Désolé pour cette longue absence, je vais essayer de reprendre le fil des publications comme auparavant... Merci à tous pour votre soutien et fidélité, j'espère que la suite et la fin de cette histoire vous plaira. Il ne reste que quelques chapitres. Je tiens toujours mes promesses, donc il y aura une fin, comptez-y. :)


Chapitre 30 : Le souffle du dragon

Le souffle du vent était brûlant. Les trois pics du volcan Thangorodrim, qui était le plus haut sommet de la Terre du Milieu, étaient agités par un orage violent. Thranduil tourna la tête pour regarder Oropher, son père, qui se trouvait à sa gauche.

Les bannières blanches flottaient derrière eux, claquant sous la brise du vent violent qui agitait le ciel. Quelques cendres grises tombaient et disparaissaient dans la chevelure argentée du roi elfe, mais il n'en avait cure, tout comme l'amas qui commençait à se former sur les épaules de son armure d'argent scintillante.

Leur armée des elfes était rassemblée derrière eux. Ils avaient marché jusqu'ici dans l'espoir de prendre part à la plus grande bataille qui mettrait fin au premier âge de la Terre du Milieu. Oropher avait répondu à l'appel des Noldor et des Vanyar, qui étaient revenus de Valinor avec l'aval des Valar, pour pouvoir stopper une bonne fois pour toute Morgoth. Angband, sa forteresse cachée sous la montagne, grondait des coups de tambours donnés par les orques.

L'armée commandée par son lieutenant Sauron, s'était rassemblée devant les portes, créant une marée noire gigantesque qui engloutissait toute la plaine. Leur ennemi avait appelé à lui toutes ses forces, dans une tentative désespérée de se défendre contre l'armée des Valar.

Il y avait des orques, des Balrogs, des trolls et d'autres créatures encore que Thranduil n'avait encore jamais vu ou entendu parlé. Et aussi des hommes… à leur plus grand déshonneur. Car ceux-ci n'étaient pas censés se battre du côté de Morgoth. Mais beaucoup avaient été séduits par ses paroles et beaucoup avaient répondus à son appel.

Ceux qui restaient, peu nombreux, s'étaient joints à l'armée des elfes.

Thranduil tourna la tête pour regarder les quelques seigneurs qui se trouvaient dans leurs rangs. Ils étaient vêtus d'épées et d'armures qui faisaient pâle figure face à celles des elfes, mais une expression déterminée était sur tous leurs visages. Ils étaient prêts à venger tous les princes qui étaient tombés de la main de Morgoth et de ses serviteurs. Huor, Hùrin, Barahir et Galdor…

Il n'y avait pas de doute qu'ils avaient le cœur noble, pensa Thranduil. Mais cela suffirait-il à l'emporter ? Ils semblaient peu préparés à ce genre de bataille.

Malgré ses cent-trente-et-un an, Thranduil lui-même n'avait encore jamais connu la guerre. C'était un âge très jeune pour un elfe et c'était pour cette raison qu'Oropher avait été si réticent à le laisser partir avec lui. « Je ne prendrais pas le risque de laisser ma lignée s'éteindre avant moi » avait-il dit. Ce à quoi Thranduil lui avait répondu que si l'armée des Valar perdait face à Morgoth, il n'y aurait de toute façon plus d'espoir pour la Terre du Milieu et pour son futur héritier.

« Si je dois donner ma vie, je serais heureux de le faire maintenant. Même si cela signifie devoir rester plusieurs siècles dans les cavernes de Mandos avant de rejoindre Valinor. » Les Valar avaient besoin de tout le monde. Cela n'avait pas plût à Oropher, mais il avait finalement acquiescé, devant reconnaître que son fils avait raison.

Il l'avait laissé prendre la route avec lui, bien qu'à contrecœur.

- Qu'attendent-ils ? demanda Thranduil à Oropher, alors que l'armée de Morgoth ne bougeaient toujours pas.

Gil-Galad s'était mis à galoper devant la première rangée des soldats et s'arrêta au niveau d'Ingwion, prince des Vanyar, pour échanger quelques mots avec lui. Ils se trouvaient une centaine de mètres plus loin. Thranduil pouvait apercevoir sa tête blonde, et même s'il ne l'avait encore jamais vu, il était facile de le repérer parmi tous les autres elfes. Sa silhouette était entourée d'une aura pure et lumineuse, si belle que Thranduil avait du mal à détacher son regard de lui.

Son père, Ingwë, était un être illustre. Il fût l'un des trois premiers elfes à s'être éveillé en Terre du Milieu. Les deux autres étaient Thingol, le roi de Doriath qui avait épousé la Maia Melian, et Finwë le roi des Noldor, dont descendait également Gil-Galad, qui était à présent roi des Noldor.

Ingwë et Fingwë avaient tous deux décidés de rester en Valinor auprès des Valar. Eönwë, un des Maia les plus puissants et servant de Manwë, se trouvait aux côtés d'Ingwion et de Gil-Galad, et ils parurent avoir une conversation animée.

Oropher les fixaient également du regard.

- Nous n'allons pas tarder à le savoir, répondit-il à son fils.

Gil-Galad se remit au galop, se dirigeant cette fois dans leur direction. Sa longue chevelure noire flottait derrière lui, et contrairement au reste des elfes il portait une armure bleue et or. Le roi elfe arrêta son cheval blanc d'un mouvement brusque devant eux.

- Oropher, préparez-vous. Nous allons lancer l'assaut.

Oropher acquiesça. Gil Galad repartit aussitôt vers sa propre armée.

Il n'en fallut que quelques secondes pour que les cors et les trompettes résonnent dans le ciel. Et au moment où les elfes allaient s'élancer, des portes d'Angband surgirent des Balrogs.

Il eut un moment d'hésitation du côté des elfes et des hommes, mais les armées de Gil-Galad et d'Ingwion chargèrent les forces de Morgoth, et tous les suivirent. Oropher lança l'assaut, et Thranduil lui emboita le pas.

Le choc entre les deux armées fut violent. Les Balrogs firent des ravages parmi les rangs des elfes et des hommes, si bien que tous se mirent à les privilégier comme cible. Thranduil perdit rapidement de vu son père, même s'il avait fait tout son possible pour rester près de lui.

Les premières minutes furent déstabilisantes, tant par la violence que par la nature de ses ennemis. Thranduil tua pour la première fois de son existence un homme. La vision de ce sang rouge sur ses vêtements et son armure le heurta profondément. Mais il oublia bien vite tout état d'âme, lorsqu'il vit le nombre de corps d'elfes s'accumuler sur le sol.

Les combats durèrent plusieurs heures, ou peut-être même plusieurs jours, Thranduil ne le sût jamais car le ciel était toujours sombre et qu'il était difficile de distinguer la nuit du jour au pied de ce volcan.

Les Balrogs furent finalement terrassés, et ce fût au moment où ils crurent qu'ils avaient gagnés la bataille que Morgoth révéla son arme ultime.

Un grondement terrible sous leurs pieds et les portes d'Angband explosèrent. Tous levèrent la tête, même les orques et certains périrent lorsque d'énormes blocs de roches les percutèrent.

Une créature immense sortit de sous terre. Thranduil retint sons souffle, les yeux écarquillés. Les elfes eurent tous une expression horrifiée en voyant l'immense dragon noir déployer ses ailes.

Celui-là était gigantesque. Il était presque aussi grand que la montagne elle-même. Il s'agissait d'Ancalagon, père de tous les dragons.

Il s'envola et d'autres dragons, plus petits commencèrent à sortir à leur tour des profondeurs d'Angband. Ce fut alors rapidement la panique du côté des elfes et des hommes.

L'ombre d'Ancalagon les survola, puis il s'arrêta dans les airs et commença à attaquer. Des flammes jaillirent de sa gueule, faisant des ravages dans leurs rangs. Les cris et les hurlements des elfes brûlés par le souffle du dragon résonnèrent rapidement dans la vaste plaine, à la plus grande horreur de tous.

Ancalagon semblait choisir des cibles très précises, essayant de toucher le plus possible les grands seigneurs elfes et hommes. Thranduil le vit faire un demi-tour derrière le volcan, puis revenir… droit vers lui. Le prince elfe comprit qu'il était trop tard pour s'éloigner et qu'il allait probablement mourir, lorsque le dragon géant s'arrêta au-dessus de lui.

Thranduil leva la tête, pétrifié par la terreur et croisa le regard du dragon. Ses yeux jaunes luisaient d'une lueur rieuse et malveillante. Un grondement sourd résonna au fond de la gorge d'Ancalagon, puis les flammes surgirent.

Thranduil se détourna, mais pas assez vite. Il tomba, hurlant à pleins poumons, alors que tout le côté gauche de son corps fut frappé par le feu.

Son visage, non protégé par son armure, le fit atrocement souffrir. Il plaqua aussitôt ses mains dessus, mais les retira aussitôt en ressentant une douleur incommensurable le traverser.

Le souffle du dragon était si puissant qu'il fit fondre le métal de son armure et grignota le tissu de ses vêtements. Par un coup du sort, ils ne s'enflammèrent pas. D'autres elfes qui se trouvaient près de lui n'eurent pas cette chance. Leurs cris désespérés parvinrent à ses oreilles, et cela en rajouta un peu plus encore au traumatisme que subit Thranduil.

Il sentait l'odeur brûlée de sa chevelure et de sa chair mélangée, et cela le terrifia.

Le dragon laissa échapper un grondement qui annonçait qu'il allait cracher un nouveau jet de flammes.

Thranduil ouvrit difficilement les yeux. Il n'entendait plus rien du bruit de la bataille et ne ressentait que la douleur atroce qui dévorait son corps. Sa vision était brouillée, mais juste avant qu'il ne sombre dans l'inconscience, il crût sentir une bourrasque de vent lui frapper le visage et voir dans le ciel une étoile brillante, qui était l'un des plus belles et intenses qu'il eut jamais vu. Et il se dit alors qu'il pouvait accepter la mort, tant que cette vision resterait à jamais la dernière qu'il aurait en mémoire.


- Thranduil ! THRANDUIL !

Le cri d'Oropher se répercuta dans la plaine qui était à présent silencieuse.

Thranduil ne savait pas si c'était la voix de son père, où bien s'il l'imaginait.

Quelques secondes passèrent, puis brusquement il sentit des bras le soulever de terre et entrevit le visage d'Oropher au-dessus du sien.

La bataille était finie. Ils avaient gagné, alors.

Thranduil avait du mal à respirer. Oropher resta de longues secondes à le fixer avec une expression horrifiée.

- Par les Valar… Thranduil. Est-ce que tu m'entends ?

Thranduil cligna des yeux. Aucun son ne parvint à sortir de sa gorge, malgré tous ses efforts.

- Un guérisseur ! Faîtes venir un guérisseur ! s'exclama Oropher, à l'attention des elfes les plus proches.

Certains partirent aussitôt.

Thranduil sentit à nouveau son esprit dériver vers l'inconscience. Oropher posa son front contre le sien et murmura quelques prières, espérant que son unique enfant survive à la prochaine nuit.


- Il a eu beaucoup de chance. Il est un des seuls à avoir survécu.

La voix de l'elfe était un murmure qui le berçait, et Thranduil lutta contre le sommeil qui le guettait à nouveau.

- Cette bête a fait des ravages parmi mes soldats. La plupart sont morts suite à leurs blessures. Heureusement qu'Ëarendil est arrivé à temps pour le mettre à mort, sinon nous aurions perdus la bataille, reprit l'inconnu.

- Que va-t-il se passer pour mon fils ? Quelles séquelles va-t-il garder ?

Le son de la voix d'Oropher éveilla pleinement Thranduil. Il semblait s'adresser à quelqu'un d'autre.

Un silence s'en suivit, signifiant que les elfes échangeaient des regards.

- Je n'en ai aucune idée, répondit un autre homme.

Thranduil ne reconnut pas cette nouvelle voix.

- Les dragons laissent des marques sur leurs victimes. Pas seulement corporelles, mais aussi dans leur âme. Hormis les brûlures, je crains qu'Ancalagon n'ai laissé autre chose. Seul le temps dira s'i a été épargné ou non.

- Y a-t-il un moyen de le soigner ?

- Je ne détiens pas ce savoir. Mais je vais en parler à Melian, peut-être qu'elle saura quelque chose. C'est elle la spécialiste dans ce domaine. Elle a plus d'une fois repoussée les forces sombres de Morgoth à distance.

- Courage Oropher.

Thranduil entrouvrit les yeux, et vit un elfe à la chevelure blonde poser une main sur l'épaule de son père. C'était Ingwion, le prince des Vanyar. Et à côté de lui se trouvait Eönwë, le Maia.

Les deux hommes quittèrent la tente.

Au même moment, une main douce et fraiche se posa sur son front. Thranduil tourna la tête et reconnut un visage familier, le dernier auquel il s'attendait à trouver ici.

-Meluin ?

La jeune elfe lui sourit. Thranduil sentit son cœur son gonfler de joie et de bonheur, comme c'était le cas à chaque fois qu'il la voyait.

- Que fais-tu ici ? demanda-t-il.

- Je suis venue dès que j'ai appris ce qui était arrivé, répondit-elle.

Ses yeux bruns étaient inquiets, comme s'ils voyaient quelque chose que Thranduil n'était pas capable de voir. Il se rappela alors de la bataille et de ce qui s'était passé. Le dragon, les flammes, les cris…

Sa main tâtonna sa joue brûlée, mais elle était recouverte d'un linge blanc humide, tout comme son flanc gauche.

- Depuis combien de temps…

- Une semaine, répondit aussitôt Meluin.

Thranduil se redressa. Voyant qu'un bac d'eau avait été déposé au pied du lit de fortune, il se pencha et se mit alors à retirer lentement les bandages.

- Non, Thranduil ! s'exclama Meluin. Tu ne devrais pas-

Sa phrase fut entrecoupée par l'exclamation haletante de Thranduil, qui découvrit son visage dans le reflet de l'eau. Meluin fit le tour du lit et s'accroupit devant lui. Elle ouvrit la bouche, mais ses mots se perdirent sur ses lèvres lorsqu'elle vit le visage défiguré de son amant.

Thranduil détourna la tête.

- Ne me regarde pas.

Il essaya de cacher sa blessure du mieux qu'il pouvait, ainsi que sa honte.

- Non… Thranduil.

- Ne me regarde pas. Mon visage… je suis laid, murmura-t-il.

Les doigts de Meluin se glissèrent sous son menton et elle le força à la regarder à nouveau.

Des larmes se formèrent dans les yeux de la jeune elfe, mais elle ne détourna pas le regard avec dégoût, comme Thranduil s'y attendait. Elle toucha son visage avec amour et prit ses mains entre les siennes.

- Tu n'es pas laid. Tu seras toujours beau à mes yeux, Thranduil, chuchota-t-elle. Tu as affronté ce dragon et tu es revenu vivant. Je remercie les Valar de t'avoir ramené à moi.

Thranduil prit une grande inspiration, luttant contre l'émotion qui l'assaillait. Meluin glissa ses mains autour de ses épaules et il l'attira dans ses bras, nichant sa tête au creux de son cou. Il ferma alors les yeux, le visage caressé par les cheveux blonds de son amie.

- Je ne peux pas vivre sans toi, murmura Meluin.


- Comment va-t-elle ?

- Elle est inconsciente, répondit Deren.

Legolas ne put empêcher l'inquiétude d'apparaître sur son visage.

- Que s'est-il passé ? demanda-t-il.

- Nous ne le savons pas. Elle s'est jeté sur le roi et l'a attaqué. Elle est dans cet état-là depuis que nous l'avons trouvée.

- Attaqué ? répéta Legolas, les yeux écarquillés. Je ne peux pas le croire. Elanor ne ferait jamais ça !

Deren ne cilla pas, mais intérieurement il était mal à l'aise.

- Je pense que vous devriez aller demander au roi ce qui s'est passé, hîr nin. Il était le seul avec elle et il n'a rien dit depuis l'incident.

Legolas serra les poings.

- Laisse-moi entrer. Je veux être seul avec Elanor.

Deren inclina la tête et s'éloigna de la porte. Legolas entra dans la chambre.

Elle était allongée sur le lit, le visage pâle comme la mort. Cette vision le fit s'arrêter net sur le pas de la porte. Le visage de Boromir se superposa à celui d'Elanor, et il eut alors l'impression de se retrouver dans la forêt près de l'Anduin, au chevet de son ami mourant.

Anxieux, Legolas s'approcha et s'assit dans la chaise qui était à son chevet. Elanor ne bougea pas. Sa faible respiration indiquait qu'elle dormait profondément.

Il prit sa main et la porta à ses lèvres.

-Elanor…

Legolas posa son front contre sa main, et resta dans cette position durant de longues minutes.

- Ne me laisse pas. Pas encore une fois.


Thranduil savait que quelque chose avait changé en lui. Pour la première fois depuis des siècles, il se sentait apaisé. Tout avait disparu.

La colère, le ressentiment, la haine, l'envie de tout posséder… la souffrance.

Aussi incroyable que cela pouvait être, la jeune humaine l'avait affecté, d'une manière totalement inattendue. Ce mal profond qui n'avait cessé de le dévorer depuis sa jeunesse s'était volatilisé, et c'était à cause d'elle.

Le feu du dragon Ancalagon n'avait pas laissé que des brûlures dans sa chair.

Le souffle du dragon était si malfaisant qu'il lui avait fallu des millénaires pour que son état s'améliore. Oropher avait fait venir les plus grands guérisseurs de la Terre du Milieu, mais aucuns n'avait trouvé comment soigner le mal qui le rongeait.

Durant de nombreuses années, il avait souffert de crises d'humeur et avait caché son vrai visage sous une illusion. Ce n'était que grâce à la mère de Legolas qu'il avait tenu. Lorsqu'elle était morte... il avait cessé de voir le bonheur et d'apprécier les choses simples de la vie.

Aujourd'hui il se sentait juste las et fatigué…

Thranduil caressa la peau intacte de sa joue.

Cette petite avait réussi un exploit que même la magie elfique n'aurait pu réussir. Comment avait-elle fait ?

Qui était-elle ?

Thranduil se figea lorsqu'il sentit qu'il n'était plus seul. Il se retourna et découvrit que son fils se trouvait derrière lui.

- Legolas ?

Un silence tendu s'installa. Legolas lui envoya un regard dur, et Thranduil devina immédiatement la raison de sa visite.

- Je me demandais quand est-ce que tu te déciderais à venir, reprit-il.

- Que s'est-il passé avec Elanor ? demanda Legolas.

Thranduil soupira et se détourna pour faire face à la cascade d'eau qui jaillissait à proximité de son appartement privé.

- Ce qui s'est passé entre elle et moi est une malheureuse erreur, je le crains.

- Dois-je comprendre que c'est de votre faute si elle se trouve dans ce lit ? rétorqua Legolas.

Thranduil s'autorisa quelques secondes de silence avant de répondre.

- Je sais ce que tu as fait du collier, Legolas. J'ai reçu la massive de Thorin le jour où tu es parti. J'ai convoqué Elanor pour lui demander des explications.

Thranduil tourna la tête, au moment même où Legolas croisa les bras sur sa poitrine.

Il était sur la défensive. Le roi elfe connaissait cette expression, cela voulait dire qu'il n'était pas fier de lui. Ainsi donc, la petite avait dit la vérité. Thranduil pouvait le lire dans les yeux de Legolas. Son fils avait agi seul.

- Je dois reconnaître que je n'ai pas été objectif au sujet de ton amie, reprit Thranduil.

- Pourquoi vous acharnez-vous sur elle ? Elle ne le mérite pas. Si vous avez quelque chose à lui reprocher, je préférerais que vous passiez d'abord par moi, dit Legolas.

- Je ne veux pas que tu gâches ton avenir, répondit Thranduil. Aussi brave puisse-t-elle être, c'est une mortelle. Tu pourrais choisir n'importe quelle elleth de notre clan. Il y a de nombreuses demoiselles sindar qui seraient prêtes à beaucoup pour avoir tes faveurs.

- Aucune ne m'a jamais plu, rétorqua Legolas.

Thranduil pencha la tête sur le côté, pensif.

- Il y a Bereth. Vous vous êtes toujours appréciés l'un et l'autre. Et vous avez le même âge…

- C'est une amie d'enfance. Nous ne sommes rien de plus, répondit Legolas.

- Tu t'es déjà trompé une fois par le passé, Legolas…

Ce dernier fronça les sourcils.

- Cette fois c'est différent.

- Comment le saurais-tu ? demanda Thranduil. L'attirance est un sentiment passager. Certaines humaines peuvent être très séduisantes oui, mais cela ne durera pas éternellement. De plus, ses sentiments à elle ne sont pas comparables aux tiens. Les mortels se lassent d'aimer avec le temps qui passe, et alors que ton amour pour elle restera inchangé. Et il y a eu Tauriel. L'aurais-tu oublié ?

Legolas détourna le regard.

- Tauriel… était une erreur, répondit-il. Avec Elanor, c'est différent. Je n'ai pas de doute père. Je l'ai su lorsque je l'ai vu tomber dans les mines de la Moria.

- De quoi parles-tu ? l'interrogea Thranduil, confus.

- Elanor a été renvoyée des cavernes de Mandos. Elle est passée par la mort.

Le choc et la stupéfaction traversa le visage du roi elfe.

- C'est impossible !

- Je l'ai vu tomber dans le gouffre des mines de la Moria, transpercée d'une flèche, sous mes propres yeux, continua Legolas.

- Personne n'est jamais revenu des cavernes de Mandos, Legolas ! Aucun mortel ! s'exclama Thranduil.

Personne sauf Beren et Luthien. D'après la légende, ils auraient tous deux étés renvoyés en Terre du Milieu, comme simples mortels. Mais cela n'avait jamais été prouvé, car personne ne les avait revus. Seules des rumeurs étaient parvenues jusqu'aux oreilles des elfes.

- Pourquoi Mandos l'aurait-il renvoyée ? demanda Thranduil, curieux.

- ll l'a chargé d'accomplir une mission pour lui, répondit Legolas. Mandos voulait récupérer les âmes des Nazgûls qui lui avait échappées à cause de Sauron.

Les yeux de Thranduil s'écarquillèrent légèrement.

- A-t-elle réussie ?

- Oui.

Devant le silence stupéfait de Thranduil, Legolas reprit :

- Elanor descend de la même lignée d'Elrond. Ce n'est certainement pas un hasard.

- J'ai entendu ces rumeurs, murmura le roi elfe.

Il fronça les sourcils.

- Mais même si cette jeune femme à des nombreuses qualités… qui est-elle aujourd'hui ? Et plus important encore, quel est son futur ?

- Elle ira à Valinor. Les Valar le lui ont promis, répondit Legolas.

Son père lui renvoya un regard triste.

- Elle finira par dépérir, même en Aman. Nul doute que son destin est de rejoindre le royaume des hommes. Mandos ne fait pas d'exception à la règle.

Legolas serra les poings.

- Je préfère vivre un siècle avec elle plutôt que de l'abandonner, rétorqua-t-il.

Thranduil s'approcha de son fils et posa une main sur son épaule.

- Legolas… si tu la choisis, rien ne pourra te faire revenir en arrière. Tu seras condamné à porter le deuil de sa mort durant le reste de ton existence. Tu ne sais pas ce qu'est le poids de ce fardeau.

Legolas parvint difficilement à soutenir son regard. Il voyait la douleur dans les yeux de son père, et la tristesse infinie qu'il ressentait. Thranduil connaissait trop bien ce sentiment de solitude pour l'avoir vécu durant presque trois millénaires. La mort de la mère de Legolas était une cicatrice qui ne s'était jamais résorbée.

- Je ne veux pas que tu vives cela, continua Thranduil. Et je ne veux surtout pas te perdre toi aussi.

Legolas écarquilla les yeux. C'était la première fois qu'il entendait une telle déclaration sortir de la bouche de Thranduil.

Pour la première fois de sa vie, il eut l'impression de voir une expression qui s'approchait de l'affection de dessiner sur le visage du roi elfe. Jamais son père ne lui avait montré de tels sentiments. Il n'était pas du genre démonstratif. Il ne l'avait jamais été.

Legolas avait plus ou moins deviné que son père l'aimait, même s'il ne lui avait jamais dit clairement. Sa froideur était quelque chose à laquelle il s'était habitué, et même si ça l'avait parfois attristé, il ne s'en était jamais plaint.

Alors, il se senti à cet instant déstabilisé.

- Ada

Legolas lutta contre une envie soudaine de tourner les talons. Mais cela aurait été lâche, alors il resta planté là, immobile devant son père. Les yeux de Thranduil étaient expressifs, plus que d'habitude. Que lui était-il arrivé ? se demanda Legolas. S'était-il produit quelque chose pour qu'il y ait un tel changement dans son attitude ?

Thranduil avait peur pour lui. Legolas savait que son père avait raison.

Elanor allait mourir. C'était un fait. A leur mort, les elfes trouvaient refuge et quiétude auprès des Valar, même ceux qui étaient morts en Terre du Milieu. Mais Legolas n'aurait pas ce privilège de le partager une existence immortelle avec Elanor.

Personne ne savait ce qui arrivait aux hommes après la mort. Nul ne savait où ils allaient.

- Je ne peux pas renoncer à elle, répondit Legolas. C'est déjà trop tard.

- Legolas…

- Qu'auriez-vous fait, si l'on vous avait demandé la même chose ? Auriez-vous quitté mère ?

Les yeux de Thranduil s'agrandirent légèrement d'horreur.

- Non… bien sûr que non.

- Alors vous comprenez ce que je ressens. Mon seul regret serait d'abandonner Elanor, sans pouvoir être à ses côtés jusqu'à ses derniers instants. Peu m'importe si elle quitte ce monde plus tôt. Elle sera ma femme et la mère de mon enfant.

A ces mots, Thranduil blêmit.

Legolas attendit qu'il dise quelque chose, mais le roi resta muet.

Il prit alors la décision de se détourner, mais Thranduil l'interpela une dernière fois :

- Legolas !

Le jeune elfe s'immobilisa. Thranduil finit par parler au bout de longues secondes :

- Meluin.

Legolas se retourna, perplexe.

- C'était le nom de ta mère.

Thranduil avait la voix enrouée. Legolas plongea le regard dans le vide, déconcerté.

- Je sais que tu l'as oublié, continua le roi elfe. Pardonne-moi de ne pas te l'avoir dit plus tôt.

Legolas déglutit et une vague d'émotion afflua en lui. Il acquiesça, ému.

- Hannon le.

Thranduil inclina la tête. Lorsqu'il la releva, les yeux brillants de larmes, Legolas avait disparu.


Il y avait une ombre au-dessus de son lit. Quelqu'un se trouvait à son chevet et la regardait.

Elanor entrouvrit les yeux, essayant de mieux voir à travers l'obscurité de qui il s'agissait. Elle reconnut une longue chevelure blonde argenté qui lui était familière.

- Humm… Legolas ? murmura-t-elle.

L'elfe bougea, s'avançant un peu dans la lumière. Ses yeux étaient bleus, mais son visage était différent.

Thranduil ?

Le visage du roi elfe se releva entièrement à la lumière de la lampe à huile posée sur la table de chevet.

Elanor prit soudain pleinement conscience de la personne avec qui elle se trouvait. Elle tenta de se redresser brusquement, mais son corps lui refusa d'obéir et elle resta bloquée sur le lit. Frustrée, elle fronça les sourcils.

- Comment vous sentez-vous ?

La question posée par Thranduil la réveilla complètement.

Ses souvenirs étaient embrouillés et flous. Que c'était-il passé ? Elle se rappelait de l'horrible cicatrice qui était apparu sur la joue du roi elfe, puis elle l'avait touché et… oh, cette douleur horrible !

Elanor frissonna.

- Vous devriez rester allongée, suggéra Thranduil. Vous êtes restées plusieurs jours dans le coma.

- Que s'est-il passé ?

Le roi elfe lui adressa un drôle de regard.

- J'avais espéré que vous me donniez la réponse.

Elanor lui renvoya un regard confus.

- Il semble que vous m'ayez fait quelque chose, ajouta Thranduil.

Les souvenirs affluèrent dans l'esprit d'Elanor, et elle se rappela soudain de tout. L'entrevue avec Thranduil, lorsqu'elle lui avait touché la joue, sa douleur. Puis ce rêve… la grande bataille, les elfes et cet immense dragon noir terrifiant. La douleur qu'elle avait ressentie, les voix d'hommes dans la tente qui discutaient à propos de lui. Puis cette femme, très belle, aux cheveux blonds et au regard doux…

- Le dragon… Ancalagon. C'est lui qui vous a brûlé, murmura Elanor.

Elle vit le regard de Thranduil se changer en surprise.

- Comment le savez-vous ? demanda-t-il.

Il était rare de le voir autant abasourdi. Elanor hésita, ayant soudain peur qu'il ne lui saute à la gorge ou que sa colère n'explose contre elle.

- Je l'ai vu.

- Vous l'avez vu ? répéta-t-il, clairement interloqué.

Thranduil la regardait à présent avec un air sidéré.

- Oui. Dans mes rêves, ajouta Elanor.

Fatiguée, sa voix faiblit et elle ferma quelques secondes les yeux. Le roi elfe l'observa patiemment, décidé à tirer cette situation au clair.

- De quoi vous souvenez-vous ? demanda-t-il.

- Je me souviens d'un grand champ de bataille. D'un volcan à trois sommets et du grondement terrible de l'orage. L'armée des orques et des hommes qui se trouvaient au pied de la forteresse. Les étendards blancs des grands seigneurs elfes. Je me rappelle…du grondement assourdissant sous mes pieds. Puis des dragons géants qui sont sortis de terre. Le premier était énorme, presque aussi grand de la montagne. Je me souviens du feu, de l'odeur… des cris et de la douleur…

Elanor ferma les yeux un instant, comme si elle revivait à nouveau son rêve. Au fil du temps qu'elle parlait, l'expression de Thranduil était passée de la surprise à l'incrédulité.

- Puis je me souviens d'une conversation dans une tente. Il y avait trois hommes, et une femme… qui était avec vous.

Comme il ne disait rien, Elanor se demanda si elle n'avait pas dit une bêtise.

- Ai-je tout imaginé ?

Thranduil mit quelques secondes avant de répondre.

- Non.

Comme Elanor lui lança un regard ébahi, il ajouta :

- Ce sont mes souvenirs que vous avez vus. Ceux de la bataille de la Grande Colère, il y a six mille ans.

Il n'y avait plus aucune haine dans ses yeux et il la regardait même avec curiosité.

C'était troublant de voir à quel point la couleur bleue de ses iris ressemblait à celle de Legolas. Et c'était d'autant plus flagrant maintenant qu'il la regardait sans animosité. A vrai dire, depuis qu'elle s'était réveillée avec lui dans cette pièce, il n'avait montré aucune hostilité envers elle, ce qui était un progrès en soi.

- Vous avez des dons particuliers, souleva t-il.

Elanor remarqua qu'il était toujours autant intrigué, mais qu'il avait l'air aussi méfiant.

- Je ne l'ai pas fait exprès, répondit-elle.

Sa réponse était sincère, toutefois Thranduil pencha la tête sur le côté, pensif.

- Quelques Maiar peuvent lire dans les esprits. Certains elfes aussi ont ce don. Mais d'après ce que je sais, seule l'une d'entre elle maîtrise parfaitement ce don.

-Melian.

Le nom de la Maia sortit de la bouche d'Elanor avant même qu'elle n'ait eu le temps d'y penser.

Le visage de Thranduil lui révéla qu'elle avait dit juste.

- Oui. Il est troublant de voir que vous possédez certains de ses pouvoirs… sachant que vous descendez d'une longue lignée de mortels.

- Elle m'a appris des choses, répondit Elanor.

Une nouvelle lueur apparut dans le regard de Thranduil.

- Vous avez rencontré Melian ?

- Oui. Elle m'a parlé à Valinor, juste avant que Mandos ne me renvoi ici, répondit Elanor. Elle m'a dit… de faire le vide en moi. De me laisser guider par mon instinct et que la magie viendrait m'aider à ce moment-là.

- Vous avez utilisé sa magie sur moi ? demanda Thranduil.

Il n'était pas en colère, contrairement à ce qu'elle s'attendait. Thranduil était intéressé et même on pouvait dire… enthousiaste ? Son changement de comportement la perturba grandement.

- Vous étiez malade, fit remarquer Elanor. Je l'ai senti. Le dragon… c'est lui qui a jeté une malédiction sur vous.

Voilà pourquoi Thranduil était si possessifs vis-à-vis des gemmes de Lasgalen. Une des raisons aussi expliquant son désir de se reculer du monde et de vivre terré dans ses cavernes pendant des millénaires. Elanor s'était toujours posée la question de savoir ce qui pouvait pousser Thranduil à être ainsi.

Thranduil effleura sa joue, là où se trouvait sa cicatrice.

- L'avez-vous dit à Legolas ? l'interrogea Elanor.

Le roi elfe tourna la tête pour croiser à nouveau son regard.

- Non. Il ne l'a jamais su, répondit-il.

La question de savoir pourquoi effleura les lèvres d'Elanor, mais elle se retint de justesse de la poser. Thranduil était certes conciliant en ce moment, mais il n'irait pas jusqu'à lui exposer les moindres détails de sa vie passée.

- Je ne le lui dirais pas. Si c'est ce que vous voulez, reprit Elanor. Mais je pense qu'il doit savoir. Legolas se pose des questions…

Thranduil l'observa longuement, puis fronça les sourcils, le regard rivé sur elle ou plus exactement sur sa poitrine.

Elanor ouvrit la bouche, prête à lui demander ce qui n'allait pas, lorsqu'il se leva et s'approcha de son lit. Elle eut un moment de panique quand il tendit la main vers son cou. Elle se demanda ce qu'il faisait, lorsqu'il tira le pendentif en forme de fleur qui dépassait de sous ses vêtements d'un mouvement fluide.

Thranduil l'examina minutieusement, en silence. Le joyau ne luisait désormais que d'une pâle lueur jaune.

- Qu'est-ce donc ? lui demanda-t-il.

Elanor fut étonnée qu'il le lui demande, pensant qu'il saurait immédiatement ce que c'était.

- C'est le collier d'Ëste. Legolas me l'a donné. C'est Galadriel qui le lui a offert lorsqu'il est passé par la Lothlorien.

Thranduil releva les yeux. Elanor ne sût s'il était en colère ou bien intéressé par ce qu'elle venait de lui révéler. Son expression était indéchiffrable.

- Savez-vous qui est Ëste ? lui demanda-t-il.

- Non, répondit Elanor.

Même en fouillant dans sa mémoire, elle ne parvenait pas à s'en souvenir. Ce devait être une divinité, ou quelque chose en ce genre…

- Ëste est une des Valar. Elle possède le pouvoir de guérison. Son compagnon, Lorien, a le pouvoir de créer des songes, lui expliqua Thranduil.

Elanor ne fût pas tout à fait sûr où il voulait en venir.

- Melian est une de ses servantes, continua Thranduil. Elle détient quelques-uns des pouvoirs d'Ëste, à moindre mesure, mais ils sont tout aussi puissants à ce que j'ai entendu dire. Ne le saviez-vous pas ?

Elanor ouvrit la bouche, déconfite.

Est-ce que Thranduil était en train de suggérer que ce collier avait des pouvoirs magiques ? Après tout, il avait été conçu par les elfes, et pas n'importe lesquels…

- Mais c'est Galadriel qui-

- Galadriel a tout appris auprès de Melian à Doriath, la coupa Thranduil. Ce qui veut dire que ce collier ne vous a certainement pas été donné par hasard.

Elanor avait à présent la même expression qu'un poisson qui se trouvait hors de l'eau.

- Il y a forcément une raison…

Le murmure de Thranduil s'arrêta brusquement et il parut alors comprendre quelque chose.

- La sorcière, elle n'aurait pas osé… ?

Elanor regarda tour à tour le roi elfe et le collier qu'il tenait dans ses mains, complètement perdue. Puis une idée fit lentement son chemin dans son esprit.

- Vous croyez que c'est le collier qui m'a aidé à vous soigner ? demanda Elanor, incrédule.

Thranduil reposa doucement le pendentif sur elle.

- Je n'ai pas la réponse à cette question. Je crains qu'il ne faille demander à Galadriel elle-même de quels pouvoirs possède ce pendentif.

Elanor sentit un courant de chaleur la traverser lorsqu'elle prit le collier entre ses doigts. Thranduil l'observa attentivement, semblant prendre note de la moindre de ses expressions.

- Je vous conseille de rester allongée pendant encore quelques jours. Mes gardes vous apporteront de quoi vous nourrir. Si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas à leur demander, ils sont là pour ça.

Thranduil prit alors la direction de la sortie. Juste avant de passer la porte, il s'arrêta.

- Je crois qu'en plus des excuses, je vous dois des remerciements pour m'avoir guéri.

Il inclina la tête et ignorant l'air estomaqué d'Elanor, quitta la pièce.


- Je n'aurais pas dû te laisser seule avec lui. C'est de ma faute, nous aurions dû partir.

- Legolas... arrête s'il te plaît, répondit Elanor.

L'elfe qui tenait sa main leva les yeux pour la regarder.

- Ce n'est pas de la faute de Thranduil si je suis coincée dans ce lit, ni de la tienne. C'est moi qui ai déclenché ce qui est arrivé, continua Elanor.

- Que veux-tu dire ? demanda Legolas, perplexe.

- J'ai... j'ai utilisé de la magie sur lui.

- Alors ce que Deren a dit était vrai ? Tu l'as attaqué ? demanda Legolas, étonné.

Elanor n'en était pas fière, mais elle ne regrettait rien de ce qui était arrivé. Depuis qu'elle avait touché Thranduil et eut ces étranges visions, le roi elfe semblait s'être transformé.

- Non. Ce n'est pas ça. Ton père... il était malade. J'ai essayé de le soigner.

Legolas se redressa doucement et relâcha sa main.

- Malade ? De quoi parles-tu ?

Elanor serra les lèvres.

- Quelque chose lui est arrivé, il y a longtemps. Tu devrais lui parler.

Suite à cette réponse énigmatique, Legolas parut encore plus interrogateur. Alors qu'il ouvrait de nouveau la bouche pour parler, Elanor le coupa dans son élan :

- Je ne dirais rien, Legolas. Je le lui ai promis.

L'elfe fronça les sourcils.

- Comment le sais-tu ? Est-ce qu'il te l'a dit ?

Son expression affichait clairement qu'il ne croyait pas un instant à cette possibilité. Elanor secoua la tête négativement.

- Non. Je l'ai vu... à son insu, je dois dire. Ton père m'a convoqué pour me demander des explications au sujet de la missive de Thorin. Nous avons... discutés, puis il a commencé à avoir mal. Je ne savais pas ce qu'il avait, c'était à son visage. Alors je me suis approchée et je l'ai touché. J'ai alors perdu conscience et j'ai vu... j'ai vu beaucoup de choses. Son passé, une grande bataille...

Les yeux bleus de Legolas étaient écarquillés et il buvait presque ses paroles.

- Est-ce que c'était... la bataille de la Grande Colère ? demanda-t-il.

Elanor acquiesça.

- Mon père ne m'en a jamais parlé, mais je sais qu'il y a participé, reprit Legolas en regardant un point fixe dans le vide. C'était au premier âge, bien avant ma naissance. Aphadon et Golwîn disaient que mon grand-père y avait mené notre armée. Aucuns d'eux n'y ont participé, mais leurs pères y étaient. Peu ont survécus à la terreur d'Angband et aux flammes des serpents du Nord.

Bien que ses pensées étaient tournées vers autre chose, Legolas nota dans le regard d'Elanor une lueur changeante. Elle parut soudain se tendre, comme s'il avait dit quelque chose qu'elle n'avait pas envie d'entendre.

- Les dragons...

L'expression de la jeune fille devint alerte. Legolas comprit qu'il avait visé juste et il ne lui fallut que quelques secondes pour comprendre.

- Est-ce que mon père a été attaqué par un dragon ? interrogea-t-il, stupéfait.

Elanor ferma les yeux.

- Je ne te l'ai jamais dit, retiens bien ça.

- Elanor...

Elle soupira et posa une main devant ses yeux.

- Oui, c'est ça.

- Alors ce n'était pas les gemmes de Lasgalen, ni la malédiction de la montagne solitaire dont il était question, dit Legolas.

- Non. Ton père a été gravement brûlé dans la bataille. Il a failli mourir et en a gardé de graves séquelles.

L'elfe resta silencieux, paraissant soudain ébranlé par ce qu'il venait d'entendre.

- Je n'ai jamais remarqué qu'il était souffrant. Il a toujours paru si… intouchable et invulnérable.

Legolas tourna la tête vers elle.

- Mon père n'a jamais montré aucune de ses faiblesses.

- J'ai l'impression que c'est quelque chose de commun chez les elfes, commenta doucement Elanor.

Elle réalisa soudain qu'elle avait parlé à voix haute lorsqu'elle croisa le regard pensif de Legolas.

- Je veux dire… vous avez tendance à tout garder à l'intérieur, se rattrapa-t-elle. La plupart des hommes ne sont pas comme ça, ils expriment plus d'émotions.

Legolas inclina la tête.

- Est-ce que cela t'incommode ? demanda-t-il.

Elanor haussa les épaules.

- Non, pas vraiment. Même si j'avoue que parfois, il est difficile de savoir à quoi tu penses.

Un silence tomba entre eux.

- Mais ça ne me dérange pas.

Legolas se rapprocha et glissa de nouveau sa main dans la sienne.

- Mon père pense que nous sommes trop différents l'un de l'autre, mais je ne suis pas d'accord.

Elanor ne lui répondit pas durant les secondes qui suivirent. Legolas remarqua qu'elle évitait son regard.

- Tu ne m'avais pas dit... à propos de cette elfe.

- De qui parles-tu ? l'interrogea-t-il, sans comprendre.

- De celle que tu as aimé avant moi.

Stupéfait, Legolas ne répondit pas immédiatement.

- Il te l'a dit, devina-t-il, en parlant de Thranduil.

Elanor acquiesça.

- Elle était une bonne amie, rien de plus, répondit Legolas. C'était une erreur.

- Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé alors ? demanda Elanor.

- Parce que cela appartient au passé. Je ne pensais pas que c'était important.

- Pas important ? répéta Elanor, abasourdie.

Elle le regarda avec des yeux ronds.

- Malgré tout ce temps que nous avons passés ensemble, j'ai l'impression que nous nous connaissons à peine. Est-ce que tu me fais confiance Legolas ?

- Evidemment !

Devant l'air déconfit de l'elfe, Elanor se radoucit.

- Je ne veux pas te forcer à tout me dire. Tu as vécu plus d'années que moi c'est certain. Mais maintenant que les choses ont changés entre nous, je pense que ce serait bien que nous parlions un peu plus de nous et de notre passé.

Legolas resserra ses doigts autour des siens.

- Bien entendu. Tu peux me demander tout ce que tu veux.

Alors que l'expression d'Elanor était toujours renfrogné et qu'elle évitait de le regarder, Legolas haussa un sourcil.

- Est-ce que tu ne serais pas un peu jalouse ?

Elanor tourna la tête et croisa les bras sur sa poitrine.

- Bien sûr que non.

Legolas sourit.

- J'aimerais que tu me parles d'elle. Cette elfe, elle s'appelait comment ? demanda Elanor.


Après quelques jours, Elanor reprit des forces et put enfin se lever.

Thranduil n'était pas revenu la voir depuis leur dernière conversation, mais Legolas était là pratiquement tous les jours. Il disparaissait souvent durant des journées ou des nuits entières, pour aller nettoyer avec les autres elfes les derniers nids d'araignées et les bandes d'orques qui restait dans la forêt.

Un jour, alors qu'il n'était pas là, Elanor décida de sortir un peu pour prendre l'air. Deren qui était chargé de sa surveillance, accepta de l'accompagner jusqu'à l'extérieur, devant les grandes portes bleues des cavernes.

Au fur et à mesure qu'elle marchait à travers le royaume, Elanor nota un changement drastique dans l'attitude des elfes. Elle en croisa beaucoup. Elle n'avait jamais vu autant de monde depuis qu'elle était arrivée. Cela devait être aussi dû à son imagination... mais ils paraissaient plus souriants et joyeux. Les sourires fleurissaient sur les visages plus facilement et leur démarche était plus décontractée.

Elle se tourna vers Deren, hésitant à lui demander ce qu'il s'était passé. Elle n'eut pas besoin de le faire, puisqu'elle s'aperçut alors que les portes des cavernes grandes ouvertes, ce qui était une chose inhabituelle.

- Le roi Thranduil est parti quelques jours, lui notifia l'elfe en remarquant sa surprise.

- Il est parti ? Pourquoi ? s'étonna Elanor.

Deren lui accorda un de ses rares sourires.

- Les bois sont libres à présents. Le seigneur Legolas nous a débarrassé des derniers orques durant la nuit. Le seigneur Celeborn a demandé une entrevue avec notre roi pour le partage des terres.

Elanor en resta muette de stupeur.

Ainsi donc, Thranduil ne se terrait plus dans son royaume. Il avait choisi de s'ouvrir au reste du monde. Elle sentit soudain un poids s'enlever de ses épaules.

- Ou est Legolas ? demanda Elanor.

- Il devrait arriver avant la tombée de la nuit, d'après le messager qui est arrivé.

Une bouffée d'air frais et de senteurs lui frappa le visage lorsqu'ils arrivèrent à l'extérieur. Elanor s'arrêta au milieu du pont, fermant les yeux un instant pour apprécier la chaleur du soleil qui réchauffa sa peau. Deren se retourna, l'attendant patiemment.

Lorsqu'Elanor rouvrit les yeux, elle s'aperçut que les arbres étaient plus verts et feuillus que la dernière fois qu'elle était sortit. Le printemps était arrivé.

Mais il y avait quelque chose en plus. L'ombre et l'atmosphère oppressante de la forêt s'était évaporée. Comme si les arbres et l'air avaient un nouveau souffle. Tout semblait plus vivant...

- Quelque chose a changé, dit Elanor.

Elle ne s'aperçut qu'elle avait parlé à voix haute que quand elle sentit le regard de Deren sur elle.

- Je suppose que nous devons cela à la destruction de Dol Guldur, répondit-il.

- Oui...

Elanor resta tout de même songeuse. Dol Guldur avait été détruite il y a des mois... pourquoi la forêt changerait-elle seulement maintenant ?

Dans un coin de son esprit, une petite voix souffla à la jeune femme que Thranduil y était peut-être pour quelque chose. Après tout, il avait été sous l'emprise de la malédiction d'un dragon pendant des millénaires. Et les cavernes où il se retranchait se trouvaient sous la forêt. Peut-être qu'il n'y avait pas que Dol Guldur qui était responsable du déclin de la forêt noire. Depuis qu'elle était toute petite, Elanor avait entendue dire que les roi elfes étaient liés à leur forêt par la magie.

De par son expérience, elle savait désormais qu'il y avait toujours un fond de vérité dans les légendes.

Les elfes, à l'exception notable du royaume de Thranduil, étaient en communion avec les arbres. Il suffisait de regarder la Lothlorien, dont la ville était bâtie autour des arbres. Et Legolas lui avait dit qu'autrefois son peuple pouvait leur parler. Mais cela ne s'était pas produit depuis des siècles.

Elanor sentait dans son cœur que c'était cela l'explication. Son corps tout entier le ressentait. La forêt avait retrouvé son roi et elle revivait désormais. Un printemps fleuri et vigoureux s'annonçait. La fin de l'hiver était arrivée.