Merci à Camille, Calypsoh, Tournesol, Luucky, Jaliilove, Dolarsback et Irisun pour vos messages ! Je suis très contente que la suite vous ait plu.
Voici un des chapitres les plus important, j'espère qu'il sera à la hauteur, c'est un peu longue n'hésitez pas à revenir vers moi pour me dire ce que vous en pensez.

Le Mentaliste et ses personnages ne m'appartiennent pas, cette histoire n'est que le fruit de mon imagination.


Patrick Jane et Cho ne mirent pas plus de 15 minutes à rejoindre le domicile de Teresa Lisbon. Ils n'attendirent pas que cette dernière ouvre la porte pour pénétrer dans le petit duplex.

- On doit y aller. Maintenant Lisbon, lui lança t-il en franchissant le seuil.

- J'aurais pu vous descendre. Qu'est ce qu'il se passe ? Aller où ? C'est 3 heures du matin ! Lui répondit-elle avec humeur.

- Préparez un sac avec quelques affaires vous avez 5 minutes, lui ordonna t-il avec autorité.

Elle se retourna vers Cho.

- Cho ? qu'est ce qu'il lui prend ?

- On n'a pas le temps de t'expliquer, il faut qu'on parte et vite.

- Vous avez du nouveau sur John le Rouge ?

- Pas ici, je vous le dirai quand on sera à la plaque, dit il en la poussant gentiment vers les escaliers.

- On a une planque ?

- Il vous reste 3 minutes Teresa.

Teresa resta interdite un instant étudiant les traits de son consultant pour déceler le vrai du faux puis monta précipitamment l'escalier. Elle fourra quelques affaires à la hâte dans un sac de voyage.
Lorsqu'elle sortit de chez elle, Jane sans lui laisser le temps de réagir, le lui prit des mains et le jeta à l'arrière de la voiture.

- Votre portable.

Teresa lui tendit l'appareil. Il le réduisit en morceaux en quelques secondes.

- Dommage, je l'aimais bien !

Elle prit place à l'avant du véhicule tandis que Cho prit le volant laissant Jane s'installer à l'arrière.

- Vous êtes blessé ? lui demanda telle en se retournant.

- C'est rien de grave.

- Vous perdez du sang, il faut voir un médecin.

- Je vais bien, on verra ça plus tard.

Ils roulèrent durant prés d'une heure. Rapidement ils quittèrent les artères principales pour regagner des routes de campagne. Le trajet se fît dans un relatif silence, ses deux coéquipiers n'étant pas disposés à lui livrer les principales informations dans la voiture. Ils se contentèrent simplement de l'informer des derniers événements concernant Bob Kirkland. Ils arrivèrent bientôt devant un hangar dans une zone industrielle désaffectée.
Quand Teresa pénétra à l'intérieur, elle ne pût retenir un cri de surprise. Elle n'imaginait pas ce genre de planque. Très moderne, elle découvrit un espace ouvert et lumineux qui offrait tout le confort : Un coin informatique, un grand salon et une salle à manger sans oublier sur le fonds : deux chambres, une cuisine équipée et une salle de bain.

- J'ai droit à des explications maintenant ? demanda t-elle avec impatience.

- Oui l'endroit est sûr.

- On est où Jane ?

- Vous êtes chez …un ami à moi.

- Encore une dette de poker ? demanda cho.

- En quelque sorte, répondit-il en souriant.

Patrick Jane pris la main de Lisbon et la dirigea vers le canapé où il la fit asseoir. Il prit une chaise, s'assit en face d'elle et la regarda droit dans les yeux.

- J'ai compris qui est John le rouge. Toutes les pièces du puzzle se sont imbriquées quand j'ai lu ça.

Jane sortit de sa poche le mot laissé par John le rouge et le tendit à sa coéquipière.
« Le cerf errant par les taillis, Tient l'âme humaine hors du souci. L'agneau prétexte du pêché Pardonne au couteau du boucher. »

- C'est du Blake ? demanda Cho

- Oui. Le 1er poème que m'a transmis John le rouge est un extrait du « Tigre ».
« Tigre, Tigre, Brûlant, Brillant, dans les forêts de la nuit. Quelle main, quel œil immortel ont fabriqué ton effroyable symétrie ? ».

- Qu'est ce que ça veut dire ? demanda Cho.

- Je sais que vos cours de philo sont loin mais je vais essayer de faire simple. L'agneau est un symbole de la pureté, de l'innocence et du sacrifice tandis que le tigre est un symbole de sauvagerie et de férocité, commença t-il.
Le tigre, et l'agneau sont partout. Ils cohabitent sur la terre comme au ciel. Par le mot « Immortel », le poète se réfère à dieu. En mentionnant l' « effroyable symétrie » il attire notre attention sur le caractère diamétralement opposés des deux personnages. Il nous pose une question très simple : Qui peut être à l'origine d'un être si redoutable ? Mon analyse est que dieu a créé le tigre, comme il a créé l'agneau mais c'est l'homme l'a corrompu pour en faire son contraire, une créature terrifiante, immorale et sauvage. Il fait référence à la réalité de notre monde, la coexistence du bien et du mal. L'agneau « prétexte du péché » encourage en quelque sorte le boucher c'est à dire le tigre dans ses déviances. L'un et l'autre ne peuvent vivre séparément. Ils sont très proches.

Si l'on considère que je suis l'agneau et John le rouge le tigre… on arrive rapidement à la conclusion que c'est quelqu'un qui partage ma vie, quelqu'un que je vois régulièrement pour ne pas dire … quotidiennement.
Et quel est le suspect que je vois le plus souvent ? Reede Smith ? Bob Kirkland ? Thomas McAllister ? Brett Partridge ?

- Gale Bertram, l'interrompit Teresa dans une voie sourde.

- Gale Bertram répéta Jane avec conviction. Je vais faire appel à votre mémoire, reprit-il en se levant. Vous souvenez-vous des suspects que nous avions identifié concernant l'affaire Todd Johnson (A/N : saison 3 épisode 24) ?

- Oui, il y avait Laroche, Osvaldo Ardilles, Brenda Shettrick, Gale Bertram, et Craig O'laughlin, affirma Cho.

- C'est exact. Quelle ruse avons-nous employé pour découvrir la taupe du CBI ?

- Nous avons donné à chaque suspect potentiel un numéro de chambre différent à l'hôtel Pacific Palms, le but étant de leur faire croire que Madeleine Hightower s'y trouvait, répondit Teresa.

- C'est ça. Et que s'est- il passé ensuite ? Demanda Jane.

- Nous avions donné à Craig O'laughlin le numéro 505 et à Gale Bertram le numéro 605. La tueuse était entrée dans la chambre de Gale Bertram et on a pensé tout d'abord que c'était lui la taupe, répondit Lisbon.

- Quand Gale Bertram et moi étions tous les deux au centre commercial il m'a dit : « Vous êtes un homme qui a un peu trop tiré sur la corde. » et c'est là que j'ai fais le lien avec la corde qu'avait laissé la tueuse sur le lit. C'est comme ça qu'on en a déduit qu'elle se rendait un étage en dessous au numéro 505 et que la taupe était en réalité Craig O'laughlin.
Cho, te rappelles tu quelle a été l'attitude de la tueuse quand vous êtes rentré dans la pièce ?

- Elle était très calme.

- A-t-elle eu l'air surprise ?

- Pas du tout. Elle nous a sourit et s'est défénestrée très vite, elle avait l'air sûre d'elle.

- Où tu veux en venir Jane ? Lui demanda Lisbon nerveusement.

- Je veux en venir que la tueuse attendait notre venue, elle n'était pas surprise car elle savait qu'on allait essayer de l'appréhender. Elle était prête à mourir, ça faisait parti du plan. Ça signifie que John le rouge savait ce que l'on faisait, il savait que l'on lui tendait un piège. Qui était au courant de notre opération ?

- Seulement nous cinq : Vous, Cho, Grace, Rigsby et moi, répondit Lisbon.

- Comment as t-il pu savoir ce que nous préparions si aucun d'entre nous n'a parlé ? Demanda Jane.

- La seule façon de savoir… eut été que les suspects parlent entre eux…et qu'ils réalisent qu'ils avaient des numéros de chambre différents. Ho mon dieu… murmura Lisbon réalisant les conséquences.

- Quand j'ai commencé à discuter avec Timothy Carter il m'a dit « Quand O'laughlin m'a informé de votre petit piège j'ai été ravi ». Ce qui confirme qu'il savait à l'avance ce que l'on manigançait. Gale Bertram ne m'a pas parlé de corde par hasard. Il l'a dit car il savait que j'arriverai à la conclusion que c'était Craig O'laughlin et non pas lui la taupe. Dans quel but ? Tourner mon attention vers Timothy Carter. Cette rencontre était planifiée, il n'y avait rien d'improvisé. Il m'a dit des choses très personnelles que seul l'assassin de ma famille pouvait connaître. John le rouge l'avait bien briefé au préalable. Comment avons-nous découvert la présence de Carter dans le centre commercial ?

- Parce que j'ai composé le dernier numéro appelé par Craig O'Laughlin, répondit Teresa.

- Si ce jour là Craig n'était pas mort et qu'il avait accomplit sa tâche, c'est à dire tuer Hightower et l'équipe, nous n'aurions jamais pu faire le lien avec Timothy Carter. Ça signifie qu'une chose : Que John le Rouge avait prévu la mort d'O'Laughlin.
Après un bref silence, Jane poursuivit : Entre le moment où j'ai été arrêté et le moment où l'agent de sécurité a pris l'arme et le téléphone de Timothy Carter peu après sa mort il ne s'est écoulé que quelques minutes. Pour moi cela signifie donc qu'il avait des consignes claires, que tout était prévu en amont. John le Rouge avait également prévu que Timothy Carter meurt.
Le plan de John le Rouge était que Timothy Carter aille au centre commercial, me parle et que je le tue. Et la seule chose qui a pu faire que cela arrive c'est que je réalise que la taupe était O'Laughlin et non Bertram.

- Tout ça dans quel but ? demanda Cho.

- Me faire arrêter, faire en sorte que je n'interfère plus dans ses plans, que… j'abandonne. Et il était aux premières loges pour assister à mon arrestation.

- Gale Bertram ne correspond pas à la description physique faite par Rosalind, affirma Lisbon.

- Pouvons-nous considérer la description d'une ancienne maitresse de John le rouge comme étant recevable ? Pour moi elle ne nous a pas dit la vérité, répondit il en se tournant à nouveau vers la jeune femme.
Ce n'est pas tout, il y a d'autres éléments qui me poussent à croire qu'il est John le rouge. La première fois que l'on s'est rencontré outre le fait que j'ai ressenti des ondes bizarres, il m'a appelé « L'enfant prodige » (N/A : Cf saison 3 épisode 01). Seul mon père m'appelait ainsi et Sophie Miller le savait.

- Comment pouvez-vous être à 100% sûr que Bertram est John le rouge ? Il pourrait être un complice, une taupe… Tous ces éléments sont troublants, je suis d'accord Jane, mais qu'est ce que ça prouve ? Demanda Lisbon en se levant pour se tenir à la même hauteur que lui.

- Pas convaincue hein ? "He is mar", ça ne vous rappelle rien ?

- Si bien sûr, répondit-elle. L'affaire Jared Renfrew. Il vous avait contacté pour vous donner des informations sur John le rouge à condition que vous prouviez son innocence concernant le meurtre de sa petite amie. (N/A : Cf. Saison 1 épisode 11). On avait réussi à prouver que c'était sa propre mère l'assassin. Une fois sorti de prison il a disparu au Mexique où nous l'avons retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel tué par John le rouge. Il y avait cette inscription sur le mur. Vous avez découvert ce qu'il a voulu dire ?

- « He is Marine » (N/A : C'est un Marine). Gale Bertram a servi pendant 10 ans dans le corps des marines. Il a cessé ses fonctions militaires en 1998.

- L'année où John le rouge a commencé à tuer… affirma Cho.

- Comment ont-ils pu savoir qu'il était un ancien Marine ? Ce n'est pas écrit sur son front, l'interrogea Lisbon.

- Sur son front non, sur son avant bras gauche oui. Il a un tatouage, un bouledogue.
(N/A : La mascotte du corps des marines est un bouledogue nommé Chesty, adoption qui remonte à la Première Guerre mondiale où, à la bataille du bois Belleau, les Allemands baptisèrent les Marines Teufel hunds : chiens du Diable).

Teresa se laissa choir à nouveau dans son fauteuil.

- C'est Gale Bertram Teresa, ça ne fait aucun doute pour moi, lui dit-il en s'accroupissant devant elle.

- Toutes ses années à travailler pour lui, à lui rendre des comptes…j'ai du mal à le croire, répliqua Lisbon en triturant ses doigts nerveusement.

- Ça a du sens pourtant, reprit Cho. Des cinq suspects restants, il est le plus gradé, il a la position la plus importante. De plus, il était facile pour lui avec sa position de pirater nos ordinateurs, de suivre notre enquête au plus prés. Concernant l'affaire Jared Renfrew, je me souviens qu'il avait justement pris des vacances lorsque nous sommes partis au Mexique.

- Il m'a cité des paroles de Blake un jour, ajouta Lisbon. Je me souviens que ça m'avait étonné ce soir là, j'étais avec Laroche (N/A : Cf. saison 3 épisode 16). Je ne sais plus vraiment, je crois que c'était « lorsque votre tendre cœur s'ouvrira, le voile d'une effroyable nuit se lèvera. ».

- Jane, tu aurais pu le tuer ce soir quand il est arrivé sur la scène du crime, affirma Cho. Pourquoi tu ne l'as pas fait ?

- Parce qu'agir sous l'impulsion aurait été une erreur. Et ça vous aurez mis en danger, dit-il en regardant à tour de rôle Cho et Lisbon. Bret Stiles a été très clair, vous êtes les prochains. Il n'agit pas seul. J'aurais pu le tuer c'est vrai mais ces complices auraient fini le travail.

- Je vais aller chercher Grace et Rigsby tout de suite, déclara Lisbon en attrapant sa veste.

- Non, je vais y aller, affirma l'agent asiatique. Je vais récupérer ta commande au passage, dit-il en regardant Jane.

- Je peux savoir de quoi il s'agit ? demanda Lisbon.

- De quoi leur préparer un petit comité d'accueil au cas où, répondit Jane. Notre ami Cho a quelques relations disons… intéressantes.

- Je vois… les gangs. On peut passer à l'armurerie du CBI j'ai les accès on peut récupérer des armes et du matériel d'écoute, et en plus, c'est légal !

- Ah j'ai oublié de vous dire… Vous êtes virée Teresa, déclara le consultant avant de disparaître précipitamment dans la cuisine.

- Je suis quoi ?!


Une heure s'écoula durant laquelle, Jane et Lisbon restés seuls, commencèrent à ranger les affaires et à préparer un plan d'action pour le lendemain.

- Je n'arrive pas à croire que vous ayez finalement réussi à me faire virer. Je savais que ça arriverait un jour mais quand même…

- Ne vous inquiétez pas, quand tout sera fini, vous retrouverez non seulement votre poste mais avec une promotion à la clé.

Teresa lui fît une moue dédaigneuse et s'apprêtait à lui lancer une réplique cinglante lorsqu'il s'avança vers elle contrariant ses plans.

- Teresa… Je suis désolé pour Virgil. Désolé de ne pas avoir pu être là à vos cotés.

- Merci Jane. Moi aussi je suis désolée… Ils venaient de fixer une date pour le mariage, répondit-elle avec émotion. Jane… ce n'est pas votre faute, ajouta t-elle.

- Si ça l'est, j'aurais du -

Il n'eût pas le temps d'achever sa phrase et lâcha subitement le carton qu'il portait dans un cri de douleur. Elle se précipita vers lui.

- Laissez-moi regarder votre épaule.

- C'est bon Lisbon, la balle m'a juste éraflée, elle n'a pas traversée.

- Laissez-moi regarder quand même. Et détendez-vous, ma mère était infirmière et avec mes trois frères j'en ai vu…

Il commença à déboutonner sa chemise mais s'arrêta dans son élan, incapable de retenir une grimace.

- Laissez-moi faire, dit-elle en s'avançant à sa hauteur.

Elle acheva de défaire les boutons en évitant soigneusement son regard. Voir un Patrick Jane à moitié nu endormi sur son canapé était une chose, mais le dévêtir en était une autre et Teresa ne put s'empêcher de balayer du regard la peau découverte. Son corps était ferme, étonnamment musclé pour quelqu'un qui ne pratiquait pas d'exercice physique… du moins à sa connaissance. Elle l'avait déjà vu torse nu mais dans des circonstances dramatiques alors qu'il avait échappé de peu à la noyade. Elle se laissa distraire à imaginer l'effet de ses doigts sur sa peau, de ses lèvres dans son cou. Elle se reprit lorsqu'elle leva les yeux vers lui. Il l'a regardait avec la même attention mais avec un sourire moqueur aux lèvres. Elle se sentit soudain honteuse : depuis combien de temps le regardait-elle ainsi ? Rougissante, elle fit glisser la chemise en douceur sur les épaules du mentaliste. Concentrée à nouveau sur sa tâche, elle se pencha pour examiner la plaie de plus prés.

- C'est plus profond que ce que je pensais, je vous emmène à l'hôpital. Elle esquissa un mouvement pour se relever mais il lui prit le bras vivement pour la maintenir à la même hauteur que lui.

- Non Lisbon, on ne va nulle part. Faites ce qu'il faut ici, dit-il d'un ton sans appel.

- Je ne suis pas médecin Jane et là vous avez besoin de voir un professionnel, on doit vous faire des points.

- Vous n'avez pas appris la couture quand vous étiez enfant ? lui répondit-il en relâchant la pression sur son bras.

Elle savait qu'elle n'arriverait pas à lui faire entendre raison et qu'au fond, il n'avait pas tort… une fois de plus.

- Je n'ai rien pour anesthésier la douleur, je vais devoir vous désinfecter et vous recoudre à vif, ça va faire très mal.

- Niveau douleur, j'ai connu pire, lui répondit il retrouvant son sérieux.

- Oui … Je ne garantie pas le résultat, répondit-elle doucement.

Elle se leva pour remonter ses longs cheveux dans une queue de cheval puis partit nettoyer ses mains consciencieusement. Elle reprit ensuite sa place, se saisit de l'antiseptique et des compresses puis se redressa à nouveau ramenant son visage à quelques centimètres du sien pour avoir un meilleur angle de vue.

- Je vais y aller, dit-elle recherchant son approbation une dernière fois dans son regard.

- Je suis prêt, lui répondit-il dans un demi-sourire.

Lorsqu'elle versa la solution alcoolisée sur la plaie elle le sentit un instant se tendre sous ses doigts. Sa respiration se fît plus profonde et à partir de ce moment, il garda ses yeux fermés. Durant 15 minutes qui lui parurent interminables, Teresa Lisbon travailla sur sa blessure dans un silence déconcertant. Quand elle risquait un regard sur son visage, elle constatait que le sien restait de marbre et ne trahissait aucune émotion particulière. Déroutée, elle acheva le dernier point et coupa le fil. Elle nettoya alors une dernière fois la blessure et lui banda l'épaule.

- C'est fini, lui dit-elle d'une voix tremblante.

Il rouvrit les yeux pour la voir disparaître précipitamment dans la salle de bain.

Teresa contempla son reflet dans le miroir : Elle avait du sang sur les mains et sur son chemisier blanc. Son sang. Elle le retira vivement et commençait à le nettoyer avec frénésie lorsque brusquement, elle se retrouva quelques années en arrière, au CBI, à genoux devant le corps criblé de balles de Samuel Bosco, l'homme qui fût son mentor, son ami, son amant. Elle essayait en vain de le ranimer, recouverte de son sang, quand des mains fermes se posèrent sur ses épaules.

- Teresa… Teresa…

Lorsqu'elle ouvrit ses yeux, elle constata que Jane était prés d'elle, dans la salle de bain et la regardait anxieusement. Elle ne contrôlait plus ses tremblements et se sentait submergée par toutes les émotions qu'elle avait plus ou moins réussie à contenir jusqu'à présent. Quand elle éclata en sanglot, il s'avança et la serra très fort dans ses bras.

- Chut… Laisse aller, laisse tout sortir, c'est bien…

Sans retenue, elle répondit à son étreinte et nicha son visage au creux de son cou. Incapable de se calmer, elle sentit les mains de Jane caresser avec douceur le haut de son dos puis ses cheveux. Elle ne pouvait pas le voir mais elle le respirait à plein poumon, son odeur si familière se mélangeait à la sienne. Elle pouvait sentir sa peau nue contre la sienne, son souffle régulier contre son oreille.
Elle savait qu'il lui parlait, qu'il lui murmurait des paroles réconfortantes mais elle n'y prêtait pas attention : Il était là, il était en vie et c'est la seule chose qui avait de l'importance.

Avec le temps, Teresa avait appris à se contenter de peu. Durant 10 années, ils s'étaient côtoyés en gardant leurs distances, ils avaient néanmoins réussi à créer entre eux une belle complicité. Un jour lors d'une affaire, Jane avait qualifié leur relation d' « amour platonique ». Ce qualificatif leur collait effectivement à la peau. Il leur été arrivés de s'enlacer mais cela restait très occasionnel et exclusivement à l'initiative de Jane. Elle avait toujours évité au maximum les contacts familiers avec son consultant dont les élans d'affection la mettaient mal à l'aise. Durant toutes ces années elle s'était s'efforcé d'être son amie et pendant longtemps elle avait cru que ça lui suffirait, refoulant les émotions qu'il provoquait en elle.

Il n'aurait pas pu dire combien de temps ils restèrent ainsi, debout, dans les bras l'un de l'autre. Lui aussi semblait dans un état second. Ce n'est que lorsque Teresa finit par s'apaiser et se hissa sur la pointe de ses pieds pour lui parler qu'il sortit de son mutisme.

- Ne … ne me demande plus de te faire du mal…

Jane prit alors son visage entre ses mains et l'étudia attentivement. Teresa Lisbon était d'une pâleur presque surnaturelle, pâleur qui contrastait ses grands yeux verts qui ne lâchaient pas les siens. Ses grands yeux honnêtes et francs…

- Tout va bien, je crois qu'on a besoin de se reposer tous les deux, depuis combien de temps tu n'as pas dormi ? Lui dit-il en essuyant ses larmes.

- Je ne sais pas… deux jours.

- Je vais te montrer où tu peux te coucher.

Quand il relâcha doucement son étreinte, elle interrompit son mouvement.

- Non, reste avec moi.

Ses yeux retrouvèrent les siens. Pas besoin d'être mentaliste pour interpréter son regard. Ce soir elle savait ce qu'elle voulait. Elle n'avait plus envie de jouer, de sauver les apparences, plus rien à faire des règles, ni de John le Rouge. La femme qu'il avait sous les yeux était libre : elle venait de faire sauter les principes et les interdits qui régissaient sa vie.

- Teresa… non, dit-il d'un ton qu'il voulait ferme.

- Pourquoi non ? On en a autant envie l'un que l'autre, enchaina t-elle.

- C'est présomptueux, même de ta part.

- Présomptueux, vraiment Jane ? répondit-elle sentant la colère monter. Tu pourrais me regarder dans les yeux et me dire que j'ai tort ? que tu ne ressens rien pour moi ?

- Tu es mon amie, rien de plus, répondit-il froidement en soutenant son regard.

- Foutaises.

- La journée a été difficile pour chacun d'entre nous, tu as besoin de repos. Ne dis pas des choses que tu pourrais regretter demain, ajouta t-il en prenant ses distances.

- Comme quoi ? comme ce que tu m'as dit quand tu m'as tiré dessus ? répondit-elle menaçante, en se rapprochant à nouveau.

- Teresa s'il te plait, ne fais pas ça…

Tous deux se fixaient comme deux lutteurs cherchant à évaluer les forces de l'autre. Teresa allait répliquer lorsqu'à contrecœur, elle tourna les talons et se dirigea vers la porte.

- Tu es un menteur. Peut-être que tu peux faire croire à qui veux bien l'entendre que tu restes au CBI pour « passer le temps »… Pour moi, tu n'es pas uniquement quelqu'un « qui résout des affaires », ça n'a jamais été que ça, ajouta t-elle sans se retourner.

Elle s'apprêtait à sortir de la pièce lorsque brusquement, il réduisit l'espace qui les séparait. Il prit sa main dans la sienne et la ramena vivement contre lui. La respiration de Teresa s'accéléra en même temps que les battements de son propre cœur. Quand leurs lèvres entrèrent en contact et que leurs souffles se mêlèrent, elle s'abandonna à ses sensations. Sa langue palpita entre ses lèvres avant de s'insinuer à l'intérieur dans une attaque brutale. Son contact velouté le bouleversa et elle le sentit frissonner malgré la chaleur de la pièce.
Patrick Jane était incapable de rassembler des idées cohérentes et surtout incapable de s'arrêter. Il se mit à l'embrasser comme s'il n'y avait plus de lendemain, comme si c'était leur unique chance. Elle répondit à ses baisers avec la même vigueur, ses bras fermement enroulés autour de son cou. Lorsqu'il la plaqua durement contre le mur, ses lèvres abandonnèrent sa bouche pour s'attarder sur son visage, puis son cou ne lui laissant aucun répit. Rapidement ses mains se firent plus demandeuses, explorant sans douceur chaque parcelle de son corps.

Teresa Lisbon ne portait qu'un soutient gorge blanc de sport et son classique pantalon noir : Une tenue qui n'avait rien d'affriolant en soi et pourtant, elle était belle et désirable. Il l'avait toujours trouvé belle. Elle n'avait pas besoin d'artifices particuliers pour se mettre en valeur. Pourtant depuis quelques temps, la jeune femme choisissait ses vêtements avec plus de soin, elle se maquillait davantage et avait adopté une coiffure plus sophistiquée. Ces changements physiques étaient apparus peu de temps après qu'elle ait eu connaissance de son aventure avec Lorelei Martins. Il savait que cette découverte l'avait faite souffrir bien qu'elle est pris sur elle de ne rien laisser paraitre. Patrick Jane connaissait la nature des sentiments qu'elle lui portait depuis longtemps, peut être même avant qu'elle ne les découvre elle-même. Néanmoins, bien qu'il ne l'ait jamais encouragé dans cette voie, la sentir se remettre en question physiquement, inconsciemment pour se rapprocher de ce qu'elle croyait être son idéal féminin, lui avait fait de la peine.
Il aurait aimé pouvoir lui dire qu'à ses yeux, Teresa n'avait rien à envier à la jeune femme de 10 ans sa cadette.

Toute la colère et toute la tension des jours précédents se canalisèrent dans leur échange passionné, presque animal, chacun d'entre eux ne pouvant réprimer ce besoin de se toucher, de se posséder. Teresa Lisbon avait l'habitude d'avoir le contrôle dans ces aventures, c'est toujours elle qui avait donné le rythme. Mais dans les bras de l'homme qu'elle aimait, elle se sentait comme une marionnette, incapable de se raisonner. Lorsque leurs dernières couches de vêtements se retrouvèrent au sol, Teresa enfonça ses doigts dans sa tignasse désordonnée tandis qu'il la soulevait de terre et enroulait sa jambe autour de sa taille. Ils avaient presque atteint le point de non retour lorsqu'elle le sentit soudain hésitant.
Teresa considéra alors ses traits tendus, le battement de son pouls précipité dans la petite veine de son cou.

- Tu veux me rendre dingue ? chuchota t-elle d'une voix éraillée.

- Teresa est-ce que tu es sûre que c'est ce que tu veux ? Je n'avais pas prémédité de te faire l'amour ce soir contre le mur de cette salle de bain…répondit-il sérieusement.

- J'ai besoin de toi ici et maintenant… je ne sais pas comment tout ça va se terminer... La seule certitude que j'ai, c'est que je t'aime, avoua t-elle dans un murmure sans le quitter des yeux.

Ses dernières réticences s'évanouirent sous cette déclaration. Sa bouche retrouva la sienne avec une avidité brutale tandis que ses bras resserrèrent leur emprise sur son corps.

TBC…