Chapitre 7 – Décret d'éducation numéro vingt-deux

Ce fut dans le brouhaha qui régnait toujours en fin de réunion que Dumbledore s'entretint discrètement avec Rogue. Son visage se ferma et il partit sans un mot, passant devant Amalia qui se tenait près des escaliers. Elle ne comprit pas ce qui venait de se produire, cependant elle gravit les marches aussi vite que possible et réussit à le rattraper au niveau de la porte d'entrée, ses appels ne l'arrêtant pas. Une sensation d'étouffement s'empara d'elle dès l'instant où la sorcière entra en contact avec lui, puis l'oxygène qui remplit à nouveau ses poumons lui indiqua qu'ils venaient de transplaner.

- Où sommes-nous ? demanda-t-elle en détaillant la pièce dans laquelle ils se trouvaient.

Il n'y avait pas vraiment d'entrée, le hall donnait immédiatement sur un salon miteux dont les murs étaient aussi chargés de livres que chez elle. Un unique fauteuil occupait la place devant l'âtre et paraissait confortable bien que très usé. Aucun cadre, aucune photo ne venait égayer une pièce triste et sombre où la lumière filtrait par une fenêtre crasseuse. Le maître des lieux lança un coup de baguette vers la cheminée et un feu aux flammes puissantes vint s'y loger.

- Pourquoi m'as-tu suivie ? Tu ne pouvais pas me laisser un peu tranquille ?

Rogue avait la voix grave et était agacé. Il défit sa cape et la jeta sur le dossier du fauteuil.

- Si tu ne voulais pas que je t'accompagne, pourquoi m'avoir fait transplaner avec toi ? Tu aurais pu m'abandonner en chemin et je serai rentrée toute seule.

Elle s'approcha de l'imposante bibliothèque et parcourut les titres des ouvrages.

- Que s'est-il passé avec Dumbledore tout à l'heure ?

Amalia entendit un soupir, il s'assit et lentement, elle s'installa à ses pieds, le menton posé sur ses genoux. Le sorcier cacha sa tête dans sa paume et demeura prostré dans son mutisme. Alors avec beaucoup de douceur, elle lui prit la seconde main.

- On m'a encore refusé le poste de Défense Contre les Forces du Mal.

- Je suis désolée, je sais que ce cours te tient à cœur. Dumbledore t'a donné la raison ?

- Il prétend que le décret d'éducation numéro vingt-deux permet au Ministère de désigner qui ils souhaitent sur ce poste, que notre prestation n'ayant pas convaincu, ils ne lui ont pas permis de me nommer.

Après un bref silence, Amalia répondit.

- J'espère que tu le crois Severus. Il connaît ta valeur et si cela ne tenait qu'à lui, il t'aurait accordé ce cours.

- J'ai du mal à ne pas douter car il en a eu l'occasion à plusieurs reprises et ne l'a pas fait. Cette excuse tombe à pic…

Du bout des doigts, il enroulait distraitement les cheveux de la jeune femme.

- Je vais y retourner, ils doivent se demander où je suis passée. On se reverra à la prochaine réunion ?

Il opina. Bien, si d'ici là tu as besoin de moi, tu sais où me trouver, je serai toujours là. D'accord ?

- Vas t'occuper de ton cher Black avant de quitter Londres… maugréa-t-il en dégageant sa main.

Amalia était déçue par sa réaction, elle ne le laissa pourtant pas paraître. Il détourna les yeux pour ne pas croiser son regard et fixa l'âtre. La sorcière se releva et transplana, laissant dans son sillage un « crétin » prononcé à voix basse et un doux parfum sucré.

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L'occasion de visiter le chemin de Traverse se présenta rapidement. Hermione et Ron reçurent en même temps, une enveloppe jaunie et cachetée au sceau de Poudlard. Interloqués par cette missive arrivée avec les lettres de convocation des élèves, ils ne prirent pas tout de suite conscience de l'étendue de la nouvelle qui les attendait.

- Oh MON DIEU ! hurla Mrs. Weasley en voyant le courrier que Ron tenait.

- Ah tiens, ça me rappelle quelque chose ! souffla Lupin.

De la main de McGonagall, il apprenait sa nomination au poste de préfet. Un badge glissa dans sa paume et les cris perçants de sa mère le laissèrent abasourdi. Hermione pour sa part, levait fièrement le menton en recevant les félicitations de tout le monde pendant qu'Amalia remarqua le voile sombre qui obscurcit le regard de Harry.

- Je vous souhaite bien du courage ! Avec les B.U.S.E. qui arrivent pour vous cette année, être préfet… Elle fit un clin d'œil à Harry. Vous allez travailler ! Croyez-moi !

- Je n'avais pas pensé à ça… blêmit Ron.

- Vous allez vous en sortir ! Regardez Remus ! ironisa Sirius en lui tapotant l'épaule.

- Vous avez été préfet ? Hermione s'extasia en prenant place à table.

- Oui, je crois que les autres choix possibles n'ont pas séduit Dumbledore à cette époque ! l'intéressé répondit en souriant.

Harry de son côté restait songeur et observait son parrain.

- Bon, je vais devoir aller au chemin de Traverse cet après-midi pour acheter tous les livres ! Quelle idée d'envoyer la liste la veille de la rentrée !

Mrs. Weasley pesta en relisant le parchemin, entre ses quatre enfants, Harry et Hermione, elle en aurait pour l'après-midi tout entier ! Sans compter sur le cadeau qu'elle avait promis à Ron pour le récompenser de sa nomination. Amalia bondit sur l'occasion pour lui proposer son aide, ravie d'avoir une raison discrète de se rendre chez Barjow et Beurk, afin de se débarrasser d'une partie des objets encombrants que son père lui avait légué.

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Les deux femmes prirent la direction du Chaudron Baveur pour se glisser via la cour intérieure, au chemin de Traverse. La ruelle était noire de monde. Si les soldes avaient existé dans le monde des sorciers, on aurait pu en conclure que tous les magasins vidaient leurs stocks.

- Alala, rien d'étonnant ! Les parents ont dû recevoir les listes ce matin ! J'espère que le libraire aura pensé à commander assez d'exemplaires des livres demandés ! Je me suis résolue à expédier aux jumeaux leurs manuels de métamorphose l'an dernier. Ils ont passé deux semaines à recopier sur les voisins !

La mère de famille s'agitait et râlait contre tout. Elle cachait difficilement son inquiétude face à la perspective d'une maison bientôt vide. Dans un élan de sympathie, Amalia l'interrogea.

- Dites-moi Molly, qu'est-ce qui vous perturbe à ce point ? Il s'agit des B.U.S.E. de Ron ? Parce que s'il se concentre un peu, il pourra être bien meilleur que George et Fred…

- Oh non, je ne m'en fais pas trop pour ses résultats… C'est plutôt… Oh, laissez, ça n'est rien ! Vous aurez bien d'autres choses auxquelles penser cette année…

- Allez-y. Si je vous ai posé la question, c'est parce que je souhaitais entendre la réponse.

Les sorcières faisaient la queue devant la librairie, la file débutait en dehors de la boutique. Il aurait été compliqué d'y mettre un pied même s'il pleuvait car une multitude de capes de couleurs s'y entassaient. Par endroit des têtes d'enfants apparaissaient et trépignaient sur place.

- Euh bien… Je ne peux pas en parler devant Sirius. Il se met à chaque fois en colère et comme il nous héberge, Arthur ne veut pas que j'aborde le sujet.

- Je ne vois ni chien noir, ni personne ici qui pourrait lui répéter.

- Hé bien, j'adore Harry et Hermione, vraiment, comme s'ils étaient mes propres enfants… hésita-t-elle.

- Oui, cela se voit immédiatement.

- Mais voilà, avec Ron, ils ont tendance à se fourrer dans des situations improbables…

Mrs. Weasley eut le temps de décrire avec précision toutes les folles aventures que les trois élèves avaient vécues en l'espace de seulement quatre années à Poudlard. A la fin de l'énumération, Amalia se dit que ce qu'elle avait appris l'an dernier à leur sujet par Rogue, était encore bien peu par rapport à la réalité.

- Je n'arrive pas à comprendre pourquoi ils n'ont pas fait appel à des adultes pour gérer cela !

- Des fois, ils n'écoutaient pas ou ne les prenaient pas au sérieux. Ce sont des enfants… plaida Molly en s'avançant devant le comptoir, il restait encore une cliente devant elle. Je m'inquiète tellement que j'en fais des cauchemars toutes les nuits. Je les vois, étendus sur le sol et…

Amalia passa une main dans le dos de Molly, sa voix tremblait et elle dissimulait les larmes qui lui venaient aux yeux dans un mouchoir. Voir la mère de famille se tracasser autant lui brisait le cœur. Avec beaucoup de gentillesse, elle lui répondit.

- Je ne peux malheureusement rien faire pour les empêcher de vouloir tout résoudre seuls mais en rentrant, je leur toucherai deux mots…

Mrs. Weasley commanda enfin l'ensemble des collections nécessaires et les enfourna dans un sac magique sans fond. En ressortant, son visage s'était un peu détendu, entre le soulagement d'avoir tout acheté et le poids en moins de ses confidences. Une chouette blanche passa au dessus de leur tête avec un énorme paquet entre les serres, la forme laissait deviner un balai.

- Merci Amalia, je suis contente d'avoir trouvé une oreille attentive. C'est difficile en étant sans arrêt avec Sirius. Il est gentil seulement…

- Il est enfermé depuis trop longtemps, je sais, compléta le professeur d'Histoire en évitant de justesse un second oiseau.

- Je dois passer dans le magasin de Quidditch de Ron et chez Madame Guipure pour la robe de Ginny.

- J'ai aussi une course à faire ailleurs et chez Madame Guipure avant de partir. On se retrouve là-bas ?

Mrs. Weasley confirma le rendez-vous et se faufila entre les passants du chemin de Traverse.

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Cette agitation détonnait avec le calme de l'allée des Embrumes. Les ombres des promeneurs paraissaient glisser le long du mur comme si elles n'appartenaient à personne. L'odeur moite d'égouts et d'ordures piquaient le nez. La vitrine de Barjow et Beurk était sale et la quantité d'objets répugnants exposés ne donnaient pas envie de pousser la porte d'entrée. Pourtant, Amalia s'y résolut et enfonça le passage d'un pas décidé. Le tintement discret d'un carillon argenté signala sa présence et l'homme qu'elle avait croisé au début de l'été dans la même rue, émergea de l'arrière du comptoir.

- Ah ! Miss Richards, vous avez fini par trouver le chemin vers mon humble boutique ! s'exclama-t-il, triomphant.

- Bonjour. Sommes-nous seuls ? coupa la jeune femme d'une voix neutre.

- Oui, le magasin est protégé par de puissants sortilèges. Il en va de la réputation de notre établissement !

- Bien. J'ai amené des choses qui pourraient vous intéresser mais je veux d'abord connaître vos garanties. Il n'est pas question que je perde mon emploi parce que vous ne savez pas garder votre langue.

L'homme agitait fébrilement ses longs doigts sales sur la banque en bois.

- Ne vous en faites pas, tous nos clients sont satisfaits… L'étendue de nos garanties dépend surtout de la qualité de vos… propositions !

- C'est ce qui me semblait, je vais devoir m'adresser à l'étranger…

Amalia tourna les talons mais le vendeur lui barra la route.

- Je ne sais pas quelle rumeur vous est parvenue mais nous avons à cœur de protéger les familles de sorciers qui ont… Hum… Barjow lança des regards inquiets dans la ruelle. Les familles qui ont su conserver une part sombre de leur patrimoine si vous voyez ce que je veux dire.

L'homme se tordait sur lui-même, voûté et nerveux. La sorcière le toisa avant de sortir de sous sa cape, une bourse de velours.

- Nous allons pouvoir parler affaires dans ce cas…

L'énumération des objets interdits dura quelques minutes, le marché n'en prit que dix car la majorité des biens provenaient de la boutique Barjow et Beurk, les registres du magasin comportaient les traces des transactions de Livius Richards. Ils n'eurent aucun mal à se mettre d'accord sur un prix, Amalia sachant déjà la valeur de chaque objet. Afin de ne pas attirer l'attention du vendeur, elle négocia férocement chaque article et en tira une belle somme. En revenant sur le chemin de Traverse, la douce lumière du soleil lui caressa le visage comme s'il s'agissait des premiers rayons qu'elle recevait après des années de captivité. Dans l'allée des Embrumes, tout était hors du temps. Amalia regarda la façade et les enseignes des magasins, une vitrine vide avec un écriteau « à louer » attira son attention. L'emplacement était attrayant et bien situé, nul doute que le propriétaire retrouverait bientôt un locataire. Heureusement, Mrs. Weasley achevait enfin ses courses lorsqu'elle entra à son tour chez la couturière. Amalia prit de la laine, des aiguilles à tricoter et du fil, elle échangea quelques banalités avec des parents dont les enfants étaient dans l'une de ses classes. Les étudiants saluaient gaiement leur professeur dans la rue lorsque les deux femmes prirent le chemin du retour.

- Ils vous apprécient, ça fait plaisir à voir !

- J'aime beaucoup enseigner à Poudlard. Les enfants ne sont pas aussi cruels que les élèves de Durmstrang et plus sérieux que ceux de BeauxBâtons. J'ai d'ailleurs appris que Bill aidait l'une d'entre elle, à Gringotts ?

Mrs. Weasley grimaça sans répondre et changea de sujet.

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La rentrée s'annonçait et les enfants ne tenaient plus en place. Sirius prodiguait des conseils à Harry sur la manière de faire tourner en bourrique Rogue. Les jumeaux n'en perdaient pas une miette, notant toutes les façons qui pourraient alimenter leurs farces et attrapes. A bout, Amalia finit par les réunir avant la dernière réunion de l'été pour l'Ordre.

Ron, Hermione et Harry étaient sur des chaises, Ginny assise sur un coin de table, Fred et George debout. Molly s'activait à préparer le thé, Remus et Sirius attendaient dans l'encadrement de la porte. Le professeur d'Histoire prit une longue inspiration.

- Écoutez-moi bien vous trois, dit-elle en pointant du doigt les adolescents. Lors de votre première année vous avez sonné un troll des cavernes et bravé les épreuves protégeant la pierre philosophale. En seconde année, vous êtes rentrés seuls dans la Chambre des Secrets et avez affronté le Basilic…

Derrière eux, Sirius donna un coup de coudre à son ami, bombant le torse de fierté.

- En troisième année, Harry s'est faufilé jusqu'à Pré-au-Lard sous sa cape d'invisibilité alors qu'une menace planait sur lui et a chassé des centaines de Détraqueurs. Enfin, l'an dernier, le Tournoi des Trois Sorciers...

Sirius souriait toujours à l'énumération des exploits de son filleul. Brusquement, le ton changea.

- Je vous préviens ! Avec le retour de Vous-Savez-Qui, si vous faites un seul pas de travers, je me ferai une joie de TOUS vous placer en retenue pendant votre temps libre et j'irais même jusqu'à vous border le soir pour m'assurer que vous restiez à l'abri.

Elle avait fait un signe de la main pour englober tous les enfants, elle ajouta en voyant la mine réjoui des jumeaux.

- Croyez-moi, à votre âge cela sera humiliant plus que plaisant ! Il n'est pas question que vous vous comportiez comme ces deux idiots congénitaux lorsqu'ils étaient étudiants à Poudlard.

Amalia désigna Remus et Sirius, des protestations s'élevèrent mais elle continua.

- Avec ou sans l'accord du Professeur McGonagall, je vous punirai. Vous avez des parents et amis qui s'inquiètent quand vous n'êtes pas là ! Inutile d'ajouter une expérience à votre palmarès ! Si une chose vous parait suspecte, vous venez immédiatement prévenir un de vos professeurs et vous rentrez dans vos dortoirs. COMPRIS ?

Ce discours fit tomber un silence de plomb sur la pièce. Molly s'était arrêtée et les élèves fixaient leur professeur avec une expression médusée, Fred et George n'osèrent pas répondre et tous hochèrent la tête en rythme, dans un timide acquiescement.

- On dirait que c'est Severus qui a pris du Polynectar, non ? chuchota Remus à l'attention de Sirius

Ce fut à cet instant que le maître de potions s'avança à son tour dans la pièce, toisant les deux comparses.

- Hum, je doute qu'ils aient poussé le vice au point d'en boire tous les deux.

Amalia resta muette pendant que Mrs. Weasley demanda aux enfants de monter dans leur chambre, les premiers membres de l'Ordre les saluaient en prenant place dans la salle à manger. Elle lança un regard glaçant à Sirius, les lèvres pincées.

- Quoi ? répliqua-t-il, agacé par les reproches sous-entendus.

- Comment ça « quoi » ? Je ne veux plus que tu lui mettes en tête ces idées stupides !

- Oh tu dramatises encore !

- Sirius, je suis sérieuse ! Cette année, il n'est pas question que Harry sorte la nuit pour visiter le château ou que sais-je encore !

- Tant que Dumbledore sera là, il n'y a aucun risque…

L'homme s'installa sur son fauteuil et posa ses pieds sur la table. Lupin et Rogue les observaient en silence, ce dernier était surpris par le changement soudain de comportement chez sa collègue.

- Tu as l'impression de revivre vos folles expériences quand tu lui en parles mais n'oublie pas que Harry n'est pas James !

- Qu'est-ce que ça peut bien te faire de toute façon ? Aucune des farces ne te concernait ! A moins que tu n'aies en tête de protéger quelqu'un !

Sirius posa son menton sur ses mains croisées, il toisait à présent une autre personne dans la pièce. Amalia entra dans une rage folle, l'insolence de son ami ne pouvait plus durer ! Depuis combien de temps était-il enfermé ici, à n'apprendre la réalité du monde extérieur que par les filtres de ce que lui rapportait les membres de l'Ordre ? Il prenait les choses à la légère. Elle fondit sur lui, poussa ses pieds de la table dans un geste vif et saisit les accoudoirs de son trône pour mieux se rapprocher de son visage.

- Ce que cela me fait ? Je vais te le dire ce que cela me fait. C'est que s'il arrive malheur à Harry, ce n'est pas toi que l'on viendra chercher pour identifier son corps ! prononça-t-elle les dents serrées. Elle se releva, les yeux brillants de larmes et allait emprunter les escaliers quand Lupin tenta de la rattraper. Mais Amalia lui lança un regard noir et se dégagea pour se réfugier dans le salon. La jeune femme demeura dans l'obscurité à contempler les passants dehors, elle pensa à leur vie paisible, bercée de projets quelconques, loin de s'imaginer ce qui pouvait se tramer derrière les façades sombres du square Grimmaurd. Elle enviait leur innocence, leur ignorance des dangers que sorciers et Moldus courraient maintenant et plus encore sur un garçon d'à peine quinze ans. Le grincement de la porte puis une main chaude qui se posa sur son épaule la fit sortir de ses pensées. Elle brisa le silence.

- Tu sais ce que cela me fait, quand on m'annonce ce genre de nouvelle ? J'ai envie de figer le temps, de le rembobiner et de revenir quelques secondes en arrière. De retourner pendant les instants où je me demandais encore qui pouvait bien venir frapper à la porte alors que je n'attendais aucune visite. Ce moment où tu ne penses pas à tout cela, où tu ne t'imagines même pas ce qui va se produire… Au fait que le monde va soudain s'effondrer et qu'il sera impossible de recoller les morceaux brisés.

- Ils nous manquent à tous. Sirius essaye juste de chasser de son esprit les mauvais souvenirs pour s'en créer de nouveaux plus heureux avec Harry.

Lupin la serra contre elle, la tête posée sur la sienne plus basse pour aussi regarder dehors les passants insouciants. La porte d'entrée s'ouvrait et se fermait à intervalles réguliers, les conversations étaient étouffées par les hurlements de Mrs. Black mais personne ne vint les déranger pour le moment.

- Il pouvait se permettre de faire cela avant, mais maintenant…

- Ne sois pas sévère avec lui, il s'ennuie ici.

Amalia se retourna, son expression était fermée.

- Je pensais pouvoir compter sur toi. Il serait temps que vous grandissiez.

Elle se dirigea vers le couloir et descendit dans la cuisine, la salle était animée de discussions. Seules deux personnes se tenaient en retrait, le plus éloignées possible l'une de l'autre. Amalia se plaça au milieu, les bras croisés et attendit. L'arrivée de Dumbledore mit un terme aux conversations pour cette ultime réunion de l'Ordre.

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Molly Weasley put heureusement compter sur l'expertise avisée de Fol Œil afin d'analyser le contenu d'un vieux secrétaire à l'étage. Il s'agitait dans tous les sens et par expérience, tout le monde en avait conclut à la présence d'un Épouvantard. Cependant, avec la famille Black, mieux valait vérifier par deux fois tout objet sortant de l'ordinaire. La réunion achevée et avant d'aller se coucher, la mère de Ron prit le temps de régler son compte à cet intrus mais la scène vira au drame. C'était au milieu du salon que Harry la découvrit, effondrée devant le cadavre de son fils. L'Épouvantard prenait à tour de rôle, l'apparence des membres de la famille Weasley avant de s'immobiliser sous la forme du propre corps de Harry.

Cette vision grotesque de sa dépouille inanimée le plongea dans l'angoisse de Molly. Sa pire crainte était de voir sa famille mourir et même Harry, un ami de son fils. Le garçon comprit alors l'immense amour qu'elle éprouvait, bien plus que sa propre famille ne lui avait jamais témoigné et les paroles dures d'Amalia lui revinrent en mémoire. Il saisit alors le sens de sa mise en garde et étrangement, se rendit compte de ce que sa propre mort pourrait signifier, pour Mrs. Weasley, pour Sirius, pour tous…

Les pas précipités de Lupin dans le couloir le sortit de sa torpeur, qui d'un coup de baguette fit disparaître l'Épouvantard.


Prochain chapitre : Deux rencontres inopinées

Notes : Aller, on arrive enfin à Poudlard et à Ombrage ! J'ai dû passer du temps sur cette première partie qui est tout aussi longue dans le livre (250 pages) J'espère ne pas vous avoir perdu(e)s en route !