoin de toi ici.

Legolas ferma la bouche, et regarda son père comme s'il venait tout juste de le gifler.

Elanor vit qu'il était profondément heurté. Elle ne l'avait encore jamais vu dans cet état-là.

Legolas ne s'était en vérité jamais attendu à ce que son père le critique d'avoir pris cette décision. Il aurait cru que le roi Thranduil aurait été fier de lui. Fier que son fils ait été en première ligne à la Porte Noire, aux côtés de l'héritier d'Isildur.

Elanor glissa doucement sa main dans la sienne, les yeux acérés de Thranduil dévièrent aussitôt vers elle.

- Mais si ce n'était que ça... j'ai entendu des rumeurs étranges à ton sujet Legolas... des rumeurs qui me sont parvenues de par-delà l'Anduin. Et qui racontent des exploits qui ont fait grand bruit en Gondor, à ce qu'il parait...

Elanor sentit l'extrémité de ses mains trembler légèrement dans celle de Legolas. Elle sut immédiatement de quoi il parlait.

Il savait.

Thranduil savait pour elle et Legolas.

Mais comment ? Comment était-ce possible?

- La Fleur de Cerin Amroth ! s'exclama Thranduil d'une voix forte, qui la fit sursauter. Une jeune humaine chevauchant sur un cheval noir aux côtés d'un prince elfe... je dois avouer que je n'y ai pas cru au début.

Thranduil se tut, et il n'y avait pas l'ombre d'un sourire sur son visage.

- Les hommes et les femmes de Dale ont une imagination débordante... tellement que même mes serviteurs n'ont pu ignorer ce qui se disait à voix basse. Mais peut-être ont-ils mal entendu... n'est-ce pas Legolas ? Dis-moi que ce n'est pas vrai... ?

La voix de Thranduil était emprunte d'interrogation, mais ses yeux regardait leurs mains jointes avec attente et colère.

Legolas ne dit rien, ce qui confirma les soupçons du roi elfe, à sa plus grande consternation.

- Es-tu inconscient ?! s'écria Thranduil.

Sa voix claqua comme un fouet.

- Elanor est parente du seigneur Elrond et descend de notre race, tenta de se justifier Legolas. Elle est-

- C'est une mortelle !

Thranduil bondit presque de son fauteuil, furieux. Son visage était blafard.

- Il y a plus de sang d'homme en elle que celui des Eldar ! s'exclama-t-il. Cette fille n'a pas une once de noblesse, Elrond ne l'a même pas éduquée ! Comment peux-tu te lier à elle?

Elanor sentit son cœur rater un battement. Complètement terrifiée, elle n'arriva même pas à faire face à Thranduil pour se défendre.

- Ca n'a aucune importance à mes yeux, répliqua Legolas. Elanor a fait preuve d'un grand courage ! Elle s'est battue devant les portes noires, et c'est elle que j'ai choisis !

- Elle ne te mérite pas ! rétorqua Thranduil.

- Vous dites cela parce que vous ne la connaissez pas !

- Je n'ai pas besoin de la connaître!

Thranduil se leva de son trône.

- Mon fils ne me mariera pas avec une fille de basse-cour !

La remarque les laissa muets. Elanor baissa les yeux, rattrapée par l'émotion qui menaçait à tout moment de la faire éclater en sanglot.

Elle ne voulait pas de ça... non, ça n'aurais pas dû se passer comme ça. Ça ne pouvait pas plus mal tourner, pensa-t-elle, effarée. Cette discussion était un cauchemar !

Profondément ébranlé, Legolas regarda Thranduil avec incompréhension et colère.

- Je vous interdis de l'insulter ainsi ! s'écria t-il. Vous n'avez pas le droit !

- J'ai tous les droits ! répondit Thranduil. Tu es mon fils ! Et l'héritier de mon royaume ! Je ne te laisserais pas gâcher le reste de ton existence pour cette fille !

Sa voix tonna dans la caverne, et elle était si puissante qu'Elanor sentit ses jambes vaciller.

- Je n'ai pas besoin de votre bénédiction, rétorqua Legolas. J'ai déjà demandé la main d'Elanor au seigneur Elrond, et je compte bien l'épouser. Si cela n'est pas encore fait, cela ne saurait tarder...

Un long silence suivit, durant lequel le visage de Thranduil devint livide. Il ne dit rien cependant, et Legolas en profita pour mettre un terme à leur conversation.

- J'avais espéré que depuis tout ce temps vous auriez changé, dit-il déçu. Mais il faut croire que j'avais tort. Rien n'a changé. J'ai eu tort de revenir.

Thranduil ouvrit la bouche, voulant dire quelque chose, mais il n'en eut pas le temps, car Legolas lui tourna le dos, et entraina Elanor avec lui vers la sortie.

Elle mit quelques secondes à réagir, et eut tout juste le temps de voir le visage de Thranduil passer de la colère, à la surprise. Elanor vit aussi autre chose dans son regard, comme de l'appréhension et... était-ce une lueur de crainte?

Elle n'eut toutefois pas l'occasion de l'observer plus longtemps, car Legolas exerça une pression sur sa main pour qu'elle accélère le pas, et elle se détourna définitivement du roi elfe.