Chapitre 4
Le temps passa, lent et routinier.
Mais un jour, un messager arriva.
Il venait d'Israël, terre natale de Judith.
Sa mère lui écrivait, l'implorant de les rejoindre.
Son père était au plus mal, malade depuis des mois.
Elle délaissa la petite main d'Ilana, sortant également de la tente.
Ardeth, qui observait son fils s'entraîner, remarqua l'air absent de sa femme et s'en approcha.
Comme elle ne réagissait pas à son arrivée, il posa une main sur son bras, la faisant légèrement sursauter.
Il la questionna alors :
« Quelque chose ne va pas ? »
« C'est mon père, Ardeth. Il est... en train de mourir. »
Lentement, il acquiesça, prenant conscience de ses paroles.
Lui aussi se replongea alors dans le passé.
14 ans auparavant, il était un jeune guerrier fougueux, toujours sous les ordres de son père.
Il avait vu cette fille, les frisettes marrons et d'étranges yeux bleus.
Par après, il avait appris que cette étrangère, cette juive, allait devenir sa femme.
Tout d'abord, il s'était rebiffé.
Lui, se marier ?
Mais sa mère l'avait calmé.
Il fallait d'abord faire connaissance avec cette petite, apprendre son histoire, ses rêves... et ses désirs.
Oo*oO
« Ardeth ? »
« Il t'a vendue. »
« ... Je sais. »
« Et mon père a accepté. »
Elle fronça les sourcils, lui demandant :
« Aurais-tu préféré qu'il refuse ? »
« À l'époque, je le voulais. »
« Parce que j'étais une étrangère ? »
Amer contre lui-même, il acquiesça en silence.
Une main douce et fine lui tourna la tête et il rencontra deux prunelles azuréennes.
« Arrête de t'en vouloir, Ardeth. Moi non plus, je ne le voulais pas. Mais grâce à ton père... et au mien, nous nous sommes trouvés. »
« Je suppose que... tu as raison. Quand partons-nous ? »
Elle le fixa, surprise, répondant :
« Mais je... je pensais que... »
« Nous sommes une famille, Judith. Et nous partirons ensembles. »
Elle sentit les larmes brouiller sa vue, esquissant un grand sourire.
« Merci. »
« Mama ? »
Ahmed s'était approché, l'air inquiet devant les larmes de sa maman.
Mais elle se hâta de le rassurer :
« Tout va bien, mon chéri, ne t'inquiète pas. »
« Mais... pourquoi est-ce que tu pleures, alors ? »
« Pour rien, rien du tout. »
Oo*oO
Tous les détails furent réglés et enfin, la petite famille partit.
Les enfants étaient, bien entendu, très excités d'entamer ce voyage, n'ayant jamais quitté le campement.
Et durant tout le trajet, ils questionnèrent Judith sur ce pays, différent du leur.
La jeune femme était heureuse de revenir sur sa terre natale mais en même temps, tant de souvenirs remontaient...
Une main se posa sur sa joue, elle releva la tête, rencontrant les sombres prunelles d'Ardeth.
Il chuchota :
« Ne te fais pas de mauvais sang à ressasser le passé, Judith. »
« J'aimerais ne pas le faire. Mais... »
« Ton esprit en a décidé autrement. »
Elle acquiesça en silence et il la serra tout contre lui.
Dans le silence de la nuit, ils écoutèrent les respirations de leurs enfants, allongés non loin d'eux.
Elle s'enquit alors :
« Aimerais-tu avoir... un autre enfant ? »
« ... »
« Ardeth ? »
« Tu es enceinte ? »
« Je le pense, oui. »
Elle sentit sa main glisser de sa taille pour se poser sur son ventre et elle sourit.
« Je prends ça pour un oui ? »
« Comment pourrais-je le refuser ? »
Bonus chapitre 5
*L'homme était grand, habillé de noir, le front et les pommettes recouverts de tatouages tribaux.
Appuyée contre lui, une petite fille, endormie.
**Le petit garçon avait d'ailleurs manifesté son malaise à être ainsi enfermé, déclarant qu'il voulait rentrer à la maison. Un regard sévère de son père le fit taire et il alla se coucher au côté de sa sœur.
***Sa famille l'aimait, elle le savait, mais elle était aujourd'hui devenue une étrangère, dans sa propre maison.
****Son père avait maigri, les traits parcheminés par le temps et la maladie, les cheveux entièrement blancs.
Mais quand il ouvrit les yeux, elle retrouva les mêmes prunelles que dans ses souvenirs, d'un bleu si éclatant...
