Epilogue


- Hum, je crois que notre voyage touche à sa fin, mon ami.

Legolas baissa les yeux vers Gimli. Le nain avait vieilli. Sa barbe rousse était désormais blanche et les traits de son visage étaient plus durs et ridés. Il ne l'avait jamais vraiment remarqué jusqu'à maintenant, mais l'elfe s'apercevait à présent que le temps allait à leur encontre.

L'idée de rejoindre les Havres Gris le séduisait au plus haut point. Cela faisait trop longtemps qu'il le désirait, mais qu'il avait laissé de côté cette envie, pour se consacrer à son peuple et ses amis.

Cent-vingt-ans.

Cela faisait plus d'un siècle qu'il n'avait pas revu Elanor. Et pourtant, il avait encore l'impression que c'était hier qu'ils s'étaient séparés. Son visage était encore dans son esprit, aussi vivace qu'un rayon de soleil.

Il ne savait pas s'il la reverrait. Mais elle lui avait promis, alors il espérait, conscient que plus le temps passait, plus ses chances de la revoir s'amenuisait. Oui, le moment était venu de dire adieu à la Terre du Milieu.

Gimli était désormais trop vieux. Et d'ailleurs, ils n'avaient plus d'amis ici.

Aragorn venait de mourir, tout comme Arwen, laissant leur fils Eldarion régner sur le trône du Gondor. Merry et Pippin étaient morts aussi, après avoir vécu une longue vie heureuse. Tout comme Eomer, Eowyn et Faramir, qui s'étaient éteints bien des années plus tôt.

Et Sam Gamegie s'en était allé aux Havres Gris, pour prendre l'un des derniers bateaux, il y a bien longtemps déjà.

A présent, la nouvelle génération régnait sur le royaume des hommes et du reste de la Terre du Milieu.

La colonie d'elfes que Legolas avait établie en Ithilien se débrouillait bien. Mais depuis que de nombreux Sindar s'en étaient allés vers Valinor, les choses avaient changées. Les elfes sylvains étaient devenus indépendant et sans Thranduil, ils avaient retrouvé le goût de la liberté et de l'immensité des forêts. Legolas les considéraient toujours comme son peuple, mais n'y sentait plus sa place. Tout comme Gimli à Erebor.

Ses cousins étaient morts il y a longtemps.

Ils étaient seuls.

Gimli toussa dans sa barbe grisâtre. Legolas lui lança un regard en coin. La santé du nain commençait à s'affaiblir de jour en jour.

Legolas comprenait à présent la dure réalité de la mortalité et pourquoi son père Thranduil l'avait prévenu de ne pas se lier aux autres races. C'était un prix amer à payer, que de voir des êtres chers dépérir lentement.

Chaque mort de ses amis l'avait profondément affecté. Aragorn et Arwen avait été un coup dur à encaisser. Voir ceux qu'on aimait perdre de leur beauté et leur force, puis mourir, était plus difficile qu'il ne le pensait. Et il n'était pas prêt à voir Gimli subir le même sort.

- Allons vers les Havres Gris, dit Legolas.

Gimli leva la tête.

- Hum ? Alors c'est fini, hein ?

Legolas acquiesça.

- Oui mon ami, je crois qu'il s'agit de la fin de nos aventures.

Triste, Gimli baissa les yeux vers le sol pour regarder la pointe de ses bottes.

- J'aurais bien aimé revoir ces cavernes chatoyantes une dernière fois.

Compatissant, Legolas posa une main sur son épaule.

- Nous pouvons y aller si vous le voulez.

Gimli secoua la tête négativement.

- Regardez-moi ! Je ne serais même pas capable de traverser les montagnes. Non, non… il est temps. Partez l'ami ! Quant à moi, je vais rejoindre Erebor et mes aïeuls, pour y terminer mes vieux jours.

Legolas haussa les sourcils, surpris.

- Allons Gimli ! Ne sois pas stupide. Je ne vais pas te laisser mourir ici tout seul !

- Balivernes ! s'exclama le nain.

Il repoussa la main de Legolas.

- Ne vous préoccupez donc pas de moi ! Elanor vous attends de l'autre côté de la mer depuis des décennies !

- Je n'ai pas l'intention de te laisser ici, répliqua l'elfe. Viens avec moi.

Une émotion confuse apparut le visage du nain.

- Venir avec…mais – c'est possible ?

Legolas acquiesça.

Gimli ouvrit la bouche, stupéfait. Comme il resta silencieux longtemps, l'elfe s'impatienta.

- Alors, quelle est votre réponse ?

- Ah… j'accepte l'ami, et avec joie.

Il renifla, ému.

- J'ai toujours voulu revoir la grande dame aux cheveux d'or. Juste une dernière fois.

Legolas sourit doucement. Le nain n'avait jamais oublié Galadriel, dont il s'était follement prit d'affection depuis que ses yeux s'étaient posés sur elle. La sorcière elfe semblait faire toujours cet effet à ceux qui la regardait, toutefois qu'un nain soit victime de cet enchantement était plus anecdotique.

- Alors, allons-y dès la fin de cette saison. Passons une dernière fois à Erebor revoir les vôtres.

Gimli acquiesça.

Ils se mirent donc en route vers Erebor, traversant de nombreux sentiers qu'ils avaient empruntés par le passé, lors de guerres ou de balades. Les forêts elfiques de la Lothlorien et de Vert-bois-le Grand étaient toutes deux abandonnées et avaient été en partie colonisée par les hommes.

Tant de choses avaient changés depuis le départ des elfes et des trois anneaux. Le temps avait repris son cours, et les hommes créaient à présent des objets et des nouvelles machines très étranges.

Ils firent une halte en Lorien, sur la colline de Cerin Amroth. La plaine était encore plus belle et verdoyante qu'auparavant. Legolas et Gimli se recueillirent avec émotion autour d'un petit tertre recouvert de fleurs blanches et or. Arwen avait décidé de mourir à cet endroit même lorsqu'Aragorn était passé dans le royaume des morts.

La tristesse tordit le cœur des deux amis, et Legolas songea à son amie qu'il ne reverrait jamais. Tels Beren et Luthien, Arwen avait choisi un destin funeste. Son sort serait à jamais lié à celui d'Aragorn et de ses descendants. La seule consolation qu'ils pouvaient avoir, était qu'ils savaient qu'Arwen serait heureuse à jamais, en ayant pris cette décision.

Lui-même l'aurait prise, s'il avait eu le choix. Entre une vie longue et terne, et une vie courte mais heureuse, Legolas choisissait pour le coup de vivre son existence pleinement.

L'absence d'Elanor commençait à lui peser. L'appel de la Mer était de plus en plus pressant, et il sentait que cela faisait trop longtemps qu'il était séparé des siens.

Ils mirent quelques semaines à faire l'aller-retour entre Erebor et les Havres Gris. Sans regret, tous deux montèrent dans le bateau à voile blanche.

- C'est le dernier navire, déclara Legolas.

- Allons, larguez les amarres ! s'exclama Gimli. Une dernière aventure avant la fin !

Ils échangèrent un regard, et leurs yeux s'allumèrent d'une étincelle fougueuse. Un sentiment d'excitation s'empara d'eux, tels qu'ils n'en avaient pas ressentis depuis la Guerre de l'Anneau.

Legolas se dépêcha de couper la corde, et le navire prit le large, porté doucement par le vent.

Sans un dernier regard pour la Terre du Milieu, ils voguèrent en direction de l'Ouest.


Elanor posa son regard sur Tinwë, sans parvenir à cacher son sourire.

Celle-ci était en train de jouer silencieusement avec des animaux sculptés en bois.

Son bébé était désormais une petite fille et elle grandissait de plus en plus vite. Plus le temps passait et plus elle gagnait en beauté. Sa chevelure était une cascade d'un blond d'argenté, comme son père et son grand-père, et elle avait également héritée de leurs yeux bleus.

Elanor ne savait pas vraiment ce qu'elle lui avait légué, hormis peut-être son caractère et ses mimiques. Tinwë était physiquement la copie conforme de son père.

Elle était cependant encore trop jeune pour se rendre compte de l'absence de Legolas. Heureusement, Thranduil passait beaucoup de temps avec elle et il était devenu peu à peu un père de substitution. Meluin était tombée sous le charme de la petite et passait son temps à la dorloter, à la plus grande consternation de son mari. Thranduil ne refusait pourtant rarement rien à sa petite-fille, au plus grand amusement de sa femme.

Tinwë était d'une nature très joyeuse et elle avait pris un goût très prononcée pour les balades en forêt ou dans les jardins. Cela aussi, elle le devait certainement à Elanor.

Elle commençait tout juste à marcher et Elanor l'emmenait parfois en excursion, accompagnée de Thranduil, Meluin, ou bien même de Melian.

Elanor leva les yeux de son livre lorsque les cloches de Valinor se mirent à sonner dehors. Ça n'était pas arrivé depuis longtemps, et lorsque cela arrivait, c'était pour signifier que quelqu'un était sorti des cavernes de Mandos, ou...

Au moment même où Elanor se redressait et lâchait son livre, Elladan apparut dans l'encadrement de la porte, essoufflé.

- Une voile blanche est apparue à l'Est !

Elanor était déjà debout.

Elle laissa tomber son livre sur le sol, faisant sursauter sa fille. Sans attendre une seconde de plus, elle se précipita sur elle.

- Tinwë ! Viens !

Elle attrapa la main de la petite et l'aida à se mettre sur ses jambes.

- Mais- Où allons-nous ? demanda t-elle.

- Sur la côte.

Un sourire large naquit sur les lèvres d'Elanor.

Elle entraina Tinwë à sa suite et bientôt elle se mit à courir à petites enjambées, ce qui arracha quelques éclats de rire à sa fille.

Les habitants de Valinor les regardèrent passer, déconcertés et surprit par le chahut qu'elles causèrent à leur passage.

Elanor entendit quelqu'un l'appeler, mais elle ne se retourna pas et continua à courir en direction de la mer, serrant fort la main de Tinwë dans la sienne.

Il était arrivé.

Cette fois, c'était lui. Elle en était sûre. Son instinct le lui disait.

Agrippant la main de sa fille, Elanor traversa les jardins et rejoignit enfin les quais. Elle s'immobilisa devant l'escalier, ayant une vue parfaite, juste en face du ponton où se trouvait le petit bateau arrimé.

- Nana ? (maman ?)

Tinwë butta contre ses jambes et leva les yeux pour regarder sa mère. Elanor ne pouvait détacher son regard du quai, où se trouvait les deux nouveaux arrivants.

Legolas et Gimli.

Elanor faillit se mettre à pleurer de joie. Son coeur se mit à palpiter fortement dans sa poitrine, alors que Legolas se tenait enfin à quelques mètres d'elle. Elle ne s'attendait pas à ce que le nain soit aussi du voyage. Voir à nouveau son vieil ami, alors qu'elle avait cru ne jamais pouvoir le revoir, accentua l'émotion de joie qu'elle ressentait.

Legolas leva la tête et la vit. La surprise et la joie se refléta aussitôt sur son visage.

- Oh, Elanor ! s'exclama Gimli, au loin.

Legolas s'était déjà précipité dans sa direction, mais il s'arrêta net en bas des escaliers lorsqu'il remarqua enfin Tinwë, cachée derrière la robe d'Elanor.

L'interrogation et la surprise se refléta dans ses yeux. Après une seconde passée, Legolas commença de nouveau à avancer vers Elanor, plus lentement.

- Bienvenue à Valinor, lui dit-elle avec émotion.

-Elanor...

Celle-ci poussa doucement sa fille en avant, de sorte qu'elle arrête de se cacher derrière ses jambes.

- Avances Tinwë, ne sois pas timide.

La petite s'avança devant sa mère, le pouce dans la bouche, son autre main triturant nerveusement le collier qui était autour de son cou. Legolas écarquilla les yeux, reconnaissant le collier d'Este qu'il avait donné à Elanor.

Il les regarda toutes deux tour à tour, essayant de comprendre ce qui se passait, avant que le sourire gêné d'Elanor et la joie dans ses yeux ne lui fasse comprendre l'impossible.

- Qu'est-ce que-

Gimli arriva à côté de lui, et le nain ne put retenir une exclamation de surprise en voyant l'enfant.

- Par ma barbe !

- Legolas... voilà Tinwë. Ta fille.

La ressemblance entre le père et la fille était si frappante, qu'il aurait été difficile de ne pas deviner leur lien de parenté. Legolas resta immobile, abasourdi.

- Ma fille, répéta-t-il, semblant avoir de la peine à y croire.

Elanor posa ses mains sur les épaules de Tinwë, la gorge nouée, alors que celle-ci regardait son père avec un air timide.

- Oh, Elanor...

Legolas s'approcha et finalement l'enlaça. Elanor sentit un poids la quitter aussitôt, alors qu'elle s'appuyait contre l'elfe. Cette sensation familière de l'avoir contre elle lui fit énormément de bien.

- Pardonnes-moi. Je ne savais pas... j'aurais dû venir plus tôt, dit-il. Je n'ai pas été là pour toi.

Elanor secoua la tête et posa une main sur sa joue.

- Le plus important est que tu sois là, maintenant. Nous avons tout le temps devant nous à présent.

Legolas sourit et déposa un baiser sur ses lèvres. Il s'agenouilla ensuite devant Tinwë, un peu hésitant. Elanor vit passer sur son visage une expression confuse, emplie d'émotion intense.

- Mae govannen. Im nir Legolas. (Bonjour. Je m'appelle Legolas.)

- Ada ?

Legolas ne semblait plus pouvoir respirer à cet instant. Tinwë lui ouvrit les bras.

Legolas n'attendit pas une seconde de plus et souleva la petite fille dans ses bras, tremblant.

- Tinwë. C'est un joli nom, murmura-t-il à Elanor.

Elle lui répondit avec un grand sourire. Legolas se tourna vers le nain, qui était resté un peu en retrait.

- Voici Gimli. C'est mon ami.

Tinwë se pencha vers le nain, curieuse.

- Vous aussi vous êtes un hobbit ?

Elanor faillit éclater de rire devant l'air déconcerté qu'afficha Gimli.

- Hum... non, je suis un nain ! répondit-il un peu vexé.

- Oh.

Tinwë parut perplexe. Surtout vis-à-vis de la barbe qu'avait Gimli. Le seul elfe à Valinor qui avait une barbe était Cirdan le charpentier et elle était relativement courte...

Legolas éclata de rire.

A ce moment précis, de nouveaux invités arrivèrent.

Elanor se retourna et vit que Thranduil et Meluin les avaient rejoints. Pour la première fois depuis peut-être des siècles, un vrai sourire se forma sur les lèvres de Thranduil.

Mais lorsque Legolas vit sa mère, il se figea.

- Nana ?

Il reposa doucement Tinwë, n'arrivant pas à détacher ses yeux de sa mère qu'il n'avait pas revu depuis sa tendre enfance.

Meluin s'approcha, les larmes dans les yeux. Elle lui ouvrit alors les bras et tous les deux s'étreignirent avec émotion.

Lorsqu'elle se détacha de lui, Meluin planta un baiser tendre sur sa joue.

- Tu es magnifique, mon fils. Quel bel homme tu es devenu. Aussi beau et fort que ton père.

- Je ne pensais pas te revoir un jour...je n'ai pas réussi à te sauver, pardonnes-moi.

Meluin caressa tendrement la joue de son fils.

- Ce n'est pas de ta faute Legolas. Tu as fait ce que je t'ai demandé et tu t'es battu courageusement. Je suis fière de toi.

Thranduil s'avança vers son fils et posa la main sur son coeur.

- Il me tardait de te revoir, Legolas.

Ce dernier lui répondit aussi en posant sa main sur son cœur, ému.

Tandis qu'ils faisaient route vers la cité, Elanor regarda Legolas.

Son expression reflétait l'amour et le bonheur alors qu'il portait Tinwë dans ses bras. C'était encore tout nouveau pour lui, mais il agissait avec un naturel déconcertant. Alors qu'il discutait doucement avec sa fille, Elanor songea qu'il ne serait pas difficile de rattraper le temps perdu.

Legolas tourna la tête vers elle et serra sa main dans la sienne. Elle sut alors qu'une page était tournée et qu'une autre vie commençait.


- Où est votre mère ?

- Elle dort.

Tinwë dégagea quelques mèches de ses longs cheveux de son visage, alors qu'elle remettait l'arc sur ses épaules.

- Maman a pris l'habitude de se reposer dans sa chambre, quand elle n'est pas dans la forêt, compléta-t-elle.

Haldir acquiesça avec un sourire.

- Je crois avoir déjà vu cet arc dans les mains de quelqu'un d'autre... je croyais que votre père vous avait interdit d'y toucher ?

Le teint de Tinwë rosit légèrement.

- Il ne me l'a jamais interdit, répliqua-t-elle.

- Vraiment ?

Amusé, Haldir songea que Legolas n'aurait jamais laissé sa fille prendre son arc depuis l'incident qui s'était produit il y a de nombreuses années, lorsque Tinwë était encore enfant.

Elle avait alors tout juste huit ans et avait décoché par surprise une flèche juste au-dessus de la tête du nain Gimli, pour répondre à l'une de ses plaisanteries. La flèche s'était fichée parfaitement sur la cible, qui était une branche d'arbre.

Cela n'avait que moyennement plût à ses parents, même si la situation et l'expression du nain à cet instant avait été l'un des souvenirs les plus drôles qu'Haldir eut jamais eu.

Depuis lors, Legolas avait toujours pris soin de surveiller son arc… jusqu'à aujourd'hui.

Tinwë n'avait jamais eu besoin d'apprendre à se battre, mais même petite, elle adorait chaparder l'arc de son père pour tirer quelques flèches. C'était un besoin naturel qu'elle avait dans le sang. Elle ressemblait bien à ses parents, en tout point.

Ses cheveux argentés lui arrivaient maintenant en bas du dos et son corps avait pris des courbes féminines délicates. Haldir la connaissait depuis qu'elle était enfant, mais ses visites s'étaient raréfiées avec le temps et il l'avait perdu de vue. Tinwë lui avait toujours accordé une rare affection, pour une raison inconnue. Lorsqu'elle avait été adolescente, elle était soudainement devenue très timide vis-à-vis de lui, mettant une distance qu'Haldir n'avait jamais sût interpréter. Puis avec le temps, elle s'était approchée de lui et ils étaient devenus amis.

Il n'avait jamais été très proches des enfants, mais Tinwë avait toujours eut une place particulière dans son cœur. Elle la seule enfant à Valinor, ce qui lui attirait beaucoup d'affection de la part des tous les autres elfes, mais surtout elle avait une personnalité rayonnante.

Son nom signifiait « petite étoile » brillante. Et c'est ce qu'elle représentait pour beaucoup lorsqu'ils la voyaient.

Même si elle était une demi-elfe, sa beauté pouvait rivaliser avec n'importe laquelle des femmes en Valinor. Mais ce qui la rendait surtout particulière par rapport aux autres, c'était son caractère. Car contrairement aux autres elfes, Tinwë n'était pas une jeune fille sage qui passait son temps à broder ou à lire de la poésie à la maison. Haldir avait eu un choc lorsqu'il était revenu il y a quelques années et qu'il avait découvert une véritable jeune femme.

Tinwë adorait se promener et courir pieds nus dans les prairies fleuries et les forêts. Cette fois encore, elle n'avait pas mis de chaussures.

Haldir baissa les yeux et fut un instant émerveillé de voir des dizaines de petites fleurs blanches et dorées pousser autour d'elle. La stupéfaction le réduisit au silence.

- Est-ce que vous aimez ? demanda-t-elle, innocemment. C'est mère qui m'a appris ce petit tour de magie.

Haldir releva la tête.

Tinwë le regardait avec un air timide. Elle semblait heureuse de lui montrer ce qu'elle savait faire. Aucune elfe à part elle n'était capable de cet exploit. Personne n'en était capable, à part Elanor, Melian ou encore Yavanna.

- C'est magnifique, répondit-il avec émotion.


Elanor pouvait voir que quelque chose avait changé.

Tinwë avait grandi.

Elle commençait à devenir une jeune femme, c'était donc normal qu'elle change. C'est ce qu'elle se disait pour se rassurer.

Mais elle avait du mal à assumer que son bébé avait grandi, et qu'elle n'avait plus besoin d'elle.

Elanor se doutait où se trouvait Tinwë. Et avec qui elle était. Haldir était arrivé depuis hier, et il avait toujours été un ami proche de sa fille.

Mais il y avait autre chose depuis quelques temps. Leurs gestes l'un envers l'autre étaient plus tendres et la façon dont Haldir regardait Tinwë ne pouvait tromper personne.

- Est-ce que tu crois qu'il se passe quelque chose entre notre chère fille et Haldir ? demanda ce soir-là Elanor à Legolas.

Si Elanor était presque convaincue des sentiments d'Haldir, elle ne savait pas vraiment ce que sa fille ressentait. Comme son père, Legolas, Tinwë montrait rarement ses émotions et il était difficile de décrypter ses expressions.

Cependant sa mère la connaissait suffisamment bien pour voir que ce léger sourire et cette flamme dans les yeux lorsque Haldir apparaissait dans la même pièce qu'elle.

Une lueur amusée se refléta dans les yeux de Legolas.

- Haldir et Tinwë ? Mais de quoi parles-tu ? rit-il.

- Je me demande ce qui se passe entre ces deux-là, c'est tout.

- Tu te fais des idées. Haldir est comme son père. Et il est beaucoup plus vieux qu'elle.

Elanor osa à peine le regarder.

- Tu es son père Legolas. Haldir est un ami pour notre fille, répondit-elle.

- Ca ne m'empêche pas de penser qu'il est trop vieux.

Elle lui lança cette fois un regard circonspect.

- Ca ne t'a pas dérangé pour me faire la cour… sachant que je n'avais que vingt-ans, d'après ce que je peux me rappeler.

Le sourire de Legolas se figea et il évita son regard, gêné.

- Tu en avais vingt-deux.

- Oh ! Quelle grande différence ! répondit Elanor, rieuse. Et toi tu en avais deux milles !

Legolas s'immobilisa.

- J'en avais très exactement mille neuf cent quatre-vingt-quatre ans. Tu exagères.

- Comme si rajouter quelques années avait une importance, railla Elanor, amusée. Tu étais toujours beaucoup plus vieux que moi.

Legolas ne trouva aucun contre-argument.

- Je suis sûr que tu te fais des idées, marmonna-t-il.

- Il se passe quelque chose entre eux, répondit Elanor. J'en suis persuadée.

Legolas rit et la prit par la taille.

- Je ne crois pas qu'Haldir partage ses sentiments, même si Tinwë en avait… ce dont je doute fortement, rétorqua-t-il.

Un sourire mutin s'esquissa sur les lèvres d'Elanor.

Legolas était aveugle. De toute évidence, il était dans le déni.

- Je suis prête à parier le contraire.

- S'il y a quelque chose entre eux, je suis prêt à donner mon arc à Gimli, déclara Legolas.

Elanor tourna la tête vers lui, avec surprise.

- Vraiment ?

Legolas acquiesça, confiant.

La nuit tombait sur Valinor et ils marchèrent de longues minutes en silence pour rejoindre leur chambre de l'autre côté de la cité.

Legolas lui prit la main et ils déambulèrent dans la douceur de la nuit. Elanor leva la tête pour regarder les milliers d'étoiles scintillantes qui tapissaient le ciel bleu au-dessus d'elle. Elle ne se lasserait jamais de regarder, tant elle avait l'impression de découvrir de nouvelles choses à chaque fois.

- Tu te souviens de ces soirées où on regardait les étoiles ? murmura Elanor. A Fondcombe, et dans la forêt noire… à Edoras.

Legolas tourna doucement la tête vers elle.

- Oui je m'en souviens.

Il passa son bras autour d'elle, et la serra dans ses bras. Elanor se pelota contre lui, apaisée par la douce chaleur dégagée par son corps.

- Parfois j'ai l'impression que c'était comme si c'était hier. Comme si je n'avais jamais quitté la Terre du Milieu… et pourtant, nos amis me manquent.

Triste, Elanor enfouit sa tête contre Legolas. Aragorn lui manquait. Arwen, Eowyn, Merry et Pippin… tous ceux qui n'avaient pas pu faire la traversée vers l'Ouest.

Legolas posa son menton au-dessus de sa tête.

- A moi aussi, répondit-il, nostalgique.

- Peut-être que nous les reverrons un jour…

Elanor n'avait pas vieillit depuis qu'elle était arrivée à Valinor. Son physique n'avait pas changé et elle se demandait si cela allait continuer, ou si tout d'un coup elle allait voir apparaître des rides sur son visage. Il devait s'être écoulé presque deux siècles depuis qu'elle avait quitté la Terre du Milieu, et pourtant rien en elle n'avait changé.

Parfois elle s'endormait plusieurs jours avant de se réveiller. Le temps n'avait plus d'emprise sur elle…

Elanor s'écarta légèrement de Legolas et lui prit la main. L'elfe la suivit et ils marchèrent silencieusement vers leur maison.

Mais alors qu'ils traversaient les jardins, quelque chose les arrêta.

Elanor n'eut aucun mal à reconnaître la silhouette d'un couple enlacé, près d'un rosier. Après quelques secondes, elle reconnut la carrure imposante d'Haldir, qui leur tournait le dos, puis elle vit des cheveux blonds argentés... qui ne pouvaient qu'appartenir qu'à sa fille.

Ils semblaient… plutôt occupés.

Sentant le grand trouble de Legolas, Elanor le tira par le coude pour l'éloigner et laisser à sa fille et son ami un peu d'intimité.

Sous le choc, Legolas resta muet de stupeur.

Intérieurement, Elanor songea qu'elle aurait peut-être dû faire un pari avec son compagnon.

Elle gloussa en songeant à ce qu'il avait perdu et qu'elle serait obligé de le raconter à Gimli. Lorsqu'il l'apprendrait, le nain n'en aurait jamais fini de taquiner son compagnon jusqu'à la fin de ses jours.

Et elle ne se priverait pas non plus de le lui rappeler.