Chapitre 5

Enfin, ils arrivaient, sur ces terres d'Israël.

Judith retrouva ce pays, si cher à son cœur.

Et elle découvrit que sa famille possédait une « vraie » maison, faite de pierres.

Eux qui avaient si longtemps sillonné les routes dans leurs caravanes avaient, finalement, décidé de rester au même endroit...

Une femme arriva sur le pas de la porte, observant les nouveaux arrivants.

L'homme était grand, habillé de noir, le front et les pommettes recouverts de tatouages tribaux.

Appuyée contre lui, une petite fille, endormie.

Les cheveux étaient de la couleur de la nuit mais elle retrouvait bien les frisettes, propres à Judith.

Celle-ci montait un deuxième cheval, tenant par la taille un garçon plus âgé.

La ressemblance physique avec son père était frappante mais ses iris étaient très clairs, identiques à ceux de sa mère.

« Ju... Judith ? »

« Bonjour... mama. »

« Oh Judith ! »

Oo*oO

Les retrouvailles avec la famille avaient été chaleureuses.

Mais Judith avait parfaitement bien sentit la gêne qui empêchait ses sœurs de la regarder droit dans les yeux ou qui faisait en sorte que ses frères avaient rapidement quitté la pièce.

Sa famille l'aimait, elle le savait, mais elle était aujourd'hui devenue une étrangère, dans sa propre maison.

Elle sourit à sa mère, caressant les frisette d'Ilana qui, ensommeillée, était serrée tout contre elle :

« Votre maison est très jolie. »

« Je suis heureuse qu'elle te plaise, Judith. »

« Mais... pourquoi avoir choisi de... rester ? »

« À cause de ton père. Il est hélas tombé malade et ne pouvait plus prendre la route, comme avant. »

Judith acquiesça, compréhensive.

« Je comprends. »

« Tu veux mettre la petite au lit, peut-être ? »

« Si c'est possible. »

« Bien sûr, bien sûr. »

Oo*oO

Sans un mot, Ardeth et Ahmed avaient rejoint Ilana dans cette pièce, si étrange à leur mode de vie.

Le petit garçon avait d'ailleurs manifesté son malaise à être ainsi enfermé, déclarant qu'il voulait rentrer à la maison.

Un regard sévère de son père le fit taire et il alla se coucher au côté de sa sœur.

« Prends le temps qu'il te faudra, nous t'attendrons. »

Judith sourit à son époux, le remerciant en silence.

Leurs mains s'effleurèrent et il posa un baiser à la commissure de ses lèvres, l'encourageant, à sa manière.

Elle se détourna alors, quittant la pièce pour traverser le couloir et, enfin, se retrouver face à cette porte, derrière laquelle son père, tant haï, se mourait.

Elle ferma les yeux, inspira profondément et entra.

La pièce était plongée dans l'obscurité mais une lampe apportait une lumière suffisante pour distinguer le malade.

Son père avait maigri, les traits parcheminés par le temps et la maladie, les cheveux entièrement blancs.

Mais quand il ouvrit les yeux, elle retrouva les mêmes prunelles que dans ses souvenirs, d'un bleu si éclatant...

Le malade plissa les yeux, croassant :

« Ju... Judith ? »

« Oui, c'est moi, baba. »

« Alors tu as... accepté de venir. »

Elle hocha la tête, les larmes aux yeux.

Il acquiesça faiblement.

« C'est bien. Je pourrais... partir en paix. »

« Je ne te déteste plus, baba. »

« Non ? »

Elle secoua la tête, répondant :

« Tu m'as permit d'être totalement heureuse et pour ça, je ne te remercierai jamais assez. »

« Mais... je t'ai vendue. »

« Je sais. Mais je t'ai pardonné. »

« Ma petite fille... est devenue grande. »

Les larmes coulèrent comme, à nouveau, elle hochait la tête.

« Tant mieux, tant mieux. »


Bonus chapitre 6

* La grand-mère embrassa ses petits-enfants étrangers, saluant de loin l'homme qui avait épousé sa fille, sombre chef guerrier au cimeterre porté au côté.

* Là, les yeux dans les yeux, ils s'échangèrent des promesses d'amour éternel, de bonheur et de joie.

Ils n'y croyaient pas, ils avaient appris à le vivre...