Previously on MAFRNDS : Les Serpentard ont lamentablement perdu le premier de Quidditch de la saison contre les Gryffondor, principalement du fait de l'absence d'Alexandre Vaisey, l'un des meilleurs poursuiveurs de l'équipe, en raison d'une blessure, et de celle de Drago, ayant prétendu être malade. Défaite et humiliation qui ont provoqué la fureur de Blaise. Pansy a tout de même décidé de maintenir la fête censée être destinée à fêter la victoire de leur maison, fête qui s'est très mal terminée quand un Blaise très alcoolisé s'en est pris directement à Drago, l'accusant d'avoir manqué le match volontairement, de se comporter « comme un sociopathe » et de se cacher « derrière le nom de son père ». Des mots très violents pour Drago, qui lui a envoyé son poing dans le nez, provoquant une rixe physique entre les deux meilleurs amis. Ils ont finalement été séparés par Pansy, Théo et Daphné, les deux premiers emmenant Drago dans son dortoir tandis que Daphné sortait soigner les blessures de Blaise à l'extérieur de la salle commune.


CHAPITRE XIV

Cette nuit-là, Pansy et Théo dormirent mal. Pas seulement parce que l'incroyable quantité d'alcool qu'ils avaient ingurgités commençait à s'agiter dans leur estomac, ou à cause des pulsations sourdes de la musique qui semblaient encore battre sous leurs crânes, mais surtout en raison des évènements qui avaient sonné le glas de leur soirée.

Après avoir réussi à trainer Drago jusqu'à son dortoir, les deux amis s'étaient regardés, incrédules, incapables de savoir quoi dire ou quoi faire. Pansy s'était retenue de hurler sur Drago, tandis que Théo, révulsé par l'étalage de violence auquel il venait d'assister, regardait son meilleur ami d'un œil sombre, silencieux et accusateur.

N'importe qui aurait été en colère face au comportement de leurs deux amis, mais à cela s'ajoutait une incompréhension qui donnait déjà un mal de crâne à Pansy. En effet, s'il y avait bien une chose que les Serpentard ne faisaient jamais, c'était se battre. Ils se servaient volontiers de leurs cerveaux, et bien plus souvent, de leurs baguettes, mais jamais de leurs poings. Le corps à corps, le combat bestial se résumant à de la force brute, c'était bon pour les moldus et leurs manières d'animaux, pas pour les sang-purs.

Pansy se souvenait d'un jour, quand elle avait quatre ans, où elle s'était jetée sur Drago et l'avait roué de coups à la force de ses petits poings, après qu'il se soit moqué de ses cheveux. A l'époque, c'était un sujet sensible pour elle, et l'enfant vive et expansive qu'elle était alors avait encore du mal à contrôler ses émotions. Quand son père était arrivé sur les lieux, attiré par les cris de Drago, il les avait séparés d'un violent coup de baguette, projetant sa propre fille à quelques mètres de là. Elle s'était brisé le poignet en retombant, et plus tard, sa mère avait refusé que les elfes la guérissent, affirmant que cela « lui apprendrait à se battre comme une moldue ». Pansy se souvenait encore de l'air indifférent de sa génitrice devant son visage plein de larmes, et du dégoût qui vibrait dans sa voix quand elle avait prononcé le mot « moldue ». L'enfant n'avait été soignée que deux jours plus tard, quand son professeur de piano avait affirmé qu'elle serait incapable de jouer avec la main dans cet état. Drago, lui, n'avait même pas été blessé dans l'altercation. Après cela, Pansy n'avait plus jamais levé la main sur quelqu'un.

C'était une leçon qu'ils avaient tous eu à retenir, d'une manière ou d'une autre, si bien que la salle commune des Serpentard n'avait pas dû voir de rixe physique depuis bien longtemps. Jusqu'à ce soir. Et Pansy comme Théo était incapable de comprendre ce qui était passé par la tête de leurs amis pour en arriver là.

Drago, qui avait arrêté de hurler et était à présent assis sur son lit, massait les jointures endolories de sa main droite, conscient du silence désapprobateur de ses amis debout à ses côtés. Sa colère retombée comme un soufflé sorti du four, il était désormais lui-même incapable d'expliquer ce qui lui avait pris. Pendant un instant, il avait juste eu envie d'effacer ce sourire narquois du visage de Blaise, de défigurer ce physique d'éphèbe qui faisait sa fierté, totalement contrôlé par l'énergie sombre et destructrice qui était désormais seule à le faire encore avancer. Ça avait été l'instant de trop. Et maintenant, il était là, à sentir sur lui les regards furieux des deux meilleurs amis qui lui restaient à présent.

Au bout d'un long moment, Pansy fit claquer sa langue sur son palais et siffla :

- Je sais même pas ce que je fais là. J'ai rien à te dire.

Elle adressa à Théo un regard qu'il ne chercha pas à déchiffrer et quitta la pièce, faisait claquer ses talons sur le sol. Le bruit s'évanouit vite alors que la jeune fille s'éloignait dans le couloir, et bientôt, Drago se retrouva seul avec le brun, dans un silence assourdissant qui le faisait se sentir encore plus mal. Son ami le fixa encore un instant, les bras croisés sur son torse, ses yeux d'ambre dénués d'émotions. Drago connaissait bien cette expression : Théo s'était refermé, et le regardait désormais comme il regardait le reste du monde, avec méfiance et impassibilité. Il ne l'avait pas regardé comme ça depuis des années. Drago se targuait d'être une des rares personnes en ce bas monde à avoir la confiance de Théo, et à cet égard, l'un des seuls à savoir à quel point elle était difficile à obtenir. Même si, aux yeux du reste de l'école, Drago et Blaise étaient les inséparables et Théo l'homme de l'ombre, toujours un peu seul, toujours un peu en retrait, eux savaient que c'était faux : Drago et Théodore partageaient des choses que jamais Blaise ne pourrait comprendre, et même s'ils le montraient moins au monde, Drago aurait remis sa vie entre les mains du brun sans la moindre hésitation. Leurs enfances de fils de Mangemorts et d'héritiers, les secrets similaires qu'ils gardaient, tout ce qu'ils avaient traversés ensemble avaient fait d'eux des frères, capables de se comprendre sans un geste, de se parler sans un mot. Théo était sûrement la personne au monde qui le comprenait le mieux, et c'était très probablement réciproque. Voilà pourquoi Drago savait pertinemment ce qui se passait dans la tête du jeune sorcier en cet instant, alors qu'il se détournait de lui pour enfiler son pyjama en quelques gestes maitrisés, trop maitrisés, de ceux qu'il utilisait quand il ne voulait pas laisser paraitre ce qui l'agitait à l'intérieur. Drago savait pourquoi Théo était si en colère, et par Merlin, il s'en voulait tellement qu'il avait envie de se frapper la tête contre un mur. Pas une seule seconde il n'y avait pensé en envoyant son poing dans la mâchoire de Blaise, tout à sa colère et à sa détresse, mais à présent qu'il réalisait son erreur… Il se haïssait.

Il resta ainsi longtemps, allongé sur son matelas, fixant le plafond de son lit à baldaquin d'un regard vide. Pour un peu, il aurait presque cru qu'il était mort, entre le mutisme de Théo et la pénombre du dortoir, mais il se sentait bien trop mal pour que l'on l'ait libéré de ses souffrances. Il crevait d'envie de dire quelque chose pour trouer ce silence insupportable, mais il n'en trouva pas le courage. La plupart du temps, le silence de Théo était comme une brise, léger et confortable, et Drago en avait l'habitude. Mais le jeune homme avait aussi la capacité de vous faire sentir son mutisme comme une tempête, violente et pesante. Ce soir-là, Drago s'endormit au milieu d'un ouragan.


Dans les jours qui suivirent, Blaise découvrit ce qu'était véritablement la solitude. Contrairement à Pansy, Drago et Théo, qui la connaissaient tous bien, Blaise ne s'était jamais vraiment senti seul. D'abord, il avait formé un duo soudé avec sa mère, comprenant bien vite que, seuls contre tous, ils étaient mutuellement tout ce que l'autre avait. Ensuite, il avait fait son entrée dans le monde des sang-pur et avait découvert que son charisme faisait de lui un astre autour duquel les autres ne pouvaient s'empêcher de graviter. Les garçons voulaient être ses amis et les filles tombaient sous son charme (et l'inverse, parfois), et au milieu de ce tourbillon d'admiration et d'attention, il avait fait taire le sentiment d'imposture qui aurait voulu lui coller à la peau, et était devenu l'un des jeunes hommes les plus en vue de la bonne société sang-pur d'Angleterre. Blaise aimait être sous les projecteurs, sentir l'amour et l'admiration de ceux qui l'entouraient, mais surtout, il se nourrissait de l'affection et du soutien constants et inconditionnels de ses meilleurs amis, les seuls qui soient parvenus à être plus que des admirateurs, des figures passagères dans sa vie. Théo, Pansy et Drago étaient ses piliers, aussi vitaux pour lui que ses poumons ou son cerveau. Même plus que son cerveau, aurait sûrement dit Pansy.

Or, il découvrait à présent à quoi pouvait ressembler la vie sans eux. Si Drago s'était distingué par son absence durant les précédentes semaines, il semblait s'être totalement volatilisé depuis leur altercation, et Blaise ne l'apercevait même plus en classe. Pansy et Théo, eux, étaient bien présents et visibles, mais la colère que Blaise percevait encore dans leurs yeux quand ils le regardaient avait créé un fossé entre eux, et il avait eu droit au traitement « passif-agressif » de leur part depuis la fête. Les deux adolescents restaient tous les deux, parfois accompagné de Tracey et des autres filles, et lui se trouvait cruellement seul. Bien sûr, ce n'était pas une solitude physique : il y avait toujours dans Poudlard une personne ravie de passer du temps avec lui, que ce soit chez ses camarades de Serpentard ou parmi les jeunes filles qui espéraient obtenir plus qu'un regard de sa part. Mais tous ces gens n'étaient pas ses amis, et même en leur compagnie, il se sentait seul.

Etrangement, la seule personne qui lui adressait encore la parole de façon régulière et dépourvue d'animosité se trouvait être nulle autre que Daphné Greengrass. Si on lui avait dit ça ne serait-ce que quelques mois auparavant, il ne l'aurait jamais cru, mais quand la blonde s'approcha de lui par un après-midi où il se morfondait dans un fauteuil de la salle commune, il aurait presque pu l'embrasser tant il était heureux de la voir. La blonde s'assit dans le fauteuil voisin, et sortit un parchemin couvert de lignes. Elle ne prononça pas un mot, ne fit pas un seul commentaire sur la tête de six pieds de long qu'il faisait, et se contenta de sortir une plume et de s'atteler à ce qui semblait être un devoir de métamorphose, que lui-même avait déjà terminé. C'était bien une des premières fois que cela lui arrivait, mais en l'absence de ses amis, travailler devenait une distraction presque bienvenue. Il observa Daphné, sa chevelure blonde comme d'habitude attachée en un chignon si compliqué qu'il se dit qu'elle devait utiliser la magie pour le faire, ses mains fines aux ongles parfaitement manucurés, son uniforme noir et vert qui faisait ressortir la pâleur de sa peau. Il avait passé des années à observer la reine de glace, comme il se plaisait à l'appeler, mais il se trouvait toujours stupéfait par cette impression de perfection qui se dégageait d'elle, comme si elle maitrisait tout, tout le temps. Aussi pénible que cela puisse être de l'avouer, il l'enviait un peu d'avoir tant de contrôle sur sa vie. Lui semblait en avoir en apparence, mais à l'intérieur, ce n'était que tempêtes et hurlements, passion et excès. Le véritable Blaise ne pouvait être plus éloigné de la façade de calme et de maitrise qu'il offrait au monde extérieur.

- Tu as terminé ton devoir de divination ?

Daphné n'avait pas bougé d'un pouce, toujours occupée à griffonner sur son parchemin d'une main assurée, mais sa voix douce et calme s'était bien fait entendre, sortant Blaise de sa contemplation et de ses pensées.

- Pas encore. J'avais prévu d'aller observer le ciel pour vérifier mes calculs avant demain, mais à chaque fois que j'ai voulu y aller, j'ai failli tomber sur Rusard ou sur un préfet.

- Je te croyais plus habile que ça, murmura la jeune fille sans relever la tête de son parchemin.

Si elle n'avait pas été aussi proche, Blaise aurait cru à une moquerie annonçant le retour des hostilités qui avaient été leur quotidien pendant tant d'années. Mais de là où il se trouvait, il avait une vue plongeante sur le profil droit de sa camarade, et apercevait donc sans mal le rictus narquois qui s'était étiré au coin de ses lèvres, si discret qu'il aurait pu le rater s'il n'avait pas connu aussi bien les expressions de la blonde. C'était le même rictus que lorsqu'elle s'était moquée des joueurs de Quidditch devant lui, le même que quand il avait compris que c'était elle qui avait partiellement métamorphosé Justin Chambers en cochon. Pas un véritable sourire, comme celui qu'elle lui avait offert le samedi précédent en le soignant et qu'il avait bien du mal à oublier depuis, mais le signe qu'elle se moquait de lui. Blaise n'avait pas toujours beaucoup d'autodérision, et il n'avait certainement jamais apprécié que Daphné Greengrass le tourne en ridicule, mais cette fois-ci, ce n'était pas de ça dont il s'agissait. Cette fois-ci, c'était comme s'ils partageaient une blague que personne d'autre ne pouvait comprendre, comme s'ils étaient assez proches pour se moquer l'un de l'autre sans que cela soit fait avec méchanceté. Blaise se surprit à aimer ça, et perdu au milieu de ces pensées, il en oublia de répondre.

C'est ainsi que Théo et Pansy les trouvèrent, quand ils rentrèrent de leur cours d'études des runes en compagnie de Tracey : travaillant l'un à côté de l'autre en silence, avec un calme et un naturel pour le moins surprenants. Pansy jeta un coup d'œil interloqué à Théo, qui observait lui-même la scène d'un air interdit, avant se tourner vers Tracey, qui arborait comme souvent un petit sourire au coin des lèvres. Avec les évènements qui avait mis un terme à la fête du samedi précédent, Pansy en avait oublié l'image de la silhouette de Tracey à-demi cachée par la carrure puissante de Charlie Hamilton l'embrassant à pleine bouche, ainsi que l'étrange dégoût que cela avait provoqué en elle, et c'était pour le mieux : ses relations avec son amie étaient toujours au beau fixe, et il était désormais rare de voir les deux jeunes filles séparées. Ce qui expliquait certainement pourquoi Pansy n'avait pas remarqué plus tôt l'apaisement des relations entre Blaise et Daphné, pourtant tous deux supposés être ses meilleurs amis. Le choc de les voir là, assis l'un à côté de l'autre comme s'ils avaient été amis toute leur vie, était donc conséquent, et elle se promit de demander plus d'informations à Daphné dès qu'elle en aurait l'occasion.

Théodore, lui, n'était pas aussi surpris que son amie : il s'était comme d'habitude montré bien plus attentif, et avait déjà remarqué que les hurlements, moqueries et remarques mesquines qui rythmaient habituellement leurs journées du fait de leurs camarades avaient disparus depuis un moment. Cela devait bien faire un mois, maintenant, qu'on ne les entendait plus, ni l'un ni l'autre : Théo avait cru qu'ils avaient décidé de ne plus se parler, pour éviter de provoquer le conflit et de se donner en spectacle comme ils l'avaient tant fait par le passé. Mais de toute évidence, ce n'était pas un cessez-le-feu mais bien un armistice qu'il avait devant les yeux : Blaise et Daphné ne se hurlaient plus dessus, mais mieux encore, ils passaient du temps ensemble. Théo eut d'abord le réflexe de se dire qu'il en parlerait avec Blaise le soir-même, dans leur dortoir, pour en savoir plus sur la façon dont tout cela était arrivé, mais il se rappela qu'il était toujours censé être furieux contre lui. Non pas qu'il ne le soit plus, mais avoir Blaise à ses côtés était si profondément ancré dans ses habitudes et dans sa nature que ne pas lui parler relevait d'un changement difficile à appréhender.

Heureusement, lui et Pansy n'avaient pas l'intention de prolonger cette situation de façon indéfinie : ils voulaient simplement faire prendre conscience à leurs amis que leur comportement les avaient mis hors d'eux. Pansy avait passé son dimanche à pester, entre gueule de bois et fureur à l'encontre de Blaise et Drago, et c'était Théo qui avait dû l'apaiser, quand bien même il était certainement encore plus en colère, en réalité. Il soupçonnait Pansy d'utiliser l'énervement pour masquer sa peur, née de son angoisse face à la guerre qui se préparait, de son incompréhension des silences et des absences de Drago, et de sa crainte naturelle du changement. Lui n'avait pas peur : en tout cas, son énervement n'avait pas pour but de cacher ses angoisses. Sa fureur était bien réelle, et venait tout simplement du fait que la violence, et en particulier la violence physique, le révulsait. Et cela, Blaise et Drago le savaient pertinemment. Voilà pourquoi Théo était furieux, et pourquoi il était résolu à le faire comprendre à ses deux amis.

Enfin, à Blaise, surtout. Car il voyait mal comment Drago pourrait comprendre quoi que ce soit, alors qu'il manquait à nouveau à l'appel depuis samedi soir : Théo n'avait fait que l'apercevoir à quelques cours, durant lesquels il s'asseyait avec Crabbe et Goyle et ne parlait à personne d'autre. Les deux acolytes semblaient désormais être ses remparts contre le monde extérieur, ne laissant personne l'approcher, à tel point que Théo ne savait même plus si ce n'était pas, finalement, Drago qui décidait de ne plus lui adresser la parole, et non l'inverse. Il savait à quel point le jeune homme pouvait être fier, et il craignait que les paroles de Blaise durant la fête ne l'aient mis suffisamment en colère pour qu'il décide de s'éloigner d'eux. Lui-même se souvenait à peine de ces paroles, trop éméché qu'il était au moment où elles avaient été proférées, mais c'était bien le genre de Drago, de bouder pendant des jours à cause de ça. Sans parler de tout ce qui avait changé dans la vie du blond depuis le début de l'été… Blaise aurait tout de même pu s'abstenir d'en rajouter, et cela ne faisait qu'augmenter la colère de Théo envers lui. En ce qui concernait Drago, il considérait qu'il fallait lui laisser un peu de temps, et que les choses finiraient par revenir à la normale. Ça ne servait à rien de le brusquer.


Le mois de Novembre passa à la fois péniblement lentement et incroyablement vite. Il s'écoula dans une ambiance étrange, qui ressemblait au sentiment que l'on ressent quand on sent que quelque chose a changé chez quelqu'un que l'on connait bien, mais sans pouvoir dire quoi exactement. Une nouvelle coupe de cheveux, un bronzage plus marqué, une nouvelle tenue… En cet automne 1996, c'était la même chose à Poudlard. L'école était toujours la même, avec ses murs en pierre centenaires et ses courants d'air incessants, ses rires d'élèves et son odeur de citrouille propre à la saison : en bref, c'était la maison, comme toutes les années précédentes. Mais quelque chose avait changé, sans que personne ne soit capable de mettre le doigt dessus.

En y réfléchissant bien, c'était certainement un tout, fait de la multitude de changements qui s'étaient opérés en seulement quelques mois : la brusque passion de Pansy pour Tracey, la terreur voilée dans les yeux si rieurs d'Aliyah, les silences de Milicent que personne ne semblait remarquer, l'arrivée d'un Mangemort au manoir de Rosbourg et dans la vie de Blaise, les procès et peines de prison qui avaient plongé les Nott et les Malefoy dans la tourmente, l'éloignement volontaire de Drago qui avait suivi, et surtout, la guerre au-dehors, qui se faisait plus tangible de semaines en semaines… Tout un tas de grands changements, dont, pourtant, tout le monde refusait de parler. Les Serpentard, en particulier, faisaient comme si de rien n'était, eux qui avaient toujours été les plus doués pour jouer les autruches : entre les murs de la salle commune, on n'entendit pas parler de la guerre de tout le mois, qui fut au contraire rythmé par les fêtes et les rires. Rires forcés, parfois, mais rires tout de même, ce qui était toujours mieux que les airs sérieux et inquiets qu'ils observaient de plus en plus souvent sur les visages des Gryffondor.

Heureusement, la fin du mois amena avec elle une bonne nouvelle, que Pansy attendait avec impatience : le gel du lac noir. En effet, si une pluie glacée tombait sur le domaine depuis déjà plusieurs semaines, il avait fallu attendre le 23 novembre pour que les températures descendent suffisamment bas et qu'une couche de gel suffisamment épaisse se dépose sur le lac. C'est Daphné qui s'en aperçut la première, lors d'une nuit d'insomnie qu'elle termina avec une cigarette dans une salle vide du château, de laquelle elle avait une vue imprenable sur le domaine. Sous ses yeux, le parc se réveillait doucement, l'herbe brillante de givre, le ciel coloré d'un bleu glacé, le vent faisant tomber les rares feuilles qui s'accrochaient encore aux arbres. Et au-delà, les eaux du lac, immobiles car gelées, sur lesquelles se reflétait la lumière du soleil levant.

Après avoir carbonisé le mégot de tabac et fait disparaitre les cendres, elle s'empressa d'aller réveiller sa meilleure amie, car elle savait que même un samedi matin, avec une nouvelle pareille, elle serait forcément bien reçue. Elle pénétra à pas de loups dans le dortoir où ses quatre amies dormaient encore, et s'approcha du lit où dormait la brune, recroquevillée sur elle-même, le visage paisible et tourné en direction de Tracey. Dans le lit voisin, cette dernière respirait paisiblement, complètement étalée sur le matelas, la main gauche pendant vers le sol. Daphné resta observer Pansy quelques instants, toujours étonnée de voir à quel point le sommeil adoucissait les traits habituellement si durs de sa meilleure amie : départie de ses sourcils froncés, de son regard méprisant et de ses sourires narquois, la jeune fille redevenait presque l'enfant que Daphné avait connu, une éternité auparavant. Finalement, elle s'approcha d'elle et lui secoua doucement l'épaule :

- Pans'… Pansy.

La brune grogna et remua faiblement, mais il en fallait un peu plus pour la tirer du sommeil. Aussi Daphné répéta ses appels, un peu plus fort, jusqu'à ce que son amie marmonne, les yeux toujours hermétiquement fermés :

- J'espère que tu as une excellente raison de venir me casser les c…

- Le lac est gelé, annonça Daphné à toute vitesse, avant que la brune ne se mette à jurer et à essayer de lui arracher la tête.

Immédiatement, Pansy se départie de la grimace grognon qui s'était formée sur son visage, et ouvrit de grands yeux verts en direction de son amie.

- Quoi ?, s'exclama-t-elle, cette fois-ci parfaitement réveillée.

Quelques mètres plus loin, Milicent commença à s'agiter dans son lit, et Daphné répondit :

- Je l'ai vu moi-même. Je pense que là, ça y est, il est assez gelé. Si tout va bien, McGonagall devrait faire l'annonce au petit-déjeuner…

Il n'en fallut pas plus à la brune pour sauter hors de son lit, apparemment en proie à une joie intense, qui mit fin à la nuit de sommeil de ses amies. Alors que la jeune fille sautillait jusqu'à sa malle pour s'habiller, Aliyah se redressa sur son lit, l'air toujours à moitié dans le coma, et marmonna :

- Le lac est gelé, c'est ça ?

Pansy était définitivement beaucoup plus prévisible qu'elle ne le croyait, et Daphné répondit avec un rire et un hochement de tête amusé. Sans savoir pourquoi, elle aussi se sentait particulièrement joyeuse ce matin-là, et elle était bien décidée à savourer la mise en sourdine de ses angoisses et à profiter de la belle journée qui s'annonçait.

Sortant du dortoir, Pansy se dirigea non pas vers les douches, mais vers les dortoirs des garçons, bien décidé à tirer ses meilleurs amis du lit pour leur apprendre la bonne nouvelle. Elle poussa la porte sans frapper, peu effrayée à l'idée de ce qu'elle pourrait trouver, tant elle avait passé de temps dans cet endroit depuis son arrivée à Poudlard. Sans parler des heures innombrables passées dans les chambres de Drago et Blaise pendant les vacances, et même dans celle de Théo, pas plus tard que l'été dernier. Elle vivait avec eux depuis des années, et la peur de tomber sur une situation compromettante en ouvrant la porte avait disparue depuis bien longtemps.

Comme elle s'y attendait, elle trouva Théodore déjà éveillé, en train de lire un livre dans son lit. C'était ainsi que la plupart de ses samedis matins commençaient, car malgré le weekend, il se trouvait tout de même tiré du sommeil à 6h du matin par son horloge interne déréglée. Et sachant bien que ses amis ne seraient pas debout avant plusieurs heures, il en profitait sans surprise pour se plonger dans un livre. Quand elle ouvrit la porte, il lui adressa un sourire, et dans un bref accès de sentimentalisme, Pansy se sentit chanceuse. Chanceuse d'avoir l'amitié de ce garçon extraordinaire qui la donnait si peu, encore moins que n'importe lequel d'entre eux. Mais cela, bien sûr, elle ne le lui aurait jamais dit : elle avait une réputation à préserver, tout de même. Alors elle se contenta de lui rendre son sourire avant de porter l'index à ses lèvres, lui intimant de garder le silence d'un air mutin. Le brun arqua un sourcil, un rictus amusé naissant sur ses lèvres, et observa son amie se diriger vers le lit voisin, où ronflait un Blaise profondément endormi. Les trois autres lits étaient vides, indiquant un départ très matinal de Drago, Crabbe et Goyle, mais c'était devenu une habitude et Pansy sembla à peine s'en apercevoir. Quand elle fut au-dessus du lit de Blaise, la jeune fille chuchota :

- Blaise… Blaise…

Voyant qu'il ne répondait pas, elle l'appela un peu plus fort, comme pour se donner bonne conscience, mais le rictus machiavélique que Théo voyait sur ses lèvres indiquait clairement que tout se déroulait selon ses plans. Voyant que Blaise ne se réveillait pas, la brune haussa les épaules d'un air innocent, et sortit sa baguette de la poche de sa robe de chambre en satin. Immédiatement, Théo sut ce qu'elle allait faire : ce tour, elle l'avait joué à Blaise des dizaines de fois, et l'afro-britannique continuait pourtant à dormir sans jeter de sorts de protection autour de son lit. Comme il s'y attendait, elle murmura un « Aguamenti » assuré, et sortit de sa baguette un jet d'eau claire qui alla immédiatement s'écraser sur le visage du pauvre endormi.

Blaise s'éveilla en sursaut, et quand il comprit ce qui l'avait tiré du sommeil en sentant le liquide dégouliner sur son torse et en voyant Pansy qui hurlait à présent de rire au pied de son lit, il poussa un hurlement, accompagné d'une flopée de jurons qui auraient fait blêmir sa mère. Il repoussa ses couvertures, posa pied à terre et saisit Pansy par la taille avant qu'elle n'ait pu faire le moindre geste.

C'est ainsi que Tracey et Daphné, en sortant de leur dortoir avec leurs vêtements à la main, prêtes à aller prendre une douche, tombèrent sur un Blaise torse nu et absolument trempé, tenant une Pansy hilare balancée sur son épaule. La brune était partagée entre cris de détresse et hurlements de rire, suppliant son ami de la lâcher, mais c'était sans compter l'air déterminé de celui-ci. Il descendit l'escalier qui menait aux douches, et finit par arriver devant l'immense jacuzzi qui précédait les portes qui menaient aux salles de bains féminines et masculines. C'était un énorme bloc de marbre blanc, agrémenté d'émeraudes qui scintillaient à la lueur des lampes environnantes, et d'après ce que Blaise savait, il avait été offert à Poudlard par un ancien Serpentard pour être spécifiquement placé à cet endroit.

Et ce jour-là, encore plus que les autres, Blaise était ravi qu'il le soit, car il y jeta Pansy, avant d'ouvrir la totalité des robinets les uns après les autres sur la jeune fille. Eau, bulles, savon, parfum, tout se déversa sur une Pansy toujours pliée en deux tant elle riait et hurlait à la fois, sous les yeux stupéfaits de tous leurs amis, qui les avaient suivis, attirés par les cris de la jeune femme. Encore vêtue de sa chemise de nuit et de sa robe de chambre, l'adolescente se retrouvera vite trempée de la tête au pied et couverte de bulles de savon. On aurait pu penser qu'elle allait être furieuse, mais non : certes, elle aurait tué n'importe qui aurait osé lui jouer un tel tour, mais pas Blaise. Après tout, elle l'avait cherché, et le jeune homme lui avait montré à maintes reprises que si elle le faisait, elle le trouvait sans aucun doute. Alors, au lieu de s'énerver, elle riait aux éclats, prise d'un fou rire apparemment incontrôlable qu'elle ne parvenait pas à arrêter. Une image qui resterait certainement dans les mémoires.


Après ce réveil matinal et agité, les Serpentard finirent par se retrouver dans la Grande salle pour le petit déjeuner. Sans surprise, Pansy arriva la dernière, aussi apprêtée et élégante qu'à son habitude, et rien n'aurait pu indiquer que moins d'une heure auparavant, elle se trouvait immergée dans un mètre d'eau, en train de rire comme une folle. Ce qui se passait chez les Serpentard restait chez les Serpentard.

- Blaise, tu me dois une chemise de nuit et une robe de chambre en satin, annonça la jeune femme en s'asseyant à côté de Tracey.

Son ami haussa les épaules, un mince sourire aux lèvres, sans lui offrir une réponse. Ce n'était pas nécessaire, car la brune savait qu'elle recevrait très probablement de nouveaux vêtements par hibou dans les jours à venir, peut-être même encore plus chers et luxueux que ceux qu'il lui avait fait perdre. La fortune de la mère du jeune homme était telle qu'elle le laissait en profiter sans restrictions, et Pansy ne comptait plus le nombre de fois où son ami lui avait fait des cadeaux aux prix si exorbitants que seuls des sang-purs pouvaient accepter de débourser pareilles sommes. Non pas que la famille Parkinson soit dans le besoin et que la jeune femme ait besoin de la charité de ses amis, bien au contraire, mais tout comme elle, Blaise aimait obtenir le meilleur en toutes circonstances, et il en allait de même pour les cadeaux qu'il faisait. En ce samedi matin, elle ne pleurait donc pas sur ses vêtements perdus, et préféra se concentrer sur la grande nouvelle qui les avait tous tiré du lit : le gel du lac noir. De toute évidence, ils n'étaient pas les seuls à l'avoir remarqué, car aux tables voisines, les conversations portaient une fois sur deux sur ce sujet. Finalement, après une bonne demi-heure de brouhaha animé, le professeur McGonagall tapa sur son verre en cristal de deux coups de cuillère en argent, avant de se dresser de toute sa hauteur face aux élèves réunis.

- Bonjour à tous. Comme certains d'entre vous semblent déjà l'avoir remarqué, le lac noir est totalement gelé.

Cette annonce déclencha une nuée d'approbations joyeuses et d'applaudissements ravis, et la sous-directrice attendit quelques instants pour reprendre :

- La saison de patin à glace commencera donc cet après-midi, après que les professeurs et moi-même ayons procédé à la mise en place des sorts nécessaires à la sécurité de tous. Le cours de vol sur balai des élèves de première année sera remplacé par un cours de patinage durant les deux semaines à venir. D'ici le premier cours, qui aura lieu lundi, le lac est interdit aux élèves de première année. Je rappelle à l'ensemble des élèves les règles de sécurité suivantes : il est interdit de vous bousculer sur la glace, d'utiliser des sorts de…

Mais déjà, Pansy n'écoutait plus. La jeune arborait un sourire radieux, qui se retrouvait aussi sur les visages de ses amis. Elle adorait la saison de patinage, cette merveilleuse période qui durait une bonne partie de l'hiver et durant laquelle la majorité de son temps libre était consacrée à glisser sur la glace recouvrant le lac noir, chaussée de ses plus beaux patins. Elle avait appris à patiner à l'âge de huit ans, et avait tout de suite adoré la sensation que cela lui procurait, cette impression de presque s'envoler si elle prenait suffisamment de vitesse. Le patinage était une composante essentielle de l'atmosphère féérique qui entourait Poudlard durant l'hiver, et elle l'attendait avec impatience chaque année.

Blaise, qui n'était plus du tout fâché du réveil pourtant rude qu'elle lui avait fait subir, regardait son amie avec attendrissement, ce qui ne lui arrivait décidément pas souvent. Non, habituellement, Pansy provoquait plutôt ses rires et ses railleries, mais à de rares occasions comme celle-ci, quand elle était si heureuse qu'elle se détachait un instant de son masque de froideur et d'arrogance, elle en devenait attendrissante. La joie de la jeune fille semblait être contagieuse, et autour d'elle, on ne trouvait que sourires et conversations enjouées. En ce samedi matin, les Serpentard retrouvaient un semblant de bonheur, après les dernières semaines maussades qu'ils venaient de traverser. Comme d'habitude quand il était question de gaieté, seul Drago manquait à l'appel.


Sans surprise, Pansy insista donc pour rejoindra la glace dès la fin du déjeuner, après une longue matinée durant laquelle elle avait trépigné d'impatience, sous les yeux de ses amis amusés. Personne ne put donc protester face à l'enthousiasme de la jeune fille quand ils sortirent de la Grande salle et qu'elle exigea qu'ils aillent patiner. Même Milicent accepta de venir, elle qui avait pourtant passé plus de temps enfermée dans son dortoir qu'avec ses amis durant les semaines précédentes. C'est ainsi que chacun alla enfiler ses patins, remisés au placard depuis de longs mois, et que tous se retrouvèrent au bord du lac recouvert d'une pellicule de glace scintillante. Ils n'étaient pas les seuls à s'être dépêchés de sortir, mais étaient tout de même parmi les premiers à avoir rejoints la rive, et personne n'avait encore mis les pieds sur la glace. Autour du lac, les professeurs Bibine, Flitwick et McGonagall terminaient le lancement des sorts qui consolidaient la glace et délimitaient le périmètre sur lequel les élèves pouvaient patiner, sous les regards impatients de ces derniers. Finalement, au bout d'une poignée de minutes, le professeur McGonagall jeta le dernier sort, et Théo se tourna vers Pansy, un grand sourire aux lèvres :

- A toi l'honneur, Parkinson.

Il n'en fallut pas plus à la jeune fille pour s'élancer sur la glace, avec grâce et prestance, sous les yeux de ses camarades. Emmitouflée dans un épais manteau noir, coiffée d'un béret tout aussi foncé et chaussée de patins d'un blanc étincelant, elle patina sur quelques mètres, prenant de plus en plus de vitesse, avant d'effectuer une boucle piquée* sous les regards appréciateurs de ses amis. Blaise jeta un coup d'œil aux airs ébahis des quelques élèves des autres maisons qui avaient rejoint la rive, et il éprouva une bouffée de contentement un peu mesquin à l'idée que Pansy montre une fois de plus aux autres la supériorité des Serpentard. Puis il posa à son tour un pied sur la glace, et assez vite, quantité d'élèves de Poudlard se retrouvèrent à patiner gaiement, les plus expérimentés circulant à grande vitesse et effectuant des figures acrobatiques, tandis que les novices avançaient doucement, le plus souvent agrippés aux bras de leurs amis. C'était le cas de Tracey, qui, contrairement à sa camarade brune, n'avait jamais été particulièrement fervente de patinage, et n'avait donc jamais pris le temps de se perfectionner dans la discipline. Aussi se retrouvait-elle à longer la barrière du sort de protection, invisible aux yeux mais bien tangible quand on s'en approchait, tout en observant ses amis faire la course et slalomer entre les autres élèves. Elle chercha Pansy du regard, mais avant qu'elle n'ait pu la localiser, la brune apparut à ses côtés, comme si elle avait entendu ses pensées.

- Je te cherchais ! Pourquoi tu ne nous rejoins pas ?, demanda la jeune fille, légèrement essoufflée.

Elle avait les joues et le nez rougis par le froid et l'effort, et ses yeux d'émeraude étincelaient de joie, seules tâches de couleur dans son apparence par ailleurs très sombre. Tracey faillit se perdre dans cette contemplation silencieuse, fascinée par l'air glacé qui sortait de la bouche rosée de son amie, mais son cerveau se souvint qu'elle lui avait posé une question.

- Je te l'ai dit, je ne suis pas très douée en patinage. Et je n'ai aucune envie de me casser la figure devant toute l'école. Je préfère y aller doucement et te regarder éblouir tout le monde.

Pansy afficha un sourire encore plus large, et une lueur de malice s'alluma dans son regard :

- Tout le monde… Toi y compris ?

- Moi y compris, répondit Tracey avec un sourire et un clin d'œil dont elle seule avait le secret.

La brune fut ravie que ses joues soient déjà colorées par le froid, car elle sentit instantanément le rouge lui monter au visage, chose qui lui arrivait bien peu. Mais elle fit comme si de rien n'était, choisissant de croire que son amie n'en remarquerait rien.

- S'il te plait, vient faire un tour avec moi. Je te tiendrais, si tu veux.

Face à la petite moue de la jeune fille, Tracey ne put que céder, et c'est ainsi qu'elle se retrouva accrochée à la brune, qui patinait avec aisance et slalomait entre les autres élèves, tandis qu'elle-même tentait déjà de ne pas trébucher sur ses propres pieds.

- C'est dingue qu'une fille avec une si belle démarche soit si nulle sur des patins, railla Blaisa quand elles le croisèrent.

- C'est dingue qu'un mec avec une si grande bouche dise toujours des choses aussi bêtes, répliqua instantanément la concernée en lui décochant un sourire moqueur.

Daphné se félicita de passer près d'eux à cet instant, et pouffa ostensiblement, très amusée par la répartie de son amie. Vêtue d'un épais manteau aussi blanc que la neige qui recouvrait le parc, elle ressemblait plus que jamais à la reine de glace que Blaise avait toujours vue en elle, mais cette fois, son air sardonique illuminait tout son visage, et le jeune homme ne put même pas être en colère de voir qu'elle se moquait ouvertement de lui. Elle avait juste l'air si heureux, pour une fois, qu'il eut simplement et incontrôlablement envie de sourire.

- Une remarque à faire, Greengrass ?

- Aucune, je salue simplement la véracité des propos de mon amie.

Blaise ne lui avait jamais vu cet air mutin, et il en fut si surpris qu'il ne trouva même pas de réplique appropriée. La jeune fille finit par lui adresser un sourire léger, comme s'il n'y avait rien de plus naturel, comme si elle ne l'avait pas méprisé pendant des années, avant de repartir faire un tour de patinoire. L'afro-britannique resta planté sur place, suivant du regard la silhouette de sa camarade slalomant entre les autres élèves, si vite qu'ils avaient à peine le temps de la voir. Elle termina sa course dans une pirouette impressionnante, dont Blaise ne connaissait même pas le nom. Lui-même se débrouillait relativement bien avec des patins aux pieds, mais il était loin d'égaler l'excellent niveau de Pansy et de Daphné, qui avait toutes deux passés des hivers entiers à s'entrainer, prenant des cours gracieusement payés par leurs parents, qui y voyaient une occupation distinguée pour une jeune fille de bonne famille. Les deux jeunes filles étaient certainement les meilleures sur la glace ce jour-là, comme tous les autres, et Blaise remarqua qu'il était loin d'être le seul à observer la grâce de Daphné.

- On peut savoir pourquoi tu fronces les sourcils comme ça ?, demanda soudain Théo, apparut à côté de lui sans prévenir.

Blaise détendit son visage, ne l'ayant même pas senti se crisper, et se désintéressa de la piste pour se tourner vers le brun. Son meilleur ami avait les mains glissées dans les poches de son long manteau noir et le visage engoncé dans une épaisse écharpe aux couleurs de leur maison, mais il souriait, l'air joyeux et détendu.

- Pour rien, éluda Blaise, qui n'avait de toute façon lui-même pas la réponse, avant d'enchainer. Tu savais que Pansy réussissait à passer le triple salchow* maintenant ?

Théo roula des yeux, avant de répondre, légèrement railleur :

- Oui, elle l'a même fait devant nous l'année dernière, pas très longtemps avant que McGonagall décrète la fin de la saison.

- Je ne peux pas non plus me souvenir de tout ce qu'elle fait, sinon je n'aurais plus la place de me rappeler du reste, justifia Blaise en haussant les épaules avec désinvolture.

- C'est vrai que tu as déjà tellement de mal à te souvenir des prénoms de tes conquêtes, il ne faut pas trop t'en demander, rétorqua le brun avec un sourire en coin, cette fois-ci franchement moqueur.

- Le parfum de ta jalousie se sent à des kilomètres, Nott.

Celui-ci lâcha un rire franc, accompagné d'un « Ça doit être ça » amusé. Tous deux savaient bien que c'était faux, mais c'était une répartie facilement trouvée pour Blaise, et il esquissa un sourire devant la réaction de son ami. En d'autres circonstances, dans une autre vie, il se serait peut-être posé des questions sur l'éternel solitude de Théo, mais dans celle-ci, il en connaissait parfaitement les raisons, et les comprenaient. Il espérait simplement qu'un de ces jours, son ami trouverait quelqu'un qu'il aimerait suffisamment pour lui accorder sa confiance, comme il l'avait fait avec eux. Parce qu'il le méritait, sûrement plus que quiconque.


Le lendemain matin, Théo se réveilla avec des courbatures dans des endroits de son corps dont il ne connaissait même pas l'existence, et comprit pourquoi, pour une fois, il avait fait une nuit à peu près normale. Ils étaient restées patiner jusque tard dans l'après-midi, incapables qu'ils étaient de déloger Pansy de la glace. Même les supplications d'une Tracey épuisée et les menaces d'un Blaise frigorifié n'y avait rien fait, et finalement, il avait fallu que la si discrète Daphné hausse le ton pour qu'ils regagnent enfin le château. Ça avait été drôle, de voir la moue de Pansy face à l'autorité de sa meilleure amie, et son « D'accord, je rentre… » lâché avec une moue d'enfant mécontente. Le dîner avait été aussi joyeux que ne l'avait été la journée, ponctué de blagues et de railleries comme l'étaient toujours les conversations des Serpentard, puis tout le monde était allé se coucher, fatigués et endoloris. Pansy avait trainé Tracey jusqu'à son lit, avant de se glisser sous la couette à ses côtés quand la voix douce de celle-ci avait retenti dans la pénombre, murmurant un « Pans', j'ai froid » geignard. Daphné avait même souri à une des blagues que Blaise avait faites à Aliyah, juste avant de regagner son dortoir. Tous s'étaient endormis en un claquement de doigts, l'esprit peuplé de glace et de rires.

L'un d'entre eux, pourtant, avait à peine dormi : Drago avait passé une énième nuit dans la Salle sur demande, entre désespoir et acharnement, tentant tant bien que mal d'avancer sur la réparation de l'Armoire à disparaitre. Sa conscience accrue de l'imminence du mois de décembre ne faisait que rajouter de la pression sur ses épaules, et au matin du dimanche, il reçut une lettre qui lui confirma avec quelle urgence il lui fallait progresser. Assis seul à la table de la Grande salle quasiment vide en cette heure plus que matinale, les yeux cernés et le teint terne, il vit son hibou grand-duc, Eol, se poser à côté de son café, et sut immédiatement qu'il ne lui apportait pas de bonne nouvelle. De toute façon, il n'avait pas reçu de bonne nouvelle depuis des mois, alors sa certitude n'avait que peu de chances d'être détrompée. Il s'empara de la lettre, et reconnut immédiatement l'écriture élégante de sa mère, comme il s'y attendait. Déchirant l'enveloppe, il parcourut rapidement le parchemin du regard, sentant un frisson de panique lui dégringoler dans le dos. Sa première pensée fut pour lui-même, et pour les conséquences qui le frapperait s'il n'avançait pas rapidement dans sa mission. La seconde, qui suivit presque immédiatement, fut pour Théo, et Drago sentit sa gorge se nouer un peu plus. Il ne voulait pas être celui qui lui annoncerait la nouvelle, d'autant plus qu'il ne lui avait pas adressé la parole depuis des jours. Pourtant, c'était bien ce que sa mère lui demandait, dans le post-scriptum rédigé avec soin.

Alors, au lieu de quitter la Grande salle dès la fin de son maigre petit-déjeuner, il attendit, tête baissé, encore plus démoralisé qu'auparavant. La pièce se remplit progressivement, le vacarme de rires et de conversations mêlés se faisant de plus en plus bruyant et irritant à ses oreilles. Pourtant, ses amis, ou du moins ceux qui l'étaient jusqu'à il y a quelques mois encore, ne se montraient pas. Théo aurait dû être là depuis longtemps, pourtant, lui qui était toujours debout aux aurores. Perplexe et las de patienter en vain, Drago finit par se lever pour sortir, se promettant de parler de la lettre au brun dès qu'il le verrait. Comme si l'univers l'avait entendu, il n'eut qu'à faire un pas dans le hall pour tomber nez à nez avec l'ensemble de ses camarades, plongés dans une conversation animée. Conversation qui prit fin abruptement quand ils l'aperçurent, planté dans l'encadrement de la porte comme un idiot. Après quelques secondes de silence gêné que Drago ne se sentit pas capable de supporter davantage, il éleva une voix étranglée :

- Théo, je peux te parler ?

Pansy fronça les sourcils, Blaise en haussa un, Théo écarquilla imperceptiblement les yeux. Ce furent les seules réactions que Drago nota, tout simplement parce qu'elles étaient les plus importantes. Finalement, le brun le suivit sans un mot dans un couloir adjacent, tandis que le reste de la bande rejoignait la table des Serpentard, avec beaucoup moins de joie que quelques minutes auparavant. Drago resta un instant face à Théo, silencieux, sa bouche refusant de prononcer les mots auxquels il ne pouvait échapper. Il avait presque envie de vomir tellement il haïssait cette situation.

- Tu vas me dire ce qui se passe ou rester planté là jusqu'à demain ?, demanda finalement Théo d'un ton égal, que le blond ne put interpréter.

Celui-ci prit une petite inspiration, avant de lâcher dans un souffle :

- Ils sortent. Ton père et le mien. Ils seront là pour les vacances. Et ils veulent qu'on soit là.

Théo sentit quelque chose en lui se briser.


*noms de figures de patinage artistique

Me revoilà avec bonheur pour vous poster ce 14ème chapitre, qui arrive après une longue attente, je le sais. Pour compenser, il est plus long que d'habitude, et surtout, de bonne qualité j'espère. Je vous remercie d'avoir patienté aussi longtemps, je fais de mon mieux pour écrire tous les jours malgré mon emploi du temps chargé, mais ce n'est pas toujours simple. Je ne suis donc pas en mesure de vous annoncer une date de sortie du chapitre suivant, mais il finira par arriver, c'est promis !

J'espère en tout cas de tout cœur que celui-ci vous aura plu, on y voit des Serpentard plus joyeux et détendus, et je ne sais pas pour vous, mais moi, je trouve que ça fait du bien ! Cependant, comme vous l'aurez certainement compris, les problèmes reviennent de plus belle en fin de chapitre.

Si vous en avez le temps, laissez une petite review, ça compte énormément pour moi (et si vous ne le faites pas, cette histoire se terminera avec la mort de l'intégralité des personnages. Ce n'est pas ce que vous voulez, n'est-ce pas ?). Je n'ai pas eu le temps de répondre aux reviews du chapitre précédent, préférant profiter de mon temps libre pour écrire, mais je les ai toutes lues attentivement et elles m'ont fait chaud au cœur, alors j'envoie tous mes remerciements et mon affection à leurs auteurs ! C'est vous qui me poussez à continuer cette histoire, merci mille fois.

A très vite, je vous embrasse.

Jeanne