Un grand merci à Lexyann pour sa review.
Sifoell m'a demandé d'écrire sur le thème de l'Obssesion.
J'espère que cela vous plaira.
Théo avait ses petites manies. Oh, rien de bien méchant, juste un peu serpent. Se laver les mains après la douche, plier sa serviette en cinq, ne jamais commencer une partie d'échecs, mais bouger en premier ses pions aux dames, fixer votre nez ou votre nombril quand il vous répondait, ne jamais prêter attention à Daphné, oui, Théo était un garçon bizarre. Étrange. Étranger. Froid, blizzard. Bizarre, oui.
Alors bien sûr, la sublime, la magnifique, la mirifique, la mystique, la Daphné n'aurait jamais avoué que ce drôle de type plein de tics l'obsédait. Elle s'était mise à le suivre, discrètement, de temps en temps. Puis plus souvent. Avant que ça ne bouffe tout son temps. Littéralement. Elle était dévorée, elle disparaissait. Dans le vide. D'ailleurs, elle était forcée de constater que Théo n'allait nulle part.
Elle ne l'aimait pas. Elle ne savait même pas comment ça avait commencé. Ou elle ne préférait pas y penser. C'était la faute à l'autre décérébré. Enfoiré. Mais voyons, Greengrass, arrête un peu de crier, je t'obsède tant que ça ? Regarde, Nott aussi n'en a rien à faire de tes faux cheveux blonds. Beaux cheveux blonds, Blaise. Beaux cheveux blonds. Je vais te lâcher mes chevaux petit bouffon. Il avait raison. Pour Théo elle n'était rien de plus que l'un de ses pions. Elle aurait dû se rappeler que Nott ne commençait jamais une partie, il se contentait d'aplatir son adversaire, à la fin.
Ah, la faim… C'est un truc qui allait la tuer, Daphné. Et pas que la métaphorique. Pas que celle de la peau de Blaise. Elle n'avait pas mangé depuis la veille. Théo avait décidé de sauter son repas, elle avait décidé de sauter sur l'occasion. Ça vous creuse, une obsession. Quoique, Zabini, quand elle en aura fini, elle pourra toujours le manger. Les trophées de chasse dans le salon, c'est tellement démodé. Surannés. Un peu comme leurs baisers. Il y avait longtemps que Blaise ne l'avait pas... Quoi d'ailleurs ? Cela faisait longtemps que Blaise ne l'avait pas. Elle avait peut-être perdu.
Elle s'était perdue et Nott aussi. Où était-il ? La question lui martelait la tête. Que faisait-il ? Non, elle s'en fichait. Tout ce qu'il fallait c'est qu'il la regarde. Qu'il ne la quitte pas des yeux. Qu'il ne la quitte jamais. Sans qu'elle n'ait jamais à lui préciser de rester. Mais qu'est-ce que tu racontes ? Crève, Blaise. Meurs. Je m'en fous. Casse-toi. Brise-toi. Que je puisse t'emporter. Laisse-moi. Enlace-moi. Lasse-moi. Que je puisse me quitter.
« Pourquoi tu pleures, Greengrass ? »
Le ton n'est pas si froid, d'ailleurs il n'est pas. Il a dit ça, elle ne sait pas, comme s'il avait répondu, « 1256, révolte des gobelins de Suède », en regardant la pluie battante.
Alors, elle explose de rire.
«- Je ne pleure pas, voyons. J'ai une tête à pleurer ?
- — Tu sais, Blaise, lui, il ne pleure pas. Jamais.
- — Grand bien lui fasse.
- — Je ne pense pas que tu lui fasses un grand bien.
- — Moi non plus.
- — Alors pourquoi tu fais ça ?
- — Exister ? Je ne sais pas, j'ai jamais su. J'ai jamais pu.
- — Arrête ton mélo, tu veux ? Pourquoi tu me suis, pourquoi tu le fuis ? »
Diane s'est faite chasseresse. Daphné est née pécheresse. Elle s'avance. Sensuelle. Danse, envoutante, charnelle. Dès la première note, il n'avait aucune chance. Daphné, c'est la seule transcendance. Faussement pudique, purement ironique, elle rajuste l'insolente bretelle qui est partie caresser son avant-bras. Lascive. Elle soupire. Pose sa main sous son menton. Ses longs doigts, ongle vert jalousie, teinte numéro huit, jouent dans la barbe naissante, Théo ne fait plus le malin. Théo ne fait plus rien. Gamin. Bouche bée, ils lui ont tous fait. Il a dû voir un truc briller dans ses yeux. Y a jamais rien qui brille dans Daphné. Rien pour de bon ? Rien de bon.
- « Peut-être que je t'aime, qui sait. Toi, tu sais ? »
L'éclat l'a ébloui, elle ne l'a pas vu reprendre ses esprits.
- « Laisse-moi rire Daphné. Rassure-toi, je ne t'aime pas non plus. Oh, je reconnais que tu n'es pas idiote, jolie, on dirait même que tu flottes.
- — Aimable. T'as du feu ?
- — Toi, tu crames.
- — Tu m'agaces.
- — Tu m'as cherché, tu m'as trouvé.
- — Je t'ai chargé, je t'ai troué.
- — Faux. Je ne suis pas, Blaise, tu sais.
- — Malheureusement. »
Celle-là, il ne l'attendait pas.
- « Tu aurais voulu m'aimer ?
- — Non. J'aurais voulu qu'il y ait plus de Blaise.
- — On m'avait dit, il m'avait dit que tu étais le prélude du chaos. L'appel à la destruction. Mais vouloir plus de crétins non consanguins à la Blaise Zabini, c'est du grand art.
- — Il serait plus simple à trouver.
- — Tu ne préfères plus trouer ?
- — J'aurais préféré savoir l'aimer.
- — T'es plus du genre obsédé, Daphné.
- — Tu crois ?
- — Ouais.
- — J'aime bien l'idée d'être un genre de fille. On n'est pas seuls quand on est un genre, non ? On nait pas seule. Hein, Théo, Théo ? Théo. »
Il avait disparu. Comme ça. L'obsession. Qui sait ? Elle l'avait peut-être rêvé ? Qui le saurait ? Personne ne s'en souviendrait. Personne ne se souvenait de Daphné, elle ne faisait que marquer. Souiller. Encore et encore. Jusqu'à la mort. Les ténèbres.
La nuit, enfin. Elle ne voit plus rien.
« Daphné, où étais-tu partie te planquer ? Il faut que tu arrêtes de te cacher. Faut que t'arrête t'arrêtes de trembler.
- — Je sortais prendre l'air. Et tu viens me le bouffer.
- — Je peux m'en aller.
- — Maintenant que t'es là… »
Elle a fait un geste de la main, laconique. Il a explosé de rire. Elle a agité ses cheveux pour le chasser. Son rire. Et puis derrière, tout derrière, elle a souri.
- « Dis, Blaise.
- — Blaise.
- — Idiot.
- — Oui ?
- — Tu ne trouves pas que Théo il est bizarre ?
- — Non.
- — Pourquoi ?
- — Parce que je le connais. Quand tu apprivoises un monstre, il te parait touchant. Séduisant.
- — Tu es très beau ce soir.
- — Je te ha… »
Elle a plaqué sa bouche sur la sienne.
- « Il a dit que tu flottais, j'aurais dit que tu te noyais. »
Maintenant, Daphné savait que Théo sautait les repas du soir pour se rendre à la volière sans jamais y envoyer de courriers, qu'il souriait quand Luna la Serdaigle venait lui parler, que toute cette histoire de Sombrals n'était que du vent, la nuit, il restait tranquillement dans son lit, quand il préparait un mauvais coup, il ne touchait pas à ses cheveux, n'avait aucun sourire sadique, grattement d'oreille ou autre reniflement, rien, il se perdait dans la masse et trouvait son chemin jusqu'à Drago, qu'il marchait lentement, très lentement, que sa couleur préférée était le gris, qu'il était plus enclin à parler après le repas du midi, que sa fête préférée était le premier avril, bien que ce soit surprenant étant donné qu'elle ne l'avait jamais vraiment entendu rire, elle savait qu'il ne supportait pas que sa mèche de cheveux ne couvre pas ses sourcils, qu'il tenait très bien l'alcool, trop bien l'alcool, qu'il avait couché avec Ingrid, une fois, peut-être plus, que sa mâchoire partait un peu sur le côté. Oui, elle en avait appris des choses sur Théo. Beaucoup. Mais là, seule, dans le parc, à contempler les veines s'agitaient convulsivement sous la peau tannée de Blaise, elle s'était dit, que peut-être, ce n'était pas lui qui l'obsédait. Il y avait un autre requiem dans sa tête.
Zabini préférait la Fugue.
Alors pour faire bonne mesure il la jeta à l'eau.
Et son rire avait tout englouti.
Merci à Ellie pour ses corrections.
