Après plus d'un an d'absence (pour en savoir la raison, il y a un message sur mon profil), voici la suite tant attendue. Bonne lecture!
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CHAPITRE 64
Le secret
Poussant doucement la porte pour ne pas que les charnières dénoncent sa présence, Kitty glissa la tête à travers l'embrasure et balaya le corridor des yeux. Le trouvant vide, elle s'y aventura à pas de chat, jetant des regards furtifs autour d'elle en faisant son chemin jusqu'au rez-de-chaussée. Pemberley débordait d'invités, toutes les chambres étant occupées, et Kitty s'était résolue à se lever tôt afin d'éviter les interruptions inévitables que lui imposait sa position dans la maison. En tant que sœur de l'hôtesse, elle se devait d'aider Lizzie à pourvoir aux besoins de tous et à fournir les incessantes distractions requises pour satisfaire une telle foule. Pique-niques, promenades, récitals de musique, prestations dramatiques, jeux, danses…chaque journée enfilait une activité après l'autre, entre-coupées par des repas décadents, pour finalement se terminer aux petites heures du matin. Et bien que Kitty appréciât les bons moments passés avec Jane, Georgiana, Vivianne et Anne, ses pensées étaient occupées entièrement par une autre personne.
Kitty s'était excusée directement après le repas la veille afin de se coucher tôt, mais la nature secrète de son expédition l'avait rendue si anxieuse qu'elle avait passé la nuit à tourner dans son lit. Ce fut un soulagement lorsque le soleil commença enfin à pointer et c'est avec précaution que Kitty s'était levée, laissant une Georgiana profondément endormie derrière elle.
La vue des domestiques vaquant déjà à leur travail ne la surprit pas. Elle les salua d'un sourire et d'un hochement de tête, espérant que l'habitude qu'elle avait de passer par ce même chemin toutes les semaines afin de rendre visite à la veuve Beauchamp serait suffisant pour qu'ils ne se questionnent pas sur l'heure étrange à laquelle elle avait décidé de sortir cette journée-là. Trop tôt pour remplir son panier à partir du garde-manger encore fermé à clé, Kitty dû se contenter de quelques pâtisseries de la veille, laissées sous une cloche sur le plan de travail de la cuisine. Après avoir laissé une note à la cuisinière, elle s'aventura à l'extérieur par la porte arrière.
Une figure l'attendait près du mur de brique, et Kitty sentit son cœur s'emballer brusquement. Patrick se retourna en entendant le crissement de ses bottes sur le gravier et lui offrit un sourire chaleureux, touchant son chapeau du bout des doigts.
-'Bon matin, Miss Bennet.' Il portait son manteau bleu foncé— le seul qu'il possédait— et un foulard de laine protégeait son cou du froid matinal. 'J'espère que vous avez bien dormi.'
-'J'étais si inquiète de ne pas savoir me réveiller à temps pour notre rendez-vous ce matin que je n'ai pas fermé l'œil de la nuit,' avoua-t-elle avec un petit rire nerveux. Elle lui emboîta le pas, prenant la route menant vers le village. 'Encore une fois, je vous suis infiniment reconnaissante de me rendre ce service. J'ai grandement abusé de votre générosité dernièrement.'
Son secret, qu'elle gardait depuis déjà deux semaines, n'était connu que de lui et d'Evelyne. Même Georgiana, à qui elle ne cachait habituellement rien, ne connaissait pas l'étendue de la déception dont elle avait usé pour garder sa promesse envers Edwina. Lorsqu'elle avait élaboré son plan, Kitty avait pris une chance en approchant Patrick. Sa surprise avait été grande lorsqu'il avait accepté de l'aider, sans même poser de questions sur ses motifs. Il avait seulement demandé la date et l'heure, puis ce qu'elle espérait de lui.
Après s'être assurée qu'Evelyne était d'accord pour prendre Edwina sous son aile, Kitty avait demandé à Patrick de revêtir le plus bel habit qu'il possédait, soit un ensemble que Darcy lui avait donné pour les occasions spéciales à Pemberley, et de se rendre chez Mrs Fox pour récupérer sa nièce en se faisant passer pour le maitre de Pemberley. La ressemblance entre les demi-frères étaient assez frappantes pour que la vieille femme, qui perdait peu à peu la vue si l'on pouvait en croire l'épaisseur de ses binocles, n'y voit que du feu.
Dieu avait certainement entendu ses prières puisque Patrick était revenu quelques heures plus tard avec Edwina assise sur ses genoux. La jeune femme avait été étonnée de voir que la fillette s'était blottie contre lui, un inconnu, comme si elle lui faisait déjà confiance. Lorsqu'Edwina avait aperçu sa tante, son visage s'était aussitôt illuminé et elle s'était jetée dans ses bras dès qu'elle fut mise à terre. Il avait été difficile de la laisser chez Evelyne cette journée-là, surtout en voyant la déception dans les yeux de l'enfant, et Kitty s'était assuré de respecter sa promesse de la visiter le plus souvent possible depuis.
-'N'en pensez rien, Miss Bennet. Il me fait plaisir de vous rendre service.' Gardant une distance respectueuse entre eux, comme chaque fois qu'il l'accompagnait chez la veuve Beauchamp, Patrick croisa les mains derrière son dos. 'Et puis, votre nièce a besoin de vous. Je ne pourrais pas en bonne conscience refuser de vous escorter jusqu'à elle. J'ai d'ailleurs pris la liberté de la visiter quelques fois pendant votre absence, afin de m'assurer de son bien-être, j'espère que vous n'y voyez pas d'inconvénient.'
Touchée par cette attention, Kitty leva des yeux reconnaissants vers lui. 'Merci, je me sentais si mal de ne pas pouvoir me libérer pour aller la voir. Comment va-t-elle? Fait-elle encore des cauchemars?'
Il hocha sombrement la tête. 'C'est malheureusement le cas.'
Poussant un long soupir, Kitty plongea la main dans son manteau afin d'en sortir une petite poupée de chiffon. Elle lui avait fait une robe jaune, la couleur préférée de sa nièce. 'J'espère que ceci pourra l'aider. Je l'ai terminé hier soir. J'en avais une similaire quand j'étais enfant et je ne dormais jamais sans elle.'
Patrick prit le jouet avec intérêt. 'Elle vous ressemble,' remarqua-t-il après un moment.
-'Je me suis dit que cela pourrait la rassurer qu'elle soit à mon image, comme si j'étais avec elle tous les jours.'
Patrick lui offrit un autre sourire, qui ne fit qu'alimenter cette sensation étrange en elle. Il caressa les fils de laine brune qui adornait le crâne de la poupée du bout des doigts 'Une excellente idée et un excellent travail. Elle appréciera, de cela je n'ai aucun doute.'
Comme chaque fois qu'elle était en la présence du jeune homme, les pensées de Kitty s'emballèrent sans avertissement. Soudainement, elle souhaita être cette poupée pour ressentir la douceur des doigts de Patrick dans ses cheveux. L'image la fit frissonner de la tête aux pieds.
-'Avez-vous froid?' s'inquiéta-t-il aussitôt, l'obligeant à s'arrêter en l'agrippant gentiment par le bras. 'Le vent est glacial ce matin.'
Ayant tout sauf froid, Kitty ne le contredit cependant pas. Elle hocha de la tête, espérant que son compagnon interprète la rougeur de la peau de son visage comme étant une conséquence de la température et non des sentiments qui rageaient en elle.
-'Tenez, prenez ceci,' dit-il, s'empressant de dérouler le foulard autour de son cou afin de l'enrouler autour du sien. 'Mieux?'
Une odeur boisée, légèrement musquée, lui monta aux narines, et Kitty dû faire un effort colossal pour ne pas l'inspirer profondément. Malgré l'étourdissement qui menaçait de lui faire perdre l'équilibre, elle approuva d'un nouveau hochement de tête et se remit à marcher. Ses réactions en la présence de Patrick commençaient réellement à être un handicap. Avant son voyage à Longbourn, Kitty avait remarqué l'attirance qu'elle éprouvait à l'égard de l'Irlandais. Après tout, il était bel homme et possédait une disposition chaleureuse et agréable. Sa courtoisie et ses constantes attentions, que ce soit envers elle ou Evelyne et ses enfants, et maintenant Edwina, ne manquaient pas de le faire monter dans son estime. Si tout d'abord elle avait cru que le sentiment qui prédominait en elle était la reconnaissance, elle se demandait maintenant si son cœur n'était dangereusement près de se mêler de toute cette histoire.
-'Votre sœur prend-elle du mieux?' s'enquerra Patrick après une minute de silence. 'Mr Darcy me disait hier que le médecin devait passer à nouveau en après-midi. Il semblait très préoccupé.'
Contente du changement de sujet, Kitty avoua : 'Nous le sommes tous, pour être franche. Elle est si pâle et si faible. Le Dr Baker a augmenté sa dose de tonique et lui a ordonné de se reposer plusieurs heures par jour, mais selon lui un repos quasi complet sera de mise et ce pour plusieurs semaines, voire mois.'
La culpabilité rattrapa Kitty à ce moment. Elle savait très bien qu'elle ne serait pas de retour à temps pour aider Elizabeth dans ses tâches, mais avec Jane, Georgiana et Vivianne comme support, son absence ne se remarquerait peut-être pas autant. Edwina avait besoin d'elle et elle ne pouvait passer une journée de plus sans la voir.
-'Et quel est le diagnostic?'
-'Une déficience du sang, selon lui.'
Ils approchaient du cottage d'Evelyne maintenant et Kitty pouvait entendre des voix à travers la fenêtre entrouverte. Elle pressa le pas, impatiente de voir sa nièce. Edwina était assise à la table, les yeux encore lourds de sommeil. Elle attendait patiemment que le petit-déjeuner soit servi, et son attitude effacée contrastait avec l'excitation des autres enfants. Malgré sa timidité, Kitty fut soulagée de voir qu'elle les regardait avec une prudente curiosité, le coin de sa bouche se soulevant légèrement lorsque l'aîné, Johnny, raconta une histoire rocambolesque à propos d'un chien, d'un âne et d'une souris.
-'Bonjour les enfants,' s'annonça Kitty avec un grand sourire. Elle déposa son panier près de la porte et ne prit même pas la peine d'enlever son manteau avant de se diriger vers sa nièce.
-'Tante Kitty!' s'exclama-t-elle la fillette en se précipitant vers elle. Kitty répondit à l'étreinte avec autant de ferveur qu'elle en reçu et souleva l'enfant pour la prendre dans ses bras.
-'Tu as été sage, Edwina?' lui demanda-t-elle gentiment. 'Tu as bien écouté les consignes d'Evelyne?'
Elle hocha véhément de la tête, puis son sourire se transforma en air piteux. 'En fait, j'ai fait une seule bêtise. S'il-te-plaît, ne sois pas fâchée, tante Kitty.'
Prenant un peu de recul pour mieux la voir, Kitty caressa doucement sa joue. 'Quoi que tu aies fait, je ne serai pas fâchée, je te le promets.'
Edwina hésita un moment, puis baissa honteusement la tête. 'J'ai voulu ramasser des fleurs, pour les offrir à Mrs Evelyne, donc je suis allée dans le champ à côté. J'ai fait un gros bouquet.' Elle pointa ledit bouquet, dont les fleurs étaient maintenant tombantes et fanées. 'Je ne connais pas beaucoup les fleurs, et j'ai trouvé de l'ar…de l'ir…' Elle tourna la tête vers Evelyne pour la réponse.
La jeune mère pinça les lèvres pour s'empêcher de rire. 'Ortie.'
-'De l'ortie,' se corrigea l'enfant. Elle souleva sa main pour lui montrer ses doigts; l'index et le pouce étaient enflés et rouges. 'J'ai essayé de ne pas pleurer, mais je n'ai pas réussi.'
-'Elle a été très courageuse,' l'encouragea Evelyne, caressant ses cheveux affectueusement. 'Et cela a été créé la parfaite occasion pour une leçon en botanique.'
-'Je n'aime pas l'ortie,' déclara Edwina d'une petite voix. 'Mais j'aime bien la botanique.'
Kitty embrassa le bout de ses doigts et lui sourit. 'À ma prochaine visite, je t'apporterai un livre sur les fleurs.'
Après un moment, elle reposa sa nièce afin de la laisser manger. Evelyne servit de généreuses portions et Kitty fit le bonheur de tout le monde en leur offrant les pâtisseries.
-'Elle ne parle que lorsque vous êtes là,' lui confia Evelyne lorsque Kitty prit bébé Kathy dans ses bras pour laisser les mains libres à son amie. 'Mais je ne perds pas espoir qu'elle saura s'ouvrir à nous aussi d'ici peu.'
-'Mr O'Shee me disait qu'Edwina faisait toujours des cauchemars. J'espère qu'elle ne t'empêche pas de dormir.'
La jeune mère eut un petit rire. 'Ne vous inquiétez pas pour moi, j'y suis habituée. Je n'ai pas eu une seule nuit complète depuis la naissance de Johnny.'
Patrick, qui était allé chercher de la tourbe, pénétra dans la petite maison et se dirigea vers le foyer pour alimenter le feu. Lorsque ce fut fait, il s'épousseta brièvement avant de répondre à l'invitation des enfants de les rejoindre à la table. Kitty l'observa prendre place près d'Edwina et fut surprise de voir l'enfant grimper sur ses genoux sans hésitation, lui offrant même une bouchée de son porridge. Il accepta gracieusement et feignit se brûler la langue, ce qui fit éclater de rire les enfants.
Evelyne secoua la tête, un sourire aux lèvres. 'Patrick prend son rôle de protecteur bien à cœur. Il vient nous rendre visite presque tous les jours, et s'assure que nous ne manquons de rien.'
-'Avez-vous besoin de plus?' demanda Kitty, soucieuse de lui offrir tout ce dont elle aurait besoin. 'Vraiment, Evelyne, vous devez me le dire, je peux apporter plus de nourriture—'
-'Oh, Kitty, je ne pourrais accepter une seule chose de plus de votre part,' l'interrompit gentiment la femme. 'Vous nous offrez déjà beaucoup. Nous sommes comblés et prendre soin de votre nièce est la moindre des choses que je puisse faire pour vous remercier de tout ce qui vous avez fait pour nous depuis l'inondation.'
-'Vous êtes sûre que ce n'est pas trop? Quatre enfants, en plus d'un nourrisson…c'est beaucoup pour une seule personne.'
-'Vous m'avez aidé lorsque j'avais besoin, et cela me fait plaisir de vous rendre la pareille. Et puis, Patrick et vous prenez si bien soin de nous, de quoi pourrions-nous nous plaindre?'
Kitty serra la main de son amie. 'Merci.'
La poupée fut un franc succès auprès d'Edwina, qui se fit un plaisir de la montrer à Johnny et Maude, avant de la garder bien serrée dans le creux de son bras. Cette seule interaction rassura grandement Kitty, qui se demandait souvent si elle avait pris la bonne décision à son égard. De la voir peu à peu s'ouvrir à d'autres enfants lui prouva à nouveau que son instinct avait eu raison. Les chances qu'Edwina s'épanouissent dans un environnement sécuritaire et remplit d'amour, là où Kitty pouvait lui rendre visite régulièrement, était la meilleure solution en attendant qu'elle trouve le moyen de l'avoir avec elle de manière permanente. Elle n'avait pas oublié la discussion qu'elle avait eu avec Darcy, mais elle refusait de croire qu'il n'existait aucune autre solution à son problème.
-'Edwina possède une grande maturité pour son âge, mais elle est si…grave,' commenta Evelyne d'une voix songeuse. 'Si sérieuse.'
Songeant à la vie que sa nièce avait vécue depuis sa naissance, Kitty ne pouvait qu'approuver cette observation. 'Avec une mère comme ma soeur Lydia, puis son expérience à l'école, elle a appris à prendre le moins de place possible.'
-'J'imagine que ce ne doit pas être facile pour elle, tous ces changements en si peu de temps.' Evelyne fronça les sourcils. 'Elle ne parle jamais de sa mère, comme si elle n'en avait aucun souvenir.'
Ravalant la boule d'émotion dans sa gorge, Kitty poussa un soupir. 'Elle se souvient d'elle, mais je ne crois pas que ce soit des souvenirs très heureux. En ce moment, pour elle le silence est probablement encore son meilleur allié. C'est ce qui lui emmenait le moins d'ennuis, que ce soit avec Lydia, mes parents ou même les sœurs à l'école qu'elle a fréquentée.' Après un moment de réflexion, Kitty ajouta, 'Je suis la seule personne constante dans sa vie maintenant. Et je ferai tout pour qu'elle ne soit plus jamais traitée comme un fardeau.'
Trop tôt à son goût, Kitty dût se remettre en route. Elle serra longuement Edwina dans ses bras, lui promettant de revenir la voir le plus tôt possible, et retint tant bien que mal ses larmes lorsqu'elle vit la lumière dans les yeux de l'enfant s'éteindre. Ce n'est que lorsqu'elle fut hors de vue du petit cottage que quelques-unes s'échappèrent malgré elle.
-'Tenez.'
Kitty baissa les yeux vers la main tendue de Patrick, dans laquelle se trouvait un mouchoir blanc. Elle hésita un moment, puis le prit pour essuyer ses joues. Tout comme le foulard qu'elle portait toujours, l'odeur masculine lui chatouilla les narines.
-'Merci. Pour tout,' précisa-t-elle. 'Je ne vous le dirai jamais assez, Patrick, mais votre support dans cette histoire est très apprécié.'
Peut-être était-ce le froid, mais Kitty crut voir deux ronds roses apparaitre sur les joues de son compagnon. 'Et comme chaque fois que vous soulevez le sujet, je vous répondrai que votre confiance dans cette situation est un honneur.' Il hésita. 'Miss Bennet…avez-vous songé à ce que vous direz à Mr Darcy lorsqu'il découvrira qu'Edwina n'est plus chez Mrs Fox?'
Kitty se mordit la lèvre. 'Eh bien…non.' Après un moment, elle osa poser la question qui lui brûlait les lèvres. 'Pensez-vous que j'ai bien fait?'
-'Je pense que vous avez fait ce que vous pensez être le mieux pour Edwina.'
Reconnaissant la diplomatie dans la tournure de ses mots, Kitty expira longuement. 'Mais vous croyez que je n'aurais pas dû la retirer de la garde de Mrs Fox.'
Elle dût attendre un moment avant d'avoir une réponse. 'Vous connaissez votre nièce mieux que moi, Miss Bennet. Et je crois qu'Evelyne est un excellent choix pour lui offrir l'amour et la patience dont elle a besoin en ce moment. Cependant…' Il hésita. 'Les conséquences de cet acte auront probablement plus de répercussions que vous pensez. Mrs Fox était une femme respectable et son éducation aurait pu offrir certaines opportunités à Edwina une fois adulte. Elle n'aurait peut-être pas eu l'affection dont elle a tant besoin, mais elle aurait eu des prospects, aussi peu soient-ils.'
Kitty avait pensé à tout cela avant de prendre sa décision et sa résolution tint bon. 'À quoi bon des prospects si la lumière en soi est éteinte? Est-ce une vie que de vivre sans étincelle?'
-'Non,' répondit Patrick, sans hésitation cette fois. 'Cependant, ce n'était pas à vous de faire ce choix.'
Une colère surprenante monta en elle. 'Et à qui appartenait-elle? Fitzwilliam? Ma sœur? Mon père? Edwina ne représente qu'un poids pour eux, alors pourquoi devraient-ils être ceux qui ont son avenir entre leurs mains?'
-'Je n'ai pas écrit la loi,' se défendit le jeune homme.
Kitty s'arrêta brusquement pour lui faire face. 'Alors pourquoi m'avoir aidé? Pourquoi avoir accepté de vous rendre chez Mrs Fox et de vous faire passer pour Mr Darcy afin de récupérer ma nièce si vous saviez que ce n'était pas la meilleure option pour elle?'
-'Parce que vous me l'avez demandé,' dit-il simplement. 'Et que c'était important pour vous.'
Avalant avec difficulté, Kitty se sentit rougir sous la sincérité de ses mots et la douceur de son regard. Son cœur s'emballa à nouveau, battant avec une force douloureuse contre sa cage thoracique. Lorsqu'il baissa les yeux pour les fixer sur ses lèvres, sa respiration s'accéléra et elle l'imita incapable de retenir les questions qui lui traversèrent l'esprit. Quel effet ferait-il de l'embrasser? Ses lèvres seraient-elles douces et chaudes? Goûteraient-elles le porridge ou les pâtisseries aux pommes?
Le temps s'arrêta un moment. Tous les sons s'estompèrent, ne laissant que le tambour de son cœur pulser dans ses oreilles. Ses pensées se bousculèrent au point qu'elle ne sut plus comment parler ni réfléchir.
-'Miss Bennet…' murmura Patrick d'une voix rauque, se rapprochant d'un pas. Il glissa une main le long de sa mâchoire, caressant sa joue avec son pouce. 'Kitty…'
Son nom, prononcé d'une manière si intime, tourna ses jambes en gelée. Titubant légèrement, elle chercha à retrouver l'équilibre, mais rien ne se trouvait à sa portée. Glissant un bras autour de sa taille, Patrick l'appuya contre lui, lui redonnant ainsi sa balance, mais empirant le brouillard de son esprit. Elle savait que ce qui se passait était mal et qu'elle devait mettre de la distance entre eux, mais elle n'arrivait pas à se souvenir pourquoi. Pourquoi devait-elle résister à cette attirance indéniable? Pourquoi devait-elle repousser cet homme, qui dans les dernières semaines avait été pour elle un ami, un confident, un complice?
Patrick remonta son regard vers le sien, une question – non, une supplication – brillant dans ses prunelles. Il voulait sa permission pour l'embrasser, pour sceller ce moment à jamais entre eux. Les paupières de Kitty se fermèrent malgré elle, son visage s'inclinant vers l'arrière.
Lorsque les lèvres de Patrick touchèrent les siennes, la sensation que Kitty ressentit fût indescriptible. Chaud et empreint de douceur, ce baiser l'enveloppa comme une couverture un soir d'hiver. Il traduisait bien plus que ce que les mots auraient pu lui dire. Du désir, de l'affection, de l'impatience. Sa paume, brûlante contre la peau de son visage, tremblait légèrement, comme s'il faisait tout son possible pour ne pas perdre le contrôle. Kitty se sentit légère comme le vent, prête à s'envoler, mais la proximité du corps de Patrick l'ancrait bien sur terre.
Le moment fut brusquement brisé par le hennissement d'un cheval. Le bruit s'immisça dans le tourbillon de sensations que ressentait Kitty et la réveilla comme une gifle au visage. Elle repoussa Patrick soudainement, choquée par son comportement. Parcourant des yeux leur entourage, elle fut soulagée de voir que le bruit venait de l'autre côté d'une colline et que personne n'avait été témoin de ce moment.
Comment avait-elle pu consentir à ce qu'il prenne une telle liberté avec elle? Kitty aurait pu se faire violence tellement la culpabilité fut rapide et destructrice en elle.
-'Kitty…' commença Patrick, tendant les bras vers elle avec inquiétude. Kitty leva la main pour l'en dissuader. Il s'immobilisa aussitôt, mais son regard trahissait la douleur de son geste. 'Nous n'avons rien fait de mal.'
L'emprise qu'il avait sur ses sens était dangereuse. Il avait raison, les sensations qu'elle avait ressenties avaient été tout, sauf mal, et c'est exactement la raison pour laquelle elle devait fuir et vite. Ce qu'ils venaient de faire aurait pu ruiner sa réputation et détruire tout le travail qu'elle avait fait pour ne pas ressembler à Lydia.
Lydia, qui avait jeté la honte sur leur famille pas une, mais deux fois. Qui avait détruit son mariage, puis achevé leur mère en vendant son corps pour le luxe que lui offrait Lord Gillingham. Lydia, qui n'avait jamais songé que ses gestes avaient de lourdes conséquences. Des gestes comme celui que Kitty venait tout juste de commettre.
Horrifiée par cette réalisation, Kitty recula de quelques pas avant d'agripper sa robe et de se mettre à courir.
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Un petit chapitre en toute simplicité, après autant de temps à ne pas travailler sur cette histoire. Merci de votre patience, je sais que le temps se fait long entre les chapitres, et merci de votre indulgence, puisque je n'ai pas pris le temps de réviser autant de fois que je le fais habituellement! Je préférais vous offrir la suite de l'histoire plutôt que d'attendre encore plusieurs semaines avant de pouvoir avoir le temps de le retravailler. J'espère que vous avez apprécié ce petit moment entre Kitty et Patrick, parce que moi, j'avais vraiment hâte d'écrire cette scène!
À la prochaine!
