CHAPITRE 6
C'était dans une atmosphère tout de même assez tendue qu'Hermione et Drago étaient tous deux accoudés à la barrière d'un enclos dans lequel évoluait une douzaine de chiots au pelage légèrement doré. Ils observaient dans un silence religieux les nouveaux nés de quelques heures qui, les yeux encore fermés, tentaient de trouver une mamelle libre d'un frère ou une sœur sur une maman bien fatiguée de la mise à bas. A la fois parce qu'ils étaient subjugués parce qu'ils avaient sous les yeux, et également parce qu'ils étaient tous deux gênés des échanges précédents.
Sans se tourner, Malefoy coupa court à ce silence lourd en lançant :
« Ça ne change rien entre nous tu sais. »
« De quoi ? »
« Ce que je t'ai montré. Ça n'était pas pour avoir ta pitié ou quoi ou qu'est-ce. Ça ne fait pas de nous des meilleurs amis. Ni des amis d'ailleurs. Des simples connaissances qui vont gentiment continuer à se haïr. »
« Je ne te hais pas Malefoy. »
« Tu devrais. Moi je me hais. »
« Drago… »
« Ça suffit Granger, il n'y a pas de Drago qui soit. Pour toi c'est seulement Malefoy ou encore mieux tu ne m'appelles pas du tout. Franchement là, tu veux vraiment pas rentrer chez toi ? T'en as pas marre ? »
« Pourquoi ? ».
« Pourquoi t'en as pas marre ? Bah écoute, je me pose la même question, tu dois quand même être sacrément maso pour accepter de te plier à mes ordres sous cette chaleur en plus. »
« Non pourquoi tu te hais. »
« Oh mais c'est pas vrai ça, stupide Gryffondor têtue ! Tu n'écoutes donc pas ce que je dis, on n'est pas amis, je ne vais certainement pas te confier mes états d'âmes. »
« Mais… »
« Stop ! Granger ! Maintenant ça suffit ! Soit tu m'aides en silence et sans poser de question, soit tu dégages. »
La jeune femme tint sa bouche fermée et les sourcils froncés.
Puis elle opéra un demi-tour et s'en alla. Dans sa tête, les pensées allaient à mille à l'heure.
« Non mais pour qui il se prend ce grand chef. J'ai mal partout, j'ai cramé au soleil, je me suis pliée à toutes ses demandes et il n'est pas capable d'avoir un mot sympa. J'essayais juste d'être gentille moi. Espèce de sale fouine mal léchée. »
Puis elle enfourcha sa bicyclette bleue et passa le portail du refuge.
L'après-midi était déjà bien entamée quand Hermione arriva chez elle.
Sans avoir à réfléchir, elle se dirigea directement dans sa salle de bain tout en ôtant un à un ses vêtements remplis de poussière et de transpiration.
Elle les fourra dans le tambour du lave-linge qui avait été déjà rempli au préalable dans l'optique de son habituel machine de fin de semaine puis lança le programme.
Elle rentra dans sa douche avant même d'avoir ouvert le jet d'eau et fait préchauffer l'eau. Une cascade glacée s'abattue alors sur la chevelure de la jeune femme. Elle ferma les yeux et tenta de détendre ses épaules et l'ensemble de ses muscles malgré la morsure agressive de l'eau gelée sur sa peau.
Elle baissa la tête et regarda l'eau s'écouler, d'abord légèrement marron avec quelques brins de foin et de paille qui lui avaient collé à la peau, pour finir par être translucide.
Elle tourna ensuite le mitigeur afin de réchauffer légèrement l'eau avant de la couper.
Elle entreprit de se nettoyer puis songea au fait que rien, ni personne, ne l'attendait en cette fin d'après-midi et qu'elle pouvait donc bien prendre ce temps pour elle et s'octroyer tous les soins qu'elle avait rarement le temps de faire et encore moins en semaine.
C'était donc parti pour un bon gommage intégral ainsi que tout un rituel de soins pour ses cheveux.
Après avoir passé une bonne demi-heure dans sa douche, la lionne en sorti en s'emparant du peignoir propre qu'elle avait accroché en amont d'une main et saisis de son autre main libre une serviette dans laquelle elle entortillerait par la suite ses cheveux mouillés.
Quitte à prendre le temps pour soi, autant le prendre intégralement et jusqu'au bout.
Après s'être minutieusement séchée, elle tâcha de trouver sa crème hydratante pour le corps.
Où est-ce qu'elle avait bien pu la fourrer encore, certes elle ne s'en servait que tous les 36 du mois mais quand même. Ah la voilà.
Elle tenta tant bien que mal de se l'appliquer en essayant de se faire un espèce de massage drainant sur les jambes comme lui avait montré une esthéticienne qu'elle avait vu lors d'un rendez-vous.
Ça faisait vraiment du bien de dénouer tous les nœuds de tensions qui s'étaient accumulés ses dernières semaines. Et plus particulièrement ces dernières heures.
Nom de dieu, ça avait été quand même sacrément physique aujourd'hui. Enfin, ça lui changeait de son quotidien à être assise derrière un bureau.
Elle soupira de frustration en pensant à la tonne de travail qui l'attendait le lendemain.
Puis souri en se disant que son dimanche n'était pas encore terminé et qu'il était donc bien trop tôt pour recommencer à angoisser.
Hermione avait bien changé là-dessus, elle avait fini par comprendre après un léger burn-out qui s'était terminé aux urgences, que plus elle donnait, plus on lui en demandait et moins elle recevait en échange. Alors elle avait appris à lever le pieds. Et elle ne s'en portait pas plus mal.
Sans les mettre tous dans le même panier, les chefs d'entreprises étaient quand même pour la plupart, plus intéressés par le montant des dividendes qu'ils pourraient percevoir à la clôture de leur exercice qu'au bien être des salariés. Et encore plus dans le mondes des avocats spécialisés en droits des affaires ou des cabinets d'expertise comptable. L'argent avait la fâcheuse tendance à faire ressortir le pire chez l'homme.
L'argent et le pouvoir en général en fait. Et que cela soit chez les moldus ou dans le monde sorcier c'était du pareil au même. Comme quoi ils se ressemblaient quand même tous bien plus que ce que les Malefoy et la plupart des sang-purs pouvaient penser.
Après avoir posé tant bien que mal des petits patchs sur les poches qui s'étaient formées sous ses yeux, elle sélectionna un vernis à ongle couleur bleu lavande puis se dirigea dans son salon direction le canapé.
Une fois avoir pris toute la peine du monde pour l'appliquer de la manière la plus précautionneuse qui soit, elle étendit ses jambes sur sa table basse et repris le livre qu'elle avait laissé ouvert à l'envers la veille.
Une histoire d'amour moldue. Non pas qu'elle raffolait de ce genre de lecture habituellement, mais une fois de temps en temps, ça faisait quand même du bien de lire ce genre d'histoire.
Hermione, complètement absorbée dans son histoire de pêcheur devenu chanteur qui bien évidemment tomba amoureux de la jeune femme qui l'aidait dans sa démarche, n'avait pas vu les heures défiler. Ainsi, la fin de journée laissa place au début de soirée.
C'est toujours enveloppée dans son peignoir qu'elle se dirigea dans la cuisine afin de fouiller le réfrigérateur et les placards. Pas de festin de roi en vue, un truc simple et rapide à faire mais quand même plutôt savoureux. Et surtout, quelque chose de frais pour survivre à cette journée harassante. C'est donc après voir sélectionné un concombre, des tomates, oignon et poivron qu'elle s'attela à préparer un taboulé.
Elle actionna sa baguette afin que cette dernière hache en petits morceaux l'ensemble des fruits et légumes, ajouta dans le saladier de la semoule sèche et versa généreusement sur le dessus du jus de citron et de l'huile d'olive. Pendant qu'une cuillère en bois était occupée à mélanger le tout, Hermione fouilla une dernière fois les placard à la recherche du saint graal : les raisins secs.
Il fallait avouer qu'elle les tolérait uniquement dans le taboulé. Enfin tolérait.., adorait dans le taboulé, par contre dans le reste de la cuisine c'était clairement de l'abjection. Mais ceux-là étaient spécialement sélectionnés, ça n'était pas de simples raisins secs et rabougris, non déjà il s'agissait de raisins jaunes et en plus ils étaient d'un moelleux. Ça changeait clairement la donne. Ça faisait même clairement toute la différence en fait.
Une fois son taboulé terminé, elle plaça le récipient au frigo afin que la magie de la cuisine fasse effet et que la semoule gonfle tranquillement. Ça lui laissait le temps d'aller démêler ses cheveux qu'elle avait un peu oublié, enserrés dans sa serviette, tant elle avait été absorbée par sa lecture.
Tout en se brossant les cheveux de manière énergique, elle repensa à sa journée.
« Non mais quel mufle sérieusement. J'ai été bien gentille de prendre sur moi aujourd'hui, mais alors dimanche prochain il va m'entendre. Enfin non, même pas dimanche tiens. Je vais retourner à la boutique et il verra bien si « je n'ai rien à faire ici », non mais oh, pour qui il se prend celui-là avec ses grands airs. »
Agacée par la tournure de ses pensées, Hermione retourna dans la cuisine afin de se servir une portion généreuse de taboulé puis s'installa à table.
La première cuillérée dans sa bouche, c'est une explosion de saveur qui procura à ses papilles une vague de plaisir. Ce petit côté sucré/salé/acidulé était décidément un régal et son petit péché mignon pendant les temps chauds.
La moitié de son assiette avalée, ses pensées reprirent le dessus.
« Je n'en reviens pas qu'il ait osé en venir à des mesures pareils. Se couper le bras… C'est triste que le Ministère n'ait pas pris plus de mesure concernant la réhabilitation des ex-mangemorts… ils ont peut-être estimé que le Magenmagot n'avait pas été assez sévère avec les peines lors des audiences… Je me demande s'il est droitier ou gaucher et s'il peut encore se servir de sa baguette. Il faudra que je fasse plus attention la prochaine fois. »
C'est vrai qu'elle ne l'avait pas vu se servir une seule fois de sa baguette aujourd'hui. Bien qu'ils se trouvaient dans un lieu moldu, dans ses souvenirs Malefoy était si peu respectueux des règles et se sentait tellement supérieur aux autres que cela l'avait étonné qu'il travaille uniquement de ses mains. Enfin de ses mains … de sa main et de sa prothèse de main.
Après avoir terminé son repas, Hermione ne pris pas sa tisane quotidienne dans son canapé.
Elle était tellement cassée par la journée qu'elle venait de vivre qu'elle passa directement par la case brossage de dents-pipi-et au lit tant elle était extenuée, après avoir pris le soin de bien étendre la machine qui avait terminé son cycle afin que ses affaires ne sentent pas le renfermer en passant la nuit dans la machine.
Elle ne prit pas non plus la peine de poursuivre sa lecture, bien que celle-ci l'avait bien gardé en haleine un peu plus tôt. Elle n'avait vraiment qu'une envie, c'était de plonger dans les bras de Morphée.
Et c'est sans la moindre difficulté que la jeune femme s'enfonça dans un sommeil profond et ce, sans l'intervention d'une potion pour un sommeil sans rêve ou d'un médicament moldu qui l'aidait généralement à trouver sommeil.
Cela faisait bien longtemps.
Le lendemain, Hermione entrouvrit difficilement ses paupières. Elle tourna délicatement sa tête sur le côté afin d'apercevoir l'heure affichée sur son radio réveil. Ce dernier indiquait qu'il était 7 heures 30. Sa nuque la lançait.
Elle venait de passer une nuit de dix heures. Pas de cauchemars, pas de Pattenrond, pas de chef tyrannique ni de mage noir. Oui, ça faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas eu une si bonne nuit.
Hermione pris conscience que ça n'était finalement pas que sa nuque qui la lançait, mais bien son corps entier. Elle n'était pas en retard sur son planning, elle prit donc le temps d'étirer tous ses membres avant de sortir de son lit.
Une fois levée, elle reprit son petit rituel du quotidien puis, ses chaussures enfilées, elle quitta son domicile et se rendit à pied à son travail.
Clairement aujourd'hui, elle allait faire le minimum syndical. Elle avait de la chance d'avoir un poste avec des horaires flexibles.
C'est-à-dire qu'elle pouvait arriver au plus tard le matin à 9 heures 30 et partir au plus tôt à 16 heures 30. Tout en sachant qu'elle avait droit à une pause de 2 heures entre midi et deux avec un minimum d'une heure.
Quelle riche idée elle avait eu de quitter son job précédent. Elle ne savait pas à quoi ressemblait l'enfer, mais son ancienne entreprise s'y rapprochait incontestablement.
Le nouveau cabinet dans lequel elle travaillait, n'était pas parfait loin de là, l'organisation était à revoir, mais néanmoins, le management était porté sur l'humain et les collaborateurs avaient une grande marche de manœuvre. La boîte avait fait un énorme bon en avant sur les conditions de travail quand l'associé majoritaire avait fait une tentative de suicide.
Enfin ce sont les grandes lignes qui avaient été rapidement expliqué à Hermione lors de son entretien d'embauche car ça ne faisait pas longtemps qu'elle était salariée dans cette entreprise et cet accident était intervenu quelques années auparavant.
Bon c'était quand même clairement pas le boulot de ses rêves et la jeune femme savait très bien que ça n'était qu'une période transitoire afin de réaliser ses projets, mais toute expérience était bonne à prendre, et tout salaire également.
Ses projets elle en avait quelques-uns, rien de concrets, et ça ne servait à rien de précipiter les choses. Cela viendrait quand ça viendrait.
Après avoir fait le tour des bureaux pour dire bonjour, elle s'installa derrière son ordinateur qu'elle mit en route.
Elle leva les yeux au ciel suite à l'ouverture de sa boite mail. Une trentaine de mails étaient arrivés durant le week-end.
Dans le tiroir de son bureau, elle attrapa son casque et lança de la musique via une application de musique sur son téléphone. Il allait bien falloir ça pour l'aider à affronter la journée et les clients quelques peu capricieux.
Dès l'ouverture du premier mail ça commençait bien. Un client à qui elle avait envoyé un devis pour une constitution de société avec une demande de pièce il y a de ça un bon mois et demi, lui avait seulement répondu ce week-end en indiquant qu'il avait absolument besoin du projet des statuts car il avait rendez-vous à la banque ce lundi après-midi même.
« Mais oui mais bien sûr mon coco. Un croissant et un petit café en même temps peut-être ? Merde je ne suis pas à ta disposition, j'ai peut-être d'autres urgences à traiter. »
Si il y a bien un chose qui l'agaçait fondamentalement dans son job, c'était clairement ce genre de cas, des clients qui se croient seuls au monde et qui attendent que l'on réagissent au doigt et à l'œil.
En fonction de son humeur, soit Hermione s'exécutait en ronchonnant, soit elle prenait un malin plaisir à mettre le mail de côté afin de le traiter ultérieurement.
« Fallait anticiper, merde ! »
Elle changea la piste de la musique. Un peu de pop rock pour rebooster le moral en ce lundi matin un peu grisonnant. La température était bien redescendue durant la nuit, très clairement on ne partait pas sur la même météo que celle de la veille.
Une playlist de pop rock lancée afin de la mettre en joie, Hermione décida de prendre sur elle et s'affaira à rédiger le projet des statuts demandés. Puis les tâches et les rendez-vous clients s'enchainèrent sans qu'Hermione ne voit la journée défiler.
Les bureaux commençaient doucement à se vider quand Hermione releva la tête de son écran.
S'asseyant dans le fond de son fauteuil, elle fit le point sur le travail effectué et sur celui restant à faire qui était repoussé au lendemain.
Sa tâche terminée, elle empoigna son sac à main, refis le tour des bureaux afin de dire au revoir puis se dirigea à l'extérieur du bâtiment.
Naturellement, elle marcha afin de retrouver Thomas, son barman préféré.
Accoudée au comptoir en attendant que ce dernier prenne sa commande, elle ressassa le fil de sa journée. Effectivement, pas de nouvelles courbatures en vue contrairement à sa journée d'hier mais clairement, elle n'avait pas la même fatigue et n'exprimait pas la même satisfaction en cette fin de journée. Même si ça n'avait pas été facile la veille, voir même éprouvant, c'était quand même bien plus satisfaisant d'être en extérieur en compagnie d'animaux et de respirer l'air pu, plutôt que d'être enfermée en intérieur avec des gens bien souvent aigris.
Thomas ayant terminé son encaissement, se retourna vers Hermione et lui adressa avec un sourire :
« Gin'tonic ou whisky ? »
« Un peu d'exotisme aujourd'hui, ça sera une Pina Colada pour moi Monsieur »
« Eh bien, on fait des folies en ce moment. Si tu n'avais pas ce si joli regard qui fait que je te reconnaitrais entre mille, je serai presque sûr que je n'ai pas Hermione en face de moi, tellement ce changement de cocktails me surprend. »
Effectivement, les habitudes d'Hermione avaient la vie dure ces derniers temps.
