Chapitre 9 – L'inspection académique

Une nouvelle occasion d'alimenter la colère du corps enseignant se présenta le premier dimanche de la rentrée. A la fin du déjeuner, Ombrage prit la parole devant toute l'assemblée. Elle demanda aux préfets de raccompagner les élèves dans leurs dortoirs avant de convoquer immédiatement les professeurs dans la salle attenante au réfectoire. Amalia était curieuse de découvrir cet endroit. L'an dernier les champions du Tournoi des Trois Sorciers avaient été réunis dans cette pièce, juste après l'annonce de leur participation et elle ne les avait pas suivis pour raccompagner les étudiants de BeauxBâtons à leur carrosse.

Les chaises raclèrent dans le désordre ambiant, dehors le ciel était couvert et annonçait un orage. La porte en bois cachait en réalité une salle assez petite avec des arcades majestueuses, les piles en pierre étaient soutenues par des sculptures représentant des dragons. Une vaste cheminée abritait une broche de la taille d'un porcelet, des fauteuils et des canapés étaient tournés vers l'âtre, aucune fenêtre ne donnait sur l'extérieur et un escalier en colimaçon devait permettre au directeur de venir depuis son bureau, puisque Dumbledore entrait régulièrement par ce passage au dîner. En silence, les enseignants prirent place autour de leur supérieur pendant qu'Ombrage souriait bêtement en appréciant la discipline qui régnait sous sa baguette.

- Hum hum !

Elle se racla la gorge pour obtenir leur attention, Dumbledore était paisiblement installé face à elle et l'observa avec une attention polie.

- Le Ministre de la Magie m'a demandé d'inspecter les cours assurés à Poudlard. Un murmure naquit. Hum hum ! Le silence revint aussitôt. Dès demain sera annoncée dans la Gazette du Sorcier ma nomination au poste de Grande Inquisitrice de Poudlard.

- Oh comme c'est drôle ! La Grande Inquisitrice et Dolorès est un prénom espagnol, le ton est donné... souffla Amalia à l'attention de McGonagall qui étouffa un rire suivit d'un regard réprobateur.

- Ce qui implique de nouvelles responsabilités dont celle de m'assurer que vous correspondiez bien aux attentes du Ministère en termes de profils éducatifs.

Dumbledore était resté serein, assis sur son canapé, les professeurs attendaient de sa part une réaction scandalisée. D'ailleurs, Ombrage aussi pensait entendre des protestations. Elle le fixa avec appréhension quelques instants avant de continuer.

- Vous recevrez bientôt par hibou l'heure et la date de votre inspection. Rassurez-vous, ce n'est rien de bien grave. J'assisterai simplement à l'un de vos cours et enverrai un rapport au ministère sur vos méthodes d'enseignement qui avisera, en fonction des commentaires que j'aurai rédigé.

- Parfait ! pouffa le directeur en se relevant. Si vous avez terminé ma chère Dolorès, je vais de ce pas profiter de la délicieuse tisane aux plantes qui m'attend dans mon bureau ! Bonne soirée à tous !

Le vieil homme était radieux, comme si on venait de lui annoncer une excellente nouvelle. L'effet escompté était au rendez-vous : les enseignants autant qu'Ombrage étaient surpris par cette réaction, néanmoins personne n'osa demander au directeur s'il était souffrant. D'une part parce qu'il aurait été impoli que cette idée soit émise par ses professeurs et d'autre part, parce que pour Ombrage, c'était bien le cas ! Les professeurs vaquèrent à leurs occupations et les premières convocations ne tardèrent pas à agiter à nouveau la vie paisible du château.

oOo

Son bureau était certainement l'endroit préféré d'Amalia à Poudlard en dehors de la bibliothèque et de son lit. Il y faisait toujours bon, une agréable odeur de parchemin neuf y flottait et les rayons dorés du soleil passaient à travers les vitraux, baignant la pièce d'une douce chaleur accueillante. Le verre d'eau qu'elle versa sur sa plante verte lui redonna vie presque instantanément, les fleurs de l'orchidée se développaient après un été de torpeur. La sorcière déposa la première pile de devoirs de l'année et s'installa pour les corriger lorsqu'on frappa à sa porte.

- Oui ?

La silhouette noire qui s'engouffra dans son bureau pour entamer les cents pas dans la largeur de la pièce.

- Que t'arrive-t-il Severus ? dit-elle sans lever les yeux de ses copies.

- Ombrage ! Elle inspecte mon cours la semaine prochaine !

- Hum… J'ai reçu un courrier de ce genre ce matin. Elle me « visite » jeudi. Les convocations ont été rapides.

L'enseignante plongea la pointe de sa plume dans l'encre rouge pour raturer les fautes grossières d'un garçon de Gryffondor. Il avait bâclé son devoir d'été.

- Pourquoi cela te perturbe autant ? questionna-t-elle en continuant d'appliquer une bonne quantité de rouge sur le parchemin.

- Perturbe ?! Mais de quel droit se permet-elle de nous évaluer comme si nous étions des étudiants ?

- Dans beaucoup d'entreprises il y a des tests de ce genre pour s'assurer que les salariés soient toujours au niveau exigé.

Elle repoussa la pile de copies pour se saisir d'un vélin vierge et rapprocha l'encrier mauve de sa feuille afin de rédiger un courrier à Sirius.

- Nos compétences ne seront pas évaluées. Il n'est pas question de savoir si nous sommes bons ou mauvais mais de faire le ménage dans les enseignants que Dumbledore a recruté ! Toi et moi sommes sur la sellette après notre présentation au ministère !

Il la pointa du doigt, furieux et reprit ses allers-retours devant le bureau.

- Calme-toi, elle ne peut pas tous nous mettre à la porte. L'année a débuté, où va-t-elle trouver des remplaçants ?

- Il y a un fantôme qui n'attend que ton départ pour reprendre sa place !

Rogue lui lança un regard impérieux puis s'arrêta devant la cheminée. Il venait de remarquer un cadre argenté avec la photographie de deux sorciers en tenue de soirée.

- Étais-tu obligée de conserver cette horreur ?

Amalia se leva de son fauteuil et s'approcha du linteau.

- Qu'est-ce que tu lui reproches ? Elle est très bien.

- C'est… Ceci n'a rien à faire ici. Si un élève la voit ou pire encore, Ombrage ?

- Ils se diront que tu peux être mignon quand tu ne fais pas la tête…

Elle retourna achever son courrier pendant que son collègue pesta, troublé par ce demi-compliment.

- Je termine une lettre pour Sirius, j'ajoute tes salutations ? plaisanta-t-elle.

Mais elle n'eut comme réponse que le claquement de la porte de son bureau et continua son travail jusqu'au repas.

oOo

La salle des professeurs devenait sinistre. De petits groupes se formaient pour discuter à voix basse en surveillant la porte d'entrée, tous sursautaient à chaque bruit et se dispersaient à l'arrivée d'Ombrage. L'ambiance avait changé et dans les couloirs, seul Peeves était égal à lui-même. L'annonce de l'évaluation des professeurs était parue dans la Gazette des Sorciers. Des parents avaient envoyé leurs encouragements en faveur de cette démarche à Dumbledore comme marque de soutien. Cependant la plupart travaillaient au ministère et devaient certainement avoir écrit sur ordre de leurs supérieurs. Pourtant, rien ne paraissait troubler le vieux directeur et plus personne ne s'en formalisa.

Le jeudi matin, Amalia se rendit tôt dans sa salle de cours afin de s'assurer que tout soit en place avant l'inspection prévue en fin de matinée. Auparavant Peeves avait profité d'une nuit pour retourner tous les bureaux et Amalia espérait que cette idée ne lui avait pas traversé la tête encore une fois. La pièce était vide mais sentait le papier et l'encre, l'enseignante tira les rideaux pour que toute la clarté inonda sa classe. La poussière virevoltait devant les fenêtres ouvertes du cloître et elle profita des quelques instants de calme avant l'arrivée des premiers élèves.

Ombrage se présenta comme convenu après la pause, pendant l'heure des quatrièmes années parmi lesquels Amalia comptait Ginny Weasley et Luna Lovegood. L'inspectrice s'installa dans un coin de la salle après un rapide geste de la tête en guise de bonjour au professeur d'Histoire. En l'apercevant, les enfants entrèrent un à un en silence quand la cloche de fin de récréation retentit dans le cloître.

- Bonjour à tous, prenez place et sortez votre livre et le document que vous aviez commencé la dernière fois. Nous allons terminer la frise chronologique sur la guerre des Gobelins.

- Hum hum !

Ce raclement de gorge agaçait prodigieusement Amalia néanmoins, elle se retourna vers sa source, le plus détendue possible.

- Oui Professeur Ombrage ?

- Ah ! Professeur Richards. Pourquoi avoir débuté l'année sur ces événements insignifiants ?

- Je vous demande pardon ? Amalia manqua de s'étrangler.

- La guerre des Gobelins n'est plus d'actualité au programme, pourquoi s'attarder sur des détails de l'Histoire de la magie ?

- « Insignifiants » et « détails » ne sont pas des qualificatifs que j'emploierai pour décrire les épisodes de notre histoire qui ont permis la mise en place de notre système de monnaie.

La sorcière répondit d'un ton sec et dévisageait avec curiosité l'étrange crapaud rose qui lui souriait.

- Ah très bien, c'est une question de point de vue…

- Veuillez m'excuser mais je n'enseigne pas des points de vue, seulement des faits en essayant d'être le plus proche possible de la réalité historique.

- C'est pour cette raison que vous présentez certains cours avec des cartes Chocogrenouilles ?

Amalia enroula ses mains dans son châle et s'y drapa en croisant les bras.

- Professeur Ombrage, l'Histoire de la Magie est une matière soporifique, intéressante mais assommante pour des enfants qui préféreraient certainement courir au grand air plutôt que de rester dans cette salle à somnoler. Au fond de la classe, Ginny étouffa un rire. Je m'emploie à capter leur attention le plus longtemps possible afin que mes enseignements puissent rester dans leur crâne et qu'ils sachent différencier l'histoire des Moldus de celle de la Magie. Si vous le permettez, je continue…

Ombrage la regarda avec une incrédulité polie.

- Donc, sortez tous vos frises et suivez les instructions au tableau.

Elle passa vérifier les annotations des élèves, corrigea Luna dont le parchemin comportait une bataille qui d'après son père, aurait pu modifier la victoire finale.

- Une fois de plus, des faits Miss Lovegood, des faits ! martela-t-elle de sa baguette le papier.

Ombrage alla sonder un groupe d'élèves de Serpentard. Des gloussements s'en échappèrent et l'inspectrice cocha une case sur son bloc-notes. A la fin de l'heure, elle fondit sur Amalia pour lui poser encore quelques questions.

- Professeur Richards, depuis combien de temps enseignez-vous à Poudlard ?

- C'est ma deuxième année, répondit-elle sobrement.

- Et sans expérience, vous vous permettez déjà de révolutionner les cours ?

- J'ai été professeur avant, dans un autre établissement.

- Ah bon ?

Les yeux globuleux d'Ombrage la fixaient avec intérêt.

- Oui, à l'université. D'ailleurs, Dumbledore m'a demandé de venir à Poudlard alors que j'étais déjà en poste.

Ombrage cacha mal une exclamation de dégoût.

- Vous étiez enseignante chez les Moldus ?

- Je pensais que le Ministère le savait, sourit Amalia une expression méprisante aux lèvres.

- Bien entendu, nous savons tout. Hum hum… Et concernant le module que vous proposez aux septièmes années ?

La jeune femme sentit la moutarde lui monter au nez. La liberté que Dumbledore avait pris au niveau des options proposées aux étudiants ne devait pas être au goût du Ministère.

- C'est un cours d'économie.

- Économie ? répéta la Grande Inquisitrice avec une moue d'écœurement.

- C'est une matière très utile pour les élèves qui souhaitent ouvrir un commerce par exemple.

- Donc, personne n'en a besoin !

- J'ai sept élèves qui suivent cette option… Amalia soutenait son regard en forçant un sourire discret.

- Comment les étudiants faisaient-ils avant ? Hum ?

Le double menton flasque d'Ombrage se leva en quête d'un signe de faiblesse.

- Auparavant, ils étaient formés par leurs parents lorsqu'ils reprenaient l'entreprise familiale…

- Donc, j'avais raison, personne n'en a besoin !

- J'allais vous dire avant que vous ne me coupiez la parole, Amalia crispa sa mâchoire sur le semblant de moue polie qui se transformait plus en un rictus de haine qu'à une preuve de courtoisie. Ce cours permet à ceux qui vont être formés par leurs parents, de se tenir informés des développements possibles de leur commerce. Quant à ceux qui souhaiteraient construire leur propre projet comme les frères Weasley, ils apprennent les bases pour réussir.

Elle tapa ses deux mains l'une contre l'autre en se relevant du bureau sur lequel elle avait pris appui. Ombrage ne trouvait plus à redire et resta la bouche ouverte comme pour capter des mouches dans l'air. Pensant en avoir terminé, Amalia plia ses affaires et s'engagea vers la sortie lorsqu'une voix la coupa.

- Et, qu'en est-il de votre tenue ?

- Ma tenue ? Je ne vous suis pas.

Elle fronça les sourcils. Où voulait-elle en venir ?

- Oui, on m'a dit que votre tenue vestimentaire n'était pas toujours adaptée à la présence des élèves.

- Je ne sais pas ce que l'on vous a raconté mais j'ai toujours veillé à être parfaitement présentable.

- Hum hum, ce que je vois aujourd'hui n'est pas… conventionnel !

Ombrage la détailla de haut en bas, s'arrêtant sur le serre-taille haut bleu nuit qui marquait la silhouette de la jeune femme et soulignait sa poitrine. Elle portait une chemise plissée blanc cassé en dessous, légèrement entrouverte où apparaissait discrètement la naissance de son décolleté et son opale. Sur ses épaules, un long châle noir couvrait ses bras et une jupe qui tombait jusqu'à ses chevilles où des bottines ne laissaient paraître ni frivolité, ni peau. Mis à part son haut, rien ne pouvait affrioler les adolescents à qui elle enseignait. Persuadée qu'Ombrage n'avait rien trouvé à redire sur ses méthodes et qu'elle cherchait un moyen de l'attaquer, Amalia ne répliqua pas.

- Vous permettez ? Je n'ai pas de cours avant l'heure du déjeuner, j'en profite généralement pour corriger quelques copies en salle des professeurs.

- Vous recevrez le compte rendu par hibou sous dix jours.

- Je vous remercie pour le temps que vous avez accordé à l'examen de ma classe et vous souhaite une agréable journée.

Amalia la salua et une fois dans le couloir, elle courut pour échapper à la présence de cet être maléfique.

oOo

Le courrier fatidique lui fut apporté moins d'une semaine plus tard par McGonagall alors qu'elle lisait dans la salle des professeurs.

- Amalia, une lettre est arrivée pour vous, chez le Directeur…

- Oh ! Merci Minerva, c'est étonnant, je ne fais pas adresser mes missives chez Dumbledore pourtant.

Elle tendit la main pour la prendre.

- Le Ministère espérait peut-être que notre Directeur soit assez indiscret pour ouvrir votre courrier, gloussa la directrice adjointe.

L'échange attira l'attention des autres enseignants dans la pièce, seuls Rogue et Flitwick continuèrent à parler. Amalia défit le cachet en cire de l'enveloppe et découvrit le parchemin à l'écriture régulière. C'était le rapport d'Ombrage suite à son inspection. L'Inquisitrice n'avait pas grand-chose à redire au sujet de son cours qu'elle qualifiait de « conventionnel avec des méthodes pédagogiques discutables mais efficaces ». Cependant, tout à la fin du parchemin, elle put lire « que le professeur n'a pas une présentation adaptée à l'enseignement attendu à Poudlard. Elle met en avant ses attributs certainement dans l'espoir de se faire remarquer par un éventuel parti ». La lettre continuait encore sur un paragraphe mais la jeune femme changea de couleur. De fureur, elle froissa le courrier et le jeta au feu.

- Quelle harpie ! Elle va le regretter ! hurla-t-elle en se levant, ses cheveux commençaient à remuer tels de petits serpents.

Sa baguette vibrait dans son corset, Amalia se ressaisit avant d'exploser.

- Que vous a-t-elle reproché à vous ? s'enquit McGonagall.

- Rien ! Elle n'a rien trouvé donc elle l'a inventé ! Je suis aguicheuse ! Je mets « en avant mes attributs » ! Et elle ose suspendre pour observation l'option d'économie ! Ouh, la vengeance est un plat qui se mange froid ! Entre son simulacre de jury au ministère cet été et ce rapport, elle va avoir la monnaie de sa pièce !

- Amalia, si puis-je me permettre… Soyez fine avec elle, Ombrage nous mènera la vie dure si Fudge le lui permet, marmonna la directrice adjointe en lançant des coups d'œil par-dessus son épaule.

- Ne vous en faites pas Minerva, je serai discrète.

C'était ce moment précis que choisit la Grand Inquisitrice de Poudlard pour faire son entrée dans la salle de repos. Les gargouilles pivotèrent, la silhouette trapue et rose se faufila derrière. Ombrage avait une expression d'extrême suffisance, elle balaya du regard la pièce avant de fondre vers la cheminée où les deux enseignantes discutaient.

- Professeur Richards, avez-vous reçu mon rapport ?

L'horrible sourire qui se figeait sur son visage révulsa Amalia.

- Oh oui, je l'ai lu à l'instant et figurez-vous – alala, je suis d'une maladresse ! – qu'il m'a glissé des mains et vient de tomber dans le feu ! J'espère que le Ministère pourra m'en faire un autre exemplaire !

Elle avait pris un ton désolé. Ombrage allait ouvrir la bouche mais elle continua.

- Merci pour vos précieux conseils, j'ai bien pris note ! C'est tellement généreux de votre part de m'avoir accordé du temps et de l'attention pour que je m'améliore.

Elle joignit ses mains et prit une expression de sincère vénération. Derrière Ombrage, Rogue et McGonagall interloqués, étaient persuadés que ce comportement hypocrite allait être démasqué.

- Hum hum… Ombrage leva le menton avec un air supérieur. Il est agréable de voir que certains ici, prennent cette inspection pour une chance de progresser ! Puisque vous êtes réceptive, j'en profite également pour compléter ce que j'ai écrit.

La sorcière rose se tourna légèrement pour regarder Rogue derrière elle et continua.

- En toute cordialité, je me permets la remarque suivante. Amalia se crispa légèrement, une mimique étrange la poussa à sourire d'une manière peu naturelle. Il n'est pas convenant pour une personne dans votre situation de fréquenter seule, la gente masculine. Voyez-vous où je veux en venir ?

Ombrage avait cet expression de petite fille qui attend un bonbon pour avoir été sage. Intérieurement Amalia livrait une lutte féroce pour ne pas répondre ce qui lui passa par la tête, elle continuait à sourire bêtement et s'étonna.

- Je ne comprends pas, pourriez-vous être plus explicite je vous prie ? En toute amitié bien entendu. J'ai tellement à apprendre d'une femme de votre rang !

Rogue et McGonagall cachaient leur visage dans leur main, ils attendaient le moment où tout basculerait. La jeune femme poussait un peu loin son jeu de douce idiote mais Ombrage n'y voyait rien.

- Oh ! Si vous me permettez la franchise alors je vais être plus claire. Ombrage s'éclaircit la voix mais baissa d'un ton. Il n'est pas convenant pour une femme célibataire de passer du temps seule, en particulier le soir avec un de ses collègues de travail. Je parle du Professeur Rogue bien entendu.

L'intéressé releva les yeux, horrifié par la conversation de l'Inquisitrice mais ce qui suivit n'était rien en comparaison.

- Ah ! Je ne savais pas que cela pouvait poser problème ! déclara Amalia. A vrai dire, les hommes ne m'intéressent pas.

- Vraiment ? Ombrage resta pantoise.

- Non, voyez-vous, quelque chose en eux me dégoûte. Ombrage se figea. Une partie de leur anatomie... J'en ai terriblement peur. C'est comme si…

Amalia s'approcha d'Ombrage qui se décomposait, en déclamant théâtralement son allégeance à la gente féminine.

- C'est comme s'ils pouvaient perforer mon innocence ! Alors en toute franchise – puisque vous appréciez cela – je préfère…

Le professeur d'Histoire prit une voix suave et se pencha vers Ombrage.

- Les femmes, en particulier celles qui ont de l'expérience, termina-t-elle en se mordant les lèvres.

La Grand Inquisitrice de Poudlard recula de quelques pas, épouvantée par ces révélations. Amalia lui fit un clin d'œil appuyé qui eut pour effet la fuite d'Ombrage de la salle des professeurs. Après quelques secondes de silence, des rires s'élevèrent dans la pièce, les enseignants présents avaient visiblement apprécié le spectacle. La jeune sorcière pivota sur ses talons pour faire face à Rogue et McGonagall.

- Mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec mon statut matrimonial à la fin ?

- Je dois admettre que vous avez des cours à nous donner sur la vengeance, Amalia ! la directrice adjointe conclut sa phrase avec un fou rire.

La cloche annonçant le cours suivant dissipa les conversations, tous les professeurs se dirigèrent vers leur salle respective. Fermant la marche, Rogue et Amalia se retrouvèrent seuls dans la pièce.

- Jolie performance… Lupin sera ravi de savoir ce que tu as fait, lui souffla-t-il.

- En parlant de Remus, tu ne devrais pas t'approcher de moi ! Tu pourrais être séduit par mon charme et je crois bien qu'il serait fâché de la situation, expliqua-t-elle avec une voix hautaine feinte.

- Ris si tu veux, en attendant la mise en garde d'Ombrage n'était pas déguisée. Nous ne devons plus nous montrer autant en public tous les deux.

- Je sais… Et cela va compliquer nos recherches. Elle s'imagine qu'on se voit pour avancer la révision du livre de potions des deuxièmes années.

- Il serait prudent de laisser ce projet de côté pour le moment.

- Dans un cas comme dans l'autre, il n'est pas pensable qu'elle puisse découvrir nos activités. Au fait, qu'est-ce qu'elle a mis dans ton évaluation ? Rogue rougit et détourna le regard. Quoi ? Tu es mis à l'épreuve ?

- Non ! Bien sur que non ! s'indigna-t-il.

- Alors ?

- Je ne te dirai rien...

Elle plissa les yeux et abandonna. Ils étaient à présent à la croisée des chemins et la foule d'élèves convergeait vers les salles de classe, elle évita de peu un garçon de Poufsouffle qui avait trébuché.

- Dans la plus haute tour de Gryffondor, il y a une salle de musique. Retrouve-moi là-bas à 23h.

Le rendez-vous convenu, la jeune femme alla d'un pas décidé vers le cloître en cherchant un moyen de faire tourner en bourrique Ombrage. Au dîner, la Grande Inquisitrice évita soigneusement tout contact visuel avec Amalia qui s'employait avec délice, à attirer son attention. Sa vengeance ne faisait que commencer et ce petit manège lui assura au moins une soirée de tranquillité.

oOo

La salle de musique ne semblait pas avoir servi en son absence. Les grains de poussière virevoltaient dans la pièce à la lumière des chandelles, le son de ses talons sur les dalles en pierre brisa la monotonie de la pluie battant les carreaux. Amalia savoura ces temps libres qui lui étaient interdits lorsqu'elle assurait l'intérim du professeur McGonagall à la direction de Gryffondor. Les quelques élèves qu'elle avait mis en retenues cette semaine étaient occupés par Rusard à nettoyer les toilettes du rez-de-chaussée. Le professeur d'Histoire estimait que le travail manuel était beaucoup plus persuasif que les lignes d'écriture pour des enfants habitués à user de la magie pour tout et n'importe quoi. Amalia tira le tabouret et s'installa devant le piano à queue, les touches étaient recouvertes d'une pellicule grise qu'elle balaya avec sa manche. En appuyant les phalanges sur le clavier, la mélodie s'envola dans toute la pièce. Comment pouvait-on concevoir une existence sans musique ?

Peu avant 23h, la porte de la salle de musique grinça et le visiteur découvrit un lieu de Poudlard qui lui était totalement inconnu jusqu'alors. Les couleurs rouge et or se déclinaient un peu partout à l'exception des vitraux bleus et blancs au sommet de la tour. De l'extérieur, il n'était pas possible d'entendre le moindre son mais une fois entrée dans la salle, la musique enveloppait toute personne d'un voile mélodieux.

- J'espère que l'on ne t'a suivi. C'est encore un des derniers endroits du collège où je sais que le crapaud ne viendra pas me chercher…

- Charmant surnom, tu m'en avais donné un l'an dernier ?

- Qui te dit que je ne continue pas à l'employer ?

Amalia se retourna et rit, son spectateur lui lança un regard de reproche.

- Crois-le ou non, tu n'as pas été infect assez longtemps pour que mon imagination ait le temps de t'en trouver un.

- Me voilà rassuré… Il roula des yeux et déposa sur le piano l'animorphe métamorphosé en livre. Je ne sais pas combien de temps il restera sous cette forme, nous devrions étudier rapidement son contenu.

La sorcière apposa ses mains et les pages défilèrent jusqu'au chapitre sur la soumission des êtres, le papier frémit lorsqu'elle l'effleura en parcourant du doigt les lignes tracées à l'encre noire.

- Les êtres peuvent être soumis à la volonté de ceux qui les appellent. Malheureusement, rien n'indique la nature de ces êtres ni le moyen de le faire. On dirait que les phrases ne sont pas terminées...

- Hagrid a dit l'an dernier que tu avais toujours eu une certaine facilité avec les animaux quand il t'a confié son chien.

- Je n'ai pas réalisé, les animaux domestiques viennent facilement me voir et sont assez... amicaux.

Elle fronça les sourcils. C'était à son sens la bienveillance qu'elle leur témoignait qui permettait d'avoir en retour ce comportement, aucun don magique ne peut contraindre un animal à un sorcier.

- Depuis quand cela se produit-il ? interrogea Rogue en s'appuyant sur le piano.

- Je ne sais pas. Quand j'appelle une chouette ou un hibou pour le courrier, ils viennent. Ils ont été dressés pour cela non ?

- Pas tous. Quel autre animal t'obéit ?

Il semblait soupçonneux.

- Les chiens, les chats, en classe de métamorphose tous les familiers restaient calmes quand je m'en occupais,... Rien d'extraordinaire ! Ce n'est pas comme si j'avais eu un dragon devant moi ! s'exclama la jeune femme en haussant les épaules.

- On va vérifier cela tout de suite.

Le maître de potions ouvrit l'une des fenêtres de la salle et siffla dans le vent, la pluie avait cessé et les oiseaux de la volière du collège devaient être en vol pour la chasse. Rapidement, un chouette claire se posa sur le bord en pierre et observa l'intérieur de la pièce de ses grands yeux jaunes.

- D'accord, et qu'est-ce que je dois faire ? Lui demander de faire une pirouette ? railla Amalia en se levant.

- Commence par la faire venir.

La jeune femme s'approcha de la fenêtre et présenta son bras pour que l'animal y vienne. Cependant, l'oiseau continuait à battre des paupières en fixant l'étrangère qui lui parlait. Après de longues minutes de tractation infructueuses et frigorifiée par le froid mordant qui entrait par la fenêtre, Amalia baissa la main en soupirant.

- Tu vois bien, cela ne fonctionne pas !

- C'est uniquement parce que tu n'y mets pas du tien. Si tu avais vraiment besoin que cette chouette vienne te voir, ce serait déjà fait ! râla Rogue en refermant la fenêtre.

- Je pense que c'était un coup de chance, c'est tout. Je n'ai jamais eu de don magique avec les animaux et tu as été influencé par les paroles de Hagrid.

L'homme resta silencieux, l'expression renfrognée et face à son mutisme, Amalia soupira.

- Et maintenant ?

- Toi je ne sais pas mais moi je vais faire en sorte de ne pas complètement perdre ma soirée !

Il quitta la pièce furieux ce qui eut l'effet d'énerver sa collègue.

- Ah bah bravo ! Très pédagogue Monsieur le Professeur !

Mais ses paroles ne l'arrêtèrent pas. En se couchant, elle repensa à l'étrange journée qu'elle avait vécue. L'année débutait à peine mais il s'était déjà passé tant de choses, il fallait qu'elle écrive à Remus pour lui donner un maximum d'informations pour l'Ordre, afin qu'il en parlerait aussi avec Sirius… Et puis… Il faudrait qu'elle s'entretienne avec son père… Oui, demain, elle l'invoquerait… Les draps étaient si doux et sentaient les fleurs blanches… Le contact soyeux sur sa peau… Et le sommeil l'emporta.

oOo

Amalia appréhendait la soirée du mercredi car son option d'économie pour les dernières années avait lieu de 17h à 19h. Tous les étudiants s'étaient installés à leur place habituelle et attendaient le début du cours. Les jumeaux amusaient leurs camarades avec des bonbons de leur invention mais tous les visages virèrent au blanc lorsqu'Ombrage entra, arborant son éternelle expression de petite fille sage. Elle tira un tabouret pour se placer derrière les élèves et évita de s'approcher du professeur. Sans un regard pour elle, Ombrage sortit une plume pour gratter son calepin à carreaux comme lors de sa première inspection. Les élèves étaient bien calmes. D'habitude, l'option était pour eux l'occasion d'échanger et de provoquer de l'émulation. Amalia prit la parole, soucieuse.

- Bon ! Aujourd'hui, nous allons travailler par deux. Mettez-vous de préférence avec une personne qui n'a pas encore vu votre projet en détail, l'élève qui se retrouvera seul viendra avec moi.

D'un coup de baguette, elle fit apparaître sur l'ardoise un tableau à plusieurs entrées.

- Nous allons voir la marge commerciale. C'est ce qui va vous permettre de fixer les prix de vos produits ou de vos services. J'espère que vous avez pu avoir de la part de vos parents, les éléments que je vous avais demandé la semaine dernière, sauf pour Messers. Weasley.

Les jumeaux s'agitaient sur leurs chaises, une partie de ce travail avait déjà été fait l'an dernier, ils avaient ajouté de nouveaux produits dans leur liste. Amalia leur montra comment procéder, ils étaient tous particulièrement attentifs et posaient des questions dans une ambiance de plus en plus détendue. Les groupes avaient rapproché les tables pour se faire face, ils travaillaient en autonomie pendant que leur enseignante accompagnait un élève de Poufsouffle dont l'ambition était à reprendre l'exploitation fermière familiale. C'était assez semblable à une ferme Moldue au détail près que les animaux n'étaient pas des vaches ou des cochons. Les deux heures passèrent à tout allure, la cloche retentit pour annoncer le dîner et les étudiants saluèrent poliment leur professeur avant de bondir sur les marches pour rejoindre la Grande Salle. Un raclement de gorge familier arrêta Amalia dans sa lancée.

- Oui Professeur Ombrage ? dit-elle d'un ton cajoleur.

- J'ai oublié de vous demander une chose la dernière fois.

Elle ne la regarda pas droit dans les yeux.

- Je vous écoute.

- J'ai remarqué - et le concierge, Mr. Rusard me l'a confirmé - que vous ne mettiez pas beaucoup de retenues à vos élèves. Est-ce pour avoir vos soirées de libres ?

- Je ne vois pas à quelle fin je pourrai vouloir dégager mes soirées...

Amalia ne termina pas sa phrase, Ombrage la coupa aussitôt.

- Peut-être pour aider Dumbledore dans une tâche qu'il vous aurait confiée ? Hum ?

- Professeur Ombrage, la seule chose que le directeur m'ait confiée cette année, est l'enseignement de l'Histoire de la Magie ainsi que de l'Économie aux élèves de Poudlard. Je ne distribue pas les retenues à tour de bras car je ne suis pas responsable d'une des maisons de l'école. De plus, depuis le début de l'année, mes élèves se comportent plutôt bien en classe. J'espère que cela durera.

- Hum hum... Je vois...

La Grande Inquisitrice griffonna quelques mots sur son calepin.

- Que voyez-vous ?

- Vous êtes trop indulgente avec les étudiants. L'éducation est un des piliers sur lequel repose l'enseignement. Vous devez sévir dès que nécessaire !

- Ah... J'en prends note. J'essayerai de m'en souvenir, répliqua Amalia d'un air suprêmement indifférent.

Ombrage avait dû comprendre qu'elle s'était jouée d'elle après la première inspection et ne tarderait pas à le lui faire payer.

oOo

Alors qu'elle descendit vers la Grande Salle, l'enseignante d'Histoire croisa Hermione qui disputait des premières années.

- Vous ne devez pas traîner dans les couloirs ! Peeves pourrait vous prendre pour cible !

- Miss Granger ?

- Oui Professeur Richards.

Elle suivit des yeux les élèves grondés pour s'assurer qu'ils rentraient bien dans le dortoir.

- Je ne vois plus beaucoup Harry en ce moment, aurait-il encore défié le Professeur Ombrage ?

Amalia leva les sourcils en signe d'interrogation.

- … Oui Professeur...

Hermione fixait le bout de ses chaussures comme s'il y avait la recette pour transformer le plomb en or, son enseignante soupira.

- Pourriez-vous avoir la gentillesse de lui rappeler ce que je vous ai dit en début d'année ? Hermione opina sans lâcher des yeux ses pieds. Y a-t-il autre chose dont vous voudriez me parler ?

Lentement, l'élève releva son menton pour laissait apparaître une mine déconfite.

- Que se passe-t-il ?

- Je lui ai dit d'en parler à Dumbledore ou au Professeur McGonagall mais il ne veut pas qu'on le sache !

Hermione était en proie à une excitation soudaine, comme si elle avait emmagasiné des informations qui lui échappaient d'un coup. Amalia l'invita à la suivre dans une salle de cours vide, la jeune fille se reprit.

- Ombrage est une femme méchante, elle a blessé Harry pendant ses retenues.

- Comment cela ?

- Elle lui fait utiliser une plume spéciale pour écrire ses lignes, elle grave les mots dans la chair de sa main. Il la cache comme il peut, sauf qu'avec sa seconde semaine de retenues, sa main lui fait mal et saigne toujours...

La jeune femme releva la tête. La situation était délicate, elle n'avait plus les moyens d'intervenir auprès de la direction et si l'information arrivait par elle, la Grande Inquisitrice aurait gagné. Amalia comprit un peu mieux le sens des mots qu'Ombrage lui avait tenu au sujet de l'éducation...

- Nous n'allons rien dire à Dumbledore ou au Professeur McGonagall. Si Harry souhaite leur en parler, il le fera. En attendant, si vous voulez le soutenir dans cette épreuve, je vais vous écrire la formule pour préparer de l'essence de Murlap. Vous lui en donnerez à son retour de retenues pour soulager la douleur et l'aider à cicatriser.

La tignasse d'Hermione s'agita dans un oui silencieux et reprit le chemin du réfectoire pour le dîner.

Poudlard avait bien changé en l'espace de deux semaines. Alors que la présence de Hagrid aurait pu lui rendre le sourire, Amalia constata que le professeur Gobe-Planche occupait encore sa place à table. Heureusement, Dumbledore trônait toujours au milieu de ses enseignants, cela rassura pour un temps Amalia : tant que le vieux sorcier sera là, tout ira pour le mieux. Cette pensée lui rappela soudainement Sirius et le courrier qu'il lui avait renvoyé, elle avait tellement de choses à lui raconter. Après le repas, elle s'attela à la tâche en essayant de ne rien omettre.

Bonjour à vous deux,

Je vous écris conjointement car les nouvelles d'ici vont vous intéresser. Dolorès Ombrage a été nommée Grande Inquisitrice de Poudlard depuis quelques jours seulement mais elle n'a pas tardé à inspecter les professeurs. Je m'en sors avec un rappel à l'ordre sur la façon de m'habiller et l'injonction de donner plus de punitions, d'autres n'ont pas eu autant de chance et sont mis à l'épreuve... Pour le moment j'enseigne toujours l'économie mais je doute que ce crapaud me le permette encore.

Les enfants vont bien, je m'inquiète simplement des retenues que Harry enchaîne. Il ne cesse de perdre son sang froid face à Ombrage qui en profite pour le pousser à bout. Je pense qu'elle cherche un moyen de discréditer toutes les personnes proches d'Albus. Alors pitié, allez dans mon sens et demandez-lui de se calmer un peu ! Minerva ne parvient pas à interférer en sa faveur, s'il continue, Ombrage le punira de tout, y compris de vacances de Noël.

Pour ma part tout va bien, j'ai tellement de temps de libre cette année que j'ai même repris les travaux de couture ! Dumbledore m'invite à prendre le thé parfois, Hagrid me manque beaucoup et Madame Pince trouve étrange de me voir si souvent dans la bibliothèque.

J'espère que Sirius est sage et s'occupe bien de Buck, je pense à lui tous les jours. Remus de ton coté, comment vont les amours ? (elle ajouta un visage qui tirait la langue)

Je vous embrasse,

Amalia

L'encre verte échangea l'ordre des mots dès qu'elle eut touché de sa baguette le parchemin. Elle le roula et mit un point de cire au poinçon pour cacheter le courrier avant de s'emmitoufler dans sa cape. Sur le chemin de la volière, le couloir donnant sur l'extérieur était étonnement calme et sombre, toutes les torches avaient été éteintes, les dalles n'étaient éclairées que par les faisceaux argentés de la lune qui filtraient par les fenêtres.

- Lumos !

Le bout de la baguette d'Amalia projeta son ombre sur les murs, elle avança avec précaution, pensant trouver Miss Teigne tapie dans le noir. Brusquement, une longue vipère apparut dans un panache de fumée. Elle ondula vers les pieds de la jeune femme puis s'arrêta pour la mettre en joue. Sa tête dressée, le reptile se balança d'avant en arrière, prêt à fondre sur sa proie. Amalia saisit sa baguette et visa la vipère mais comme pour le loup, un frisson particulier la parcourut et elle lui donna l'ordre de s'en aller. Les battements de son cœur s'accéléraient bien que son esprit soit serein, c'était comme si la sorcière vivait depuis l'extérieur la scène. Le serpent se coucha, s'enroula autour de sa queue et une incantation l'arrêta.

- Vipera Evanesca !

Le reptile disparut aussi vite qu'il était venu. A l'angle du couloir, des pas raisonnèrent.

- Non mais t'es malade ? J'ai failli avoir une attaque ! hurla Amalia en allant à la rencontre de son agresseur.

Toutes les lumières s'étaient rallumées et Rogue avança l'air triomphant qu'il perdit aussitôt que la jeune femme lui décrocha son poing dans le bras.

- Hé ! Calme-toi, il ne te serait rien arrivé ! J'essayais de te provoquer sous pression pour voir si tu y arriverais cette fois-ci. Et cela a fonctionné !

Il lui lança un regard noir en se massant douloureusement l'endroit où elle l'avait frappé.

- Il y a d'autres moyens de faire...

Elle avait cette moue boudeuse qui la rendait adorable et ne demandait qu'à laisser place à un large sourire. Amalia tourna les talons pour rejoindre la volière, Rogue sur ses pas.

- Il faudrait l'essayer sur des animaux plus gros, dit-il précipitamment. Un ours ou un dragon !

La jeune femme s'arrêta.

- Un ours ou un dragon ? Tu m'envoies un serpent et maintenant je devrais affronter un animal sauvage pour prouver une de tes théories. Severus, si tu veux te débarrasser de moi, dis-le simplement...

Elle reprit l'ascension des marches, du givre s'était formé le long du mur. La sorcière s'appuya sur la rambarde pas ne pas glisser.

- Écoute au moins mon idée avant de dire non !

Ils arrivèrent dans la volière et découvrirent Rusard récupérant des lettres tombées au sol.

- Tiens tiens, vous ici. La Grande Inquisitrice va être ravie de savoir que vous traînez dans la volière le soir !

Le concierge souriait de toutes ses dents pourries, sa chatte tentait d'attraper une chouette en hauteur et des plumes s'envolaient ça et là.

- Depuis quand est-ce un crime de poster ses lettres ? répliqua d'un ton acerbe Amalia. Et que faites-vous avec ces courriers ? Ils ne vous sont même pas adressés !

Elle essaya d'en saisir mais Rusard fut plus rapide à les cacher dans sa veste.

- Par ordre du Ministère, toutes les lettres sont fouillées ! D'ailleurs celle que vous avez là devra aussi être ouverte avant son envoi !

Il tendit sa main crasseuse aux longs ongles jaunis pour prendre le parchemin, la jeune femme bondit à sa droite afin de donner le vélin à un hibou qui s'envola aussitôt.

- Oups ! Trop tard ! Que je suis maladroite ! minauda-t-elle en regardant Rusard piétiner. Mais n'hésitez pas à le répéter à notre chère Inquisitrice.

La sorcière fit volte-face avant de ressortir de la volière et de claquer la porte. Ce fut seulement quand elle entendit une seconde fois se fermer le battant, qu'elle réalisa que Rogue était resté derrière elle.

- Ah oui, c'est vrai. Je t'écoute, quelle est ton idée pour te débarrasser de moi ? ironisa-t-elle en descendant l'escalier.

Rogue resta silencieux en haut des marches, les bras croisés et bougon. Amalia leva donc les yeux au ciel et abdiqua.

- Aller, vas-y, tu as toute mon attention !

Il descendit les quelques marches qui les séparaient.

- Dans la Forêt Interdite, il y a un animal qui pourrait parfaitement convenir pour connaître l'étendu de ton don.

Il jeta un regard autour d'eux avant de reprendre.

- Une hydre.

- Une hydre ?! Une vraie ? Comme dans les douze travaux d'Hercule ?

- Oui, c'est ce qui nous a poursuivi l'an dernier quand nous sommes allés chercher les ingrédients…

Amalia se sentit défaillir, un monstre mythologique avait tenté de les chasser et à présent, son collègue lui demandait d'aller au devant de ce danger !

- Et si cela ne marche pas ?

- Nous aviserons, ta baguette a bien fonctionné la dernière fois… Pour limiter les risques, il faudra y aller en novembre car pour le moment, elle doit encore être en période de réserve en prévision de son hivernation.

- Réserve ? Tu veux dire qu'elle se gave de nourriture pour être prête à dormir une partie de l'hiver ? De mieux en mieux… Tu savais tout cela lorsque nous y sommes partis ?

- Hum… J'ai entendu des rumeurs, je n'étais pas vraiment certain que tout soit vrai, conclut-il d'un air innocent.

- Oh toi, tu vas avoir autre chose que ton bras qui va te faire mal !

Elle tendit un index en signe de menace mais Rogue avait déjà une belle avance et disparut vers les sous-sols avant qu'elle n'ait pu réagir.


Prochain chapitre : Les paris sont ouverts

Note : Ne ratez pas le prochain chapitre, je l'adore ! Merci encore pour vos messages !