Chapitre 13 - Vacances studieuses
L'attaque d'Arthur Weasley avait secoué tout le monde et les membres de l'Ordre ne tardèrent pas à défiler chez Sirius pour prendre de ses nouvelles. A Poudlard, Amalia attendait fébrilement que la cloche sonne la dernière heure de la journée annonçant le début des vacances. Ombrage était d'humeur massacrante depuis le départ précipité de la famille Weasley et de Harry Potter car personne ne parvenait à lui expliquer pourquoi cet élève avait été du voyage au beau milieu de la nuit, ce qui ne manqua pas d'attiser ses soupçons sur un éventuel complot de Dumbledore contre Cornelius Fudge.
Miss Teigne n'avait jamais autant suivi Amalia dans les couloirs du château. Dès qu'elle tournait les talons, l'animal était là, à la fixer de ses grands yeux jaunes, délaissant au passage Hagrid. Méfiante, la chatte ne consentit plus être approchée par l'enseignante de crainte certainement, que des caresses sous le menton la fassent succomber. La paire de moustaches l'attendait à son départ le lendemain matin, assise sur le rebord en pierre du cloître. La jeune femme l'ignora et rejoignit dans le hall les élèves qui prendraient le Poudlard Express. Cette surveillance féline témoignait l'intérêt d'Ombrage pour les plus proches collaborateurs de Dumbledore et si Amalia transplanait vers Londres, elle serait certainement tracée.
C'était donc innocemment, qu'elle se proposa d'être l'une des professeurs accompagnant les enfants repartant en train pour les vacances de Noël avec Chourave et Rogue qui s'étaient portés volontaires. Ce dernier l'avait fait pour pouvoir enfin passer du temps avec Amalia et coordonner leurs congés studieux dans le salon du 24, square Grimmaurd car il leur été devenu quasi impossible de se voir seuls depuis leur escapade dans la Forêt Interdite. Les deux autres directeurs de maison assureraient son intérim pendant son absence.
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Le train était composé de moins de wagons qu'à l'ordinaire, cependant la grande majorité des étudiants rentrait dans leur famille pour Noël. Amalia croisa Hermione qui n'avait pas rejoint les Weasley et Harry square Grimmaurd pendant la nuit fatidique. Elle était dans un compartiment entourée de Neville Londubat et Luna Lovegood en grande conversation au sujet des larves d'Aquavirus. La jeune fille les écoutait d'une oreille distraite en soupirant, le regard perdu dans le paysage qui défilait à toute allure. L'enseignante entra au moment où le bruit du chariot brinquebalant de la sorcière aux bonbons raisonna. Les adolescents saluèrent leur professeur et se dirigèrent vers la source de leur convoitise, laissant seules Hermione et Amalia.
- J'espère que c'est pour vos amis que ces rides se creusent sur votre visage juvénile. Les B.U.S.E. ne méritent pas qu'on s'angoisse tant…
L'élève releva les yeux, presque étonnée de voir son professeur d'Histoire penchée vers elle.
- Je vous demande pardon, je ne vous ai pas entendu entrer…
- Si vous vous faites du souci pour Mr. Weasley, j'ai appris qu'il s'en remettait bien. Ron et Harry sont à son chevet, tout va bien. De votre côté, vous ne regretterez pas de ne pas passer vos congés avec vos parents ?
Hermione se frotta le visage.
- Non, je préfère être là et puis ils ont été compréhensifs. En fait, je m'inquiète pour Harry. Ses rêves sont de plus en plus réels.
- Cela aussi est en phase d'être résolu. Dumbledore s'en occupe et trouvera rapidement une solution.
En voyant l'air malheureux de Hermione, Amalia eut un pincement au cœur.
- Laissez aux adultes le soin de gérer ces situations, c'est ce que je voulais vous faire comprendre en début d'année. L'Ordre s'est reformé pour vous protéger. Elle lui passa une main dans les cheveux pour remettre en place une mèche. Allez vous rafraîchir, je dois retourner aux compartiments des professeurs, dit-elle alors que Neville et Luna revenaient les mains chargées de Patacitrouilles. Hermione secoua la tête et la remercia pour ces mots réconfortants. L'atmosphère était différente, plus calme, presque silencieuse à mesure qu'Amalia progressait vers la tête de train et elle trouva Rogue isolé, le nez dans un livre. Le professeur d'Histoire referma la porte du compartiment, baissa le store du couloir et s'allongea sur la banquette, la tête posée sur les genoux du maître de potions.
- Je t'en prie, mets-loi à l'aise… maugréa-t-il sans bouger pour autant.
- J'y compte bien ! elle s'étira. C'est enfin les vacances ! Plus d'Ombrage, de Rusard ou de règles à la noix ! J'ai hâte d'être à la maison ! Avec le livre de Remus, on va pouvoir avancer dans nos recherches. Quand comptes-tu me rejoindre ?
- Dès demain si tu le souhaites.
- Il faudra limiter les déplacements, le Ministère doit aussi me surveiller…
- Le plus simple serait que je reste chez toi… Il relut plusieurs fois le même mot dans son livre, troublé parce qu'il venait de dire. Je ne voudrais pas m'imposer...
- Si ma cuisine ne te dérange pas, bien sûr.
Elle fixa le mouvement de balancier de sa valise dans le porte-bagage, la boucle tintait à chaque virage.
- …Ta nourriture est excellente, Lupin est un imbécile, marmonna-t-il en s'enfonçant un peu plus dans son ouvrage afin de cacher son teint écarlate.
Des bouffées de chaleur accompagnaient chacun de ses mots.
- Merci Severus, c'est gentil de ta part.
Amalia le regarda par-dessous le manuel d'herbologie qu'il serrait entre ses doigts, complètement crispé. Jusqu'au moment où il lui jeta enfin un coup d'œil. Elle avait un sourire ravi comme un enfant le matin de Noël, ce qui lui fit penser :
- Comment vas-tu faire pour les fêtes ? Black voudra te voir… Et t'avoir pour lui.
La mine de Rogue changea soudainement.
- Je le sais mais il va devoir apprendre à partager !
La jeune femme lui fit un clin d'œil avant de se redresser pour s'adonner à sa passion pour la lecture. Par moment l'un et l'autre se regardaient sans parler et replongeait immédiatement dans leurs livres. Le voyage se poursuivit ainsi dans le calme.
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L'arrivée à Londres sonna l'heure de la séparation, Amalia se saisit de sa malle et aida des élèves à descendre les cages de leurs hiboux. Son entrée square Grimmaurd fut triomphale, l'ambiance était à la fête car Arthur Weasley allait mieux et ils passeraient les fêtes tous ensemble. Sirius était particulièrement heureux de retrouver un semblant de vie familiale après quatre mois en seule compagnie de Kreattur et d'un hippogriffe. Le dîner chaleureux, était délicieux et particulièrement animé. Pendant que les enfants jouaient avec les décorations de Noël, Sirius et Remus avaient pris à part Amalia.
- Je suis si content de te voir ! s'exclama leur hôte.
- Moi aussi Patmol, je suis heureuse de te voir en forme.
- Dans ta dernière lettre, tu demandais comment allaient les amours de Lunard...
- Chut ! coupa l'intéressé en mettant un index devant ses lèvres, les sourcils froncés.
- Ta détention t'a transformé en vrai commère ! Tu aimes les ragots et les histoires à l'eau de rose ? ironisa Amalia en serrant Lupin contre elle.
- Je n'ai que ça pour m'occuper ! Et d'ailleurs, tu t'es bien gardée de me parler de quelqu'un dans ta correspondance…
- Ah oui ? Qui ?
- Servilius…
- Je suis là depuis une heure et tu l'attaques déjà, Amalia râla. Et qu'est-ce que tu voulais savoir à son sujet ? Tu es déçu qu'il ne m'ait pas demandé d'ajouter dans un courrier « qu'il t'embrasse sur la fesse gauche » ?
Les deux hommes firent une moue de dégoût.
- Comment se comporte-t-il au collège avec toi ? continua Remus d'un air sérieux.
- Beaucoup mieux que l'an dernier…
- Comment ? C'est lui l'enseignant qui te menait la vie dure ?!
Sirius s'était relevé en repoussant sa chaise bruyamment, tous les regards étaient à présent tournés vers lui. Pattenrond en profita pour sauter sur la table et se frotter à lui.
- Moins fort, les enfants n'ont pas à entendre cela ! Amalia lui fit signe de s'asseoir et de reprendre son calme, le chat s'installa sur les genoux de l'Animagus. Pourquoi est-ce que ça vous intéresse autant ?
Sirius et Remus échangèrent un regard gêné, pour avoir une réponse, la jeune femme se racla la gorge et les pinça aux bras.
- Les enfants justement… Ils vous ont vu sur la Carte du Maraudeur en début d'année. Vous étiez souvent ensemble le soir dans les mêmes pièces du château. Comme Dumbledore nous a dit que vous aviez arrêté la révision des livres de potion… Lupin termina sa phrase sur une longue hésitation.
- Ah ! Et personne ne s'est dit qu'on travaillait pour l'Ordre ! Les hommes étaient embarrassés. J'apprécierai à l'avenir que vous soyez un peu moins suspicieux et plus conciliants !
Sirius la regarda, ses yeux trahissaient sa colère, il s'en voulait d'être si jaloux à ce sujet et sa réclusion n'aidait pas ses angoisses à se calmer.
- … J'essayerai de faire un effort la prochaine fois que je le verrai… admit-il.
- Cela tombe bien parce qu'il passe les fêtes chez moi !
- QUOI ? mugirent à l'unisson les deux amis.
- Et si ça peut vous rassurer, il y aura aussi Tonks !
- Ah parce qu'elle va rester avec vous le soir aussi peut-être ?! s'indigna Lupin, derrière son ton se cachait la menace de révéler ce qui s'était passé chez elle cet été.
- Qu'est-ce que cette remarque sous-entend ?
- Tu oublies un peu vite qu'il a été un Mangemort, Amalia ! coupa Sirius. Dumbledore prétend qu'on peut lui faire confiance car il est repenti. Le connaissant, je n'adhère pas à cette hypothèse avec autant de ferveur qu'Albus !
- De ton côté, je crois que tu oublies aussi un peu vite les risques qu'il prend en allant là-bas pour voler des informations… S'il se faisait prendre, Tu-Sais-Qui ne le laisserait jamais revenir et il se vengerait sur tout ce qui peut avoir de près ou de loin un lien avec Severus. Si Albus lui fait confiance, alors moi aussi.
La jeune femme se releva et prit congés avant qu'ils n'aient pu émettre plus de protestations.
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Une fois les radiateurs en route, sa maison paraissait plus agréable. Amalia avait fait rentrer le bois cet été pour qu'il soit bien sec à son retour, ses lessives tournaient dans la cuisine et les chambres avaient été aérées, il ne restait qu'à changer les draps et à faire les courses. En fin de matinée, tout était terminé et elle étendait son linge dans la salle de bain quand la sonnette de l'entrée retentit.
- Salut ! hurla Tonks en lui bondissant dans les bras.
- Alors, comment vas-tu ? Et Arthur ? Amalia referma la porte mais une main la retint.
Rogue entra à son tour, l'Auror se décomposa en le voyant.
- Qu'est-ce qu'il fait là, lui ?
- Bonjour Nymphodora, répondit-il d'une voix lugubre.
- Je vois que Sirius et Remus ont légèrement déteint sur toi… Entre Severus, la chambre du haut est prête, tu connais déjà le chemin.
Amalia lança un regard noir à Tonks en refermant enfin la porte d'entrée.
- Il est là pour aider !
Le salon aux murs vert émeraude sentait les fleurs blanches, le portrait d'Amalia au-dessus de la cheminée était figé comme dans une maison ordinaire, seules dénotaient les deux grandes caisses en bois.
- Avec ce que j'ai vendu allée des Embrumes, normalement je devrais pouvoir me débarrasser des boîtes de transport. Il faut simplement les dépouiller.
- C'est facile ! Tonks leva sa baguette mais la sorcière l'arrêta.
- Tu as oublié ? Pas de magie dans ma maison...
- D'accord... soupira-t-elle, un brin déçue. Comment comptes-tu t'y prendre ?
- Avec ceci !
Amalia saisit le pied-de-biche posé sur le linteau de la cheminée et s'attaqua aux planches de bois. Son invitée les cassait pour qu'elles rentrent dans le panier à bûche à droite de la cheminée. Quand Rogue redescendit, la première caisse avait disparu.
- Waaah ! Ça fait de l'espace ! s'extasia l'Auror en déposant la dernière latte.
- On va avoir de la place pour installer la table de la cuisine ici. En poussant un peu le canapé et le fauteuil, il y a de quoi faire. Comme cela, on pourra étaler tous les objets dans le salon.
Une fois la pièce ré-agencée et tous les objets sur la table, il fut convenu de les regrouper par catégorie.
- Je t'écoute Tonks, que veux-tu dire par genre ?
- Les armes d'un côté, les protections de l'autre.
- Certaines de ces pièces ressemblent à de la décoration mais sont des armes. Nous ne pourrons le savoir qu'une fois qu'elles auront été analysées, répondit Rogue.
La jeune femme aux cheveux colorés paraissait vexée mais n'ajouta rien.
- On peut éventuellement – et cela m'arrangerais grandement – tout laisser ainsi et les ranger au fur et à mesure en fonction de leur utilité dans les armoires hermétiques… J'ai besoin de faire une pause… Amalia était fiévreuse et sa tête tournait.
- Euh, est-ce que tout va bien ? Tu as malade ? s'inquiéta Tonks en lui prenant la main.
- Non, c'est juste que tous ces objets de magie noire ont une mauvaise influence sur moi, j'y suis assez sensible. Il faut que je sorte du salon, le temps de faire du thé et tout ira mieux.
Elle sourit faiblement pour rassurer son invitée et s'engouffra dans la cuisine. Plus tard, Amalia sortit les deux volumes qu'elle possédait de l'Encyclopédie des objets magiques prohibés au XXe siècle.
- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda Tonks en la voyant approcher la lame d'un coupe-papier.
- Je vais décoller la garde de la couverture. Si l'ossature est identique, c'est que les deux volumes font partie de la même collection et ont certainement été achetés ensemble.
- Comment peux-tu en être si sûre ? Ils ont pu être produit en grand nombre et tu as le volume I d'un ensemble et le II d'un autre, interrogea Rogue d'un œil curieux.
- J'en doute mais je l'ouvre pour cela justement.
Avec milles précautions, elle passa la lame entre le carton et le papier qui se décolla dans un bruit proche d'un pansement qu'on enlève.
- J'avais raison, le livre a été fait à la main par un artisan et les bases ont été découpées avec le même outil, la lame devait être abîmée. Elle a laissé des stries fines et régulières à certains endroits, il est fort probable qu'ils soient de la même collection et que quelqu'un ait volontairement patiné l'un des deux.
- Wah ! Je ne savais pas que tu t'y connaissais si bien en livre !
L'Auror la fixait avec un sourire émerveillé et leur travail put reprendre avec les deux encyclopédies. Les recherches allaient plus vite grâce aux livres et les heures défilaient à toute vitesse.
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Les échanges entre Rogue et Tonks étaient cordiaux et d'une politesse mesurée, presque dérangeants. Quand l'Auror partit en fin de journée, Amalia soupira.
- Je ne vais pas tenir une semaine entière ainsi ! Severus, il va falloir que tu fasses un effort pour t'entendre avec les autres, ils font partie de ma vie. Rogue croisa les bras et se renfrogna. S'il te plaît… Sirius m'a déjà promis qu'il ferait preuve de retenue la prochaine fois que vous vous verrez.
- Ah ! Si Black a promis…
- Pourrais-tu en faire autant ? Cela détendrait les choses avec Tonks.
Le regard suppliant de la jeune femme le fit réfléchir, après tout, feindre un comportement était un signe d'intelligence qu'il était prêt à faire pour elle.
- Soit, j'essayerai ! souffla-t-il en levant les yeux au ciel.
- Merci.
La sorcière était ravie mais elle se doutait que cela ne serait pas aussi simple. Sur la table du salon, un objet attira son attention. Une épée au manche argenté dépassait d'un tas informe d'ustensiles et de boites en métal.
- Oh ! Regarde, c'est la rapière que j'utilisais lorsque je pratiquais l'escrime à BeauxBâtons ! Je me demandais où elle était passée !
L'homme se releva pour inspecter l'objet, la lame était froide et lisse, son reflet lui renvoya les marques de fatigue sur son visage.
- Elle ne m'a pas l'air ensorcelée. Es-tu certaine que tu l'as sorti d'une des caisses de ton père ?
- Je n'en ai pas le souvenir, c'est certainement Tonks qui a dû le faire la première fois lorsque l'on a trié ce que je devais faire disparaître.
- Il faudra lui poser la question demain. Si ton père l'a mise là, il devait avoir une bonne raison.
- Bien. Un dernier objet avant d'aller au lit ?
Rogue bailla à s'en décrocher la mâchoire. Il accepta à contre cœur, ses yeux le piquaient pendant qu'Amalia retira la boîte en velours vert que Tonks avait fait tomber par terre à la fin de l'été.
- J'ai cru comprendre que c'étaient les Anneaux des Moires.
- Oui, cela y ressemble. D'après ce que j'en sais ils sont au nombre de trois.
- C'est aussi ce qu'elle m'a dit cependant quand nous avons ouvert le coffret, il n'y en avait que deux.
- J'ai trouvé la page dans le livre, dit le sorcier.
Une très belle illustration montrait trois anneaux enlacés chacun formaient un serpent. A l'intérieur était gravé les noms « Nona, Decima et Morta ».
- « Les Moires ou Parques sont trois sœurs représentant l'allégorie du Destin dans la mythologie romaine et grecque. Parques signifie « épargner ». Il y a Clotho ou Nona pour filer ou la naissance. La seconde sœur est Lachésis pour le sort ou la destinée et la dernière est Atropos pour l'inévitable ou…
- La Mort, compléta Amalia.
Rogue acquiesça et continua.
- « Les trois sœurs sont présentes dès l'origine du monde pour assurer la fonction qui leur a été confiée : rythmer de la naissance, la vie et ses chemins jusqu'à la mort, la destinée de chaque homme. »
- Regarde, je n'avais pas vu que les noms étaient inscrits dans les anneaux ! Nous avons Decima…
- Pour la destinée.
- Et Morta… Pour la mort. Il manque donc Nona, la « naissance ».
Amalia scrutait le métal à la recherche d'indices.
- « Elles filent le sort d'un individu dès sa naissance. Ainsi les porteurs des anneaux des Moires lient leur destin les uns aux autres et s'assurent d'un soutient mutuel et indéfectible. Les porteurs peuvent alors communiquer comme s'ils ne formaient qu'un seul être. Leurs esprits sont protégés de toute intrusion et nul ne peut défaire ce lien indicible qui devint dès lors, indétectable. »
- Quel est l'intérêt pour nous ?
- Le Seigneur des Ténèbres est un parfait Legilimen, il n'a besoin d'aucune formule et d'aucune baguette pour pénétrer l'esprit des gens. Si quelqu'un lui ment, il le sait immédiatement.
- Ces anneaux permettraient de bloquer nos esprits sans qu'il ne s'en rende compte… La jeune femme demeura songeuse, l'idée était séduisante. Mais si leur effet est indétectable, il va bien se rendre compte qu'il ne capte aucune pensée.
- C'est une arme dont il faudra user avec intelligence car ses porteurs seront immédiatement identifiés comme ses ennemis. Se cacher à ses yeux est un signe de résistance qu'il ne tolère pas.
- Dommage qu'il n'y ait pas le troisième anneau. Je me demande où il est passé, Papa ne l'a peut-être pas retrouvé…
- Tu devrais lui demander, observa Rogue en rangeant les bagues dans leur écrin.
Amalia s'approcha du tableau au-dessus de la cheminée et invoqua son père. Son propre portrait laissa place au vieux sorcier sur le fond drapé de bordeaux.
- Bonjour mon Astre…
- Bonjour Papa. J'avais une question à te poser…
- Bonjour Severus Rogue, vous ici, encore et de nuit.
Une expression malicieuse se dessina sur les lèvres de Livius Richards.
- Papa ! râla sa fille pour le ramener à la considérer. Je voulais savoir, les anneaux des Moires, combien en avais-tu ramené ?
Le portrait se détacha de Rogue pour reporter son attention sur son interlocutrice.
- Trois évidemment, je les avais tous les trois ramenés !
- Il y en a un qui a disparu… déclara-t-elle, horrifiée.
Mr. Richards ne s'en ému pas pour autant.
- Ne t'en fais pas, ces artefacts fonctionnent aussi à deux, ils seront simplement moins puissants. Les anneaux agissent de leur propre volonté, s'il en manque un, c'est que le porteur du troisième anneau n'a pas encore rencontré les deux autres porteurs. Dans tous les cas, le dernier anneau ré-apparaîtra lorsque le porteur se présentera à lui.
Il observa sa fille réfléchir, déchiffrant ses appréhensions dans ses traits fins tirés.
- Tu es fatiguée... Repose-toi et réfléchis-y plus tard. Je vous laisse continuer vos recherches et je vous ai à l'œil, surtout vous jeune homme !
Livius pointa son index vers Rogue avant de laisser sa place au tableau représentant Amalia qui se figea. Le maître de potions parut surpris et sur le qui-vive comme si les livres de la bibliothèque allait soudain s'en prendre à lui.
- On est pas plus avancé... soupira la jeune femme sans prêter attention aux paroles de son père.
- Si, finalement on sait que les anneaux peuvent protéger trois personnes s'ils sont portés. Il faudrait voir s'ils fonctionnent correctement à deux. Il y a une incantation dans le livre, pour sceller les porteurs « Ducunt volentem fata ».
- « Les destins conduisent celui qui se soumet à leurs arrêts ». La phrase est de Sénèque [1], commenta la sorcière, le regard vague.
- Le livre indique que les porteurs se jurent une fidélité sans faille pour accomplir leur mission. Si l'un trahit les autres, il...
- Oui ?
- Il meurt, conclut Rogue en fermant l'ouvrage. Le charme est rompu lorsque leur objectif est atteint.
- Si nous l'utilisons contre Tu-Sais-Qui, il faudra être parfaitement sûrs des porteurs et de l'objet visé. Je n'arrive pas à savoir si c'est une bonne ou une mauvaise découverte.
- Ton père l'a certainement acquit parce qu'il pensait que c'était un artefact utile pour Le vaincre. Et Le connaissant, il me semble que c'est le cas.
La maîtresse de maison se retourna vers son invité, depuis l'été, ils n'avaient jamais parlé de son lien avec le Seigneur des Ténèbres.
- Comment se comporte-t-il avec toi ?
Rogue resta muet d'étonnement, ce n'était pas le genre de questions auxquelles il était habitué concernant Voldemort.
- Je veux dire... Tu n'as pas parlé de vos « retrouvailles » après le Tournoi des Trois Sorciers.
- Il n'y a pas grand chose à dire. J'ai dû justifier les années passées à Poudlard sans le rechercher, mon retard lorsqu'il nous a tous convoqué au cimetière... Quand nous nous retrouvons tous chez Lucius, il est froid, distant, calculateur comme avant. La seule différence, c'est que tous ses partisans présents étaient terrifiés à l'idée qu'il puisse vouloir se venger de leur manque d'activité en son absence. Pourquoi cela t'intéresse soudainement ?
- Il m'a enlevé beaucoup de gens que j'aimais. Elle se rapprocha du canapé où Rogue était assis. Je suppose que toi aussi, tu dois craindre pour ta vie à chaque fois que tu y vas.
L'homme baissa les yeux vers le livre rouge, les lettres dorées du titre brillaient à la lueur du feu de cheminée. Il réfléchissait aux risques et aux motivations qui le poussaient à continuer.
- C'est pour cela que nous devons trouver tous les moyens de l'affaiblir et de le détruire pour toujours. En attendant, il faut dormir un peu pour être en forme pour demain. Il me semble que tu dois rendre visite à l'un de tes voisins...
Amalia esquissa un sourire avant d'éteindre les lumières et de monter dans sa chambre. Elle hésitait beaucoup sur ses sentiments au sujet de Sirius. Il était enjoué pour le moment mais après les fêtes, cela ne durerait peut-être pas. Au moins, elle pourrait passer un peu de temps avec ses élèves en dehors de l'école et profiter de la bonne cuisine de Mrs. Weasley.
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Les deux femmes s'étaient entendues pour retourner faire des courses ensemble au Chemin de Traverse, Noël était tout proche et la ruelle était aussi animée qu'à la rentrée. A leur retour, elles étaient épuisées et Kreattur ne les aida pas à débarrasser leurs paquets. Il avait disparu, ce qui ne paraissait pas préoccuper outre mesure son maître.
L'installation des décorations de Noël apporta de la chaleur un peu partout dans la maison, il était même étrange que la famille Black possède des ornements aussi chatoyants. Un sapin trônait dans la cuisine et l'embaumait d'une odeur subtile d'écorce, à laquelle s'ajoutaient l'orange et la cannelle des bougies peintes à la main. De délicates volutes dorées étaient dessinées dessus et projetaient au plafond des arabesques étincelantes. Ron et Ginny déballèrent de longues guirlandes rouges et or pour habiller l'arbre, avant de compléter sa panoplie avec des boules en verre dans les mêmes tons et d'adorables personnages en bois. Sur ordre de leur mère, les jumeaux avaient accroché une ribambelle de chaussettes au-dessus de la cheminée portant le nom de tous les habitants de la maison. Fred avait même glissé une Bombabouse dans la socquette que Hermione avait mis à l'attention de Kreattur.
Au milieu des feuilles de houe et du gui, Sirius invita Amalia à déjeuner avec eux le jour de Noël, les Weasley au grand complet devaient rendre visite à Arthur plus tard dans la journée du 25. Quand Lupin arriva dans la cuisine, une guirlande lui tomba dessus et s'enroula autour de son cou.
- Vous avez bien travaillé, cette demeure est presque agréable !
- Toi aussi, tu seras là le 25 à midi ? lança Sirius en rattrapant de justesse l'étoile que Harry tentait de poser au sommet du sapin du bout de sa baguette.
- Oui, bien entendu.
- Oh, je suis désolée Remus, j'ai invité Tonks mais elle passera le réveillon avec ses parents... s'excusa Mrs. Weasley affairée devant le four.
- Co-comment ça ? Pourquoi tu dis ça de cette façon ? bafouilla Lupin.
- Parce qu'elle te plaît, non ? répondit la mère de famille d'un ton naturel et enjoué.
- C'est quoi cette histoire, qui a dit quoi ?
Il désigna du doigt Sirius puis Amalia, cherchant en vain ce qui l'avait trahi. Les deux amis haussèrent les épaules et pouffèrent de rire, Lupin avait-il conscience que tout le monde était déjà au courant ?
Amalia se porta volontaire pour nourrir Buck, le pauvre hippogriffe n'avait pas volé depuis des mois, ses ailes se déployaient avec peine dans l'ancienne chambre de Mrs. Black. Elle le salua bien bas pour qu'il accepte de se laisser approcher, il s'inclina à son tour mais resta méfiant.
- Bonjour Buck, comment vas-tu ? Je t'ai apporté des furets, c'est Hagrid qui les a fait parvenir. Tu lui manques beaucoup et il ne cesse de demander de tes nouvelles.
La jeune femme attrapa la brosse et la passa lentement sur les plumes longues et douces de l'animal d'une main. De l'autre, elle lui caressait la tête, s'attardant sur le sommet du crâne. Malheureusement, en arrivant aux pattes, la brosse buta sur quelque chose et Buck se rebiffa. Amalia eut tout juste le temps de faire un bond en arrière, l'hippogriffe tenta de lui assener un coup de bec violent au visage. Il repliait sa patte sous son corps en piaillant de douleur, ses ailes battaient furieusement dans l'air et projetait des plumes un peu partout. Totalement paniqué, l'animal essaya encore d'attaquer la sorcière et l'unique échappatoire se situait derrière lui. Amalia tenta des gestes d'apaisement pourtant, en voyant ce sur quoi elle avait cogné, elle comprit que Buck était blessé, une plaie purulente suintait du sang sur le parquet.
- Et bien, tu ne me laisses plus vraiment le choix...
Elle sortit sa baguette et se concentra sur l'hippogriffe, fixant avec sérieux les pupilles brillantes de l'animal.
- Soumets-toi !
Le regard de Buck changea, ses paupières se remirent à battre calmement. Bien que son esprit impétueux tenta de résister, il finit par baisser la tête et replier ses ailes pour s'allonger de tout son long. Derrière la porte, des pas précipités et des éclats de voix leur parvenaient, le battant s'ouvrit d'un coup.
- Tout va bien ? On a entendu Buck depuis la cuisine !
Sirius était dans l'embrasure de la porte, essoufflé.
- Ne vous en faites pas, il est juste un peu grognon, je pense qu'il faut le soigner, répondit Amalia en se penchant vers la patte blessée. Je crains que tu ne puisses le garder plus longtemps ici...
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- Bon, l'hippogriffe aussi, je le soumets ! Amalia déclara ces mots en se laissant tomber sur le canapé dès son retour chez elle. J'ai bien failli y perdre la tête !
- Par quel heureux hasard as-tu eu l'occasion de tester cette compétence ? murmura Rogue sans lever le nez de sa lecture.
- Est-ce que tu te souviens de Buck ?
- Je ne sais pas de qui tu parles…
- L'hippogriffe de Hagrid… soupira-t-elle.
- Ah parce qu'il a donné un nom au monstre qui a attaqué un de mes élèves ?
Un long silence le conduit à poser son regard sur sa collègue. Elle avait une moue de reproche, un sourcil levé.
- Excuse-moi de ne pas avoir retenu tous les surnoms qu'il a donné aux bêtes étranges qu'il ose appeler des animaux de compagnie !
- Bref ! Buck est l'hippogriffe de Hagrid qui a aidé Sirius à s'échapper de Poudlard. Il est habitant permanent de la demeure des Black à présent.
- Intéressant… marmonna Rogue en reprenant sa lecture.
- Je suis allée le voir et la rencontre s'est plutôt mal passée…
- Étonnant, pour un animal sauvage enfermé avec Black !
- Garde pour toi tes traits d'humour… La bonne nouvelle, c'est que j'ai réussi à le calmer comme l'hydre. Je monte me consoler dans ma baignoire puisque mes histoires ne paraissent pas t'intéresser !
Son invité roula des yeux sans ajouter un mot alors qu'elle gravissait les marches deux à deux. La sensation de délassement qu'Amalia ressentit en se plongeant dans son bain était d'un réconfort tout trouvé. Une odeur de pin blanc accompagnait ce moment de relaxation qui fut interrompu par la sonnette de l'entrée.
- Raaaah ! Severus, est-ce que tu peux y aller s'il te plaît ? cria Amalia depuis la salle de bain. Si c'était encore la voisine trop curieuse, il n'était pas question qu'elle bouge de sa baignoire.
Quand Rogue ouvrit, Lupin le dévisagea. Il ne devait pas s'attendre à ce qu'une autre personne que la maîtresse de maison l'invite à entrer. Derrière la porte de la salle de bain, une voix s'éleva.
- C'est pour toi. Lupin, il veut te parler.
- Grrrrr, j'arrive…
La jeune femme enfila rapidement un peignoir et dévala les marches jusqu'au salon où les deux hommes l'attendaient en se toisant.
- Oh ! Je ne voulais pas te déranger… Lupin réalisa qu'il tombait peut-être mal en la voyant dans cette tenue.
- Cela ira. Qu'est-ce que tu voulais ?
- Juste m'assurer que tout allait bien… Que s'est-il passé avec Buck tout à l'heure ?
Amalia et Rogue échangèrent un regard, l'air sombre.
- Qu'est-ce que vous me cachez ?
- Tu devrais lui en parler… Et même… Essayer sur lui.
- Essayer quoi ? Amalia, explique-moi ! supplia Lupin, l'expression d'incrédulité formait de petites rides sur son visage.
- Rien de grave, ne t'en fais pas. Pendant des recherches pour l'Ordre, nous avons découvert que je pouvais « contrôler » les animaux d'une certaine façon. Pour le moment j'ai essayé sur de petits bêtes, Buck et une… hydre, répondit-elle à voix basse.
- QUOI ?
- Attends, calme-toi, je n'étais pas seule pour l'hydre, Severus m'a accompagné dans la Forêt Interdite…
- Je rêve ! Vous avez quoi dans la tête ? Et s'il t'était arrivé quelque chose ?
Les deux professeurs avaient le menton baissé comme des collégiens qui se font gronder. Lupin mit quelques minutes à assimiler ce qu'il venait d'apprendre.
- Qu'entends-tu par soumettre ?
- Je les calme et j'arrive aussi à leur faire faire certaines choses comme les guider… Pour le moment je n'ai pas essayé plus.
Son amie se tordait nerveusement les doigts dans l'attente d'une autre réaction de colère.
- D'accord. Et quel est le lien avec moi ?
Rogue prit la parole pour aller au fond de sa pensée, trop heureux d'avoir une ouverture inespérée.
- Dans le livre que nous avons trouvé, ce pouvoir est brièvement expliqué. L'auteur parle d'êtres au sens large, il ne précise pas quelle est leur nature. Les animaux s'imposaient mais j'ai un doute sur les hybrides et les Animagus par exemple…
Son expression reflétait l'avidité. Si le pouvoir d'Amalia lui permettait d'avoir une emprise sur tous les hybrides, Lupin et Black seraient vulnérables. Remus s'assit sur le canapé, tout près de la sorcière et lui prit les mains.
- Vas-y, lui dit-il d'une voix douce. Je te fais confiance.
- Et moi je ne suis pas certaine d'avoir envie de connaître l'étendue de ce don.
- Amalia, nous sommes en guerre contre des puissances bien supérieures aux nôtres. Tu dois le faire... répondit le loup-garou avec mélancolie.
Ses paroles avaient du sens et malheureusement, la jeune femme savait qu'elle devait aller au bout de l'exploitation de ce talent. Alors résignée, elle les conduisit dans le grenier car c'était le seul endroit de la maison que son père n'avait pas restreint à la magie. La poussière s'envola dans tous les coins dès qu'ils eurent posé un pied sur le vieux lambris au sol, et tiré sur l'ampoule qui pendait au milieu de la pièce.
Une fois tous les trois en place, Amalia inspira puis visualisa ce qu'elle voulait faire. Et comme avec l'hydre, l'esprit de son ami lui apparut trouble. Elle mit à part cette vision et continua jusqu'à l'inciter à se déplacer. L'homme avança vers le canapé élimé recouvert d'un drap et s'assit. Amalia tendit sa main vers lui et sans résistance, il remit sa baguette à sa maîtresse.
- Paaarfait… déclara-t-elle en relâchant son étreinte. Comment te sens-tu Lunard ?
- A quel moment je me suis assis ?
Lupin était perdu et scrutait le plafond à la recherche d'un repère.
- Tu ne te souviens de rien ?
- Non. Quand tu as touché mes mains, j'ai senti un contact glacé puis un bruit assourdissant de tambours. Ils battaient en rythme, c'était envoûtant, entêtant… Et aussi terrifiant.
- Reste là... Amalia fit apparaître une bouteille et un verre puis y versa le liquide ambré. Bois, tu devrais te sentir un peu mieux...
- Merci, il doit être meilleur que celui de Sirius, dit Lupin avalant d'un trait son whisky.
- Et pour toi, comment c'était ? Tu penses réussir à le faire sur un loup-garou pendant sa transformation ? osa Rogue.
- Je ne sais pas si cela fonctionnerait pendant un métamorphose… C'était un peu comme avec l'hydre, en plus sombre et plus brouillon. Je n'aurais pas pu tenir longtemps, l'exercice est difficile sur un anthropomorphe. Il y a la part animal qui ne cesse de vouloir prendre le dessus avec l'instinct et les pulsions qui se mêlent.
- C'est exactement ce que je ressens à la pleine lune quand je vais me transformer.
- Par contre, les ordres sont plus simples à transmettre. C'est la première fois que j'arrive à faire faire quelque chose d'aussi complexe à... au...
- Au possédé, compléta Remus d'un air sombre. C'est ce genre de choses que vous faites pour l'Ordre lorsque vous êtes ensemble ?
Il avait l'expression de reproche qu'Amalia redoutait.
- Une partie de notre collaboration porte sur les nouveaux talents que je développe depuis le décès de mon père. Le reste est consacré aux objets que tu as vu en bas. Tonks nous aide le plus possible parce que Maugrey ne peut pas venir sans éveiller les soupçons. Tu pourras rassurer Sirius,...
Lupin la fusilla du regard mais elle s'en moquait, ils s'imaginaient des choses fausses et à cet instant, elle ne pensait plus qu'à l'eau de son bain certainement tiède et à ce qu'elle allait faire au dîner.
oOo
Au moment de se coucher, Amalia souhaita une bonne nuit à son invité.
- Dors bien mon Prince.
- Tu ne devrais plus m'appeler ainsi, un jour cela t'échappera devant quelqu'un... ronchonna-t-il le nez dans le livre qu'il parcourait, debout devant la bibliothèque.
- Ce serait grave ? répondit-elle en riant.
- Les gens pourraient penser à mal.
- Ah bon ?
- Comme ton père à chaque fois qu'il me voit chez toi, en particulier tard le soir.
- Je lui demanderai d'éclaircir le fond de sa pensée la prochaine fois que je l'invoquerai. Pour les autres, ils peuvent s'imaginer ce qu'ils veulent si cela les occupent, il n'y a que toi et moi à connaître la vérité...
- Qui est ?
Il parla d'un ton distant en poursuivant sa lecture, le dos crispé car ce genre de conversation avait le don de le mettre mal à l'aise.
- Tu es la seule personne de mon entourage à part Dumbledore à pouvoir comprendre mon amour pour la connaissance et à le partager. Alors forcement, tu as une place particulière à mes yeux… admit-elle en rougissant légèrement avant de conclure embarrassée :
- Areuhm… Je vais au lit, si tu as besoin de quelque chose, tu sais où me trouver.
Rogue la regarda monter l'escalier, l'air étonné par ces révélations.
oOo
La maîtresse de maison sentit à la fois l'épuisement lié aux courses de l'après-midi, la rencontre avec Buck et puis l'esprit de Remus qui s'embrouillait dans sa tête. Elle s'endormit la lampe de chevet allumée, un livre à la main et la porte entrouverte de sa chambre. Il était minuit passé quand Amalia ouvrit paresseusement les paupières. Quelqu'un l'observait depuis l'embrasure.
- C'est toi Severus ou un cambrioleur ? marmonna-t-elle dans un demi-sommeil.
- Non... juste moi. Tu aurais peut-être préféré le cambrioleur ?
- Idiot... soupira la jeune femme. Tu avais froid dans ton lit ?
- Je n'arrivais pas à dormir. J'ai vu de la lumière et que tu étais assoupie, j'allais l'éteindre.
- Approche...
Elle sortit une main de sous les couvertures pour l'inviter à s'asseoir sur le lit. Le sorcier était surpris, presque intimidé qu'elle lui propose de se rapprocher. Après une brève hésitation, il prit place sur le matelas moelleux.
- Les insomnies te sont familières ? demanda-t-elle.
- A peu près toutes les nuits. La dernière fois que j'ai réussi à dormir, c'était... avec toi cet été. Je peux repartir si je te dérange.
- Reste, cela ne me gêne pas. Je suis navrée que mon ancienne chambre soit si peu confortable, le sommier est dur et le lit petit. J'aurais dû te laisser cette pièce à la place, tu y aurais été mieux...
- Tu as déjà la gentillesse de m'héberger et de me nourrir, ne sois pas désolée pour si peu.
- C'est toi qui me rends service, ne l'oublie pas. La moindre des choses est de te recevoir correctement, corrigea la belle somnolente.
- Merci...
- De rien, répondit-elle en relevant le drap sur ses épaules. Pourquoi ne viendrais-tu pas dormir avec moi ? Tu seras mieux ici.
- Quoi ?!
- Ne prends pas cet air effarouché, la chambre est plus agréable et puis Sirius prétend que j'ai un pouvoir apaisant quand je dors. Si tu restes sage, tu peux…
Elle laissa sa phrase en suspend et ouvrit les draps.
- Pfff ! Ne me confond pas avec cet énergumène obsédé ! Je sais me tenir !
Comme il tergiversait longuement, en proie à une confrontation interne, Amalia se décala sur la place vide et se retourna de l'autre côté pour s'emmitoufler dans les couvertures. Après plusieurs minutes, quelqu'un se glissa sous la couette.
- Et au moins ici Ombrage ne viendra pas nous surprendre, murmura-t-elle pour accueillir le nouveau venu.
- Si cela avait été le cas, je t'aurais accusée de m'avoir fait boire un philtre pour m'attirer...
- Ah oui ?
Elle colla ses pieds froids aux siens pour se venger.
- Hé mais arrêtes ! Tu es glacée !
- Félon ! Mon châtiment sera terrible ! ricana-t-elle en tirant d'un coup sur la couette, des protestations accompagnèrent ce geste bien mérité avant que le silence ne s'installe à nouveau.
Il se blottit dans son dos, les joues brûlantes par cet excès d'audace et il posa l'oreille contre sa peau pour entendre le battement régulier de son cœur. Doucement, elle retourna dans les bras de Morphée, ses paupières étaient si lourdes qu'elle n'eut pas le temps de tendre la main pour éteindre sa lampe de chevet.
A son réveil le lendemain, la jeune femme constata que son invité dormait dans son lit, le visage paisible. Elle se rendit compte de la différence de comportement que Severus pouvait avoir lorsqu'ils étaient seuls et dès qu'une tierce personne était présente. Combien de masques différents portait-il pour éloigner les autres et se protéger ? Du bout de l'index, elle lui caressa la tempe pour le réveiller.
- Joyeux Noël... souffla-t-elle.
Il ouvrit un œil puis l'autre et lui rendit le sourire qu'elle lui adressait.
- Joyeux Noël à toi aussi.
- Qu'est-ce qui te ferait plaisir aujourd'hui ?
- De passer la journée avec toi à discuter littérature.
Amalia se mit à rire.
- Je parlais de nourriture, qu'est-ce que tu veux manger pour Noël ? Mais ceci aussi est possible... Rogue était confus, à peine réveillé elle l'avait pris au dépourvu.
- Tu sais qu'aujourd'hui je dois aller chez Sirius. Par contre à mon retour, au lieu de travailler on passera le reste de la journée ensemble. D'accord ?
- Je veux bien... Et toi, qu'est-ce qui te ferait plaisir pour Noël ?
Après une brève réflexion, elle répondit.
- … Qu'on ne retourne pas à Poudlard pour que je puisse conserver cette version de toi parce qu'une fois rentrés, tu vas redevenir distant. Même si c'est par nécessité, j'ai du mal à m'y faire.
Elle fit une moue boudeuse pour cacher la tristesse qui l'envahissait. Le sorcier avait pourtant saisit le fond de sa pensée.
[1] Sénèque, Lettres à Lucilius
Prochain chapitre : Un Noël à Londres
Note : Ah je sais déjà que cette fin de chapitre va en affoler plus d'un(e). Du calme voyons ! Ils savent se tenir tout de même et puis ce tome n'est pas classé Lemon ! Quoique…
J'ai honte, les photos vont arriver ce week-end sur le compte Instagram, j'ai voulu modifier les abords de la maison square Grimmaurd et ça m'a pris du temps ! A très vite !
