Chapitre 8 – Deux rencontres inopinées

Bien décidée à ne pas renouveler son laborieux périple de l'an dernier dans le train, Amalia prit les devants. Mr. Weasley lui avait proposé de la déposer en voiture avec les enfants à King's Cross mais ce fut seule, qu'elle emprunta les longs couloirs du métro londonien, sa malle sur roulettes à la main. L'odeur et la fraîcheur souterraine tranchaient avec l'ambiance en surface, elle huma l'air comme pour s'imprégner des sensations et de l'agitation de la ville. Bientôt, le charme de l'Écosse lui ferait oublier la vie urbaine, Amalia profitait de chaque instant comme s'ils étaient les derniers.

En prenant une correspondance, un homme l'interpella.

- Amalia ?

Il était grand, élancé, les cheveux poivre et sel, une sacoche sous le bras et portait un costume-cravate assez ordinaire.

- Oh excuse-moi, je ne t'avais pas vu ! La jeune femme s'arrêta brusquement, les passants qui la suivaient marmonnèrent des jurons en l'évitant. Comment te portes-tu ?

- Bien bien et toi ? On m'a dit que tu enseignais en dehors de Londres, est-ce vrai ?

- Tout à fait, d'ailleurs il faut que je prenne mon train à King's Cross.

- King's Cross ? Mais il n'y a que des trains de banlieue là-bas !

Son interlocuteur fronça les sourcils.

- Plus maintenant ! J'espère que tout se passe bien avec mon remplaçant et que les étudiants s'y sont faits !

- Plus ou moins. C'est surtout le doyen qui a du mal à se remettre ! Il n'arrête pas de dire que la personne qui t'a débauché était vêtu d'une robe en velours avec des étoiles et portait un bonnet de nuit ! Au début tout le monde a cru à une blague jusqu'à ce qu'on constate que tu étais vraiment partie.

- Et j'en suis vraiment navrée. Avec le décès de mon père et ce nouveau travail je n'ai pas eu l'occasion de vous dire au revoir mais je pense très souvent à vous.

- Tu nous manque quand même un peu, répondit l'homme en souriant. Enfin, si ça se passe mal où tu es, je pense que tu pourrais revenir à l'université sans problème !

- Ah ah ! C'est très gentil ! Je vais devoir y aller mais passe le bonjour à tout le monde !

- Aller, je ne te retiens pas plus, file ! Et bonne rentrée !

Elle lui rendit la politesse et s'engouffra vers un escalier pour rejoindre sa correspondance. Dans la rame tremblante, elle repensa à la vie triste et banale qu'elle avait laissé derrière elle. Amalia ne regrettait rien car ce qu'elle vivait à Poudlard était beaucoup plus vibrant et passionnant, comme si elle avait retrouvé une part d'elle-même perdue.

oOo

La gare de King's Cross grouillait de monde et rapidement, les cages à animaux posés sur des malles anciennes envahirent le quai 9 ¾. Les élèves de première année regardaient fébrilement le train rouge qui les amènerait à Poudlard, le ballet de capes noires et d'objets flottants non identifiés ne les rassuraient pas. En arrivant devant la rangée de compartiments réservés aux professeurs, Amalia aperçut le père de famille qui l'avait aidée il y a un an à porter sa valise. Elle le salua d'un geste du menton et prononça fièrement « Wingardium Leviosa ». Son bagage suivit le mouvement de sa baguette et se posa en douceur sur la moquette du wagon. Le père applaudit en signe de félicitation mais lorsque son fils hurla un « Bonjour Professeur Richards ! » d'un air enjoué, la mine déconfite du parent la poussa à grimper dans le train !

Les compartiments étaient encore vides à cette heure-ci. D'ici vingt minutes le départ serait annoncé et les conversations prendraient le pas sur les bruits de la ville. Espérant un peu de quiétude, la jeune femme se faufila jusqu'aux places les plus près de la locomotive. Elle poussa la porte du compartiment et découvrit qu'elle n'était pas la seule à avoir eu cette idée.

- Bonjour mon Prince !

- Arrête cela ! Si quelqu'un nous entendait…

- Il n'y a personne pour le moment.

Amalia glissa sa valise en hauteur avant de prendre place en face de son collègue.

- Quand j'y pense, la première fois que je t'ai rencontré, c'était dans ce train il y a un an. Et tu m'as laissé une très bonne impression, ironisa-t-elle en sortant un livre de son sac.

- Est-on obligés de revenir sur cela ? Est-on obligés de parler tout court ? Le « crétin » aimerait un peu de tranquillité.

Il s'agaça en reprenant la lecture de son journal, Amalia pour sa part souriait. Elle débuta les premières pages de son ouvrage, ravie d'avoir enfin un peu de temps de libre pour s'adonner à sa passion. Le conducteur avertit du départ imminent du train et les mouvements branlants de locomotive donnèrent l'impulsion à la machine, ils gagnèrent rapidement leur vitesse de croisière. Le silence du compartiment n'était rompu que par le cliquetis d'une sangle de valise qui cognait à chaque courbe contre le rebord en fer du rangement à bagage. Page après page, Amalia dévorait le livre à la reliure brune qu'elle avait pris dans sa réserve personnelle. Alors que Rogue terminait la revue minutieuse de la Gazette du Sorcier, un petit homme passa leur dire bonjour. Le professeur Flitwick était comme à son habitude, joyeux et plein d'entrain, il repartit aussitôt en gloussant.

- Qu'est-ce qu'il s'imagine à chaque fois qu'il nous voit tous les deux ? demanda Amalia en se levant pour baisser les stores et verrouiller la porte du compartiment.

- Il a peut-être entendu une rumeur venant du ministère… Mais qu'est-ce que tu fais ?

Elle se retourna, un sourire malicieux aux lèvres et sortit un second livre de son sac.

- Je ne veux pas que l'on soit dérangé. Serais-tu intéressé pour que l'on commence à revoir la suite ?

Le manuel sur ses genoux était celui de potions des deuxièmes années, les pages cornées et le papier d'un blanc passé indiquaient qu'il n'était plus de première jeunesse. L'enseignante l'ouvrit et dans la couverture était écrit à l'encre noire « Amalia Richards ».

- Tu veux continuer la réforme des manuels alors que le Ministère a coupé court à notre première proposition ?

- Je vais te révéler la chose qui m'a permise de ne pas t'étrangler l'an dernier…

Elle releva les yeux et sourit. De son côté Rogue n'avait pas la tête à la plaisanterie, il fit une grimace.

- La patience ! Ce n'est pas parce qu'une ridicule commission de quatre personnes s'est opposée à notre prototype que cela est définitif. Les gens vont et viennent au gré des mandats. Les manuels ont besoin d'être révisés cela ne fait aucun doute. Alors si c'est un non maintenant, il faut continuer jusqu'à entendre oui.

Il y avait de la volonté et de la détermination dans son regard. Et à ces mots, elle sortit une plume, un parchemin et de l'encre pour se mettre au travail. Les pages étaient déjà griffonnées d'inscription, l'écriture d'Amalia se reconnaissait à la forme ronde et régulière de ses lettres.

- Si l'on reprend le même principe d'équivalence que pour le premier manuel, il est possible assez facilement de convertir les autres volumes… Severus, tu m'écoutes ?

Son collègue la fixait, totalement dépourvu par ce soudain élan de motivation.

- Pourquoi veux-tu continuer ?

- Tu veux abandonner ?

- Là n'est pas la question ! Dumbledore nous a demandé de réviser le premier manuel pour nous punir. Il n'a jamais été question de corriger la suite.

- Je te croyais plus combatif !

Elle reposa sa plume, presque déçue par sa réaction.

- N'as-tu pas l'impression que l'enseignement de ta matière a besoin d'être réformée ?

- Si bien sûr…

- Sinon quelle excuse vais-je bien pouvoir inventer pour passer du temps dans les cachots ? répliqua-t-elle en plaisantant après une brève hésitation.

Il demeura quelques instants à la regarder rire puis il soupira et leva les yeux au ciel.

oOo

Le jour déclinait au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient de Poudlard, la brume monta des lacs et cours d'eau entourant le parcours. Les nuages se faisaient de plus en plus rares et bientôt le froid mordant des terres sauvages du nord envahit les wagons.

- Il est temps pour moi de me changer, les vêtements Moldus ne sont plus trop adaptés.

Amalia s'étirait de tout son long avant d'attraper sa valise et de la déposer sur les fauteuils.

- Je vais en profiter pour vérifier qu'il n'y ait pas de problème avec mes élèves, répondit Rogue en ouvrant la porte du compartiment.

- On se voit tout à l'heure.

Parée d'une tenue plus appropriée, le professeur d'Histoire s'engouffra à son tour dans le train pour saluer les autres enseignants présents et les préfets, en particulier Ron et Hermione qui goûtaient pour la première fois aux privilèges de leur nouveau rôle. Ils avaient rejoint Harry dans un wagon et Ron s'était allongé, épuisé par sa patrouille.

- Alors les enfants, on arrive bientôt à l'école, vous êtes prêts ?

- Dites Amalia, est-ce que je peux rendre mon insigne de préfet ? gémit Ron. C'est à ma mère que ça fait plaisir, pas à moi !

- C'est « Professeur Richards » ici et tiens-toi correctement devant un enseignant ! corrigea sèchement Hermione le menton haut, son badge brillait sur sa poitrine.

- Ah ah, je doute que cela soit possible mais prenez les choses avec philosophie, le début d'année sera le plus difficile et après tout ira bien.

La voix douce de la jeune femme apaisa un peu le garçon.

- Une année tranquille ? J'aimerais bien voir ça ! se moqua Harry.

- J'espère pour vous ! J'ai taillé mes plumes et sorti les papiers pour les retenues si nécessaires !

Elle leva un doigt en avertissement.

- On arrive bientôt, préparez-vous !

Amalia referma la porte du compartiment, à peine avait-elle disparu qu'Hermione chuchota.

- On sait au moins maintenant pourquoi elle était toujours fourrée dans les cachots l'an dernier ! La Carte du Maraudeur n'a pas menti !

- Oh, si ça te chante de les surveiller… bailla Ron.

- Je dis juste que si Sirius a des doutes, il faut les avoir à l'œil !

- Il est jaloux parce que son amie ne s'occupe plus exclusivement de lui ! Y'a pas de fumée sans feu. Hermione et Harry étaient stupéfaits par l'analyse pertinente de Ron, ils le fixèrent étonnés.

- C'est Fred et George qui me l'ont dit, arrêtez de me regarder comme ça, vous me faites peur !

- Peut-être mais j'aimerais passer plus de temps avec elle. Amalia connaissait mes parents et elle a certainement des choses à me dire…

Harry répondit en posant son front sur la vitre du train, au loin des oiseaux s'envolaient formant une nuée noire, le convoi commençait à ralentir et les élèves s'amassaient dans les couloirs pour être les premiers à sortir.

oOo

Hagrid n'était pas là pour les accueillir sur le quai de la gare. A la place se dressait le professeur Gobe-Planche qui l'avait déjà remplacé pour certains cours de Soins aux Créatures Magiques. D'un geste de la main elle conduisit les nouveaux élèves vers le lac pour une entrée de toute beauté. La silhouette du château se dessinait, sombre et imposante sur la surface lisse du miroir d'eau.

Pendant ce temps, Amalia parcourut tous les wagons afin de s'assurer que personne ne soit resté dans les compartiments, une fois l'inspection terminée, elle attendit dans la nuit qu'une des calèches revienne de Poudlard pour l'y conduire. Sur le quai, une chouette patientait dans sa cage, le hululement discret de l'animal animait l'obscurité et l'étrange silence qui y régnait. Un frisson parcourut la jeune femme mais elle le mit sur le compte des premières fraîcheurs de la nuit, la chaleur écrasante de Londres était maintenant à des centaines de kilomètres. Pourtant, le craquement des brindilles derrière elle n'augurait rien de bon. Avec précaution, Amalia sortit de son corsage sa baguette et la pointa sur les buissons.

- Qui est là ?

Personne ne répondit, la chouette s'agitait de plus en plus dans sa cage, comme si elle essayait de fuir désespérément un prédateur.

- Je répète, qui est là ? Montrez-vous ! Si c'est un élève, il vaut mieux de vous présenter avant d'avoir de sérieux problèmes !

Sa voix ne parvenait pas à cacher l'effroi qui la gagna. Entre les feuilles, une truffe noire et une longue gueule armée de dents sortirent suivies par deux yeux jaunes. Le grondement menaçant annonçait une attaque imminente. Un loup s'avançait vers Amalia, l'échine dressée, brillant dans la lumière du réverbère en bout de quai. Elle pouvait à présent voir sa fourrure épaisse, les traces de lutte sur ses pattes avant et une balafre qui lui barrait toute la gueule. L'enseignante chercha du regard de l'aide mais elle était désespérément seule avec sa baguette. Sans en comprendre la raison, elle s'avança vers l'animal et une voix qu'elle ne connaissait pas sortie de sa gorge pour lui intimer : « Soumets-toi ! ». Profond, glacial, le timbre grave imposa l'ordre au loup qui immédiatement, mit ses oreilles en arrière, se courba et plaqua sa queue entre ses pattes arrières. Il recula en couinant et disparut aussi vite qu'il était venu.

Abasourdie, Amalia entendit le tintement de la calèche s'approcher. Elle accueillit avec soulagement l'attelage bringuebalant et grimpa dedans toute tremblante. Rusard la découvrit à son arrivée devant le perron du château. La jeune femme était livide et tenait à peine sur ses jambes, elle finit par s'asseoir sur les marches. Le professeur McGonagall apparut à son tour en haut de l'escalier.

- Mr. Rusard, reste-t-il encore des élèves ? La répartition va commencer !

- Non Professeur mais y'a ici Miss Richards et ça ne va pas fort.

La sorcière descendit pour faire face à sa consœur.

- Allez chercher le Professeur Dumbledore, il saura quoi faire ! ordonna-t-elle en voyant le teint cadavérique de sa collègue.

- Non, pas Dumbledore. Faites- venir Severus, demanda-t-elle en relevant yeux vers Minerva.

McGonagall hocha la tête à l'attention du concierge. Il revint accompagné quelques minutes plus tard de Rogue qui dévala les marches pour s'accroupir en face d'Amalia.

- Dites-nous ce qui s'est passé…

La directrice adjointe s'adressa à elle avec douceur.

- Je venais de finir l'inspection du train. J'étais sur le quai et j'attendais la calèche quand derrière moi… Un loup... Il a essayé de m'attaquer, j'ai réussi à le faire fuir…

McGonagall poussa un soupir d'étonnement.

- Et vous n'avez rien ? Il ne vous a pas mordue ?

- Non, non je vais bien Minerva, je suis juste un peu chamboulée.

- C'était un loup ou un loup-garou ?

- C'était bien un loup…

- Mais ce n'est pas possible, les loups ne descendent jamais jusqu'à Pré-Au-Lard ! intervint Rusard en grinçant des dents.

- Il faut croire que c'est le cas maintenant ! Nous en parlerons à Dumbledore après le repas. Ils nous attendent pour la répartition.

La directrice adjointe conclut la discussion et remonta les marches avec le concierge, Rogue leur fit signe de continuer. Amalia tremblait toujours, elle lui saisit le poignet.

- Il s'est passé quelque chose, c'est la deuxième fois que cela arrive…

- Je me doutais qu'un loup ne t'avait pas mise dans cet état…

La sorcière regarda ses propres mains comme si elle les voyait pour la premières fois.

- Vas-y, parle, lui dit-il en s'asseyant à côté d'elle sur les marches, il osa à peine passer une main dans son dos pour la réconforter.

- Je ne sais même pas comment je l'ai fait. L'animal allait me bondir dessus, j'étais hypnotisée par ses yeux jaunes, brillants, tellement beaux… Et puis quelque chose en moi est sorti, comme un grondement, cela ressemblait à de la colère ou… à un feulement.

Amalia fixait toujours ses doigts.

- J'avais ma baguette à la main, je me suis approchée avec détermination, je lui ai ordonné de se soumettre. Et il l'a fait.

Ses pupilles se dilataient, on aurait pu croire qu'elle était sous l'emprise d'une drogue. Sa voix lointaine racontait une histoire à laquelle elle ne semblait pas avoir participé.

- Tu as dit que c'était déjà arrivé. Qu'est-ce qui s'est produit la première fois ?

Amalia reprit un peu de contenance.

- C'était dans la bibliothèque, ici à Poudlard juste avant que je ne découvre mon don pour parler aux morts. J'étais dans la salle de lecture des professeurs et je réfléchissais à un moyen de communiquer avec mon père. J'étais perdue dans mes pensées quand j'ai entendu un bruit métallique répété. Personne n'était dérangé par ce cliquetis, apparemment j'étais la seule à l'entendre, il provenait de la réserve, tout en haut d'une étagère. Une fois de plus, je ne sais pas comment cela est arrivé. J'ai ordonné au livre de venir et de s'ouvrir, il m'a obéit.

Elle tremblait toujours en parlant, cependant ses joues avaient repris un peu de couleur et l'agitation de la Grande Salle se répercutait en écho dehors.

- Rentrons, tu seras mieux à l'intérieur et je dois être présent pour la Répartition en tant que directeur de Serpentard… Il lui tendit une main. Il faudra retourner voir dans la bibliothèque ce livre.

- D'accord...

Rogue ne relâcha sa main qu'une fois devant la porte de la Grande Salle. Le faste du repas de rentrée annonçait déjà un réconfort bien mérité, les discussions allaient de bon train dans une ambiance joyeuse et légère. Pourtant, toutes les têtes se retournèrent à l'arrivée des deux enseignants. Amalia sourit à la tablée des Gryffondor mais Hermione et Harry froncèrent les sourcils en constatant sa pâleur.

Les professeurs se figèrent en arrivant devant Dumbledore car à sa droite, une petite sorcière potelée habillée de rose les dévisageait. Son double menton lui donnait l'air d'un crapaud et l'affreux nœud disproportionné qu'elle avait mis dans ses cheveux rendait l'ensemble risible. C'était la présidente de leur jury au ministère, elle les détaillait, un sourire féroce aux lèvres. Le directeur de Poudlard leur fit signe de s'asseoir et annonça la Répartition des premières années dans leurs nouvelles maisons. Le faux plafond étoilé de la Grande Salle s'animaient des étendards multicolores, balayés par une brise légère : rouge et or pour Gryffondor, vert et argent pour Serpentard, bronze et bleu pour Serdaigle, jaune et noir pour Poufsouffle.

Le Choixpeau magique entonna une nouvelle chanson de sa composition et un tonnerre d'applaudissements accueillit ses recommandations. Le professeur McGonagall évita soigneusement de le confier à Amalia une fois son travail achevé et le conduisit à l'écart pour le ranger dans le bureau du directeur. Dumbledore s'éclaircit la voix afin de prononcer son éternel discours de rentrée, rappelant au passage les consignes de Mr. Rusard, le concierge du collège.

L'homme scrutait les élèves depuis l'entrée de la salle, sa chatte Miss Teigne dans les bras. D'un œil mauvais il observait tous les potentiels garnements qui se cachaient parmi les étudiants. Ces délinquants en puissance découvriraient bientôt les punitions originales qu'il avait mis au point pendant l'été, bien qu'il fut certain que Dumbledore ne les approuverait pas toutes. Perdu dans ses pensées, il ne se rendit pas immédiatement compte que le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal avait pris la parole à la place du directeur.

D'une voix chevrotante, Dolorès Ombrage prononça un long discours sur l'importance de la transmission de connaissances et de valeurs des anciens aux plus jeunes sorciers. Elle prit même le temps de s'arrêter pour fusiller du regard Amalia lorsqu'elle annonça que « le progrès pour le progrès ne doit pas être encouragé »1. Elle conclut son intervention par le fait d'entrer dans une nouvelle ère, les professeurs accueillir cette nouvelle par des applaudissements mous du bout des doigts. Tous manifestaient des signes d'inquiétude en particulier les étudiants qui n'osent que chuchoter pour commenter cette annonce. L'appréhension et le doute se lisaient sur leurs visages.

La fin du repas était impatiemment attendue, le sommeil gagna les plus jeunes et les autres élèves courraient littéralement pour rejoindre leur salle commune afin de débriefer sur l'annonce du professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Préoccupée, Amalia se dirigea vers le bureau du directeur dans l'espoir d'échanger à ce propos.

- Patacitrouille ! déclara-t-elle à la gargouille qui pivota en dévoilant l'escalier du bureau.

- Entre je t'en prie, je disais justement à Minerva que tu arriverais sous peu…

La voix familière de Dumbledore était accompagnée par la complainte de Fumseck, son phénix. Il chantait sur son perchoir et ne s'arrêta que pour recevoir une caresse de la visiteuse.

- Je constate que tu me fais des cachotteries Albus…

- Je te demande pardon ? répondit le vieux sorcier, surpris.

- Ombrage, c'est elle qui nous a « reçus» au ministère pour la présentation du livre.

- Oh ! Je n'avais pas eu connaissance de la composition de votre jury. D'ailleurs, elle était aussi présente à l'audience de Harry. C'est elle qui menait les charges à la demande de Fudge.

- Comme quoi, le monde des sorciers est vraiment petit… Amalia marmonna entre ses dents.

- A quoi devons-nous nous attendre Albus ? reprit McGonagall d'un air inquiet.

- A tout je le crains ! C'est une femme difficile à cerner derrière son apparence enfantine et ses sourires forcés. Nul doute qu'elle ne se fera pas beaucoup d'ami en continuant ainsi…

- En parlant d'ami, il y en a un en particulier qui ne doit pas la porter dans son cœur… commenta Amalia, le regard perdu vers la cheminée.

- Severus a toutes les raisons de la haïr. Entre l'oral au ministère et le poste de professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Si Dolorès tombe accidentellement dans les escaliers, il ne faudra pas regarder Peeves ! plaisanta Minerva en observant ses confrères par-dessus les verres de ses lunettes carrés.

- Avec un peu de chance d'ici un an, elle aura subit le même sort que les précédents enseignants et Albus pourra enfin le nommer !

Les trois sorciers riaient de bon cœur et espéraient que cette bonne humeur perdure. Pourtant, les couloirs du château étaient beaucoup plus calme qu'à l'accoutumée, l'annonce d'Ombrage avait pour le moins refroidie l'ardeur de la rentrée.

oOo

Juste avant le petit déjeuner, Amalia reçut la visite du même hibou noir et majestueux que l'an dernier. Elle savait qui était son maître et lui ouvrit en toute confiance. L'oiseau tendit une patte pour qu'elle puisse y détacher la missive qui y était ficelée et l'animal reprit aussitôt son envol sans attendre de réponse. Elle déplia le parchemin, le papier d'excellente qualité était doux et les lettres pointues griffonnées dessus indiquaient « 18h dans la salle de lecture des professeurs ». Avec toute cette agitation, Amalia en avait presque oublié le loup et l'épais ouvrage qui l'attendaient dans la réserve de la bibliothèque. Son cœur s'emballa, qu'allaient-ils découvrir au milieu de ces pages ? La dernière fois qu'elle l'avait ouvert, le livre s'était révélé être un allié de choix. En serait-il autrement ce soir ?

La journée lui parût durer une éternité, son premier cours était pour les cinquièmes années. Ron, Harry et Hermione l'écoutaient plus attentivement que le fond de la classe lorsqu'elle leur présenta l'épreuve de B.U.S.E. et le niveau qu'elle exigeait pour suivre son cours jusqu'aux A.S.P.I.C. Malheureusement, peu d'étudiants avaient besoin de sa matière pour poursuivre la carrière de leur choix mais l'orientation en milieu d'année lui permettrait de compléter une classe parsemée.

La dernière heure était terminée quand elle capta au détour d'un couloir la rumeur. Deux élèves de Serdaigle racontaient à une jeune fille de Poufsouffle que Harry Potter avait défié en classe Dolorès Ombrage ! Amalia soupira d'exaspération, c'était le premier jour et déjà il se faisait remarquer. Des explications s'imposeraient plus tard. En attendant, le maître de potions l'attendait dans la salle de la bibliothèque réservée aux enseignants. Il était absorbé par sa lecture ce qui ne l'empêcha pas de lever sa baguette pour refermer la porte derrière elle et de lui faire signe de se taire sans détacher son regard du livre. Amalia haussa les épaules, incrédule.

- Avant que tu ne le demandes, non je n'ai pas envie d'en parler donc allons à l'essentiel je te prie… murmura Rogue en relevant enfin le menton.

Le professeur d'Histoire dénoua l'attache de sa cape et la jeta sur un des fauteuils présents autour de la table de lecture.

- Si c'est au sujet d'Ombrage, je pense que la malédiction du poste de Défense Contre les Forces du Mal devrait nous en débarrasser avant la fin de l'année !

Rogue eut une brève expression ravie.

- Ah ! J'ai enfin eu un petit sourire ! s'exclama triomphalement Amalia en s'appuyant sur la table de lecture.

- Il suffit, on a du travail…

- Severus, regarde-moi s'il te plaît.

La sorcière avait une voix douce et ne riait plus, le visage penché, elle l'observait avec bienveillance.

- Je te l'ai dit, je serai toujours là pour toi. Alors n'hésite pas.

- Un jour quelqu'un m'a fait la même promesse et ne l'a pas tenue, répliqua-t-il avec un peu d'amertume dans la voix.

Il ferma son livre et le déposa sur l'étagère à son nom. Amalia n'osa pas continuer cette discussion. Elle sortit sa baguette et essaya de se concentrer sur les souvenirs du grimoire qu'elle avait eu entre les mains quelques mois auparavant. La sorcière tapota le bord de sa propre étagère mais rien ne vint.

- C'est bizarre, il devrait apparaître…

- Sauf s'il est emprunté, rectifia le maître de potions.

- Hum j'ai un doute, c'était un livre de la réserve. Je ne le vois pas sur les étagères des professeurs et les sujets évoqués dans ses pages ne peuvent pas intéresser un élève de Poudlard.

- Tu te souviens de l'endroit exact où tu l'as vu ?

- Oui, je crois.

Amalia conduisit Rogue dans les derniers rayons de la réserve, la bibliothèque se vidait et Madame Pince leur lançait par moment des regards inquisiteurs. Face à l'avant dernière étagère, Amalia vit enfin l'objet de ses recherches. Perché tout en haut du rayon, la tranche pâle et usée du livre dépassait.

- Accio livre !

Et à nouveau, l'ouvrage se déposa délicatement dans la paume de sa main. Elle le toucha du bout des doigts et défit le loquet en métal qui ressemblait à la gueule d'un animal. L'attache lui résistait, elle hésita puis murmura « Soumets-toi ! » et l'opposition céda. Rogue fit apparaître de la lumière avec sa baguette, la lueur verte éclairait leurs visages et permit de vérifier qu'il s'agissait bien de ce qu'ils recherchaient.

- Ramenons-le dans la salle de lecture, ordonna-t-il en baissant sa baguette.

- S'il était là, c'est étrange qu'il ne soit pas venu lorsque je l'ai demandé sur mon étagère… Amalia scrutait chaque couture dans l'espoir de percer un mystère invisible.

- Je ne crois pas, en fait c'est assez logique si on considère que ce n'est pas un livre…

La sorcière resta pantoise en entendant cette révélation, ce qu'elle tenait quelques instants plus tôt était composé de papier, de colle et d'encre. Comment pouvait-il dire que ce n'était pas un livre ?

- Est-ce que tu sais ce qu'est un animorphe ?

- Pardon ?

- Un animorphe, un farfadet,… Elle le fixa, toujours aussi médusée. D'accord, c'est une sorte d'animal qui se transforme en… Il regarda l'objet. Il peut se transformer en ce qu'il veut. Je ne pensais pas qu'il imiterait un livre, d'habitude il prend l'aspect d'un autre animal pour se cacher.

Le métamorphe ouvrait et fermait doucement sa gueule composée du fermoir, un ronronnement s'en échappait avec un soupir de contentement sous les caresses d'Amalia.

- L'imitation est excellente ! Ce qui est écrit dedans s'est avéré juste jusqu'à présent ! s'exclama-t-elle.

- Quelqu'un l'a peut-être poussé à copier un livre pour conserver l'original, c'est astucieux…

Rogue avait un air rêveur en approchant sa main de l'ouvrage. L'animal se mit alors à ouvrir sa gueule pour le pincer, heureusement Amalia réussit à le calmer en le plaquant contre elle.

- Je crois qu'il va falloir le prendre d'une autre façon !

La jeune femme le posa sur la table de lecture et tendit les mains ouvertes au-dessus des pages comme la première fois. Son esprit se concentra sur ce qui l'avait amené ici aujourd'hui, la forme noire et menaçante du loup. Les feuilles s'agitèrent comme si un vent invisible venait de pénétrer la bibliothèque et le chapitre « Subordination des êtres » se dévoila.

Les lignes inscrites à l'encre noire mentionnaient les capacités de certains dresseurs d'animaux dans l'Antiquité. Ils parvenaient à les soumettre à leur volonté comme un sortilège d'Imperium sur un sorcier. De grands schémas et dessins illustraient ces propos sur plusieurs pages, pourtant, aucune mention ne précisait quels types d'êtres étaient concernés mis à part les animaux.

- C'est quand même surprenant qu'il n'y ait pas d'autres informations sur ces « êtres ». Comment peut-on savoir qui est affecté par cette prédisposition ? interrogea Amalia en feuilletant les pages.

- Ce que je trouve étonnant, c'est que deux de tes dons sont inhabituels pour un sorcier et ils apparaissent dans ce livre. N'as-tu pas l'impression qu'il a été caché ici pour toi ?

- Je ne vois pas comment mon père aurait pu le glisser dans la bibliothèque de l'école lorsqu'il était étudiant. Il ne connaissait pas encore ma mère. Alors s'imaginer avoir une fille avec elle…

- Il l'a peut-être fait plus tard ou a demandé à Dumbledore.

- Albus m'a dit qu'il n'avait jamais réussi à le consulter. Et si on demandait à Madame Pince depuis combien de temps il est dans les collections de Poudlard ? Elle doit bien avoir un registre des entrées et sorties ainsi que des visiteurs extérieurs.

Ils allaient sortir de la salle de lecture quand la bibliothécaire vint les chercher pour leur annoncer la fermeture du lieu.

- Madame Pince, pouvons-nous vous solliciter je vous prie ? s'enquit Amalia.

La vieille sorcière les regarda avec méfiance, l'heure de fermeture était déjà dépassée et elle avait faim, pourquoi personne dans ce château ne respectait les horaires ? Pourtant, en voyant l'expression de Rogue, elle accepta de leur ouvrir le registre des entrées. Aucun livre avec une description semblable à celui de la réserve n'apparaissait, il n'avait d'ailleurs ni titre ni auteur gravé sur la couverture. Pas plus qu'il n'y avait de trace de la visite de Livius Richards après la fin de ses études. Déçus, ils se dirigèrent vers la Grande Salle pour le dîner.

En arrivant au repas, une fois de plus en compagnie l'un de l'autre, les enseignants ne manquèrent pas d'attirer à nouveau tous les regards. Les élèves chuchotaient et Dolorès Ombrage se sentit obligée de dire tout haut ce que d'autres s'employaient chuchoter.

- Hum hum, vous voici encore ensemble !

- Euh, oui… répondit Amalia, les sourcils froncés.

- J'ose espérer que vous ne continuez pas de « travailler » sur votre ridicule projet de livre !

La jeune femme se tourna vers Rogue qui croisa les bras, l'air renfrogné.

- Oh, je crois qu'ils ont bien compris la position du Ministère sur leur travail, Dolorès ! coupa Dumbledore.

- Ne vous en faites pas pour cela, nous avons trouvé une autre activité récréative à partager.

A la table des professeurs, des gloussements s'élevèrent. Ombrage était choquée et pouffait de honte alors que les deux enseignants prenaient place pour dîner, l'air ravis de la plaisanterie. Pourtant, cette réplique venait de Rogue.

- Je suis étonnée par tes paroles. Que vont penser nos collègues à propos de ta révélation ?

- J'ai dit récréative. Je ne sais pas où tu vas chercher ces idées.

Il prit sa coupe et se versa à boire.

- C'est vrai ? Tu t'es amusé ? répliqua Amalia avec un sourire en coin.

- Hum, oui… Pourquoi prends-tu cet air ?

- Parce que j'ai enfin trouvé quelqu'un qui se divertit aussi avec les livres.

Ils échangèrent un regard entendu interrompu par le professeur McGonagall. La première journée de cours avait été particulièrement chargée et Peeves, l'esprit frappeur, s'était certainement entraîné tout l'été à jeter des boulettes de papier car il devenait de plus en plus habile pour viser les narines de ses victimes, au grand désarroi des habitants du château.


[1] Harry Potter et l'Ordre du Phénix

Prochain chapitre : L'inspection académique

Note : Merci pour celles qui me laissent un commentaire chaque semaine, j'y réponds en suite mais ce n'est pas dit que vous alliez voir la réponse donc je préfère vous le dire ! Et pour les autres qui viennent de plus en plus nombreux me lire, n'hésitez pas à laisser un avis ! ;) A samedi !