Chapitre 10 – Les paris sont ouverts

Le premier match de Quidditch de la saison devait opposer Serpentard à Gryffondor, toutefois ces derniers tardaient à faire valider leur participation auprès d'Ombrage. C'était la dernière maison à ne pas avoir eu l'autorisation de la Grand Inquisitrice pour former son équipe et la capitaine, Angelina Johnson, multipliait les demandes sans succès. Dans un vain espoir, elle s'adressa au professeur McGonagall en qualité de directrice de Gryffondor. Le soir même, elle présenta la demande à Dumbledore.

- Entrez Minerva. Je prends le thé avec Amalia, rejoignez-nous.

Les deux sorciers étaient assis devant la cheminée, des tasses fumantes dans leurs mains, des documents étaient éparpillés sur la table.

- Pensez-vous qu'il soit prudent de laisser ces parchemins à la vue de tous ? questionna McGonagall en y jetant un œil.

- Oh, ne craignez rien, je fais surveiller Dolorès. Si elle s'approche d'ici, nous serons immédiatement prévenus.

- Bien, dans ce cas… Elle prit place à table.

- Nous parlions du retour de Hagrid, il ne devrait plus trop tarder.

- C'est un vrai soulagement, ajouta Amalia en croisant les bras sur sa poitrine.

- Espérons qu'il ait de bonnes nouvelles.

McGonagall les regarda à travers ses lunettes carrées, anxieuse.

- Je suppose qu'il n'est pas l'objet de votre visite Minerva ? reprit Dumbledore en approchant une troisième tasse de thé.

- C'est très juste Albus. Elle sortit de sous sa cape un long parchemin roulé. L'équipe de Gryffondor ne parvient pas à obtenir de la part de la Grande Inquisitrice, une réponse franche sur la validation ou non de leur équipe de Quidditch. Je n'ai pas le pouvoir de le faire à sa place mais vous oui. Accepteriez-vous de prendre cette responsabilité ?

La question était rhétorique, d'un coup de baguette la signature du directeur fut apposée au bas du document qui disparut aussitôt sous la cape de McGonagall.

- Voilà une excellente chose de faite ! s'exclama Dumbledore en s'enfonçant dans son fauteuil.

- Cette harpie nous surveille tous. Je ne sais pas comment elle fait pour avoir des yeux dans le dos !

- Amalia, il est primordial que nous lui laissions croire que le Ministère a bien pris le contrôle de Poudlard. Ainsi, il est plus aisé pour nous d'agir en leur sein. Continue de bien te faire voir par Ombrage, elle vous surveillera moins, Severus et toi.

- Comment cela ? Vous poursuivez la révision des livres de potions ? intervint la directrice adjointe, surprise par cette information.

- Non, ce ne serait pas très prudent. Nous travaillons pour l'Ordre. Quand c'est possible avec Tonks, sur des outils qui nous seraient utiles pour nous protéger ou attaquer Voldemort. Albus nous couvre mais Ombrage fouine et peut compter sur l'aide de Rusard.

La sorcière avait un regard sombre, l'entrave qu'elle devait subir en plus de ses nouveaux pouvoirs à maîtriser, ne lui rendaient pas cette année particulièrement agréable. Heureusement cependant, elle se sentait entourée dans ces épreuves.

- Je m'inquiète pour Harry Potter, il parait perdre son sang froid plus facilement en sa présence…

- Je vous le confirme à tous les deux, Mr. Potter se met en colère très facilement. Quelque chose ne va pas avec Mr. Weasley ou Miss Granger ? s'inquiéta McGonagall.

- Aux dernières nouvelles, non. Je les ai vus à la pause dans la bibliothèque, ils ont beaucoup de devoirs mais la nomination au grade de préfet a eu un effet positif sur Mr. Weasley et Miss Granger… C'est Granger ! Amalia haussa les épaules.

- Bien, laissons-lui un peu de temps. Il doit faire face à beaucoup de choses et il est encore bien jeune.

Dumbledore fixait les flammes dans l'âtre. Il avait l'expression songeuse du joueur d'échec qui prépare ses prochains coups.

oOo

Malheureusement, l'annonce de la constitution de l'équipe de Quidditch de Gryffondor contre l'avis de la Grande Inquisitrice, eut un effet désastreux dans les couloirs. Outre le fait qu'Ombrage était scandalisée par le peu de considération que l'on donnait à ce qu'elle pensait, elle favorisait très largement les élèves de Serpentard. Ces derniers en profitaient afin de provoquer les Gryffondor, en particulier les membres de l'équipe de Quidditch. Ils assistaient à leur entraînement pour lancer des quolibets aux joueurs et lancer des sortilèges dans leur dos. Ce fut ainsi qu'Alicia Spinnet se retrouva à l'infirmerie deux jours avant le match et Amalia devant la porte de la salle de potions à la pause déjeuner. La cloche annonça la fin du cours, la porte s'ouvrit à la volée et tous les élèves s'en allèrent à la hâte vers la Grande Salle. Lorsque Rogue sortit, il découvrit la jeune femme dans le couloir, les yeux plissés et les bras croisés.

- Que me vaut le plaisir de cette visite ? argua-t-il en continuant son chemin.

- Miles Bletchley… Quatorze personnes l'ont vu jeter un sort dans le dos d'Alicia Spinnet et tu oses prétendre que cette élève s'est lancée elle-même un sortilège ?

Rogue avait un sourire jusqu'aux oreilles, il ne se cacha même pas.

- Suis-je responsable de sa maladresse ?

- Tu es de mauvaise foi ! répliqua Amalia, furieuse.

- En quoi est-ce que cela te regarde ?

Il s'arrêta enfin avant le dernier escalier qui menait à la Grande Salle et lui fit face.

- Tes élèves sont insupportables, j'en ai deux qui ont attaqué un des batteurs de Gryffondor pendant mon cours !

- Mets-les en retenues, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? le sorcier continuait d'arborer la même mine radieuse, Amalia poussa un soupir d'exaspération mais il conclut. Ce n'est que du sport…

- Ah oui ? Que du sport ? Tes élèves prennent ça un peu trop à cœur !

- Tu ne peux pas leur en vouloir d'être contents pour leur future victoire à venir.

- Victoire ? Mais je rêve… Parfait ! Faisons un pari !

La jeune femme fulminait et son teint était passé au rouge.

- D'accord, que proposes-tu ?

- Je ne sais pas encore, mais je vais trouver !

Elle leva le doigt d'un geste menaçant et tourna les talons pour le devancer dans le réfectoire. Tous les étudiants étaient déjà à table et Amalia se plaça à côté du professeur McGonagall.

- Quelque chose ne va pas ? lança cette dernière.

- Les Serpentard sont infectes et Severus ne veut rien savoir !

La sorcière posa un peu trop fort la cruche d'eau et le contenu inonda la nappe.

- Cela vous étonne vraiment ? Quand il s'agit de sa maison, Severus est capable de tout. Cependant de vous à moi, j'aimerais bien conserver encore un peu la coupe de Quidditch dans mon bureau. Je trouve qu'elle apporte un panache particulier à la pièce !

Les femmes se mirent à rire et commencèrent leur repas, pourtant la tranquillité fut de courte durée. A travers la Grande Salle, les deux équipes de Quidditch se lançaient des railleries et le ton monta, leurs directeurs respectifs hésitaient à intervenir car Ombrage semblait sur le point de le faire. Pourtant, quand une cuillère de purée traversa la pièce, Amalia réagit.

- Minerva, vite ! Allez-y je retiens Severus !

Les deux sorcières se levèrent d'un bond pour rejoindre l'allée centrale entre les tables. Pour sa part, le directeur de Serpentard en avait fait autant et les talonnait. Amalia ralentit et lui donna un coup d'épaule de toutes ses forces, l'arrêtant juste assez de temps pour permettre à McGonagall d'intercéder la première. Sous les regards ébahis des élèves, les deux enseignants se poussaient, épaule contre épaule pour passer entre les tables. Finalement, le professeur McGonagall parvint à calmer la situation avec diplomatie et discernement. La jeune femme regarda son confrère avec une expression réjouie alors qu'il la toisait, les lèvres pincées.

- Je te parie une fournée de biscuits à la citrouille que Gryffondor gagne.

- Parfait ! répondit-il d'un ton acerbe. Que veux-tu en échange ?

- Une fiole de Veritaserum.

- Pour quoi faire ? hésita-t-il, soupçonneux.

- Oh, rien de particulier. On en a toujours besoin… Alors ? Amalia répondit d'un air innocent.

- Marché conclut.

Il lui serra la main d'un air vengeur. Autour d'eux, les élèves étaient restés silencieux et très vite les échanges reprirent sur le match à venir.

oOo

Le week-end était en fait une délivrance. Aucune des maisons de Poudlard ne se détestaient autant que Gryffondor et Serpentard, auxquels s'ajoutaient Serdaigle et Poufsouffle qui soutenaient très largement la bannière or et rouge. Cela n'empêcha pas tous les élèves de Serpentard de descendre d'un pas rapide vers le terrain de Quidditch après le repas. Amalia dépassa Harry sur le chemin et l'encouragea, il avait les traits tirés mais un grand sourire illuminait son visage. Quelque chose lui rappelait sa première année au collège en voyant le maillot de dos avec l'inscription « Potter » et elle sourit à son tour. Au pied du terrain, un sorcier vêtu de noir l'attendait. Amalia leva le menton pour l'ignorer mais Rogue la rattrapa.

- Puis-je t'inviter dans notre loge ?

- Quel honneur ! Comme cela, j'aurais la joie de voir ta tête quand on annoncera la victoire de Gryffondor ! railla la jeune femme.

- C'est cela… Après toi.

Il lui montra le chemin menant à une des hautes tours parées de vert et d'argent, elle permettait de voir confortablement le match. Les élèves étaient déchaînés, l'émulation sportive engrangée par cette semaine allait enfin sortir et les cours de lundi seraient bien plus calmes. Une fois assis côte à côte, Amalia entama la discussion en attendant le coup d'envoi.

- Je n'ai pas vu ton nom sur les nombreuses coupes de Quidditch dans les vitrines de l'école. Tu n'y jouais pas ?

- Je ne suis pas à l'aise sur un balai. Il fixait l'horizon et répondit d'une manière détachée. Il semblerait que pour ta part, tu te sois illustrée dans ce domaine…

- Oui, en troisième année. Ce fut la seule malheureusement. A BeauxBâtons, les filles ne peuvent pas y jouer, Mme Maxime ne trouve pas ce sport très féminin.

- Et ton père ? C'est lui qui t'a entraînée ?

Rogue se déplaça pour laisser passer Ombrage qui, en qualité d'ancienne élève de Serpentard, soutenait cette maison. Elle lança un coup d'œil aux deux enseignants et se tourna vers le terrain.

- Oh non, mon père n'aimait pas que je passe des soirées à faire autre chose que réviser. C'est un ami qui m'a aidé à passer les sélections pour rentrer dans l'équipe. Il était plutôt doué et d'ailleurs, on m'a dit que son fils avait hérité de ses talents d'Attrapeur. J'ai hâte de voir cela aujourd'hui !

Le coup de sifflet de Madame Bibine ne permit à Rogue que de lancer un regard réprobateur à Amalia. Le Souafle monta haut dans le ciel et retomba vers le terrain, tous les joueurs s'élancèrent sous les commentaires d'un élève de Gryffondor clairement partial. Le ciel était d'un gris perle légèrement velouté par des nuages filants, la visibilité était bonne mais le froid leur avait piqué le nez dès la sortie du château. Le professeur d'Histoire enroula son visage dans son écharpe, bien heureuse d'avoir une excuse pour cacher le sourire jusqu'aux oreilles qui se dessinait sur son visage à chaque action de son équipe favorite. Autour d'elle, des chants raisonnaient, leur sujet était le gardien de Gryffondor, Ron Weasley.

- Tes élèves ont la fibre lyrique, je vais en toucher deux mots à Filius ! Il cherche encore des membres pour relancer sa chorale… glissa la jeune femme à l'attention de son voisin.

Il lui répondit par un léger coup de coude avant d'applaudir un but des Serpentard, le premier de la rencontre. Autour du terrain, les deux attrapeurs ne mettaient pas autant de cœur à l'ouvrage : pendant que Harry zigzaguait à la recherche du Vif d'or, Drago Malefoy scandait avec ses condisciples les brimades qu'il avait mises en chanson.

- GRYFFONDOR MARQUE ! hurla le commentateur, son cri raisonna dans tout le stade, soutenu par les applaudissements des trois autres maisons et d'Amalia.

Les visages furieux des supporters de Serpentard présent dans la tribune se retournèrent vers elle.

- La prochaine fois, on ira ailleurs…

- Ah parce que tu comptes à nouveau parier sur une victoire de Gryffondor alors qu'ils sont sur le point de perdre ? lança Rogue dans un rire mesquin.

A cet instant, un coup de sifflet de Madame Bibine annonça la capture du Vif d'or. Les enseignants s'adressèrent un regard étonné avant de s'élancer au bord du gradin pour connaître le vainqueur. La nuée de rouge et or qui agitait le stade confirma les craintes de Rogue, Amalia venait de gagner son pari. Les réjouissances furent de courte durée. Les élèves de Serpentard, mauvais perdants, encourageaient leur équipe à provoquer leurs adversaires.

- Il faut que tu interviennes Severus, il y a déjà un joueur à terre !

Harry se relevait car un Cognard l'avait éjecté de son balai et il ne s'agissait pas d'une balle perdue. Au sol, les capes vertes et rouges se mélangeaient autour d'une Madame Bibine dépassée. Une incantation les sépara tous, furieuse, l'arbitre les envoya dans les bureaux de leur directeur de maison. Ombrage avait descendu à toute vitesse les marches des gradins pour les suivre chez le professeur McGonagall, laissant les élèves de Serpentard fautifs s'en aller sans remontrance. Sur le chemin du château, Amalia ne manqua pas de le faire remarquer.

- La concurrence entre Gryffondor et Serpentard va trop loin ! Jamais on n'aurait vu un tel comportement avec une autre maison ! Comment peux-tu rester sans rien faire ?!

Les joueurs verts et argent les dépassèrent, Rogue en profita pour encourager ses élèves.

- Excellente stratégie Mr. Malefoy, dommage qu'elle n'ait pas payé. Nous verrons au prochain match des Gryffondor si cela fonctionne encore…

La tête blonde maintenait un mouchoir sur son nez ruisselant de sang, il ricana en voyant l'expression révoltée d'Amalia qui s'arrêta net et attendit les poings sur les hanches. Rogue laissa les élèves disparaître dans le château et revint en arrière.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Cesse de me regarder de cette façon, faut-il encore redéfinir nos « rôles » ?

- Tu es aussi vil et mesquin ! Comment peux-tu parler de rôle alors qu'il est question de la sécurité des étudiants ?

- C'est une rivalité millénaire ! Que puis-je y faire ? se défendit le maître de potions.

Elle secoua la tête en signe de désapprobation et tendit une main, la mine renfrognée. Le sorcier soupira et tira de sous sa cape un flacon sombre avec un liseré doré autour du bouchon.

- Voilà. Qu'est-ce que tu vas en faire ? lui demanda-t-il en tendant le sérum de Vérité.

Amalia le saisit et délicatement glissa la fiole dans son corsage sans répondre. A son tour, elle sortit de la poche intérieure de sa cape un sachet en tissu contenant des gâteaux.

- Je ne comprends pas, tu as gagné ce pari non ?

- Oui mais je les ai quand même fait au cas où… Tout le monde n'est pas aussi présomptueux que toi !

Elle lui lança un regard hautain avant de s'en aller. Il resta au milieu de la pelouse du parc à la regarder s'éloigner avec la vague sensation qu'il avait gagné sur tous les tableaux aujourd'hui.

oOo

Amalia pour sa part eut une très mauvaise surprise en parvenant dans la Grande Salle. Gryffondor venait de perdre trois de ses meilleurs joueurs de Quidditch : deux s'étaient battus sur le terrain et le troisième étant le jumeau d'un des bagarreurs, Ombrage avait fait d'une pierre deux coups. McGonagall était assise à table et fulminait, la Grande Inquisitrice s'était vengée de sa visite chez Dumbledore en interférant dans la punition des élèves de sa maison et elle n'avait rien pu faire.

- Minerva, dites-vous au moins que Mr. Potter n'a plus beaucoup de choses desquelles Ombrage peut le priver.

- C'est par principe ! Je gère MES étudiants comme je l'entends ! Ce n'est pas comme s'ils s'étaient battus sans raison ! Ils ont été provoqués !

Rogue émit un raclement de gorge sonore, Amalia se tourna vers lui pour répondre.

- Elle n'a pas tord ! Tes élèves l'ont bien cherché !

- Peut-être mais ils ont été assez malins pour ne pas se faire prendre... glissa-t-il avec un sourire en coin. Maintenant, je vois mal Gryffondor gagner la Coupe...

McGonagall changea de couleur et vira au rouge carmin, ses doigts se crispèrent sur sa fourchette. Heureusement sa voisine posa sa main dessus en signe d'apaisement.

- On pari ? lança Amalia d'un ton de défi.

- Nous en reparlerons lorsque tu auras vu l'équipe s'entraîner. Je suis magnanime, je te laisse la possibilité de changer tes pronostiques...

- Tu es vraiment trop généreux ! répliqua-t-elle d'un ton sarcastique.

En s'installant à table, Dumbledore remit à Amalia un petit morceau de parchemin sur lequel était inscrit : « Hagrid est revenu »

Elle étouffa un cri de joie avant de montrer le papier à McGonagall, l'Ordre n'avait pas eu de nouvelle du garde-chasse depuis le retour de Madame Maxime à la civilisation. La directrice de BeauxBâtons était revenue seule lors de leur mission secrète, des Mangemorts les avaient suivis et la dispersion représentait le seul moyen de les semer. Hagrid n'avait pas eu la possibilité de faire connaître sa position ou son état de santé. Cette nouvelle mit du baume au cœur d'Amalia, elle se sentit plus légère en empruntant le chemin sinueux qui conduisait à la cabane du garde-chasse. Cette sensation disparut aussitôt qu'elle aperçut au loin, la forme ronde et rose d'Ombrage frapper à la porte du garde-chasse. Elle n'avait pas eu l'occasion de le mettre en garde sur le vent de réforme qui soufflait sur Poudlard. Dépitée, le professeur d'Histoire fit demi-tour et attendit le lendemain pour retenter sa chance. Hagrid se faisait discret et même absent aux repas, ce qui attisa la curiosité d'Amalia. Bien décidée cette fois-ci à le croiser, elle dévala l'escalier principal du château et se dirigea vers les cuisines. Juste avant la bifurcation pour les sous-sols, une porte donnait sur les écuries.

Un courant d'air froid remontait dans l'escalier, les dalles lisses des marches rendaient la progression périlleuse. C'était une partie du château où peu de monde passait à présent car les animaux domestiques avaient disparu du domaine. L'odeur de paille, de bois et de crottin accompagnèrent la visiteuse jusqu'aux stalles où un bruit de sabot raisonna. Là, alignés face à leurs mangeoires, de grands chevaux noirs et squelettiques dégustaient des lambeaux de viande crue. Les Sombrals avaient leurs ailes repliées étroitement contre leur corps, le cuir noir luisait à la lumière des torches et leurs yeux blancs aux reflets irisés, l'observèrent dès son entrée.

- Hagrid ? C'est Amalia, tu es là ?

- Oui, au fond, viens !

Bien qu'aéré, le couloir n'était plus aussi froid que l'escalier. En se rapprochant du dernier compartiment, la sorcière aperçut les ballots de foin et du matériel pour ferrer les animaux complètement rouillé. Elle tourna vers un box dans lequel Hagrid était penché en avant. Il se retourna brusquement en tenant dans ses bras un bébé Sombral englué dans un mélange de placenta et de sang, sa mère allongée derrière poussait des petits hennissements mais la jeune femme n'eut pas le temps de s'en rendre compte. Le demi-géant avait le visage tuméfié, de longues traînées de sang coagulé lui encadraient le visage et son œil droit était tellement violet qu'on ne le percevait même plus sous la paupière gonflée. Avec l'animal qui venait de naître dans les bras, Amalia faillit vomir en voyant son ami.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu as été blessé par un Sombral ?

- Oh non, non ne t'en fais pas ! Je vais bien ! Il sourit, ses lèvres étaient entaillées et des trous apparaissaient dans la rangée des dents du haut. Les Sombrals vont mettre leurs petits au monde, je les ai fait rentrer dans les écuries pour qu'ils soient au chaud au moins pendant la mise bas !

Le professeur croisa les bras, prête à le faire parler.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? se justifia Hagrid en rendant à sa mère le poulain.

Elle déchira les restes de membrane et les donna à son petit.

- Hagrid... Que t'est-il arrivé ?

- Qu'est-ce que vous avez tous ? Je vais bien !

Il se releva et essuya ses mains pleines de sang dans un tablier posé sur le rebord du box.

- Comment « tous » ?

- Hermione, Ron et Harry sont passés me voir hier juste avant la grosse bonne femme qui remplace Maugrey.

- Je vais les tuer... soupira d'exaspération Amalia en laissant tomber ses bras.

- Heureusement qu'ils avaient pris la cape de Harry, Ombrage est arrivée quand ils étaient encore chez moi.

Amalia lui raconta la fin des vacances square Grimmaurd, la rentrée à Poudlard et les nouvelles règles en vigueur dans le château. Au fur et à mesure, le visage de Hagrid s'affaissait.

- As-tu eu le temps de voir Dumbledore au moins ?

- Oui, je suis d'abord passé par son bureau avant de rentrer chez moi. Crockdur était content de me retrouver ! C'est Mme Rosmerta qui s'en est occupé.

Derrière eux, les piétinements des animaux rappelaient à l'ordre leur garde-malade.

- J'arrive ! Tu sais, expliqua Hagrid, heureusement que les cuisines sont tout près, ils mangent tellement en ce moment !

- Bon, vas-tu me dire comment tu t'es blessé ?

Amalia lui tendit un râteau pour qu'il puisse pousser la viande présente dans les mangeoires.

- C'est un secret pour l'instant...

- Hagrid ? tonna-t-elle d'une voix de reproche.

- Je vais bien !

Et il saisit de ses gros doigts des tranches de viande crue pour les donner aux Sombrals.

oOo

A son retour dans les étages, c'était le concierge qui attendait Amalia en haut des marches.

- La Grande Inquisitrice veut vous voir, maintenant, dans son bureau.

La jeune femme le suivit, dans les couloirs déserts. Au-dessus d'eux, des fantômes passèrent silencieusement, laissant dans le sillage un courant d'air froid.

- Dites-moi Mr. Rusard, vous semblez bien vous entendre avec le Professeur Ombrage. Sait-elle que vous ne possédez pas un seul pouvoir magique ? dit innocemment Amalia à quelques pas de la salle de Défense Contre les Forces du Mal.

Le vieil homme marmonna en lançant des regards noirs à l'enseignante.

- Je pense trouver le chemin, je vous souhaite une excellente soirée !

Elle claqua la porte au nez du concierge, au moins il savait sur quel pied danser avec elle.

La pièce était plongée dans l'obscurité, de la lumière parvenait de l'entrebâillement du bureau en haut des escaliers, derrière le pupitre du professeur. Amalia se présenta à Ombrage mais elle n'était pas préparée à ce qu'elle allait découvrir. Les murs avaient bien changé en un an. A la place des objets de détection et de protection magique, il y avait des assiettes décoratives un peu partout, des chatons étaient peints dessus et s'animaient en voyant la nouvelle venue. Les ronronnements et miaulements à peine audibles donnèrent des frisons à Amalia, elle remarqua avec stupéfaction les déclinaisons de rose dont certaines lui étaient inconnues. De la dentelle ornait à profusion les napperons posés sur les meubles et d'horribles vases remplis de pot-pourri trônaient au milieu de chaque espace vide. La décoration d'un goût douteux lui donna la nausée. La Grande Inquisitrice assise derrière son bureau, avait cette expression niaise qui la caractérisait si bien.

- Professeur Ombrage, vous m'avez fait demandée ?

- Oui, Professeur Richards, veuillez vous asseoir.

Elle désigna un petit fauteuil en chintz où les chats en motif gambadaient.

- Comme vous le savez, elle prit une voix veloutée, le Ministère a mis sous surveillance les moyens de communication de Poudlard. Mr. Rusard nous a indiqué que vous aviez refusé de soumettre à un contrôle l'une de vos lettres.

- Mr. Rusard vous a mal renseignée, la lettre m'a échappé des mains et une chouette l'a emporté tout simplement, sourit Amalia.

- Vous êtes bien maladroite lorsqu'il s'agit de votre courrier... Quoiqu'il en soit, suite à cet incident, nous avons constaté que vous envoyez beaucoup de missives à votre propre domicile, sur Londres. Est-ce exact ?

Amalia prit un air détendu et répondit.

- Oui, tout à fait.

- Hum ! Ombrage ne s'attendait pas à cette réponse. Et, n'est-il pas surprenant que vous vous envoyez du courrier à une adresse à laquelle vous n'êtes même pas présente ?

- Il y a une confusion, ce n'est pas à moi que j'adresse mes lettres, c'est à ma voisine Moldue. Elle s'occupe de mes plantes vertes en mon absence, elle les arrose, ouvre les volets et aère. C'est une vieille dame qui n'a plus trop de famille, cela l'occupe un peu et je lui écris pour prendre de ses nouvelles. Comme je n'utilise pas de magie à mon domicile, il n'y a aucun risque de déconvenue. Est-ce interdit d'écrire à ses voisins Moldus ?

Le professeur d'Histoire minauda en voyant Ombrage passer du blanc au rose.

- Bien sûr que non.

La vérité, c'est que les courriers arrivaient dans sa boîte aux lettres et Lupin les réceptionnait pour Sirius et lui. L'encre remettait les phrases dans le bon ordre et aucun fonctionnaire du Ministère ne voyait la supercherie.

- En tout cas, je suis rassurée de savoir à quel point le Ministère prend à cœur notre sécurité ! Vérifier notre courrier est une mesure de sûreté nécessaire ! Qui sait ce que l'on pourrait communiquer à l'extérieur ! Les élèves ne se rendent pas toujours compte qu'en racontant des événements anodins ici, ils peuvent donner à des personnes malveillantes de quoi attaquer le ministère !

Amalia s'efforça de garder son sérieux en déclamant ses mots, le doigt en l'air et la mine résolue. Ombrage la fixa, un temps méfiante puis son double menton fit son apparition quand elle se détendit.

- Si vous le permettez, je vais me coucher. Il est tard et j'ai un cours à 8h demain matin.

Elle repoussa son fauteuil.

- Juste une chose Professeur Richards. Le Ministère a estimé que votre cours optionnel n'était pas pertinent au sein du programme de Poudlard. Ainsi, il a été décidé de le supprimer.

Amalia se décomposa.

- Dès la semaine prochaine, insista Ombrage, avec une expression de satisfaction extrême.


Prochain chapitre : Le chant de l'Hydre

Note : Oh j'espère que vous avez aimé ce chapitre et que vous adorerez le prochain ! A samedi !