Chapitre 12 – Boites à flemme et Gui Magique

Bien résolue à montrer son désaccord, Amalia passait ses soirées avec le livre de Rogue ouvert mais demeura silencieuse aux nombreuses sollicitations qu'il lui faisait parvenir.

- Amalia, cesse de faire l'enfant...

Le ton s'était adoucit par la suite.

- Bon d'accord, je n'aurais pas dû te bousculer. L'hydre contrairement aux hiboux offre la possibilité d'exercer ton pouvoir sur un être à l'esprit complexe puisqu'il est divisé en tout autant de tête. De toute façon, Ombrage nous surveille, il ne nous est pas possible de retourner dans la forêt tous les deux et y aller seule serait du suicide. Tu peux donc t'entraîner sur un animal domestique.

La jeune femme prit le temps de lire ses explications sans pour autant y répondre, son caractère l'emporta sur la raison. Pendant les pauses, Rogue remontait des cachots dans l'espoir de la croiser cependant, Amalia faisait en sorte soit d'être en grande conversation avec un autre enseignant dans les salles des professeurs soit enfermée dans son bureau, réfractaire à toute requête.

Après une semaine complète à se rendre indisponible, la sorcière s'étira de tout son long. Elle corrigeait les copies des cinquièmes années depuis deux longues heures et ce qu'elle avait lu ne la rassura pas sur le niveau désastreux de ses élèves pour les B.U.S.E. La guerre des Géants n'était pas rentrée dans leurs têtes ou lorsque les événements étaient corrects, les noms ou les dates étaient absurdes. Amalia sursauta en entendant frapper à sa porte, il était tard et les couloirs du château auraient dû être déserts. Par précaution, elle se leva et ouvrit, dans l'embrasure mal éclairée. Le concierge attendait avec Miss Teigne plantée entre ses pieds.

- Bonsoir Mr. Rusard, que puis-je faire pour vous ?

- Tenez, c'est votr'courrier après la vérification du Ministère.

- Merci beaucoup de vous être donné cette peine, répliqua-t-elle d'un ton sec pour marquer son mécontentement en découvrant que toutes les enveloppes avaient été ouvertes.

L'homme s'en alla dans la nuit, seuls restaient les yeux brillants de sa chatte, assise devant la porte. L'enseignante referma le panneau en se disant qu'au moins, il n'y aurait aucun rat à venir fouiner dans ses papiers. Une liasse épaisse entourée d'un ruban cacheté abritait des lettres datant pour certaines, de plusieurs semaines. Toutes venaient des membres de l'Ordre, Kingsley transmettait des informations banales sur les négociations en cours avec les multiples factions d'êtres restés neutres, Tonks demandait des nouvelles mais c'est le courrier de Maugrey qui retint toute son attention.

Amalia,

J'ai rendu une petite visite de courtoisie à d'anciens collègues au ministère. J'ai appris que le coffre que ta famille possède à Gringotts avait été saisi et fouillé au décès de ton père comme prévu par la loi. Le compte rendu t'a été envoyé avec la liste des objets, rien n'a été confisqué, je suppose que ton père avait agit en conséquent. Il y a juste une chose qui doit t'intéresser : le rapport est incomplet. Les Aurors qui s'en sont occupés ont la réputation de ne pas être très consciencieux, ils se sont vantés d'avoir traité le dossier rapidement quand j'ai prononcé ton nom. Il manquerait dans le compte rendu des documents papiers, comme ils ne connaissaient pas la langue ils ne les ont pas mentionné. Je pense que tu pourras y trouver de nouveaux éléments pour t'éclairer. Si besoin, Tonks est là pour toi.

A. Maugrey

La jeune femme reposa le parchemin en soupirant. Si elle avait appris cela plus tôt, elle aurait pu visiter le coffre cet été. Dans l'âtre, le feu crépitait et projetait aux murs l'ombre de l'orchidée posée sur le bureau. Depuis le vitrail, la lueur argentée de la pleine lune faisait briller les pétales multicolores de la plante. Amalia resta à contempler la beauté de cet instant quand son regard fut reportée sur les lignes noires qui se dessinaient dans le livre enchanté.

- Je suppose que les aventures palpitantes de Black doivent occuper tout ton temps libre pour que tu ne daignes pas me répondre...

La jeune femme sourit et reporta son attention sur l'encyclopédie trouvée dans la bibliothèque de Remus. La couverture ancienne était plus usée que le tome I, les pages se décollaient et étaient élimées. Heureusement que Madame Pince ne s'en était pas aperçue sinon, il est peu probable qu'elle l'aurait laissé sortir de la bibliothèque. Les thèmes abordés se concentraient sur les objets magiques de défenses ce qui était pour le moins étonnant puisqu'il s'agissait surtout de pouvoirs sombres. Elle y reconnut quelques exemples qui trônaient maintenant dans son salon. Sur le livre de Rogue, l'écriture continua.

- As-tu trouvé quelque chose dans l'Encyclopédie des objets magiques prohibés au XXe siècle ?

Amalia poursuivit sa lecture, les dernières pages étaient particulièrement abîmées, de petits morceaux de parchemin s'effritaient lorsqu'elle parcourait les pages, elle usa donc de sa baguette jusqu'au dernier chapitre qui annonçait une suite. Curieuse, elle en chercha le thème sans succès. Sur le livre enchanté, le monologue du maître de potions se conclut.

- Si tu ne me réponds pas, qu'importe les risques, je monte immédiatement te voir. Tu ne pourras pas m'ignorer plus longtemps !

Amalia rit en prenant une plume et de l'encre, le calvaire de Rogue allait prendre fin.

- Oh oui viens me rejoindre, je suis dans ma baignoire...

- Rusard m'a apporté le courrier, il pestait sur les enseignants qui travaillaient tard, en particulier au niveau du cloître glacial en cette saison.

- Il parlait peut-être de Binns.

- Je dois prendre ta réponse désinvolte comme un signe de paix ?

- Si tu arrêtes de vouloir m'envoyer au casse-pipe, oui.

- D'accord, je ne l'évoquerai plus. L'encyclopédie ?

- C'est malheureusement une trilogie. Le premier volume traite des armes, le second les protections et le troisième est à découvrir cependant, comme il manque certains objets que j'ai dans mon salon je pense qu'il aborde des sujets plus délicats. Ce qui m'étonne c'est l'état du livre et que le tome II soit ici sans le I ou le III. Tout comme le fait que mon père se soit procuré le I mais pas la suite.

- Penses-tu qu'il ait pu placer à Poudlard le tome II ainsi que l'animorphe ?

- Je ne vois que cette possibilité. J'aimerais pouvoir comparer la qualité des matériaux du tome I et celui du II pour vérifier s'ils font partie de la même parution ou s'ils n'ont aucun rapport. Dans tous les cas le second volume me sera d'une grande aide pour compléter l'inventaire des caisses.

- Quand comptes-tu retourner chez toi ?

- Ce ne sera pas acceptable avant les vacances de Noël. Si je m'absente maintenant, Ombrage préviendra le Ministère.

- Est-ce que Tonks pourra t'aider ?

- Oui, Fol Œil me l'a proposé. Pourtant…

- Oui ?

- Elle a encore sa famille, je pense qu'elle voudra passer une partie des fêtes avec eux. Cela me dérange de lui demander de me rendre ce service.

- Ce n'est pas à toi qu'elle le rend mais à l'Ordre. Rogue écrit cette phrase doucement comme s'il réfléchissait à la suite. Moi par contre, je n'ai plus de famille à visiter pour Noël.

- Mais tu as la responsabilité d'une maison pleine d'élèves turbulents et maladroits.

- Tu confonds avec Gryffondor. Quoiqu'il en soit, je ne me suis pas absenté de l'école pendant les fêtes depuis des années, Minerva pourra me rendre ce service surtout si c'est dans l'intérêt de notre cause commune. En plus, je pense que ma présence pourrait être réclamée au manoir des Malefoy si j'annonce mon départ de Poudlard pendant les congés.

- A toi de voir si tu veux sacrifier tes vacances, je me proposerai dès demain pour raccompagner les élèves dans le train, cela paraîtra moins étrange à Ombrage ainsi. Cependant, il est probable que je ne te laisse pas repartir si c'est pour favoriser Drago en donnant des cours particuliers chez son père…

- Très amusant... Parce que tu n'avantages pas les Weasley, Potter et Granger quand tu es avec eux chez Black ?

- Tu sais ce que je voulais dire. Je m'inquiète pour toi quand tu vas là-bas. IL est si imprévisible.

- Je suis trop précieux pour lui en ce moment pour qu'IL s'en prenne à moi. Préoccupe-toi plutôt de ton héritage encombrant. D'ailleurs, as-tu mis à jour tes notes ?

- Oui et dans l'animorphe j'ai trouvé des informations sur le son que j'ai entendu dans la tête de l'hydre. L'auteur appelle cela « le chant », c'est une mélodie basée sur le rythme cardiaque de l'animal et non sur le fil de ses pensées. C'est pour cette raison qu'en me concentrant sur ce son au lieu des images des différentes têtes, j'ai pu capter l'esprit de la tête intelligente.

- Le fait que tu pratiques d'un instrument doit être utile dans ce cas.

- Je pense, je me suis calquée sur le rythme de l'animal et j'ai pris en main la mélodie en quelque sorte.

Amalia s'étira à nouveau et bailla aux corneilles, son dos était douloureux preuve que l'heure était bien avancée dans la nuit mais la perspective de devoir remonter jusqu'à sa chambre dans l'obscurité et le froid ne l'engagèrent guère.

- Je vais te laisser, Miss Teigne m'attend sur le pas de la porte de mon bureau.

- Veux-tu que j'envoie le Baron Sanglant pour t'escorter ?

- Je peux me défendre de Peeves puisque je t'ai bien protégé d'une hydre…

- Combien de temps comptes-tu me rabâcher cette histoire ?

- Tu n'as qu'à parier mon silence lors d'un prochain match de Quidditch… Bonne nuit.

- Nous verrons. Bonne nuit.

oOo

Heureusement la surveillance par la chatte du concierge s'arrêta dès le lendemain matin car il aurait été difficile d'expliquer pourquoi des grelots et rubans enchantés étaient fixés un peu partout pour occuper l'animal en faction. Amalia profita du repas pour glisser discrètement aux jumeaux un mot les invitant dans la salle de musique, ils ne lui répondirent qu'à la fin de leur heure d'Histoire de la Magie. C'était l'une des matières que Molly leur avait interdit d'abandonner après le passage de leurs B.U.S.E. car s'ils avaient vraiment eu le choix, nul doute que peu de cours auraient trouvé grâce à leurs yeux. La condition avait de toute façon été imposée par McGonagall pour la validation de l'option d'économie en début d'année.

- Professeur Richards, nous ne pourrons pas venir ce soir…

- Ah bon ? Vous avez été mis en retenue ? Si ce n'est pas par le Professeur Ombrage, je peux m'arranger…

Les rouquins étaient gênés et n'osaient pas expliquer ouvertement la raison de leur absence.

- Non, nous n'avons pas été collés. Nous avons des devoirs à rattraper.

Ils baissèrent les yeux vers le sol ce qui accentua les soupçons d'Amalia à leur sujet.

- Soit, travaillez bien et faites-moi signe quand vous serez à nouveau disponibles. D'accord ?

Fred et George inclinèrent la tête et ne demandèrent pas leur reste. La jeune femme avait l'impression que les jumeaux n'étaient pas les seuls à cacher quelque chose en particulier depuis la publication du décret d'éducation n°24 interdisant les rassemblements de plus de trois étudiants. Les élèves de Serdaigle, Gryffondor et Poufsouffle échangeaient plus que d'ordinaire et Hagrid était très discret. Alors lorsqu'il daigna enfin se présenter dans la Grande Salle, Amalia tira bénéfice de sa position à table pour l'interroger.

- Bonjour Hagrid, cela fait longtemps que je ne t'ai pas vu…

Elle but une gorgée et reposa son verre.

- Heu bonjour Amalia, comment vas-tu ? le demi-géant balaya du regard le plan de table et fut surprit de découvrir son nom sur un marque-place. Qu'est-ce que c'est que ça ?

- La nouvelle organisation de la Grande Inquisitrice. Je crois que le but est d'inciter les adultes de l'école à ne plus « se fréquenter en dehors du cadre scolaire ». C'en est fini de nos goûters dans ta cabane ou des sorties au bord du lac pour se rincer la gorge à grand coup de Whisky Pur Feu !

Elle remarqua le comportement inhabituel de son ami qui empoignait à mains nues les petits pois.

- Hé Hagrid, tu m'écoutes ?

- Oui, je suis désolé.

Il se retourna vers sa voisine et continua.

- C'est quoi cette tenue ? Tu comptes nous quitter pour le couvent ?

Le front du garde-chasse était marqué par de petites cicatrices blanches et d'autres plus récentes, étaient d'un rouge vif.

- Nous subissons tous la pression du Ministère ici. Revenons à ton cas… Qu'est-ce que tu me caches ? Tu as encore des blessures sur le visage.

- Ne te préoccupes pas de moi, tu as assez de problème comme ça.

- Hagrid ? répliqua-t-elle, la voix pleines de reproches.

- Ça va ! Je t'assure que tout va bien ! Je n'ai pas adopté de nouvel animal si c'est ce à quoi tu penses ! le ton était agacé et sec.

- … Soit. Au passage, j'ai eu des nouvelles d'un certain hippogriffe.

- Ah ? Comment va Buck ?

Hagrid était soudain intéressé par la conversation et paraissait plus enclin à discuter.

- Il va bien sauf qu'il s'ennuie dans sa cachette. Je peux le comprendre, je n'aimerais pas être enfermée là-bas pendant des mois avec pour seule compagnie un caractériel acariâtre…

Lorsqu'elle prononça ces mots, son regard se posa à l'opposé de la table des professeurs où Rogue la fixait. Il sourit instantanément en ayant capté les idées de la conversation qu'elle avait avec Hagrid.

- C'est cela, rigole bien. En attendant, cette discussion est privée !

Il haussa les épaules et continua de la regarder en signe de défi.

- D'accord, puisque c'est ainsi…

Hagrid monologuait sur ses cours devenus bien ennuyeux depuis qu'il suivait à la lettre les recommandations du Ministère en matière de soins aux créatures magiques et ne se rendit pas compte qu'Amalia était en joute visuelle, concentrant son esprit sur son adversaire. Elle s'imagina déboutonnant lentement son col puis le haut de sa robe pour laisser apparaître la naissance de sa poitrine. En face Rogue s'était figé.

- Parce que tu crois que je n'avais pas remarqué ton embarras lorsque tu m'as soignée dans la salle de lecture ? Je vais te passer l'envie d'être si indiscret…

Conscient que s'il baissait les yeux, le contact s'arrêterait ainsi que le petit manège d'Amalia, le maître de potions ne s'avoua pas vaincu et releva le menton.

- Très bien…

Elle continua mentalement, à ouvrir son haut et matérialisa Sirius derrière elle, les mains posées sur ses épaules dénudées… A l'opposé de la table, son adversaire venait de recracher le contenu de son verre sous le regard étonné de ses voisins.

- Amalia ? Tu m'écoutes ?

- Désolée Hagrid, tu disais ?

Elle cacha dans sa serviette son fou rire.

- Je te demandais ce que tu comptais faire pour les vacances.

- Je retourne sur Londres, je l'avais promis à… mon voisin, si tu vois ce que je veux dire.

Son ami ne semblait pas s'être rendu compte de ce qui s'était passé juste en face et Amalia se garda bien de lui faire remarquer.

- J'ai beaucoup de travail de rénovation qui m'attendent. Et pour toi ?

- Hum hum !

Les deux professeurs se retournèrent sur le visage de crapaud d'Ombrage qui se tenait derrière eux. Hagrid était assis et elle debout mais sa tête n'arrivait qu'à hauteur de l'épaule du demi-géant.

- Professeur Rubeus, nous avons enfin le plaisir de vous comptez parmi nous à table.

- J'ai bien reçu votre demande dans ce sens, Madame la Grande Inquisitrice, répliqua-t-il brusquement.

- Professeur Ombrage suffira. Je vous laisse terminer votre repas, apparemment le Professeur Rogue a besoin de leçons de maintien.

Quand elle les quitta enfin, Hagrid soupira.

- Ombrage m'a mis sous surveillance.

- Oh non ! C'est pour cela que Miss Teigne m'a oubliée ?

- Encore une chance qu'elle n'ait que Rusard, sa chatte et ses propres yeux pour nous espionner.

Il vida d'un trait son verre et disparut dans l'obscurité du parc sans s'attarder. Amalia porta son attention sur la table des Gryffondor et fit un signe discret aux jumeaux, ils inclinèrent la tête pour faire comprendre que ce soir, ils seraient dans la salle de musique de la plus haute tour du château.

oOo

Leur enseignante avait rapproché du canapé une table basse et le tabouret du piano pour déplier un plan de magasin. En haut du document était écrit à la main « 93, Chemin de Traverse – Londres », il y avait de dessinée une grande pièce avec une vitrine divisée en trois parties. L'arrière boutique permettait de ranger les stocks ainsi qu'un sous-sol parcourant tout le magasin mais trop bas de plafond pour y placer des rayonnages. Enfin, toute la salle principale était longée d'une mezzanine ouvragée à deux étages et une verrière apportait la lumière nécessaire pour mettre en valeur les marchandises des jumeaux. Il s'agissait de la boutique vide qu'Amalia avait aperçue en début d'année en faisant les courses avec Mrs. Weasley.

- Ça serait vraiment génial si on pouvait avoir ce local ! s'exclama George en découvrant les croquis d'aménagement intérieur que son professeur avait griffonné rapidement sur des parchemins.

- Le propriétaire a aussi une petite dépendance qu'il veut bien vous laisser pour y installer votre atelier de recherches mais il réclame trois mois de loyer d'avance et de vous rencontrer avant d'accorder le bail. Les travaux de rafraîchissement sont aussi à vos frais, les précédents locataires n'ont pas été très soigneux, il faudra leur faire bonne impression.

- D'accord, c'est à nous de jouer maintenant !

Fred était beaucoup plus sérieux que son frère à ce sujet et posait des questions pratiques alors que George était concentré sur les possibilités d'extension.

- Une chose à la fois, nous allons voir ce soir vos dernières créations, dit Amalia en rangeant les documents pour faire de la place.

- Oh, on a mis au point les Nougats Néansang, il n'y a plus d'effets secondaires !

Fred sortait les bonbons de sa poche avec un air réjoui.

- Ravie que vous ayez trouvé un moyen à mes élèves de sécher les cours…

- Pour vous, on a prévu un test pour savoir reconnaître les vrais saignements des faux ! On va les vendre dans des « Boîtes-à-flemme » !

George poussa sur la table deux papiers et une couronne de gui.

- Alors ça, c'est une de nos inventions phares pour la St Valentin, sauf qu'elle ne sera jamais prête pour cette année… se désola le garçon en accrochant le gui magique à l'un des chandeliers suspendus dans la salle.

- Comment fonctionne-t-elle ? demanda Amalia.

- Il faut deux personnes en dessous, le sort s'enclenche et emprisonne les amoureux jusqu'à ce qu'ils s'embrassent !

- C'est une excellente idée ! rit la jeune femme. Et pourquoi n'est-il pas au point ?

- On voudrait qu'il ne libère les prisonniers qu'avec un vrai baiser sur la bouche et là, sur la joue suffit à briser le sortilège !

- Et si on se retrouve pris au piège avec une personne que l'on déteste ?

- Euh… George et moi avons eu un problème en le mettant au point, alors pour éviter les incidents, par exemple si vous étiez prisonnière avec Ombrage, il faut tendre sa baguette vers le gui et dire « plutôt mourir que d'embrasser un crapaud » !

- Très amusant ! Il aura du succès, j'en suis certaine. Mais prenez bien le temps de le développer plutôt que de commercialiser un produit défectueux, n'oublie pas ce que je vous ai dit sur le retour client et l'image !

Les jumeaux hochèrent la tête, concentrés sur les conseils que leur professeur prodiguait.

- Quel dommage que votre mère ne voit pas tout le talent que vous employez pour faire aboutir votre projet.

- Si elle le savait, maman dirait que l'on devrait mettre cette énergie dans nos études.

- Elle a aussi raison. Molly pense à votre avenir dans l'éventualité où l'entreprise ne fonctionnerait pas.

- Travailler derrière un bureau, très peu pour nous ! déclara Fred en fronçant les sourcils.

- Ni Bill ni Charlie ne sont enfermés dans un bureau, Molly ne doit pas espérer cela pour vous...

- Surtout quand on voit comment ça a rendu Percy ! compléta George.

Les garçons se mirent à rire et reprirent leur travail de bonne humeur. Il ne restait plus grand-chose pour que leur projet arrive à terme et les Boites à Flemme se multipliaient dans la salle commune de Gryffondor.

A leur départ, la jeune femme prit le temps d'ouvrir le battant du piano et d'enchanter la harpe pour qu'elle l'accompagne. Le répertoire s'accordait sur des thèmes chers à la mère d'Amalia, la mélodie envoûtante lui rappelait l'immensité de l'océan et la puissance des vagues s'écrasant sur la grève par mauvais temps, les balades chantées par les compagnes des marins attendant leur retour, la fatalité qui s'abat sur les femmes du pays et les habille de noir. Pourtant, toutes les paroles terminaient sur des notes d'espoir et sur le caractère des peuples érodés par les tempêtes mais fiers de leurs valeurs autour de l'humain et du respect de la nature. Les chants traditionnels qui avaient bercé l'enfance d'Amalia étaient un ensemble de paroles anciennes et de traditions orales mises en musique, un véritable héritage à la valeur inestimable. Elle savoura chaque note comme si c'était la dernière qu'elle entendrait, l'émotion l'envahit et enveloppa la salle d'une énergie nouvelle.

Soudain, la partition se termina et le silence reprit ses droits alors que la dernière corde du piano vibrait lentement pour se taire enfin. La sorcière défit l'enchantement de la harpe et referma délicatement le couvercle sur le clavier d'ivoire, caressant avec amour l'instrument comme l'on frôle un amant.

oOo

- Bonjour les garçons, qu'est-ce que vous faites ici sans Hermione ? chuchota Amalia en voyant Ron et Harry avachis devant une des nombreuses étagères de la bibliothèque par un radieux samedi après-midi.

Madame Pince patrouillait dans les allées à la recherche d'éventuels voyous mangeurs de chocolat.

- Elle a déjà terminé ses devoirs du coup, elle rend visite à Hagrid de notre part… répondit Ron d'un air las.

- Et pourquoi les vôtres ne sont toujours pas achevés ? Ce n'est pas avec ce que vous apprend Ombrage que vous croulez sous le travail.

- Non mais votre devoir sur l'Europe du XVIIe siècle est compliqué…

Harry demeura silencieux pendant que son préfet se plaignait.

- Demandez à Madame Pince de vous sortir l'atlas suivant de la réserve, Amalia lui griffonna une autorisation sur un morceau de parchemin. Elle risque de vous demander de le consulter sur place alors prenez vos notes et mets-y un peu du votre, vous irez plus vite !

Une fois seuls l'enseignante se tourna vers Harry, qui absent, regardait dehors les élèves libres de toute contrainte s'amuser au grand air malgré le froid.

- Votre père aussi avait du mal à finir ses devoirs alors que votre mère était beaucoup plus studieuse…

Les grands yeux verts du garçon se posèrent enfin sur son interlocutrice.

- Amalia, vous les avez bien connus ? Aussi bien que Sirius ?

- Non malheureusement, quelqu'un nous les a enlevés beaucoup trop tôt. Cependant, les années passées auprès d'eux étaient merveilleuses, pleines de joie même dans les moments les plus sombres.

Harry resta pensif, était-il plus ou moins malheureux que tous ces gens qui lui parlaient de ses parents alors qu'il ne les avait pas vraiment connus ? Le fait de ne pas s'en souvenir rendait-elle plus supportable leur absence ? Et comment une chose que l'on avait pas eu le temps d'apprécier pouvait nous manquer ?

- Qu'est-ce qui vous préoccupe ?

- Je pensais… Qu'est-ce que ça fait d'avoir des parents ?

Amalia resta muette d'étonnement.

- Euh, je ne sais pas quoi répondre… Je peux vous dire ce que ça fait d'avoir mes parents, pour les autres c'est différent.

- Vous pourriez essayer ?

Harry était attentif, presque suppliant, une pointe de curiosité animait ses pupilles.

- C'est… rassurant. En fait c'est une chose à laquelle on ne pense pas vraiment surtout lorsqu'ils sont présents, peut-être parce qu'on s'imagine qu'ils seront toujours là car ils font partie de notre vie et de notre quotidien. C'est un peu comme les vrais amis, leur compagnie semble naturelle alors que la vie nous rappelle que ce n'est pas le cas. Puis un jour on grandit et on se rend compte qu'ils partiront forcement. Par exemple quand on quitte la maison, le silence dans l'appartement ou tout ce qu'on aurait dû apprendre d'eux pour savoir vivre seul. Si on a de la chance – cela a été mon cas – on peut profiter d'eux quand on les retrouve.

Le garçon fixait son professeur, pendu à ses paroles.

- Avoir des parents, c'est une sorte de roc ou de phare dans la vie, des gens qui montrent comment il faut être, comment se comporter et qui transmettent un héritage familial, des valeurs qu'ils ont eux-même reçus de leurs parents. C'est d'ailleurs drôle quand eux parlent de leurs parents… Parce que si vous avez connu vos grands parents, vous ne les voyez pas de la même façon qu'eux.

Amalia avait la voix qui déraillait, les larmes brillaient aux coins de ses yeux.

- Une maman, c'est une sensation douce et réconfortante, entre la couette moelleuse et le chocolat chaud. Cela sent bon le parfum et les fleurs, c'est une personne qui sourit mais qui gronde quand même, qui essaye d'être juste mais n'y arrive pas toujours. C'est délicat, cela comprend tout et surtout ce que l'on ne dit pas. Un papa… Ah là c'est un peu plus compliqué, je suis fille unique et mon père l'était tout autant. Un papa rassure, protège, entoure. Il est là pour apprendre des tas de choses complètement inutiles mais amusantes comme comment grimper dans un arbre ou à utiliser un lance-pierre, à cracher loin… ou à utiliser des sortilèges dans le dos de maman !

Amalia éclata de rire en se rendant compte de ce constat.

- C'est aussi un personnage sévère et exigeant, il attend beaucoup de ses enfants et il est fier quand ils leur ressemblent. En tout cas, c'est ce que j'ai pu voir aussi dans la famille de Sirius avec son frère et son père. Pourtant, le monde n'a de sens que lorsque ses enfants le regardent avec admiration. Cette relation est différente, plus fragile qu'avec une maman parce qu'elle vous apprend à grandir et à quitter l'enfance pour le monde des adultes. En bref, se sont deux êtres élémentaires avec qui les relations peuvent être compliquées.

Le professeur prit le temps de réfléchir en regardant par la fenêtre.

- Je suis certaine que votre mère vous aurait couvert de baisers et que vous lui auriez répondu que vous êtes trop grand pour cela. Et votre père aurait été orgueilleux que vous soyez aussi bon que lui sur un balai, il vous aurait appris à vous raser et à draguer les filles.

Elle lui fit un clin d'œil appuyé malgré son regard embué de larmes.

- Heureusement qu'il y a Sirius pour vous apprendre ce genre de chose mais je ne sais pas si avec la gente féminine, il sera d'un grand secours car ses derniers exploits remontent à une époque lointaine…

La jeune femme essuya du revers de sa manche les perles qui coulaient sur ses joues et passa une main dans les cheveux ébouriffés de son élève.

- Merci Amalia, c'était gentil de votre part de me répondre…

- De rien, n'hésitez pas si vous avez d'autres questions.

- Raaah je ne comprends rien ! Madame Pince ne m'a pas donné le bon livre ! râla Ron en revenant.

- Aller, je vous laisse continuer vos recherches ! s'exclama leur professeur, elle avait déjà pivoté sur ses talons pour sortir de la bibliothèque.

- Oh non ! Je comptais sur vous pour nous aider… gémit le rouquin.

- Pas question, vous êtes préfet, un peu de dignité et d'exemplarité ! D'ailleurs n'oubliez pas qu'on vous attend avec le professeur Flitwick pour décorer la Grande Salle !

oOo

Cette discussion avec Harry avait remuée Amalia, elle songea à tout ce qu'elle aurait voulu lui dire au sujet de Lily et James cependant, elle se rappela la promesse faite à Sirius et Dumbledore. La mise en place des décorations de Noël était une tradition qu'elle appréciait particulièrement et qui lui redonna du baume au cœur.

Tous les préfets devaient aider à accrocher des boulets et guirlandes sur les sapins que Hagrid avait coupé dans la Forêt Interdite, sous les rires de Peeves et la surveillance des autres fantômes des maisons de Poudlard.

- Filius, pourrions-nous rendre cette corvée plus… musicale pour nos bagnards ? demanda Amalia, contente de pouvoir entendre des chants de Noël.

- Volontiers ! Excellente idée même ! Ah ah !

Le demi-gnome fit apparaître le sonophone de Rusard et des disques. Les premières notes raisonnèrent dans la pièce et seuls les élèves de Serpentard soufflèrent face à cet élan festif.

- Professeur Richards, comment se passe Noël à BeauxBâtons ? Il y a aussi des grands sapins comme ceux-ci ? interrogea une fille de Serdaigle.

- Oh bien sûr que non, il nous faudrait un Hagrid au moins pour couper tous ces sapins et je crois bien qu'il n'y a qu'à Poudlard que vous aurez la chance de trouver un garde-chasse aussi serviable ! Par contre, nous avions d'autres traditions.

- Lesquelles ?

- Dans le sud de la France, on installe une crèche au pied du sapin qui représente une étable avec des santons à l'intérieur. Se sont des petits personnages en argile façonnés à la main pour symboliser la Nativité. Il y a aussi des coutumes au repas du 24 au soir, la table est couverte de trois nappes blanches et on allume trois chandeliers avec des bougies blanches allumées et trois soucoupes de blé germé au début du mois de décembre. Il n'y a pas de gui suspendu car en France, il porte malheur !

- Ah bon ? Ce n'est pas comme ici !

- Pour le repas, on sert sept plats assez légers puis les fameux treize desserts.

- Treize ? Vous les mangez-tous ? Les élèves de BeauxBâtons avaient l'air si maigres ! s'exclama Hermione en accrochant du bout de sa baguette magique du houx au-dessus d'une gargouille.

- Ah ah, c'est vrai ! Les desserts restent à table pendant trois jours après le réveillon de Noël. On y trouve du nougat, des dattes, des fruits secs avec du chocolat – c'est mon préféré – des pâtes de fruits… Le plus important, c'est de passer les fêtes en famille et de partager sa table avec les gens que l'on aime. C'est pour cette raison qu'il y a beaucoup à manger.

Derrière elles, les notes de musique rendaient l'atmosphère chaleureuse, Ron et Hermione admirent même que la corvée s'était révélée être moins pénible que ce qu'ils avaient entendu dire et ce, malgré le fait que Peeves détachait presque toutes les guirlandes une fois qu'elles avaient été posées. Leur travail fut récompensé par les exclamations de joie des habitants du château au dîner, les couleurs vives et les scintillements dorés étaient un enchantement pour les yeux, bientôt les tables allaient être couvertes de mets délicieux et permettraient à tous, de patienter jusqu'au début des vacances.

oOo

Malheureusement, la joie laissa place à l'inquiétude lors de la nuit suivante. Il devait être une heure bien avancée lorsque le professeur d'Histoire entendit une porte claquer et des pas précipités dans le couloir. Elle enfila une robe de chambre et suivit les bruits qui menaient au bureau du directeur. La gargouille refusa obstinément de la laisser passer, ce qui n'était pas dans ses habitudes alors Amalia s'efforça d'attendre, tapie dans l'ombre pour ne pas attirer l'attention. Vingt minutes plus tard, le professeur McGonagall descendit de l'escalier en colimaçon, l'air inquiet.

- Minerva, que se passe-t-il ?

- Oh ! Amalia, vous m'avez fait une de ces peurs ! J'ai cru que c'était Ombrage et il est vital qu'elle ne sache pas ce qui vient de se passer ! La sorcière posa une main sur son cœur, visiblement bouleversée. Arthur Weasley a été attaqué pendant une mission de l'Ordre.

- Mon dieu ! Et comment va-t-il ? Ses enfants sont au courant ?

- Dumbledore s'en charge. Ils l'ont retrouvé au ministère et il vient d'être conduit à Ste Mangouste, Fred, George, Ron et Ginny Weasley vont être amenés sur Londres chez Sirius...

- Molly doit être dans un état...

- Il y a autre chose. McGonagall se tordait les mains nerveusement. Potter est avec eux.

- QUOI ? Amalia s'écria plus fort qu'elle ne l'avait souhaité.

- C'est lui qui a rêvé de l'attaque et nous a prévenu...


Prochain chapitre : Vacances studieuses

Note : Normalement je vous poste sur le compte Instagram de la fanfic des images de la maison d'Amalia, square Grimmaurd. Mon déménagement s'annonce et avec, pas mal de contretemps ! Merci encore pour votre fidélité et n'hésitez pas à laisser un commentaire !

Chapitre 13 - Vacances studieuses