Chapitre 6 – Comme dans une vraie famille

De mémoire, Amalia n'avait pas le souvenir qu'une femme soit déjà venue chez elle pour boire le thé ou toute autre activité amicale. C'était donc un peu désappointée qu'elle ouvrit à Tonks le lendemain. L'Auror aux cheveux rouges – cette fois-ci – lui sourit dès son entrée, trébucha sur le pas de la porte et s'étala de tout son long dans le hall.

- Pas trop mal ? s'enquît la maîtresse de maison, une main tendue pour l'aider à se relever.

- Non non, ça va, je suis habituée…

Elle se massait douloureusement le crâne tout en détaillant le couloir. La maison était assez banale et ne se distinguait pas de celles autour. Mis à part les photos animées de l'entrée, rien ne laissait présager de ce qu'elle pouvait contenir.

- C'est par ici ! indiqua Amalia.

Le salon chaleureux et accueillant en temps normal dégageait une aura désagréable, les nombreux objets ensorcelés présents saturaient l'air.

- Fol Œil m'a dit que tu avais eu un lègue après la procédure de Confiscations Légitimes ?

- Oui c'est bien cela, deux caisses. Je ne les avais même jamais vues avant, c'était chez ma tante. Je n'ai pas eu trop de mal à les faire revenir en avion comme une Moldue.

Tonks la regarda étonnée, avant de se pencher sur la première boîte.

- Waaaaaah ! Je ne savais même pas que ça existait vraiment ! Et puis ça aussi ! C'est la méga grande classe ! Par contre ça, c'est pas bien, vraiment pas bien !

Elle entassait en dehors de la caisse, les livres et objets en fonction de trois tas : « peut être utiles/faut voir » « carrément utile/faut garder » et « surtout pas/à donner aux autorités compétentes ».

- Attends, si j'amène au ministère des objets, ils ne vont pas se douter que j'ai autre chose et venir fouiller ? l'arrêta Amalia.

- Si mais y'a un moyen de t'en débarrasser et même de gagner de l'argent. Il faudra la jouer fine parce qu'ils sont du genre à balancer leurs clients s'ils se font chopper !

- Clients ? Tu penses à…

- Barjow et Beurk, oui ! Si tu savais le nombre d'objets que l'on perquisitionne chez eux ! Avant de les vendre, je m'assurerai que tu ne sois pas inquiétée s'ils communiquent ton nom. Il faudra trouver une cachette pour les autres choses au cas où…

Tonks se remit à fouiller, on aurait dit une enfant le matin de Noël. Toutes les découvertes étaient riches et présentaient par moment un risque. Un pilulier en métal lui avait pincé les doigts avant de laisser une étrange boule de poils noirs s'échapper, elle crachait de la bave acide et ne fut capturée qu'au prix de nombreux efforts.

- Bon ! Il est bientôt midi, tu as envie de manger quelque chose en particulier ? l'interrompit Amalia en s'étirant.

- Ce que tu veux, Lupin n'arrête pas de critiquer ta cuisine parce que tu la fais à la main.

- Il est gonflé, depuis quand sait-il cuisiner ?

Les deux femmes se mirent à rire de bon cœur.

- En parlant de lui… reprit Tonks un peu gênée.

- Oui ?

- Quelle est la nature de votre relation ? Vous paraissez proches et pourtant, ils passent plus de temps avec Sirius. Il aime les hommes ?

Amalia s'efforça de ne pas s'esclaffer, l'idée avait du sens au final.

- Non, je te confirme que les deux préfèrent les femmes ! C'est juste qu'ils n'ont pas encore trouvé chaussures à leurs pieds. Sirius parce qu'Azkaban n'est pas le lieu idéal pour faire des rencontres et Remus parce que sa condition n'est pas un atout lorsque l'on croise des jolies filles. Pour ma part, ni l'un ni l'autre n'ont, ne sont ou ne seront de potentiels partenaires. J'ai été élevé avec Sirius et il me voit comme sa petite sœur.

Tonks se rendit compte de l'absurdité de ses propos et bafouilla des excuses.

- Je suis désolée, c'était pas très malin de ma part et… Et tu n'aimes pas les hybrides ?

- Oh non, cela ne m'a jamais posé problème, j'en ai même fréquenté un. Je vois Remus comme un grand frère, il sait se montrer protecteur et gentil avec moi, pas comme un prétendant, plus comme un membre de la famille. Est-ce que tu comprends ?

La tête aux cheveux rouges acquiesça.

- J'ai de la pizza dans le congélateur et de la Bièraubeurre dans le frigo. Ce n'est pas de la grande cuisine mais je n'ai pas eu le temps de faire les courses. Cela te convient pour ce midi ?

Pendant que le four préchauffait, Amalia en profita pour sonder son invité.

- Et de ton côté, as-tu quelqu'un dans ta vie ?

- Oui, non… Enfin, il y a bien une personne qui m'intéresse seulement, je suis trop transparente pour qu'il fasse attention à moi.

- Transparente ? Nous n'avons pas la même définition des choses !

- Je te demande pardon ? s'offusqua Tonks en relevant le nez d'une des caisses.

- Les cheveux roses ou rouges ou mauves… La maladresse, l'exubérance,… Tu es tout sauf transparente ! Je connais ce petit chanceux ?

Un sourire taquin se dessina sur les lèvres de la jeune femme, l'embarras de Tonks lui confirmait ses soupçons.

- Et mais… et si on parlait de toi hein ! Tu dois bien penser à quelqu'un hein ! demanda l'Auror pour changer de sujet.

- Ma vie est désespérément vide depuis que j'ai quitté l'université il y a un an...

Une complicité inédite s'était installée entre les deux femmes, elles étaient sur la même longueur d'onde et quelque chose de sincère les liait à présent. Entre confidences et boutades, elles terminèrent le repas et reprirent l'inspection des objets.

oOo

Un peu plus tard, Tonks saisit un tout petit coffret en velours vert foncé. Le fermoir argenté ne voulait pas révéler son contenu, de rage l'Auror le posa violemment sur la pile devenue trop haute des « peut-être faut voir » et elle s'effondra comme un château de cartes. Amalia réussit in extremis à soutenir d'une hanche l'amas d'objets et d'une main à rattraper la boîte. Malheureusement au contact de ses doigts, le fermoir s'ouvrit et le contenu du coffret rebondit sur le sol, roula et se perdit sous un meuble.

- Oh je suis vraiment désolée ! Arrrf ! Je suis une calamité ! Désolée Amalia !

- Ce n'est pas grave, j'ai vu quelque chose d'argentée rouler vers ici…

En passant la main sous le buffet du salon, elle sentit le contact froid de deux bagues.

- Qu'est-ce que c'est ?

Dans la paume d'Amalia brillaient deux cercles argentés.

- Les anneaux des Moires ! C'est super rare ! Comment ton père a fait pour les récupérer ? On dit qu'ils ont été perdus il y a plusieurs centaines d'années ! Tonks était vraiment excitée par la nouvelle.

- Je suis désolée de couper ton élan de joie mais, à quoi servent-ils ?

- Alors, je ne sais pas trop comment ça fonctionne mais normalement il devrait y en avoir trois. Les porteurs des anneaux ont une incantation à réciter et après, si je me souviens bien, ils peuvent communiquer par la pensée !

- C'est de la Legilimancie, je ne vois pas pourquoi il faut un anneau.

- Bah non justement, tu n'as plus besoin de Legilimancie. Les porteurs ouvrent leur esprit sur la personne avec qui ils souhaitent communiquer et ils se protègent mutuellement, plus personne ne peut venir dans leur esprit tant que le lien existe.

- Oh !

Amalia détailla les deux anneaux argentés. Ils formaient un serpent ouvragé qui se mordait la queue.

- Je pense qu'il faut les mettre dans la pile « carrément utile/faut garder »

oOo

Tonks disparut en fin d'après-midi pour participer à l'expédition visant à chercher Harry au 4, Privet Drive. Amalia n'avait pas été prévue dans les opérations, elle tournait en rond chez elle comme une chatte qui attend ses petits et faute d'occupation, elle se décida à rejoindre Sirius. La maison était étrangement calme, même Mrs. Black n'était pas d'humeur à s'animer. Son portrait resta silencieux quand Amalia passa devant. La cuisine était heureusement plus animée et son arrivée fut saluée par des acclamations de joie.

- Tout le monde est bien parti ? se préoccupa-t-elle en embrassant Sirius.

- Oui, ils étaient tous très excités en particulier Tonks. Elle nous a dit que vous aviez passé un bon moment cet après-midi.

- C'est vrai que c'était agréable !

Elle s'installa sur l'accoudoir du fauteuil, les jumeaux jouaient aux cartes avec Ron Ginny et Hermione étaient à l'étage et avaient pour ambition de sociabiliser l'abominable elfe de maison. Quand tout le monde se concentra à nouveau sur la bataille de cartes, Sirius reprit à voix basse.

- Et… est-ce que tu t'es rendue compte que Lupin avait un faible pour elle ?

- Qui d'autre s'en est aperçu ?

- A peu près tout le monde dans cette pièce !

- Espérons que Tonks soit attentive alors ! s'exclama-t-elle dans un rire contagieux.

Les enfants observèrent les deux amis partager un moment de franche rigolade.

- Ça m'a manqué de pouvoir te parler pendant toutes ces années… murmura Amalia.

- Tout m'a beaucoup manqué à Azkaban mais heureusement que j'avais en mémoire les bons souvenirs ensemble.

Sirius l'observa un instant. Lorsqu'il avait été envoyé en prison, elle devait avoir quatorze ans tout au plus, son père l'avait déjà cachée en France et ils ne se voyaient que pendant les vacances chez elle. Déjà à cette époque, Voldemort les avait séparé et ils avaient du chacun dans leur coin faire leur deuil face à la perte de Regulus puis de James et Lily, sans pouvoir compter sur leur soutien mutuel. Il voyait à présent une charmante jeune femme indépendante de bientôt vingt-neuf ans, son regard d'un vert-absinthe était captivant et sa longue chevelure blonde presque blanche tombait sur ses épaules dans une cascade de boucles élégantes. Elle représentait les années qu'il n'avait pas pu vivre en étant enfermé à Azkaban.

- Patmol ?

- Oui, je suis désolé. Je pensais à tout ce que tu avais à me raconter pour ramener un peu de normalité dans mon existence.

- Ma vie n'a pas été trépidante, ne crois pas cela ! Et puis tu as certainement des choses à m'expliquer, j'aperçois des tatouages…

Elle tira un peu le haut de son col pour jeter un coup d'œil aux runes et autres symboles qui étaient gravés dans la peau de l'ancien prisonnier.

- Hé ! Arrête ça ! Je ne me suis jamais déshabillé devant toi, ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer ! répliqua l'évadé en se débattant pour ne pas révéler plus de peau que ce qu'Amalia voyait.

Mrs. Weasley déboula pour chasser les enfants vers l'étage, le convoi extraordinaire ne devrait pas tarder et il était essentiel que tous soient prêts à accueillir Harry et à l'occuper pendant la réunion de ce soir juste avant le repas. Les rires enfantins laissèrent place aux pas lourds des membres de l'Ordre, un à un ils occupèrent l'espace réduit de la cuisine. Un bong ! suivit des hurlements de Mrs. Black annoncèrent le retour de Tonks et donc de l'équipe de sauvetage de Harry. Mrs. Weasley s'empressa de monter les marches deux à deux pour aller le réceptionner et le conduire directement à l'étage auprès de ses enfants. Kreattur les avait suivis pour mieux observer le nouveau venu. Amalia et Sirius ne tenaient plus en place, ils essayèrent de le cacher et Lupin sentit immédiatement leur expression suppliante lorsqu'il apparut dans l'embrasure de la porte.

- Tout va bien, il n'y a pas eu de problème.

- Attendons encore quelques minutes avant de crier victoire ! ajouta Maugrey en poussant une chaise.

Un à un, les invités se présentèrent dans la cuisine et la réunion débuta quelques minutes seulement après l'arrivée du convoi spécial. Heureusement, elle ne devait pas durer plus d'une heure. Cependant, certains invités ne pouvaient s'empêcher de se disputer ce qui allongea sensiblement le temps consacré au sujet du jour.

Rogue sortit de sous sa cape une longue carte usée sur les bords et la déplia fièrement sous les félicitations des membres de la réunion. Il s'agissait d'un plan complet et détaillé du manoir des Malefoy, les Mangemorts s'en servaient de quartier général. Le lieu était certainement plus grand et plus luxueux que la miteuse maison dans laquelle l'Ordre devait se réunir. Sirius en avait conscience et resta muet dans son coin, ce que remarqua immédiatement le Serpentard. Triomphant, il ne put se retenir de le faire savoir, comme une agréable vengeance.

- Nous sommes reçus d'une autre façon ! Les elfes de maison s'y activent au lieu d'insulter toutes les personnes qui passent…

- Tu peux aussi y rester si le confort te manque ! persifla Sirius en se redressant.

- Du calme vous deux…, tempéra Lupin.

- Mais non, laisse ton ami partager avec nous son ressenti puisqu'il n'a que cela à faire…

Rogue prit une voix doucereuse et croisa les bras d'un air faussement intéressé.

- Que veux-tu dire par « que ça à faire » ? Le maître des lieux s'était levé.

- Ta petite contribution à l'Ordre consiste à nous prêter cet… endroit. Il avait prit un air dégoûté. Le ménage se passe-t-il bien ?

Face aux regards conjoints d'Amalia et de Dumbledore lui intiment de ne pas répondre, Sirius tenta de prendre un ton plus mesuré.

- Si tu as mieux à proposer, ça sera avec plaisir que nous modifierons l'emplacement de nos réunions ce qui me permettra également de changer un peu d'air. Ah mais non, tu es trop occupé à voler du papier chez Lucius pour avoir du temps à consacrer à cette tâche…

- Je risque ma vie à chaque fois que je mets les pieds là-bas. Rogue parlait la mâchoire crispée, il se releva à son tour. As-tu au moins conscience de cela ?

- Bon aller, il suffit vous deux ! Rasseyez-vous et terminons cette réunion. Si vous voulez comparer la taille de vos baguettes, merci de le faire après ! s'écria Amalia dans un grondement, le front plissé.

Les deux sorciers ne surent pas quoi répondre, ils la regardèrent avec surprise. La seconde partie de sa phrase les mettait très mal à l'aise et ils se turent, rouges de honte. Dumbledore sourit, amusé par la scène mais il reprit très vite la parole pour clore cette réunion mouvementée où les pouffements continuaient d'être émis. Les participants saluèrent Sirius et remercièrent discrètement Amalia pour son intervention, certains restaient dîner et d'autres rentrèrent chez eux. Pour sa part, le professeur d'Histoire avait encore à faire dans les travaux de sa demeure et pris congés en promettant de revenir dès le lendemain.

- Profite-bien de la soirée avec ton filleul… glissa-t-elle en embrassant Sirius sur le pas de la porte.

- Oui… Et toi, arrête de prendre sa défense ! C'est entre lui et moi.

- Si tu parles de tout à l'heure, je n'ai pris la défense de personne. Ce n'est drôle pour aucun d'entre nous de vous écouter vous disputer sans arrêt. Personne n'a tord ou raison, vous êtes deux gamins ! En voyant la tristesse dans le regard de son ami, elle se sentit obligée d'ajouter.

- Mais je t'aimerais toujours, quoiqu'il arrive.

Sirius esquissa un bref sourire en coin et serra très fort contre lui sa sœur de cœur.

oOo

Amalia arriva de bonne heure et de bonne humeur pour le nettoyage de la maison, elle oublia bien vite la convocation de Harry au ministère et rayonna littéralement de joie lorsque le garçon descendit au moment où elle entra dans le hall. Bizarrement, la demeure des Black devenait intéressante et même accueillante, la vie qui y régnait détonnait avec le décor. Chacun avait trouvé sa place et s'activait dès le petit déjeuner englouti.

- Am', tu voudrais bien me rendre un service ? lui lança Lupin à peine avait-elle passé la porte de la cuisine.

- Bien sûr, qu'est-ce qu'il y a ?

Elle tendit une joue pour recevoir un baiser.

- Je ne suis pas très doué en couture et Molly a bien assez à faire avec les rideaux du salon infestés par des Doxys. Est-ce que tu pourrais me recoudre le bas de ma cape ?

La jeune femme examina le tissu et passa un doigt à travers le trou.

- Hum, c'est d'une nouvelle cape dont tu as besoin, pas d'un rafistolage mais je veux bien te le faire. Il faudrait que je mette la main sur… Ah bonjour Patmol !

L'homme venait de se lever et se traîna péniblement jusqu'à son amie pour la prendre dans ses bras, les cheveux en bataille et complètement débraillé.

- J'ai toujours bien dormi avec toi, tu es apaisante. Viens me rejoindre à l'étage, on refera le monde comme du temps où l'on déplaçait les meubles pour se faire une cabane avec les draps.

Il marmonna en baillant, par-dessus son épaule Amalia jeta un regard à Lupin en guise d'avertissement. Elle craignait plus que tout qu'il dise à Sirius comment s'était passé la nuit avant leur entretien au ministère.

- Patmol, tout le monde travaille pour toi dans la maison, remues-toi et viens nous aider !

- Laisse-moi Lunard, je profite de ma petite sœur avant qu'elle reparte à Poudlard et traîne dans les cachots humides du château en compagnie de mon pire ennemi.

Harry rentra dans la cuisine au moment où Amalia poussa un soupir exaspéré et reprocha à son parrain d'être rancunier.

- Miss Richards… commença-t-il.

- Ah ah, ça me fait toujours bizarre quand les enfants t'appellent comme ça ! rit Sirius.

- Amalia, Harry, appelez-moi Amalia quand on est ici s'il vous plaît.

La sorcière s'approcha d'Harry et lui passa une main dans ses cheveux ébouriffés, elle resta un moment songeuse en lui souriant. Ses mains chaudes étaient réconfortantes, le garçon avait très envie de se blottir dans ses bras à cet instant sans comprendre pourquoi. Il n'avait jamais ressenti cela envers un de ses professeurs. L'ambiance familiale de la maison, la présence de ses amis et de son parrain, la gentillesse qui l'entourait après des semaines passées à mourir de faim chez les Dursley… Il était reconnaissant à l'Ordre de l'avoir enlevé de cet enfer. Mais son esprit revint vite à la colère qu'il avait éprouvé en arrivant pour avoir été tenu à l'écart, un vent froid naquit au creux de son estomac.

- Amalia, vous m'aviez promis de m'expliquer comment vous avez connu mon parrain.

Ses yeux verts fixaient intensément son enseignante, cette fois-ci il n'était pas question qu'un sortilège l'endorme.

- Bien, venez avec nous. Sirius doit avoir envie de prendre son petit déjeuner et j'ai de la couture à faire. KREATTUR ! Apporte-moi du fil et une aiguille je te prie !

- KREATTUR ! FAIS CE QU'AMALIA T'A DEMANDÉ ET TOUT DE SUITE ! renchérit son maître en s'asseyant dans son fauteuil.

La sorcière s'installa sur l'accoudoir et débuta son ouvrage après que le petit être aux oreilles pointues lui eut apporté ce dont elle avait besoin.

- Hé bien, par où allons-nous commencer ? questionna-t-elle son ami en voyant Harry s'agiter sur sa chaise.

- Par le fait que tu sois ma voisine ?

- Ah oui ! J'habite depuis toute petite la maison juste en face. Sirius et son frère étaient les seuls enfants sorciers du quartier, mon père les trouvait assez bien pour que je puisse les fréquenter. Ma mère travaillait beaucoup, je passais toutes mes vacances ici, bercée par la douce voix de Mrs. Black – dont on peut entendre un extrait grâce à son tableau – et les deux vauriens qui m'ont raconté tout un tas d'histoires glauques sur Poudlard avant que j'y entre !

- Je ne répétais que ce qu'on m'avait dit ! se défendit Sirius.

- En bref et pour faire court, je suis une voisine d'enfance des Black, voilà comment nous nous sommes connus. Vous aurez tout le loisir comme Ron et Hermione d'entendre la multitude d'histoires embarrassantes qu'il a à raconter sur moi, afin de repartir au collège avec de quoi me faire chanter !

Les deux adultes se comportaient comme des garnements, ils se chamaillaient, se chatouillaient et terminaient leur dispute par des accolades auxquels Lupin prenaient part s'il en avait l'occasion. Bien que déconcerté, Harry appréciait de voir son parrain reprendre vie en présence de son amie. Il découvrait une part de lui heureuse et épanouie comme avait dû l'être son existence avec ses propres parents.

Avant que Lupin ne s'en aille ce soir-là, Amalia lui restitua sa cape qui avait fière allure une fois réparée. Mrs. Weasley n'avait plus besoin de gronder les enfants pour qu'ils aillent au lit, ils se bousculaient dans les marches quand le professeur montait afin d'être le mieux placés pour écouter ses histoires et protester le plus fort possible lorsqu'elle les achevait. Elle était sur le point de partir quand Sirius l'arrêta dans l'entrée.

- L'audience approche…

- Oui… Tu dois avoir du mal à dormir…

Amalia lui passa une mèche de cheveux derrière l'oreille d'un geste affectueux.

- Je serai plus rassuré si tu l'accompagnais.

- C'est une mauvaise idée, tu le sais. Je ne suis pas en odeur de sainteté en ce moment là-bas. Je ne peux même pas vous aider en prenant un tour de ronde et puis c'est mieux si Arthur y va, il connaît bien le lieu et pourra le guider s'il y a un problème. Son ami prit une mine déconfite, elle continua alors.

- Ce n'est pas toi qui disais que tout irait bien ?

- Je dis beaucoup d'âneries d'après une certaine-personne-dont-je-tairai-le-nom… et elle a souvent raison.

- Ne t'en fais pas, au pire, il sera exclu de Poudlard et pourra te tenir compagnie ici, non ?

Sirius se détendit enfin et l'attira dans ses bras, le visage dans ses cheveux blonds.

- Tu vas me manquer. Vous allez tous me manquer une fois que les vacances seront terminées.

- Je t'écrirai, aussi souvent que possible !

- Sauf si tu es trop occupée…

Amalia fit un pas en arrière et dévisagea l'homme.

- Trop occupée par quoi ?

- Par qui plutôt...

- La jalousie ne te va vraiment pas Sirius Black ! rit-elle.

oOo

Le jour de l'audience fut chargé. Au petit matin tout le monde accompagna Harry jusqu'à la bouche de métro la plus proche avec Mr. Weasley afin qu'ils prennent les transports en commun Moldus et se présentent devant l'entrée des visiteurs à leur tour. L'attente pour tout le monde était étrangement décontractée, les uns et les autres continuaient de rendre habitable la demeure des Black, sous les menaces de Kreattur. Dès qu'un objet roulait à terre, il se jetait dessus dans le vain espoir de le protéger de sa destination finale : la poubelle. Hermione ne cessait de répéter à tout le monde que le sort des elfes de maison était inadmissible et c'est avec joie qu'elle trouvait un écho positif auprès de Dumbledore et d'Amalia. Cependant cette dernière dû décliner l'offre d'adhésion à la S.A.L.E. : la Société d'Aide à la Libération des Elfes de maison, au motif que si certains aimeraient certainement avoir le choix, la plus part ne souhaitaient pas être libérés. A défaut, son professeur lui proposa de soutenir ses propositions de salaire et de reconnaissance d'un statut à ces domestiques. Ensemble, elles rédigèrent les articles sous le regard effaré de Ron.

Derrière elles, Mrs. Weasley chuchotait des instructions à Sirius et aux jumeaux, soudain Ginny eut besoin d'aide pour un devoir et voulu absolument qu'Amalia la suive dans sa chambre. Étonnée mais conciliante, elle l'accompagna à l'étage suivie par Hermione et y resta jusqu'à ce que la porte d'entrée annonce le retour de Mr. Weasley et d'Harry.

Il était difficile de dire qui était le premier arrivé dans la cuisine lorsque le garçon s'installa sur une chaise. Les cris de joie de ses camarades empêchèrent Harry d'expliquer le changement de lieu et d'heure qui l'avait fait arriver en retard à son audience, le comportement de Fudge et des membres du jury, l'étrange distance que Dumbledore avait mis entre eux et l'exaltation qu'il ressentait à revenir dans cette maison pour leur annoncer la bonne nouvelle. Ginny, Fred, George et Ron hurlaient de bonheur ce qui permit à Harry de ne pas se rendre immédiatement compte de l'air renfrogné de son parrain. Il le félicita puis monta nourrir Buck avant le repas de midi. La porte de la chambre de sa mère grinça, Sirius n'eut pas à se retourner pour savoir qui l'avait suivi.

- Redescends s'il te plaît, j'ai besoin d'un moment seul…

- Avant que j'y retourne, je voulais te dire que j'aurais un œil sur lui toute l'année et qu'on reviendra pour les vacances de Noël, lui et moi.

Amalia passa une main dans le dos de son ami avant de refermer la porte derrière elle. Le repas de midi était plus léger et joyeux que le petit déjeuner, Arthur Weasley s'était joint à eux pour dévorer son poulet rôti et participer un peu à l'ambiance festive avant de repartir au travail. Il prévint sa femme de la venue de Kingsley le soir même et salua l'assemblée avant de repartir. Sirius les avait rejoint à table sans ajouter un mot.

- Bon, parfait ! Nous allons pouvoir débuter la petite fête ce soir ! s'exclama Mrs. Weasley en tapant dans les mains.

- Je vais vous laisser, je dois réceptionner mes meubles, coupa Amalia.

- Oh ! Mais vous revenez pour le dîner n'est-ce pas ? s'enquit la mère de famille d'un air inquiet.

- Oui, oui bien entendu. A 19h ?

- Ce sera parfait !

Remus et Sirius continuaient de chuchoter, penchés l'un vers l'autre.

- Qu'est-ce que vous préparez tous les deux ? Elle avait un regard soupçonneux et les désignait du doigt.

- Rien, des histoires d'hommes !

Sirius l'accompagna jusqu'à l'entrée en prononçant ces mots, une expression malicieuse au visage.

oOo

Sous la surveillance de sa voisine, Amalia accueillit le camion de déménagement qui lui apportait enfin de quoi terminer de meubler sa maison. Elle avait heureusement pensé à choisir l'option « portes vitrées épaisses » sur les vitrines et ajouté une bibliothèque pour compléter un pan de mur du salon ainsi qu'un canapé pour recevoir des invités. Son ancienne chambre serait également mieux agrémentée et permettrait à un éventuel visiteur de profiter d'un confort moins spartiate. L'horloge du couloir annonça 18h45, quand enfin, la sorcière poussa un dernier carton dans le salon. Elle salua les livreurs et alla se changer au premier. En se présentant sur le perron des Black, Amalia sentit une main lui effleurer le bras.

- Oh ! Salut Tonks ! Comment vas-tu ?

- Bien et toi ? J'ai de bonnes nouvelles te concernant ! annonça la jeune femme qui avait opté pour une teinte de cheveux mauve aujourd'hui, ils étaient un peu plus longs et tombaient sur ses épaules.

- J'ai hâte d'entendre cela !

- On devrait peut-être en reparler une fois en bas pour ne pas réveiller Mrs. Black ?

- Tu as raison, d'ailleurs, fais attention à ne pas tomber cette fois-ci !

Les deux femmes descendirent sur la pointe des pieds pour rejoindre les autres, à peine avaient-elles poussé la porte de la cuisine qu'une pluie de confettis s'abattit sur leur tête.

- Joyeux anniversaire !

- Ah zut, vous vous en êtes souvenus…

Amalia fut attrapée par les épaules et poussée sur le siège en bout de table, une coupe d'hydromel arriva dans sa main pendant que les enfants continuaient de lui lancer des paillettes de papier.

- On ne devait pas fêter la réussite d'Harry ce soir ?

- Les deux sont possibles, on peut faire la fête aujourd'hui ! s'écria Sirius en cognant un verre contre sa coupe.

La soirée battait son plein quand Tonks prit Amalia à part.

- Je vais devoir partir pour une mission de l'Ordre mais avant, il faut que je te dise que Fol Œil a négocié un arrangement dans l'éventualité où tu aurais des problèmes avec Tu-Sais-Quoi !

- C'est parfait, je vais pouvoir déposer ce que l'on a mit dans la pile « à ne surtout pas garder » avant la rentrée. Tu le remercieras pour moi si tu le vois ?

- En fait, si tu veux lui témoigner de la reconnaissance, offre-lui le pilulier, il saura en faire bon usage !

Tonks repartit peu de temps après pour entamer son tour de garde.


Prochain chapitre : Décret d'éducation numéro vingt-deux

Note : Merci d'être plus nombreux à suivre cette histoire après chaque chapitre ! Ça me fait vraiment plaisir et me pousse à avancer le tome 4 ! Des photos seront publiées sur le compte Insta, n'hésitez pas à y faire un tour !