Chapitre 14 – Un Noël à Londres

Amalia était invitée en fin de matinée à rejoindre le reste du groupe chez Sirius. Au-delà du fait que l'humeur de leur hôte conditionnait l'atmosphère générale, la demeure des Black restait lugubre et n'aida pas la jeune femme à ressentir l'entrain dont elle avait l'habitude en fin d'année. Elle prit conscience subitement que ces bons moments passés tous ensemble pouvaient être les derniers, son cœur oscilla entre la joie et la tristesse. Pourtant, en s'élançant dans la rue, la sorcière avait pris la résolution de figer un sourire imperturbable sur son visage.

Elle avait laissé un savoureux repas dans le frigo pour son invité et se dirigeait vers le métro avec une boîte et des paquets dans les bras pour ses amis. A la bouche souterraine, Amalia s'adressa au guichet n°7 pour qu'on lui ouvre aux portiques l'accès réservé aux fauteuils roulants. Une étrange femme habillée d'une veste en velours orange lui sourit derrière le comptoir et déclencha l'ouverture de la porte métallique. Elle remercia la guichetière avant de s'engouffrer à travers le passage, de l'air plus frais en sortait et une fois le pas de la porte passé, l'environnement était totalement différent. Autour de la jeune femme, de vastes plaines enneigées s'étendaient à perte de vue et offraient la possibilité de vérifier que personne ne l'ait suivie. Un silence glacial l'entourait et de fins flocons tombaient en virevoltant, Amalia releva sa capuche et se concentra sur l'image qu'elle avait en tête de la façade délabrée du 12, square Grimmaurd. La sorcière transplana sur le perron de la maison et reprit son équilibre de justesse sur la pointe de ses talons. Son poing frappa trois fois contre le bois de la porte et elle entra sans attendre une invitation, le bruit risquait de réveiller Mrs. Black.

Les têtes empaillées des elfes de maison décédés, ornaient l'entrée et l'escalier menant à l'étage. Elles étaient toutes coiffées de bonnets rouges et blancs, sur les tapis de la neige scintillait à la lumière des lampes à huile. Des gémissements provenaient de la cuisine et brisaient la paix insolite qui n'aurait pas dû régner en ce matin de fête : Arthur Weasley était en vie et tout le monde serait réuni aujourd'hui. Le pallier en particulier dénotait avec l'ambiance que les jumeaux s'employaient à rendre joyeuse et festive par toutes occasions. L'horloge du hall sonna 11h30. En descendant avec précaution les escaliers, Amalia perçut des brides de conversation, la voix de Molly Weasley était entrecoupée de sanglots. Dans la pièce, elle découvrit Lupin penché sur la mère de famille, un grand mouchoir lui servait à éponger les larmes de Molly pendant que Sirius faisait chauffer de l'eau pour le thé, ne sachant visiblement pas quoi faire dans ce genre de situation.

- Bonjour… Je tombe peut-être mal ? demanda-t-elle en déposant tous ses paquets sur la table.

- Non Am', répondit Sirius en l'embrassant sur la joue. Molly a reçu des nouvelles de Percy, il ne veut pas changer d'avis sur Dumbledore ni sur sa famille…

- Oh je suis sincèrement désolée… Elle la serra dans ses bras et prit place sur une chaise tout près pour lui frotter l'épaule d'un geste de réconfort. Percy ne se rend pas compte, il ne fréquente que des gens du Ministère qui lui disent quoi penser et quoi faire.

- Justement ! J'ai raté son éducationnn ! se lamenta Mrs. Weasley en se mouchant bruyamment dans le drap-mouchoir.

- Mais non, mais non… Lupin lui tapotait le dos.

- Ses frères et sœur ont été mis au courant ? demanda Amalia à Sirius qui confirma d'un geste de la tête.

- Il n'a même pas pris des nouvelles de son père qui a failli mourir !

- Allons Molly, il s'est certainement renseigné auprès de ses collègues et il ne t'a rien demandé par fierté, la consola Lupin en lui tendant un nouveau mouchoir.

Le plancher de l'étage grinçait sous les pas des enfants, un à un, ils passèrent timidement la tête dans l'embrasure de la porte pour prendre la température de la pièce. Au bout d'un moment, Mrs. Weasley se moucha fort et assura qu'elle pouvait rester seule pendant que Sirius irait chercher la dinde pour le repas. Amalia entraîna dans le garde-manger les deux hommes alors que la mère de famille tentait de remettre de l'ordre dans sa tenue.

- Qu'est-ce que tu as ? lui souffla Lupin qui lançait des regards inquiets vers la cuisine.

- Je voulais juste vous offrir vos cadeaux de Noël !

La jeune femme leur présenta à chacun un paquet rectangulaire enveloppé dans du papier kraft, un long ruban bleu métallisé en bouclettes retenait le pliage. Lupin dévoila avec joie un des ouvrages qu'il avait consulté dans la bibliothèque de Poudlard deux ans auparavant, un grimoire complet et ancien des créatures de l'eau.

- Comment savais-tu que je recherchais ce livre ?

- Il était encore en consultation sur ta tablette dans la salle de lecture des professeurs à Poudlard, répondit son amie en accueillant une embrassade enjouée.

Sirius quant à lui, reçut un ensemble de trois cadres contenant chacun une photo particulière. La première était un groupe entourant des mariés, la seconde le représentait avec un bébé dans les bras, c'était le baptême de Harry. Enfin, la dernière était la photo déchirée qu'elle avait trouvée dans le tiroir de Regulus au mois d'août. Les trois enfants en robes noires regardaient l'objectif, seule la jeune fille souriait pendant que les garçons se lançaient des regards haineux puis tournaient la tête ailleurs.

- Je ne savais pas si elles te feraient toutes plaisir… hésita Amalia en attendant une réaction de la part de son ami.

En guise de réponse, Sirius la serra de toutes ses forces dans ses bras, elle sentit des larmes perler dans son cou.

- Hé ! Je ne voulais pas te faire pleurer…

Elle passa une main dans son dos pour tenter de le calmer car il allait finir par l'étouffer s'il la serrait plus encore ! Peu à peu, Sirius défie son étreinte et s'essuya les yeux d'un revers de sa manche.

- J'ai retrouvé les deux premières photos dans mon ancienne chambre en rangeant.

- Merci Am', c'est un très beau cadeau.

Il l'embrassa sur le front, repris contenance et alla fouiller le garde-manger à la recherche de la volaille qui leur servirait de repas.

Remus et Amalia revinrent dans la cuisine afin d'aider Molly à préparer les différents mets qui égaieraient la table. Pour amuser les enfants, Lupin mit des cannes à sucre derrière ses oreilles et anima d'un coup de baguette les petits personnages qu'ils avaient suspendus dans le sapin. Ils ouvrirent la boite de chocolats qu'Amalia avait fabriqué pour eux et promirent d'offrir la seconde à Arthur lors de leur visite à Ste Mangouste prévue après le repas.

La dinde était savoureuse, servie avec des marrons et des pommes dauphines, le dessert réservait autant de surprises qui furent partagées avec Fol Œil et Mondingus. Une fois le pudding et la crème génoise engloutis, les sorcières passèrent des vêtements Moldus pour sortir. Une voiture ensorcelée leur permettrait de rejoindre l'hôpital magique en toute discrétion et sans encombre. Amalia remercia chaleureusement Sirius et Molly pour l'invitation et repartit en transplanant vers les contrées blanches qui lui permettraient de revenir à la station de métro proche de chez elle en toute discrétion.

oOo

Elle fut accueillie par un silence monacal uniquement rompu par le balancier de l'horloge lorsqu'elle poussa la porte d'entrée de sa maison.

- Severus ? Tu es là ?

- Oui, à l'étage, répondit-il d'une voix forte.

Elle monta, ôta ses chaussures qu'elle rangea dans un placard et se changea pour une tenue plus confortable. Dans la chambre face aux escaliers, la sorcière découvrit Rogue assit sur le lit, penché sur un album photo.

- Je ne voulais pas être indiscret. Il était posé sur la table de chevet et…

- Tu n'as pas à t'excuser. Je l'avais ressorti pour prendre une photo et j'ai oublié de le remettre à sa place.

Elle s'installa sur le lit et son visage s'illumina en voyant la multitude de clichés magiques.

- Le sortilège que ton père a lancé ne fonctionne pas sur les photos ? demanda son collègue sans quitter des yeux un groupe d'élèves de Poudlard alignés en rang d'oignon, Amalia était au milieu d'eux.

- Non, les portraits de l'entrée ont pour ordre de se figer si un Moldu arrive sinon, il a laissé les images s'animer. Maman aimait bien cela…

- Qui sont ces personnes ?

Il désigna les étudiants.

- Ma promotion à Poudlard, tu en as certainement eu quelques uns en cours puisqu'ils sont tous restés jusqu'à leur dernière année là-bas. Elle se pencha au-dessus de son épaule et y posa son menton pour mieux voir. Tiens, lui, lui et elle, ils sont tous au Ministère maintenant et ont eu des enfants récemment.

Son parfum sucré était aussi agréable que la chaleur qu'il sentait contre son bras. Amalia regardait avec nostalgie les clichés de son adolescence et Rogue apprécia de pouvoir évoquer ces souvenirs sans que les noms de Sirius ou de Remus ne soient prononcés.

- Tu sais beaucoup de choses sur moi maintenant... Beaucoup plus que tu ne m'aies jamais révélé à ton sujet, dit-elle en continuant de regarder les photographies.

-... Tu as raison. C'est juste que tu as eu une enfance heureuse, c'est plus facile d'en parler, je n'ai rien de gai à partager.

- La maison où tu m'as amenée, c'est là que tu as grandi ?

- Oui et elle est à l'image de ma famille, sombre et triste.

- Pourquoi continuer à y vivre alors ?

- C'est la seule chose qu'il me reste de mes parents et d'une certaine façon j'y suis attaché. Un peu comme toi avec les traditions de ta famille.

Il leva les mains pour montrer les murs et illustrer le sortilège de Mutisme qui empêchait la magie d'opérer en dehors du grenier.

- Quel était le métier de ton père ? relança Amalia, curieuse d'en apprendre plus.

Rogue se tourna pour lui faire face.

- Le mieux est encore que je te le montre, non ?

Il posa son front contre celui de la jeune femme et projeta mentalement ses pensées. Les images de son enfance étaient floues, ternes, dans des tons de sépia brûlé. Une immense cheminée d'usine se détachait du paysage monotone et rectiligne formé par les maisons délabrées et crasseuses des ouvriers. L'immersion l'amena jusqu'à la demeure qu'elle avait visité cet été.

Certes, les murs étaient moins chargés de livres, les meubles étaient plus nombreux et le ménage était fait mais la décrépitude se lisait sur la tapisserie défraîchie et les rideaux usés. Face à l'âtre, une femme brune et maigre leur tournait le dos. Elle berçait un bébé lorsque la porte du logis s'ouvrit brutalement. Un homme en bleu de travail entra, il titubait et héla la femme, une dispute éclata avec pour fond les hurlements du nourrisson.

Le souvenir s'évapora pour en laisser un autre se dérouler. Au centre de la même pièce, un petit garçon était assis sur le tapis racorni, un vieux grimoire ouvert devant lui. Il marmonnait des formules en bougeant une baguette magique. L'enfant était aussi maigre et brun que la femme de la précédente vision. Une nouvelle fois, l'homme du premier souvenir entra, il était à présent vêtu d'un costume élégant mais de mauvaise facture et posa une mallette en cuir dans l'entrée avant de pénétrer dans le salon. Il se mit à crier en voyant le garçonnet faire voler une plume, sa femme sortit de la cuisine et Amalia ne put voir son visage car le petit garçon était déjà parti se réfugier dans les escaliers d'où il écoutait la dispute.

- Enfin Tobias, il va bientôt recevoir sa lettre pour rentrer à Poudlard ! Il est ce qu'il est !

- Je ne veux pas qu'il pratique la sorcellerie ici ! Jamais ! Tu m'entends ? Les monstres comme vous devraient être enfermés ! Et puis, où a-t-il trouvé une baguette ?

- C'est la mienne, répondit faiblement la femme.

- Comment ?! Tu ne t'en es pas débarrasser comme que je te l'avais ordonné ?

Un violent coup s'abattit sur quelque chose mais Amalia ne sut si c'était sur un objet ou sur la femme, le souvenir s'évanouit et à la place, un soleil l'éblouit. Ils étaient dehors sous un grand chêne, le garçon avait le teint pâle à la lumière du jour et des vêtements dépareillés, trop grands pour lui. Une petite fille rousse discutait avec lui, Amalia reconnut son amie Lily. Les deux enfants étaient allongés dans l'herbe et regardaient les nuages, ils parlaient de leur rentrée à Poudlard, de la magie et de ce qu'ils savaient faire sans baguette ainsi que des matières qu'ils espéraient apprendre. Cette mémoire était éclatante comme un jour d'été, les couleurs vives témoignaient de l'affection que son propriétaire portait à ce souvenir beaucoup plus heureux que les précédents.

Pourtant, tout s'assombrit d'un coup. Une autre enfant vint interrompre ce moment de paix. Amalia savait que c'était Pétunia, la sœur de Lily, pour l'avoir vu en photo.

- Hé ! Tu es le garçon bizarre, le fils des Rogue. Lily, tu ne devrais pas jouer avec lui, on dit qu'il fait des choses cruelles aux animaux et qu'il arrive malheur aux gens qui l'approche !

L'image se brouilla et Amalia sentit à nouveau le front de l'homme contre le sien. Elle ouvrit les yeux et le regarda en silence. Ses souvenirs étaient aussi noirs et tristes qu'il les avait décrit, seule l'apparition de Lily était un enchantement qui se ressentait d'une façon vibrante et sincère. Il se décolla et tenta de chasser sa gêne en abordant un autre sujet.

- J'ai mis un peu d'ordre dans la serre de la cuisine. Tu possèdes beaucoup de plantes rares, cela pourra nous être utile.

- Merci, je n'avais pas encore eu le courage de m'y attaquer... répondit-elle pour donner le change.

Elle songeait à ce qu'il venait de lui montrer qui expliquait en partie son caractère. Amalia comprit aussi qu'il venait de lui confier un secret lourd de conséquences : il était de sang-mêlé, comme elle.

Le reste de la journée passa à une vitesse folle, la nuit les surprit alors qu'ils débattaient encore des traditions en vigueur à Poudlard comme le fait de ne pas pouvoir y transplaner. Amalia prépara le repas et mit à part les objets qu'ils devraient terminer de classer avec Tonks dès le lendemain avant une réunion de l'Ordre. Cette journée de Noël était radicalement différente de toutes celles qu'elle avait vécu jusqu'alors.

oOo

- Avant qu'on s'en aille, où est ton armoire à potion ? demanda Rogue ce jour-là.

-… à l'étage, dans le bureau de mon père. Tu cherches quelque chose en particulier ?

- Tu verras.

Cinq minutes plus tard, ils étaient sur le perron du 24, la demeure des Black était toujours aussi délabrée depuis l'extérieur. Ni le ménage de Mrs. Weasley, ni les sortilèges de Lupin n'étaient venus à bout des lambeaux qui servaient de rideaux aux fenêtres. En entrant, Amalia annonça :

- Je file voir les enfants à l'étage et je redescends tout de suite, d'accord ?

Rogue hocha la tête. Dans les chambres, la cohue régnait, les jumeaux transplanait derrière leur petite sœur avant de disparaître en riant, Ginny faisait des bonds à chaque fois et Hermione pestait car ses livres tombaient du lit, Ron et Harry jouaient aux cartes dans le coin, insensibles à toute cette agitation.

- Bonjour à tous ! Vous savez où je peux trouver Sirius ?

Amalia passa rapidement la tête dans la chambre, Ron répondit en évitant un oreiller que Ginny avait envoyé contre George.

- Avec Buck, il vous a entendu arriver.

A cet instant, des bras l'enserrèrent accompagnés par un baiser sur la joue.

- Bonjour ma toute belle !

- Hé ! Doucement ! Ton moral est au beau fixe, cela fait plaisir à voir.

Malheureusement, en arrivant dans le hall, Sirius changea de comportement.

- Ah, déclara-t-il en voyant Rogue debout sur une chaise accompagné de Lupin.

- N'oublie pas ta promesse… lui souffla son amie. Qu'est-ce que vous faites ? ajouta-t-elle à l'attention des deux hommes.

- Severus essaie un nouveau mélange pour décoller Mrs. Black, répondit Remus en lui tendant une fiole.

Amalia et Sirius échangèrent un regard dubitatif.

-… J'ai du mal entendre. Severus rend service à Sirius ? Qui êtes-vous Monsieur ? Rendez-moi le professeur grincheux sans qui Poudlard serait bien triste ! s'exclama Amalia.

- Ah ah ah, déclara l'intéressé d'un ton laconique.

- Sérieusement, à quel moment avez-vous réussi à prendre sa place ? continua la jeune femme, le sourire jusqu'aux oreilles.

- Pose-moi une question dont nous sommes les seuls à connaître la réponse si tu doutes de mon identité…

Rogue descendit de la chaise, rien ne parvenait à décrocher le sortilège de Glu Perpétuelle lancée par Mrs. Black sur son portrait.

- Très bien… Elle réfléchit avant de dire très solennellement. Que faisions-nous lorsque je t'ai demandé de m'appeler par mon prénom ?

Le maître de potions resta muet, son teint vira du blanc pâle à un rose soutenu.

- C'est bien lui, conclut la sorcière avec un rire en se dirigeant vers la cuisine.

- Comment ça ? Il n'a rien dit ! Il a juste prit un air bête et rougit ! s'écria Sirius affolé. C'est quoi cette histoire ?! Amalia ? AMALIA ? Tu m'écoutes oui ?

Mais elle était déjà bien loin. A table, Sirius paraissait sombre. Déjà depuis la fin des festivités de Noël, son humeur s'était dégradée et ne cessait de faire les montagnes russes entre euphorie et profonde tristesse. Il observait chaque participant de cette réunion, n'écoutant que d'une oreille distraite ce que Dumbledore disait au sujet des échanges de Hagrid avec les géants, les nouvelles peu encourageantes de Madame Maxime sur les sorciers français, les rumeurs qui circulaient dans les meutes de loups-garous, les informations qu'ils avaient pu collecter sur l'agression dont avait été victime Mr. Weasley et enfin, les avancées sur les recherches concernant la collection particulière de Mr. Richards. Son attention s'était reportée sur l'un des participants, assis à l'opposé de la table. Il attendit patiemment la fin de la séance pour passer à l'attaque.

Amalia était remontée avec Tonks et Kingsley pour refermer la porte derrière eux, Dumbledore et Maugrey échangèrent quelques banalités avant de les suivre, laissant Severus et Sirius dans la cuisine. Une fois certain d'être seuls, ce dernier se lança.

- Alors Servilus, ce sont les vacances chez Amalia qui t'ont enfin poussé à te laver les cheveux ?

L'ambiance bascula en une fraction de seconde, les deux hommes s'échangèrent un regard haineux, Rogue allait répliquer quand une main se posa sur son épaule.

- Mais oui Sirius, surtout depuis que c'est moi qui lui frotte le dos ! déclama Amalia, une expression mesquine se dessinait sur ses lèvres.

Leur hôte n'osa pas répondre, il savait qu'il avait une nouvelle fois franchit une limite lorsqu'il croisa les pupilles animées de braise de la jeune femme. Rogue resta silencieux, savourant la mine déconfite de son ennemi. Sirius reprit contenance et continua sur un ton plus neutre bien qu'il soit conscient que sa conduite était dictée par la vengeance et la jalousie.

- Bien… Si tu t'occupes de l'éducation de notre cher ami, tu devrais peut-être lui expliquer comment on fait les bébés ? entonna-t-il d'une voix claironnante.

- Pourquoi donc penses-tu que j'ai besoin de parfaire mon éducation à ce sujet, Black ? siffla Rogue.

- Ah ah ah ! Parce que tu vas nous faire croire qu'une femme a bien voulu de toi ?

- Aaaah Black, pendant que tu croupissais en cellule à Azkaban, la vie continuait à l'extérieur pour les autres et avec, toutes les jouissances qu'offre la liberté !

Sirius se leva d'un bond et sortit sa baguette.

- Ça suffit ! aboya une voix forte.

Lupin était redescendu après avoir dit au revoir à Dumbledore pendant que Molly s'assurait à l'étage que les enfants soient bien couchés.

- Lunard, reste en dehors de…

- Non, il a raison ! Vous allez trop loin ! La soirée avait bien commencé, pourquoi est-ce que tu as encore tout gâché Sirius ? Bon sang, est-ce que vous savez ce que ça fait d'être au milieu de vos chamailleries ?

La sorcière posa violemment ses mains sur la table, les bouteilles vides et les verres tintèrent quelques instants avant que le silence ne revienne et qu'elle se redresse.

- Severus, je t'attends en haut.

Elle disparut dans l'escalier, ses talons raisonnèrent jusqu'au pallier. Lupin s'adressa à ses deux anciens camarades de classe en se massant les yeux du bout des doigts.

- Faites un effort ! Si ça n'est pas pour vous, faites-le au moins pour elle.

Ils se toisèrent sans un mot, Rogue partit à son tour.

oOo

Chez Amalia, l'atmosphère était lourde jusqu'au moment d'aller se coucher. Elle était dans son lit à relire un passage du livre Encyclopédie des objets magiques prohibés au XXe siècle - Volume II quand son invité sortit de la salle de bain et se présenta dans l'embrasure de la porte.

- Je suppose que cette nuit, tu préfères que je dorme dans ma chambre.

- Tu fais ce que tu veux… répondit-elle d'un ton las.

- Tu m'autoriserais à rester avec toi malgré l'incident de tout à l'heure ?

- J'en ai assez de compter les points entre vous. Quand l'un est tranquille, c'est le second qui vient le chercher. C'est épuisant de toujours me demander : si on était dans un bateau et qu'il fallait vous sauver, je commencerais par qui ? Alors cela suffit, j'abandonne ! Si vous voulez vous étriper, cela vous regarde ! Je saute du bateau et je me sauve ! soupira-t-elle, agacée.

Amalia déposa le livre sur son chevet et éteignit la lampe. De fines lignes de lumière passaient entre les planches des volets et projetaient une lueur argentée au sol. Rogue prit place à côté, dans l'obscurité relative de la pièce n'osant pas commenter la métaphore.

- Est-ce que…

- Oui ? répondit-elle, la tête enfouie sous sa couette.

- Est-ce que tu peux m'expliquer pourquoi il m'a attaqué sur… Enfin…

- Les relations charnelles ?

- Oui.

- Je ne sais pas… Peut-être parce que Sirius aurait eu un beau tableau de chasse s'il avait été libre. Il plaisait beaucoup aux femmes et en a connu énormément après le collège. Il t'a chargé sur le sujet parce qu'il pense être meilleur que toi dans ce domaine. En tout cas je crois que c'est pour cela.

Amalia sourit avant de reprendre.

- Mais si on t'écoute, toi aussi tu t'es amusé après Poudlard…

- Je n'ai pas envie d'en parler…

- Oh aller ! C'est le genre de choses qu'on se raconte entre amis !

- Pas question. On est plus que des amis.

- Ah ? s'étonna Amalia en ressortant sa tête de sous les draps.

- On est aussi collègues, je partage avec toi beaucoup plus qu'avec tous les enseignants de Poudlard réunis.

- Je finirai par le savoir… gloussa-t-elle avec un regard malicieux.

- Dis-moi plutôt, tu sauverais qui en premier ?

- Pardon ?

- Dans le bateau qui coule, tu sauverais qui en premier ?

- Sirius, il ne sait pas nager et il sentirait le chien mouillé ! plaisanta la jeune femme en s'imaginant la scène. En tout cas, j'ai remarqué que tu aimais le rendre jaloux.

- Ce n'est pas toi qui disais que la vengeance était un plat qui se mange froid ?

- Ils étaient si affreux que cela au collège ? Amalia perçut dans la nuit, l'expression de tristesse de Rogue.

-… A cause d'eux, j'ai perdu une amie…

- Lily ?

- Comment le sais-tu ? s'étonna-t-il, une demie-colère dans la voix.

- Dumbledore l'a évoquée une fois. Et puis elle parlait parfois de toi en particulier début janvier… C'est ainsi que j'ai deviné ta date d'anniversaire.

- Ah bon ? demanda-t-il, son visage s'illumina.

- Oui, jamais devant James mais quand nous étions seules, elle me racontait avoir découvert la magie avec un petit garçon de son quartier. Je l'ai reconnu dans ton souvenir, avec ses tâches de rousseur... Pétunia était infecte avec sa sœur uniquement par convoitise alors je pense que Lily était contente d'avoir quelqu'un « comme elle ». C'est ce que j'ai ressenti lorsque j'étais enfant et que j'allais chez les Black, tu vois ? Il acquiesça. Que s'est-il passé ?

- Ils m'ont poussé à bout, c'est elle qui est intervenue et j'ai déversé ma colère sur la seule personne qui ne m'ait jamais tendu une main…

En voyant les yeux de Rogue briller, Amalia s'en voulut d'avoir posé la question. Aucun mot, aucun geste ne pouvait lui apporter du réconfort alors elle resta là, dans le noir, à le regarder sombrer peu à peu dans un sommeil sans rêve.

oOo

Lorsque la sonnette retentit ce matin là, Amalia était dans la cuisine à préparer du thé et Rogue dans le salon penché sur la rapière qu'ils avaient trouvé tout au fond de la seconde caisse. La maîtresse de maison ouvrit la porte et s'essuya les mains dans son tablier d'où dépassait sa baguette magique. Dumbledore attendait sur le perron et saluait d'un geste de la main la voisine indiscrète qui l'observait à travers les voilages de son salon. La femme les tira d'un coup lorsqu'elle se rendit compte qu'elle avait été repérée, le sorcier rit mais sa tenue aurait interpellé n'importe quel Moldu : il portait une longue robe mauve parsemée d'étoiles argentées et un bonnet pointu assorti.

- Bonjour Albus ! Il va falloir que tu m'expliques pourquoi tu arrives toujours au moment où je prépare le thé…

- Ah ! Les mystères de l'Univers ! s'exclama le vieil homme en rentrant dans le hall.

Amalia referma la porte sans prendre la peine de vérifier si quelqu'un avait vu cette entrée originale, le Ministère suivait tous leurs gestes et la voisine était un témoin oculaire.

- Monsieur le Directeur, dit Rogue en se levant.

- Restez assis, c'est vous que je suis venu voir.

- Je peux vous laisser si tu le souhaites Albus… Amalia indiqua de l'index le couloir.

- Non, reste, ce n'est pas confidentiel de toute façon.

La jeune femme rapporta un plateau avec un service à thé complet et des gâteaux encore fumant. Elle ôta son tablier et prit place auprès de ses invités.

- Merci Amalia, tu as l'air d'une vraie femme au foyer. Je vois que l'on vous traite bien ici, Severus… souffla Dumbledore avec une expression ravie.

- Je n'ai pas à me plaindre, s'offusqua Rogue face à l'allusion alors que la jeune femme leva les yeux au ciel en secouant la tête.

- Très bien, très bien… Je suis venu vous demander de vous occupez pour moi de cours particuliers.

- Soit, de quoi s'agit-il ?

- D'Occlumancie.

Amalia était en train de verser le thé, elle faillit en mettre sur le tapis en l'entendant prononcer ce mot. Elle dévisagea les deux hommes, le directeur demeurait impassible pendant que son collègue fronçait les sourcils.

- Pour qui ? répondit-il sèchement.

- Oh, vous le savez déjà je crois…

- Il n'est pas question que je m'occupe de Potter ! Rogue s'emporta avec hargne. Pourquoi ne pas le faire vous-même ?

- Vous vous doutez de la réponse. Je pense qu'il partage un lien particulier avec Voldemort et que ce dernier s'en servira s'il se rend compte de cette connexion.

Dumbledore se leva et prit un air sérieux.

- Severus, je dois vous demander de me rendre ce service, de nous rendre à tous ce service. Pendant ces séances, il est possible que l'exercice attise ce lien en particulier si Voldemort sent ma présence, il ne lui faudra pas longtemps avant de saisir la chance qui s'offre à lui. Harry sait trop de choses pour que l'on laisse cette alliance malsaine perdurer.

- Et si le Seigneur des Ténèbres apprend que je lui instruis un moyen de le contrer ?

- Il saura que vous le faites sous mes ordres...

Amalia était restée silencieuse, soudain, elle comprit une chose.

- Albus, crois-tu que c'est cette connexion qui rend Harry si caractériel depuis cet été ?

- C'est simplement un adolescent aussi arrogant que son père ! coupa Rogue d'un ton irrité.

- Ah, c'est parce que tu n'as pas terminé ta crise d'adolescence que tu es si souvent grognon ? plaisanta-t-elle alors que l'intéressé la fusillait du regard avant d'écouter Dumbledore donner son avis.

- Il me semble que cela pourrait en être la cause. L'Occlumancie coupera tout lien émotionnel et visuel avec notre ennemi. Alors, puis-je compter sur vous ?

Dumbledore fixait d'un regard sévère Rogue, ce dernier hésita et jeta un coup d'œil à Amalia. Son expression était suppliante alors il accepta sans plus de cérémonie.

- Bien, il faudra l'annoncer à Mr. Potter dès que possible. Je vous laisse vous en charger Severus, il faut que j'évite tout contact avec Harry pour ne pas réactiver les sentiments mauvais qui le lient à Voldemort.

- Je le ferai la semaine prochaine... s'agaça l'enseignant. Il se leva pour se positionner devant l'une des fenêtres, dos à la pièce et n'ajouta pas un mot jusqu'au départ de Dumbledore quelques minutes plus tard.

Dehors, le ciel était devenu gris et menaçant, de grosses gouttes de pluie mêlées à de la neige fondue s'abattaient sur les carreaux, des bourrasques de vent les faisaient vibrer. Amalia remit une bûche dans la cheminée avant de s'approcher de Rogue, elle s'appuya de l'autre côté de la fenêtre et perdit son regard vers le centre du square. Les branches des arbres se pliaient sous la violence des rafales, une tempête d'hiver s'abattait soudainement sur Londres et la chaleur de l'âtre où se consumait le bois, leur caressait délicieusement le dos.

- C'est demain que tu t'en vas ? demanda-t-elle.

- Hum, répondit-il pour confirmer l'information, l'air toujours morose.

- Est-ce que tu te souviens comment te faire à manger ?

Il sourit enfin et se retourna vers la jeune femme, elle avait les bras croisés et ses yeux balayaient le parc à l'extérieur, ses cheveux étaient attachés en une queue de cheval basse qui tombait sur l'épaule. Sa respiration lente et calme donnait l'impression de quiétude pourtant les petites rides aux coins de ses yeux trahissaient l'agitation qui la rongeait.

- Reprenons notre travail, tu ne pourras compter que sur Tonks à partir de demain. Et il faudra que tu penses à essayer ton pouvoir sur Black, s'il fonctionne aussi sur les Animagus, nous pourrons compléter nos notes.

Rogue dissimula le ravissement qui l'envahit à l'idée que ce don puisse soumettre son ennemi et n'aborda plus le sujet jusqu'à son départ le lendemain matin, une fois le petit déjeuner terminé.

oOo

Une réunion avec Maugrey eut lieu au 24, square Grimmaurd juste après le jour de l'An pour faire un point rapide sur leurs avancées. Il était satisfait du travail de son apprentie et remercia Amalia pour la tabatière mordeuse qu'elle lui avait mis à part pour son aide auprès du Ministère. Les deux femmes s'étaient ensuite replongées dans l'étude des derniers objets. Les après-midi passés avec Tonks ressemblaient plus à un salon de thé qu'à une mission pour l'Ordre. Il ne se passait pas un jour où elles ne gloussaient pas en parlant de garçons ou des vedettes à la mode, c'était le genre de discussion qu'Amalia aurait apprécié pouvoir partager avec une amie de son âge au collège. Elle profita d'un après-midi pluvieux pour questionner l'Auror.

- J'ai remarqué que Remus était timide lorsque vous êtes dans la même pièce. C'est étrange non ?

Tonks fit tomber par terre le livre qu'elle tenait quelques instants plus tôt.

- Non, euh, je ne sais pas trop. Qu'est-ce que tu veux dire ? bafouilla-t-elle en ramassant l'ouvrage au sol.

- Aller, je sais qu'il y a quelque chose entre vous, tout le monde s'en doute en plus ! ajouta Amalia avec un regard complice.

- Tout le monde sauf lui apparemment… compléta la jeune femme en baissant les yeux.

- Je pense qu'il le sait et que c'est réciproque mais il a certainement pris peur en voyant que tu t'intéressais aussi à lui.

- Ah bon ? Et pourquoi ? Tonks releva le menton, surprise par cette révélation.

- Il n'a jamais eu confiance en lui à cause de ce qui lui est arrivé plus jeune, tu connais déjà son état… L'Auror opina de la tête. Penser à toi relevait du fantasme, maintenant que la situation se concrétise, il craint certainement de te faire du mal et au-delà de cela, votre différence d'âge et de situation professionnelle doivent aussi jouer.

- Je ne peux pas y changer grand-chose ! s'emporta Tonks. Il devrait savoir que ces détails n'ont pas d'importance à mes yeux ! Je suis Auror, je sais me défendre ! Et puis, quelle est cette mode qui consiste à vouloir des enfants alors que Tu-Sais-Qui est de retour ? Sans compter que l'âge c'est dans la tête et non dans le cœur ! Ri-di-cu-les ! Ses arguments sont ridicules ! Et la vie est trop courte pour qu'on s'arrête à des points ridicules !

Amalia resta en silence à regarder son amie se mettre en colère, elle était attendrie face à l'expression des sentiments qu'elle pouvait avoir pour Remus, la passion et le romantisme de Tonks emportaient toute raison sur son passage. C'était à la fois adorable et spontané alors, une fois que la jeune femme eut terminé sa tirade, son hôte lui posa une question.

- Qu'est-ce que tu préfères chez lui ?

Tonks se tourna, confuse et reprit son calme.

- Son parfum. Il sent un mélange de mandarines et de bergamote, de feuilles de vigne et d'olive à la fois [1]. C'est… réconfortant, apaisant aussi…

Elle rougissait et baissa les yeux vers ses mains.

- Dans le fond, je trouva cela drôle pour un loup-garou... Que son principal attrait soit son odeur, non ? En tout cas, sois assurée que je ferai tout pour qu'il change d'avis, d'accord ?

Amalia posa une main sur celle de Tonks, le geste la surpris mais elle y perçut une émotion sincère.

oOo

Il avait été convenu que le retour des enfants à Poudlard devait se faire en Magicobus et non via le Poudlard Express par mesure de sécurité. Les élèves étant libres de se déplacer de la manière qu'ils le voulaient tant qu'ils respectaient les restrictions de transplanage liées à l'âge, tout moyen de locomotion, même les balais, étaient autorisés. Le seul inconvenant serait qu'ils atterriraient au plus près, à Pré-au-Lard. Les jumeaux avaient bien essayé de négocier un transplanage, Mrs. Weasley finit par perdre patience au bout de la quinzième demande. Amalia vint visiter une dernière fois Sirius avant son départ et dire au revoir à tout le monde. Depuis le hall, elle entendit les enfants chahuter en remettant leurs animaux de compagnie dans les cages prévues à cet effet et ranger tous leurs effets dans les malles de voyage.

Espérant voir le maître des lieux, elle descendit jusqu'à la cuisine, sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller le portrait de Mrs. Black, des éclats de voix provenaient d'en bas. En ouvrant la porte, rien n'aurait pu la préparer à ce qu'elle allait découvrir.

Sirius et Severus étaient face l'un à l'autre, leurs baguettes à quelques centimètres du visage de leur adversaire, Harry à moitié sur la table essayait de les séparer, il poussait de toutes ses forces son parrain qui refusait de bouger.

- Harry, laisse-nous ! gronda-t-il.

- NON MAIS JE RÊVE ! Amalia hurla, furieuse de les trouver brandissant une arme. SÉPAREZ-VOUS !

- Sirius ! S'il te plaît ! implora Harry, une pointe de panique dans la voix.

- Laissez-nous régler ça une bonne fois pour toute ! répéta Sirius, la mâchoire crispée.

Derrière Amalia, la porte de la cuisine s'ouvrit en grand et la famille Weasley accompagnée de Hermione fit une entrée triomphale. Arthur Weasley était là, appuyé sur des béquilles, rayonnant de joie malgré sa mine fatiguée. Tout le monde se figea en voyant les deux sorciers se tenant mutuellement en joue, Harry à cheval sur la table et Amalia les deux mains en l'air pour les écarter. Ils finirent par baisser leur garde, certainement gênés par les témoins de la scène et Rogue adressa à Harry un bref rappel du rendez-vous qu'il lui avait fixé pour son premier cours d'Occlumancie deux jours plus tard. Il fit volte-face et s'engouffra dans les escaliers en évitant de croiser l'expression courroucé d'Amalia qui, il espérait, serait pour Sirius.

Rapidement, Mrs. Weasley organisa le dernier repas tous en famille avant l'absence prolongée de toute sa tribu. Le retour de Mr. Weasley apporta un relent d'allégresse que Sirius ne parvint pas à gâcher malgré ses regards noirs et son air maussade à peine cachés derrière des rires forcés. Amalia le coinça alors qu'il sortait du garde-manger une bouteille d'un digestif sirupeux dont ils avaient déjà bien entamé pendant les fêtes.

- Sirius, tu peux m'éviter mais il va falloir que nous discutions toi et moi avant mon départ pour Poudlard.

- J'ai le droit à un traitement de faveur ?

- Ne crois pas qu'il n'en entendra pas parler…

Elle pointa un index dans la direction de son ami.

- Puisque l'on parle d'équité, si tu passais la nuit ici ? lui lança-t-il un sourire malicieux aux coins des lèvres.

- Soit, si j'arrive à te parler que de cette manière, je reste ici ce soir.

Sirius la poussa dans la cuisine où tous les adultes les attendaient pour terminer le repas pendant que les enfants se préparaient à aller au lit une dernière fois dans la demeure des Black.

L'usage de la magie dans cette maison facilita un peu le départ d'Amalia qui avait déjà terminé ses paquets pour son retour à l'école. En rentrant dans la chambre de Sirius, elle reconnut les portraits figés aux murs ainsi que les trois cadres qu'elle lui avait offerts à Noël. Il s'affairait à taper les oreillers pour les regonfler un peu.

- Hé, Lunard a dormi ici ? Ça sent le chien mouillé… Sirius la regarda en biais. Ah pardon ! Tu t'es transformé quand ?

L'homme lui envoya un des coussins au visage avant de la faire tomber sur le lit.

- Interdiction de me chatouiller tant qu'on n'aura pas parlé sérieusement ! l'avertit-elle en reculant à l'opposé du matelas.

- D'accord, fâchons-nous puisque c'est ce que tu cherches depuis son départ tout à l'heure ! Sirius avait repris une expression crispée. Notre discussion ne te regardais pas, tu n'avais pas à intervenir !

- Et qu'est-ce que j'aurais dû faire ? Vous laissez vous entre-tuer devant Harry ?

Amalia parlait d'une demi-voix pour ne pas réveiller les autres occupants de l'étage.

- … Je t'avouerais que sur le moment, je ne pensais pas à lui.

- Et une fois de plus, c'est à moi d'assurer le rôle de l'adulte. Ton filleul était perdu, tu allais te battre avec son professeur. Je sais que ce n'est pas l'amour fou entre eux mais n'attise pas les flammes. Harry devra être concentré sur ses leçons d'Occlumancie et s'il est comme Cornedrue…

- Et alors ? S'il est comme James, il l'enverra sur les roses à la moindre provocation !

Amalia soupira en se glissant sous la couette.

- C'est ce que je viens de te dire, je suis l'adulte, quelle est ta place ?

Sirius croisa les bras en silence, il resta debout.

- Tu sais que l'animosité qu'il éprouve envers Severus va compliquer les choses. On a vraiment tous besoin qu'il ferme son esprit. Alors s'il te plaît, avant de partir, calme les choses et je m'engage à surveiller ce qui se passera pendant ses cours supplémentaires.

L'homme souffla et tira les draps pour rentrer à son tour dans le lit, il marmonna des mots sur le fait qu'elle était moralisatrice, ennuyeuse et surtout utopiste tout en se blottissant dans ses bras.

- Tu as fini de râler ? L'homme répondit par un grognement. C'était quand la dernière fois que l'on s'est retrouvé que tous les deux pour parler ? demanda-t-elle en fixant les tâches d'humidité au plafond.

- Avant la mort de Lily et James, j'étais venu te voir en France pendant tes vacances d'été.

- Ah oui ! Tu m'avais ramené des photos de Harry sur le balai que tu lui avais offert ! Il était tout mignon. C'était juste après notre fuite...

Les années sont passées à une vitesse folle, elle lui caressait les cheveux d'une main, sa peau sentait un mélange d'eucalyptus, de citronnelle et de menthe poivrée[2]. L'odeur lui évoqua des souvenirs d'enfance joyeux.

- J'ai été heureux de tous vous avoir pendant les fêtes, je n'avais pas ressenti une telle reconnaissance depuis des lustres.

- Pourtant, ces semaines m'ont semblé tumultueuses par moment !

Amalia riait pendant que Sirius se raclait la gorge en signe de réprobation.

- Le reste du temps, je vois peu les membres de l'Ordre. Il y a Lunard parfois mais il préfère rendre visite à Tonks. Ils se donnent rendez-vous comme des adolescents dans des parcs, des cafés,... Et il vient tout me raconter ensuite !

Sirius prit une voix dégoûtée.

- Oh ! Ne sois pas médisant ! C'était adorable, ils se cherchent, cela rajeunit Remus en plus il est tout timide face à elle. Je trouve qu'ils vont bien ensemble, ils se complètent !

Dans la chambre, les ombres de la rue projetaient des jeux de lumières et d'ombres sur les murs défraîchis, la tapisserie tombait par endroit et l'odeur de chien mouillé persistait. Après de longues minutes de silence, Amalia ajouta.

- Tu sais, j'aimerais pouvoir parler à Harry...

- C'est une mauvaise idée et je suis du même avis que Dumbledore pour une fois.

- Je sais, c'est juste difficile, tu comprends ? Je le vois et ne peux rien lui dire.

- Et moi je peux lui dire et ne le vois pas, tu saisis l'ironie de notre situation ?

- Mouai...

La jeune femme continuait à passer sa main dans les boucles de son ami dont le souffle de plus en plus régulier indiquait qu'il s'endormait dans ses bras. Enfants, ils restaient de longues heures à parler de leurs rêves et de leurs espoirs, cachés sous la couverture et Sirius finissait toujours pas se mettre à ronfler, terrassé par le sommeil. Il prétendait que c'était la peau douce et la chaleur d'Amalia qui le berçaient ou alors un pouvoir mystérieux provenant de ses mains.

- Am', tu seras toujours là pour Harry ? prononça-t-il d'une voix lointaine.

- Promis.


[1] Gel douche The Olive Branch - Lush

[2] Savon Outback mate - Lush

Chapitre suivant : La bataille des quatre maisons

Note : Ne ratez pas le chapitre suivant, c'est un moment épique ! ;)