Désolé pour cette longue attente, c'est inexcusable. Ce chapitre est assez long et plein de rebondissement, donc j'espère que cela suffira à me faire pardonner.
Merci encore à ceux et à celles qui m'ont laissé des reviews, vos encouragements me font toujours autant de bien et me motivent plus que jamais.
Encore une fois, cette histoire est loin d'être terminée. Il y aura donc encore quelques chapitres avant l'épilogue...
Mello12 : Merci pour ta review ! Et pour tous ces beaux compliments ! Je dois t'avouer que je galère un peu (beaucoup) pour apporter une cohérence au récit. Je crois que je n'ai jamais autant eu de difficulté à écrire la relation entre Elanor/Legolas. Je veux être dans le juste milieu, sans que ça soit trop guimauve ou trop froid… car Legolas n'est à mon sens pas un grand romantique, mais comme c'est un elfe, il est tout de même sensible à la galanterie et aux bonnes mœurs.
En ce qui concerne sa réaction, et cette phrase que tu as soulignée, je pense qu'il faut le prendre dans le contexte de l'univers de la Terre du Milieu. La valeur du sang est extrêmement importante dans toutes les œuvres de Tolkien. Il y a d'ailleurs très peu de personnages de basse-lignée, et je ne crois pas qu'ils s'unissent avec d'autres de haute lignée. Même Beren (qui se marie avec Luthien) est lié à un des premiers seigneurs hommes (si je ne dis pas de bêtises). C'est pourquoi il était essentiel à mon sens, qu'Elanor appartienne à une haute lignée… même disparue. (Ça rend même l'histoire plus excitante). Elanor est un peu le double féminin d'Aragorn, sauf qu'elle n'a aucun trône à reconquérir… et qu'elle est un peu démunie et dépassée par ce qui lui arrive… dont la mort.
En vérité, les arguments de Legolas en ce qui concerne son union avec Elanor sont très faibles… Thranduil n'a vraiment aucune raison d'approuver ce mariage, tout simplement parce qu'elle ne correspond pas à la caste de la société elfique, et est issue d'un milieu vraiment très pauvre. (Pour les elfes à mon avis, les hommes qui ne sont pas des seigneurs, sont considérés comme pauvres et nettement en dessous de leurs semblables. Et déjà, il est impassable pour Thranduil que Legolas se marie avec une elfe sylvaine… alors une humaine (jamais de la vie). Le seul avantage qu'à Elanor en sa possession c'est son héritage lointain, et ce qu'elle a accompli durant toute l'histoire (la quête de la communauté de l'anneau, sa résurrection, son combat contre les Nazguls, ses pouvoirs de Maia…). Je t'avoue qu'il faudra un gros choc pour que Thranduil change d'avis…
Oui, il reste encore quelques chapitres. Au moins cinq avec l'épilogue. Il y aura peut-être même quelques one-shot ;)
Moi aussi cela fait déjà un moment que j'ai quitté les bancs de l'école. Et ça ne me manque pas tellement… surtout la philo. Pouah ! Avec ma prof, c'était une horreur ! X
J'espère en tout cas que tu aimeras ce chapitre ! J'attends ta réaction avec impatience ! Bisous à toi !
Guest : Merci ! J'espère que ce chapitre te plaira ! Bisous !
Chapitre 25 : Le Royaume Sylvestre
Gimli attendait patiemment dehors, assis sur la souche d'un arbre et occupé à nettoyer sa hache, lorsqu'il vit Legolas et Elanor sortir de la caverne.
- Ah, vous voilà ! s'exclama-t-il soulagé. Alors vais-je pouvoir entrer ? Ou est-ce que les elfes vont me laisser dormir dehors ?
Il se releva, et termina sa phrase par un rire gras, qui mourut aussitôt sur ses lèvres.
- Oh.
Il vit alors le visage de ses deux amis. Legolas avait les traits déformés par la colère, et celui d'Elanor était un torrent de larmes. L'elfe tirait la jeune fille vers la sortie, tenant étroitement sa main serrée dans la sienne.
Gimli comprit immédiatement que quelque chose s'était produit.
- Par Durin, que s'est-il passé ? murmura-t-il, déconcerté.
Legolas ne lui répondit pas, et fila vers Arod. Il lâcha alors la main d'Elanor, et celle-ci resta plantée immobile à l'endroit où il l'avait abandonné, amorphe. Gimli observa pendant quelques secondes l'elfe dénouer la corde des deux chevaux, avant de se rendre compte de ce qu'il faisait.
- Nous partons ? demanda-t-il, surprit.
- Oui.
Legolas prit les deux chevaux par la bride, et les amena vers eux.
- Désolé Gimli, il va falloir reporter notre visite des cavernes, reprit-il. Le roi a décidé que nous n'avions rien à faire sur ses terres.
Son expression se durcit lorsqu'il énonça son père, et cela fit comprendre à Gimli l'origine du problème.
- Ah.
Il tenta un coup d'œil en direction d'Elanor, et vit que celle-ci commençait à essuyer les larmes sur ses joues. Alors que Legolas ajustait les lanières de la selle d'Arod, Gimli s'approcha de son amie, et posa une main timide sur son bras.
Elanor parut soudain se rendre compte de sa présence, et étonnée, baissa les yeux pour le regarder. Le sourire qui se dessina sur ses lèvres voulait rassurer le nain, mais il était en vérité triste et morne… Gimli voulut dire quelque chose, mais il resta impuissant face à la situation. Malgré son jeune âge, Elanor n'avait jamais montré ses faiblesses durant leur périple, et c'était la première fois qu'il la voyait pleurer. Il en avait oublié parfois qu'elle n'était encore qu'une très jeune fille… Gimli aurait voulu trouver les mots pour la consoler, mais il n'était pas particulièrement doué avec la gente féminine, ni assez à l'aise.
Il tapota donc doucement le bras d'Elanor plusieurs fois, avant de le retirer et de regarder ailleurs pudiquement.
- Où allons-nous ? demanda-t-il à Legolas.
L'elfe se retourna et se figea.
- Où veux-tu aller ?
Gimli s'appuya sur sa hache, et un nom lui vint tout de suite en tête
- Nous pourrions aller à Erebor, dit-il avec hésitation. Ma famille nous accueillerait certainement.
Il avait presque peur que Legolas refuse catégoriquement, mais ce dernier acquiesça.
- Alors c'est décidé. Nous partons maintenant.
Legolas posa une main sur son épaule pour le remercier, et il s'approcha ensuite d'Elanor pour la conduire à son cheval. Il s'arrêta devant elle, et remarqua alors ses joues mouillées par les larmes. Bouleversé, l'elfe écarquilla les yeux et les essuya doucement avec son pouce.
- Elanor… ne pleures pas…
Elanor tourna la tête, essayant de dissimuler son visage rougi et bouffi. Elle devait offrir un bien triste spectacle.
- Je suis désolé, s'excusa-t-elle. Tout est de ma faute.
Legolas posa une main sous son menton, et lui releva le visage pour qu'il puisse la regarder dans les yeux.
- Tu n'as aucune raison de t'excuser. C'est de sa faute à lui, et je ne veux pas que tu pleures à cause de lui…
Il l'attira contre lui, et Elanor passa ses bras autour de sa poitrine. Elle aurait tellement aimée que les choses se passent différemment. Que Thranduil ne réagisse pas de cette manière, et qu'il l'accepte tout simplement… mais elle s'était fourvoyée.
Il était évident que le roi des elfes ne l'accepterait jamais. Elle n'avait jamais été, et ne serait jamais assez noble pour s'unir avec un prince elfe. Même avec son héritage, son ascendance lointaine avec Melian… elle n'était qu'une simple mortelle, tout juste un résidu d'une lignée dépossédée. Elle n'avait également pas de père, ni de mère sur qui compter… ni aucune éducation digne de ce nom. Aux yeux de Thranduil, et elle le comprenait, elle n'était personne.
Elle avait rêvé en croyant pouvoir avoir sa bénédiction d'épouser Legolas. Il était évident que la réponse serait un non. Quand est-ce qu'elle grandirait donc ?
Legolas se détacha d'elle, et baissa les yeux.
- Allons-y.
Il lui prit la main, et la conduisit vers son cheval, Firith.
- Hîr-nin Legolas !
Tous se retournèrent en direction de la voix qui avait surgit des cavernes. Deren, l'elfe sylvain qui les avait accueillis quelques minutes plus tôt, déboula des cavernes et courut dans leur direction.
- Ne partez pas !
Legolas lui tourna le dos, et une fois qu'Elanor fut en selle, se dirigea vers son propre cheval où l'attendait Gimli. Il aida le nain à se hisser sur le dos d'Arod, puis prit de l'élan pour monter à son tour.
- Hîr-nin, s'il vous plait !
- Je n'ai plus rien à faire ici, répondit Legolas. Tu peux rentrer dire cela à mon père, Deren.
- Vous ne pouvez pas partir maintenant !
Alors que Legolas posait un pied sur l'étrier d'Arod, Deren posa la main sur les rênes pour l'empêcher de monter. Surprit, le prince elfe tourna la tête vers lui.
- Le roi demande à ce que vous restiez, déclara Deren. Il souhaite votre retour plus que tout autre chose.
Irrité, Legolas se dégagea de son emprise. Jamais encore un serviteur de son royaume, même Deren, ne s'était permit un tel comportement désinvolte envers lui.
- Je n'obéis plus à ses ordres désormais. Ecartes-toi, Deren.
L'elfe obéit et recula de quelques. Cependant il n'en démordit pas, et tenta une nouvelle fois de convaincre Legolas.
- S'il vous plait, mon prince. Ecoutez-le, par pitié…
Legolas pensa à le rabrouer sèchement, mais soudain il vit la peur dans les yeux de Deren et entendit la détresse dans le son de sa voix. C'était presque imperceptible, mais c'était là. Legolas connaissait son subordonné depuis assez longtemps voir que quelque chose n'allait pas.
Il avait connu l'elfe sylvain depuis toujours, et il ne lui avait encore jamais vu cette expression suppliante. Ce n'était pas son genre.
Deren était profondément effrayé par quelque chose. Mais cela ne semblait pas être Legolas. Intrigué, le prince elfe sentit sa colère retomber doucement.
- Pourquoi le devrais-je ?
Deren ouvrit la bouche, cherchant ses mots, mais Legolas ne lui laissa pas le temps de répondre.
- Qu'y a-t-il Deren ? lui demanda-t-il.
Son changement de ton, qui était devenu beaucoup plus doux, tira Elanor de sa léthargie. Elle et Gimli posèrent un regard curieux sur Legolas, qui arborait lui aussi la même expression. Le prince dévisagea son serviteur.
- Que se passe-t-il ? reprit Legolas.
- Le roi… le roi n'est plus le même depuis quelques temps, confia Deren. Il a… changé.
- Changé ? répéta Legolas.
Deren baissa les yeux, honteux d'avoir soudain fait cette confession. Mais la curiosité de Legolas venait d'être piquée au vif.
- Que veux-tu dire ? Parle !
- Il… il s'enferme constamment dans ses quartiers, et nous interdit de sortir du palais. Nous… ne pouvons plus voir la lumière du soleil.
- Pourquoi ? s'exclama Legolas.
Deren haussa les épaules.
- Je ne sais pas. Mais cela est arrivé depuis que nous sommes revenus de Dol Guldur.
Legolas craignit alors le pire.
- A-t-il été blessé ?
Thranduil semblait aller bien, mais une blessure physique pouvait facilement se dissimuler sous des vêtements. Deren secoua la tête, mais l'ombre sur son visage ne disparut pas.
- Non. Mais… d'autres sont morts. Beaucoup des nôtres… il y a eu plusieurs batailles durant votre exil, hir nîn. Nous avons perdu la moitié des nôtres lors de l'attaque contre Dol Guldur.
- La moitié ?!
Le visage de Legolas se transforma en une expression horrifiée. Deren inclina la tête.
- Qui ? demanda Legolas. Qui d'autres sont morts ?
- Aphadon. Thalion… et Golwîn.
Elanor vit l'immense douleur se refléter sur le visage de Legolas. Elle ignorait qui était ce dernier elfe, mais ils devaient être très proche, son ami parut très affecté par la nouvelle. Le prince ferma les yeux, et murmura quelques mots en elfique.
- Je suis désolé hîr nin, déclara Deren. Le roi aussi du mal à se remettre de la mort d'Aphadon. Vous savez combien il comptait pour lui.
Legolas acquiesça, et releva la tête.
Il songea alors à la réaction de son père face à Elanor, et la colère qui avait déformée son visage. Son père avait toujours fait preuve calme et parcimonie. Il n'était pas du genre à perdre son sang-froid aussi facilement.
Alors pourquoi n'avait-il pas été étonné ? Pourquoi n'avait-il pas détecté qu'il y avait quelque chose d'anormal ? Peut-être parce qu'il avait peur… Legolas ne l'avait encore jamais entendu son roi élever la voix contre lui. C'était la première fois.
Oui, il y avait quelque chose qui n'allait pas. Ce que lui disait Deren était étrange.
Mais les paroles que Thranduil avait eues envers Elanor étaient cependant impardonnables. Non, il ne pourrait jamais lui pardonner les mots qu'il avait employés pour la qualifier. Legolas jeta un regard dans sa direction. Elle avait encore les yeux rougis, mais ses larmes avaient cessé de couler. Ses yeux étaient à présent brillants de clarté, et songeurs. Curieux, il se demanda à quoi elle pouvait bien penser.
Même si sa conscience lui disait de rester, son cœur lui ordonnait de partir.
Legolas tourna le dos à Deren, et prit de l'élan pour monter sur son cheval, juste devant Gimli.
- Legolas.
Legolas tourna la tête vers Elanor, surprit d'entendre sa voix.
- Nous devrions rester, dit-elle soudainement.
- Comment ? s'exclama Gimli.
Legolas vit dans le regard d'Elanor une lueur résolut.
- Je ne vous laisserais pas dormir dehors, répondit-il catégorique.
- Le roi a changé d'avis, il accepte que vos amis entrent dans notre royaume, intervint aussitôt Deren, qui vit là une opportunité à saisir. Nous vous avons préparé des chambres.
Legolas fronça les sourcils, confus et dérouté par la proposition du roi. Pourquoi son père changeait-il d'avis tout à coup ? Etait-ce pour le retenir ?
Legolas en avait la conviction, et cela sema encore plus le trouble dans son esprit.
Inquiet pour la santé mentale de Thranduil, il n'en était pas moins toujours en colère contre lui. Il ne voulait pas rester. Elanor posa sa main sur la sienne.
- Nous ne pourrons le fuir éternellement, déclara-t-elle. Tu ne pourras le fuir éternellement.
Legolas la regarda, surprit d'entendre dans sa voix des intonations sages et réfléchies, qui ne lui appartenaient pas vraiment.
- Es-tu sûre de vouloir rester ? demanda-t-il.
- Il le faut.
Elle non plus n'en avait pas envie, devina Legolas. Mais elle était déterminée à ne pas refuser la main tendue que lui offrait Thranduil. Cela poussa Legolas à suivre sa décision.
- Très bien, nous restons.
Le visage de Deren s'illumina.
- Je vais vous conduire à vos quartiers. Suivez-moi, monseigneur, dit-il soulagé.
Legolas aida Gimli à descendre de selle. Deren appela deux autres elfes se tenaient près des portes, et qui vinrent prendre la bride des chevaux.
Elanor descendit de son cheval, et suivit l'elfe sylvain, encadrée par Legolas et Gimli. Le nain ouvrit des yeux grands comme des soucoupes lorsqu'ils pénétrèrent dans le palais souterrain.
- Vous n'avez pas menti l'ami lorsque vous m'en parliez ! lança-t-il à Legolas, avec un air admiratif.
Legolas lui adressa un sourire timide, mais qui cachait une certaine fierté.
- Bien que la décoration ne soit pas à mon goût, je dois avouer que ces voûtes sont particulièrement intéressantes, ajouta Gimli.
Il regarda le plafond incrusté de pierres précieuses avec intérêt, et convoitise.
- Le roi souhaite que vous restiez à l'écart de son trésor. Cela veut dire... interdiction de tailler les murs, intervint soudainement Deren.
Gimli ne manqua pas de noter son regard méfiant et méprisant, et il se renfrogna.
- Mais pour qui me prend-il ? Un voleur ? rugit-il.
L'elfe haussa un sourcil, ce qui confirma que c'était le cas. Prenant cela pour un affront, Gimli s'empourpra de colère, et commença à proférer des insultes en Khûzdul, la langue secrète des nains.
Elanor et Legolas haussèrent les sourcils avec surprise, ne comprenant pas un mot de ce qu'il disait. Ils s'étaient arrêtés de marcher, et le reste des elfes jetèrent un regard noir en direction du nain.
- Il suffit, Gimli, intervint doucement Legolas, mais avec fermeté. Deren, montres-nous le chemin. En silence, s'il te plait. Mon ami n'a pas besoin que tu lui rappelles les ordres de mon père.
Il posa sa main sur l'épaule du nain et exerça une pression pour le calmer.
Deren inclina la tête. Mais il lança à Gimli un dernier regard assassin avant de se retourner, et de reprendre la route.
- Maudits elfes, grommela Gimli dans sa barbe.
Il l'avait dit à voix basse, assez fort cependant pour que les elfes l'entendent.
Elanor ne put empêcher un sourire amusé de s'esquisser sur ses lèvres. Elle devait bien avouer que l'idée de voir Gimli creuser dans la caverne incognito pour s'emparer de gemmes blanches à l'insu de Thranduil était amusante, voire séduisante. Que les elfes soient si protecteurs vis à vis de leur trésor lui faisait se demander qui était le plus avare dans l'histoire... les nains ou les elfes ?
Ces deux peuples se chamaillaient constamment, sans réaliser à quel point ils étaient similaires. Tous deux aimaient les jolies choses... et les pierres qui brillaient. Et hormis leur apparence et leur caractère, ils n'étaient pas si différents au fond.
Deren les guida dans une autre partie de la caverne, un peu excentrée, et qui était l'endroit où se trouvaient des salles cachées. Elanor ne les avaient pas remarquées lorsqu'ils étaient entrés la première fois.
Ils traversèrent un long chemin, et longèrent une paroi avant d'arriver devant un escalier qui descendait dans les profondeurs du souterrain.
- Je suggère que le nain prenne cette chambre, recommanda Deren. L'autre est à quelques mètres, et peut tout à fait convenir à mademoiselle.
- Le nain est là, parlez-lui en face oreille pointue, bougonna Gimli les bras croisés.
- C'est parfait, répondit Legolas. Merci Deren.
L'elfe inclina la tête devant son souverain, tout en ignorant royalement la remarque de Gimli.
- Voulez-vous que je fasse préparer un repas dans vos appartements, mon prince ? demanda-t-il.
- Non ce ne sera pas la peine. Je vais rester ici. Tu peux nous laisser maintenant.
Legolas prit la main d'Elanor, et l'attira vers la seconde chambre. Deren afficha alors une expression estomaquée lorsqu'il comprit que son prince comptait partager les quartiers de la jeune fille. Il ne dit rien cependant, et se contenta se s'incliner rapidement pour prendre congé.
Lorsqu'il fut parti, Gimli souffla bruyamment.
- Enfin seuls ! Si ça ne vous dérange pas, je vais aller faire un petit somme. Ce voyage m'a mis à genoux.
Legolas acquiesça.
- Si tu as besoin de quelque chose, nous serons à côté Gimli, dit-il.
- A plus tard, salua Elanor.
Le nain leur fit un vague signe de la main, puis disparut dans l'obscurité de l'escalier.
Legolas enlaça plus étroitement ses doigts avec ceux d'Elanor, et la guida vers l'autre entrée. Ils descendirent la cour escalier en colimaçon, qui était tout juste assez grand pour leur permettre de marcher côte à côte, et débouchèrent dans une cavité creusée dans la roche.
Elle était de taille moyenne, et n'était pas complètement fermée. De l'autre côté se trouvait une ouverture, donnant sur un bras de la rivière. L'eau était calme, et Elanor vit dans un coin une couchette matelassée de feuilles et de matériaux venant de la forêt. Il y avait très peu de mobilier dans la pièce, et cela ne se résumait qu'à une petite table et une commode où l'on pouvait ranger ses vêtements.
Elanor frissonna, se rendant soudainement compte de la température glaciale des lieux. Elle resserra les pans de sa cape autour d'elle, essayant de conserver le peu de chaleur qu'elle avait. Legolas se tourna vers elle, remarquant son tremblement.
- Je suis désolé. J'avais oublié de te prévenir qu'il fallait emmener des vêtements chauds.
Il parut alors soudain coupable, et paniqué.
- Je vais voir si je peux te trouver quelque chose.
Elanor le retint par le bras, alors qu'il commençait déjà à partir.
- Plus tard. Ça peut attendre.
Legolas la regarda de longues secondes, puis acquiesça. Elanor se dirigea vers le coin de la chambre qui s'ouvrait sur la rivière. Legolas la rejoignit, et ils regardèrent un instant en silence les nombreuses lumières dorées qui illuminaient la caverne au loin.
C'était indéniablement un lieu elfique, sa beauté naturelle ne pouvait tromper aucun regard, et même si cette caverne était glaciale, elle ne manquait pas moins de charme. Les elfes n'en étaient pas incommodés, car ils ne ressentaient pas la différence de température, contrairement aux mortels. Elanor songea que Gimli ne devait pas avoir ce problème aussi. Les nains étaient nés dans les montagnes.
- Comment trouves-tu cet endroit ? demanda Legolas.
Elanor remarqua qu'il n'avait pas dit "chez-moi", contrairement à ce qu'elle s'était attendue.
- C'est très beau, répondit-elle. Je n'ai jamais vu un endroit pareil. Mais c'est très proche de ce que tu m'as décrit.
Elle tourna la tête, et sourit à Legolas, se rappelant des souvenirs lointains qui remontaient à lorsqu'ils voyageaient avec la communauté de l'anneau.
Une nuit, Legolas lui avait parlé de son royaume, avec un air rêveur. Cet air avait cependant disparu, remplacée par l'indifférence.
- J'ai toujours sût que je reviendrais un jour, dit-il soudainement. Mais je n'imaginais pas que cela serait ainsi
Ce n'était pas souvent que Legolas exprimait le fond de sa pensée, et encore moins ses états d'âmes. Elanor en fut désarçonnée, et garda un silence respectueux, lui permettant de terminer ce qu'il avait en tête.
- J'ai déjà l'impression d'étouffer ici. Rien n'a vraiment changé.
- Nous pouvons partir si tu le souhaites vraiment, dit Elanor. Je ne veux pas te forcer à rester si tu ne le veux pas.
Legolas porta sa main fine à ses lèvres et l'embrassa.
- Je vais essayer de suivre tes conseils. Tu as eu des paroles sages tout à l'heure. Il est vrai que nous devons essayer de lui faire entendre raison.
Elanor acquiesça doucement. Elle sentit un frisson lui remonter l'échine en songeant à Thranduil, et sa réaction passée.
- Cependant, je n'attendrais pas indéfiniment qu'il change d'avis. Ce qu'il pense de notre union m'importe peu. Je n'ai pas peur de lui, et il ne pourra m'empêcher de partir d'ici.
Elanor se sentit touchée par sa confession, mais ressentit aussi un élan de culpabilité. Legolas se pencha et déposa un baiser sur son front.
Elle ne voulait pas être le nœud du conflit entre Legolas et son père. Les choses devaient changer. Elanor se demanda ce qu'elle pourrait faire pour tomber dans les bonnes grâces de Thranduil, mais elle ne trouva rien.
Elle songea alors qu'il était probable qu'elle porte le poids de la culpabilité durant tout le reste de son existence, et cette idée ne l'enchanta guère.
Elle était préparée à aller à Valinor. Quand, elle ne le savait pas encore. Mais lorsque ce moment viendrait, Elanor voulait être sûre que Legolas soit heureux et en bon terme avec son père.
Elle avait vu la lueur de joie s'éteindre dans son regard lorsque Thranduil avait explosé de colère. Même s'il le niait, elle n'était pas dupe. Legolas aimait son père, et son opinion était importante. Elle l'avait déjà compris il y a bien longtemps... bien avant qu'ils n'arrivent ici.
Cependant Elanor avait les pieds et mains liées, et elle ne pouvait pas faire grand-chose à son échelle. Thranduil ne l'écouterait certainement pas. Legolas était peut-être le seul à pouvoir lui ouvrir les yeux.
Mais encore fallait-il qu'il veuille lui parler.
Lorsqu'Elanor se réveilla de nombreuses heures plus tard, elle découvrit que Legolas était partit.
Le corps courbaturé et endolori, elle se redressa lentement sur le lit. La couverture qui la recouvrait retomba sur sa taille, et Elanor baissa les yeux, surprise de la trouver sur elle.
Elle se souvenait pourtant s'être endormie sans rien. Elanor caressa les longs poils bruns qui lui tenaient chaud, et se demanda comment ce morceau de fourrure avait pu arriver là. Elle songea que Legolas ou peut-être quelqu'un d'autre avait dû le lui ramener pendant qu'elle dormait.
Elanor se demanda où était l'elfe, et balaya la pièce du regard. Son arc et son carquois avait disparu, cependant sa besace se trouvait toujours posée à côté de la table. Il avait probablement dû sortir dans la forêt, peut-être pour aller à la chasse.
Le ventre d'Elanor gargouilla, comme pour lui rappeler sa propre faim.
Voyant le grand pichet d'eau et quelques bols contenant de la nourriture posée sur la table, Elanor se leva aussitôt, et s'en approcha. Il y avait principalement des graines de pistaches, quelques baies noires, et des racines inconnues qui n'étaient guère appétissantes. Elanor prit une poignée de pistaches, et quelques fruits.
Elle dû se retenir de pousser un grognement de contentement lorsqu'elle croqua dans une mûre. Le liquide rouge sang qu'il contenait se déversa dans son palais et sur ses lèvres, et une vague de plaisir déferla en elle.
Elanor retourna sur le lit, et grignota pendant de longues minutes, savourant chaque bouchée. La soif finit cependant par la rattraper, et elle se décida de se lever pour aller chercher un verre d'eau.
- Mademoiselle ?
Elanor s'immobilisa, soupée dans son élan et sursauta.
Elle fit volte-face, surprise par cette voix féminine.
Une grande elfe rousse se tenait à l'entrée de sa chambre, et la regardait. Elle portait la tenue en cuir caractéristique des gardes des elfes sylvestres.
Elanor fut désarçonnée par son apparition discrète et silencieuse, ainsi que par la dague qui était accrochée visiblement à sa ceinture. L'elfe posa sur elle deux yeux verts durs et tranchants.
- Oui ? répondit Elanor, la voix un peu tremblante.
L'elfe inclina la tête.
- Veuillez excusez mon intrusion, dit-elle. Je vous apporte un message de notre roi.
Elanor sentit son ventre se tordre de nervosité lorsqu'elle l'entendit évoquer Thranduil.
- Euh… le prince Legolas n'est pas là, balbutia-t-elle.
- Ce n'est pas un problème, répondit l'elfe. Mon seigneur souhaiterait vous voir seule.
Elanor crût soudain que son cœur s'était arrêté, et un poids énorme lui compressa sa poitrine.
- Suivez-moi je vous prie.
L'elfe se tourna légèrement, et l'invita à la suivre. Elanor comprit que dans cette invitation masquée se cachait un ordre ferme et non discutable.
Elanor déglutit, priant soudain pour que Legolas soit là.
Elle ne savait pas ce que lui voulait Thranduil. A vrai dire, elle ne s'était pas préparée à une telle rencontre.
L'idée de voir le roi elfe sans Legolas la terrifiait brusquement, et elle en vint presque à regretter d'avoir poussé son compagnon à rester.
Elanor se leva, et marcha jusqu'à l'elfe sans grand enthousiasme. Celle-ci remonta les escaliers, et elle lui emboita le pas.
La garde sylvaine marchait vite, et la jeune mortelle dû redoubler d'effort pour suivre son allure. Contrairement à ce qu'elle pensait, elles ne se dirigèrent pas vers le trône de Thranduil, mais dans une toute autre direction qui lui était inconnue. Elanor se demanda si elle aurait un jour le temps d'explorer ces cavernes, ou si son séjour ici était déjà compté.
Les quelques elfes qu'elles croisèrent prirent soin de baisser les yeux à leur passage, et Elanor trouva ce comportement relativement curieux, bien que respectueux. Elle se souvenait qu'à Fondcombe, certains elfes n'avaient pas hésité à la dévisager lorsqu'ils s'étaient rendus compte qu'une mortelle arpentait leur cité.
L'elfe qui la guidait lui fit prendre un passage discret, qui s'enfonçait dans les profondeurs de la grotte. Elles descendirent une volée de marches, et se retrouvèrent dans une nouvelle pièce.
C'était une salle ouverte sur le reste de la caverne, où se trouvait un petit lac et de nombreuses pièces de mobilier luxueusement sculptées. La garde s'arrêta alors brusquement, et Elanor vit que Thranduil se trouvait là. Habillé d'un manteau de satin d'argent, il tourna la tête lorsqu'il les entendit arriver.
- Hannon le, Rhawinw.
D'un geste il la congédia, et l'elfe s'inclina, et remonta les escaliers aussi silencieusement qu'elle était venue.
Elanor fut alors laissée seule en compagnie du roi Thranduil.
- Avancez, dit-il. De quoi avez-vous peur ?
Elanor fit quelques pas prudents dans sa direction.
Le roi se trouvait devant une table en bois laquée, sur laquelle reposaient plusieurs grandes fioles de vin et quelques verres.
- Je crois que nous n'avons pas pris le temps de nous présenter, vous et moi, déclara Thranduil.
Un silence suivit ses paroles.
- Legolas semble tenir grandement à vous. Il lui en faut beaucoup pour s'opposer à son roi.
Sa voix était douce et agréable à entendre, mais Elanor perçut la menace à travers le timbre mélodieux de l'elfe.
- Même si vous me le demandez, je ne le quitterais pas, répondit-elle sur la défensive.
Elle essaya de ne pas laisser transparaître le tremolo dans sa voix, mais cela s'entendit quand même. Thranduil fronça les sourcils, la dévisageant ouvertement avec un air clairement déplaisant.
- Vraiment ?
Le roi se détourna d'elle et se retourna vers la table.
- Rassurez-vous, ce n'était pas mon intention, ajouta-t-il.
Dire qu'Elanor était surprise par sa réponse aurait été un euphémisme. Ebahie, elle regarda Thranduil se servir un verre de vin, et se demanda si elle n'avait pas mal entendu. Est-ce qu'il acceptait finalement que… ?
- Vous avez toutefois raison sur un point. Je ne souhaite pas votre union avec Legolas, continua Thranduil d'une voix tranchante. Mon fils est libre de ses choix, je ne peux donc rien lui imposer. Cependant, n'oubliez pas que je pourrais facilement vous éloigner de Legolas si je le voulais…
Elanor sentit sa respiration se bloquer dans sa gorge. Thranduil se tourna à nouveau vers elle pour la regarder.
- Mais je crains que le temps ne fasse ce travail à ma place.
Un sourire mauvais s'esquissa au coin de sa bouche, et il porta la coupe de vin à ses lèvres.
Elanor flancha, se sentant soudainement très mal. Les paroles de Thranduil, pleines de justesses, venaient de soulever encore une fois son problème de mortalité. Oui, le temps finirait par les séparer, elle et Legolas… et peu importe si elle allait à Valinor. Car même là-bas, elle ne pourrait lutter contre sa condition de mortelle.
- Connaissez-vous le vin de Dorwinion ? demanda Thranduil.
Changeant complètement de sujet, Elanor fut un instant désarmé par la question du roi elfe. Confuse, elle cligna des yeux avant de parvenir à formuler une réponse.
- Non.
Thranduil leva un sourcil, et Elanor se rappela alors soudainement que Legolas lui en avait parlé quelques semaines plus tôt à Edoras. C'était la nuit où il s'était déclaré. Et où ils s'étaient embrassés pour la première fois…
- Quel dommage, commenta Thranduil qui paraissait accablé de ses maigres connaissances. C'est un des meilleurs vins de la Terre du Milieu. Je pensais pourtant que même là où vous viviez, vous en auriez entendue parler.
Elanor se sentit rougir.
- Ce n'est pas exactement le genre de boisson que les hommes ont l'habitude de boire en Eriador, répondit-elle.
- De toute évidence.
Thranduil se retourna et posa son verre sur la table. Il attrapa la fiole de vin, et commença à remplir une autre coupe.
- C'est un met rare et unique, continua-t-il. Visiblement trop raffiné pour le palais des hommes.
Il se retourna alors, et lui tendit un verre de vin.
- Tenez.
Elanor regarda le verre qu'il lui offrait avec des yeux écarquillés.
- Goûtez, lui ordonna Thranduil. Voici pour vous l'occasion de me dire ce que vous en pensez.
Elle hésita quelques secondes avant d'accepter le cadeau de Thranduil. Pourquoi se montrait-il si soudainement généreux ? Elanor se demanda où il voulait en venir. Lentement, elle approcha sa main, et engloba le verre. Ses doigts effleurèrent ceux du roi, et elle frissonna à ce contact. Comme s'il avait été brusquement brulé, Thranduil retira rapidement sa main, et recula de quelques pas.
Elanor resta quelques secondes immobile, pétrifiée par la sensation de cette peau douce mais froide qui l'avait effleurée.
Lorsqu'elle eut repris un peu plus ses esprits, elle baissa les yeux vers le verre en cristal qu'elle tenait. Il était large et lourd, et contenait une grande quantité de vin. Peut-être un peu trop pour elle. L'épaisse robe pourpre du vin de Dorwinion dansait voluptueusement contre les rebords du récipient, et elle considéra un instant le liquide avec méfiance.
Cela serait une idée stupide venant de Thranduil d'essayer de l'empoisonner, n'est-ce pas ? Mais n'était-ce pas une occasion parfaite pour mettre fin à sa vie ? Le roi elfe avait d'innombrables raisons de vouloir sa mort. Elle se souvenait très bien de la crainte qu'elle avait vue dans ses yeux lorsque Legolas lui avait tourné le dos et était partit.
Thranduil devait probablement penser à l'heure actuelle qu'elle était la cause de tous ses maux…
- Vous ne buvez pas ?
Elanor leva les yeux, et vit que Thranduil l'étudiait attentivement. Ses yeux bleus étaient glacials, et elle fut une nouvelle fois frappée par sa ressemblance avec Legolas. Hormis qu'il n'y avait aucun amour, et aucune chaleur dans ceux-ci.
La patience de Thranduil paraissait avoir atteint ses limites. Elanor réalisa qu'elle ferait mieux de boire maintenant, et qu'il serait mal avisé de refuser. Le visage de l'elfe était un masque indifférent, cependant la tension dans l'air s'était graduellement accentuée.
Elanor porta le verre à ses lèvres, et but une gorgée. Sa trachée s'enflamma immédiatement, et un goût désagréablement fort lui fit presque recracher le liquide.
Cependant, après quelques secondes, une vague de plaisir intense se déversa dans sa bouche, et elle fut agréablement surprise par la saveur délectable qui s'en dégagea.
Thranduil n'avait pas manqué d'observer et de noter ses différentes expressions.
- Merveilleux, n'est-ce pas ? dit-il.
Elanor acquiesça. Thranduil se détourna, et se resservit un verre de vin.
- Je crois que nous nous sommes un peu éloignés du sujet, et de la raison pour laquelle je vous ai fait venir, reprit-il. Votre lointaine parenté avec la lignée d'Elrond vous rend certes passablement respectable, mais vous êtes mortelle, et je n'accepterais pas que Legolas sacrifie son existence pour vous.
Thranduil lui fit de nouveau face, et la contrariété était cette fois visible sur son visage.
- C'est à lui qu'appartient cette décision, répliqua Elanor.
Si les yeux de Thranduil pouvaient tuer, elle serait certainement déjà morte.
- Mon fils à toute une éternité à vivre ! s'exclama-t-il. Voulez-vous qu'il passe le reste de son existence seul ?
Elanor baissa les yeux sur son verre, le serrant un peu plus fort entre ses doigts.
- Nous avons déjà eu cette discussion lui et moi. Il a refusé de me laisser.
- Alors quittez-le. Racontez-lui un mensonge.
Thranduil se tourna sur le côté, et son regard se perdit dans la contemplation du lac.
- Peu importe lequel, du moment que cela suffise à ce qu'il ne cherche plus votre compagnie…
- Je ne peux pas accepter ça, répondit Elanor, soudainement outrée et ahurie par la proposition du roi elfe.
Comment pouvait-il proposer une telle solution ? Mentir à Legolas ? Jamais. Jamais elle ne pourrait faire ça !
- Le seul obstacle qui se dresse entre le bonheur de mon fils et sa perte, c'est vous, répondit Thranduil.
Il s'approcha, et la jaugea de toute sa hauteur, le regard dur et lointain.
- Si vous tenez vraiment à lui, que vous l'aimez … abandonnez-le. Laissez-le vivre sa vie sans vous.
Elanor leva la tête pour le regarder dans les yeux, et se sentit immédiatement écrasée par l'aura du roi elfe. Elle ouvrit la bouche, mais ne parvint pas à articuler un seul mot.
- Legolas a encore des centaines de vies d'hommes à vivre, il ne voit pas l'erreur qu'il est en train de commettre, continua Thranduil. Il est encore jeune. Epargnez-lui ce choix.
La colère qui sommeillait au sein d'Elanor explosa tout à coup.
- Ce n'est pas une erreur ! s'exclama-t-elle. Vous vous trompez, Legolas est parfaitement conscient de-
- Vous-même n'êtes qu'une enfant qui ne sait rien du monde ! la coupa Thranduil d'une voix puissante. Ce que Legolas ressent pour vous est au-delà de votre compréhension ! Vous les mortels, changez de sentiments aussi rapidement qu'un battement de cil ! La trahison coule dans votre sang…
- Vous ne savez rien de moi ! répliqua Elanor, qui tremblait à présent davantage sous l'énervement que par la peur. Je ne trahirais jamais Legolas !
Thranduil recula légèrement.
- Permettez-moi d'en douter.
Il lui reprit alors sèchement le verre des mains, et le posa sur la table.
- Seul le temps nous le dira… mais je dois vous avouer que j'ai peu de patience pour ça. Je vous autorise à rester dans mon royaume, mais ne croyez pas que ma générosité s'éternisera. Profitez du temps qu'il vous est donné pour réfléchir.
Pour Elanor, tout était réfléchit. Mais elle se garda bien d'exprimer son opinion.
Le regard appuyé de Thranduil sur elle lui fit comprendre qu'il lisait aisément le fond de sa pensée. Mais le roi elfe ne tenta pas de lui faire changer encore une fois d'avis.
- Rhawinw ! appela Thranduil.
L'elfe sylvaine qui l'avait accompagnée descendit l'escalier à pas hâtif. Elanor comprit soudain qu'elle était congédiée, et qu'il était temps pour elle de partir.
- Raccompagnes cette demoiselle jusqu'à ses quartiers. N'oublies pas de venir me prévenir lorsque Legolas reviendra.
- Oui, monseigneur.
Thranduil ne prit même pas la peine de saluer Elanor. Il se détourna, et posa son propre verre sur la table.
- Venez.
Elanor fut rappelée par la voix douce de l'elfe. Elle tourna la tête et croisa le regard de la garde sylvaine. Son visage était un masque d'impassibilité, et rien ne laissait à penser qu'elle avait entendue toute le sujet de conversation entre son roi et la mortelle. Toutefois Elanor crut déceler dans ses yeux une douceur qui n'y était pas quelques minutes plus tôt, et elle fut quasiment certaine que l'elfe avait en fait tout entendu de leur conversation.
L'elfe commença à gravir les escaliers, et Elanor se détourna définitivement de Thranduil pour lui emboiter le pas, les ongles de ses doigts enfoncés dans la paume de ses mains.
Lorsque Legolas revint, une heure plus tard, Elanor se garda bien de lui raconter son entrevue avec Thranduil.
Surpassant ses émotions et usant de ressources enfouies en elle, la jeune femme se recomposa rapidement un masque d'indifférence lorsqu'il franchit la porte, et effaça toute trace de nervosité et d'incertitude qu'il y avait sur son visage.
- Tu es réveillée, s'aperçut Legolas.
Elanor se leva, et alla aussitôt le serrer dans ses bras. L'elfe retourna son étreinte, puis s'écarta légèrement, surprit par cet élan d'affection soudain. Un sourire mutin se dessina sur ses lèvres tandis qu'il la dévisageait.
- Je t'ai tant manqué que ça ?
Elanor se hissa sur la pointe des pieds, et déposa un baiser volé sur sa bouche.
- Où étais-tu ?
- A la chasse.
Legolas exhiba fièrement le petit chevreuil qui était attaché à sa taille. Les yeux d'Elanor dévièrent de son visage, et tombèrent sur la bête.
- D'habitude, mon peuple ne mange pas beaucoup de viande, déclara Legolas. Nous ne chassons que lors de grandes occasions. Mais j'ai pensé que toi et Gimli aimeriez en manger…
- C'est très gentil de ta part, le remercia Elanor.
Un brusque enthousiasme la saisit. Cela faisait plusieurs jours qu'ils s'étaient contentés de lambas comme moyen de subsistance pour le voyage. Ils n'avaient pas eu le temps, ni l'occasion de chasser du gibier, aussi l'idée de manger autre chose que de la nourriture elfique la fit soudainement rêver.
- Je vais aller le déposer aux cuisines, annonça Legolas. Tu peux rester ici en attendant, je ne serais pas long. Veux-tu que je te ramène quelque chose ?
Elanor pencha la tête durant quelques secondes, pensive.
- Non. Je…
Legolas hocha la tête, et fit mine de se détourner pour sortir. Elanor fut brusquement terrifiée par la sensation de solitude qui la gagna, et le rattrapa aussitôt.
- Attends ! Est-ce que je peux venir avec toi ? lui demanda-t-elle.
Legolas se retourna. Elanor se frotta inconsciemment l'avant-bras, gênée. L'elfe haussa un sourcil, ne manquant pas de remarquer son geste qui ne lui ressemblait pas.
- Tu veux voir les cuisines ? l'interrogea-t-il, perplexe.
- Je… je m'ennuie un peu ici. Et puis… c'est l'occasion de me faire visiter ton royaume, répondit Elanor.
Un sourire éclaira le visage de Legolas.
- Oui. C'est une bonne idée.
Il lui tendit alors la main, et Elanor s'empressa de le rejoindre. Puis ils sortirent, et remontèrent les+ escaliers.
Elanor n'avait aucune idée de ce à quoi pouvait ressembler les cuisines du royaume sylvestre. Elle n'avait d'ailleurs jamais visité celles de Fondcombe, ou de la Lothlorien.
Durant tout ce temps, elle s'était même plusieurs fois demandée si les elfes disposaient vraiment de ce type de pièce, tant ils semblaient en harmonie avec la nature. Elle n'imaginait pas un seul instant que les cuisines elfiques puissent ressembler à celles des hommes.
Legolas la guida dans les profondeurs de la caverne. Ils parcourent les sentiers nichés sur les plus hauts sommets de la caverne et empruntèrent plusieurs escaliers, qui finirent par les emmener dans des tunnels seulement éclairés par des torches ambrées.
Quelques elfes croisèrent leur route, et tous les saluèrent avec cérémonie. Leur nombre semblait s'accroître au fil qu'ils se rapprochaient des cuisines. Quelques femmes elfes, habillées dans des robes voluptueuses et délicates, firent leur apparition pour la première fois.
Elanor n'avait pas encore eu l'occasion de voir des elfes autre que celles qui étaient dans la garde, et elle fut encore une fois littéralement subjuguée. Leurs cheveux étaient d'un argent soyeux, et leurs visages étaient graciles et lumineux. Chacune s'arrêta devant le prince Legolas, et baissa les yeux tout en le saluant d'une gracieuse révérence.
Leurs yeux innocents et curieux s'arrêtaient parfois sur le visage d'Elanor, et lorsque celle-ci vit la curiosité et la convoitise dans leur regard, elle dû se retenir pour ne pas piquer un fard.
Et dire que Legolas avait passé toute sa vie ici… avec toutes ces belles filles. Comment avait-il fait pour résister ? Elanor se sentit soudain pâlotte et chétive dans sa robe bleu nuit, qui lui avait été donnée par Arwen. Elle n'avait pas le teint parfait de toutes ces elfes, ni leur ossature élancée, néanmoins celles-ci semblaient envier sa position auprès du prince Legolas.
Celui-ci les saluait chacune individuellement, connaissant leur prénom, et visiblement heureux de les retrouver. Son sourire faisait à chaque fois naître une rougeur sur les joues des demoiselles.
L'agacement et l'irritation gagna peu à peu Elanor. Alors qu'ils s'arrêtaient à nouveau pour saluer une elfe blonde, qui était de toute beauté, un animal féroce gronda dans son bas-ventre, et elle se força à garder son calme.
- Mae Govannen, hîr nin Legolas.
- Bereth. Mae govannen.
Legolas posa la main sur son cœur.
- J'ai appris pour ce qui était arrivé à ton père. Toutes mes condoléances, lui déclara-t-il.
La jeune femme baissa la tête, triste.
- Puisse-t-il retrouver vite le chemin de retour des cavernes de Mandos, lui répondit-elle. Il va me manquer.
- Aphadon avait une belle âme. Je suis sûr que tu le reverras vite.
Legolas posa brièvement sa main sur son épaule, et Elanor qui n'avait pas saisit toute la conversation en elfique, ressentit aussitôt une pointe de jalousie.
Bereth tourna la tête, et s'aperçut enfin de sa présence.
- Pardonnez-moi madame. Je ne vous ai pas saluée. Mae govannen.
La voix mélodieuse, et le sourire presque adorable que l'elfe lui adressa fit naître une pointe de culpabilité dans le cœur d'Elanor.
Un peu gênée, elle inclina la tête.
- Mae govannen, répondit-elle avec un sourire forcé.
Bereth sembla déceler son humeur, et son sourire s'évanouit lentement, laissant place à une expression interrogative.
- J'espère que nous nous reverrons, dit-elle gentiment.
Elle les salua tous les deux, et les quitta.
Lorsqu'ils arrivèrent enfin aux cuisines, Legolas jeta un regard à Elanor.
- Est-ce que ça va ? Tu me sembles contrariée, lui fit-il remarquer.
Voyant son état d'agitation, mais n'en comprenant pas la raison, il posa sa main sur son épaule tendrement.
Elanor déglutit, refoulant tous ces sentiments possessifs et coléreux envers Legolas.
- Oui. Ça va.
Elle prit une grande inspiration, et ce n'est que lorsqu'elle croisa les grands yeux bleus intrigués de Legolas, qu'elle réussit enfin à se calmer.
- Désolé, je… je suppose que je suis un peu à cran, voilà tout.
Legolas posa la main sur son front.
- Tu es toute rouge, et fiévreuse en plus… tu es sûre que tu n'as pas pris froid ? lui demanda t-il.
Elanor releva les yeux, presque sidérée. Legolas n'avait rien remarqué, ou bien le faisait-il exprès ? Il n'y avait aucune expression d'amusement dans son regard. Non, il était sérieux. L'ombre d'un sourire amusé se dessina sur les lèvres d'Elanor, et pendant une fraction de seconde, elle eut envie d'éclater de rire.
Les elfes étaient-ils à ce point aveugles ? N'avait-il pas vu la jalousie qui l'avait tiraillée ces dernières minutes ? Ne c'était-il pas douté qu'un moment où un autre, Elanor se poserait la question de savoir : comment il connaissait toutes ces elfes ? Non, Legolas n'avait rien vu. Elle ne se doutait pas qu'il était aussi naïf à ce sujet… mais après tout, il était-
- Je crois que tu es malade.
Elanor sortit brusquement de ses pensées. Legolas la regarda encore avec un air perplexe, ayant l'air inquiet pour sa santé autant physique que mentale.
- Non. Ça va Legolas, je t'assure, répondit Elanor. Je vais bien. J'ai juste eu… un coup de fatigue. Ce sont… des désagréments féminins. Ça arrive de temps en temps, tu vois.
Legolas la regarda fixement, ne comprenant visiblement pas ce qu'elle voulait lui dire.
- Oh.
Elanor se racla la gorge.
- Alors, c'est ici les cuisines ?
La pièce dans laquelle ils se trouvaient était une petite grotte naturelle rectangulaire. Quelques elfes, deux hommes et trois femmes s'affairaient quelques mètres plus loin.
Il y avait toutes sortes d'étagères et de tables garnies de fruits et d'autres aliments. Cela allait d'un tonneau de pistaches, ou de noix, à une grappe de raisin ou de baies noires, en passant par des pains et des mets variés, disposés dans des grands plateaux. Quelques animaux étaient étendus sur la table, prêt à être éviscérés, dont une biche et deux lapins.
- Oui, répondit Legolas. C'est ici que nous venons chercher de la nourriture lorsque nous avons faim. Parfois, nos serviteurs les apportent dans nos appartements. Mais la plupart des elfes préfèrent préparer leurs propres repas, ce n'est donc destinés que pour le confort des souverains, ou lorsque nous fêtons Mereth en Gilith.
Mereth en Gilith. La fête des étoiles. Elanor avait de vagues échos concernant cette tradition elfique… Bilbo lui en avait parlé une fois.
Legolas la quitta, et déposa le chevreuil sur la table. C'était un homme aux cheveux brun, habillé d'une tunique brune très simple. Son visage était harmonieux et charismatique, mais il avait aussi une expression douce qui rappela à Elanor un autre elfe de Fondcombe, Lindir. Legolas lui souffla quelques mots, et revint avec lui.
- Dame Elanor, c'est un plaisir de vous rencontrer, la salua l'elfe.
Il posa la main sur son cœur, et Elanor fit de même.
- Mon nom est Tavor. Je suis en charge des cuisines. Vous êtes la bienvenue ici, sachez que vous pourrez venir autant de fois qu'il vous plaira. Nous nous ferons un plaisir de vous offrir ce que vous souhaiterez.
Prise de court, Elanor resta un moment stupéfaite par la chaleur et la bienveillance de l'elfe.
- Aheum… merci, répondit-elle.
Legolas glissa sa main dans la sienne, et l'entraina avec lui un peu plus loin, laissant Tavor retourner à ses occupations.
- Je t'avais promis que tu gouterais au vin de Dorwinion, tu te souviens ? lui souffla Legolas.
Son souffle chaud contre son oreille suffit à la ramener sur Terre. Elanor tiqua lorsqu'elle entendit Dorwinion, repensant à ce qui s'était produit une heure plus tôt avec le roi Thranduil. Il le lui avait déjà fait goutée. Maintenant qu'elle y pensait… Thranduil avait devancé Legolas en la matière.
Il était hors de question qu'elle le lui dise. Elanor sentit cependant la nervosité l'envahir à nouveau, lorsqu'elle comprit qu'elle devrait jouer la comédie devant lui.
Legolas ne s'aperçut pas de son malaise, et l'emmena dans la cave à vin personnelle du roi.
Deux elfes bruns se trouvaient là, assis à une table entourée de fioles et d'un plateau de pain et de fromage. L'un d'entre portait une tunique pourpre, richement tissée de fils de soie d'or, alors que l'autre avait une tenue brune similaire à celles des gardes.
Tous deux riaient joyeusement lorsque Legolas et Elanor firent leur entrée.
- Hîr nin !
Prit sur le fait, les elfes bondirent sur leurs pieds.
- Galion ! Elros ! les salua Legolas.
Les deux elfes mirent la main sur le cœur, et baissèrent aussitôt la tête avec grâce pour saluer leur prince. Legolas s'arrêta en haut des escaliers, les dévisageant, puis se décala légèrement sur le côté.
- Voici Elanor, ma compagne.
Legolas la désigna, et les deux elfes la regardèrent avec des yeux ronds. Après quelques secondes de silence stupéfait, ils inclinèrent à nouveau la tête pour la saluer avec respect.
- Ma dame, dirent-ils simultanément.
Elanor les salua d'un sourire timide, et Legolas lui prit la main pour l'entrainer doucement en bas des marches.
- Galion est notre caviste, c'est lui qui est chargé du choix des vins pour le roi, expliqua Legolas à Elanor. Quant à Elros, il est le gardien des clés des cachots, et est censé faire des patrouilles…
Legolas haussa imperceptiblement les sourcils lorsque son regard s'attarda sur l'elfe sylvain. Elros déglutit, et se racla la gorge.
- Je… hum… veuillez m'excusez mon prince, je retourne tout de suite à mon poste, déclara-t-il.
Avant même sur Legolas n'ai eu le temps de répondre, Elros fila vers la porte de sortie, la démarche un peu hagarde. Le regard amusé du prince le suivit jusqu'à ce qu'il disparaisse, puis il se tourna vers Galion.
- J'espérais que tu puisses nous donner une bouteille de Dorwinion, déclara Legolas.
Galion hocha la tête, et partit immédiatement sur une estrade près des étagères. Legolas jeta un regard complice à Elanor, et l'entraina vers la table. Ils s'y assirent, tout en essayant d'ignorer le capharnaüm laissés par les deux elfes.
Galion revint quelques secondes plus tard avec une fiole remplie de vin rouge. Il se hâta de débarrasser les plateaux de nourriture et les verres vides que lui et son compagnon avaient laissés, un peu embarrassé.
- Pardonnez ce désordre hîr nin, je n'attendais pas votre visite, s'excusa Galion.
- Ce n'est rien.
Legolas le rassura d'un geste de la main, mais l'elfe continua tout de même à s'agiter pour effacer toute trace de sa rencontre précédente. Galion remplit ensuite deux coupes de vin, et en tendit une d'abord à Elanor, cérémonieusement.
- Ma dame… voici votre vin.
- Merci, répondit Elanor.
- Je suis certain que vous allez appréciez. Il s'agit de l'un de nos met les plus raffinés, et le vin favori de notre roi, continua Galion avec fierté.
- Oh… oui, je sais.
Elanor ne parvint à réaliser que quelques secondes trop tard l'erreur qu'elle avait faite. Les deux elfes s'étaient figés, et la dévisageaient avec surprise. Galion paraissait simplement étonné, alors que Legolas était pensif.
- C'est ce que tu m'avais dit à Edoras, non ? reprit Elanor en s'adressant à son compagnon.
Le regard de ce dernier s'illumina, et il hocha la tête en souriant. Mais alors qu'Elanor prit une première gorgée de Dorwinion, ses yeux ne cessèrent de l'étudier attentivement.
- Hum… c'est délicieux, déclara Elanor.
Galion la gratifia d'un sourire rayonnant, et Legolas commença enfin à siroter son verre.
Elanor détourna le regard pour regarder autour d'elle. Bilbo lui avait fait une brève description de cet endroit lorsqu'il avait fait mention de la manière dont il avait fait fuir Thorin et sa compagnie des nains. Mais c'était tout autre chose de le voir en vrai.
Elanor remarqua la rangée de tonneaux entassés au centre de la pièce, et sous laquelle se trouvait vraisemblablement la trappe secrète. Un sourire guilleret et incontrôlable apparut sur ses lèvres.
Legolas reposa son verre qui était déjà à moitié vide, et attira l'attention de Galion.
- Deren m'a informé de ce qu'il s'était passé ces derniers mois. Mais il n'a pas été très précis en ce qui concernait la bataille de Dol Guldur.
- Ah, cette bataille…
Son regard devint lointain, et se teinta de tristesse, tout comme celui de Legolas.
- Ca a été terrible, ajouta-t-il.
- Golwîn… comment est-il mort ? demanda Legolas.
- Un coup d'épée dans le cœur, répondit Golwin. Il tentait de protéger le roi, mais ils se sont fait piégés par un groupe d'orques. Aphadon est mort en même temps.
Legolas baissa les yeux vers son verre, et observa le vide en silence. Elanor sentit dans l'air toute la tristesse qui le ravageait, et lutta contre l'envie de lui attraper la main.
- Qui était-il ? demanda-t-elle.
Legolas releva doucement la tête pour la regarder.
- C'était mon maître d'armes, répondit-il. C'est lui qui m'a tout apprit…
Elanor s'en voulut aussitôt d'avoir posé la question, tant la douleur était perceptible dans la voix de Legolas.
- Je suis désolée…
Legolas relâcha son verre des mains, et les reposa sur la table. Elanor fut un instant admirative de son flegme et de la rapidité avec laquelle il réussit à se recomposer une expression neutre.
- Très peu d'entre nous sont revenus de Dol Guldur, déclara Galion.
Il murmura quelques paroles pleines de reconnaissances aux Valars, puis se servit un verre de vin.
- Comment va mon père ? demanda Legolas.
Galion s'arrêta à mi-chemin dans son geste, et reposa précautionneusement la bouteille.
- Je… je ne saurais dire hir nin.
Voyant le regard insistant de Legolas, il poursuivit :
- Sa majesté reste enfermée dans ses quartiers toute la journée, et je n'ai jamais autant réapprovisionné nos réserves que depuis ces derniers mois. Il n'a jamais été autant exigeant…
La consommation excessive d'alcool durant ces dernières heures semblait avoir eu de l'effet sur Galion, et cela lui délia la parole.
- … je dois dire que je subis ses foudres constamment. Le roi ne boit quasiment plus que du Dorwinion, continua l'elfe. Et en grande quantité. Je ne sais pas si nous en aurons d'ailleurs assez pour passer l'hiver. Je lui ai dit qu'il nous serait plus facile d'aller à Dale pour en acquérir, mais il ne veut rien savoir, et ne veux pas qu'un seul d'entre nous ne sortions.
- Pourquoi ? demanda Legolas. La guerre est finie, il n'y a aucun risque à aller à l'extérieur.
Galion secoua la tête tristement.
- C'est ce que nous pensons tous, mais il est vrai que la forêt est encore peu sûre…
- C'est faux, répliqua Legolas. Nous l'avons traversé, il n'y a eu aucun problème en venant.
Galion ouvrit la bouche, mais parut se raviser et se tut.
- Pourquoi continue-t-il d'agir ainsi ? demanda Legolas.
- Le roi Thranduil ne souhaite que le bien être de son peuple, réfuta Galion.
Mais il ne paraissait lui-même pas convaincu par ce qu'il disait, tant son visage était traversé par le doute.
- Il est tout à fait légitime de sa part de -
- Est-ce lui qui t'as fait avaler ces idioties ? s'exclama Legolas.
Elanor sursauta, peu habituée à l'entendre crier. Galion perdit toute la confiance qu'il avait, et n'osa plus regarder son prince dans les yeux.
- Ceci n'est qu'un flot d'âneries ! continua Legolas. Cet endroit n'est pas un refuge, c'est une prison ! Oses me dire le contraire !
Galion resta silencieux.
Leur échange fut soudain interrompu par une voix bourrue, reconnaissable entre mille. Un rire grave et joyeux résonna dans la cuisine d'à côté, suivi de celui, et cela était encore plus surprenant, de rires féminins.
Gimli surgit dans la pièce, accompagné d'un garde sylvain, qui paraissait avoir du mal à le suivre et qui avait l'air passablement irrité.
- Ah ! Vous voilà ! s'exclama le nain, lorsqu'il les aperçut. Je vous ai cherché partout !
La tension dans l'air se dissipa aussitôt, et la colère disparut du visage de Legolas, qui tourna son attention vers Gimli.
- Et où croyez-vous que nous étions, mon ami ?
Le nain haussa les épaules, et descendit les marches pour les rejoindre.
- L'oreille pointue m'a dit que vous étiez sorti dans la forêt. Mais comme Elanor avait aussi disparue, je me suis dit que vous ne deviez pas être loin.
Legolas haussa un sourcil, et il regarda Feren, qui jetait un regard agacé derrière le dos de Gimli. L'elfe semblait au bord de la crise de nerf... et il en fallait beaucoup pour susciter cette émotion chez un elfe. Elanor retint un pouffement de rire, se doutant que le nain avait probablement trainé le garde à travers toute la caverne, non sans le titiller sur toute la durée du trajet.
- Ces cuisines sont un enchantement, continua Gimli. Vous auriez dû me les montrer plus tôt, Legolas. Je commençais à mourir de faim dans ce trou à souris.
Les elfes s'offusquèrent immédiatement et affichèrent une expression coléreuse, trouvant la comparaison insultante, excepté Legolas qui répondit par un sourire clairement amusé.
Sans même demander l'autorisation, Gimli se hissa sur la chaise vacante à côté d'Elanor, ce qui attisa un regard foudroyant de la part de Galion.
- Pardonnez-moi, Gimli. J'avais oublié que les nains avaient un appétit d'orque.
- Qui c'est que vous traitez d'orque ?! vociféra-t-il.
Gimli serra les poings, vexé. L'hilarité de Legolas se renforça, et Galion regarda l'échange entre l'elfe et le nain avec un air éberlué.
- Vous savez ce qu'il vous dit le nain ?! Vous savez ce que ça fait de trainer un elfe dans cette grotte ?! continua Gimli.
- Je pensais que vous vous étiez accommodé à ma compagnie, répondit Legolas. Je ne vois pas pourquoi ce serait différent avec quelqu'un d'autre.
- Cela m'a pris un an ! rétorqua Gimli. Un an ! Et vous croyez que c'était facile de trainer avec vous ?
Le nain, même s'il paraissait en colère et avait le visage rouge, semblait apprécier grandement cet échange, tout comme Legolas. Sentant que la dispute était prête à s'éterniser, ou pire à finir en pari idiot, Elanor secoua la tête et replongea son nez dans son verre.
- A traverser toute la Terre du Milieu… une course à pied d'une semaine ! Et à chevaucher avec vous, Aha !
- Je pense que vous devriez boire un peu, l'ami, vous me semblez un peu agité.
Legolas poussa son verre vers Gimli avec un sourire taquin. Le nain regarda ce qu'il lui offrait avec un mélange de méfiance et de curiosité.
Pendant quelques secondes, il hésita, puis tendit le bras et attrapa un plateau de fromage et de pain.
Sans se soucier de l'air offusqué de Galion, Gimli attrapa la nourriture à pleines mains, l'écrasant presque dans ses doigts. Legolas fronça le nez, un peu dégouté, alors qu'Elanor avala de travers tout en riant.
- Est-ce parce que vous avez perdu à notre dernier défi que vous refusez de boire ? demanda innocemment Legolas.
Gimli s'arrêta de manger, et le regard avec des yeux noirs.
- Je n'ai pas perdu ! Nous avons fait ex-aequo !
- Vous vous êtes affalé sur le sol sans avoir terminé votre vingt-cinquième coupe ! répliqua Legolas. Eomer en a été témoin. Et Elanor aussi.
L'elfe et le nain se tournèrent d'un même mouvement vers elle. La jeune femme, consciente que quatre paires d'yeux la regardaient, se ratatina contre le dossier de sa chaise tout en essayant de ne pas s'étouffer.
- Heum heum… ne me… heum… mêlez pas à ça s'il vous plaît, tenta-t-elle de marmonner.
Legolas lui caressa doucement le dos, inquiet, alors que Gimli et Galion la regardait avec un drôle d'air. Elanor finit par se calmer, et ressentit un soudain mal de tête.
Le vin qui avait déjà agi une heure plus tôt sur elle, commençait de nouveau à faire son effet. Maudit soit Thranduil ! pensa-t-elle.
- Vous avez entendu la demoiselle, Legolas. Ne la mêlez pas à nos affaires, la défendit bravement Gimli, bien que ce n'était que pour son propre intérêt.
Alors que Legolas la regardait avec des yeux pleins d'espérance, Elanor se sentit craquer intérieurement.
- Hum… en fait, Legolas a raison. Vous vous êtes endormi Gimli.
-AAAAAhhh !
Le nain tapa du poing sur la table, faisant bondir les couverts dans les airs. Un des verres tomba, et déversa son contenu sur la table.
- Ce n'est pas du jeu ! Evidemment, j'aurais dû m'y attendre ! Vraiment, personne ne me soutien ici ! s'exclama-t-il.
Alors que Galion s'empressait d'essuyer le vin sur la table, Gimli se pencha vers Legolas.
- Vous allez voir ! Je vous pari que cette fois je vais gagner l'elfe ! rugit-il.
- Très bien, accepta Legolas. Mais alors, après le diner.
Juste à ce moment, deux elfes ravissantes entèrent, accompagnés de Tavor, et portant un plateau garni de viande chaude et fumante. Gimli se retourna avidement vers eux, les yeux pétillants.
- D'accord. Bonne idée, l'elfe.
Le rire clair et hilare d'Elanor éclata dans la caverne.
Lexique elfique :
- Hin nîn : Prince
Noms des elfes :
- Deren : chêne (Sylvain)
- Feren : Hêtre (Sylvain)
- Tavor : Pivert (Sylvain)
- Elros : Ecume d'étoile (Sylvain)
- Galion : Fils de lumière(Sylvain)
- Rhawinw : femme sauvage (Sylvain)
- Aphadon : Vassal (Sindar)
- Golwîn : sage, instruit dans les arts profonds (Sindar)
