Me revoilà après cette longue pause dont je m'excuse profondément. Je ne vais pas trop vous embêter ici, je voulais juste vous faire un petit rappel de ce qu'il s'est passé dans les chapitres précédents, puisque ça fait vraiment longtemps que nous ne nous sommes pas vus : Katie a donc été agressée et envoyée à St Mangouste par la faute de Drago et de son collier ensorcelé, ce qui a provoqué un accroissement des violences envers les Serpentard (Blaise s'est même battu en protégeant Astoria, la sœur de Daphné, et a ensuite été soigné par cette dernière).Puis Halloween a eu lieu au château. Je crois que ce sont les informations majeures, alors je vous souhaite une bonne lecture !
CHAPITRE XIII
Le samedi qui suivait Halloween n'était pas un samedi comme les autres : en ce 2 novembre débutait la saison de Quidditch, et n'importe qui vivant à Poudlard aurait été bien en peine de l'oublier. Au matin de cette journée si particulière, le château vibrait d'une énergie électrique caractéristique des jours de match, et encore plus de ceux qui opposaient deux ennemies de longue date : les maisons Serpentard et Gryffondor. Elles se disputaient la Coupe depuis tant d'année que les Serdaigle et les Poufsouffle s'étaient presque résignés à ne jamais mettre la main dessus. Désormais, l'objectif numéro un était de ne pas laisser les serpents s'en emparer, et il suffisait de jeter un coup d'œil à la Grande salle pour s'en apercevoir.
Quand Blaise y pénétra aux alentours de neuf heures du matin, il se trouva sans surprise face à une véritable marée de rouge et d'or, de laquelle seule la table des Serpentard réchappait. Une joyeuse clameur régnait dans la pièce, et il perçut même quelques tintements de Gallions, de noises et de mornilles sous les tables, signe que les paris avaient commencé. Il toisa d'un regard désappointé mais dénué de surprise Hannah Abbot, de Poufsouffle, qui était vêtue d'une écharpe aux couleurs de Gryffondor, alors qu'il rejoignait sa place parmi les verts et argents. L'hypocrisie de ses camarades l'amusait toujours : ils étaient rares à se priver de parties de jambes en l'air avec les Serpentard dans les placards à balais de Poudlard, mais une fois au grand jour, ils méprisaient les vert et argent avec la plus grande application. Il se souvenait distinctement que la forme des petits seins de la préfète des Poufsouffle, mais la jeune fille n'aurait jamais avoué avoir succombé au charme d'un serpent. Ils auraient tous préféré mourir que d'avouer s'être sali avec de futurs Mangemorts, comme ils les appelaient.
Blaise le savait depuis bien longtemps, et il en ricanait plus qu'autre chose. Un jour, peut-être dévoilerait-il les noms de toutes les filles avec qui il avait couché, pour s'amuser et les mettre face à leurs contradictions, mais aujourd'hui, il avait un match à gagner. Au dehors, la neige avait enfin cessé de tomber et le ciel était d'un bleu immaculé : un temps parfait pour un jour de match, qui lui arracha un rictus satisfait. A l'intérieur, de nombreux regards suivirent sa progression vers la table de sa maison, accompagnés d'un concert de sifflements et de huées qui laissèrent le jeune homme de marbre. Il avait l'habitude.
- Salut champion, lança Aliyah alors qu'il prenait place à côté de Pansy. Prêt à faire bouffer la poussière aux Gryffondor ?
- T'as plutôt intérêt, coupa Pansy. Weasley junior se pavane depuis qu'elle est arrivée, j'ai envie de lui faire bouffer ses horribles cheveux.
- Tant d'agressivité dès le matin, Pansy…, répondit Blaise, amusé, en se servant un verre de jus d'orange. T'inquiète pas, Weaslette n'a aucune chance.
L'afro-britannique était confiant et d'excellente humeur, accueillant avec une grande joie le début de cette nouvelle saison. S'il y avait bien quelque chose qu'il adorait, c'était le Quidditch, et la perspective de retrouver la compétition le ravissait. De plus, il s'était entrainé tout l'été, Serpentard disposait d'une très bonne équipe et les conditions météorologiques étaient parfaites : tout ce qu'il fallait pour débuter la saison par un superbe match.
Avec tout ce qui était arrivé depuis le début de cette étrange année, Blaise avait bien besoin de se changer les idées, et il ne connaissait pas de meilleur moyen pour cela que d'écraser les Gryffondor à son sport favori. Il comptait bien mener sa maison à la victoire d'ici midi, et Pansy avait déjà prévu une fête qui risquait bien de durer toute la nuit pour fêter leur succès. La journée s'annonçait radieuse.
Malheureusement, le ciel semblait une fois de plus avoir décidé de se liguer contre lui, et rien ce jour-là ne se passa comme il l'avait prévu. Tout commença peu de temps après son arrivée dans la Grande salle, quand Urquhart, le capitaine de l'équipe, passa les larges portes de bois, l'air passablement furieux. Il fit le tour des joueurs déjà attablés pour leur annoncer ce qui ressemblait à tout, sauf à une bonne nouvelle, et quand il arriva enfin au niveau de Blaise, celui-ci avait déjà eu le temps d'observer les visages soucieux de ses coéquipiers, ce qui n'avait pas manqué de lui donner un mauvais pressentiment. Le capitaine s'arrêta à hauteur du groupe et ouvrit la bouche pour annoncer :
- Vaisey est forfait. Il a failli s'écrouler quand il a voulu se lever, donc impossible pour lui de tenir sur un balai. Je suis à ça d'assassiner Crabbe.
Le capitaine semblait visiblement vibrer de colère, et Blaise se fit la réflexion que ce n'était pas une mauvaise chose que Crabbe soit absent de la Grande Salle ce matin-là. Il ne comprenait que trop bien la fureur du meneur de jeu, car la nouvelle était bien plus mauvaise qui ne l'avait imaginé : Alexandre Vaisey était le meilleur poursuiveur de l'équipe, et son absence était un coup dur. Le jeune homme avait reçu un Cognard dans la tête durant l'entraînement de la veille, mais à ce moment-là, bien qu'un peu étourdi, il leur avait assuré qu'il allait bien. De toute évidence, le choc avait été plus violent qu'ils ne l'avaient cru, suffisamment pour l'empêcher de jouer ce jour-là, ce qu'il n'aurait jamais fait à moins d'être au plus mal. Blaise espérait que Crabbe allait passer un moment encore plus désagréable qu'hier, lorsqu'Urquhart l'avait incendié pour avoir envoyé la balle enragée dans la mauvaise direction. Mais cette désagréable nouvelle n'était rien, comparée à celle qui allait suivre. Alors que Blaise s'attendait à voir le capitaine rejoindre sa place, celui-ci fronça les sourcils en parcourant leur petit groupe des yeux et demanda :
- Où est Malefoy ?
- Il doit être en train de…
- Il est malade, annonça Goyle, coupant par la même occasion la parole à l'afro-britannique. Il a gerbé toute la nuit...
Les huit adolescents se tournèrent vers leur camarade comme un seul homme, tous affichant la même expression étonnée, sauf Urquhart, qui sembla simplement sur le point de s'enflammer de colère.
- Harper a dit qu'il pouvait le remplacer, s'empressa de poursuivre Goyle avant que le capitaine ne se mette à hurler.
Le 7ème année grommela son assentiment dans un chapelet de jurons qui fit hoqueter Daphné quand elle s'aperçut de la présence voisine de 1ère années qui observaient la scène avec des yeux ronds, mais Blaise le remarqua à peine, trop occupé qu'il était à fixer Théo. Il retrouvait sans surprise sur le visage de celui-ci la même expression suspicieuse qui devait sûrement s'afficher sur le sien, expression qui lui indiquait très clairement que le jeune homme non plus n'était pas du tout au courant de cette histoire de maladie.
Pourtant, si leur meilleur ami avait vidé ses tripes toute la nuit dans le dortoir qu'ils partageaient, la logique aurait sûrement voulu qu'ils s'en aperçoivent… Sans parler des insomnies de Théo, à qui rien n'échappait. Si aucun d'eux n'en avait eu connaissance, cela ne pouvait signifier qu'une chose : Drago mentait, par l'intermédiaire de son stupide sous-fifre. Il mentait pour échapper au match, ce match si important, celui qui allait conditionner leurs chances de gagner la Coupe de Quidditch. Dans le regard ambré de Théo, Blaise vit qu'il était arrivé à la même conclusion que lui, et l'afro-britannique sentit une vague de fureur s'emparer de ses entrailles. Comment Drago osait-il les laisser tomber comme ça, le matin-même, sans prévenir, sans même avoir l'honnêteté d'expliquer à son meilleur ami ce qui se passait ? Certes, il avait manqué plusieurs entrainements, prétextant des devoirs ou la fatigue, et Blaise l'avait couvert, parce qu'entre amis, c'est ce que l'on fait, et qu'il savait que Drago restait un excellent joueur, même en loupant quelques séances de pratique. Mais jamais il ne l'aurait cru capable de les abandonner le jour d'un match, de mettre à ce point en péril leur victoire et leur honneur.
Blaise bouillonnait, et il était à deux doigts de rattraper Urquhart pour lui annoncer que le blond n'était qu'un sale menteur égoïste qui ne se souciait de toute évidence pas le moins du monde de son équipe, mais quelque chose dans les yeux de Théo l'en dissuada. Quelque chose de sombre et de tourmenté, qui semblait vouloir dire « Si tu fais une scène maintenant, ça ne fera qu'empirer la situation ». Il voulait régler ça en privé, comme ils l'avaient toujours fait. Soit. Mais ça n'apaisa pas la colère de Blaise, et lui qui s'était levé confiant et d'excellente humeur devint ombrageux et irritable, sous les regards préoccupés de ses amis.
La seule qui n'avait, en cet instant, que faire du Quidditch, de l'état de Drago ou des états d'âme de Blaise était Aliyah. La jeune femme, qui se sentait légère et joyeuse quelques instants plus tôt, venait en effet d'apercevoir la une de la Gazette du sorcier, abandonnée à côté d'elle par une élève de 4ème année. D'ordinaire, elle évitait avec application le journal et ses tristes informations quotidiennes, appliquant religieusement l'adage « Pas de nouvelle, bonne nouvelle » afin de ne pas sombrer dans une inquiétude constante qui l'aurait sans aucun doute dévorée.
Malheureusement, un instant d'inattention avait suffi pour que la revue et ses illustrations mouvantes captent son regard, et elle y avait vu exactement ce qu'elle tentait d'oublier depuis des semaines. L'édition du jour titrait "Poursuite des affrontements sanglants entre Mangemorts et résistance" en gros caractères noirs, au-dessus d'une photographie grisâtre d'Aurors sur une scène de combat, penché au-dessus de ce qui avait tout l'air d'être un cadavre.
A cette vision, la jeune sorcière sentit son estomac se nouer et son cœur remonter douloureusement dans sa gorge. Les battements furieux de l'organe contre ses côtes étouffèrent à ses oreilles le brouhaha qui régnait dans la Grande salle, alors qu'elle se saisissait du journal, subitement prise par l'atroce sentiment de panique qu'elle passait ses journées à réprimer. Les pensées terrifiantes qu'elle gardait sous clé dans le coin le plus sombre de son esprit semblaient s'être libérées de leur prison et s'entrechoquaient à présent dans sa tête, telles une nuée d'abeilles bourdonnantes coincée dans un bocal. Elle ouvrit fébrilement la Gazette en s'efforçant tant bien que mal de conserver un air impassible, ce qui était cependant bien inutile, car tous ses camarades étaient bien trop occupés à penser à l'étrange comportement de Drago et au match à venir pour faire attention à elle. Et si cela lui aurait déplu en temps normal, c'était en cet instant exactement ce qu'elle cherchait, et bien plus tard, elle serait soulagée que personne n'ait remarqué l'inquiétude qui voilait le marron de ses yeux.
Elle n'eut aucun mal à trouver l'article qu'elle cherchait, puisque celui-ci s'étalait sur la totalité de la page 2, accompagné de photos que la jeune femme s'empressa d'ignorer, au risque de vomir tout le porridge de son petit-déjeuner sur la table. L'article faisait état de plusieurs rixes entre forces du mal et Ordre du phénix dans l'est de l'Angleterre et le nord de Londres et annonçait deux décès et plusieurs blessés. A la lecture de cette dernière information, elle se sentit terrassée par la peur, et eut le vif sentiment de se situer au bord d'un précipice, prête à basculer à tout moment dans un trou noir sans fond.
Elle avait le cœur au bord des lèvres quand elle parvint à la liste des victimes, et ce n'est qu'après avoir parcouru les sept noms que celle-ci comprenait qu'elle put enfin reprendre son souffle. Le nom de son frère n'y figurait pas. La jeune fille ressentit une vague de soulagement si intense qu'elle aurait presque pu se mettre à pleurer, là, au milieu de tous ses camarades. Son frère était vivant, se répéta-t-elle, chassant ainsi la nuée de pensées noires qui avaient envahi son esprit. Celles-ci retournèrent dans le compartiment bien fermé à clé de sa tête alors qu'elle refermait le journal, poussant un discret soupir de soulagement. Son frère était en vie. Et tant que les choses restaient ainsi, tout allait bien. C'était son seul point de repère, sa seule préoccupation: peu importe ce qui pouvait arriver, les enlèvements, les rumeurs, les attaques, à Poudlard et ailleurs, tant que le nom de Malik n'apparaissait pas dans la Gazette du sorcier… Tout n'était pas encore perdu.
Le match de Quidditch fut un désastre encore plus grand que Blaise ne l'avait craint. Si le jeune homme avait d'abord tenté de toutes ses forces de ne pas se laisser démoraliser par l'absence de deux piliers de leur équipe, et s'était présenté sur le terrain en affichant un air aussi concentré qu'à son habitude, visiblement prêt à en découdre, sa rage de vaincre n'avait pas tenu bien longtemps. En effet, au bout de la première heure de jeu, les Gryffondor menaient déjà de 80 points, un écart conséquent que les Serpentard étaient incapables de réduire dans des conditions pareilles. Ron Weasley, qui officiait en tant que gardien des lions, semblait presque possédé tant il arrêtait les tirs des Serpentard avec facilité, et bien vite, son nom résonna dans le stade, scandé par la marée de rouge et d'or qui s'agitait dans les gradins. Blaise considérait déjà ses camarades avec mépris le reste du temps, mais en cet instant, il ressentait pour toute cette bande de moutons un dégoût si fort qu'il eut bien du mal à rester concentré sur sa tâche. Pendant encore une longue heure, il fendit l'air sur son balai, esquivant tant bien que mal les poursuiveurs de Gryffondor pour rejoindre les buts, et inévitablement, à chaque fois qu'il y parvenait, Weasley arrêtait ses tirs avec une adresse insupportable qui donnait à Blaise une envie dévorante de lui envoyer un Cognard dans la tête. L'afro-britannique dut marquer 30 points sur la totalité de la partie, ce qui était tellement inférieur à son habitude que c'était en soi une humiliation.
Il fut presque soulagé quand Potter mis fin à son calvaire en attrapant le Vif d'or sous les yeux d'Harper. La voix nasillarde de Zacharias Smith annonça la victoire des lions, tandis qu'Urquhart lançait un regard meurtrier qui avait tout d'inquiétant à l'attrapeur remplaçant. Blaise entendit à peine le fracas de la tribune du commentateur en train de s'écrouler sous l'impact de Ginny Weasley, qui venait de foncer dedans avec toute la vitesse de son balai, et se posa sur le sol, la mâchoire serrée par la colère et la mortification. Dans les tribunes où des dizaines de supporters de Gryffondor étaient en liesse, ses amis l'observèrent jeter au sol son Nimbus 2004 hors de prix et quitter le terrain à grandes enjambées pour rejoindre les vestiaires, sans un regard pour personne. Même à plusieurs mètres, Pansy sentit la fureur qui émanait du corps de son ami, dans ses mouvements secs et son visage fermé. Elle se leva pour partir à sa poursuite, mais Théo se redressa à son tour et posa sa main sur son bras pour l'empêcher de quitter les gradins.
- Laisse. Mieux vaut le laisser un peu seul, le temps qu'il se calme, dit le jeune homme d'un air sombre, les yeux rivés sur la porte derrière laquelle son meilleur ami avait disparu.
- Il va arracher la tête de Drago, fit remarquer Aliyah. Comment est-ce qu'il a pu…
- Pas ici, coupa abruptement Pansy en jetant un coup d'œil à la multitude de camarades qui les entouraient.
Aucun d'eux ne savait ce que signifiait véritablement l'absence de Drago, mais même s'ils lui en voulaient tous d'avoir mené leur équipe à une défaite si humiliante, la brune continuait de faire confiance à celui qui était son frère depuis leur plus jeune âge. S'il avait jugé bon de mentir pour échapper à ce match, il devait forcément y avoir une raison… Et s'il voulait que cette raison reste ignorée de ses camarades de maison, ce n'était certainement pas elle qui allait trahir cette volonté. Tant qu'elle-même obtenait des explications, les autres pouvaient bien rester dans l'ignorance, comme cela avait toujours été le cas.
Malgré l'humeur maussade généralisée des Serpentard, le sort qui devait être réservé à la soirée qui était prévue le sort même pour fêter leur victoire fut très rapidement arrêté.
- Hé, Pansy ! Pour ce soir, on maintient ou pas ?, lança Anna Duke à la brune alors que bon nombre de vert et argent traversaient le parc pour regagner leur salle commune.
Anna Duke était non seulement une plantureuse 7ème année à l'impressionnante chevelure blonde vénitienne qui lui tombait jusqu'au bas du dos, mais elle était surtout la cousine du guitariste des Bizzar' Sisters. A ce titre, elle jouissait d'une grande popularité et était de toutes les fêtes. Elle marchait en compagnie des autres élèves de son année, chaussée d'énormes Doc Martens vertes qui auraient donné des sueurs froides à la mère de Pansy.
En temps normal, le temps sec et ensoleillé aurait poussé les verts et argents à rester à l'extérieur pour réviser au bord du Lac noir ou sur la pelouse verdoyante. Mais après la défaite cuisante qu'ils venaient de subir, personne ne semblait avoir envie de voir les Gryffondor se pavaner, et tous préféraient amplement regagner la sécurité et la tranquillité des cachots, là où personne ne viendrait les chercher.
A l'entente de la question, le premier réflexe de Pansy fut de chercher du regard Blaise ou Drago, ses acolytes de toujours en termes d'organisation de fête, mais évidemment, ni l'un ni l'autre n'était en vue. Ses yeux se tournèrent alors sans surprise vers Tracey, qui marchait à côté d'elle, si près que leurs coudes ne cessaient de s'entrechoquer.
- Une petite fête ne ferait de mal à personne…, fit remarquer celle-ci.
Le sourire malicieux et les yeux brillants de son amie suffirent à convaincre la brune. En vérité, quand elle souriait comme ça, Pansy était capable de dire oui à tout et n'importe quoi. Et puis, pour le coup, Tracey avait raison : un peu d'alcool et de musique était sans nul doute ce dont leurs camarades avaient besoin pour retrouver le sourire.
- On maintient !, lança-t-elle à Anna de vive voix, par-dessus un petit groupe de 3ème années.
Une clameur enthousiaste lui répondit, et la jeune fille se fit la réflexion que finalement, cette journée n'allait peut-être pas se finir de manière aussi désastreuse qu'elle n'avait commencé.
Au même moment, dans les vestiaires, Blaise bouillonnait de rage. Même le jet d'eau brûlante sous lequel il se tenait ne parvenait pas à défaire la tension de ses épaules, et dans sa tête, des envies de meurtre dansaient la gigue avec allégresse. Cette humiliante défaite semblait avoir ouvert la boîte de Pandore cachée dans son cœur, qui contenait toute la rancœur et la colère qu'il réprimait depuis de longues semaines.
Il en voulait à la terre entière : à Drago, évidemment, Drago qui l'avait abandonné, au Quidditch comme dans la vie. Il avait déserté, dans tous les sens du terme, et Blaise réalisait à présent que cela le blessait bien plus qu'il ne l'aurait cru. Sa fureur, qui ne faiblissait pas, ne venait pas seulement du fait qu'il tenait le blond pour entier responsable du fiasco qu'avait été le match, mais bien de ses absences et de ses mensonges. Il se levait aux aurores et rentrait bien après le couvre-feu, disparaissait durant des heures, et les rares fois où Blaise le voyait, il avait l'impression de ne plus connaitre celui qui était censé être son meilleur ami.
Il en voulait à sa mère, aussi, de façon beaucoup plus irrationnelle et injuste. Il lui en voulait de s'être retrouvée dans cette situation insolvable avec Rookwood, d'amener un Mangemort dans leurs vies déjà si compliquées, de les mettre tous les deux en danger. Surtout, il lui en voulait pour toute l'inquiétude qu'elle lui causait, une inquiétude qui lui rongeait les entrailles à chaque instant, comme une plante carnivore qui aurait poussé au fond de son estomac. Il détestait avoir peur, et ce sentiment qu'il connaissait si peu le révulsait. Et injustement, dans sa rage, il détestait Athénaïs de le forcer à l'endurer à chaque instant.
Il en voulait à son père, d'être mort quelques mois avant sa naissance, bien trop tôt pour assumer son rôle, pour aider Blaise à grandir dans ce monde dans lequel il avait encore parfois, après toutes ces années, le sentiment d'être un étranger caché dans un costume trèshabilement tissé. Il en voulait à cet homme qu'il n'avait jamais connu de l'avoir abandonné, de s'être laissé avoir par la Faucheuse que Blaise connaissait bien, à présent, lui qui avait connu tant de morts et d'enterrements. Sa colère était tout aussi irrationnelle que celle qui concernait sa mère, mais c'était plus fort que lui : maintenant que sa rage avait été libérée, il lui semblait que le monde entier en était responsable.
Il en voulait même à Pansy, de n'avoir rien remarqué, de ne pas avoir endossé le rôle de Drago, de passer son temps avec Tracey en délaissant ceux qui avaient toujours été à ses côtés. Elle était bien trop obnubilée par sa camarade pour remarquer que dans son coin, son meilleur ami avait l'impression de devenir dingue, de sentir sa santé mentale se consumer à petit feu dans l'indifférence générale. Même Théo, Théo l'observateur, Théo le perspicace, Théo qui ne rate jamais rien, n'avait rien vu.
Tout ça le rendait dingue. Dingue au point d'avoir envie de hurler, de s'exploser les phalanges contre un mur de pierre, de se bourrer la gueule pour tout oublier. Maintenant que la boîte de Pandore de sa colère s'était ouverte, il était incapable d'en retrouver le couvercle.
Blaise ne hurla pas et ne s'explosa les phalanges nulle part. En revanche, il eut tout le loisir de se bourrer la gueule, dès que la nuit tomba et que les Serpentard redescendirent à la salle commune, après un diner où les autres maisons s'étaient fait un malin plaisir de leur rappeler leur écrasante défaite.
Le jeune afro-britannique avait passé l'après-midi à chercher Drago, habité par le besoin dévorant de passer sa colère sur quelqu'un, mais le blond avait été introuvable, même à l'heure du repas. Alors forcément, dès qu'il avait aperçu une bouteille de vodka, il s'était jeté dessus avec empressement, ravi d'avoir enfin quelque chose pour étouffer la rage qui pulsait désagréablement sous sa peau.
Au bout de quelques heures, l'alcool avait fait son travail à merveille : toutes ses émotions négatives s'étaient fondues dans un étrange et incongru brouillard d'insouciance, comme si, au fond, rien n'avait d'importance. Il voyait à peine où il marchait, s'entendait rire à gorge déployée pour tout et n'importe quoi et se sentait incroyablement léger, malgré ses membres endoloris d'avoir fait danser toutes les filles qui le lui demandaient. Il n'était plus le Blaise des derniers mois, qui cachait sa colère et ses angoisses sous un masque d'arrogance et des sourires hypocrites. Ce soir, il n'y avait plus de soucis, plus de peur, plus de guerre. Ce soir, rien ne comptait.
Assise sur son lit plongé dans la pénombre du dortoir des 6ème années, Daphné, elle, était bien plus lucide que le jeune homme. Elle dessinait, sourde aux pulsations des basses et aux hurlements de rire de ses camarades derrière le mur de pierre, absorbée par son art autant que Blaise l'était par son ivresse. Pour une fois, elle ne se sentait pas tendue ou angoissée, comme elle l'était sans cesse le reste du temps. Seul le dessin avait le pouvoir d'éloigner ainsi ses démons, et elle ne savait pas si elle aurait tenu le coup sans ces parenthèses de calme et de liberté, déjà bien trop rares à son goût.
Contrairement à la précédente soirée, la jeune femme, sentant qu'elle avait cruellement besoin de ce moment de détente et de calme, s'était raisonnée pour laisser Astoria faire la fête sans son chaperonnage protecteur. Régulièrement, la petite voix perfide dans sa tête lui murmurait que sa jeune sœur était peut-être en danger ou avait besoin de son aide, mais elle la faisait taire, se convaincant de la sécurité d'Astoria à grands renforts de « Aucun Serpentard ne lui ferait du mal » et autres « Elle est avec ses amis, et Théo ou Pansy réagirait s'il se passait quelque chose ». Depuis le temps, elle était habituée à se battre contre cette voix, telles deux adversaires lors d'un débat politique, cherchant à convaincre son esprit spectateur de la véracité de leurs propos. Et ce soir-là, c'était elle qui gagnait, et sa récompense était cette quiétude si rare et si salvatrice.
Dans la salle commune, Pansy aussi aurait aimé goûter à cet apaisement, mais ce soir-là, même le goût acre de l'alcool et la musique qui faisait vibrer ses tympans ne parvenaient pas à lui faire oublier le désagréablement sentiment de malaise et de mélancolie qui battait faiblement sous sa peau. Elle était pourtant enchantée à l'idée de faire la fête, à peine quelques heures plus tôt. A présent, plus rien de subsistait de cette excitation immanquablement liée à la perspective d'une bonne soirée, remplacée par une tristesse sourde qu'elle était incapable d'expliquer.
Adossée à un mur de la salle commune, elle regardait sans vraiment le voir Théo descendre un nouveau shot de vodka, sans qu'elle puisse dire combien il en avait bu. De toute évidence, c'était un de ces soirs où son ami avait envie de s'oublier dans l'alcool, de faire taire ses pensées trop envahissantes à coups de cocktails acides. Lui qui avait perdu son insouciance bien plus tôt que le reste d'entre eux, si toutefois il l'avait jamais connue, se permettait de la récupérer pour quelques heures aux milieux des brumes de la boisson et des vibrations de la musique, et elle ne pouvait définitivement pas lui en vouloir. Les heures où le jeune homme sortait de la prison que pouvait devenir sa tête étaient si rares…
Un peu plus loin devant le brun, son autre meilleur ami faisait tournoyer Aliyah sur la piste de danse, l'air d'avoir totalement oublié la fureur qui l'avait habité tout l'après-midi. Pansy avait évité de lui adresser la parole, préférant attendre qu'il se calme plutôt que de subir ses foudres, et elle avait eu raison : le jeune homme avait désormais un sourire accroché aux lèvres, et au bout de ses bras, sa camarade pakistano-britannique se trémoussait en riant. Blaise et Aliyah n'avaient jamais été véritablement amis, mais ils s'étaient toujours bien entendus, notamment en raison de la similitude de leurs caractères. Etonnamment, il n'y avait jamais rien eu entre eux, à part un respect et une camaraderie mutuelle qui leur permettait d'avoir une relation amicale dépourvues de problèmes.
Enfin, à droite de la piste de danse, où Blaise et Aliyah impressionnaient tout le monde, se trouvait Tracey. Pansy la voyait à peine, cachée comme elle l'était par le rideau émeraude qui tombait du plafond, et surtout par la carrure de Charlie Hamilton, mais rien que la courbe douce de son poignet et la finesse de sa main, posée sur le biceps du 7ème année, lui suffisait à savoir que c'était elle. De même que la longueur de ses jambes, dépassant de la robe noire que Pansy l'avait aidé à lacer un peu plus tôt dans la soirée, ou encore la couleur sombre des boucles qui lui tombaient dans le cou et sur les épaules, des boucles si nombreuses qu'elles encadraient aussi bien son visage que celui de Charlie, qui l'embrassait à pleine bouche. Ces mêmes boucles dont Pansy avait respiré l'odeur toute la nuit durant quelques jours plus tôt, et cette même main qui était enroulée autour de sa taille quand elle avait ouvert les yeux, comme si c'était sa juste place. Sans savoir pourquoi, la brune eut envie de grimacer ou de se mettre en colère contre quelqu'un. Mais au lieu de ça, elle détourna le regard et attrapa un shot de tequila posé sur la table à côté d'elle, avant de l'engloutir en un instant. Elle s'empressa de réitérer le geste, bien décidée à oublier toutes ses sombres pensées. L'alcool allait bien finir par la débarrasser de cette insupportable envie de pleurer qui montait dans sa poitrine. Ce n'était qu'une question de temps.
La soirée battait son plein et l'horloge du château avait déjà sonné les douze coups de minuit depuis un moment quand une silhouette fine et athlétique, surmontée d'une chevelure blonde reconnaissable entre toutes, fit son entrée dans la salle commune. Epuisé par une journée de travail sur l'armoire à disparaître et une crise de panique survenue en fin d'après-midi, Drago espérait se faufiler discrètement entre ses camarades fortement imbibés à cette heure tardive et rejoindre son lit sans être aperçu. Il avait plus que jamais besoin de sommeil et de tranquillité, et ne put s'empêcher de maudire Pansy et ses stupides fêtes, qu'elle se mettait maintenant à organiser sans raison particulière, rien que pour le plaisir de se mettre la tête à l'envers, et apparemment, de lui compliquer la vie. Il avait totalement oublié le match de Quidditch, tant il ne vivait plus que pour et par sa mission, complètement déconnecté du reste du monde. Tout ce qui n'était pas un potentiel moyen de survivre l'indifférait, et il dépensait déjà tellement d'énergie à préserver ce secret si lourd à porter qu'il ne lui en restait plus pour se préoccuper de quelque chose d'aussi futile que le sport.
Enveloppant rapidement la foule de son regard d'acier, il entreprit de se faufiler parmi ses camarades afin d'atteindre le couloir qui menait aux dortoirs. Lui qui avait toujours adoré les soirées des Serpentard, la musique assourdissante résonnant sur les murs de pierre, les voix de ses camarades chantant les paroles à tue-tête, l'odeur entêtante de l'alcool qui coulait à flots et la proximité de dizaines de corps en sueur, trouvait ce soir tout cela profondément irritant, et il n'avait qu'une hâte : sortir de ce foutoir pour retrouver son lit.
Il était presque parvenu à la porte qui constituait son salut quand la voix de Blaise retentit dans son dos.
- Hé, Malefoy !
Le blond contrôla avec difficulté le sursaut de son corps à l'entente du timbre de son meilleur ami et se retourna lentement dans sa direction. Nonchalamment assis dans un de leurs fauteuils favoris, Anna Duke perchée sur ses genoux et affalée contre son torse, l'afro-britannique le fixait par-dessus son verre. Quiconque ne le connaissant pas aussi bien que Drago aurait seulement noté l'air affable qu'il arborait et son regard embrumé par l'alcool. Mais le blond voyait au-delà. Il vit tout de suite l'ombre d'animosité et de violence dans les yeux de son ami, habilement cachée derrière le voile de l'ivresse. Sans qu'il ne sache pourquoi, Blaise était en colère.
- Blaise. Je vois que tu t'amuses bien, répondit Drago avec un coup d'œil équivoque vers Anna, assorti d'un sourire factice au coin des lèvres. Personnellement, je suis épuisé, je vais vous laisser profiter.
Pendant un bref instant, il crut qu'il avait réussi et qu'il allait pouvoir clore cette conversation aussi vite qu'elle avait commencée. Mais ça aurait été trop beau. Le visage de Blaise se fendit alors qu'il éclatait de rire, un rire froid que Drago avait entendu de nombreuses fois, mais qui ne lui avait que rarement destiné.
- Ah ça, tu dois être épuisé ! C'est vrai que nous autres, on n'a rien fait de notre journée, hein les gars ?, lança l'afro-britannique aux élèves qui l'entouraient.
- C'est absolument pas ce que j'ai dit…, tenta Drago le plus calmement possible.
- Tu n'en as pas besoin. J'ai bien compris que tu avais beaucoup mieux à faire que nous. Le grand Drago Malefoy est au-dessus de tout ça.
- Au-dessus de ça quoi ?
Drago comprenait de moins en moins d'où venait le ressentiment de Blaise à son égard. Cette incompréhension, combinée à la fatigue et à la désagréable sensation d'être observé par la moitié des élèves présents dans la salle commune, ne l'aidait pas à garder son calme, et il sentit que sa patience s'amenuisait de seconde en seconde.
- Au-dessus des matchs de Quidditch, par exemple, répondit Blaise, sans l'ombre d'un rire désormais.
Drago prit violemment conscience de son erreur, en une poignée de secondes, tandis qu'autour de lui, le volume sonore semblait baisser, comme si ceux qui l'entouraient s'étaient tus pour écouter la conversation.
- Je me sentais vraiment pas bien…, commença le blond en insufflant le maximum de conviction dans sa voix, se souvenant que c'était l'excuse qu'il avait ordonné à Goyle d'avancer.
- Epargne moi tes conneries, Malefoy, le coupa Blaise en se levant brusquement, manqua de faire tomber Anna. Tu sais mieux que personne que je déteste qu'on me prenne pour un con.
- Je vois pas de quoi tu parles Blaise.
- Ah, vraiment ? Donc tu nous as absolument pas plantés le matin du premier match de l'année, en utilisant une excuse foireuse et en nous conduisant d'office à la pire humiliation que notre équipe ait connu depuis des années ? Ça te dit rien, tout ça ?
Drago savait qu'il ne devait pas attiser la colère du brun, et que rentrer dans le conflit était une erreur. Tout cela, sa raison le savait pertinemment. Mais il était épuisé, à bout de force et de patience, et aux légers tremblements de sa baguette dans sa poche, il sut que si Blaise continuait ainsi, il ne réussirait pas à garder son calme très longtemps.
- Tu débloques complètement.
- Moi, je débloque ? C'est MOI qui débloque ?, répéta l'afro-britannique en criant presque, cette fois. Tu te comportes comme un sociopathe, t'as la tronche d'un mec qui vit reclus dans une grotte sans s'alimenter, plus personne ici n'a envie de te fréquenter et c'est moi qui débloque ?
- Tais-toi, Zabini. Vraiment, ferme ta gueule, répondit Drago entre ses dents, la mâchoire serrée.
- Sinon quoi, Drago ? Le petit chéri à sa maman va s'énerver ? Je vois pas ce qu'un mec qui s'est toujours caché derrière le nom de son père va bien pouvoir me faire.
Personne n'eut le temps de réagir. Dans un craquement, Drago balança son poing dans la mâchoire de Blaise, déclenchant des cris autour d'eux.
Daphné avait vraiment cru pouvoir passer une soirée en paix. Pour une fois qu'elle s'était accordée un moment de détente et de tranquillité… Elle ne pouvait décidément jamais être tranquille, se dit-elle alors qu'elle tenait les cheveux d'Astoria, qui vomissait tripes et boyaux dans les toilettes des Serpentard. Il avait fallu qu'elle laisse sa petite sœur faire la fête sans sa surveillance une seule fois pour que celle-ci dépasse ses limites et que son amie Ella vienne la chercher dans son dortoir, car l'adolescente, au milieu de sa tourmente, réclamait sa grande sœur.
Heureusement, Daphné, pour avoir vu ses amis dans le même état à de nombreuses reprises, savait qu'à part un réveil très désagréable le lendemain, Astoria ne risquait rien. Sans ça, elle aurait immanquablement cédé à la panique, mais les nombreuses fois où elle s'était retrouvé dans la même situation avec Pansy lui suffisait à rester calme. Elle se contentait de tenir la chevelure brune de sa sœur en lui murmurant des paroles réconfortantes, attendant que la nausée se calme.
Il fallut une demi-heure pour que la jeune fille finisse de rejeter tout l'alcool qu'elle avait ingurgité. Daphné s'empressa alors de l'emmener à son dortoir, où elle la borda en lui répétant qu'elle ne lui en voulait pas et que ce n'était rien de grave, face à une Astoria se répandant en excuses, les larmes aux yeux. Finalement, la brune finit par s'endormir, épuisée, sous le regard aimant de son aînée. Ainsi assoupie, Astoria perdait les airs de grande fille qu'elle aimait à se donner en plein jour, et redevenait la gamine innocente que Daphné avait tant à cœur de protéger depuis toujours. Elle-même avait perdu sa naïveté depuis longtemps, car il n'y avait pas de place pour ce sentiment dans le monde qui était le sien. Mais elle tenait à ce qu'Astoria conserve la sienne le plus longtemps possible. Elle voulait que sa sœur puisse avoir une enfance.
Elle quitta la chambre après un dernier regard pour le visage pâle et paisible de sa cadette, et s'apprêtait à regagner son lit en se disant que finalement, cela n'avait été qu'un petit contretemps dans sa soirée, quand elle entendit des exclamations en provenance de la salle commune.
Elle ne sut pas si c'était la curiosité, l'inquiétude ou le hasard qui la poussèrent à aller voir de quoi il retournerait, mais quand elle poussa la porte et pénétra dans la pièce, son cerveau eut bien du mal à analyser la scène qui s'y déroulait. Sous ses yeux, Blaise, dont la blessure à la lèvre s'était rouverte sans qu'elle ne sache pourquoi, envoya un violent coup de poing dans l'estomac de Drago, qui se courba en deux dans un hurlement de douleur. Il se redressa et allait se jeter sur le brun, quand Pansy poussa un cri en se précipitant vers lui :
- Drago, arrête !
Trop tard, le blond avait réussi à atteindre le visage de son meilleur ami et lui envoya son poing dans le nez dans un craquement particulièrement audible. Daphné ne sut pas vraiment comment elle se retrouva devant Blaise. Un instant plus tôt, elle était à la porte, observant la scène avec stupeur, et voilà qu'à présent, elle était en plein milieu du conflit. Dans son dos, Pansy avait été rejointe par un Théo tout aussi alcoolisé qu'elle, et tous deux tentaient tant bien que mal de maitriser Drago, qui hurlait qu'il allait faire la peau à Blaise.
- T'es vraiment qu'un sale connard ! Tu comprends rien à rien, pourquoi tu l'ouvres ?
Daphné n'avait jamais vu le blond dans une telle rage, qui n'avait d'égal que celle de Blaise, qui répondait à son ami avec tout autant de fureur.
- Blaise, arrête !, lui hurla-t-elle alors qu'il tentait d'atteindre Drago.
Elle mit les mains sur son torse pour le repousser loin du blond, et hurla à nouveau pour couvrir le vacarme :
- Arrête, s'il te plait !
Dans son dos, elle pouvait entendre Pansy et Théo entrainer Drago vers les dortoirs, bien qu'il soit encore en train de promettre mille souffrances à Blaise. Celui-ci posa le regard sur elle en l'entendait s'époumoner, et un instant, en voyant son air furieux et son visage ensanglantée, elle crut qu'il allait lui hurler dessus ou la faire déguerpir. Après tout, il lui aurait suffi d'un mouvement pour l'envoyer valdinguer loin de lui. Mais il n'en fit rien : il la regarda juste, avec le même regard étincelant de colère, comme s'il attendait qu'elle parle à nouveau. Elle voyait bien que sa rage était toujours là, mais au moins, elle ne manifestait plus physiquement. Elle poussa un soupir las en voyant son nez cassé et ses blessures rouvertes.
- Viens avec moi.
Elle l'attrapa par le bras et l'entraina vers la sortie de la salle commune. Elle l'atteignit sans le moindre mal, car autour d'eux, tout le monde s'écartait, comme par peur que Blaise ne saute à la gorge de quiconque se mettrait en travers de leur chemin. Autour d'eux, la mélodie d'une chanson à la mode sortait toujours de la radio poussée à plein volume, mais elle ne collait plus du tout à l'ambiance qui régnait dans la pièce. Daphné accueillit avec plaisir le silence qui les enveloppa quand ils sortirent et que la porte se referma derrière eux, faisant instantanément disparaitre la fête de l'autre côté du battant. La blonde alla jusqu'aux toilettes des filles qui se trouvaient près des cachots et qui étaient rarement utilisées, car froides, vétustes et humides, et fit asseoir Blaise à même le sol, faute de mieux. Le jeune homme n'avait plus parlé depuis qu'il avait cessé de hurler sur Drago et obéit docilement. Pendant un moment, seul le bruit de l'eau coulant du robinet que Daphné avait ouvert troubla le silence. Elle humidifia un morceau de papier avant de s'asseoir en face de son camarade et de nettoyer avec douceur le sang qui coulait de son arcade sourcilière.
- Je suis désolé, lâcha bientôt Blaise sans la regarder, les yeux fixés sur ses jambes croisées.
- De ?, demanda doucement Daphné.
- J'ai ruiné tout ton travail, expliqua-t-il en désignant les blessures qu'elle était en train de nettoyer.
- C'est vrai. Il faudrait peut-être songer à arrêter de te battre, je ne serais pas toujours là pour jouer les infirmières.
Le brun ne répondit rien, et le silence s'installa à nouveau entre eux. Il se sentait beaucoup plus sobre à présent, comme si cette bagarre avait fait disparaitre tous les effets de l'alcool de son corps. Et surtout, la colère semblait l'avoir déserté. Il se sentait juste las, triste et honteux. Il n'avait aucune idée de la façon dont cette soirée avait pu dégénérer à ce point. Drago et lui n'avaient jamais eu de différents aussi violents. Depuis toujours, ils étaient inséparables, complémentaires, comme les deux yeux d'un même visage. Pourtant, ce soir, il avait l'impression d'avoir fait voler en éclats des années d'amitié.
- Est-ce que ça te fait mal ?, demanda Daphné en effleurant son nez cassé du bout des doigts, le sortant de ses sombres pensées.
- Pas trop. Je crois que l'alcool annihile la douleur.
- Tu préfères que j'essaie de le réparer moi-même ou attendre d'aller à l'infirmerie demain ?
Sans vraiment y réfléchir, sans être sûr que sa réponse avait transitée par son cerveau avant de se bousculer sur ses lèvres, Blaise répondit :
- Tu peux y aller.
Et à leur surprise commune, il ajouta dans un souffle :
- Je te fais confiance.
Et il se rendit compte qu'il le pensait. Il était incapable de dire si cela serait toujours le cas demain, mais cette nuit-là, après cette journée aussi surréaliste qu'atroce, il lui faisait confiance.
Daphné sourit. Et devant le visage pâle de la jeune fille, encadré par sa chevelure éclairée par les néons tremblotants des toilettes, Blaise se dit qu'elle était belle. Bien sûr, elle l'était en général, et l'afro-britannique n'avait jamais été assez stupide ni assez aveugle pour le nier, mais sa beauté froide ne l'avait jamais attiré, bien trop concentré qu'il était sur tout ce qui le rebutait chez sa camarade. Mais cette nuit, il lui faisait confiance et elle lui souriait. Blaise la trouva belle. Il se dit qu'il avait envie de la faire sourire plus souvent.
Voilà pour ce chapitre 13 ! Je sais qu'il arrive avec des mois de retard et je ne sais même pas si quelqu'un le lira, mais si c'est le cas, j'espère qu'il vous aura plu. Si le cœur vous en dit, je serais ravie de savoir ce que vous en avez pensé dans de plus amples détails par commentaire. Je voulais aussi vous dire que je compte bien terminer MAFRNDS, mais je ne vais probablement pas pouvoir reprendre mon rythme de publication d'une fois toutes les deux semaines à l'avenir. Je vais avoir une année scolaire assez chargée à partir de septembre, donc je ne peux pas vous garantir des publications régulières. Mais je continuerais à poster aussi souvent que possible ! Merci de tout cœur de me lire.
Je vous embrasse, à la prochaine.
