Salut à tous ! Désolé pour cette longue absence… 3 mois que je n'ai pas posté, je sais que l'attente a été longue et je m'en excuse. Je viens de terminer ce chapitre ce soir et j'espère que vous l'aimerez. C'est un interlude dans l'histoire un peu plus calme et posé. Je vous garantis qu'il y aura de l'action dans les chapitres suivants (et pas mal de retournements de situation). Merci à tous ceux qui continuent à me suivre et à ceux qui m'envoient des messages. Ça me fait extrêmement plaisir. Merci à Marcelle72, Melior Silverdjane, Lereniel, caro-hearts, Guest et Mello12 pour vos reviews !
Guest : Merci à toi pour ton soutien ! J'espère que tu aimeras ce que j'ai préparé pour la fin.
Mello12 : Salut ! Tolkien parle du destin funeste de Dale dans les appendices (je crois que j'avais trouvé l'information dans celles du seigneur des anneaux). La bataille qui a eu lieu au pied d'Erebor a été tout aussi violente et importante qu'au Sud, aux portes Noires et au Gondor. Je crois que d'après mes souvenirs, Dale a été rasé 3 fois (lol). La première fois par Smaug, ensuite par Azog et enfin par Sauron lors de la dernière guerre de l'anneau. Les hommes n'ont vraiment pas eu de chance. Pour ce qui est de ce que Legolas va faire des gemmes de Lasgalen, tu auras ta réponse dans le prochain chapitre. J'espère que tu aimeras celui-ci en tout cas. Merci de continuer à me suivre ! :D
Lexique :
Bard II : est l'arrière-petit fils de Bard l'archer tueur de dragon (dans le Hobbit), et petit-fils de Bain.
Chapitre 28 : La Malédiction de Smaug
- Et là, j'ai abattu ma hache dans la tête de ce warg ! Et il est mort ! s'exclama Gimli.
- Vous avez omis de dire qu'il vous est tombé dessus, et que je vous ai sauvé d'un autre loup ensuite, répondit Legolas.
Thorin et les autres nains s'arrêtèrent de manger, et un silence inconfortable tomba sur la table royale. Elanor leva le nez de son verre, voyant tous les regards se diriger vers l'elfe, certains suspicieux, d'autres médusés.
- J'aurais pu le tuer ! protesta Gimli. Si vous ne l'aviez pas fait avant !
- Vous étiez coincé. Je n'ai fait que de vous sauver la vie. Encore une fois, déclara calmement Legolas.
- J'allais me libérer juste avant que vous n'arriviez ! Je n'avais pas besoin de votre aide ! protesta Gimli, qui commençait à s'empourprer légèrement.
Elanor replongea son nez dans son verre rempli de bière brune, s'étouffant presque de rire. Les nains, dont Thorin et Gloin, regardaient l'échange entre leur ami nain et l'elfe avec des yeux ronds comme des soucoupes.
- Tu as laissé l'elfe te sauver la vie ?! s'époumona Thorin.
Le pauvre Gimli resta muet, alors que Legolas esquissait un sourire satisfait. Gloin ne tarda pas à prendre la défense de son fils.
- Gimli est l'un des meilleurs guerrier d'Erebor, Thorin ! Je n'ai pas de doute qu'il aurait tué ce Warg si l'elfe n'avait pas été là.
- Avec tout mon respect, maître Gloin. Votre fils était dans l'incapacité de se défendre à ce moment-là, je peux vous le certifier, susurra doucement Legolas.
Gloin et Gimli se raidirent immédiatement sur leur siège. L'un rouge de colère, l'autre de honte.
- J'aurais pu me débrouiller tout seul ! vociféra Gimli.
- Je ne vous crois pas ! rétorqua Gloin.
Legolas haussa un sourcil, et un air malicieux apparut sur son visage. Un air que n'aima pas du tout Elanor, tout comme les expressions presque offensées qu'arborait les nains autour d'elle.
Elle s'arrêta de manger, et reposa lentement son verre sur la table, sentant que la discussion était à un fil de déraper.
- Legolas...
Mais l'elfe ne l'entendit pas, ou alors il fit semblant de ne pas l'entendre et il continua sur sa lancée, ayant l'air d'apprécier les réactions vexées des nains.
- Je vous l'affirme encore une fois, Gimli n'était pas-
Un léger coup de pied dans sa cheville le fit taire. Legolas tourna vivement la tête en direction d'Elanor, à la fois surpris et choqué. Les yeux écarquillés, il formula sur ses lèvres une question muette à laquelle elle répondit par un regard noir.
Elanor tenta de lui adresser une expression des plus éloquentes, signifiant : « arrêtes tout de suite de jouer avec les nains », mais Legolas ne parut pas comprendre ce qu'elle voulait lui dire. Il la regarda comme s'il lui était soudainement poussée une deuxième tête.
- De toute façon je vous ai battu au gouffre de Helm Legolas ! lança Gimli. Souvenez-vous en, vous aviez perdu !
- Je croyais que nous étions à égalité, répondit innocemment l'elfe, en tournant à nouveau la tête vers son ami et oubliant un instant Elanor.
- J'ai planté ma hache dans le cervelet de cet Uruk bien avant vous. Votre flèche n'a rien changé puisqu'il était déjà mort ! s'exclama Gimli.
- Non il ne l'était pas. Et Elanor a affirmé que nous étions exæquo, répondit Legolas.
Tous les regards se tournèrent vers elle. Elanor s'adossa contre le dossier de son siège, embarrassée. Lorsque Legolas lui jeta un coup d'œil timide, presque caressant, elle se sentit tiraillée entre l'agacement et la gêne.
- Ne me mêles pas à ça ! siffla-t-elle entre ses lèvres.
Les yeux bleus de l'elfe s'agrandirent légèrement, soudain inquiet de l'intonation menaçante qu'elle employa.
- Inutile d'insister l'ami ! répliqua Gimli. Avouez que vous avez perdu une bonne fois pour toute ! Nous serons enfin quittes !
- Pour cette fois seulement alors, répondit Legolas, un peu déconfit.
Il jeta un coup d'œil vers Elanor.
- Ah ! fit le nain, triomphant.
- Mais n'oubliez pas que je vous ai battu lors de toutes nos compétitions, y compris la dernière lors de notre dernier jeu à boire, déclara Legolas.
- Ca je demande à voir ! s'offusqua Gimli.
Elanor roula des yeux et soupira.
- Voyons si vous êtes aussi résistant à notre breuvage ! Le vin des elfes c'est une chose, mais la bière des nains est plus coriace, s'exclama le nain. Je ne pense pas que vous gagnerez cette fois !
Les nains approuvèrent énergiquement, hochant la tête et levant leur verre en l'air. Legolas haussa un sourcil, paraissant peu impressionné. Puis son expression se transforma en une expression féroce qu'Elanor n'aima pas du tout.
- Pari accepté.
Elle plongea la tête dans ses mains, se retenant de soupirer bruyamment d'énervement. Ravis, Gimli, Thorin, Gloin, et les autres nains attablés se mirent à caqueter joyeusement, pour savoir qui serait le premier à battre l'elfe. Et tous se mirent à remplir les coupes à ras bord.
Le petit sourire suffisant qui était au coin des lèvres de Legolas, s'effaça doucement lorsqu'il se tourna vers Elanor.
- Qu'y a-t-il ? demanda-t-il avec innocence.
Elanor croisa les bras sur sa poitrine.
- C'est toi qui me le demande ? chuchota-t-elle. Legolas, tu ne peux pas accepter le défi de Gimli.
- Pourquoi ?
- Parce que tu sais très bien que ce qui va se passer...
- Oui. Evidemment.
L'expression amusée de Legolas suffit presque à la faire sortir de ses gonds.
- Tu ne dois pas gagner ! rétorqua-t-elle, exaspérée. Tu ne peux pas les humilier dans leur propre royaume, Thorin prendrait ta victoire comme une insulte. Tu sais à quel point les nains peuvent être… bornés ! chuchota-t-elle.
Et les elfes aussi, pensa-t-elle intérieurement, furieuse. De Legolas à Gimli, il n'y en avait pas un pour relever l'autre.
Ce qu'ils pouvaient être stupides et puérils. Elanor avait parfois du mal à croire que Legolas avait plus d'un millénaire et Gimli presque cents ans. Lorsqu'ils se mettaient à se disputer, elle avait l'impression d'être plus vieille et plus sage qu'eux, alors qu'elle avait tout juste une vingtaine d'années.
Voyant que le visage de la jeune fille était sérieux, Legolas pencha la tête, perplexe.
- Tu pourrais faire semblant de perdre, suggéra-t-elle.
- Quoi ? Tu veux que je les laisse gagner ? s'insurgea-t-il, outré.
Elanor acquiesça.
- S'il le faut, oui. N'oublie pas que les nains sont des têtes de mules. Je n'ai pas envie d'être jetée dehors, avant même d'avoir eu le temps de mettre les pieds ici, défendit-elle. Legolas, s'il te plaît...
L'elfe lui adressa un regard pensif.
- Alors, l'ami, c'est quand vous voulez ! lança Gimli à côté de lui.
Legolas jeta un bref regard entre Elanor et le nain, puis acquiesça finalement.
- Je suis prêt.
Gimli leva son verre.
- Alors que le meilleur des nains gagne !
Dépitée, Elanor poussa un grognement.
Durant les deux heures qui suivirent, Legolas et les nains se mirent à boire une quantité astronomique de bière brute. Décidée à abandonner toute idée de résonner son compagnon, Elanor laissa les hommes dans leur jeu puéril, trouvant pour occupation de faire la conversation à sa voisine de table, qui n'était autre que la mère de Gimli.
La naine était tout aussi rousse que son fils, si ce n'est que quelque uns de ses cheveux commençaient à laisser apparaître quelques mèches blanches. Elle avait un visage rond et des yeux bruns, ainsi qu'une mine joviale, dont avait certainement hérité Gimli. Sa mince barbe était soigneusement peignée et coiffée de perles et de tresses, et elle portait une robe bleu nuit incrustée de pierres précieuses. Un large collier serti d'émeraude et de rubis lui ornait le cou.
Elanor n'avait jamais vu de femme, ou de naines, aussi élégante. Pour la première fois, elle réalisa que Gimli était, tout comme Legolas, issu d'une famille riche et noble, et n'avait rien en commun avec eux. Même si Elrond, et les elfes de Fondcombe la considéraient comme une parente, elle ne serait jamais aussi distinguée qu'une grande dame issue de lignée royale ou seigneuriale. Elle n'avait pas été élevée avec ces manières… la façon dont ces femmes se maintenait, s'habillaient et parlaient. A côté d'elles, Elanor était minuscule et ressemblait à simple fille du peuple.
Elanor tourna son regard vers Legolas. Elle se demandait toujours bien pourquoi il l'avait choisi…
- Vous me semblez bien jeune ma demoiselle pour vous lancer avec mon fils dans un voyage aussi dangereux, déclara la mère de Gimli. Quelles sont donc les raisons qui vous ont poussés à quitter votre foyer ?
L'attention d'Elanor fut de nouveau tournée vers la naine.
- J'ai... été contrainte de partir. Le seigneur Elrond m'a recueilli et m'a autorisé à faire partie du voyage. J'ai pensé que… mon destin était ailleurs. Que je pouvais essayer de changer les choses, répondit-elle.
La mère de Gimli la fixa avec une expression impressionnée mais aussi perplexe.
- Vous êtes très courageuse. Voyager avec seule avec tous ces hommes, et ces hobbits... cela n'a pas dû être facile pour vous tous les jours.
Elanor sourit, et rit doucement en se rappelant de certains souvenirs.
- Non, en effet. J'ai failli regretté mon choix. Mais ils ont tous été très galants et bienveillants à mon égard.
Excepté l'incident avec Boromir.
C'était le seul point noir de son voyage avec la communauté. Un souvenir douloureux dont elle se serait bien passer de se rappeler. Même si elle l'avait depuis longtemps pardonné. Ses paroles l'avaient profondément marquée. Elanor se souvenait de ses accusations infondées… infondées ? Est-ce que Boromir avait eu totalement tort à l'époque en faisant allusion à une relation entre elle et Legolas ? Si elle regardait la situation maintenant… pas vraiment. Boromir avait-il vu juste, alors même qu'elle ne s'en était pas rendu compte ? Y avait-il donc déjà eu quelque chose à l'époque ? Elanor n'avait réalisé que ses sentiments avaient changés que lorsqu'elle avait retrouvé Legolas, et qu'il s'était déclaré à elle.
Elle ne s'était pas rendue compte jusqu'alors à quel point elle était effrayée à l'idée de ne plus le revoir. Elle avait été si soulagée de revenir et de pouvoir voir son visage.
Perdue dans ses pensées, Elanor ne réalisa pas que la mère de Gimli attendait qu'elle reprenne la conversation.
- Je suis désolé, je pensais à.… enfin, au passé.
La naine secoua la tête.
- Ce n'est rien mon enfant.
Deux heures plus tard, les nains et Legolas étaient toujours en train de concourir à qui serait le meilleur buveur. Fatiguée, la mère de Gimli s'était déjà retirée dans ses quartiers, tout comme la plupart des femmes et des enfants présents au banquet.
Les visages des nains avaient viré peu à peu au rouge grenat, sous l'effet de l'alcool et certains commencèrent à s'affaler dangereusement sur la table. Legolas était le seul qui était égal à lui-même, car la bière ne lui faisait presque aucun effet, contrairement aux attentes de Gimli.
Elanor l'observait attentivement, guettant chacune de ses réactions.
- J'abandonne, déclara-t-il soudainement.
Stupéfait, Gimli releva le nez de la coupe qu'il était en train d'engloutir, tout comme Thorin et Gloin à ses côtés.
- Quoi ?
Legolas reposa le verre sur la table, et fit mine d'être fatigué. La seule réaction qu'il parvint à simuler fut un clignement de yeux peu convaincant.
- J'abandonne, répéta-t-il.
Le visage de Gimli s'illumina.
- Victoire !
Les nains suivirent son mouvement avec des cris joyeux, et la compétition repartit de plus belle en eux.
- Alors, qu'est-ce que vous en pensez Legolas ? Trop fort pour vous l'elfe ? railla Gimli.
- Je dois avouer que ce breuvage n'a rien à envier au vin de Dorwinion, confessa Legolas.
Ce qui était bien sûr un mensonge. Elanor le regarda médusée, étonnée qu'il laisse de côté sa fierté pour tenir sa promesse.
- Je vous l'avais dit ! répondit Gimli, guilleret.
Hilare, il rit et se mit à vider une nouvelle pinte de bon cœur. Legolas jeta un regard en biais vers Elanor, et lui chuchota :
- Heureuse ?
Elanor acquiesça en souriant. Legolas glissa sa main dans la sienne, en dessous de la table.
- Je pense qu'il est temps pour moi de me retirer, déclara Legolas soudainement. Mes seigneurs, bonne nuit à vous. Puisses le meilleur d'entre vous l'emporter.
Les nains levèrent à peine le nez de leurs verres. Seuls Thorin et Gimli entendirent ce que venait de dire Legolas, et ils le saluèrent en levant leur coupe.
- Hum... oui, oui, allez donc, prince Legolas ! répondit Thorin.
- Bonne nuit ! grommela Gimli.
Elanor leva les yeux vers l'elfe, tandis qu'il se levait de table.
- Je te raccompagnes ? proposa Legolas.
Elle lut dans ses yeux l'attente, et une lueur malicieuse... qui n'était pas sans l'inquiéter. Elanor acquiesça, et se leva de sa chaise. Legolas prit son bras sous le sien, et la guida hors de la grande salle, qui était à devenue un véritable capharnaüm.
A plusieurs reprises, elle dût relever le bas de robe pour éviter une marre de bière, ou enjamber un nain assoupi sur le sol. Alors qu'ils étaient dans les couloirs d'Erebor, Legolas se pencha vers son oreille.
- Je pense avoir mérité une récompense, lui chuchota-t-il.
- Quoi ? Quelle récompense ?
- Je t'ai accordé une faveur en laissant Gimli gagner. Cela mérite au moins un gage en remerciement, répondit Legolas.
Le sourire qui apparut sur ses lèvres laissa entendre ce qu'il suggérait était essentiellement de nature romantique. Elanor rougit légèrement.
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, nia-t-elle.
Legolas rit doucement. Lorsqu'ils atteignirent enfin leurs quartiers, il prit sa main et l'embrassa doucement.
- Bonne nuit.
Elanor sentit un frisson chaleureux la parcourir. Lorsqu'il s'écarta, avec l'intention de partir, elle le rattrapa in-extremis par la manche de sa tunique.
- Attends.
Elle se rapprocha, et se leva sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Legolas ferma les yeux, et posa son front contre le sien.
Avant même qu'elle n'ait eu le temps de formuler un "bonne nuit", les lèvres de Legolas étaient à nouveau sur les siennes, dévorantes. Elle passa ses bras autour de son cou, répondant à son baiser avec ardeur, et ne se sépara de lui que lorsque le souffle lui manqua.
- Je crois que... j'ai trouvé ta récompense. Est-ce que... tu veux rester un peu plus longtemps avec moi ?
Elle l'embrassa à nouveau, et Legolas laissa échapper un petit rire étouffé.
- Crois-tu que les nains trouveraient convenable que je sois dans ta chambre cette nuit ? demanda Legolas, amusé.
- Je n'en ai rien à faire de ce qu'ils pensent, répondit Elanor.
Elle desserra ses poings qui étaient serrées autour de sa tunique, et glissa à nouveau sa main dans la sienne. Sans attendre une seconde de plus, elle l'attira à sa suite, et poussa la porte de sa chambre, qui se referma derrière eux en silence.
- Il n'y a pas de trésor plus grand et plus grandiose que celui d'Erebor ! vanta Gimli, pour ce qui était au moins la huitième fois.
Elanor et Legolas échangèrent un regard las.
- Il a raison. Et je dirais même que certains nous l'envient, ajouta Bofur.
Il ne put s'empêcher de lancer un regard en biais en direction de Legolas. Mais l'elfe l'ignora royalement.
- Thorin nous a donné l'autorisation de vous emmener dans la salle des trésors, mais à une exception, s'exclama Gloin. Ne-touchez-à-rien.
Il s'arrêta et se retourna brièvement, pointant un doigt sévère et vindicatif en direction d'Elanor et Legolas, comme s'ils avaient dans l'idée d'y voler quelque chose. Ce dernier leva un sourcil, clairement agacé, alors que la jeune femme ouvrit de grands yeux écarquillés, impressionnée par le nain agressif qui se trouvait face à elle et qui la regardait avec un air mauvais.
- Euh… oui, oui, balbutia-t-elle.
Legolas ne se donna même pas la peine de répondre.
Gloin renifla et se retourna, emboitant de nouveau le pas à Gimli et Bombur.
- Ah, excusez-le, chuchota Bofur. C'est l'âge… ses vieux os commencent à le faire souffrir.
- Je t'ai entendu ! s'exclama Gloin, quelques mètres plus loin.
Elanor réprima un éclat de rire, alors que le visage de Bofur passa de l'étonnement à un air déconfit.
- Peut-être devrions-nous avancer, suggéra Legolas. Je n'ai jamais vu Gimli marcher aussi vite qu'aujourd'hui.
Si sa raillerie s'entendit, les nains préférèrent volontairement rester sourds. Elanor glissa sa main sous le bras de Legolas, et la petite compagnie qu'ils formaient continuèrent à avancer dans les profondeurs de la montagne solitaire.
Ils dévalèrent une volée de marches descendant dans les souterrains les plus enfouis, et lorsqu'ils arrivèrent enfin au bout d'une allée, Elanor ne put retenir une exclamation.
Une marée d'or s'étendait devant leurs yeux, disparaissant à perte de vue dans une gigantesque salle. C'était le trésor d'Erebor, celui sur lequel Smaug lui-même s'était couché il y a plus d'un siècle. Là-même où Bilbo s'était confronté à lui, et lui avait volé l'Arkenstone.
- Incroyable, murmura-t-elle.
Les yeux brillants, elle ne remarqua pas que sa main avait quitté le bras de Legolas. L'elfe non plus ne parut pas s'en rendre compte, car il arborait une expression similaire.
Durant les décennies qui avaient suivies, les nains avaient entassés et triés les objets en des piles distinctes, créant de ce fait des allées et un labyrinthe dans lequel il était très facile de se perdre. Certaines piles montaient si haut qu'elles touchaient presque le plafond.
- Voici le trésor de la lignée de Durin, déclara Gloin.
- Vous avez-tout compté ? demanda Elanor, stupéfaite.
- Non, pas encore. Nous avons commencé il y a des décennies, mais notre trésor est tellement dense que nous n'avons pas encore tout terminé, répondit-il.
La jeune femme le regarda avec un regard ébahit. Legolas hocha la tête.
- Maintenant, je comprends pourquoi Thorin Ecu-de-Chêne était si déterminé à regagner la montagne, dit-il.
Gloin se bomba le torse, alors que Gimli se tourna vers eux.
- Allons, descendons. Allons-voir ça d'un peu plus près.
Cela coupa court à toute future altercation. Legolas emboita le pas de son ami nain, sans l'ombre d'une hésitation, et fut vite suivit par le reste du groupe. Elanor marcha à leurs côtés, ne pouvant réprimer une expression d'admiration et d'émerveillement alors qu'ils passaient entre les allées.
- Alors, qu'en pensez-vous ? demanda Gimli. N'est-ce pas magnifique ?
- Magnifique… oui , répéta Elanor.
Elle n'avait jamais vue une telle quantité d'or et d'objets précieux réunis au même endroit, durant sa courte vie. Même le trésor de Thranduil paraissait relativement minime comparé à l'opulence de ce que les nains avaient amassés. Il y avait des pièces de monnaies soigneusement empilées les unes sur les autres, des armures solides et des armes scintillantes, comme des haches, des épées et des arcs étranges… qui semblaient avoir un mécanisme particulier qu'elle ne connaissait pas. Elanor n'en avait jamais vue de semblable.
Il y avait aussi des joyaux, des pierres précieuses de toutes les couleurs, des gobelets en or massif, des coffrets et toutes sortes d'autres objets plus insolites comme des instruments de musiques ou des vêtements de soie...
- Depuis combien de temps est-ce que ce trésor existe ? demanda Elanor, curieuse.
- Depuis la création d'Erebor. Il y a plus d'un millénaire.
Un millénaire ? Cela expliquait pourquoi il y avait tant de choses… toutefois, le trésor était si vaste qu'Elanor se demanda un instant si un millénaire était suffisant.
- Ce trésor est maudit, déclara Legolas.
Les nains se renfrognèrent aussitôt. Elanor tourna la tête dans sa direction.
- L'arkenstone repose avec Thorin. Il n'y a plus de malédiction sur la lignée de Durin ! s'exclama Ori.
- Ce n'est pas de cela que je voulais parler, répondit calmement Legolas.
- Que veux-tu dire ? demanda Elanor.
Déviant son attention des nains, Legolas pencha la tête pour croiser son regard.
- Smaug est resté couché ici pendant plus d'un siècle. Les dragons ont une tendance à jeter le mauvais sort sur tout ce qu'ils touchent ou possèdent…
- Mensonges ! rétorqua Gloin.
Legolas releva la tête, sourcils froncés.
- Je ne fais que dire la vérité, maître Gloin.
- Ce trésor n'est pas maudit ! Mon peuple va parfaitement bien !
- Pour le moment, peut-être, répondit doucement Legolas.
L'elfe s'éloigna dans l'allée voisine, mettant fin à la discussion, et laissant des nains rouges de colère derrière lui.
- Ah. Legolas est bien pessimiste aujourd'hui, dit Gimli. Ne vous inquiétez pas père, ça lui passera.
- Il a insulté notre peuple. Comment peux-tu le laisser déblatérer de telles obscénités ? vociféra Gloin.
- Est-ce vrai ?
La voix féminine les fit se retourner d'un mouvement brusque vers Elanor.
- Quoi donc ? demanda Gimli.
- Que les dragons peuvent maudire un trésor ?
Les nains échangèrent des regards embarrassés.
- Hum… c'est déjà arrivé oui, répondit Gimli.
Perplexe, Elanor croisa les bras sur sa poitrine, et regarda l'endroit où Legolas avait disparu.
- Je crois que tu as encore une fois réussi à vexer nos amis nains.
- Leur arrogance les conduira à leur perte. Ils ne veulent pas voir ce qui est sous leur nez, répondit Legolas.
Elanor jeta un coup d'œil en direction de leurs petits amis, qui se trouvaient un peu plus loin.
Les nains avaient finalement quitté la salle du trésor après plus d'une heure de visite. Sur le chemin, ils avaient décidé de faire un petit détour vers la crypte, sur la demande de Gimli. Ce dernier se recueillait au moment-même sur la tombe de son maître d'armes et vieil ami, Dwalin.
Elanor et Legolas s'étaient isolés dans un coin, afin de leur laisser un peu d'intimité.
- Est-ce que tu penses qu'ils sont en danger ? chuchota Elanor, inquiète.
- Non... que les nains soient ou non influencés par la malédiction du dragon ne change rien à leur avarice. Ca ne peut que l'accentuer davantage, répondit Legolas.
- Alors... qu'est-ce que ça change ?
- Ca change qu'ils peuvent avoir d'autres motivations... plus égoïstes.
Il se tut, avant de reprendre.
- Les malédictions ont tendance à accentuer les vices. Si une autre guerre éclatait, les nains seraient les premiers à trahir les hommes, uniquement dans le but de préserver leur trésor.
- Et bien, Sauron est mort... alors, il y a peu de chance pour que ça puisse arriver, fit remarquer Elanor.
Le regard que lui lança Legolas lui fit soudain douter de ce qu'elle venait de dire.
- Tu ne penses pas qu'une nouvelle guerre pourrait éclater ? demanda-t-elle, troublée et un peu anxieuse malgré elle.
Elle n'était pas prête à repartir sur le front. D'ailleurs, si on lui donnait le choix, elle préférait dans un coin perdu de la Terre du Milieu plutôt que de revivre les derniers mois qui s'étaient passés. La guerre n'était définitivement pas sa tasse de thé.
Legolas lui lança un regard tendre, mais presque empreint de pitié face à son ignorance.
- Sauron n'était qu'un pion, répondit-il. Il sert un autre maître, plus fort et plus redoutable : Morgoth. Les Valar l'ont exilé de ce monde, il y a des millénaires... mais les prophéties disent qu'il reviendra en Terre du Milieu pour se venger. Et en ce jour, viendra avec lui la ruine et la destruction des hommes. Ce sera alors la fin du monde tel qu'on le connait.
La voix de Legolas était mélodieuse, calme et détachée. Elanor ne put contenir un frisson d'effroi suite à ce qu'il venait de révéler.
- Quand ? Quand est-ce que ça arrivera ?
- Personne ne le sait, répondit Legolas.
Il tourna la tête au même moment où Elanor déglutissait. La peur devait se lire sur son visage, car il se rapprocha et glissa sa main dans la sienne.
- Mais ce sera dans très très longtemps... probablement à un âge que tu ne verras pas.
Elanor leva les yeux. Legolas souriait avec un air rassurant, mais la douleur transparaissait à travers son regard, elle pouvait le voir. Et elle savait pourquoi. Elle ne serait plus là pour voir cette fin de monde, comme il le disait. Mais Legolas lui, serait certainement encore vivant... seul avec les siens.
- Marchons un peu, tu veux ? proposa-t-elle.
L'elfe acquiesça. Délaissant les nains derrière eux, ils déambulèrent entres les différentes alcôves où se trouvaient les tombes de nombreux seigneurs nains. Ils finirent par déboucher sur une salle ouverte, qui ne ressemblait à aucune autre. Ils s'arrêtèrent sur le pas de la porte et surent tout de suite qu'ils étaient entrés dans un endroit particulier.
- C'est la crypte royale, déclara Legolas.
Elanor leva la tête pour regarder autour d'elle. Des statues immenses, représentant tous les ancêtres de la lignée de Durin étaient alignés à côté de plusieurs tombeaux. La galerie était immense et s'étirait dans une ligne droite. Ils passèrent silencieusement devant les tombes qui étaient sculptés dans du marbre noir, sous l'apparence de leurs propriétaires, avant que Legolas ne s'arrête brusquement.
- Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle.
Elanor tourna la tête, et vit que le regard de l'elfe était fixé à sa gauche.
- Thorin Ecu-de-Chêne...
Le murmure de l'elfe était presque inaudible, mais Elanor l'entendit. Legolas se dégagea doucement de son étreinte pour se rapprocher à pas feutrés de la tombe qui se trouvait une bonne dizaine de mètres plus loin.
Elle le rejoignit et entra dans une alcôve qui hébergeait trois tombes, disposées côte à côte.
Legolas s'arrêta devant celle qui était au milieu. Lorsqu'Elanor le rejoignit, il ne bougea pas et continua à regarder la statue du roi nain, figée dans la pierre. Les nains avaient fait un travail remarquable. Elanor se pencha légèrement afin de regarder avec curiosité la tombe de Thorin, qui le représentait en position allongée et les yeux fermés.
Les rides au coin de ses yeux et la longueur de sa barbe attestait de son âge mûr.
Enfin elle pouvait mettre un visage sur ce nom...
Elanor se l'était imaginée de nombreuses fois, mais elle n'aurait jamais cru que Thorin était en réalité si jeune. Bilbo ne l'avait jamais vraiment décrit, hormis dans son caractère, probablement parce que sa mort l'avait trop affecté.
Il était indéniablement beau pour un nain, avec des traits nobles, une barbe élégamment tressée et de longs cheveux ondulés qui encadraient son visage. Son expression reflétait la force, la ténacité et l'opiniâtreté des nains. Une épée élégante reposait dans les mains. Il fallut quelques secondes à Elanor pour reconnaître qu'il s'agissait d'une arme elfique... et non naine, comme elle le pensait. La courbe affinée de la lame était similaire à la sienne et les inscriptions taillées dans la pierre étaient indéniablement de l'elfique.
- Cette épée… ?
- C'est Orchrist, l'épée du roi Turgon, répondit Legolas à côté d'elle.
- C'est celle qu'il a trouvé dans la caverne des Troll, se rappela Elanor.
Son compagnon elfe lui adressa un regard surprit.
- C'est donc là qu'il l'a trouvé ?
- Oui. C'est Bilbo qui me l'a dit. Les Troll avaient cette épée. Après que Gandalf les aient changés en pierre, ils ont pu récupérer ce qu'ils avaient amassés dans leur caverne. Cette épée et celle que Bilbo a donné à Frodo en faisaient parties.
Legolas esquissa un demi-sourire.
- Un trésor caché dans une caverne de Troll. Pourquoi est-ce que cela ne me surprend même pas ?
Elanor ne releva pas son commentaire dédaigneux, et poursuivit en fronçant les sourcils :
- Elrond a offert Orchrist à Thorin, juste après qu'ils soient arrivés à Fondcombe.
- Alors il ne mentait pas lorsqu'il disait qu'elle était à lui.
Le regard de Legolas se perdit dans le vide. Elanor tourna la tête pour regarder la tombe qui se trouvait derrière elle.
Il y avait deux tombes à côté de celle de Thorin-Ecu-de-Chêne.
Pourquoi les avaient mis ici ? se demanda-t-elle. Qui était-ce ?
Le nain sur lequel elle posa les yeux avait une petite barbe tressée de perles et un visage jeune. Noble, comme celui de Thorin... et avec des traits similaires. Fili et Kili...
Ces noms lui vinrent immédiatement à l'esprit, comme une évidence. Elanor leva les yeux vers la troisième tombe et son cœur rata un battement. Kili... celui-là était indéniablement Kili.
Il était jeune, beaucoup plus jeune que les deux autres nains. Son absence de barbe et sa carrure plus frêle que son oncle et son frère le démontrait. Il ressemblait presque à un jeune garçon, s'il n'avait pas eu les mains larges et les jambes courtes et épaisses comme celles des nains.
Lorsqu'elle leva les yeux, elle vit que Legolas avait sorti quelque chose qu'il tenait dans ses mains. Le collier de gemmes de Lasgalen.
- Ce sont Fili et Kili, dit-elle.
Legolas acquiesça.
- Bilbo ne m'a jamais raconté comment ils sont morts, continua Elanor.
- Ils sont morts de la main d'Azog, répondit Legolas. Lui et son rejeton de fils, Bolg, leur ont tendus une embuscade sur Ravenhill. Lorsque nous sommes arrivés, il était trop tard. J'ai réussi à tuer Bolg. Fili était déjà mort. Et Azog et Thorin se sont entretués.
Pour ce qui était de Kili, Legolas ne fit aucun commentaire. Elanor pinça les lèvres, interrogative. Elle se demanda aussi à qui le nous faisait référence.
Legolas n'était-il donc pas seul ? Avec qui y avait-il été ? Peut-être un soldat, ou un de ses gardes… certainement pas Thranduil.
- Et Kili ? demanda-t-elle, voulant savoir quelle fin tragique il avait connu.
L'expression de Legolas se ferma soudainement.
- Je ne sais pas.
Elanor le dévisagea, ayant l'impression qu'il s'était brusquement transformé en bloc de glace imperméable.
- Il était mort lorsque je l'ai trouvé, ajouta Legolas. Je n'ai rien pu faire.
Il évitait son regard. Elanor réalisa qu'il n'avait pas envie de s'étendre davantage sur le sujet. La mort de Kili était un sujet sensible... mais pourquoi ? Que s'était-il passé ? Malgré sa curiosité et ses interrogations qui restaient sans réponse, elle préféra changer de discussion.
- Bilbo disait que Thorin était devenu fou après qu'ils aient repris la montagne. A cause de l'Arkenstone...
- Oui. Cette pierre a rendu fou son grand-père. Tout comme la malédiction de Smaug...
Legolas manipula le collier entre ses mains, les yeux hypnotisés par le scintillement des pierres blanches.
- Alors il n'y avait pas que la pierre que l'a rendu fou ? songea Elanor, à voix haute.
- Non. L'or aussi était maudit.
Elanor leva la tête en entendant son chuchotement, et posa tout comme lui les yeux sur les gemmes de Lasgalen, qu'il tenait entre ses mains. Une idée lui traversa soudainement l'esprit, faisant probablement écho à celle qu'avait Legolas.
- Est-ce que tu crois que ce collier est aussi maudit ? demanda-t-elle.
Elle se rapprocha de lui, interrogative et appréhendant sa réponse.
La même question avec germée dans son esprit. Est-ce que la malédiction du dragon avait aussi atteint Thranduil ?
Cela pourrait expliquer le comportement plus que possessif du roi elfe vis à vis de ces gemmes... plusieurs fois elle s'était demandé ce qui pouvait provoquer cette attitude. Il semblait qu'elle avait peut-être enfin trouvé la réponse.
- Je ne sais pas, répondit Legolas. Les dragons ne sont intéressés que par l'or. Leur pouvoir ne peut qu'influer que sur ça, à ma connaissance.
- Mais le dragon est resté couché pendant des années sur ce collier, fit remarquer Elanor.
- Je ne pense pas qu'il soit maudit. Je ne ressens pas la corruption dans le cœur de ces pierres.
Legolas continuait de regarder le collier intensément. Les elfes étaient capables de sentir ces choses ? se demanda Elanor, qui trouvait ça inconcevable.
Etait-il possible que les gemmes de Lasgalen aient été épargnés comme Legolas le disait ? Mais si Thranduil n'avait pas été touché par le mauvais sort, alors pourquoi agissait-il ainsi ? Si ce n'était pas à cause de la malédiction de Smaug, qu'est-ce que c'était ?
Etait-il possible qu'il soit en vérité... juste lui-même ?
Malgré toute la méfiance qu'elle avait vis-à-vis du roi des elfes sylvestres, Elanor ne pouvait pas croire qu'il était foncièrement mauvais. Aucun elfe ne l'était. D'après ce qu'elle savait, ce n'était pas dans leur nature.
Thranduil s'était montré agressif, colérique, possessif... des traits qui ressemblaient peu à ceux d'un seigneur elfe.
Mais était-il possible qu'il soit véritablement différent de ses semblables. Peut-être qu'il avait une âme plus sombre. C'était déjà arrivé dans l'histoire des elfes. Elanor avait encore en tête les récits d'Elrond, qui lui avait raconté les massacres perpétrés à Menegroth et Aqualonde. Les fils de Fëanor, des Noldor au sang pur et de haute lignée, n'avaient pas hésité à tuer d'autres elfes... et tout cela pour récupérer une pierre très précieuse, un Silmaril, que leur père avait façonné.
Les elfes n'étaient pas aussi parfaits qu'ils semblaient l'être. Elanor commençait à en prendre conscience. Et Thranduil n'était peut-être pas aussi parfait qu'il le laissait penser. Même un roi pouvait avoir des failles.
Lorsqu'elle regarda à nouveau Legolas, elle vit que la même pensée se reflétait dans ses yeux clairs. Mais il y avait aussi quelque chose d'autre, comme de la déception. Il semblait ne pas être prêt à croire que son père soit tel qu'il était. Elanor lui prit doucement le bras et détourna son attention des gemmes de Lasgalen.
- Viens, nous n'avons que trop tardés ici, murmura-t-elle. Partons. Les autres doivent nous attendre.
A l'exception de la salle du trésor, il n'y avait pas d'endroit plus adoré par les nains que les forges d'Erebor.
Elanor ne se souvenait pas exactement comment elle savait atterrit ici avec toute une compagnie de nains. Deux semaines s'étaient écoulées depuis qu'ils étaient arrivés, et rien ne l'avait préparée à ce que ses hôtes se décident à lui faire faire une visite… dans l'endroit le plus enfoui de la montagne.
A un moment donné, elle se trouvait seule dans un couloir, puis Bofur était apparu accompagné de Dori et Nori, et l'avait entrainée avec eux. C'était la première fois qu'Elanor se retrouvait sans Legolas et Gimli. Les nains étaient en réalité très chaleureux et plus guillerets que d'habitude. Peut-être était-parce qu'un certain prince elfe était absent… Elanor avait vite devinée que c'était le cas. Et au fil des minutes le sujet commença à dériver vers l'elfe concerné.
- Je dois dire que j'ai été surpris lorsque Gimli a annoncé vos fiançailles avec le prince Legolas, lança Bofur, avec aplomb. C'est bien la dernière des choses à laquelle je m'attendais.
Un peu gênée, la surprise d'Elanor laissa rapidement place à l'interrogation.
- Pourquoi ? demanda-t-elle.
Bofur redressa son chapeau qui tanguait dangereusement sur sa tête.
- Et bien… il n'apparait pas être du type à se marier si vous voyez ce que je veux dire.
Elanor haussa un sourcil.
- Non, je ne vois pas ce que vous voulez dire. Dîtes-moi donc.
Bofur se tourna vers ses deux anciens amis, Dori et Nori, avec un rictus sur le visage.
- Je n'ai jamais entendu de rumeurs comme quoi il était intéressé par une demoiselle… elfe bien entendu. En fait, nous avions tous l'impression qu'il était davantage intéressé par la pointe de son épée ou la cueillette des champignons.
- Ou par la consistance des racines et des crottes d'écureuil, ajouta Dori en marmonnant.
Elanor fronça le nez et croisa les bras. Malgré tout, elle ne put retenir ses lèvres de se retrousser avec amusement. Legolas, en train d'étudier les déjections d'animaux dans la forêt était une image infiniment drôle et invraisemblable.
- Vous vous trompez sur son compte, répondit-elle. C'est vrai que Legolas est solitaire et parfois… réservé. Mais en vérité, il est très attentionné et loyal lorsqu'on le connait bien.
Un court silence lui répondit.
- Les elfes ont la taille élancée. Encore plus fine que celle d'une femme naine, grommela Nori, plus pour lui-même.
- Et ils ont une peau laiteuse, comme celle des nouveaux nés, ajouta Dori avec un air dégoûté.
- Sans parler qu'ils mangent de l'herbe et des racines, ajouta Bofur. J'en ai fait l'expérience une fois, j'ai faillis tout régurgiter tellement c'était mauvais.
Le groupe approuva bruyamment.
- Je n'y vois aucun problème et je trouve Legolas très bien physiquement, rétorqua Elanor.
Cela lui attira les regards exorbités des nains.
- Si vous le dîtes… je dois dire mademoiselle, nous ne pensions pas qu'il choisirait quelqu'un comme vous, répondit Dori.
- Comme moi ?
Elanor se tourna brusquement le nain, un peu vexée par sa réflexion. Qu'est-ce que le « comme vous » signifiait ? Dori baissa la tête, comme pour s'excuser d'avance de ce qu'il allait dire.
- Oui. Une jeune femme issue de la race des hommes. Comme vous.
Elanor le regarda avec une surprise non feinte.
- Je croyais que les elfes n'aimaient pas mélanger leur sang pur à ceux des autres races, enchaina-t-il. Je n'ai jamais vu un elfe prendre pour épouse une humaine.
- Il faut croire que nous nous sommes trompés sur le compte du prince Legolas, le coupa-t-il. Sans aucun doute, Thranduil n'a pas du très bien prendre la nouvelle ?
Elanor baissa les yeux, trouvant le sol soudainement intéressant.
- Non. En effet…
Voyant son air triste, Bofur et les autres nains perdirent leurs sourires. Il échangea des regards confus et nerveux avec Dori et Nori, se demandant comment ils pouvaient rattraper cette stupide bourbe
- Ah, hum… vous m'en voyez navré.
La curiosité d'en savoir plus le dévorait et cela se voyait à la façon dont il regardait Elanor. Toutefois il n'eut pas le temps de poser d'autres questions, car Dori le coupa en plein élan :
- Vous auriez dû choisir Gimli ! Lui est un homme viril, fort et droit. Gloin aurait surement été honoré de vous accueillir dans sa famille. Quoique ce genre de mariage mixte n'a encore jamais été fait…
Perplexe et dérouté, Dori se tût et regarda un point fixé dans le vide.
Elanor le regarda avec stupeur. Elle dut se retenir pour ne pas lui éclater de rire au nez. Etait-ce une tentative pour lui faire changer d'avis ? Certes, Gimli ferait un bon mari et un bon père, elle n'en doutait pas. Mais un mari pour elle… ?
Bien qu'elle adorait le caractère amical et loyal de son ami, sur un plan romantique cette idée était... impossible.
- Je suis désolé, mais je ne vois Gimli que comme un ami et rien de plus, répondit poliment Elanor.
Bofur soupira.
- Dommage. L'elfe a gagné alors. Vous auriez été la première humaine à avoir l'honneur de faire partie de notre grande famille.
Elanor sourit, se sentant légèrement flattée. Pour les nains, cette invitation était rare et exceptionnelle, elle en avait conscience. Mais elle soupçonnait aussi que les nains la faisaient marcher et que cette proposition n'était en fait qu'une simple plaisanterie.
Bofur abandonna le sujet de leur conversation, et ils repartirent vers les forges, parlant de choses plus anodines. Lorsqu'ils arrivèrent, la température de l'air augmenta drastiquement, au point qu'Elanor sentit un étau lui serrer la gorge.
- Nous y voilà ! annonça Bofur. Voici les forges d'Erebor !
Ils traversèrent une entaille dans le mur et débouchèrent dans une immense salle, haute de plusieurs dizaines de mètres. Elanor regarda avec des yeux arrondis les grandes tours qui s'élevaient au milieu de la forge et les nombreux nains qui s'activaient au travail un peu partout.
L'or se reflétait partout dans la salle, donnant à l'endroit un éclat surréaliste. Elanor regarda ce spectacle, restant quelques secondes sidérées.
- Venez dame Elanor, par ici.
La voix de Dori la ramena sur terre, et elle emboita le pas de Bofur qui se trouvait en tête du cortège.
- Ces forges nous permettre de faire fondre l'or. Ensuite nous l'évacuons vers une autre salle. C'est là que nous le façonnons, expliqua Bofur.
Elanor l'écouta avec intérêt, tout en écartant les mèches de ses cheveux qui commençaient à coller à son front. Il faisait chaud. La chaleur était presque insupportable, mais elle essaya de l'ignorer.
- C'est aussi ici que nous avons affronté le grand Smaug le maléfique, ajouta Nori.
- Ah oui, j'avais presque oublié, s'exclama Bofur. Thorin a réussi à l'attirer hors de la salle. C'était une sacrée bataille, le dragon a presque tout détruit ici, nous avons dû reconstruire pas mal de choses.
- Balin a essayé d'assommer le dragon avec sa poudre, mais il n'a pas réussi, reprit Nori.
Se rappelant que leur ami n'était plus de ce monde, les nains baissèrent la tête, accablés par les souvenirs et le chagrin que leur laissait leur ami disparu.
- Tout en haut se trouve la manivelle pour contrôler la densité du niveau d'eau, reprit Bofur. Nous nous en servons pour refroidir le métal. Vous voyez, il faut un certain niveau de température pour que...
Elanor passa discrètement une main dans son dos, pour tirer sur le tissu qui commençait à lui coller à la peau. Elle essaya de suivre ce que lui disait Bofur, mais la chaleur qui l'étourdissait lui fit perdre peu à peu le fil de sa conversation.
La robe vert émeraude que les nains lui avaient prêtée était très belle, mais elle était aussi très lourde et étroite. Tout simplement parce qu'elle était taillée pour être portée par une naine. Ce qu'Elanor n'était pas.
Heureusement, elle était assez petite et mince pour rentrer dedans. Et la robe était assez longue pour lui cacher ses souliers. Toutefois elle était plutôt inconfortable pour partir en expédition vers les forges.
Elanor se maudit soudain d'avoir accepté de suivre les nains.
Bofur avançait de plus en plus dangereusement près des canaux de lave dans lesquels s'écoulaient l'or en fusion. L'idée de se rapprocher encore plus ne plaisait pas du tout à Elanor, qui commençait à se sentir étourdie et mal à l'aise, mais elle n'eut d'autre choix que de les suivre.
Un souffle brulant lui frappa le visage. A ce moment précis, Elanor se mit à ressentir des sueurs froides et de multiples points brillant apparurent devant ses yeux. Machinalement, elle posa la main sur le métal de la garde de son épée, cherchant un peu de fraîcheur.
Cela la soulagea légèrement, mais ne parvint pas à faire disparaître son malaise, ni la sensation qu'elle allait s'évanouir d'un instant à l'autre.
Bofur continuait de babiller joyeusement avec Nori et Dori, lorsqu'il sembla enfin remarquer son malaise.
- Allez-vous bien dame Elanor ? demanda-t-il, inquiet. Vous êtes un peu pâlotte.
Elanor ferma brièvement les yeux.
- Je pense que… j'ai besoin de prendre l'air.
Ses oreilles se mirent soudain à siffler. Elanor sentit sa tête tourner. Si elle ne s'asseyait pas d'ici quelques secondes, elle allait probablement s'évanouir et elle n'avait absolument envie de montrer sa faiblesse devant les nains. Elle en serait morte de honte si cela arrivait. Mais plus elle essayait de lutter, et plus son esprit s'éloignait de son état de conscience.
- Je crois qu'il serait sage de raccompagner dame Elanor dans ses quartiers, dit Dori.
- Oui, assez de visite pour aujourd'hui, approuva Bofur. Nous avons fait le tour de toute façon.
Il lui proposa gentiment son bras. Elanor l'accepta, marchant comme dans un état second. Ce ne fut que quand ils furent sortis et que l'air frais lui fouetta le visage, qu'elle commença à se sentir un peu mieux.
Elanor sentait que plus les jours passaient et plus son corps s'affaiblissait. Elle savait que c'était encore les effets secondaires de la dernière bataille et de la blessure infligée par l'anneau d'Angmar. Elle aurait cru pouvoir se rétablir rapidement, avec les soins qui lui avait apporté Aragorn. Toutefois, il semblait qu'elle s'était fourvoyée et que Glorfindel avait eut raison. Cette cicatrice ne partirait jamais, et ne cesserait jamais de la faire souffrir. En tout cas, en Terre du Milieu…
Ils remontèrent à la surface, empruntant des nouveaux couloirs qu'Elanor n'avait pas encore vue, lorsqu'un visage attira son attention.
Ce n'était pas un nain, mais un homme brun. Son visage lui disait quelque chose… c'est alors qu'elle le reconnut.
- Bard ?
Elanor vit alors qu'il n'était pas seul et que d'autres femmes et hommes se trouvaient assis dans un coin. Elle se rappela alors brusquement que le peuple de Dale logeait aussi ici, en attendant que l'hiver passe.
Durant les derniers jours qui s'étaient écoulés, elle n'en avait croisés presque aucun, car les hommes vivaient dans des salles reculées et l'écart, données gracieusement et temporairement par les nains.
Le jeune homme se retourna, surpris en entendant sa voix.
- Dame Elanor ?
Il marcha aussitôt à leur rencontre.
- Quel plaisir de vous revoir, la salua-t-il. Mes seigneurs… comment allez-vous ?
Les nains hochèrent la tête en guise de salutation. Bofur, Dori et Nori semblèrent plutôt content de le voir.
- Bien mon garçon, et votre grand-tante comment se porte-t-elle ? demanda Bofur.
Elanor remarqua que son visage s'était adoucit. Elle ne savait pas de qui il parlait, mais le nain semblait attaché à cette personne.
- J'allais justement la voir, voulez-vous m'accompagner ? demanda Bard.
Les nains acquiescèrent immédiatement. Lorsque le jeune homme se tourna vers elle, timidement, Elanor acquiesça pour lui signifier qu'elle les suivait.
- Venez.
Ils traversèrent un autre long couloir, et c'est alors qu'ils débouchèrent dans une galerie fourmillante. Elanor eut l'impression soudaine d'être retournée dans un environnement familier. De nombreuses familles avaient trouvés refuges dans des recoins ou le long des couloirs, entassant paillasses et tout ce qu'il leur restait de possession auprès d'eux. Il y avait des femmes, des hommes et des enfants de tout âge.
Bard les mena dans un labyrinthe de galeries, puis finit à s'arrêter à une intersection. C'est alors qu'Elanor le vit. Ses cheveux blond platine tranchaient avec les murs et les vêtements sombres que portaient les humains. Legolas se tenait accroupi devant une vieille femme, à qui il tenait la main et parlait doucement.
- Ah… je crois que le seigneur Legolas a trouvé ma tante avant nous. Peut-être devrions-nous-
Au même moment, l'elfe se retourna, les ayant entendu arriver. Il se releva et se tourna vers eux, alors que Bofur se détachait du groupe pour prendre sa place.
La vieille femme cligna des yeux. Elle était très âgée. Elanor songea qu'elle devait avoir bien plus de quatre-vingt-ans. C'était rare, elle n'avait encore jamais vue de femme vivre à un âge aussi avancé. La maladie les emportait souvent bien avant…
Bofur lui attrapa les mains et les serra entre les siennes affectueusement. La vieille femme regarda un moment son visage, perdue.
- Tilda. Comment vas-tu ?
La voix de Bofur parût la tirer de sa confusion, et elle reconnut enfin celui qui se trouvait en face d'elle.
- Hum… Bofur ? Est-ce que c'est toi ?
- Oui.
Le nain sourit.
Tilda cligna des yeux.
- Où est Bain ? demanda-t-elle.
De là où elle était, Elanor put voir le sourire disparaître du visage de Bofur. Une autre femme, plus jeune, mais qui avait tout de même une cinquantaine d'années se pencha vers le nain.
- Veuillez l'excusez, ma mère ne sait plus ce qu'elle dit. Ses crises ont empiré ces derniers temps. Elle perd de plus en plus la mémoire.
Bofur hocha la tête tristement.
Tilda riva ensuite son regard vers Legolas. Ses yeux marrons étaient aussi ronds que ceux d'un enfant.
- Tauriel ? Est-ce qu'elle est venue avec vous ?
Elle chercha autour de lui, comme si elle s'attendait soudain à voir une deuxième personne se manifester.
- Où est-elle ? Où est Bain ?
Son délire reprit le dessus sur sa raison. Mais Elanor ne s'en rendit pas compte. Car si elle ignorait qui était Tauriel, le nom de Bain lui disait quelque chose.
Legolas s'était figé un peu plus loin, ses yeux bleus rivés sur Tilda. Elanor s'approcha de lui et posa sa main sur son bras. Il sortit alors brusquement de sa transe et se tourna vers elle.
- Qui est-ce ? lui murmura-t-elle.
Elanor jeta un coup d'œil vers Tilda. Legolas comprit alors que c'était d'elle dont elle parlait.
- C'est la fille cadette de Bard. Le tueur de dragon, ajouta-t-il.
- Elle est encore en vie ? s'étonna discrètement Elanor.
Legolas regarda à nouveau Tilda. Il semblait aussi troublé qu'elle, mais pas pour les mêmes raisons. La dernière fois qu'il avait vu la fille de Bard, soixante-quinze ans plus tôt, celle-ci n'avait encore que l'apparence d'une enfant. Le changement de son physique était brutal et violent pour ses yeux d'elfes. Il avait dû mal à accepter l'idée que la vielle femme qui était là, était la même personne qu'il avait rencontré des décennies plus tôt.
Bofur continuait à parler à la vieille femme, comme s'il la connaissait depuis toujours. Ce qui était le cas, réalisa Elanor. Bilbo n'avait jamais vraiment fait mention des enfants de Bard, mais depuis tout ce temps, les nains avaient probablement crée des liens très étroit, surtout depuis que Dale avait été reconstruit et que les relations avec Erebor s'était rétabli.
Dori et Nori s'approchèrent à leur tour de Tilda, et le petit groupe commença à discuter doucement. La vieille femme semblait mal en point. Elle était âgée et son corps et son esprit étaient fragiles. Le cœur d'Elanor se serra lorsqu'elle songea que sa fin était proche, et qu'elle mourrait probablement bien avant les nains.
Legolas s'était détourné du petit groupe, et alla à la rencontre de Bard. Le jeune homme qui observait la scène, redressa brusquement les épaules lorsqu'il vit que le prince elfe se dirigeait vers lui.
- Comment avance la reconstruction de Dale ? demanda Legolas.
Nerveux et intimidé, Bard croisa les mains derrière son dos.
- Bien seigneur Legolas. Nous aurons certainement fini quelques maisons avant l'hiver, mais je crains que la plupart de mon peuple doive demeurer ici en attendant, répondit-il.
- J'aimerais beaucoup pouvoir visiter le chantier durant les prochains jours, si cela est possible, reprit Legolas.
Surpris, le jeune homme ouvrit la bouche, puis acquiesça.
- Oh oui, bien sûr. Je vous y conduirais, seigneur Legolas. J'ai d'ailleurs prévu d'y retourner demain, si cela vous convient.
L'elfe posa une main sur son épaule.
- Ce sera parfait.
Il jeta ensuite un coup d'œil vers Elanor, puis s'éloigna. La jeune femme le rattrapa et marcha à côté de lui, tandis qu'ils laissaient le groupe de nains derrière eux.
- Je pense que je vais devoir parler à Thorin, déclara Legolas.
Elanor lui jeta un regard interrogatif. Mais l'elfe ne laissa rien paraître de ses pensées. Il avait quelque chose en tête, et elle n'avait aucune idée de ce que ça pouvait être.
