Lorsqu'ils arrivèrent devant l'imposant dôme de Visualize, Lisbon ne put s'empêcher de frissonner, cet endroit lui avait toujours fait froid dans le dos. Il symbolisait pour elle la manipulation en puissance, le pouvoir et le danger de la suggestion mentale sur les hommes. Teresa bien qu'elle ait toujours eu une fois inébranlable et su garder l'esprit ouvert en toute circonstance n'en était pas moins lucide sur la facilité avec laquelle on pouvait basculer vers ce genre de croyance. L'exercice de son métier l'obligeait à garder les pieds sur terre, à rester rationnelle : Prouver ses intuitions faisait parti de son quotidien de flic mais néanmoins, encore récemment face à Sean Barlow, lorsque celui-ci avait lu en elle comme dans un livre ouvert, elle avait eu envie de croire ses allégationsquant aux prétendus pouvoirs extra-sensoriels de John le rouge.
Elle chassa ce souvenir embarrassant de sa mémoire lorsqu'ils pénétrèrent dans le hall du bâtiment principal.
Ils furent accueillis par une réceptionniste.
"- Bonjour que puis-je faire pour vous ?
- Agent Lisbon, CBI, et Patrick Jane mon consultant, ajouta-elle en désignant son compagnon, nous souhaiterions nous entretenir avec M. Stiles.
- Je regrette mais si vous n'avez pas rendez vous, cela va être difficile il est très occupé.
- Vous m'avez mal comprise, repris l'agent en se montrant plus froide et directive, nous enquêtons sur un meurtre, merci de bien vouloir déranger M. Stiles et le prévenir que nous sommes là.
La jeune femme pris son téléphone et après quelques mots échangés, raccrocha et se tourna à nouveau vers les deux enquêteurs.
- M. Stiles va vous recevoir, M. Cooper va descendre vous chercher.
- Merci. "

Jason Cooper, numéro deux de Visualize, arriva quelques minutes plus tard et tendit sa main à Lisbon puis à Jane.
"- Agent Lisbon, Monsieur Jane, je vous pris de me suivre nous allons monter à l'étage, M. Stiles va se libérer d'ici quelques minutes.
- On vous suit", conclue Jane.

Ils entrèrent dans un bureau et prirent place sur les fauteuils désignés par leur hôte.
Ce dernier, pris la parole.
"- J'imagine que ce n'est pas une visite de courtoisie ?
- En effet, ajouta Jane avec un sourire. Nous enquêtons sur le meurtre de Lucy Joel.
- Ce nom est censé me parler ?
- M. Cooper, Lucy Joel est un ancien membre de Visualize qui a quitté votre « organisation » il y a quelques années. Son corps a été découvert ce matin d'où notre présence ici, compléta Lisbon.
- Pardonnez-moi agent Lisbon, mais en quoi le décès, certes tragique, de cette femme implique M. Stiles ? D'autant plus si cette personne a fait le choix de quitter notre famille il y a un certain temps.
- Laissez-moi être seule à en juger M. Cooper, maintenant si-

Elle fût interrompue par Bret Stiles qui fît son entrée dans la pièce.
- Agent Lisbon, bonjour, c'est toujours un plaisir de vous voir, vous avez l'air un pleine forme. M. Jane.
Après les politesses d'usage, il prit place en face des deux enquêteurs. Lisbon lui expliqua en quelques mots l'objet de leur visite.
- Je vais avoir besoin de savoir où vous étiez cette nuit entre 1h et 4h du matin M. Stiles.
- Agent Lisbon, hier soir avait lieu la cérémonie d'accueil des nouveaux frères arrivés dans notre grande famille. Cette soirée s'est prolongée jusqu'au petit matin. Dans le créneau horaire que vous indiquez, j'étais en train de pratiquer la visualisation pour libérer leur âme de leurs pensées négatives.
Lisbon ne put s'empêcher de sourire. Jane quant à lui haussa les sourcils visiblement amusé. Cette cérémonie a lieu une fois par an, ajouta t-il sérieusement, seuls les membres les plus méritants ont le privilège d'y prendre part.
- Je vois, fît Jane. J'imagine que vous êtes en mesure de nous prouver cet alibi ?
- La cérémonie a été filmé donc oui M. Jane, je peux prouver ma présence en les locaux de Visualize aux heures indiquées.
- Je vais avoir besoin de récupérer ces vidéos M. Stiles, et d'interroger les « frères » intronisés.
- Vous avez un mandat je suppose ?
- Nous espérions ne pas en avoir besoin, ajouta Jane le sourire aux lèvres, maintenant, l'obtenir ne serait qu'une formalité vous vous en doutez.
- M. Stiles, enchaina Lisbon, il est dans votre intérêt de vous montrer coopérant dans cette affaire, je suppose que si elle venait à s'ébruiter cela ne vous ferez pas bonne presse.
- J'imagine, repris Stiles en lui rendant son sourire. Je suppose que vous allez me demander la liste des personnes présentes à cette soirée. Je vous arrête tout de suite, cela ne sera pas possible, nous ne communiquons pas ce genre d'informations sur nos membres.
- Dans ce cas, je crains qu'il vous faille nous accompagner au CBI, reprit la brunette.
- Je veux bien mettre à votre disposition les vidéos de la soirée, vous pouvez les récupérer et les analyser en vos locaux, elles prouveront mes dires. Si vous souhaitez davantage, je crains effectivement que nous devions en arriver à cet extrême ce que je ne souhaite pas. Jason ? fît-il en se retournant vers son bras droit. Vous est-il possible d'accompagner l'agent Lisbon dans la salle des vidéos ?
- Bien sûr. Agent Lisbon si vous voulez bien me suivre."

Après un échange de regards entendus avec Jane, Teresa se leva et quitta la pièce en compagnie de Jason Cooper.

Restés seuls, un instant, Jane et Stiles se défièrent du regard.
"- Monsieur Jane, j'avoue que je n'espérais pas vous revoir si vite.
- Le sentiment est réciproque. Pourquoi cette fille, Lucy Joel ? Elle ne représente pas un souvenir heureux pour moi mais elle me conduit vers vous, pourquoi ? demanda à nouveau Jane sans détour.
- Monsieur Jane, j'ai une profonde et sincère admiration pour la personne que vous êtes, vous ne lâchez rien malgré le profond désarroi que vous ressentez depuis des années et d'une certaine façon, je vous comprends. Je ne peux cependant que vous mettre en garde. Vous vous en prenez à plus fort que vous et vous cherchez des réponses que je ne peux pas vous donner.
- J'irai jusqu'au bout, rien ne m'arrêtera et vous le savez.
- Vous êtes prêt à tout M. Jane ? vraiment ?
- Je n'ai rien à perdre.
- Je crois que si pourtant, ajouta t-il dans un sous entendu lourd de sens. Je vous le dis une dernière fois et je vous parle comme je parlerai à un ami : Ne le provoquez pas, n'établissez pas une situation qui pourrait vous couter la vie et bien pire, la vie de ceux que vous aimez. Vous êtes encore jeune M. Jane, vous pourriez recommencer à zéro.
Si vous voulez mon sentiment M. Jane, ajouta t-il en plongeant son regard bleuté dans celui du mentaliste, je pense que la mort de Lucy Joel représente un dernier avertissement qui vous est envoyé pour que vous preniez conscience de qui pourrait arriver si vous continuer à le défier.
- John le rouge n'est pas intouchable, il l'a prouvé à maintes reprises, et le fait que j'ai pu établir une liste de suspects restreinte le prouve.
- M. Jane, jusqu'à présent, il vous a relativement épargné et vous a laissé mener votre enquête sans chercher à vous atteindre davantage. Aujourd'hui, son objectif est clairement de vous détruire mais avant d'en arriver là, il va s'attaquer à votre entourage, c'est à dire aux personnes que vous avez rencontré jadis à l'occasion d'enquêtes comme il l'a fait avec Lucy Joel, mais aussi aux plus proches, à vos collègues, …à la femme que vous aimez. Car je ne suis pas dupe M. Jane et soyez assuré que lui non plus. Je crois qu'il est clair pour tous ceux qui vous vois ensemble, que l'agent Lisbon et vous partagez plus que des sentiments strictement professionnels.
- Prêcher le faux pour savoir le vrai est une technique désuète M. Stiles, ajouta le mentaliste avec ironie et le sourire aux lèvres. De plus, je suis hermétique à vos techniques de « visualisation ». Je crois que vous avez peur M. Stiles, ajouta t-il s'avançant sur sa chaise pour se rapprocher du gourou. Vous avez peur de John le Rouge, mais pas uniquement. Vous avez peur de moi, car en le démasquant je vais aussi faire le lien entre vous et lui, et ce jour là, il vous faudra faire preuve d'une grande « clairvoyance » pour anticiper votre chute, car elle sera brutale.
- C'est ce que nous verrons M. Jane. Maintenant si vous voulez bien m'excuser, j'ai des affaires qui m'attendent, fît-il en lui désignant la sortie.
- A très bientôt M. Stiles.
- M. Jane. ".

Jane sorti ébranlé de cet entretien avec Bret Stiles bien qu'il n'en laisse rien paraître. Une fois dans la voiture, Lisbon rompit le silence :
"- Tout va bien Jane ?
- Oui, répondit-il sans s'épancher. Vous avez pu récupérer les vidéos ?
- Oui j'ai tout, je vais les visionner en arrivant puis je les transmettrai à la scientifique. S'il s'avère que l'alibi est vérifié, ça fera un nom en moins sur la liste.
- Il n'en est pas pour autant innocent. Il est en relation avec John le rouge, et de près.
- Il vous a dit quelque chose de particulier quand je suis partie ?
- Rien qui fasse avancer l'enquête", répondit-il en la regardant dans les yeux, avant de se retourner à nouveau vers la fenêtre.

Lisbon n'insista pas. Après avoir passé 10 années à côtoyer le mentaliste, elle savait d'expérience que lorsqu'il se fermait de la sorte, on ne pouvait rien en tirer.
Arrivée au CBI, Lisbon passa l'après midi et la soirée à visionner les bandes vidéos, secondée par son équipe. L'enquête auprès de la famille de Lucy n'avait rien donné de concret.
Il était 22 heures lorsque Lisbon monta dans le grenier rejoindre Jane.
" Jane ? ouvrez c'est moi.
- C'est ouvert, entrez."

Quand Lisbon pénétra dans la pièce, Jane se tenait debout face à la vitre.
"- J'ai du nouveau s'empressa t-elle de lui dire.
- L'alibi est vérifié ?
- Oui, il est bien resté une bonne partie de la nuit à cette fameuse soirée, il n'a pas menti. Les bandes vidéo sont originales et leur authenticité m'a été confirmée.
Jane s'approcha de son tableau et à l'aide d'un marqueur, traça une croix sur le visage de Bret Stiles épinglé à coté des 6 autres suspects.
- Ce n'est pas tout Jane… rajouta t-elle.
Jane avança jusqu'à se tenir à quelques centimètre de sa coéquipière, qui avait suscité son intérêt.
- Sur la vidéo, j'ai reconnu Ray Haffner qui apparaît à plusieurs reprises. Il ne peut pas avoir tué Lucy Joel, ce n'est pas John le rouge.
Elle lui prit alors doucement le marqueur des mains, s'approcha à son tour du tableau et barra la photo de son ancien patron.

Il se rapprocha pour se tenir à ses cotés et tous deux contemplèrent les cinq noms restants en silence : Gale Bertram, Reede Smith, Bob Kirkland, Sheriff Thomas McAllister, Brett Partridge.