Bonjour, voici un nouveau chapitre ! Désolé pour l'attente, j'ai eu un peu de mal à boucler ce passage de l'histoire (par manque de temps et d'inspiration). Mais ne vous inquietez pas, je n'ai pas l'intention d'arrêter cette fiction. La fin est déjà écrite ;)

J'espère que vous aimerez ce chapitre. N'oubliez pas de poster un commentaire à la fin, ça me fait toujours très plaisir de savoir ce que vous en avez pensé. A bientôt !

gallica.


Chapitre 27 : La Montagne Solitaire


Elanor se retourna lorsqu'elle sentit une présence derrière elle. Elle fut à la fois soulagée et un peu nerveuse lorsqu'elle vit qu'il s'agissait de Legolas.

L'elfe avait un visage fermé, et ses émotions ne trahissait en rien ce qui avait pu résulter de sa conversation avec Thranduil.

Elanor se leva immédiatement, et s'apprêta à lui demander comment cela s'était passée, quand remarqua le bijou scintillant que Legolas serrait étroitement dans sa main.

Elle ne l'avait vu qu'une fois. Mais elle ne pourrait jamais oublier la beauté de ces gemmes blanches, dont la lumière était aussi brillante que celle des étoiles. Elle n'eut aucun mal à reconnaître le collier de Thranduil.

- Le collier... il te l'a donné ?! s'exclama-t-elle, surprise.

Legolas baissa les yeux sur le bijou.

- Oui.

Il s'avança vers elle, et s'assit sur le lit à ses côtés.

- Je le lui ai demandé.

Elanor se rassit, reprenant la place qu'elle avait quittée quelques secondes plus tôt, sans s'en rendre compte. Elle ne put s'empêcher de fixer le collier un peu plus longtemps que nécessaire.

- Mais j'ai bien crus qu'il allait refuser, ajouta Legolas.

Il commença à manipuler doucement les perles scintillantes qui étaient dans ses mains, avec un regard lointain.

- Ton père semble y tenir énormément, dit Elanor.

Elle ne parvenait pas à oublier l'expression de fureur qui avait déformé le visage de Thranduil, lorsqu'il l'avait prise sur le fait.

- Oui... ce sont des gemmes de Lasgalen, répondit Legolas. Il en existe très peu dans ce monde, et on ne les trouve que dans le cœur des montagnes. Seuls les nains ont été capables à ce jour d'en trouver.

Elanor haussa les sourcils, un peu étonnée.

- Comment se fait-il que ton père en a ? demanda-t-elle.

Elle imaginait mal les nains offrir à Thranduil des pierres aussi inestimables en cadeau. A moins qu'il les ait payées... à un autre âge de la Terre du Milieu, et certainement au prix fort. Est-ce que les nains et les elfes avaient un jour partagés une amitié ? Elanor en doutait. Elle ne se souvenait pas avoir entendue de légendes à ce sujet remontant aux derniers âges.

- Je ne sais pas, répondit Legolas. Il ne m'en a jamais parlé.

L'expression hypnotisée qu'il arborait à cet instant, était si ressemblante à celle qu'Elanor avait vu sur le visage de Thranduil, qu'elle prit peur. Elle jeta un regard un peu méfiant en direction du collier, et son corps se figea immédiatement.

- Legolas ?

L'elfe qui retenait sa respiration, relâcha soudain son souffle.

- Il était à ma mère...

Elanor ne s'attendait certainement pas à cette confession.

A sa mère ?

Elle baissa les yeux pour regarder le collier qui se trouvait dans les mains de Legolas, mais cette fois d'un nouvel œil.

Ce collier avait appartenu à la mère de Legolas.

L'information mit quelques secondes à arriver dans son cerveau. Pas étonnant que Thranduil avait été furieux lorsqu'il l'avait trouvé dans ses quartiers privés, penchée sur ce même-collier.

La mère de Legolas, qui était morte depuis des siècles, avait trouvé une fin tragique. Legolas s'était confié à demi-mot à ce sujet, lorsqu'ils voyageaient encore avec la communauté. Elanor savait juste qu'elle avait été tuée dans la forêt noire, par une bande d'orques.

Ces souvenirs semblaient lointains, mais Elanor n'avait jamais oubliée l'émotion et la tristesse dans la voix de Legolas : « Mon père ne s'en est jamais remis. Après ça, il n'a plus jamais été le même, ni notre royaume. ».

Elanor se mordilla la lèvre, se sentant presque honteuse soudain d'avoir osée portée la main sur cette seule relique de la mère de Legolas.

- Elle ne l'a même pas portée... mon père avait prévu de le lui offrir. Mais il n'en a pas eu le temps.

Elanor glissa doucement sa main jusqu'à celle de son compagnon, émue. Les mots franchissaient les lèvres de l'elfe naturellement, et il ne paraissait plus pouvoir se retenir à présent de tout dire ce qu'il savait.

- Je suis désolé, murmura Elanor.

Legolas serra doucement leurs mains jointes, et Elanor sentit sous sa peau les pierres dures et froides du collier.

- Je ne veux pas que mon père le garde, déclara-t-il. Ce collier... Elanor, il a lancé une armée d'elfes au pied de la montagne solitaire pour le récupérer !

- Une armée ?

Confuse, Elanor leva les yeux pour le regarder. Est-ce que Legolas faisait référence à la bataille des cinq armées... ? Ou bien une autre dont elle n'avait pas connaissance ?

Elanor ne se souvenait que de celle où Bilbo avait participé, il y a plus de soixante-dix ans.

- Thorin Ecu-de-chêne l'avait en sa possession lorsque les nains ont réussi à reprendre Erebor, répondit Legolas. A l'époque j'étais parti de mon royaume pour suivre leurs traces jusqu'à Lacville. Quand Smaug a été tué, mon père est arrivé à Dale avec notre armée. Mais je n'avais pas réalisé à ce moment qu'il était venu pour ça...

Legolas serra le bijou dans sa main, si fort que les gemmes de Lasgalen émirent un son crissant de protestation.

- Il n'y avait rien d'autre, continua-t-il, la voix dure. Juste ce collier dans la montagne qu'il voulait récupérer. Il a sacrifié la vie de centaines d'elfes... comme si cela ne signifiait rien.

Sa mâchoire carrée se serra, sous la colère.

- C'est de la folie, souffla Elanor.

Legolas acquiesça.

- Oui. De la folie... c'est exactement ce que j'ai pensé.

Il reposa le collier sur ses genoux, et s'en désintéressa soudainement, pour la regarder.

- Je ne suis pas sûr qu'il a encore les idées claires... j'ai l'impression qu'il a perdu l'esprit. Je n'aurais peut-être jamais dû partir.

Elanor l'observa, songeuse. Elle avait une question sur les lèvres, qui la taraudait depuis plusieurs semaines déjà. Depuis le jour, en fait où ils étaient arrivés ici. Mais elle n'avait pas encore osé la poser.

- Pourquoi es-tu parti ? demanda-t-elle. Ton père... il a dit que tu t'étais absenté durant de longues années.

Legolas baissa les yeux, comme s'il n'osait soudain plus la regarder en face.

- J'avais la sensation que ma place n'était plus ici, répondit-il. Après la bataille des cinq armées, j'ai compris qu'il me fallait partir... vivre une autre vie, loin de ce royaume et de mon roi.

Un silence passa entre eux, durant lesquels Elanor médita ses paroles. Legolas avait répondu à sa question, mais il restait tout de même vague quant aux véritables raisons qui avaient motivés son départ. Elle avait la sensation qu'il ne lui disait pas tout.

- Je lui ai dit que nous allions à Erebor demain, avoua finalement Legolas. Il a accepté que nous revenions.

Elanor se redressa, surprise.

- C'est une bonne nouvelle, s'exclama-t-elle.

Elle était en fait soulagée que Thranduil ait accepté. Cela voulait dire que tout n'était pas perdu, après tout. Peut-être était-ce un premier pas vers la réconciliation ?

Elanor grimaça. Peut-être voyait-elle trop loin. Thranduil n'allait certainement pas la pardonner de sitôt pour avoir osée toucher le bijou précieux de sa défunte femme. Et elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir pour cela.

- Je crois qu'il est temps de prévenir notre ami Gimli que nous partons, déclara Legolas.


Juchée sur son cheval, Elanor se retourna une dernière fois vers la colline recouverte d'arbres, qui dissimulait le royaume des elfes.

De là où elle se trouvait, on ne voyait presque rien, et il aurait été impossible de dire qu'une ville secrète se cachait sous cette petite montagne. Le lit de la rivière bourdonnait à un peu plus loin, à quelques mètres en dessous des pieds de son cheval, dans un canyon sinueux.

Elanor suivait consciencieusement la route ouverte par Legolas et Gimli, qui se trouvaient juste devant elle. Tenant les rênes d'Arod, l'elfe longeait un passage près de la berge que lui seul semblait connaître.

Elanor ne savait pas quand elle reviendrait dans les cavernes de Thranduil. Elle avait cependant la conviction que cela se produirait un jour. Elle avait un sentiment étrange... comme si quelque chose, ou quelqu'un l'appelait à rester et à faire demi-tour. Au fond d'elle-même, il y avait une voix intérieure qui lui disait qu'elle ne devait pas partir.

Pour quelle raison... ? Elle n'en avait aucune idée. Mais cette sensation ne l'avait pas quittée depuis qu'elle avait franchi les grandes portes, laissant les elfes et le Thranduil derrière elle.

Malgré le peu de conversations qu'elle avait eu avec lui, sans qu'il y ait de grand succès, Elanor avait l'impression d'être passée à côté d'un élément essentiel. Elle avait d'abord cru que cette sensation disparaitrait lorsqu'elle avait découvert les gemmes de Lasgalen, que Thranduil gardait jalousement dans ses quartiers. Mais l'image de ses cicatrices qui étaient un instant apparues sur sa joue ne cessaient de revenir dans son esprit.

Qu'est-ce que c'était ? Avait-elle rêvée... ou bien était-ce réel ?

Deren, ainsi qu'un petit groupe de cinq autres elfes, s'étaient joints à eux pour les escorter jusqu'à la lisière de la forêt. Si leur intention était uniquement d'accompagner leur prince pour des principes protocolaires, Elanor soupçonnait en vérité qu'ils avaient été envoyés par Thranduil. Pour leur assurer une sécurité supplémentaire, ou pour les espionner... telle était la question.

Legolas n'avait cessé d'avoir la mâchoire serrée et le regard noir depuis qu'ils étaient partis.

Avait-il peur pour la sécurité de ses gemmes de Lasgalen ? Ou bien pour son fils ?

Elanor se demandait parfois à quoi pouvait penser Thranduil. Les elfes étaient si étranges... et les seigneurs et rois encore plus complexes, à ce qu'elle avait pu constater. Parfois elle avait eu aussi du mal à comprendre Elrond, et encore plus Galadriel, qui était une véritable énigme. Thranduil leur était comparable, si ce n'est que ses réactions semblaient plus imprévisibles encore. Ses intentions étaient difficiles à cerner, surtout vis à vis de Legolas.

- Etes-vous sûr que vous ne voulez pas que nous vous accompagnions plus loin, hîr nin ? demanda Deren lorsqu'il atteignirent enfin la lisière, quelques heures plus tard.

- Non, répondit Legolas. Ça va aller, nous continuerons seuls.

- C'est une longue route jusqu'à Dale. Et vous n'êtes que trois. Laissez au moins quelques-uns de mes gardes vous accompagner, proposa l'elfe sylvain.

Il désigna deux de ses compagnons, qui étaient un homme et une femme elfe à l'allure athlétique et élancée.

- Deux autres personnes ne feront pas de grande différence si nous sommes attaqués, répliqua Legolas. Nous avons connu de périples plus dangereux durant notre voyage, et nous sommes capables de nous défendre.

Deren inclina la tête, comprenant qu'il était inutile d'insister.

- Bien, hir nîn. Alors c'est ici que nous nous séparons. Soyez prudents.

Legolas acquiesça, et tira sur la bride de son cheval pour reprendre la route. Elanor l'imita aussitôt, et talonna son cheval. Ils commençaient tout juste à s'éloigner, lorsque Deren les héla une dernière fois.

- J'ai un message de la part de votre père ! lança-t-il. Il vous demande de prendre soin de ce qu'il vous a laissé... et de veiller à ne pas l'égarer.

Deren énonça cette dernière recommandation tout en fronçant les sourcils. Il ne parut lui-même pas comprendre la signification de ce qu'il venait de dire. Mais Legolas et Elanor saisirent très bien le message de Thranduil, et ils échangèrent un regard perplexe.

- Dis-lui qu'il n'a pas de soucis à se faire. Il est entre de bonnes mains, répondit Legolas.

Sa voix était un peu sèche, et Elanor grimaça en sentant le ton tranchant qu'il employa pour clore la conversation. Deren hocha la tête, et ils lui tournèrent alors le dos pour partir au galop sur le chemin qui s'éloignait de la forêt, laissant le petit groupe d'elfes sylvains derrière eux.

Lorsqu'ils furent suffisamment éloignés, Gimli osa enfin sortir du silence.

- De quoi est-ce que l'elfe parlait Legolas ? Que vous a donné votre père ? demanda-t-il.

- Je vous montrerais plus tard, répondit Legolas.

Il tourna légèrement la tête pour regarder son ami, se ravissant soudainement. Son expression s'adoucit.

- C'est un bien inestimable. Un qui risque de vous plaire, ajouta-t-il.

- Oh.

Gimli ouvrit la bouche en rond, les yeux pétillants d'interrogation et de curiosité. Néanmoins il refoula son envie d'en savoir plus, et resta muet.

- Où allons-tout maintenant ? demanda Elanor.

- Tout droit vers le Nord, répondit Legolas.


Ils mirent plusieurs jours à contourner le lac pour rejoindre la montagne solitaire. Plus ils se rapprochaient de Dale, et plus la végétation s'appauvrissait, laissant peu à peu place à une terre stérile et rocailleuse.

Les premiers cadavres d'orques commencèrent à apparaître alors qu'il se trouvaient à quelques heures de la cité. Plus ils progressaient, et plus leur nombre grandissait.

La puanteur des corps abandonnés en putréfaction devint vite incommodante, tellement qu'Elanor ne tarda pas à se protéger le nez avec un pan de la manche de sa tunique. Gimli renifla à de nombreuses reprises, signe de son malaise, et Legolas n'esquissa aucune réaction, si ce n'est que sa respiration devint plus retenue et plus difficile à entendre.

Elanor réalisa alors qu'il devait probablement lutter de toutes ses forces pour ne pas l'imiter, et se boucher le nez lui-aussi. Les elfes étaient par nature extrêmement sensibles à l'odeur des orques, qu'ils ne pouvaient supporter bien longtemps.

- Une bataille a eu lieu ici, commenta Gimli. Et une sacrée bataille.

Des restes de corps noirs jonchaient le sol un peu partout, entassés parfois les uns sur les autres dans des positions improbables. L'état de décomposition des cadavres était si avancé, qu'il était impossible de distinguer s'il s'agissait véritablement d'orques, ou bien s'il y avait des hommes parmi eux. Elanor déglutissait à chaque fois qu'elle voyait un morceau d'armure étincelante, ou une étoffe colorée qui n'avait rien de commun à celle de l'armée de Sauron.

- Pourquoi ne les ont-ils pas brûlés ? demanda Elanor.

Elle se souvenait encore comme si c'était hier des énormes buchers de Minas Tirith, qui avaient brûlés pendant des jours entiers.

- Probablement parce qu'ils n'en ont pas eu le temps, il y en a trop peut-être, répondit Gimli pensif.

- Cela n'annonce rien de bon, déclara Legolas.

Il resta silencieux après cela, et Elanor vit la lueur dans le regard de Gimli changer.

- Espérons qu'Erebor ait été épargnée, répondit le nain avec inquiétude.

Legolas acquiesça.

Lorsqu'ils arrivèrent en haut du plateau, qui donnait une vue imprenable sur Erebor et Dale, Elanor ouvrit la bouche sous la stupéfaction. De là où ils étaient, ils pouvaient observer l'étendue des dégâts dévastateurs de la bataille que les nains et les hommes avaient menés contre les forces de Sauron.

Des buchers se trouvaient encore un peu partout sur la plaine, se situant entre Erebor et Dale, rependant une fumée noire et acariâtre dans le ciel.

- Par Durin, jura Gimli.

La porte d'Erebor était en grande partie détruite, et il ne restait pas grand-chose de la façade, si ce n'est un trou béant. Quant à Dale... on aurait pu à peine croire qu'il s'agissait autrefois d'une ville d'hommes. Si Elanor avait espérée découvrir la vie florissante de la cité dont elle avait tant entendu parler, elle se mettait le doigt dans l'œil.

Les maisons qui tenaient encore miraculeusement debout étaient calcinées, et la plupart des chaumières s'étaient effondrées, défigurant la cité. Il n'y avait plus aucune trace de vie. Juste la mort. Au loin, Elanor pouvait voir que de nombreux petits points noirs fourmillaient au pied et à l'intérieur de la cité, allant et venant dans toutes les directions et semblant s'activer à la reconstruction.

Elanor ne put s'empêcher de penser à Minas Tirith, qui avait été elle aussi sévèrement touchée par l'assaut de l'armée de Sauron. Mais Dale semblait avoir essuyé des coups encore plus durs.

- Nous devrions continuer d'avancer, s'exclama Gimli. Allons, Legolas, avançons !

Sa nervosité ne passa pas inaperçue à des deux amis. Legolas ne le fit pas attendre, et talonna Arod qui repartit au galop vers Dale, en contrebas.


Lorsqu'ils arrivèrent, les hommes et les femmes qui se trouvaient sur la route se retournèrent pour les regarder passer. Certains étaient très vieux, d'autres, trop jeunes pour pouvoir travailler... Elanor observa chaque visage, à la fois déconcerté et affligée de voir autant de fatigue et de souffrance chez eux. Mais en observant bien, elle n'y vit aucune tristesse, ni aucune affliction face à ce coup du sort qui leur avait été réservé. Tous ouvraient d'arrache-pied pour réparer Dale. Et ils semblaient presque heureux d'être en vie.

Elanor se redressa sur sa selle, et ne put réprimer une exclamation étouffée lorsqu'une douleur aigue la traversa dans le bas du dos. Toutes ces heures passées à cheval, sans faire de pause, lui firent réaliser que ces anciennes blessures étaient encore loin d'être guéries. Aragorn l'avait prévenue, Glorfindel aussi, que ses capacités physiques ne seraient plus les mêmes qu'auparavant. Après quelques semaines de répit, elle sentait à nouveau que l'anneau d'Angmar continuait à l'affaiblir de l'intérieur. Comme un poison, qui se répandait lentement dans ses veines, drainant toute énergie de son corps.

Le collier d'Este qu'elle portait au cou lui apportait parfois un peu de chaleur, mais cela n'était pas suffisant. Elle ne pouvait plus faire de longs voyages... plus maintenant.

-Mes seigneurs, qu'est-ce qui vous amènes ici ?

Un homme d'une cinquantaine d'années se positionna devant eux, habillé d'une redingote bleue élimée.

- Je crains que vous arrivez au mauvais moment, reprit-il. Nous n'avons pas de gîte à offrir à d'humbles voyageurs en ce moment. Comme vous le voyez, notre cité est en ruine.

- Nous n'avons pas l'intention de rester, répondit Legolas. Nous cherchons à rejoindre la montagne solitaire pour retrouver la famille de mon ami.

L'homme aperçu alors le nain, qui était derrière l'elfe et ses yeux s'écarquillèrent sous la surprise.

- Monseigneur Gimli !

Gimli le salua d'un signe de tête.

- Bonjour l'ami ! J'aimerais parler à Brand. Où est-il ? demanda le nain.

Une ombre passa sur le visage de l'homme.

- Il est mort, monseigneur. Durant la bataille, répondit-il. Il s'est battu bravement devant les portes d'Erebor jusqu'au bout.

- Oh.

Gimli baissa la tête, attristé.

L'homme inclina la tête, et une petite foule commença à se rassembler autour de leurs chevaux. Son expression qui était sombre, devint soudain interrogative et perplexe. L'homme observa tour à tour Elanor et Legolas, et au moment où il ouvrait à nouveau la bouche pour poser une question, un jeune homme d'une vingtaine d'années arriva soudainement derrière lui.

- Gavin ! Qu'est-ce que c'est que tout ce raffut ?

Il fendit la foule, et rejoignit l'homme d'âge mûr. Ses cheveux étaient d'un brun sombre, lui arrivant un peu au-dessus des épaules. Il était grand, et bien bâtît. Ses vêtements étaient simples, mais élégants et raffinés. Il avait d'ailleurs une allure et une aura qui se démarquait des autres, et laissait à penser qu'il avait du sang noble.

- Des visiteurs, monseigneur, répondit Gavin.

- Des visiteurs ? En ce moment ? s'étonna le jeune garçon.

Il se tourna vers eux, plus que surprit.

- Mon nom est Bard, je suis le seigneur de cette cité, les salua-t-il.

- Bard ?! s'exclama Elanor.

Elle connaissait ce nom, car c'était aussi celui qu'avait porté l'homme qui avait tué Smaug.

- Bard II, précisa l'homme, un peu déstabilisé. Je suis le fils de Brand, et arrière-petit-fils de Bard, le tueur de dragon. Et vous, qui êtes-vous ?

Elanor referma la bouche, se sentant soudainement stupide. Legolas lui adressa un regard amusé. Gimli s'empressa de répondre.

- Nous allons vers Erebor, lança-t-il.

- Seigneur Gimli !

Bard s'inclina devant le nain pour le saluer.

- Nous ne vous attendions pas aussi tôt. Les rumeurs disaient que vous étiez encore à Minas Tirith !

- Il fallait bien rentrer un jour ou l'autre. Mes respects pour votre père, Bard, dit Gimli.

Le jeune homme inclina la tête, et ses yeux se teintèrent de tristesse.

- Il est mort avec honneur, c'est ce qui importe. Mon père s'est battu jusqu'au bout devant les portes de votre royaume pour nous sauver la vie, avec Dain Ironfoot, dit-il.

- Dain Ironfoot ? répéta Gimli.

Bard hésita.

- Le roi de sous la montagne n'a pas survécu lui-non plus, déclara-t-il.

- Non... non !

Si Gimli était déjà triste d'apprendre la mort de Brand, il n'en était rien face à celle de Dain. Il baissa la tête, cachant sa douleur comme il le pouvait. Mais Elanor crut bien voir quelques larmes couler de ses yeux, jusque dans sa barbe.

- Je suis désolé, dit Bard. Thorin III a été sacré nouveau roi. Il est en vie, et se trouve dans la montagne. Tous attendent votre retour à Erebor avec impatience. Les histoires de ce que s'est passé dans le Sud ont fait grand bruit ici. Les gens ont raconté toutes sortes de choses. Le pire, comme le meilleur...

Bard posa à nouveau son regard sur Legolas, puis Elanor, et il les regarda avec perplexité, comme s'il hésitait des noms qu'il pouvait mettre sur leurs visages.

- Je suis Legolas Thranduilion du royaume sylvestre, se présenta ce dernier.

- Elanor, dit celle-ci, l'imitant sans toutefois ajouter de dénomination.

Les yeux de Bard, s'écarquillèrent légèrement.

- Legolas Thranduilion ? Et Elanor... la fleur de Cerin Amroth ?

L'elfe et la jeune fille échangèrent un regard perplexe, et acquiescèrent.

- Nous avons entendu tant d'histoires à votre sujet ! s'exclama Bard. Nous avions peine à croire que c'était vrai.

- Vous avez entendu parler de moi ? demanda Elanor, plus qu'étonnée.

Bard acquiesça.

- Vos exploits à tous ont traversé les frontières. Nous avons ouï dire que vous vous êtes battus au Gouffre de Helm, et à la bataille de Minas Tirith... certains ont mêmes affirmés que vous aviez des pouvoirs de magicienne, reprit le jeune homme.

Elanor en resta bouche-bée. Le vieil homme, et quelques personnes qui s'étaient approchés les regardaient, et surtout elle, avec une expression de fascination presque embarrassante.

- Je... je ne suis pas une magicienne, bredouilla Elanor. Enfin, pas vraiment...

L'était-elle ? Gandalf lui avait pourtant affirmé qu'elle possédait certains pouvoirs de Melian. Mais cela ne faisait pas d'elle une magicienne à proprement parler. Elle n'était une Maia. Juste elle.

Une mortelle revenue des cavernes de Mandos... mortelle ? L'était-elle encore ? Qui était-elle à présent que les Valar l'avaient renvoyé dans ce corps ? Existait-il seulement encore un semblant de vie en elle, ou bien était-elle une ombre qui ne faisait que s'attarder sur la Terre du Milieu ?

Cette pensée l'effrayait.

- Oh...

Bard la contempla, à la fois perplexe et embarrassé.

- Pardonnez mon erreur. Les rumeurs vous savez... les gens racontent tellement de choses.

Son regard alla brièvement d'Elanor à Legolas, mais si rapidement qu'elle faillit ne pas s'en apercevoir.

- Nous avons dégagé la route, cela ne devrait donc pas poser de problème pour vous de rejoindre Erebor, reprit Bard. Le chemin est sûr. Cependant, je vous conseille de ne pas vous attarder. Les nains sont un peu à cran depuis la fin des combats. Ils ont subi beaucoup de pertes.

Gimli releva aussitôt la tête.

- Nous serons prudents, répondit Legolas. Merci.

Bard les salua d'un geste de la main.

- J'espère que nous nous reverrons bientôt. Je serais de retour à la montagne d'ici quelques jours, pour m'entretenir avec Thorin. Notre peuple y a trouvé refuge pour quelques temps. D'ici là, bonne chance.

Gimli et Elanor hochèrent la tête pour le saluer, puis Legolas tourna Arod vers la route qui menait vers l'entrée de la montagne solitaire.


Ils chevauchèrent pendant un bon quart d'heure avant d'atteindre finalement les gigantesques portes d'Erebor.

Les dégâts causés par la dernière bataille étaient encore plus frappants vu de près. Même si les nains avaient déjà recommencé à bâtir une partie du mur, tout un pan de l'entrée était arraché. Lorsqu'ils arrivèrent, un petit groupe de nain était déjà dehors.

- Ah ! Enfin ! s'exclama Gimli, plus que ravi.

Mais de loin, il était visible que les nains apparaissaient plus que méfiants face aux nouveaux arrivants. Certains avaient même sortis leurs haches ou leurs arbalètes. Et cela parce qu'ils voyaient uniquement Legolas et Elanor sur leurs chevaux, et que Gimli était dissimulé derrière l'elfe.

- Halte ! s'exclama l'un d'entre eux, avec une voix grave et forte. Où allez-vous ? Et quelles sont vos intentions ?

Elanor tira sur la bride de son cheval pour l'arrêter net, en voyant que le nain pointait un carreau sur eux. Legolas en fit de même, une demi-seconde plus tard, un peu moins nerveusement qu'elle. Gimli gigota derrière la selle sur laquelle l'elfe était assis, et se hissa autant qu'il le pouvait.

- Allons ! C'est comme ça que vous accueillez l'un des vôtres ! lança-t-il.

Legolas tourna légèrement Arod sur le côté, pour que Gimli soit visible. Les nains furent frappés d'ahurissement et d'incompréhension.

- Gimli ?!

Le nain à la barbe grise ébouriffée abaissa son arbalète, les yeux écarquillés.

- Ça par exemple !

- Bienvenue à toi ! le salua un nain. Excuses-nous pour cet accueil, mais tu sais…

Le nain qui parlait se tut, et jeta un coup d'œil en direction de Legolas et d'Elanor en haussant les sourcils.

- Qui est-ce ?

Gimli ouvrit la bouche, mais il n'eut pas le temps de répondre, car une autre voix s'éleva des portes d'Erebor.

- Gimli ? Il est ici ? Où est-il ? s'exclama-t-il. Poussez-vous ! Poussez-vous vous tous !

Alors que les nains s'étaient attroupés devant la porte en voyant les étrangers et Gimli arriver, le petit groupe fut soudain perturbé par l'arrivée d'un nouveau nain, surgissant tout droit d'Erebor. La foule se fendit aussitôt pour laisser apparaitre Gloin, qui était haletant et semblait avoir couru pour arriver jusqu'ici.

Sa barbe blanche ne comportait désormais que quelques poils roux, signe qu'il avait un peu plus vieilli depuis qu'Elanor l'avait vu à Fondcombe.

Lorsqu'il aperçut Gimli, son visage s'illumina.

- Mon fils !

Gloin se laissa glisser de cheval, tombant presque sous la précipitation. Il ne dût son salut qu'aux réflexes de Legolas, qui parvint à le retenir juste à temps par la manche de sa tunique.

Les deux nains tombèrent dans les bras l'un de l'autre.

- Tu es vivant !

Elanor ne put empêcher le sourire attendri de fleurir sur ses lèvres, alors que Legolas regarda les retrouvailles entre le père et le fils avec une expression pleine de perplexité et de curiosité.

- Je suis heureux de vous revoir aussi en vie, père, répondit Gimli, ému. J'ai souvent craint le pire.

- Nous nous en sommes bien sortis. Mais il est vrai que nous avons eu beaucoup de pertes, déclara sombrement Gloin. J'ai entendu toutes sortes de rumeurs qui couraient sur toi. Certaines disaient que tu étais mort ! Que les seigneurs bénissent Eru !

Le vieux nain s'écarta un peu de Gimli pour le regarder.

- Alors, comment était ce voyage ? Racontes-moi tout.

- Ma fois, on a failli y rester plus d'une fois ! répondit Gimli. Mais le Mordor est bien tombé, et le semi-homme a réussi à détruire l'anneau.

Le visage de Gloin trahit sa stupeur, au point qu'il resta plusieurs secondes totalement muet.

- Ah ! Les hobbits, j'aurais su savoir qu'il ne fallait pas les sous-estimer ! s'exclama l'un des nains qui se trouvait derrière eux.

Celui-là portait un chapeau bizarre, fait en laine de daim, qui lui donnait deux grandes oreilles. Legolas haussa imperceptiblement un sourcil.

Gloin tapa l'épaule de son fils avec force.

- Oui ! Ces bons vieux hobbits ! Il faut dire qu'ils nous ont sauvés plus d'une fois ! s'exclama-t-il. Mais vous avez entendus tout ? Mon fils l'a aidé à détruire l'anneau !

- En fait, c'est le hobbit qui l'a détruit tout seul, corrigea Gimli, un peu bourru. Nous n'avons pas été jusqu'au Mordor. Nos chemins se sont séparés en route.

- Ah ? Alors ces rumeurs sur Minas Tirith et le Gouffre de Helm étaient vraies ? demanda-t-il, perplexe. Les hommes disent qu'un nain et des elfes y ont combattus.

Gimli hocha la tête. Le regard de Gloin se tourna alors vers Elanor, et il la regarda longuement tout en fronçant les sourcils, semblant essayer de mettre un nom ou un souvenir sur son visage. Puis il vit Legolas.

- Qu'est-ce qu'il fiche ici, lui ? demanda-t-il, agressivement.

La rancœur et la méfiance pouvait aisément s'entendre dans sa voix. Tout comme les autres nains, il adressa un regard noir à l'elfe, qui était aussi le fils de Thranduil. Même si Legolas avait été plusieurs fois dans leur camp, et notamment contre Azog lors de la précédente guerre, il n'avait jamais oublié son air moqueur et ses railleries vis-à-vis de sa famille, et de son fils...

- J'allais justement poser la question, s'exclama le vieux nain au qui portait un chapeau. Qu'est-ce que le prince Legolas fait avec toi Gimli ?

Les autres nains, qui pour la plupart, n'avaient jamais vu Legolas de leurs yeux, car étant trop jeunes ou absents à l'époque des derniers évènements qui avaient déterminé le destin de la montagne solitaire… regardèrent la scène sans vraiment comprendre ce qui se passait.

- Je l'ai invité à venir, répondit Gimli. Legolas était dans la communauté, et nous avons combattus ensemble. Il est… heu… hum…

Il se racla la gorge, un peu mal à l'aise.

- … mon ami, termina-t-il.

Une dizaine de paires d'yeux ahuris se tournèrent vers lui.

- Ton AMI ?! s'estomaqua Gloin.

Gimli croisa les bras, se mettant immédiatement sur la défensive.

Puis un des nains se mit à hurler de rire.

- Je n'aurais jamais pensé que TOI tu puisses devenir ami avec un elfe, s'exclama encore celui qui portait un chapeau. Quand je vais raconter ça à Bombur, il va en faire une indigestion.

L'ensemble des nains se mirent à glousser, semblant soudain trouver la situation plus comique que scandaleuse. Seul Gloin semblait franchement en colère.

Et il ne partagea pas le goût de la plaisanterie. Pas du tout.

- Ami avec un elfe ?! Gimli, est-ce que tu as pris un coup sur la tête ?

Elanor jeta une œillade en direction de Legolas, qui semblait se retenir de toutes ses forces de répliquer pour prendre la défense de son ami. Visiblement, entre les nains et les elfes, il y avait peu de différences. Leur mépris vis-à-vis de l'un et de l'autre se voyait dans chacune de leur expression. Thranduil aussi avait arboré cet air plein de dégoût et d'incompréhension, lorsque Legolas le lui avait annoncé.

Gloin n'avait pas une réaction différente.

- L'elfe m'a sauvé la vie plusieurs fois, répondit Gimli. Tout comme j'ai sauvé la sienne… à de nombreuses reprises, ajouta-t-il précipitamment.

Il se bomba le torse, essayant de paraître fier.

- Et bien, au moins celui-là nous a déjà aidé par le passé… ce n'est pas le cas de Thranduil, je dois dire, commenta le nain au chapeau.

- Comment… ? siffla Legolas.

Elanor lui jeta un regard inquiet, se demandant un instant si la tournure que prenait cette conversation n'allait pas sur une pente dangereuse.

Il était bien connu chez les nains que Legolas Thranduilion avait aidé Thorin Ecu-de-chêne, sur la colline de Ravenhill, alors que Thranduil lui-même n'avait pas levé le petit doigt. Il avait tué Bolg, et avait rendu Orchrist durant la bataille à l'héritier de Durin.

Même si Thorin était mort en définitive, et Fili et Kili aussi... Legolas les avait quand même aidés. Un tout petit peu.

Gloin n'était pas prêt à lui donner le bénéfice du doute. Un elfe restait un elfe.

Leurs entourloupes et leur nature arrogante était bien connue. Et le fils de Thranduil… était une menace qu'il ne pouvait pas ignorer.

Cependant le temps avait passé. Et le prince sylvestre s'était exilé du royaume de son père il y a bien longtemps. S'il n'en savait pas les raisons, Gloin s'était toujours demandé ce qui avait pu motiver son choix de s'éloigner de Thranduil.

Ce détail… cet infime détail, paraissait insignifiant, mais le rendit perplexe.

- C'est notre jeune roi aura le dernier mot, trancha Gloin. C'est à lui que revient la décision d'accueillir ou non nos invités. Pour moi en tout cas, tout ami de mon fils, qu'il soit homme ou… elfe, est le bienvenu.

Alors qu'une vague de protestation s'éleva dans les rangs parmi les nains, Gloin leva le bras.

- Silence !

- Allons Gloin, on ne peut pas accueillir un elfe ici ! s'exclama un nain. Thorin ne l'acceptera jamais !

- Thorin est beaucoup plus sage et intelligent que vous autre, rétorqua Gloin.

- Hé !

Gloin ignora Legolas, et se tourna vers Elanor.

- Pardonnez-moi mademoiselle, mais qui êtes-vous ? J'ai la vague impression de vous avoir déjà vue ?

Elanor hocha la tête.

- A Fondcombe, oui. Mon nom est Elanor.

Le visage de Gloin s'illumina lorsqu'il la reconnut enfin.

- Vous étiez au conseil d'Elrond ! s'exclama-t-il.

- Votre mémoire vous fait défaut, père, se moqua gentiment Gimli.

Gloin lui tapota le dos.

- Pardonnez-nous mademoiselle, nos manières sont des plus déplorables.

Elanor tenta un timide sourire, alors qu'une armée de visages radieux de nains la regardait.

- A mon avis, Thorin n'aura aucun mal à accepter.

- Oui, aussi jolie que vous êtes, lança le nain au chapeau.

Elanor rougit.

- Bofur, gronda Gloin.

- Quoi ? fit innocemment le vieux nain.

Il adressa un clin d'œil complice à Gimli.

- Ne faîtes pas attention à cette bande d'imbéciles, répondit Gloin. Ils n'ont aucune éducation. Surtout Bofur.

Gloin désigna ceux qui se trouvaient derrière lui, et certains s'exclamèrent de manière offusquée. Bofur se détacha du groupe et bouscula Gloin pour se tenir à côté de lui.

- Gloin est si mal élevé qu'il ne vous a même pas salué selon les convenances. Je suis Bofur, votre humble serviteur.

Il effectua une révérence devant eux, qui fit éclater de rire Gimli. Lorsqu'Elanor descendit de cheval, le nain s'approcha et lui fit un baisemain cérémonieux.

- Mademoiselle… bienvenue à Erebor.

Elanor cligna des yeux.

- Ahem… euh… merci ?

- Nul doute que vous aurez besoin d'un guide pour explorer la montagne. Si vous le désirez, vous pouvez faire appel à mes services. Je serais enchanté de vous faire visiter la salle du trésor, dès que Thorin vous en aura donné l'autorisation bien sûr, ajouta-t-il précipitamment en voyant le regard accéré de Gloin.

Elanor se mit à rougir furieusement, alors que Bofur ne semblait pas décidé à lâcher sa main. Gimli se racla la gorge, amusé, tandis que presque au même moment, Legolas coupa court à l'échange en reprenant la main d'Elanor dans la sienne.

- Je ne pense pas que se sera utile. Gimli fera l'affaire.

Bofur le fusilla du regard.

- Qui vous a dit qu'elle préférait Gimli ? Laissez au moins la dame s'exprimer ! Vous n'êtes pas son père à ce que je sache.

Elanor eut l'impression qu'on lui avait versé un seau d'eau glacé sur la tête.

Legolas se figea.

- Bofur… c'est la fiancée de Legolas, souffla Gimli.

Il regarda l'elfe en biais, un peu alerté de voir son expression devenir dangereusement menaçante.

Déconfit, Bofur remit son chapeau sur sa tête, et tenta tant bien que mal d'effacer l'embarras et le trouble sur son visage.

- Ah. Toutes mes excuses. Heu… Hum… toutefois, je maintiens ma proposition.

Il s'inclina respectueusement devant Elanor, mais ignora royalement Legolas. La jeune fille esquissa un sourire timide.

- C'est très aimable à vous, répondit-il.

Legolas fusilla Bofur du regard, et continua de le fixer longtemps après qu'il leur ai tourné le dos.

Gloin se racla la gorge.

- Et si nous rentions ? proposa-t-il. Vous avez fait un long voyage. Tu dois être certainement fatigué, mon fils. Viens, je suis sûr que Thorin sera ravi de te revoir.

Il passa un bras autour des épaules de Gimli, et l'entraîna avec lui vers l'entrée d'Erebor.


Le royaume des nains était encore plus magistral et gigantesque que ce qu'Elanor avait imaginée.

Les murs et les voûtes étaient magnifiques, sculptée dans une veine de marbre vert et noir. Le plafond était si haut qu'il était impossible parfois de la voir, ou d'en définir la hauteur. C'était aussi grand que la Moria, mais ce royaume-là était plein de vie.

Les torches enflammées crépitaient joyeusement à chaque angle d'une allée, et le grand hall pullulait de toute une ribambelle de nains. Elanor crut pendant de longues secondes qu'il n'y avait que des hommes ici, avant de voir une femme et quelques enfants…

La seule différence qui permettait de les reconnaître, était les robes colorées et les riches parures de colliers qu'elles portaient.

Subjuguée, Elanor ne pouvait s'empêcher de tourner la tête toutes les deux secondes, son attention attirée par quelque chose à chaque fois nouveau. Legolas était plus calme, mais il regardait lui aussi avec curiosité le nouvel environnement qui l'entourait. Car c'était la première fois qu'il venait ici.

- Thorin a envoyé un contingent de nains pour aider les hommes à rebâtir leur cité, déclara Gloin distraitement. Une petite centaine des nôtres. Cela n'aidera pas à reconstruire la ville en un jour, mais c'est assez suffisant pour les aider à élever des bâtiments avant l'hiver. Ce n'est pas avec des femmes et des vieillards qu'ils arriveront à faire quelque chose avant l'hiver.

- Les hommes sont ici ? demanda Gimli, fronçant les sourcils.

Gloin acquiesça, l'idée ne semblant lui aussi pas le ravir.

- Oui, pour l'instant.

- C'est très généreux de votre part, de leur avoir offert un abri, déclara Legolas. Je dois dire que je suis surpris.

Gloin faillit s'arrêter de marcher, mais il ralentit simplement la cadence de ses pas, et se tourna vers lui.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? lança-t-il menaçant.

Elanor jeta un coup d'œil à Legolas, quasiment au même moment que tous les autres nains, qui regardèrent l'elfe avec un air renfrogné.

- Rien, répondit-il. Seulement que vous avez évolué. En bien.

Certains visages de nains s'empourprèrent de colère, alors que d'autres continuèrent à le fusiller du regard.

- Ne me faites pas regrettez de vous avoir laissé entrer, maître elfe, répondit Gloin.

Legolas n'eut aucune réaction.

- Ce n'était pas mon intention de vous offenser, répondit-il posément.

Gloin ne sut trouver de contre-argument. Gimli en profita pour changer de sujet.

- Vous avez parlé de lourdes pertes, père. Qui est mort de notre côté ?

Gloin soupira.

- Dain… Dwalin et Bifur. Et beaucoup d'autres. Ils sont morts en défendant les portes d'Erebor jusqu'au bout.

Gimli baissa les yeux vers le sol, assaillit par la tristesse. Gloin posa une main réconfortante sur son épaule. Elanor avait également son ventre se nouer, lorsqu'elle avait reconnu les noms des deux nains qui avaient fait partis de la compagnie de Thorin Ecu-de-Chêne.

- Nous les avons enterrées il y a trois semaines. Je suis désolé que tu n'aies pas put y assister à leur enterrement, mon fils, mais nous ne pouvions t'attendre plus longtemps.

Gimli souffla.

- Dwalin aurait été fier de toi, dit Gloin en posant une main sur son épaule.

Emu, son fils releva les yeux, mais ne dit rien.

Legolas lança un regard discret en direction d'Elanor, préoccupé par la réaction de son ami.

- Venez, c'est par ici ! lança Gloin.

Il les fit entrer dans un couloir, puis une nouvelle salle dans laquelle se trouvait tout un groupe de nains. Au centre de la pièce, et devant une table basse, se tenait le plus imposant d'entre eux.

Sa barbe était rousse, et plutôt courte pour un nain, mais sa carrure était imposante et musclée. Les sept autres nains qui étaient autour de lui avaient des physiques et des âges variables, mais tous portaient des tenues élégantes et finement travaillées, ce qui indiquait qu'ils étaient tous des seigneurs.

- Gloin ! Te voilà enfin ! Viens donc nous rejoindre ! s'exclama le roi d'Erebor.

Son expression enthousiaste se figea lorsqu'il aperçut les nouveaux arrivants, et surtout lorsqu'il vit l'elfe qui se trouvait parmi le groupe.

- Par Durin ! Qu'est-ce qu'un elfe fait chez moi ? gronda-t-il, les yeux exorbités.

Gloin se racla la gorge, et se décala pour laisser apparaître Gimli derrière lui.

- Mon fils vient de rentrer, et il a de bonnes nouvelles. Le prince Legolas et la dame Elanor l'accompagnent.

Thorin resta muet, les dévisageant. Gloin poursuivit :

- Voici notre roi, Thorin III Ironfoot, dit-il à l'adresse de Legolas et Elanor.

Tous deux inclinèrent la tête pour le saluer.

- Je t'ai envoyé à Fondcombe pour détruire un anneau, et voilà que tu reviens avec une humaine et un elfe ! s'exclama Thorin.

Il éclata de rire.

- Aha ! Tu te fiches de moi !

Elanor eut un très mauvais pressentiment, lorsque Thorin fit le tour de la table pour s'approcher d'eux. Instinctivement, elle se rapprocha de Legolas, et attrapa un pan de sa tunique. Il glissa aussitôt sa main dans la sienne pour la rassurer.

Gimli ne bougea pas d'un centimètre, pas même lorsque son roi se retrouva devant lui.

- Et quelles sont ces nouvelles si importantes ?

- L'anneau a été détruit. Sauron est vaincu, définitivement, répondit Gimli.

- Alors les rumeurs étaient vraies… pas étonnant que ces bandes de lâches se soient enfuis lorsqu'ils l'ont appris ! s'exclama-t-il, en se rappelant des hommes et des orques qui les avaient attaqués, et qui avaient abandonné la bataille, lorsque la nouvelle leur était parvenue.

- Aragorn est devenu le roi du Gondor. Il m'a chargé de vous transmettre son amitié, ajouta Gimli.

Thorin hocha la tête, semblant satisfait, et un sourire apparut sur ses lèvres.

- Tu m'en vois ravi.

Puis sans prévenir, il prit Gimli dans ses bras et lui donna une tape dans le dos vigoureusement. Gimli répondit à son étreinte énergique, et tous les deux se mirent à rire.

Thorin s'écarta finalement de lui, arborant un grand sourire.

- Ca fait du bien de te revoir en vie, mon ami. Nous avons presque cru que tu étais mort, dit-il.

- Je ne m'attendais pas à te voir être roi en revenant.

Le nain haussa une épaule.

- Ce serait arrivé un jour ou l'autre, répondit-il, un peu chagriné.

Elanor échangea un regard discret avec Legolas, et y lut la même confusion. De toute évidence, Gimli semblait entretenir des rapports très amicaux avec le roi d'Erebor.

Comment cela se faisait-il ? Elle ne savait pas que les nains pouvaient être si familiers avec leurs roi. Et de toute évidence, Legolas semblait aussi surprit qu'elle.

Elanor les observa, puis remarqua qu'à vue d'œil, Thorin et Gimli semblaient avoir à peu près le même âge. Peut-être avaient-ils grandis ensemble et qu'ils étaient déjà amis, avant que Thorin ne deviennent roi ?

Cette explication semblait la plus plausible.

Thorin jeta un regard par-dessus l'épaule de Gimli, en direction d'Elanor et Legolas, qui étaient restés jusque-là silencieux.

- Nous n'avons pas pour habitude d'accueillir des étrangers ici, et encore moins des elfes, reprit Thorin.

Elanor sentit un frisson la parcourir lorsqu'elle vit la lueur sévère traverser le regard noir de Thorin, alors qu'il fixait Legolas. Qu'allait-il dire maintenant ? Est-ce qu'il allait congédier Legolas, comme l'avait fait Thranduil pour Gimli ?

Si Legolas était obligé de partir, alors elle partirait elle aussi.

Mais pour aller où ensuite ?

Chez Thranduil ? A Fondcombe ?...

Elle ne le savait pas… elle voyait déjà le roi elfe leur rire au nez, lorsqu'ils reviendraient, quelques jours seulement après être partis.

Non, certainement pas le royaume des elfes sylvains.

- Pourquoi est-ce que le fils de Thranduil, décide tout à coup de revenir sur ses terres ?

Elanor fut réveillée par la voix forte et puissante de Thorin, qui regardait Legolas.

- Je vous croyais en exil, prince Legolas. Où n'est-ce pas ce que votre père a dit ?

- Non, c'est exact, répondit l'elfe.

Elanor tourna brusquement la tête vers lui.

- Legolas est devenu un ami loyal, Thorin. Tu peux lui faire confiance, déclara Gimli.

Thorin tourna son regard pour regarder son ami d'enfance.

- Je te crois, Gimli. Ta parole a plus de valeur que celle de n'importe qui d'autre.

Certains nains ouvrirent la bouche, comprenant la décision que le roi venait de prendre. Thorin les fit taire d'un mouvement sec de la main.

- Le temps passe… et les âges aussi. Une nouvelle ère commence. Et je pense qu'il est temps de mettre de côté certaines de nos anciennes rancunes.

Plusieurs nains sursautèrent presque en entendant la déclaration de leur roi, et Elanor crut un moment elle-même avoir mal entendue.

Mais ce que Thorin avait dit était bien la réalité. Il voulait faire la paix… avec les elfes ? Ou juste avec l'un d'entre eux ? Elle se tourna vers Legolas, et vit la même surprise sur son visage.

- Je vous autorise à rester dans mon royaume, prince Legolas. Aussi longtemps que vous le désirez, déclara Thorin.

Touché, l'elfe posa la main sur son cœur, et inclina la tête.

- Je vous en suis très reconnaissant.

Thorin fronça les sourcils, et se gonfla la poitrine en prenant une grande inspiration.

- Je tolère votre présence, mais néanmoins ne vous attendez pas à ce que mon peuple soit aussi clément. Il y en a ici, qui ont la mémoire longue. Les elfes n'ont pas été nos alliés depuis très longtemps. Je fais une exception pour vous… seulement parce que j'ai confiance en Gimli.

Il se tourna vers le principal concerné.

- L'ami, l'elfe est de ta responsabilité.

Gimli acquiesça. Derrière Thorin, le visage réprobateur de certains nains démontrait sans équivoque ce qu'ils pensaient. Mais aucun d'entre eux n'osa élever la voix pour contredire leur souverain.

Elanor songea que ces prochains jours n'allaient surement pas être faciles. Ni de tout repos.