Harry avait rarement eu l'occasion d'examiner sur le temps long une divergence entre son passé et le nouveau monde - une qu'il n'avait pas volontairement provoquée, en tout cas. En effet, il se souvenait distinctement que la première fois, après la deuxième tâche au fond du lac, Ron avait passé une bonne partie de son temps à fanfaronner et à profiter de la popularité qu'il avait, en partageant pour une fois la vedette avec Harry et en ayant même renoué avec Padma Patil, qui avait pourtant terminé le bal de noël de l'époque encore plus désabusée vis-à-vis de lui que Parvati vis-à-vis de Harry.
Or, comme cette fois-ci Ron n'était pas sorti du lac, l'absence crue de ce phénomène s'imposait à Harry comme une évidence. Harry faisait l'objet de la même popularité qu'avant - quoiqu'un peu moins puisqu'il n'avait pas sauvé deux prisonniers cette fois-ci - en attirant à lui les regards fiers des Gryffondor, envieux des autres maisons, et admiratifs des plus jeunes. Il savait comment éviter les sirènes d'une popularité excessive, en ayant vécu une vie entière sous des conditions comparables, mais il commençait à s'en lasser. Enfin, plus que six mois avant la fin du Tournoi.
Une autre chose qui l'avait assez surpris, c'était de ne pas subir le même genre de raillerie, concernant le fait de devoir sauver Ginny, qu'Hermione avait reçu après avoir été sauvée par Krum la première fois, et qu'il imaginait que Cho et Cédric avaient dû vivre aussi. En fait, il avait constaté qu'Hermione n'en faisait plus l'objet non plus. En y réfléchissant, Harry déduisit qu'il devait apparaître comme normal qu'un partenaire de bal de champion soit le prisonnier qu'il doive sortir du lac : c'était le cas pour trois champions sur quatre, après tout.
Et justement, Harry commençait à se rendre compte de ce que cette exception pouvait engendrer comme rumeurs, extrapolations et ressentiment. Il n'en avait pas discuté avec Ron, pour ne pas aggraver la situation - connaissant Ron, accepter la compassion des autres pour ses propres problèmes était la pire humiliation - mais il se rendait bien compte que, en plus de ne pas être euphorique et populaire, Ron était plus taciturne et sombre qu'avant la deuxième tâche.
De plus, les mêmes que Harry n'entendait pas faire de réflexions à Hermione, Ginny ou Harry lui-même, Harry les entendait parfois ricaner derrière le dos de Ron ou de Fleur. Et autant Fleur avait cette stature d'indépendance permanente et se satisfaisait très bien de ne pas avoir d'amoureux dans les pattes, autant Harry espérait vraiment que les railleries à propos de Ron s'étoufferaient vite sans qu'il n'en entende parler.
Harry se faisait ces sombres réflexions en regardant la neige tourbillonner dans le vent à travers les fenêtres de la salle commune. Le bourdonnement habituel des discussions étouffait les perturbations et l'aidait à se concentrer.
Une dernière chose qu'il devait considérer, en conséquence de la deuxième tâche, était sa relation avec Ginny. Les… événements de la soirée de noël avait accaparé son attention au point qu'ils n'avaient pas vraiment continué la relation qu'ils avaient entamé lors du bal. Mais après l'avoir sortie du lac, ce qu'elle lui avait dit, le baiser qu'elle avait déposé sur son cou… Harry était tenté de reprendre les choses où il les avait laissées.
Il avait hésité à lui proposer de passer ensemble la prochaine sortie à Pré-au-Lard, mais il savait d'avance qu'elle serait utilisée pour aller voir Sirius. Il attendrait donc une autre occasion.
Quelques jours plus tard justement, le matin de la veille de la sortie, le hibou de l'école que Harry avait envoyé revint porter la réponse de Sirius, conforme aux souvenirs de Harry, qui leur donnait rendez-vous derrière chez Derviche et Bang.
Il laissa Hermione s'émouvoir du retour de Sirius à Pré-au-Lard, et la rassura en pointant l'absence de Détraqueurs et la débrouillardise habituelle de Sirius. Ron fit peu de commentaires, et resta occupé sur son petit déjeuner. Lorsqu'ils descendirent tous les trois vers les cachots pour leur cours commun de potions avec les Serpentard, Harry avait le cœur léger. Tout comme vingt-cinq ans plus tôt à la même époque, il avait hâte de revoir son parrain.
Le début du cours de potions se passa de manière aussi ennuyeuse que d'habitude, laissant Harry dans ses pensées… jusqu'au moment où il se ressaisit soudainement. Un cours de potions sans événements ? Ce n'était pas ce dont Harry se souvenait !
Il fouilla ses souvenirs tout en pilant les scarabées nécessaires à la potion d'Aiguise-Méninges. Oui, c'était ça. Les Serpentard qui ricanaient, Rogue qui les humiliait devant la classe… à cause d'un article de journal ! Sorcière-Hebdo, où Rita Skeeter répandait des sulfureuses rumeurs sur Hermione et Harry, et révélait en partie des informations qu'elle avait volées à Hermione et Viktor concernant leur relation à eux.
Harry arbora un grand sourire, qu'il masqua en baissant la tête vers son pilon. Rita Skeeter… voilà enfin quelque chose dont il était fier. Ses efforts pour la rendre hors d'état de nuire avaient visiblement porté leurs fruits.
Harry se rappela soudain de ce qui se passait ensuite. Rogue le plaçait en face de lui, au premier rang, et le menaçait de lui faire avaler du Veritaserum à son insu, en l'accusant de lui avoir volé la Branchiflore…
Harry releva les yeux et croisa un instant le regard du maître des potions, toisant la classe de son air acéré habituel. En détournant les yeux vers sa préparation, il constata qu'il n'y avait vu que le mépris habituel, et pas la colère froide que Rogue lui avait manifesté ce jour-là. Le fait d'avoir pris la branchiflore plusieurs mois en avance, et sans que ça se remarque contrairement à Dobby, avait visiblement suffi pour que Rogue ne fasse pas le rapprochement. Très bien…
Harry était très satisfait que ce cours se passe plus tranquillement que la première fois. En se repassant les événements dans la tête, il se rappela de l'insupportable lecture de l'article et de ses mensonges à l'eau de rose sous les ricanements des Serpentard, Rogue qui l'accusait de choses qu'il n'avait pas faites - alors qu'ironiquement cette fois-ci Harry avait volé quelque chose dans son bureau - et qui le menaçait, Harry qui avait peur de voir ses sentiments pour Cho révélés publiquement, et enfin…
Karkaroff toqua à la porte, et entra dans la pièce. Après avoir murmuré furieusement quelques mots avec Rogue, il resta debout près du tableau noir, bras croisés, en attendant la fin du cours. Harry savait ce qu'il voulait lui montrer : la Marque des Ténèbres qu'il avait sur le bras, et qui était devenue plus nette et douloureuse. Harry replongea vers le contenu de son chaudron. Inutile d'essayer de rester à la fin du cours pour les écouter, cette fois. Il s'éclipsa avec le reste des élèves.
Le lendemain, Harry, Ron et Hermione quittèrent le château à midi, sous le faible soleil aux reflets argentés qui illuminait le parc. Le temps se montra plus clément qu'il ne l'avait été depuis le début de l'année et, lorsqu'ils arrivèrent à Pré-au-lard, tous trois avaient ôté leurs capes qu'ils avaient jetées sur l'épaule. Harry peinait un peu sous le poids de son sac, qui contenait un jambon entier, accompagné de quelques cuisses de poulet, d'un gros pain aux céréales et d'une flasque de jus de citrouille. Toutes ces victuailles étaient pour Sirius : la lettre qu'il avait envoyé leur demandait d'apporter autant de provisions qu'il pouvait, et Harry en avait encore ajouté en passant par les cuisines avant de partir.
Après avoir fouiné dans quelques magasins, ils se dirigèrent vers l'endroit du rendez-vous, un chemin qui s'éloignait du village, zigzaguant dans les champs pour se diriger vers les montagnes. Enfin, en atteignant une clôture au détour d'un virage, Harry aperçut la silhouette du chien qu'il attendait. Il sourit.
— Bonjour, Sirius, dit-il en passant la main derrière ses oreilles.
Sirius flaira le sac avec envie et les mena avec enthousiasme vers la pente rocailleuse de la montagne. La montée vers son repaire fut longue, mais Harry ne sentait pas la fatigue. Il ne pensait qu'à revoir son parrain.
Après s'être faufilés dans l'étroite fissure où Sirius s'était glissé, ils retrouvèrent dans la caverne fraîche et sombre. Buck, l'hippogriffe, les attendaient, attaché au mur de la grotte par une corde. Pendant qu'Hermione et Ron allaient caresser Buck, Harry regarda Sirius reprendre sa forme humaine.
Son coeur se serra en voyant la robe en lambeaux de laquelle il était vêtu, et la maigreur de son corps et de son visage. Ses cheveux étaient encore plus longs que la dernière fois qu'il l'avait vu, dans la cheminée, avant la première tâche. Sans réfléchir, il se jeta sur son parrain pour le serrer contre lui.
Sirius fut un peu surpris, mais lui rendit son étreinte avec chaleur et tendresse. Harry pouvait enfin serrer entre ses bras celui qui l'avait manqué pendant vingt-trois ans, après sa mort au Département des Mystères. Il se détacha doucement de son parrain en retenant ses larmes. Sirius affichait un sourire surpris et lui ébouriffa les cheveux. Harry lui rendit son sourire, les yeux pleins d'étoiles.
— Ça va, Harry ? demanda Sirius.
Harry hocha la tête en haussant les épaules.
— Je suis content de te revoir, répondit-il évasivement. Tiens, regarde tout ce qu'on t'a pris.
Harry devinait Hermione et Ron qui devaient s'étonner derrière lui, mais n'en tint pas compte. Il sortit les victuailles de son sac, observant avec satisfaction les yeux de Sirius qui s'écarquillaient.
— Du jambon ! Du pain ! Du poulet ! s'écria-t-il d'une voix rauque.
Il se saisit d'un pilon et le dévora.
— Jusqu'à maintenant, j'ai surtout mangé des rats. Je ne peux pas me permettre de voler de la nourriture à Pré-au-Lard, je risquerais de me faire repérer.
Harry vit les fibres de poulet dépasser de son sourire et pouffa de rire.
— Tu arrives à tenir le coup ? demanda Hermione avec une pointe d'inquiétude dans la voix.
— Mais oui, de toute façon je fais mon devoir de parrain. Ne t'inquiète pas pour moi, je fais semblant d'être un gentil chien errant.
Devant l'expression anxieuse de Harry et d'Hermione, il reprit un ton plus sérieux.
— Je tiens à être sur place. Ta dernière lettre, toutes ces histoires… Enfin, disons que les choses paraissent de plus en plus louches. Je récupère La Gazette à chaque fois que je vois quelqu'un la jeter, et apparemment, je ne suis pas le seul à m'inquiéter.
Harry aperçut le tas de numéros jaunis de La Gazette du Sorcier sur lequel Sirius avait jeté le numéro qu'il avait porté dans sa gueule. Il n'y avait même pas fait attention.
— Et si tu te fais prendre ? Si quelqu'un te voit ? demanda Hermione.
— Vous êtes les seuls à savoir que je suis un Animagus, avec Dumbledore, répondit Sirius.
Pendant ce temps, Harry avait jeté un œil parmi les journaux, et remarqué les gros titres sur Croupton et sur Jorkins, la sorcière du ministère que Voldemort avait tué en Albanie. Il les montra à Ron qui haussa vaguement les sourcils pour lire avec lui.
— Quand on les lit, commenta Sirius en voyant ce à quoi ils s'intéressaient, on a l'impression que Croupton est en train de mourir : entre le fait qu'on ne l'ait pas vu en public depuis le mois de novembre, sa maison réputée déserte, Ste Mangouste qui ne commente pas… mais, tout d'un coup, il est à Poudlard en plein milieu de la nuit ?
— En tout cas, il avait l'air mal en point depuis quelques temps, dit Harry. Lorsque mon nom est sorti de la Coupe, il avait déjà l'air un peu chancelant.
— Mon frère est l'assistant de Croupton, marmonna Ron à l'attention de Sirius. D'après lui, c'est du surmenage.
— Peut-être à cause de ce qui s'est passé à la Coupe du Monde, dit Hermione. Toute cette histoire avec son elfe qui fait apparaître la Marque des Ténèbres…
Sirius haussa les sourcils.
— Comment ça ?
Hermione raconta alors l'histoire de ce qui s'était passé cette fois-là - celle qu'Arthur Weasley leur avait rapportée : Winky retrouvée sous la marque, avec une baguette volée, renvoyée par Croupton en esquivant les griffes des services judiciaires du Ministère, et finissant à Poudlard. Harry se garda bien de l'interrompre, de peur de mélanger les deux versions qu'il connaissait des événements. Sirius s'était mis à faire les cent pas dans la caverne.
— L'elfe de Croupton… elle fait apparaître la Marque des Ténèbres, et lui arrive à étouffer l'affaire… En tout cas, c'est bien du Croupton : tout pour protéger sa carrière, et sans état d'âme pour tous ceux sur qui il peut exercer son pouvoir.
Hermione haussa les sourcils.
— Ah bon, à ce point là ? demanda Ron.
— Même avant la Marque, il était déjà un peu sec avec Winky, rappela Harry, il l'avait envoyée lui réserver une place dans la loge officielle, alors qu'elle avait le vertige et qu'il n'est même pas venu.
Il s'était rendu compte qu'Hermione avait oublié de le préciser. Sirius haussa un sourcil et hocha la tête.
— Pour ce qui est de la sévérité et des magouilles, oui c'est bien du Croupton, déclara-t-il. Par contre, pour le reste, c'est plus étonnant. Toutes ces absences… Il prend la peine de demander à son elfe de lui garder une place pour la finale de la Coupe du Monde de Quidditch, mais il ne vient pas regarder le match. Il travaille avec acharnement pour faire renaître le Tournoi des Trois Sorciers, mais il ne vient pas non plus y assister… Ça ne ressemble pas à Croupton. Si, au cours de sa carrière, il a manqué une seule journée de travail pour cause de maladie, je suis prêt à manger Buck.
— Tu connais Croupton ? s'étonna Hermione.
Harry grimaça pour Sirius, et vit son visage s'assombrir. Il avait soudain l'air aussi menaçant qu'un réel meurtrier sorti d'Azkaban.
— Je le connais très bien, figure-toi, dit-il à voix basse. C'est lui qui m'a envoyé à Azkaban - sans procès.
— Quoi ? s'exclama Hermione.
— Tu plaisantes ? demanda Ron.
— Pas du tout, répondit Sirius en se vengeant sur une nouvelle cuisse de poulet. À cette époque-là, Croupton était directeur du Département de la justice magique, vous ne le saviez pas ?
Harry avait oublié ce détail.
— On le donnait favori pour devenir ministre de la Magie, reprit Sirius. C'est un grand sorcier, Barty Croupton. Il a beaucoup de pouvoirs magiques et le pouvoir, il en est avide. Oh, il n'a jamais été partisan de Voldemort, il a même toujours été hostile à la magie noire, ouvertement. Mais beaucoup de gens qui étaient opposés à la magie noire, pendant la guerre… non, vous ne comprendriez pas, vous êtes trop jeunes…
— C'est ce que mon père a dit à la Coupe du Monde, quand la Marque est sortie, lança Ron d'un air sombre. Essayez quand même de nous expliquer, on verra bien si on arrive à comprendre ou pas…
Harry et Sirius sourirent devant cette pointe de crise d'adolescence.
— Très bien, je vais essayer, dit Sirius en s'éclaircissant la gorge, son pilon de poulet à la main. Imaginez qu'aujourd'hui Voldemort est au sommet de sa puissance. Il a un nombre conséquent de gens sous sa coupe, vous ne savez pas qui, et vous savez qu'il est capable de contrôler des sorciers malgré eux en les forçant à commettre des actes abominables. Vous avez peur pour vous-mêmes, votre famille, vos amis. Chaque semaine, de nouveaux morts, de nouvelles disparitions, d'autres souffrances. Le ministère de la Magie est en pleine débâcle, ses responsables ne savent plus quoi faire, ils essayent de tout cacher au monde des Moldus mais évidemment les Moldus meurent aussi, parce que les partisans de Voldemort ne prennent pas de pincettes. Partout, la confusion, la terreur, la panique. C'était comme ça, à l'époque…
Harry repensa soudain à son monde, qui devait lui aussi être en pleine débâcle. Il pensa à sa famille, à sa femme, à ses enfants. Son cœur se serra à nouveau. Ils n'étaient pas victimes des actes d'un sorcier, mais de cataclysmes bien plus dévastateurs - qui aurait cru ça possible ! Les mois qui s'égrenaient inlassablement sans que Harry ne reçoive de nouvelle lui pesaient. Il essayait généralement de ne pas y penser, incapable qu'il était de leur venir en aide d'une quelconque manière, mais cette réalité se rappelait régulièrement à lui.
— Son fils était vraiment un Mangemort ? demanda Hermione, tirant Harry de ses pensées.
— Aucune idée, répondit Sirius. J'étais moi-même à Azkaban quand il y a été enfermé. La plupart des choses que je vous raconte, je les ai apprises après ma sortie de prison.
Harry cessa à nouveau d'écouter. Quelque chose commençait à lui titiller l'esprit. Il était amusant de constater à quel point même ceux qui connaissaient l'existence de Barty Croupton Junior n'avaient aucune idée de l'ampleur de la dangerosité du personnage. Qu'il ait kidnappé, enfermé et pris l'identité de Maugrey, participé à un plan presque réussi pour assassiner Harry, soumis son propre père à l'Imperium pendant des mois, et pour finir…
Harry sursauta et se retint de pousser un cri de surprise. Il lança un regard furtif autour de lui, mais les autres l'avaient apparemment interprété comme une réaction à ce que racontait Sirius. Il se mordit la lèvre.
Croupton tuait son père ! Le père allait s'enfuir quand Pettigrow aurait une absence, puis il allait retourner à Poudlard, retomber sur Harry et Viktor Krum, être tué par son fils en l'absence de Harry, qui attaquerait Krum et enterrerait son père. Comment avait-il pu oublier ça ?
Harry battit des paupières, tentant de donner le change afin de ne pas attirer la curiosité de son entourage. Il ne pouvait pas laisser passer ça, il devait absolument trouver un plan d'action. Il se promit de s'y atteler dès qu'il aurait une minute à lui, et quand Sirius ne serait plus là.
Sirius se leva en se frottant les yeux.
— Quelle heure est-il ?
— Trois heures et demie, répondit Hermione.
— Vous feriez bien de retourner à l'école, conseilla Sirius. Ron, tu dis que ton frère est l'assistant de Croupton ? Tu crois que tu pourrais lui demander si il a vu Croupton récemment ?
— Je peux toujours essayer, marmonna Ron en se relevant. Mais il ne faut pas lui laisser entendre que Croupton mijote quelque chose de louche. Il l'a en adoration.
— Bon, et maintenant écoutez-moi bien, reprit Sirius en regardant particulièrement Harry. Je ne veux pas que vous quittiez le château en cachette pour venir me voir, d'accord ? Envoyez-moi des lettres ici, c'est tout. Il faudra continuer à m'informer de tout ce qui vous paraît bizarre. Mais j'insiste : pas question que vous sortiez de Poudlard sans permission. Ce serait le meilleur moyen de vous faire attaquer.
Harry hocha la tête, en sachant très bien qu'il risquait fort de désobéir et qu'il était probablement de taille à affronter des menaces plus sérieuses que son parrain…
— Bien, reprit Sirius. Je ne serai tranquille que lorsque le tournoi sera terminé, c'est-à-dire à la fin du mois de juin. Et si vous parlez de moi entre vous au château, appelez-moi Sniffle, d'accord ?
Sirius leur rendit la flasque vide et la serviette qu'ils avaient prise aux cuisines, et étreignit Harry. Il devait se souvenir de l'émotion de Harry en entrant, et la lui rendait bien. Avant de quitter la caverne pour les raccompagner à l'entrée du village, il se transforma à nouveau en gros chien noir. Après avoir descendu tous les quatre le flanc de la montagne et atteint l'entrée de Pré-au-lard, ils se séparèrent de Sirius et reprirent le chemin du château, croisant les élèves qui parcouraient encore les boutiques.
Harry laissa Hermione se demander ce dont Percy serait capable en occupant la place de Croupton, et où se situerait la limite de son carriérisme. Il était ravi de voir la langue de Ron se délier, et son humeur se réchauffer, depuis que Sirius lui avait demandé un service. Se voir reconnaître comme utile par un adulte avait dû lui faire du bien, consciemment ou non. Harry laissa passer le plantureux dîner de Poudlard en pilotage automatique, ayant cependant un pincement au cœur en pensant à ce que vivait Sirius, dans le froid et les maigres provisions de sa caverne.
Harry remonta dans son dortoir tôt dans la soirée. Il avait à penser. Il s'allongea sur le dos, ferma les rideaux de son baldaquin et croisa les bras derrière sa tête. Il ferma les yeux.
Dans quelques semaines, un Mangemort de premier plan allait faire une nouvelle victime. Il devait faire quelque chose.
Quelques heures de réflexion plus tard, Harry était prêt. Il avait un plan.
