Chapitre 5 – La fiancée de Rogue

Quelques minutes avant que le réveil ne sonna, Severus sentit un contact chaud sur son torse, quelque chose y était posé et bougeait au rythme de sa respiration. Ce n'était pas désagréable, juste inhabituel. En ouvrant les yeux, il découvrit la main d'Amalia, le bras tendu, elle dormait profondément. Ses cheveux tombaient devant son visage et son souffle les faisait bouger dans un rythme régulier. Tic, Tac, Tic,… Le réveil raisonna subitement, elle s'éveilla avec difficulté et s'étira de tout son long en couvrant sa tête avec les couvertures.

- Nooooooon, pas déjà ! Je ne veux pas !

La plainte s'adressait à elle-même, elle sursauta donc lorsqu'une voix grave lui répondit.

- Si, il le faut.

La jeune femme émergea des draps jusqu'aux yeux, cligna des paupières deux fois pour être certaine de ne pas rêver.

- J'avais oublié que tu étais là. Bien dormi ?

- D'une traite, cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps…

- C'est parce qu'il fait trop froid dans ta cellule, plaisanta Amalia en sortant du lit.

Elle portait un pantalon de pyjama gris et un débardeur noir qui mettait en valeur sa silhouette, Rogue détourna le regard, gêné. Sur le pallier, le grincement des lattes du plancher annonçait que Lupin s'était aussi levé, la maîtresse de maison ouvrit la porte de sa chambre.

- Prêts pour un copieux petit déjeuner ?

Les grognements qu'elle prit pour de l'approbation ne l'empêchèrent pas de descendre les marches pour préparer le thé et griller des toasts. Lupin apparut le premier, les cheveux en bataille et l'air encore endormi. Il portait le costume gris anthracite de Sirius qui lui donnait une autre prestance que ses vêtements habituels. Il profita qu'Amalia ait le dos tourné pour la serrer dans ses bras.

- Tu m'en veux encore pour hier ?

- Hum, oui un peu. Si tu pouvais ne pas raconter à Sirius avec qui j'ai dormi, j'éviterais une nouvelle scène…

Le second invité entra à son tour dans la cuisine, ils se mirent tous à table pour un petit déjeuner silencieux. Entre le manque de sommeil et l'anxiété, les trois sorciers n'étaient pas d'humeur à parler. Amalia s'habilla rapidement, elle avait mis un tailleur et une jupe noire, de fines bandes verticales couleur bronze égayaient la tenue qui lui allait à ravir. Des escarpins à talons et un chignon strict lui donnaient quelques années de plus. Lorsqu'elle descendit les marches, ses visiteurs restèrent quelques instants à la contempler.

- Quel que chose ne va pas ? s'enquit-elle en voyant leur air surpris.

- Non rien, j'oublie souvent que tu as grandi.

Attendrit, Lupin lui tendit la main pour l'accompagner sur les dernières marches. L'atmosphère se détendit un peu quand ils sortirent de la maison dans la fraîcheur du petit matin. Amalia espérait ne croiser personne, malheureusement la vieille voisine curieuse et moldue de surcroît, s'était précipitée à la fenêtre entrouverte pour saluer la jeune femme et ses compagnons. Elle ne manqua pas de relever la présence des deux hommes.

- Amalia, vous êtes en charmante compagnie !

Les principaux concernés se regardèrent, étonnés.

- Oui, je vous remercie, j'avais remarqué ! Passez une bonne journée ! répliqua la sorcière en secouant la tête. D'ici une heure, tout le quartier sera au courant que je collectionne les amants... murmura-t-elle.

Le métro n'était qu'à trois pâtés d'immeubles du square Grimmaurd, en dix minutes ils arrivèrent devant la cabine téléphonique rouge. C'était l'entrée visiteurs du ministère, Amalia n'ayant jamais mis les pieds dans ce haut lieu du monde magique, elle ne pouvait emprunter comme Lupin, le chemin réservé aux sorciers.

- Il n'y aura pas de place pour trois dans tous les cas. Allez-y, on se retrouve chez toi après mon entretien, lui glissa Remus en déposant un baiser sur son front. Et sois prudente surtout…

- Tu devrais peut-être y aller avec lui Severus, on se donne rendez-vous dans le hall.

- Non, je reste avec toi, sait-on jamais…

Rogue ouvrit la porte de la cabine téléphonique, sa collègue saisit les pièces de monnaie et un papier qu'elle avait glissé dans sa poche. L'habitacle était petit, ils durent se serrer l'un contre l'autre. Avec précaution, elle mit une à une les pièces dans la machine.

- Arthur Weasley m'a donné le code, c'est… 6… 2… 4… 4… 2

Elle appuya la pulpe de son index sur chaque touche, une voix féminine leur souhaita la bienvenue et les convia à se présenter au contrôle de sécurité dans le cadre d'une première visite. Lentement, la cabine s'enfonça dans le sol et ils se retrouvèrent dans le noir. Gênés par leur promiscuité, ils demeurent muets jusqu'à ce qu'un rai de lumière pénètre les vitres de la cabine et s'élargisse jusqu'à les éclairer entièrement.

oOo

Le hall d'arrivée du ministère était entièrement recouvert de carreaux noirs et verts, la clarté qui y régnait semblait surnaturelle. La lueur dorée émanait de la fontaine en son centre, majestueuse, elle représentait plusieurs êtres unissant leur force pour maintenir la coopération magique dans le monde. L'allégorie invitait les visiteurs vers une multitude de portes grillagées, toutes donnaient sur les cabines d'ascenseurs, les fonctionnaires s'y engouffraient accompagnés par des missives volantes.

Un vigile se tenait derrière un pupitre, il arrêtait les gens pour fouiller des sacs et vérifier l'identité des invités, un tas d'objets insolites jonchaient le sol autour de lui.

- Je te retrouve devant les ascenseurs. Je dois présenter ma baguette.

Amalia se dirigea vers le pupitre et patienta dans la file d'attente. L'agent de sécurité avait le visage fermé, la visiteuse s'efforça d'être le plus agréable possible. Elle lui montra sa baguette magique pendant que du coin de l'œil, elle surveillait l'heure sur sa montre – 6h46 – et son collaborateur qui attendait.

Soudain, un homme vêtu d'une longue cape gris sombre s'approcha de Rogue. De loin, Amalia les observait, l'un et l'autre paraissaient se connaître mais les retrouvailles étaient glaciales. Le vigile rendit sa baguette à la jeune femme avec une moue dubitative, elle le remercia et s'aventura précautionneusement vers les deux sorciers en grande discussion. Elle ne perçut que des brides de conversation.

-… tu n'as pas été convainquant. Que t'arrive-t-il ? Dumbledore t'a demandé de faire quelque chose ici ?

- Cela ne te regarde pas, répondit Rogue d'un ton sec. Si tu permets…

- Non, je n'ai pas terminé !

L'homme lui retint le bras, ils se toisaient, le front plissé. Les aiguilles indiquaient – 6h52 – et s'ils ne se séparaient pas rapidement, les professeurs arriveraient en retard à leur convocation.

- Qui crois-tu être pour oser me parler sur ce ton ? Il ne t'a pas pardonné ton inactivité pendant treize longues années.

- Ah parce que tu penses avoir donné l'illusion d'agir en étant bien caché à Poudlard ? Allons, tu as toujours été un perdant, même du temps où nous étions étudiants…

Avec nonchalance, Amalia se déplaça jusqu'aux ascenseurs pour être dans le dos de l'inconnu. Elle fronça les sourcils en entendant la manière dont le sorcier en gris parlait. Tout dans son comportement, dans sa voix était insolence et humiliation. Elle fit des gestes discrets à Rogue pour qu'il se libère, désignant par moment sa montre car il était déjà 6h56. Malheureusement, l'étranger remarqua que son interlocuteur levait le menton pour regarder par-dessus son épaule. Il dévisagea la jeune femme, qui démasquée, prit un sourire forcé en s'approchant d'eux. L'envie de fuir cet être abject lui indiquait la direction opposée.

- Ah Severus, je te retrouve enfin ! Amalia lui saisit l'autre bras. Cet agent de sécurité était indiscret ! Oh pardon ! Je n'avais pas vu que tu étais occupé. Tu me présentes ?

Elle minauda en tendant une main vers l'homme à la cape grise, à son annulaire un anneau d'argent brillait.

- Quelle surprise Severus, pourquoi cacher une si délicieuse personne ? Je suis Aculeatus Avery, une vieille connaissance du collège. Vous êtes bien trop jeune pour avoir vous aussi rencontré notre ami à Poudlard… Il lui baisa la main en s'inclinant. Si vous le permettez, je peux vous faire visiter le ministère. Je pense que notre ami doit avoir mille choses à faire pour son maître, lança l'homme avec une moue dédaigneuse. Nous pourrions ainsi faire connaissance… Mais je suis incorrigible, je ne vous ai même pas demandé votre nom…

Rogue ne répondit pas aux provocations, les lèvres pincées, il tourna le regard vers la jeune femme.

- Enchantée, je suis Amalia Richards, la fiancée de Severus, répondit l'intéressée avec un sourire féroce.

Avery s'étouffa, estomaqué par la nouvelle. Elle serra fort le bras de Rogue pour qu'il aille dans son sens, trop heureuse de la réaction qu'elle venait de provoquer chez l'odieux personnage.

- Tu es un petit cachottier, pourquoi ne pas m'avoir dit que tu étais fiancé ?

- J'en suis moi-même le premier surpris, répondit-il d'une voix lugubre.

- D'ailleurs, nous devrions nous dépêcher. Le bureau des certifications familiales ouvre dans quelques minutes et si nous voulons éviter d'attendre trop longtemps, nous devrions y aller ! Ravie d'avoir pu vous rencontrer !

Amalia tira son fiancé d'infortune vers les ascenseurs et prit le premier qui se présenta vide. Une fois les portes fermées, il mugit.

- Mais qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête ? Tu sais qui est Avery ?

- Le temps défilait, je n'ai pas eu d'autre idée. Qu'est-ce que j'aurais pu inventer pour qu'il arrête de poser des questions ? répondit-elle en se décalant d'un pas afin de ne pas perdre l'audition.

- C'est un Mangemort ! Il doit déjà être en train de tout répéter à qui de droit ! Si Tu-sais-Qui apprend que nous sommes « fiancés » que crois-tu qu'il va se passer ?!

La jeune femme demeura pensive puis avec un calme olympien, répliqua :

- Justement, si tu annonces à Tu-sais-Qui que tu as mis la main sur la fille de Livius Richards et que tu as réussi à la convaincre de t'épouser, qu'une fois marié tu pourras la contraindre à rejoindre son parti… Est-ce que tu ne t'assures pas d'avoir dans ta manche une carte en plus ? Elle articula chaque mot d'une voix neutre, ses yeux avaient une expression froide et terrifiante. En plus un homme qui te parle à voix basse dans le hall du ministère ne pouvait être qu'un Mangemort et je n'ai pas aimé le ton qu'il employait avec toi…

Rogue la dévisagea, elle paraissait avoir tout minutieusement calculé à une vitesse fulgurante. Il ne savait à cet instant quoi penser de la situation, son audace lui avait peut-être en effet permis de poser un nouveau pion sur l'échiquier géant avec lequel Voldemort s'amusait. Pourtant, pouvait-elle vraiment savoir dans quoi elle s'était embarquée ?

La sorcière fixait la porte de l'ascenseur et la grille s'ouvrit enfin au sous-sol qui les intéressait, elle sentit son cœur s'emballer lorsqu'une voix claironnante annonça le 7ème sous-sol. La dernière fois qu'elle avait connu cette sensation, c'était lorsqu'elle avait passé son permis de transplanage. En voyant son hésitation à sortir, Rogue l'accompagna d'une main dans le dos.

- Viens, cela doit être par ici.

Il montra une direction du menton. Le couloir était très mal éclairé, on aurait dit la ruelle sombre et étroite qui menait à l'allée des Embrumes, il ne manquait que les devantures des boutiques délabrées. Une porte marron sans poignée portait l'inscription « salle du Condottiere », sa montre indiquait 8h pile lorsqu'elle frappa sur le panneau de bois. Il s'ouvrit pour leur laisser le passage, la pièce ne devait pas être plus grande que le bureau d'Amalia. Assez sommairement dotée, elle abritait une longue table et quatre chaises vides. Derrière eux, des bruits de pas et de conversations les firent se retourner.

Une femme rondelette habillée de rose s'engouffra la première dans la salle suivie de près par deux hommes et une secrétaire armée de sa plume et d'un parchemin. Amalia et Severus étaient debout quand la sorcière en rose s'adressa enfin à eux.

- Bonjour, vous êtes reçus aujourd'hui suite aux demandes répétées du directeur de Poudlard, Albus Dumbledore au Ministre de la Magie, Cornelius Fudge. C'est par pure courtoisie que nous vous faisons l'honneur d'accorder quelques minutes de notre précieux temps. Nous vous demanderons donc d'être brefs et concis.

Les deux enseignants se regardèrent stupéfaits par l'accueil déplorable qui leur était réservé, après tout c'est dans l'intérêt du Ministère que de les recevoir. Le professeur d'Histoire prit son courage à deux mains et remit le prototype au chef du jury autoproclamée.

- Euh et bien… Nous sommes…

- Allez à l'essentiel, nous savons déjà qui vous êtes ! s'agaça un des sorciers.

- Bien. Dans ce cas… A la demande du Professeur Dumbledore, nous avons révisé le manuel de potions des premières années car il présentait des incohérences ou des…

Elle hésita, cherchant ses pensées.

- Ou les formules étaient désuètes. Cela était un frein manifeste à l'enseignement de cette matière. Les mots de Rogue arrivèrent au bon moment.

- Et vous intervenez en qualité de ? piqua un des hommes installés à table.

- Maître de potions de Poudlard.

- Et vous Miss ? relança-t-il.

- J'enseigne l'Histoire de la Magie dans la même école.

Le jury pouffa de rire et les observa à nouveau d'un air suffisant, le prototype passait de main en main sans être réellement lu, les moues dédaigneuses n'auguraient rien de bon. La sorcière en rose reprit.

- Il est clair – s'il fallait encore le prouver – que le Professeur Dumbledore n'a plus toutes ses capacités de raisonnement ! En voilà une drôle d'idée ! Les manuels approuvés par le Ministère sont non seulement d'actualité mais aussi de haut niveau, parfaitement adaptés à l'enseignement que nous souhaitons maintenir à Poudlard. Il est dangereux de sa part d'avoir confié ce travail à la fille d'un mage noir et un ancien Mangemort…

Le reste de la longue litanie de cette femme leur parvint de loin, ils étaient choqués et désemparés face à la mauvaise foi qu'on leur témoignait car leur travail n'avait été ni examiné, ni traité avec le respect qui leur était dû. Des mois de reformulation, de dosages revus, d'essais ratés pour six minutes et quarante-trois secondes où la seule chose qui avait été évalué, c'était leur passé. Leurs compétences avaient été remisées au second plan et ils n'avaient pas reçus la considération à laquelle ils auraient pu prétendre. Amalia aurait été incapable de dire de quelle manière ils s'étaient retrouvés dans la rue, devant la cabine téléphonique. Autour d'eux, les travailleurs qui embauchaient à 8h formaient un flux discontinu d'épaules qui les dépassaient en les bousculant.

oOo

Machinalement et en silence, ils rentrèrent au 24, square Grimmaurd sans que la voisine curieuse ne vienne leur parler, bien que le soleil soit déjà levé. La poignée de la porte d'entrée réagit au contact de sa maîtresse et laissa les deux sorciers pénétrer dans la demeure. Amalia se dirigea immédiatement vers le premier étage.

- Qu'est-ce que tu fais ? l'arrêta Rogue.

- Suis-moi, tu comprendras.

Elle entra dans sa chambre, envoya valser ses escarpins, défit son chignon et enleva sa veste pour se réfugier sur son lit, serrant contre elle un de ses oreillers.

- Fais-ce que tu veux en attendant que Remus revienne, mais c'est encore ici l'endroit le plus confortable de la maison.

- C'est ta façon à toi de gérer la situation ?

- Hum, c'est mieux que d'engloutir des pots de glace.

Le visage dans son oreiller, Amalia entendait des bruits de tissus puis d'une paire de chaussures suivant la même direction que ses escarpins. Après quelques instants, il vint la rejoindre.

- Et maintenant ?

- Je ne sais pas, je suis à court d'idée.

Derrière elle, il se rapprocha jusqu'à effleurer son dos. La jeune femme profita de ce moment seuls, leur amitié était parfois compliquée car à peine avait-il fait un pas en avant qu'il reculait de deux.

- Comment faisais-tu pour vivre sans magie une fois adulte ? lui demanda-t-il.

- … Je ne sais pas. En étant parmi les Moldus, la question ne se posait pas… Cependant, il me manquait quelque chose. Ma vie était creuse comme s'il y avait une cavité dans mon âme. C'est un peu bizarre…

Dans la pièce, le tic tac régulier du réveil meubla le long silence qui suivit.

- Au fait hier, je n'ai pas eu l'occasion de te demander… hésita Amalia.

- Oui ?

- Est-ce vrai que tu as fait renvoyer Remus de Poudlard ?

- J'aurais dû me douter que tu en reparlerais. Il réfléchit avant de répondre. Oui et non. J'ai… « accidentellement » révélé son état aux élèves et il a démissionné avant que les parents ne s'en mêlent…

- C'était accidentel à quel point ? gronda la jeune femme sans pour autant se retourner.

- Volontaire.

- Parce que tu n'avais pas eu le cours de Défense Contre les Forces du Mal ?

- Il n'y a pas que cela...

- Tu peux tout me dire, je ne t'en voudrais pas. Ce qui est fait est fait.

- A l'époque du collège, je ne m'entendais pas vraiment avec leur petite bande. Un soir de pleine lune, ils m'ont fait venir dans la Cabane Hurlante pour… Pour s'amuser.

- Et Remus était en pleine transformation... Amalia compléta d'une voix neutre.

- Pourquoi ne sembles-tu pas étonnée ?

- Tu es dans mon dos, comment pourrais-tu t'en rendre compte ? Elle sourit, le nez dans son oreiller.

- Je suis dans ton dos mais je perçois ta respiration et les battements de ton cœur. Je peux même dire qu'en ce moment tu prends cet air attendrit que tu as lorsque tu parles à Potter…

La jeune femme ne put retenir un rire franc.

- Décidément, tu commences à me connaître… Peut-être mieux que Sirius et Remus. Et maintenant c'est toi qui a une expression d'exaltation sur le visage parce que je t'ai fait un compliment au détriment des deux autres, n'est-ce pas ?

En réponse, elle entendit un soupir dans sa nuque.

- Parles-moi un peu de toi. C'est ton côté Serpentard qui te fait apprécier le cynisme de Machiavel ?

- Dixit la Gryffondor qui adore cet auteur…

- Je ne l'affectionne pas pour les mêmes raisons que toi ! s'exclama-t-elle.

oOo

Leurs échanges durèrent jusqu'à la fin de matinée. A grands renforts de citations, ils parlèrent de littérature, sortilèges, revenant même à la vie du collège. L'entretien au ministère était un lointain souvenir déjà quand le claquement de la porte d'entrée les interrompit. Des pas traînant montèrent l'escalier.

- Ah, je vais devoir te cacher sinon mon chaperon va encore me faire la morale !

Elle rejeta la couverture sur son invité avant qu'il n'ait pu protester. Une fois sur le pallier, la porte grande ouverte de sa chambre permit à Amalia de voir la mine déconfite de Lupin.

- Enlève tes chaussures et ta cape, y'a encore un peu de place ici ! dit-elle en ouvrant sa couette.

Il s'assit sur le bord du lit et s'allongea.

- Severus est où ?

- Dans la chambre à côté, répondit-elle doucement.

L'intéressé avait reculé pour ne plus être contre son hôte et s'était enterré sous l'édredon sans un mot. Amalia posa sa tête sur l'épaule de Remus.

- Alors cet entretien, pas fameux hein ?

- Non, une perte de temps.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- J'ai croisé Arthur Weasley en repartant. Il a entendu que le Ministère convoquait des hybrides aux entretiens d'embauche pour remplir un quota, ils n'ont aucune intention de nous employer mais ça fait « bon genre » de le laisser croire… Ils m'ont reçu un quart d'heure au lieu de l'heure prévue.

- C'est le double de ce à quoi nous avons eu le droit ! déclara la sorcière.

- Ça c'est aussi mal passé pour vous ?

- Une catastrophe… Ils ne nous ont fait venir que pour avoir la paix. Nous n'avons même pas eu le temps de nous présenter, c'était ridicule. Si c'était pour nous infliger cet affront, ils auraient pu se retenir.

Elle sentit dans son dos des mouvements discrets.

- Nous sommes frappés du sceau de l'infamie en étant si proches de Dumbledore. Il faudra t'y faire... En attendant, je vais retourner chez Sirius ce matin pour les aider à faire le ménage, au moins la journée n'aura pas été perdue !

Lupin se leva d'un geste, ramassa ses affaires et embrassa son amie. Pour une fois, il ne la gratifia pas de recommandations inutiles. Quand la porte d'entrée fut refermée, Amalia se retourna et glissa à son tour sous la couette pour être en face de son invité.

- J'ai une idée qui va peut-être te plaire, si tu as du temps à m'accorder…

Elle avait un sourire mutin. Après quelques instants d'hésitation, Rogue lui répondit :

- Oui mais je partirai en milieu d'après-midi. Je suis attendu avant notre réunion de ce soir… au manoir des Malefoy.

Les mots étaient sortis difficilement car il savait qu'immédiatement après, un voile sombre passerait sur le visage radieux d'Amalia. La sorcière resta pourtant détendue et l'entraîna dans son salon. Devant les grandes caisses claires, elle poussa l'un des couvercles et se pencha pour attraper quelque chose. En se retournant, elle s'expliqua.

- J'ai reçu un courrier en fin d'année pour me demander de venir récupérer ces deux caisses. Elles avaient été déposées dans ma famille en France il y a plus de quinze ans. Les deux boîtes sont pleines d'objets relatifs à la magie noire et appartenaient à mon père. Je n'en sais pas plus. Avant de prévenir Fol Œil, je voudrais que l'on regarde ensemble ce qu'il y a, par curiosité. Tu veux bien ?

Rogue opina, ravi par la proposition qui annonçait de longues heures de recherches passionnantes. Elle savait que cette nouvelle lui remonterait le moral, il l'observait s'activer devant le tableau au-dessus de la cheminée vide et lui fut particulièrement reconnaissant d'être présente après les événements du début de matinée. Le portrait d'Amalia s'anima et laissa place à celui de son père. Livius Richards se présenta, il avait une certaine prestance et dégageait même décédé, une aura imposante. Ses yeux se posèrent d'abord sur Severus avant de chercher sa fille et de se radoucir.

- Bonjour Papa, je ne suis pas seule aujourd'hui comme tu peux le voir.

- Bonjour mon Astre, bonjour Severus. Notre dernière rencontre remonte à un moment et vous veniez de rentrer dans notre communauté si puis-je dire.

- Oui, Mr. Richards, répondit-il sobrement et en baissant les yeux, l'évocation des Mangemorts devant Amalia le mettait vraiment mal à l'aise.

- Puis-je savoir ce que vous faites dans ma demeure, avec ma fille ?

- Papa s'il te plaît, j'ai des questions à te poser et Severus m'aide à ce sujet.

- Bien, je t'écoute dans ce cas...

Livius toisait toujours l'homme à côté de son enfant pour lui faire comprendre qu'il l'avait à l'œil.

- J'ai reçu une demande de la Tante Pauline. Il y avait deux caisses dans sa cave qui attendaient que je vienne les chercher mais elle ne s'en est souvenue qu'en fin d'année.

- Très exactement neuf lunes après mon décès, ajouta-t-il.

- Dois-je m'attendre à d'autres surprises encombrantes ? Amalia avait les poings sur les hanches et était contrariée.

- Non, non ne t'en fais pas ! L'homme riait de bon cœur. Tu as là tout ce que j'avais fait envoyer en France dans la famille de ta mère, avant mon arrestation. Par sécurité, je n'ai rien rapatrié après à cause du Décret sur les Confiscations Légitimes. Dans ces caisses tu ne trouveras que des objets en lien avec la magie des Ténèbres – tu as déjà dû le ressentir – mais aussi des éléments qui pourront affaiblir Voldemort.

- Si tu m'avais mise en garde, j'aurais pu trouver un moyen de les cacher…

- Le mieux est d'en parler à Fol Œil quand nous le reverrons. Il pourra agir au niveau du Ministère pour que les Aurors te laissent tranquille, proposa Rogue.

- Hum, il a raison. Si tu as l'oreille d'Alastor Maugrey, profites-en. C'était un Auror tenace mais il est juste. D'ailleurs sur la fin, c'est lui qui s'occupait de mon « cas », tu l'as parfois croisé.

- C'est ce qu'il m'a dit.

- Le lien ne va pas tenir très longtemps, tu sembles épuisée. Repose-toi et demande conseil à Dumbledore et Maugrey. Passez une bonne journée tous les deux…

Le visage rieur du sorcier s'effaça progressivement du tableau et le portrait d'Amalia reprit sa place avant de se figer à nouveau. La jeune femme se laissa tomber sur un des fauteuils pour examiner l'objet qu'elle avait sorti de la caisse. Il s'agissait d'un sablier avec un socle en pierres précieuses travaillées. Le sable à l'intérieur brillait d'une manière étrange dans la clarté du jour.

- Il contient du sel de pierre, prononça Rogue.

- A quoi sert-il ?

- L'objet je n'en sais rien mais il semble contenir du sel d'améthyste. La croyance veut qu'on en mette dans les quatre coins d'une maison en protection contre les mauvais esprits. En science occulte, il sert à absorber les effets d'une malédiction... On dit qu'il est utile en potion sauf que je ne l'ai jamais vu à l'œuvre.

- J'ai une encyclopédie qui recense le patrimoine de certains mages noirs… Elle doit être vers ici mais je n'ai que le tome I. Il me semble avoir vu le volume II à Poudlard sauf que je ne me souviens plus dans quel rayon…

Amalia se mit sur la pointe des pieds pour attraper un livre assez lourd. L'ensemble des objets était un panel de ce qui pouvait se faire en matière d'arme, runes, protections et composants de potions les plus sombres. Elle ressentit très vite une gêne en leur présence et après de longues heures, à bout de force, qu'elle salua son invité sur le départ et repartit se coucher pour une brève sieste.

oOo

Lors de la réunion de l'Ordre, tous les participants étaient agités, un événement avait eu lieu la veille pourtant Amalia n'en prit connaissance qu'en arrivant. Leur attention fut rapidement captivée par l'annonce que Dumbledore s'apprêtait à faire.

- Sirius, Hermione Granger et Ron Weasley ont reçu tout à l'heure un courrier de Harry Potter les informant d'un fait grave. Le sorcier balaya l'assemblée de son regard clair et perçant. Il semblerait que Mr. Potter ait été attaqué par des Détraqueurs en pleine banlieue Moldue. Bien entendu le Ministère nie toute implication dans cet acte odieux mais ils ne s'arrêtent pas là.

L'indignation se lisait sur les visages, Sirius serrait la main d'Amalia pour l'empêcher d'intervenir.

- Notre jeune ami est convoqué pour une audience disciplinaire que j'ai réussi à négocier, le 12 août.

- Un sorcier mineur convoqué au ministère pour une audience disciplinaire ? Mais que lui reproche-t-on pour le traiter comme un criminel ? s'exaspéra Amalia.

- Ils doivent se douter qu'il file du mauvais coton comme son parrain… persifla Rogue avec un sourire mauvais.

Sirius allait répondre seulement Dumbledore lui coupa l'herbe sous le pied.

- Mr. Potter a été contraint de faire usage de la magie pour s'extraire de cette situation, il a lancé un sortilège Patronus pour faire fuir les Détraqueurs.

- Et ils le font venir pour cela ? Qu'aurait-il dû faire à la place ? Ils sont ridicules !

La jeune femme s'agitait sur sa chaise tout en menaçant du doigt Severus et Sirius pour les faire taire sans pour autant les regarder.

- Il est donc primordial que nous organisons son extraction de Privet Drive dans les plus brefs délais, termina Dumbledore.

- Le plan de bataille est le suivant… reprit Fol Œil en sortant un parchemin.

L'Auror répartit soigneusement les rôles des uns et des autres, ils attendraient le vendredi soir pour éloigner les Dursley de la maison, récupérer le garçon avec ses affaires et le ramener au 12, square Grimmaurd afin qu'il ait quelques jours avant l'audience afin de se préparer. Tonks rédigeait une invitation à la main sur un carton et avec toute l'application dont elle était capable sans renverser l'encre. Elle la glissa dans une enveloppe en indiquant le nom des Dursley sur le recto.

- Voilà, ils auront une excellente raison d'être absents vendredi soir, annonça-t-elle en tentant de coller un timbre sur le dessus.

- Il faut le lécher avant… expliqua Amalia en lui montrant l'arrière du rectangle.

- Mais c'est répugnant !

- Alors en fait non, la surface est très légèrement encollée figure-toi… Arthur Weasley tendit les mains pour illustrer son explication. C'est astucieux hein ! Regarde, il suffit d'humidifier un tout petit peu et paf ! La glu s'active !

Ses yeux brillaient d'excitation, il colla lui-même le timbre sur l'enveloppe et la rendit à Tonks qui la saisit du bout des doigts, l'air dégoûtée. Amalia pour sa part, se retourna vers Sirius.

- Tu aurais pu me prévenir ! chuchota-t-elle en lui lança un regard furieux.

- Tu avais mieux à faire hier soir et aujourd'hui, Dumbledore m'a déconseillé de te le dire. Qu'est-ce que cela aurait changé ?

- Si tout le monde sait ce qu'il a à faire, on se retrouve ici vendredi à 16h et pour les autres, il y aura une réunion plus tard dans la soirée, tonna Maugrey d'une voix forte.

Amalia profita de l'agitation générale pour s'entretenir à part avec Fol Œil et Dumbledore.

- Que t'arrive-t-il ? s'inquiéta le vieux directeur en fermant la porte du salon.

- Ce n'est rien de grave, ne t'en fais pas. Avec tout ce qui vient de se produire, ce n'est pas forcement le bon moment mais si j'attends encore, ce sera pire. Je suis dans une situation inconfortable et… illégale.

Les deux hommes se regardèrent.

- Qu'as-tu fait de si répréhensible ? s'inquiéta en premier Dumbledore.

- En réalité, je n'ai rien fait de volontairement condamnable…

- Si ce n'est pas un sortilège Impardonnable ou de ce genre là, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Dans ce cas je vais vous laisser… prononça Maugrey en ouvrant la porte.

- Alastor, je crois que nous devrions écouter ce qu'Amalia veut nous dire.

Le chasseur de mages noirs soupira et prit place près d'une fenêtre pour vérifier l'extérieur de la maison.

- Merci Albus, je ne sais pas vraiment par où commencer… A la fin de l'année, j'ai reçu un courrier m'indiquant qu'une partie de mon héritage m'attendait en France et je suis partie juste après le Tournoi, tu dois t'en souvenir.

Il acquiesça en silence. Amalia faisait des va-et-vient, se tordant les doigts tout en parlant, elle ne savait pas comment annoncer les choses et craignait la réaction de l'Auror.

- En fait, mon père avait confié à une de mes tantes Moldue, des caisses pleines d'objets. Il lui avait jeté un sortilège pour que le secret ne me soit dévoilé que neuf lunes après son décès.

- Astucieux le Livius, comme ça le Ministère avait déjà terminé son enquête ! s'exclama Fol Œil avant de reprendre son inspection visuelle du parc devant la maison.

- Bref, j'ai ramené discrètement ces caisses dans mon salon sans les ouvrir et apparemment, elles contiennent suffisamment de problèmes pour que je me retrouve à Azkaban. La plus part de ces objets rejettent beaucoup de magie noire.

- Tu es sensible à la magie des Ténèbres ? questionna l'Auror sans détourner la tête. C'est Dumbledore qui répondit.

- Sans aucun doute et depuis toute petite. Il n'y a pas grand-chose à faire à part enfermer la source dans un écrin protégé.

- Tu as raté une vocation d'Auror !

- C'est drôle, le faux Maugrey m'a dit la même chose l'an dernier… Quoiqu'il en soit, quand j'en ai parlé à mon père…

- Quoi ? Comment ça ? l'interrompit Fol Œil.

- Ah oui, j'avais oublié de préciser ce détail… Depuis le mois de mai, j'arrive à lui parler. J'ai découvert l'incantation « In Memoriam » dans la bibliothèque de l'école…

- C'était un gros livre avec une mâchoire à la place du verrou ? demande son directeur, d'une voix tendue.

- Oui… Pourquoi ? La jeune femme commençait à s'affoler.

- Parce que ce livre est un vrai mystère. C'est le seul livre à ne jamais s'être ouvert à moi et comme je connais toute la bibliothèque de Poudlard, il ne resterait que lui. Qu'as-tu trouvé ?

- Il y avait un paragraphe sur la manière de parler aux morts, cette capacité dépend de la nature du sorcier qui pratique le sortilège. Si le mage est mauvais, il pourra parler aux personnes mortes de façon violente et à l'inverse, il ne pourra communiquer qu'avec les défunts nous ayant quitté sereinement. Il faut un support pour faire entrer le mort dans la sphère matérielle et une formule, « In memoriam ».

Dumbledore manifestait des signes d'agitation.

- Du calme, elle n'a rien fait de mal. Pour l'instant en tout cas.

Maugrey s'installa dans le canapé. Son œil magique s'agitait dans tous les sens.

- Pour les objets, il faudrait les examiner, peut-être que Livius a laissé derrière lui des munitions contre Vous-Savez-Qui ! Malheureusement, je ne vais pas pouvoir m'en occuper sans attirer l'attention mais je peux mettre Tonks sur le coup… Amalia et Dumbledore approuvèrent. Je lui en parle tout à l'heure, elle passera vendredi matin voir ça, d'accord ?

- Merci Alastor, conclut la sorcière dans un soupir de soulagement.


Prochain chapitre : Comme dans une vraie famille