Chapitre 31 : Les Havres Gris

- Je propose que la ligne de délimitation commence ici.

Thranduil posa le doigt sur la carte, indiquant Dol Guldur.

- Vous nous laissez donc les terres du Sud de la forêt Noire, dit pensivement Celeborn.

- Oui. C'est un marché équitable, répondit Thranduil.

L'autre seigneur elfe resta silencieux, puis finit par relever la tête.

- En effet, acquiesça-t-il. J'accepte le marché Thranduil.

Les deux elfes s'inclinèrent devant l'autre, scellant le pacte.

- Je vais porter cette nouvelle à Galadriel. Nous devons mettre quelques affaires en ordre avant notre départ.

- Quand quittez-vous la Terre du Milieu ? demanda Thranduil d'une voix douce.

- Avant le début de l'hiver, certainement.

Legolas qui était jusque-là resté silencieux, ne pût empêcher de s'exclamer avec étonnement :

- Si tôt ?

Celeborn se tourna vers lui, impassible.

- Ma femme a besoin de se reposer à Valinor. La destruction de Dol Guldur l'a affaibli et ses pouvoirs ont diminués. Le temps est venu pour nous de rejoindre les nôtres.

- Et votre peuple ? demanda Thranduil. Que va-t-il devenir ?

- Nous comptions sur vous pour prendre soin d'eux, répondit Celeborn. Certains souhaitent rester.

Thranduil inclina la tête en signe d'assentiment.

- Il est temps pour moi de me retirer, annonça Celeborn. A notre prochaine rencontre j'espère.

Il posa la main sur son cœur en guise de salut. Thranduil et Legolas firent de même, puis il sortit.

- Je ne pensais pas que vous laisseriez ces terres, dit Legolas une fois qu'ils furent seuls.

- Celeborn a mérité son gain. De nombreux elfes sont morts sur ces versants, répondit Thranduil.

Il s'approcha de l'ouverture de la tente qui donnait sur l'extérieur et regarda la colline qui leur faisait face, complétement rasée, où s'élevait autrefois la forteresse de Dol Guldur. Legolas le suivit.

- Mon père avait érigé ce palais autrefois. Je me souviens de cette époque, tout était bien différent.

Nostalgique, Thranduil resta de longues secondes silencieux, puis il posa la main sur l'épaule de son fils.

- Ils vont avoir besoin de quelqu'un pour les guider Legolas.

- De quoi parlez-vous ? demanda ce dernier, très perplexe.

- N'entends-tu pas l'appel de la mer ? lui demanda Thranduil, tourné vers la ligne d'horizon.

Legolas écarquilla les yeux et suivit son regard, dirigé vers l'Ouest.

- Je l'entends un peu plus chaque jour, répondit-il. Mais pourquoi me demandez-vous cela ?

Thranduil tourna ses yeux bleus vers l'Ouest.

- Je suis né ici. Cette forêt est mon domaine, mais je crois que je ne me suis que trop attardé.

Legolas s'écarta légèrement sous le coup de la surprise.

- Vous partez ? demanda-t-il, stupéfait.

Thranduil resta silencieux, ce qui confirma ses doutes.

- Mais notre peuple a besoin de vous ! Allez-vous donc les abandonner ?

- Ils ne seront pas seuls. Comme je l'ai dit, ils vont avoir besoin de quelqu'un pour les guider.

Il posa sur Legolas un regard significatif.

- Moi ? s'étonna l'elfe.

Puis il se rembrunit.

- Mais Elanor doit aller à Valinor !

- Ton amie doit quitter la Terre du Milieu oui, mais il te reste des tâches à accomplir ici Legolas. Aragorn aura besoin de toi pour régner sur le Gondor. Malgré son expérience, il est encore jeune et la paix ne règne pas partout sur ce continent. Et les elfes auront besoin d'un souverain. Je ne peux rester plus longtemps.

Legolas resta muré dans le silence, à la fois contrarié et pensif.

- Rester en Terre du Milieu ne veut pas dire que tu ne la reverras jamais, continua Thranduil. Le temps n'a pas d'emprise sur Valinor, il se peut qu'une décennie représente que quelques mois lorsqu'elle sera là-bas.

- Je ne l'abandonnerais pas une seconde fois.

- C'est à toi que revient cette décision, dit Thranduil.

Pour une fois, il ne discuta pas. Cela surprit Legolas qui s'attendait à plus de ténacité la part de son père. A vrai dire, tout son comportement, comme sa décision soudaine de partir était inhabituelle. Et cela le rendait un peu nerveux, car pour une fois, il ne savait pas quoi faire.

- Je vais envoyer un messager pour prévenir de notre retour, dit Legolas.

Thranduil acquiesça.


- Qui d'autre connait cet endroit ? demanda Elanor, curieuse.

- Quelques gardes seulement, répondit Legolas.

Allongés sur le talan, ils avaient le regard rivé vers le ciel nocturne. Un sourire s'esquissa sur les lèvres d'Elanor.

- Tu te souviens de la fois où nous avons regardé les étoiles à Fondcombe ? C'était un des premiers jours de notre rencontre.

- Oui je m'en rappelle, répondit Legolas d'une voix douce. Je me souviens que tu t'étais endormie.

Elanor rit joyeusement.

- Exact.

Elanor montra une étoile dans le ciel. C'était le point le plus brillant parmi les autres.

- C'est Earendil ?

- Oui. Mais sa position a changé, fit remarquer Legolas, perplexe. Il s'est rapproché d'Aman.

- Comment est-ce que tu arrives à voir cela ? interrogea Elanor, impressionnée.

- C'est facile. Je l'ai observé pendant plus de trois milles ans.

Legolas se releva sur un coude. Il la regarda fixement, avec une lueur étrange dans le regard.

- Quoi ? demanda-t-elle.

- Je dois te dire quelque chose.

Un silence passa, durant lequel les yeux d'Elanor restèrent fixé sur ses lèvres.

- Est-ce que ça a un lien avec ce qui s'est passé hier ? demanda-t-elle.

Legolas acquiesça.

- Mon père a décidé de partir vers les Terres Immortelles, déclara-t-il.

Elanor écarquilla les yeux.

- Quoi ?

- Il m'a demandé de rester en Terre du Milieu pour régner sur le reste des elfes, mais j'ai refusé.

Legolas prit sa main dans la sienne.

- Je te suivrais jusqu'à Valinor.

Elanor resta muette, digérant les informations qu'il venait de lui dire. Elle était à la fois stupéfaite par la décision de Thranduil et déçue que Legolas soit obligé de prendre la relève. Toutefois, elle se sentait aussi mal d'être la responsable de son départ. Tant de choses étaient en jeu. Certes la guerre était finie, mais cela ne voulait pas dire que tout allait pour le mieux.

Elanor pensa à Valinor et à ce qui l'attendait de l'autre côté de la mer. Elle ne connaissait pas son destin, ni ce qui l'attendait là-bas. Mais ce qu'elle savait, c'est que peu importe le choix que Legolas faisait, il était condamné à la voir vieillir et mourir.

Les mots durs de Thranduil lui revinrent à l'esprit. Tout compte fait, le roi elfe n'avait pas tort, même si cela ne lui avait pas plût au départ.

Mais d'un autre côté, si elle quittait maintenant Legolas et qu'il restait en Terre du Milieu, peut-être qu'elle ne le reverrait jamais.

Etait-elle si égoïste pour retenir Legolas auprès d'elle, alors qu'il avait tant de responsabilités ? Alors que leur relation était condamnée et vouée à l'échec ?

Une bouffée de chaleur et de larmes lui monta aux yeux lorsqu'elle prit conscience qu'elle avait eu tort de l'encourager. Qu'elle avait été aveuglée par ses sentiments et ses émotions.

Inquiet, Legolas se pencha sur elle.

-Tu n'as pas d'inquiétude à avoir, nous ne serons pas séparés, murmura-t-il.

Elanor posa une main sur son front.

- Je pense…. que nous faisons une erreur.

Ce fût au tour de Legolas d'écarquiller les yeux.

- Peut-être que tu devrais réfléchir, ajouta Elanor.

- Je viens avec toi !

- Legolas, soupira Elanor. Pour une fois je suis d'accord avec ton père, ton peuple a besoin de toi.

- Ils peuvent se débrouiller seuls.

- Tu sais que c'est faux, rétorqua Elanor. Tu as des responsabilités et je ne peux pas te demander ce sacrifice, alors que tant d'elfes comptent sur toi.

Legolas resta silencieux de longues secondes.

- Pourquoi changes-tu d'avis maintenant ? Tu étais pourtant d'accord pour que je vienne avec toi.

Elanor resta un instant silencieuse.

- Je n'avais pas pris en compte… tout le reste.

Legolas l'observa avec perplexité.

- Il nous faudra peut-être attendre des décennies avant que nous puissions nous retrouver, tu le sais n'est-ce pas ? lui dit-il

Elanor acquiesça, n'osant plus le regarder dans les yeux.

Legolas lui prit délicatement le menton et lui releva la tête pour plonger son regard dans le sien.

- Peut-être même que nous ne nous reverrons jamais, ajouta-t-il. Es-tu prête à accepter cela ? Moi non.

Elanor pinça les lèvres. Elle non plus n'était pas prête à faire ce sacrifice de plus. Mais peut-être que leur destin était de ne pas être ensemble finalement. Après tout, elle était mortelle, et même si Mandos lui accordait du temps à Valinor, elle n'aurait que peu de temps à offrir à Legolas avant de disparaître et de le laisser seul. Sa vie s'était stoppée dans le gouffre de Helm. Aurait-elle un futur ? Une nouvelle vie ? Elle n'avait fait que retarder l'échéance.

Elle pouvait voir dans les yeux de l'elfe la détermination, mais aussi le doute. Elanor savait qu'il pensait à la même chose qu'elle. Il l'avait compris depuis très longtemps. Mais il avait fait son choix.

- Je viens avec toi, dit-il avec conviction.

Elanor n'eut pas le cœur de le contredire.

Legolas se rapprocha de ses lèvres. Elle sentit son cœur s'emballer soudainement, alors que leurs respirations étaient haletantes. Une bouffée de chaleur la saisit et elle eut l'impression de ne plus avoir le contrôle de son esprit lorsque Legolas l'embrassa et se colla à elle.

Elanor se retrouva adossée contre les planches en bois du talan. La respiration d'Elanor s'accéléra lorsque Legolas s'appuya doucement sur elle de tout son poids. Sa grande main lui caressa la joue, puis tomba dans ses cheveux. Elle sentit que la tension s'accentuer entre eux, comme jamais auparavant. Elanor ne lutta pas et s'abandonna dans ses bras, oubliant tout le reste, sous la nuit étoilée.


Bientôt les premières feuilles de l'automne arrivèrent, amenant avec elle les premières pluies. Un matin, le royaume de Thranduil fut éveillé par des visiteurs qui s'annoncèrent aux portes des cavernes.

Ce n'était autre que Galadriel et Celeborn, accompagnés par Gandalf et quelques autres elfes. La surprise de Thranduil fut grande et il ne cacha pas son mécontentement à leur arrivée. Les deux seigneurs elfes et le magicien blanc étaient encore à cheval lorsqu'il arriva pour les accueillir.

Thranduil inclina respectueusement la tête devant Galadriel et Celeborn.

- Mes seigneurs… Gandalf, ajouta-t-il, d'un ton moins enjoué. Puis-je savoir quel bon vent vous amène au sein de mon royaume ?

Il jeta un regard plus que suspicieux vers le magicien.

- Nous étions sur le point de partir pour Fondcombe lorsque nous nous sommes dit qu'un détour serait de bon augure, répondit le vieil homme avec un sourire.

Thranduil resta stoïque, ne partageant son humeur.

- A ce qu'il me semble, aucune de vos visites n'a jamais été de bon augure, Mithrandir, rétorqua-t-il.

Gandalf perdit son sourire. Il ouvrit la bouche pour répondre, lorsqu'il aperçut un visage familier se faufiler parmi le groupe d'elfes sylvestres.

- Ah Elanor ! s'exclama Gandalf, ravi de la voir.

La jeune femme esquissa un large sourire.

- Gandalf !

- Et voici Legolas ! ajouta Gandalf joyeusement. Comment allez-vous mes amis ?

- Bien, répondit ce dernier. Vous nous avez manqué.

- La dernière fois que vous êtes venu Gandalf, un dragon a été éveillé de la montagne et Lacville a été rayé de la carte, rétorqua Thranduil. Tout ça à cause de vous, de treize nains avares et d'un hobbit aventureux… puis-je espérer ne pas être mêlé à une autre mésaventure cette fois-ci ?

Gandalf, visiblement embarrassé, ne parvint pas à dire un seul mot pour se défendre.

Galadriel mit une main devant sa bouche et laissa échapper un rire clair et cristallin. Et c'était probablement le son le plus joli et agréable qu'Elanor et le reste des elfes n'eurent jamais entendu. Les visages se détendirent aussitôt autour d'elle, même celui de Thranduil.

- Hum, je ne vois pas de quoi vous parlez Thranduil. Je ne me déplace jamais sans une bonne raison.

- Alors cessez de parler en énigme, Mithrandir et dîtes-moi pourquoi vous êtes ici, soupira Thranduil.

- Nous sommes venu chercher quelqu'un, répondit le magicien.

Son regard quitta Thranduil et tomba sur la personne qui se tenait à côté de lui. Gandalf sourit à la jeune femme qui le regardait avec des yeux ronds.

- Il est temps, Elanor.


- Nous irons d'abord à Fondcombe, puis nous partirons vers les Havres Gris et les terres immortelles. Nous ferons certainement un détour du côté de la Comté, dit Gandalf.

Elanor le regarda avec surprise.

- Qui vient avec nous ? demanda-t-elle.

- Bilbo. Les elfes lui ont octroyé une place à bord de leur bateau, car c'est un ami et allié de longue date. Je crains qu'il ne lui reste que peu de temps à vivre

Elanor n'avait pas oublié ce qu'avait fait Bilbo par le passé et comment ses actions avaient influencés le reste de la guerre contre Sauron. Si ce petit être avait laissé l'anneau à Gollum, rien de ce qui s'était produit maintenant ne serait arrivé. Et peut-être même que Sauron aurait gagné.

- Gandalf ?

- Oui ?

- Que va-t-il m'arriver à Valinor ?

Elle essayait de le cacher, mais la nervosité transparut à travers sa voix. Gandalf la regarda longuement, avec un air de compassion. Il s'approcha et posa ses deux mains sur ses épaules.

- Je n'ai pas la réponse à cette question, Elanor. Seul les Valar pourraient vous répondre. Mais s'ils ont choisi de vous laisser venir librement à Valinor, vous ne devez rien craindre.

Il fronça les sourcils, l'air grave.

- Est-ce que Legolas vient avec vous ? demanda-t-il.

Elanor acquiesça.

- Il veut me suivre oui, mais je ne pense pas que ce soit la bonne décision.

Sa respiration se bloqua dans sa gorge. La voix enrouée, elle pria pour ne pas craquer et éclater en sanglot devant le magicien blanc.

- Je ne sais pas combien d'années il me reste et si ça vaut la peine qu'il fasse autant de sacrifices pour moi. Thranduil va partir et les elfes auront besoin de lui.

Gandalf resta silencieux, l'écoutant attentivement.

- Legolas a vu et vécu bien des choses. Il est de son ressort de choisir ce qu'il désire. Cependant, je suis d'accord avec vous Elanor… je ne pense pas que le moment soit venu pour lui de quitter la Terre du Milieu.

Le magicien plongea sa main dans sa tunique et en ressorti une petite enveloppe.

- Aragorn m'a confiée cette missive pour Legolas. Voudriez-vous bien la lui donner ?

Elanor la prit doucement.

- Oui.

Gandalf reposa sa main sur son épaule et la serra doucement pour attirer son attention.

- Gardez à l'esprit que si Legolas reste en Terre du Milieu, ça ne veut pas dire que vous ne le reverrez jamais. Le temps ne s'écoule pas aussi vite en Valinor, vous aurez certainement de beaux jours devant vous.

Ce n'est certainement à cela qui serait le plus difficile, pensa intérieurement Elanor. Le plus dur serait l'attente… peut-être que Legolas ne verrait pas les années passer, mais pour elle ce serait bien plus difficile à supporter.

- Vous avez montré bien du courage Elanor, ce n'est qu'une étape de plus de votre existence qui vous attend. La mort n'est pas la fin de tout, au contraire, dit doucement Gandalf.

- Qu'est-ce donc ?

- Une missive, de la part de Gandalf, répondit Elanor.

Legolas la lui prit des mains et l'ouvrit avec curiosité. Au fil de sa lecture, Elanor nota que son expression changea, ses yeux devenant plus affutés et perçants. Lorsqu'il leva la tête, son regard bleu était glacial.

- C'est Aragorn.

- Que se passe-t-il ? demanda Elanor.

- Certains hommes du Sud ont refusés la proposition d'alliance. Les pirates continuent de saccager et pilier les villages aux abords de la mer de l'Est. Et il y a des tensions au sein de ses conseillers également. On dirait que diriger le Gondor n'est pas aussi simple qu'il y parait.

- Tu devrais y aller, suggéra Elanor.

L'elfe secoua la tête.

- C'est trop loin d'ici, je n'aurais pas le temps de revenir à temps aux Havres Gris.

Elanor ouvrit la bouche, hésitant sur ses prochains mots.

- Il n'est pas nécessaire que tu y ailles.

Legolas la regarda avec étonnement.

- A vrai dire, tu n'es même pas obligé de prendre le bateau avec nous, continua Elanor.

- Qu'est-ce que cela signifie ? demanda Legolas.

Un silence tomba entre eux.

- Nous en avons déjà discuté la dernière fois. Je ne vais pas changer d'avis Elanor.

- Je pense qu'il y a des choses plus importantes que moi.

Legolas s'approcha et lui attrapa la main.

- Tu es ma priorité ! Je ne te laisserais pas partir seule !

- Aragorn a besoin de toi ! Les elfes aussi ! Si tu peux aider à sauver des vies, pourquoi devrais-je être la raison qui te retienne ?

Legolas ouvrit la bouche et Elanor savait ce qui allait en sortir avant qu'il ne le dise.

- L'amour ne vaut que peu de choses comparés à une vie, le coupa-t-elle.

Elle sût aussitôt l'erreur qu'elle avait faite en voyant l'expression choquée et atterrée de Legolas. Si elle avait un peu réfléchi avant de parler, elle se serait rappelée que les elfes attachaient autant d'importance à l'amour, si ce n'est plus encore, qu'à la vie. Certains pouvaient même mourir par amour.

- Je suis désolé… ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Je sais, répondit Legolas. Mais tu as raison.

Il resta silencieux de longues secondes, perdu dans ses pensées.

Elanor se mordilla les lèvres, le cœur serré dans sa poitrine. Elle mourrait d'envie de revenir sur ses paroles et de lui dire de rester, mais ce n'était pas ce qu'il fallait faire alors elle resta muette.

Legolas resta figé comme une pierre, ne disant lui aussi plus un mot. Quelque chose semblait s'être cassé entre eux, comme si tous les rêves qu'ils s'étaient projetés d'un avenir commun s'était subitement envolé. Elanor sentit une douleur aigue lui traverser le corps et il devint presque insoutenable de se tenir là, devant Legolas.

N'y tenant plus, elle s'approcha de lui et se blottit dans ses bras. Legolas la serra aussitôt contre lui, et posa sa tête contre la sienne.


Plusieurs semaines s'écoulèrent, jusqu'à ce que Galadriel, Celeborn et Gandalf décidèrent qu'il était temps de partir. Legolas alla chercher Gimli plusieurs jours avant, afin qu'il participe au voyage vers Imladris. En réalité, Elanor soupçonnait que c'était pour voir une dernière fois la dame Galadriel, dont il s'était éperdument épris d'affection.

Thranduil annonça qu'il partirait plus tard et les rejoindrais directement aux Havres Gris, ayant encore quelques affaires à régler avant son départ.

Ils se mirent en route au petit matin et traversèrent à cheval la forêt en direction des Monts Brumeux. Là, ils prirent un chemin différent et ne passèrent pas par le Col de Caradh'ras, comme l'avait fait la communauté la dernière fois. Forcé par Saroumane de faire un détour, ils prirent le chemin qu'ils auraient normalement dût prendre pour rejoindre le Sud. Cela rappela des souvenirs à Elanor, tous n'étant pas très agréables. Cela lui fit tout drôle lorsqu'ils passèrent non loin des mines de la Morïa et son regard tomba sur la cape blanche de Gandalf qui se trouvait tout devant à cheval.

Il mirent de nombreux jours à atteindre Fondcombe, mais le voyage sembla bien plus court à Elanor que la dernière fois.

- Je n'aurais jamais cru pouvoir un jour revoir cet endroit, dit-elle lorsque la cité d'Elrond apparut au bout de la vallée.

Legolas et Gimli acquiescèrent, ayant tous deux le même sentiment.

Le lieu était calme et désert. Elanor en fut étonné, mais Legolas lui répondit que la majorité des elfes étaient partis vers les terres immortelles pendant la guerre.

Elrond et Lindir sortirent pour les accueillir.

- Mae Govannen. J'espère que vous avez fait bonne route, dit Elrond.

- Aucune rencontre inattendue, répondit Gandalf en faisant référence aux orques.

- M'en voilà ravi. Bienvenue à Imladris, reprit Elrond.

Il salua Galadriel et Celeborn, puis son regard tomba aussitôt sur Elanor.

- Je suis heureux de te revoir.

Il paraissait presque ému de la voir. Elanor lui adressa un petit sourire timide, et le sourire d'Elrond s'élargit en voyant Legolas et Gimli à ses côtés.

- Venez mes amis, entrez donc pour vous réchauffer et prendre un bon repas. Voilà quelque chose qui est bien mérité.

- Je suis on ne peut plus d'accord ! marmonna Gimli dans sa barbe avec joie, mais assez fort pour que tout le monde l'entende. Cela arracha quelques sourires aux elfes.

- Malheureusement, il n'y aura pas assez de viande pour combler votre appétit maître nain, reprit Elrond.

Le nain parut soudain presque déçu du menu qui s'annonçait. Legolas et Elanor n'étaient pas plus ravis que lui. Mais les elfes à Fondcombe étant végétarien, il fallait s'en contenter.

La seule réponse qu'obtient Elrond, fut un bougonnement inaudible de Gimli.

Le seigneur elfe les invita à entrer, et en peu de temps Elanor remarqua que l'absence d'Arwen avait rendu la cité triste et vide. Elrond lui-même semblait éteint. Il n'avait plus le même entrain ni la même joie de vivre qu'auparavant, lorsque sa fille vivait près de lui. Il y avait dans ses yeux une lueur de tristesse qui ne pourrait jamais guérir.

Elanor fut heureuse de retrouver son vieil ami hobbit, Bilbo Sacquet. Cependant elle fut prise de court lorsqu'elle vit son apparence. Il ressemblait à présent à un vieillard et peinait à marcher sans l'aide de sa canne. Cette vision causa un choc à la jeune femme.

- Ah, mes amis ! s'exclama le hobbit.

- Oh, Bilbo !

Elanor se pencha et serra le hobbit dans ses bras. Bilbo lui répondit vigoureusement, bien qu'il lui restait peu de force. Sa frêle silhouette laissa penser à Elanor un instant qu'elle allait le briser, mais ce ne fut pas le cas. Elle regarda le hobbit avec surprise et vit que ses yeux pétillaient.

- J'ai appris vos fiançailles avec le prince Legolas ! Voilà une nouvelle pour le moins surprenante, mes félicitations ! entonna joyeusement Bilbo.

Elanor rougit légèrement.

- Merci.

Le hobbit fut tout aussi heureux de retrouver Gandalf, puis à un moment de la soirée, il s'assit dans son fauteuil rouge au bord du feu et posa à Elanor tout un tas de question sur la guerre et ce qu'elle avait vécu. Elle commença alors à lui raconter les aventures de la communauté, et ce qui s'était passé depuis leur départ de Fondcombe. Sa chute dans les mines et son expérience à Valinor. Le hobbit commenta à divers moment de son récit, fasciné par ce qui lui était arrivé. Il lui raconta alors à son tour comment ils avaient appris la nouvelle à Imladris.

- C'était un frais matin d'hiver et nous avons reçu un messager venant de l'Est, disant qu'il venait de la part de la dame blanche de la Lorien. Quelle fut notre effroi lorsque le seigneur Elrond nous annonça la nouvelle.

Elanor sentit son cœur se serrer.

- Les elfes ont chantés durant bien des nuits et je n'avais encore jamais entendu de chants aussi beaux, ajouta Bilbo en se replongeant dans ses souvenirs.

- Les elfes ont chantés pour moi ? demanda Elanor, touchée.

- Bien sûr ! Je me souviens que Dame Arwen et Glorfindel étaient très tristes. Mais quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous reçurent un nouveau message de la Lorien, disant que vous étiez en vie ! enchaina Bilbo, ignorant son malaise. Vous nous avez fait une belle peur ! Mais je crois que personne n'a compris ce qui s'était réellement passé.

Elanor elle-même n'avait pas compris ce qui lui arrivait lorsque Melian l'avait renvoyée en Terre du Milieu.

- Mais racontez donc moi la suite ! continua Bilbo avec entrain.

Elanor reprit le fil de son récit. Au bout d'un moment Bilbo s'affaissa sur lui-même et commença à somnoler. Elanor se tut alors, un peu déçu, mais aussi inquiète. Elle secoua légèrement le hobbit, et celui-ci ouvrit un œil hagard.

- Voulez-vous regagner vos quartiers Bilbo ? Vous semblez épuisé.

Le vieux hobbit acquiesça et Elanor l'aida à rejoindre sa chambre. Le semi-homme avait du mal à marcher et son équilibre était si précaire qu'elle devait le prendre par le bras pour le soutenir. Bilbo s'allongea dans une chaise longue et s'endormit aussitôt, puis Elanor le borda affectueusement avec une couverture.

- Il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre.

Elanor se retourna et vit que Gandalf était derrière.

- Combien de temps ?

- Je ne saurais le dire. Le pouvoir de l'anneau s'en est allé. Bilbo n'en a plus les avantages et sa vie vient à son terme. Après cent douze ans, c'est encore un miracle qu'il soit debout.

Elanor regarda le hobbit qui dormait paisiblement. Le petit être avait eu une longue vie et avait évité la mort à de maintes reprises, réussissant un exploit auquel elle avait échoué. Mourir à l'âge de vingt ans n'avait jamais été dans ses plans, mais c'était le risque qu'elle avait pris en s'engageant dans la communauté de l'anneau et elle en avait payé le prix.

Maintenant que la guerre était terminée, il était temps de continuer son chemin, dans un autre monde que le sien.

Bilbo annonça son envie de revoir une dernière fois la comté, et le magicien blanc proposa de l'y emmener. Elanor s'invita à leur cortège, désirant retrouver de vieilles connaissances.

- Il y a des personnes à qui je dois dire aurevoir, dit-elle.

Legolas l'accompagna, laissant pour la première fois Gimli derrière lui, avec les elfes à Fondcombe. Ils firent une partie du chemin avec Gandalf et Bilbo, puis se séparèrent, allant sur un chemin différent.

Ils traversèrent la ville de Ouestefel, et Elanor fut surprise de voir que la ville avait beaucoup changée. Cela faisait deux ans qu'elle n'était pas revenue ici, et la guerre semblait aussi avoir atteint cette petite cité du Rhovannion.

Une forte émotion la saisit lorsqu'elle vit les premières chaumières se dessiner au bout de la route. Elanor ordonna à son cheval de se remettre au pas et Legolas suivit son mouvement. Ils s'enfoncèrent dans le village, et ne croisèrent que quelques villageois, qui les regardèrent d'un air surpris.

- C'est ici, dit Elanor à Legolas.

L'elfe étudia l'auberge avec retenue, mais Elanor nota qu'il semblait surpris par l'apparence miteuse de l'établissement.

- Tu as grandis ici ? demanda-t-il.

- Oui.

Il la regarda avec étonnement et Elanor rit doucement.

- Ce n'était pas si horrible que ça.

Legolas esquissa un sourire. Il allait ajouter quelque chose, lorsqu'une femme s'immobilisa devant eux en sortant des écuries et les dévisagea avec stupeur.

Son regard tomba d'abord sur le jeune homme, qui était très beau et avait de longs cheveux d'un blanc blonds argenté. Elle remarqua aussitôt que ses vêtements étaient simples, mais raffinés et fait dans un tissu qu'elle n'avait jamais vu. Son visage était harmonieux et sans imperfection, et la femme s'en étonna jusqu'à ce qu'elle remarque ses oreilles pointues. Sa mâchoire en tomba presque et elle n'en crut pas ses yeux.

Elle regarda alors la jeune femme, et vit que celle-ci était tout aussi jolie que l'elfe. Elle avait de longs cheveux bruns qui tombaient sur ses épaules, et était habillée à la garçonne, comme si elle s'en allait en guerre. Elle devait donc être sa compagne. Pourtant ce n'était pas une elfe. Elle avait un joli visage, mais n'était pas aussi belle que l'autre homme.

Puis la honte la prit, et elle s'inclina devant eux.

- Mes seigneurs.

- Allons Maggi, relèves-toi. C'est moi.

La mère adoptive d'Elanor releva la tête, stupéfaite.

La jeune fille lui sourit, et Maggi lâcha le seau qu'elle tenait tomba à ses pieds.

- Elanor ? Je te croyais morte !

Son cri alerta de nombreux passants et Uriel déboula de l'auberge, un bébé dans les bras.

- Mère ! Qui-y a-t-il ?...

Elle se figea aussitôt qu'elle vit Elanor et Legolas. Elle eut la même expression que sa mère, qui la regarda comme si elle voyait un fantôme.

- Où étais-tu pendant tout ce temps ? demanda Maggi.

- Ce serait trop long à raconter.

Elanor s'approcha timidement tandis que sa mère adoptive la regardait de la tête aux pieds.

- Tu as changée.

Elanor sentit sa gorge se nouer. Décidant de casser la glace, elle se tourna vers son compagnon.

- Voici le prince Legolas, du royaume sylvestre. Mon… ami.

Maggie écarquilla les yeux.

- Bon dieu, jura-t-elle. Quand je dirais ça aux garçons…

Elanor se retint d'éclater de rire.

- Mon seigneur…

Legolas hocha la tête.

Sa fille Uriel rejoignit sa mère, son bébé dans les bras.

- Voulez-vous entrer ? demanda-t-elle.

Elanor regarda Legolas et celui-ci acquiesça.

Ils entrèrent à l'intérieur de l'auberge qui était encore vide à cette heure de la journée. L'elfe observa le lieu avec une curiosité non feinte. Maggi et Uriel les firent s'assoir et leur servirent du pain et de la viande.

- Tu as entendu l'histoire de cet Aragorn ? Celui qui a été couronné roi du Gondor ! Certains disent que c'était le même qui venait à mon auberge, des balivernes ! lança Maggie.

Elanor échangea un regard avec Legolas.

- A vrai dire c'est bien lui, répondit-elle.

- Nous avons assisté à son couronnement, ajouta Legolas.

Maggie et Uriel la regardèrent avec des yeux ronds. Elanor leur raconta à peu près tout de ses aventures et de sa rencontre avec Grand-Pas. Alors que Maggi et Uriel étaient pendus à ses lèvres, commentant de temps en temps son récit par des « oh ! » et des « ah ! », Elanor ne vit pas le temps passer.

Elle raconta brièvement son voyage avec la communauté sans entrer dans les détails. Inutile de parler de Morïa et de Valinor, Maggi et Uriel l'aurait certainement prise pour une folle et affabulatrice.

Lorsqu'elle eut terminé son récit de ses aventures, Maggi resta dans le silence à l'observer avec un regard lointain alors qu'Uriel était encore sous le choc de ces révélations.

- Alors… tu es une dame de noblesse maintenant ? murmura-t-elle.

Sa sœur adoptive n'avait pas manqué de remarquer le langage corporel d'Elanor qui était plus que familier vis-à-vis de Legolas. La jeune femme rougit légèrement, surprise de s'être fait aussi facilement démasquée.

- On peut dire ça comme ça, oui, répondit-elle.

Maggi ne dit toujours rien et Elanor fut surprise de son silence.

La soirée passa vite, et les deux femmes les invitèrent à rester pour la nuit. Elanor et Legolas montèrent dans leur chambre pour se reposer, alors que certains clients commencèrent à arriver à la taverne.

- Ta famille est très accueillante, commenta Legolas.

Elanor acquiesça.

- Je n'ai pas été malheureuse ici. Maggi a toujours pris soin de moi, même si je savais que je n'étais pas sa fille. Parfois c'était dur de travailler ici, mais au moins je ne manquais de rien.

- Ce sont des gens bien.

- Oui.


Legolas et Elanor se reposèrent toute la nuit, et décidèrent de partir le lendemain pour rejoindre la Comté.

- Quand est-ce que nous te reverrons ? demanda Maggi.

- Je ne vais pas revenir. Je m'en vais très loin d'ici, habiter chez les elfes, répondit Elanor.

- Oh.

Maggie parut un peu attristée et pour la première fois, Elanor crut qu'elle allait pleurer en face d'elle.

- Dis aurevoir aux garçons pour moi. J'aurais aimé le leur dire moi-même, mais le temps me manque, demanda Elanor.

Maggie acquiesça. Elle jeta un regard à Legolas et recula doucement. Elanor hésita, puis s'avança doucement pour la prendre dans ses bras. Maggi la serra contre elle, puis Elanor remonta sur son cheval.

- Tu ressembles tellement à ta mère, si tu savais, déclara Maggi.

Cette déclaration figea Elanor de stupeur.

- Elle était comme toi, d'une nature forte et courageuse. Elle parcourait le monde comme cette Aragorn, n'ayant peur de rien. Elle ne m'a rien laissé pour toi, hormis cette épée.

Maggi pointa du doigt l'arme qui pendit à la ceinture d'Elanor.

- Merci pour tout Maggi, répondit la jeune fille un peu émue. Adieu.

Elanor tira sur la bride de son cheval, le lançant au galop. Maggie et Uriel les regardèrent faire demi-tour silencieusement, jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans la forêt.

Ce jour-là, Elanor garda le visage de sa famille adoptive gravée dans sa mémoire.

Elanor et Legolas firent un nouveau détour pour rejoindre les hobbits et Gandalf dans la Comté. Ce fut pour eux une agréable découverte.

Elanor en avait entendu tant parler, mais elle n'y avait jamais été. Et il n'était pas question de quitter la Terre du Milieu sans avoir vu de ses propres yeux ce que Sam, Merry, Frodon et Pippin vantaient de ce havre de paix.

Elle ne fut pas déçue de voir que l'idée qu'elle s'était faite de la Comté, était exactement ce qu'elle avait imaginée. Les collines vertes et les chaumières aux portes colorées étaient là, ainsi que les hobbits s'affairant à leur jardin.

Les retrouvailles avec leurs amis hobbits furent plus que joyeuses. Ils passèrent de nombreux jours en leur compagnie à siroter des pintes au Dragon vert et à manger copieusement. Elanor n'avait jamais aussi bien mangé qu'en Comté et s'en donna à cœur joie.

Ils restèrent de nombreux jours, le temps de laisser à Bilbo se reposer, mais il fallut ensuite repartir vers les Havres Gris, car le temps leur manquait.

Lorsqu'ils entrèrent dans le sanctuaire du port où attendait le navire aux voiles blanches, ils virent que Elrond, Galadriel, Celeborn les attendaient. Thranduil aussi était là, à côté duquel se trouvait un être elfe qu'Elanor n'avait encore jamais vue. Il était d'ailleurs le seul à porter une petite barbe blanche, ce qui était assez perturbant. Ce n'était autre que Cirdan, le charpentier.

Un grand bateau à voile blanche était amarré au quai.

- Ah… voilà un spectacle que je n'oublierais pas, s'exclama Bilbo.

- Le pouvoir des trois anneaux s'en est allé. Le temps est venu, pour la domination des hommes, dit Galadriel.

- I Aear cân ven na mar (La mer nous appelle), dit Elrond.

Il ouvrit les bras et demanda à Bilbo à les rejoindre dans une invitation muette. Le hobbit les regarda avec un sourire.

- Ah ! Je crois que je me sens prêt pour de nouvelles aventures !

Il se détacha du bras de Frodon et s'avança vers Elrond avec un entrain insoupçonné. Elanor suivit son vieil ami des yeux et le regarda monter dans le bateau sans hésitation. Elle sentit alors un regard peser elle, et vit que Galadriel la fixait.

Les hobbits tournèrent la tête vers elle, et la regardèrent avec incompréhension.

- Il est temps de se dire au revoir, mes amis.

Merry et Pippin se jetèrent dans ses bras et Elanor leur caressa affectueusement les cheveux.

- Ayez une longue et belle vie mes amis. Sam, Frodon, prenez soin de vous.

Elle embrassa les deux, puis se tourna vers Gimli et posa une main sur son épaule. Elle n'eut pas besoin d'en dire plus, car les yeux du nain étaient déjà embués de larmes.

- Au revoir Elanor, dit-il.

- Au revoir Gimli.

Puis ce fut au tour de Legolas, la dernière personne à qui elle refusait de faire ses adieux.

Durant tout le voyage de retour, elle s'était efforcée à ne pas penser à ce moment. Son corps tremblait lorsqu'elle se tourna vers lui.

- Aniron gwanna (J'aimerais pouvoir partir avec toi), murmura Legolas.

- Moi aussi.

Legolas déposa un baiser sur sa main.

- Mára mesta, melinch (Au revoir, mon amour).

- Mára n'est qu'un au revoir.

Elanor s'approcha alors et déposa un long baiser sur ses lèvres.

- Je sais que nous nous reverrons, lui chuchota Elanor.

Legolas la serra contre lui.

- Il est temps.

Thranduil tendit la main dans une invitation silencieuse en direction d'Elanor. Celle-ci s'échappa à l'étreinte de Legolas.

- A bientôt mon fils, dit Thranduil.

Legolas inclina la tête. Elanor glissa sa main dans celle de Thranduil et il la guida doucement jusqu'au bateau. Legolas les regarda partir tristement, le visage défait.

Elanor entra dans le bateau, qui était très spacieux vu de l'intérieur. Galadriel et Celeborn étaient assis en face d'Elrond et Bilbo. Ils étaient tous silencieux. Elanor s'assit dans un coin, ayant soudainement envie d'être seule, car elle sentait qu'elle allait craquer. Et elle ne voulait pas montrer ses larmes devant eux.

Elle sentit une présence, et fut surprise de voir Thranduil s'assoir près d'elle. Le roi elfe ne dit rien et riva son regard sur la mer.

Gandalf monta à cet instant précis à bord du bateau, accompagné d'un dernier passager… Frodon.

Le hobbit s'assit à côté de Bilbo et Elanor sentit son cœur s'alléger un peu à la pensée qu'elle aurait au moins un ami de plus qui l'accompagnerait à Valinor. Elle avait cependant le cœur lourd en pensant à ceux qu'elle ne reverrait peut-être jamais... Gimli, Sam, Pippin, Merry, Aragorn, Arwen, Eowyn, Eomer… et sa famille qui l'avait adoptée.

Son voyage arrivait à sa fin.

Cirdan libéra les cordages, et les jeta sur le ponton. Sa gorge se noua tandis que le navire s'ébranlait et se détachait doucement des quais.

Elanor jeta un dernier regard en arrière. Legolas était immobile, le regard rivé dans leur direction. Gimli et les hobbits se trouvaient à côté de lui, les yeux larmoyants. Sam, Merry et Pippin pleuraient à chaudes larmes et ces deux derniers leur faisaient de grands signes de la main.

Elanor sentit les larmes lui monter aux yeux et elle se força à retenir ses pleurs. Mais les larmes finirent par couler et elle ne put détacher son regard de celui de Legolas, qui était rivé au sien.

Le bateau quitta le port, et leurs silhouettes s'éloignèrent petit à petit. Lorsqu'Elanor les perdit de vu, elle détourna finalement la tête.

Sur le port, Legolas resta encore longuement immobile à observer la voile blanche voguer et disparaître vers l'Ouest et les terres immortelles.