Chapitre 16 – La visite du Ministre

La Grande Inquisitrice avait pris ses responsabilités très au sérieux, en particulier depuis la publication des décrets n° 26 et 27. Le premier interdisait aux professeurs de divulguer la moindre information ne concernant pas directement les matières pour lesquelles ils étaient payés le second empêchait les élèves de détenir un exemplaire du Chicaneur, le magazine édité par le père de Luna Lovegood. Bien entendu, Amalia s'était fait une joie de proposer aux Gryffondor de leur tenir un journal pendant qu'ils lisaient la longue interview que Harry Potter avait accordée à Rita Skeeter, puisque aucun des décrets ne le lui interdisaient. L'article dévoilait les détails du retour de Lord Voldemort et le magazine avait connu un réel succès au grand dam du Ministère. Pourtant, Ombrage était détendue et souriante quand elle convoqua tous les enseignants et le directeur de Poudlard dans la salle attenante au réfectoire.

- Hum hum !

Le silence se fit immédiatement comme un réflexe de survie de la part des professeurs.

- J'ai une excellente nouvelle à nous annoncer. Le Ministre de la Magie est ravi des progrès accomplis à Poudlard depuis le début de l'année scolaire et souhaite féliciter les acteurs de ce travail en personne. Ainsi, Corneli… Je veux dire, Monsieur le Ministre - Ombrage se reprit avec un teint empourpré - nous fera l'honneur de sa visite samedi prochain. Je compte donc sur vous tous pour que ce moment soit une vitrine d'exemplarité.

Son visage de crapaud rayonnait d'un air béat. Cette rencontre représentait l'aboutissement de son travail de répression et d'oppression dans l'école depuis six mois, elle devait déjà s'imaginer recevoir une quelque conque décoration ridicule avec un gros nœud rose. Pour sa part, Dumbledore ne laissa paraître aucun sentiment sur son visage ridé et se leva sans un mot pour reprendre le cours de sa journée.

oOo

Le collège était en branle-bas de combat depuis l'aube, Rusard courait partout pour fignoler le ménage sous les ordres fébriles d'une Inquisitrice échevelée. Le directeur les observait, l'air serein et laissait Peeves piéger les portes avec des seaux d'eau ou répandre de grands flacons d'encre dans les couloirs. Les tentures des quatre maisons avaient été lavées et étendues sur la façade du château ainsi que dans le faux ciel de la Grande Salle. Même la bibliothèque avait eu le droit à ses rénovations : toutes les étagères étaient dépoussiérées, les lampes à huile descendues, vidées et réalimentées, facilitant ainsi grandement la lecture. Le concierge réussit enfin à enfermer Peeves dans un sort que lui avait préparé Ombrage si bien qu'à 10h quand la délégation du Ministère arriva sur les allées déblayées par Hagrid, les élèves attendaient en rang dans le hall et leurs professeurs à l'extérieur dans le vent glacial de février.

- Si avec tout ceci Fudge n'est pas content, rien ne pourra le satisfaire ! marmonna McGonagall à Flitwick avant d'afficher un sourire de circonstance.

- Bonjour Cornelius, déclara Dumbledore les bras grands ouverts comme si leurs différents n'existaient qu'en dehors des murs d'enceinte de Poudlard.

Son interlocuteur lui répondit plus sobrement et avec retenue en insistant sur son titre.

- Bonjour Monsieur le Directeur. Merci de nous recevoir aujourd'hui. J'ai conscience d'empiéter sur le temps libre de toute l'école.

- Ne vous en faites pas pour cela, les élèves ont été dispensé de devoirs pour le début de semaine ce qui libère aussi les enseignants. Rentrons pour vous faire visiter les lieux, bien qu'en qualité d'ancien élève, vous les connaissiez plutôt bien ! rit Dumbledore.

La visite était une mascarade nécessaire mais elle n'entacherait pas son éternelle bonne humeur. Une à une, les salles de classe furent parcourues par le petit groupe formé du Ministre, Percy Weasley son fidèle assistant – Amalia vérifia qu'il soit en bonne santé afin d'en informer Mrs. Weasley – le directeur de l'école et les représentants des maisons, une armée de chapeaux de toutes formes et couleurs suivit de près par Ombrage et Rusard. Lors de leur passage dans le cloître, la salle d'Histoire de la Magie et son professeur eurent l'occasion de recevoir des compliments sur la qualité des services rendus. Puis les élèves étaient invités à s'asseoir à leurs tables dans le réfectoire afin d'écouter religieusement un long et ennuyeux discours de leur Ministre sur l'importance de l'éducation, des réformes et décrets édictés par la Grande Inquisitrice, ainsi que le fait qu'ils étaient particulièrement chanceux d'avoir une personne aussi passionnée par la qualité de leur éducation. Parmi les Gryffondor, Fred et George gloussaient à chaque parole et le professeur McGonagall dut les sortir de la pièce par les oreilles sans pour autant perturber le discours. Ombrage écoutait avec une expression de sincère incrédulité qui lui donnait l'air d'une béatifiée. A la surprise générale, le Ministre gratifia le concierge de Poudlard de chaleureuses félicitations pour son engagement sans faille auprès de la Grande Inquisitrice alors qu'aucun mot ne fut adressé au directeur de l'école.

Enfin, dans un brouhaha, les étudiants cédèrent leur place à une collation entre le personnel du Ministère et le corps enseignant. Amalia tentait d'être aussi discrète que possible, vêtue du même tailleur que pour la présentation du prototype de leuru livre de potion, elle espérait que sa jupe ne soit pas trop désinvolte pour une visite officielle. Cachée derrière un fauteuil à dossier haut, une main pleine de bague lui saisit le bras pour la traîner vers Fudge, Dumbledore et McGonagall en grande conversation avec une secrétaire potelée à lunettes.

- Monsieur le Ministre, si vous le permettez, je vous présente le Professeur Richards qui a été très réceptive à mes sollicitations voyez-vous ? débuta Ombrage. Bien qu'une marge de progrès demeure...

Le professeur McGonagall réprima un fou rire dans une quinte de toux.

- Ah oui, Dolorès m'a longuement parlé de vous dans ses courriers…

Fudge profita de cette occasion pour tourner le dos à Dumbledore.

- Vraiment Monsieur le Ministre ? répondit Amalia avec une expression crispée entre la stupéfaction et le dégoût.

- Vous paraissez étonnée ! Ne soyez pas si timide, Dolorès sait reconnaître les gens de qualité !

Le crapaud rose était aux anges, Fudge continua.

- Elle m'a aussi dit que vous aviez remplacé un autre professeur au pied levé dernièrement. C'était charitable de votre part et cela démontre vos nombreuses qualités dans des domaines variés !

La Grande Inquisitrice eut du mal à prendre un air détendu. Lorsqu'elle avait écrit ces quelques lignes, c'était dans l'unique but de démontrer que la zizanie avait été semée dans l'école et eut pour conséquences des élèves malades et un professeur absent. Si elle s'était doutée que le Ministre y verrait une preuve de loyaux services...

- Ici le personnel a à cœur l'intérêt des élèves avant tout… La jeune femme lança un regard inquiet à Rogue qui écoutait d'une oreille. Cependant, après tout le travail que le Professeur Ombrage a accompli ici, je suppose qu'elle doit beaucoup vous manquer au ministère, non ?

La Grande Inquisitrice avait à présent le menton si haut qu'il était difficile de savoir si ses paupières étaient ouvertes ou closes. Pourtant, à la réponse du Ministre, son expression changea.

- Effectivement, nous songeons à lui accorder une promotion dès la fin de l'année scolaire et de la rapatrier auprès du cabinet privé. C'était une surprise mais puisque vous avez abordé le sujet…

- Quoi ? Hum, je veux dire, merci Monsieur le Ministre, cependant, j'ai un poste ici, à Poudlard. Si je pars, qui prendra ma relève ?

La femme avait le teint pâle et ses lèvres frémissaient.

- Pourquoi pas le Professeur Richards ? Vous en avez dit tellement de bien.

A cet instant, Amalia eut la sensation d'être frappée par le grand coup de pelle qu'elle réservait à Ombrage car elle ne s'attendait pas à une telle proposition. Elle savait pertinemment qu'une autre personne avait entendu Fudge et elle craignait plus que tout de relever les yeux vers lui.

- Monsieur le Ministère, c'est trop d'honneur pour une enseignante avec si peu d'expérience, minimisa Amalia. D'autres personnes sont nettement mieux placées que moi pour assurer un des cours les plus importants du collège.

- Oh, je ne suis pas de cet avis ! La Défense Contre les Forces du Mal tend à disparaître, qui en aurait besoin de nos jours ? ricana l'homme, Dumbledore le fixa avec une expression d'infinie irrévérence. En plus, vous avez bénéficié d'un net avantage par rapport aux autres professeurs en étant élevée par un mage noir !

Un silence gêné s'installa dans le groupe, Amalia perdit définitivement son sourire.

- Ex-mage noir, je crois que c'est ce que vous avez voulu dire, Monsieur le Ministre, répliqua-t-elle d'une voix froide. Si vous le permettez, je vais vous laisser. Monsieur le Directeur doit avoir mille choses à vous dire.

Elle pivota sur ses talons et alla vers Rogue pour s'expliquer avant qu'il ne se fasse des idées, malheureusement il était trop tard. En la voyant s'approcher, il se faufila entre les invités et disparut vers la bibliothèque. Amalia poussa la porte de la salle de lecture des professeurs pour y jeter un œil mais elle était vide, les rangées entre les étagères de la bibliothèque aussi, il ne restait que la réserve.

- Tu pensais vraiment avoir trouvé une bonne cachette ? demanda-t-elle en découvrant le maître de potions plongé dans un livre de gravures, au fin fond des rayonnages.

- Laisse-moi tranquille, je ne te le demanderais qu'une fois.

- Pourquoi est-ce que tu m'en veux ? Je n'ai rien fait pour que Fudge s'intéresse à moi ! Amalia tenta de se justifier cependant, le regard féroce que lui adressa Rogue la fit reculer.

- RIEN ? hurla-t-il. Comment oses-tu prétendre que tu n'as rien fait ? Je comprends mieux maintenant pourquoi tu as tellement insisté pour me remplacer quand j'étais malade ! Tu voulais simplement bien te faire voir par Ombrage pour qu'elle le répète à son cher Cornelius !

- Ne me parle pas sur ce ton ! Sa posture changea également. Tout ce que j'ai pu entreprendre concernant ce poste visait à TE mettre en avant !

- Ah oui ?

Ils parlaient tellement fort dans ce lieu d'habitude silencieux, qu'il y avait tout à parier sur le fait que Madame Pince devait toujours être à la réception et qu'aucun élève ne se trouvait ici à réviser.

- L'an dernier, tu ne comprenais pas pourquoi soudainement tous les élèves de Gryffondor avaient progressé en potions, non ? Hé bah oui, c'est moi qui les ai aidé ! s'écria-t-elle en levant les mains au ciel. J'espérais que Dumbledore se rendrait compte que tu étais un bon professeur si tes élèves avaient de meilleures notes, en particulier ceux de la maison que tu favorises le moins !

Rogue la toisa d'un œil mauvais, il avait du mal à croire qu'elle ait pu agir dans son intérêt.

- Tu sais lire dans les pensées des gens et à quoi cela te sert puisque tu n'y comprends rien ? Tu t'imagines que tout le monde te veut du mal même lorsqu'on essaye de te venir en aide ! Tu n'en a pas assez d'être toujours seul ?

- Et toi, ça ne te fatigue pas de toujours vouloir te faire apprécier de tout le monde, Miss Parfaite ? lança Rogue du tac au tac.

- Alors là Severus, tu es allé trop loin... J'ai toujours été de ton côté, j'ai pris ta défense contre Sirius quand il t'attaquait, je me suis opposée à Remus et à Tonks...

- Je ne t'ai rien demandé ! cria-t-il en reposant violemment le livre de gravures.

Le visage d'Amalia s'assombrit, ses paroles l'avaient atteinte plus que toutes les vacheries qu'il avait pu lui adresser auparavant même lorsqu'ils se détestaient. Alors, sans ajouter un mot, elle lui tourna le dos et prit le chemin de la Grande Salle. La mâchoire crispée, elle était furieuse de sa réaction, quel toupet ! Comment pouvait-il lui reprocher de l'avoir favorisé ? Elle repensa aux paroles de Sirius et se dit qu'au fond, il avait peut-être raison sur son compte...

En marchant, les poings serrés, elle se rendit compte que les mèches de son chignon tombaient ça et là sur ses épaules. Il n'aurait pas été convenable de se présenter ainsi devant les invités. Après quelques hésitations, les toilettes les plus proches étaient ceux en face de la bibliothèque. Amalia repassa devant la porte entrouverte du lieu et entendit des éclats de voix. C'était Madame Pince qui sermonnait quelqu'un.

- Tu es puéril de réagir de cette manière et tu finiras par le regretter !

- Je n'ai pas besoin que tu t'y mettes aussi ! lui souffla Rogue.

En s'approchant, l'indiscrète poussa la lourde porte ouvragée de la bibliothèque qui grinça bruyamment.

- Qui est là ? lança alors la bibliothécaire.

- Ce n'est que moi, Madame Pince. J'avais perdu quelque chose en chemin.

Le professeur d'Histoire montra une épingle à cheveux et jeta un œil pour s'assurer qu'elle avait bien reconnu la voix du maître de potions mais il s'était déjà dissimulé au milieu des rayonnages. Madame Pince fit une moue dédaigneuse et referma la porte au nez de l'enseignante. Sur le retour, Amalia réfléchit à toute vitesse sur ce qui venait de se passer. Pourquoi se tutoyaient-ils ? Le comportement de la bibliothécaire était devenu étrange récemment, qu'est-ce que cette partie du château pouvait bien receler comme nouveaux mystères ?

A l'intersection suivante, elle se cogna contre quelque chose de massif qui la tira de ses réflexions.

- Oh pardon Hagrid ! Je ne t'avais pas vu !

Le garde-chasse était habillé d'un costume similaire à celui qu'il portait au bal de Noël l'an dernier, un simple trois pièces dans un tissu rêche. Il avait essayé de peigner ses cheveux hirsutes en les plaquant sur le côté mais le résultat était grotesque. Hagrid sourit et dévoila les trous qu'avaient laissé ses dents en moins.

- Qu'est-ce qui t'est encore arrivé ? reprit la jeune femme. On dirait que tu t'es battu !

- Chuuut ! Il ne faut pas qu'Ombrage t'entende ! Déjà qu'elle me surveille de près...

- Hagrid, à quoi joues-tu ? Trelawney est à deux doigts de perdre son poste ! Une fois que cela sera fait, tu pourrais être le prochain ! Amalia chuchota en lançant des regards inquiets autour d'eux. Ne fais rien de stupide s'il te plaît !

Un groupe de sorciers du Ministère sortit dans le couloir, Fudge les suivit en marmonnant, son expression furieuse dénotait avec l'air serein de Dumbledore. Le directeur fit un signe à Hagrid et Amalia lorsqu'il les aperçut et raccompagna les visiteurs jusqu'au parc. Le garde-chasse en profita pour rejoindre sa cabane et se dérober aux questions de son amie.

Malheureusement pour le professeur de Divination, les paroles de sa collègue se vérifièrent la semaine suivante.

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Lundi soir, un long hurlement raisonna dans les couloirs du château, il provenait du hall. Là, au milieu de l'entrée, se tenait le professeur Trelawney entourée de deux grosses malles de voyage. Son visage dépeignait une sincère détresse à laquelle Amalia fut sensible. Des élèves s'étaient agglutinés pour mieux entendre ce que la Grande Inquisitrice s'employa à déclamer avec une jubilation à peine contenue afin de justifier le renvoi d'une enseignante qu'elle estimait incompétente. Les paroles cinglantes étaient un avertissement pour les étudiants tout comme pour les autres professeurs. Trelawney était la première sur sa liste et certainement pas la dernière, un à un, Ombrage éradiquera de Poudlard tout être qu'elle estimera indigne d'y résider. La voyante s'effondra dans des sanglots bruyants pendant que chaque spectateur resta muet de terreur. Des pas précipités résonnèrent dans le hall, le professeur McGonagall arriva et saisit les épaules de la malheureuse pour la réconforter.

- Allons, allons, nous trouverons une solution Sibylle, reprenez-vous.

- Je ne vois pas quelle solution pourrait arranger la situation, coupa Ombrage d'un ton ferme.

- Ce n'est pas à vous d'en décider ! répondit une voix grave derrière la foule.

Dumbledore s'avança avec une attitude impérieuse, les élèves se poussèrent d'eux-mêmes pour laisser passer le directeur. D'une main il invita le professeur Trelawney à se relever.

- Ah oui ? Ombrage ne se démonta pas et continua. Cornelius Fudge m'a donné autorité pour renvoyer tout enseignant ne répondant pas aux exigences fixées en début d'année.

Le crapaud rose fixa tous les visages des enseignants qu'elle voyait dépasser au-dessus des têtes des élèves.

- Renvoyer oui, expulser non. Dumbledore répliqua d'une voix forte et les sourires complaisants avaient laissé place à un tout autre personnage. Vous pouvez mettre fin aux fonctions de mes enseignants, vous n'avez pas le droit de leur demander de quitter leurs logements. Poudlard est leur maison et que souhaite que le Professeur Trelawney reste dans nos murs.

- Il n'y a plus de Professeur Trelawney à présent ! Ombrage prononça ces mots d'une voix tremblante. Elle venait de perdre une première bataille et ne s'attendait pas à une quelque conque forme de résistance.

- Soit. Minerva, puis-je compter sur vous pour raccompagner Sibylle à l'intérieur ? dit Dumbledore en s'adressant au professeur McGonagall.

- Non, je vais partir ! Puisque l'on ne veut plus de moi ici ! hoqueta la pythie.

- J'insiste, il n'est pas question que vous quittiez l'enceinte de Poudlard.

Dumbledore était intervenu d'un ton abrupt, Amalia savait qu'il était vital que cette enseignante, aussi mauvaise soit-elle, demeure sous sa protection le plus longtemps possible. Il en allait de la survie d'un élève. Cet échange fut l'occasion d'enfoncer un peu plus le clou avec Ombrage car le directeur acheva cette scène en présentant le nouveau professeur de Divination.

Le dégoût que la Grande Inquisitrice éprouvait pour les hybrides était de notoriété publique et reflétait assez bien l'état d'esprit du Ministère à ce sujet. Alors, quand dans la brume du parc la silhouette d'un centaure émergea, l'expression horrifiée d'Ombrage permit de conforter les autres enseignants. Dumbledore n'était plus conciliant et s'attaquer à ses professeurs était une injonction de la part du Ministère qu'il ne tolérerait plus.

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Amalia prit conscience du pourvoir étendu d'Ombrage sur Poudlard, son emprise se resserrait de plus en plus et Dumbledore ne pourrait bientôt plus faire barrage. Cette idée la plongea dans une profonde mélancolie et elle éprouva le besoin de s'isoler. La jeune femme gravit alors dans le noir, l'escalier menant à la tour d'astronomie et s'arrêta sur le pallier à mi-hauteur qu'elle avait découvert l'an passé en suivant Rogue sur les indications du Baron Sanglant. La pièce qui donnait sur le parc silencieux ne semblait pas avoir été utilisée récemment, aucune visite n'avait laissé de trace sur l'épaisse couche de poussière qui jonchait le sol. Près du fauteuil à haut dossier, un porte-cierge en métal ouvragé attendait depuis des lustres de faire son office, les longues traînées de bougies consumées formaient des stalactites figées par le temps. Amalia observait les étoiles scintillantes dans le ciel clair, le vent dans les buissons au loin, le panache de fumée qui s'élevait au-dessus de la cabane de Hagrid. La nature continuait son éternel refrain sans se soucier des histoires qui animaient le château. Quand la fin de soirée arriva, elle laissa la pièce comme elle l'avait trouvé à l'exception de ses propres pas sur le tapis de poussière.

Le soir suivant, lorsqu'elle revint profiter de l'obscurité et du calme de la tour, loin du tumulte de la Grande Salle, elle remarque qu'un cierge brûlait ardemment sur son support. A son départ, il était intact, comme si un feu magique l'avait allumé sans pouvoir le consumer. La nuit suivante un autre cierge accompagnait le premier. Il brûlait de la même manière, sa flamme virait du jaune au bleu en passant par le vert avant de revenir à une teinte plus habituelle sans entamer la cire.

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Mars défila aussi vite qu'avril sans que les relations entre l'enseignante d'Histoire et le maître de potions ne s'améliorent. Pourtant Amalia s'efforça de garder un sourire gai pendant les repas dont l'isolement en bout de table n'était rompu que par les rares visites de Hagrid. Elle entreprit de s'entraîner à contrôler les animaux dans la salle de classe de métamorphose que le professeur McGonagall lui prêtait assez souvent. Parmi les cages, entourée d'oiseaux, de rats et de chouettes, elle possédait inlassablement chaque animal, poussant toujours plus loin son pouvoir. Bientôt, elle réussit à faire voler un moineau d'un bout à l'autre de la pièce et à récupérer une plume tombée derrière un meuble avec un rat, elle parvint à contrôler plusieurs petits animaux en même temps et à les faire avancer à l'unisson. Ces nets progrès ne la rendaient pas aussi joyeuse qu'elle l'avait espéré, peut-être parce qu'elle ne pouvait plus les partager avec quelqu'un ?

Un soir après son rituel en reprenant le chemin de la tour de Gryffondor, Amalia croisa Dumbledore.

- Ah ! Te voilà enfin !

- Excuse-moi Albus, je ne savais pas que tu me cherchais. Il est arrivé quelque chose de grave ? s'inquiéta la jeune femme en voyant l'air sérieux du directeur.

- Non pas encore. M'accorderais-tu quelques instants ? sa voix se radoucie.

Une fois de plus en entrant dans le bureau chaleureux de Dumbledore, Fumseck piailla pour les accueillir et dégagea une sensation aussi réconfortante qu'un caramel mou.

- Avant de commencer, comment vas-tu ? Avec tout le remue-ménage que Dolorès s'emploie à instaurer ici, je n'ai pas vraiment eu de temps à te consacrer.

- Je vais bien Albus, vas-tu me dire ce qui se passe ? s'impatienta Amalia.

Le vieux sorcier l'observa quelques instants à travers les verres de ses lunettes et un sourire amusé se dessina sur son visage.

- Je me demande bien souvent où est passée la petite fille que j'ai connu...

- Ne me fais pas croire que se sont les années écoulées qui te rendent soudain nostalgique.

- Tu as raison, revenons à nos moutons. Le Ministère cherche par tous les moyens une raison de m'évincer de Poudlard et s'ils y parviennent, certaines personnes ici ne seront plus en sécurité.

- Je le crains malheureusement. Que s'est-il passé pour que la seule présence d'Ombrage ne leur suffise plus à garantir leur paix ?

Dumbledore croisa ses doigts sous son menton en prenant appui sur les accoudoirs.

- Cornelius n'a pas apprécié la fin de sa visite. Nous avons eu une discussion animée après ton départ. Cependant, j'ai cru entendre que ce n'était pas la seule dispute qui se soit produite à ce moment là.

La jeune femme détourna les yeux et soupira.

- Si c'est de ce sujet que tu voulais parler, pourquoi ne pas avoir commencé par là ?

- Tout simplement parce que si tu ne souhaites pas l'évoquer...

- Effectivement Albus, je ne préfère pas.

Elle lui adressa un regard soutenu.

- Bien. Dans ce cas, puis-je compter sur toi le moment venu pour veiller à ce que le Ministère ne perturbe pas trop le bon fonctionnement de l'école ? le directeur afficha une expression bienveillante.

- La question ne se pose même pas, comment pourrait-il en être autrement ?

- Je n'en attendais pas moins de toi. Je crois pourtant, qu'une chose t'occupera pendant la semaine de vacances.

Il prit de la poche de sa robe une enveloppe grise avec un sceau en cire d'or. Les armoiries étaient celles de Gringotts, la banque des sorciers. Elle défie l'attache et ouvrit sa lettre.

Miss Richards Amalia,

Le coffre que vous possédez à ce jour dans notre banque a été l'objet d'une effraction. Fort heureusement, le système de sécurité dédié aux chambres-fortes au cœur de notre établissement s'est manifesté et l'indésirable a pris la fuite. Nous vous invitons à nous rendre visite afin de faire l'inventaire des affaires que vous nous avez confié.

Veuillez acceptez, Miss Richards, nos sincères excuses pour le dérangement.

Mr. W.W. Walter

Directeur de la Banque Magique Gringotts

- Bon, il fallait de toute façon que j'y jette un œil, la raison se présente donc d'y retourner ! soupira-t-elle.

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A cette préoccupation s'ajouta la reprise des surveillances rapprochées par Miss Teigne. La chatte ne se laissait plus piéger par des subterfuges grossiers comme les rubans ensorcelés ou les bouchons de bouteille sauteurs, il y avait certainement à parier que la déconvenue d'Ombrage avec Trelawney avait ravivé ses anciennes lubies. Hagrid était absent, les autres enseignants souriaient bêtement à la Grande Inquisitrice et répondaient avec tout autant de soin à ses demandes incongrues. Heureusement, les jumeaux s'employaient à la pousser à bout en essayant leurs créations. Amalia s'efforça d'être irréprochable afin de s'assurer une présence dans le château dans l'éventualité où les appréhensions de Dumbledore se vérifient, ce fut donc très étonnée qu'elle découvrit dans son bureau une convocation d'Ombrage.

La jeune femme s'y rendit d'un pas décidé, curieuse de savoir ce qu'on allait encore lui reprocher. Elle poussa le panneau de bois du bureau, les miaulements des assiettes fixées aux murs l'accueillir, les chats étaient à Ombrage ce que le phénix était à Dumbledore.

- Vous m'avez faite demandée, Madame la Grande Inquisitrice ?

- Hum, hum. En effet. J'ai aussi convoqué le Professeur Rogue, je crois que cette histoire le concerne aussi.

Amalia sentit un long frisson glacial lui parcourir le dos, derrière elle se tenait son collègue. Il lui adressa un regard noir auquel elle ne prêta aucune attention.

- Je vous écoute, que me vaut cette convocation ?

- Prenez d'abord une tasse de thé, je vous prie.

Ombrage était très aimable, un peu trop même.

- Je vous... remercie.

Le liquide doré était servi dans une tasse en porcelaine rose et blanche, un chaton noir se roulait dans la soucoupe et s'étira en baillant. Après avoir bu une première gorgée d'un délicieux Earl Grey, Amalia se rendit compte qu'elle était seule à avoir une tasse à la main et se douta de la raison.

- J'ai ici, un rapport vous concernant. Il semblerait que vous passez beaucoup de temps dans les sous-sols du château en ce moment. Mes nombreux avertissements vous concernant n'ont-ils toujours pas été assimilés ?

- Je ne vois pas où vous voulez en venir, une fois de plus, répondit calmement Amalia.

De toutes façons, elle ne pouvait plus mentir.

- Dumbledore ne vous tirera pas d'affaire ! Le crapaud afficha un sourire méprisant. Il vous a été notifié à plusieurs reprises que les rendez-vous entre enseignants n'étaient pas tolérés en dehors des activités pour lesquelles vous êtes payée. Le niez-vous ?

- Je ne nie pas aller dans les sous-sols du château. Rogue la dévisagea, il était aussi friand qu'Ombrage de découvrir pourquoi Amalia se rendait sur son domaine le soir et avait sciemment donné le Veritaserum à la Grande Inquisitrice. Mais il y a une erreur. Je ne me rends pas aux cachots, je n'ai aucun rendez-vous avec le Professeur Rogue comme ce que vous semblez sous-entendre et avec aucun autre enseignant d'ailleurs.

- Hum, hum ! hoqueta Ombrage. Elle n'avait pas envisagé un seul instant qu'Amalia ait pu se rendre dans une autre partie de l'école en passant par l'unique escalier surveillé et qui desservait à la fois les cachots, les cuisines et les pièces dédiées aux Poufsouffle.

- Si je n'ai rien fait d'autre que le règlement réprouve, permettez-vous que je retourne dans ma chambre ? termina Amalia avec une expression polie.

Ombrage acquiesça et s'enfonça dans son fauteuil, totalement décontenancée.

- Ah et j'oubliais, la prochaine fois que vous m'offrirez du thé, évitez de le gâcher avec une des potions du Professeur Rogue, c'est vraiment dommage.

Et la jeune femme se leva d'un geste théâtral, un sourire satisfait au visage et le menton haut. Certaine d'être tranquille, elle reprit le chemin vers les sous-sols et se rendit comme à son habitude, non pas dans les cachots mais aux cuisines. A droite de l'escalier principal, une volée de marches débouchait sur un large couloir aux murs de pierre éclairés par des torches, bien que discret, il était connu de tous les élèves curieux. C'était James qui lui en avait parlé car comme les jumeaux, il s'y rendait souvent pour chaparder de la nourriture et la ramener à ses amis dans la salle commune de Gryffondor. Amalia s'avança dans le couloir décoré de tableaux, tous les cadres représentaient des scènes chatoyantes de repas, les victuailles en débordaient et ouvraient l'appétit. Pour accéder aux cuisines, il était nécessaire de se présenter face à un tableau de la taille d'un adulte avec une coupe en argent débordante de fruits. La jeune femme chatouilla l'énorme poire verte pour qu'elle se mette à glousser et se transforme en poignée de porte de la même couleur.

Dans l'immense pièce, des petits êtres décharnés et ratatinés se mirent à couiner en la voyant entrer.

- Bonsoir Professeur Richards !

- Bonsoir à tous, comment s'est passée votre journée ? répondit-elle, ravie d'être entourée de personnes bienveillantes. Peeves n'est pas venu vous embêter j'espère !

Même si les elfes de maison étaient d'une certaine manière obligés d'être obéissants, rien ne les contraignait à se montrer gentils et prévenants avec elle. Parmi la centaines de petites mains qui permettaient à tout le château de se chauffer, s'habiller, manger et dormir dans des draps propres, Amalia se sentait un peu comme chez elle. Ils lui laissaient la possibilité d'utiliser un plan de travail et un four pour préparer des gâteaux et biscuits qu'elle offrait ensuite discrètement à Dumbledore, Hagrid ou encore Sirius et Remus par hiboux. Il leur arrivait même de se partager les fournées supplémentaires qu'elle leur réservait et de transplaner jusqu'au square Grimmaurd afin de livrer ses occupants sans risque d'être suivis. La salle était si grande que sa présence ne perturbait jamais l'organisation quasi militaire de cet escadron du goût. Le long des murs s'entassent des quantités de casseroles, de marmites et de poêles en cuivre, quatre grandes tables disposées de la même manière que celles de la Grande Salle juste au-dessus, permettaient aux elfes d'envoyer les plats au début de chaque repas.

La jeune femme fit apparaître un parchemin sur lequel était noté une recette raturée d'annotations et de points d'interrogations.

- Miss Richards, qu'allez-vous préparer aujourd'hui ? lui demanda le seul elfe qui portait des baskets.

- Bonsoir Dobby, je pensais faire des macarons. Avez-vous de la poudre d'amandes ?

- Oh oui, Dobby va vous trouver ça !

Le petit être laissa éclater sa joie, il appréciait les visites d'Amalia car il savait qu'ils partageaient beaucoup de choses dont une amitié commune. L'elfe se retourna et ses yeux globuleux se posèrent sur un visiteur dans l'encadrement de l'entrée.

- Miss Richards, vous avez amené un ami ?

- Je te demande pardon Dobby ?

La sorcière releva la tête et se tourna. Son expression changea en constatant que le maître de potions de Poudlard l'avait suivie dans les cuisines.

- Le Professeur Rogue a dû se perdre, il sait que nous n'avons pas le droit de nous voir en dehors des heures de cours, répondit-elle à l'elfe. Il devrait d'ailleurs immédiatement aller répéter au Professeur Ombrage ce que je fais ici. Peut-être qu'on m'interdira aussi de faire de la pâtisserie !

Encore furieuse qu'il ait pu fournir un sérum de Vérité pour aider Ombrage, Amalia marcha d'un pas décidé vers l'un des éviers en pierre pour se laver les mains, elle n'était pas prête à lui pardonner. Quand elle se retourna, il n'était déjà plus là.

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Lorsqu'elle remonta vers sa chambre, les torches du couloir étaient déjà allumées, signe d'une personne était passée avant elle. Amalia pressa le pas et tomba sur Harry juste avant qu'il ne s'engouffre dans la salle commune de Gryffondor.

- Bonsoir, vous rentrez bien tard aujourd'hui...

La grosse Dame du portrait se mit à souffler, on l'avait dérangée et personne ne paraissait vouloir pénétrer dans l'entrée qu'elle gardait.

- Oui, je continue les leçons d'Occlumancie, admit Harry en baissant les yeux.

- Et je suppose qu'il n'y a pas d'amélioration ?

Le garçon hocha la tête en détournant le regard, la grosse Dame l'attendait les mains posées sur les hanches.

- J'ai l'impression que quelque chose vous préoccupe, si vous souhaitez m'en parler, allez-y.

Elle le fixa, les cheveux bruns en bataille lui donnaient vraiment un air de James alors que ses yeux verts étaient le reflet de sa mère. Elle lui sourit tendrement et Harry ressentit encore cette envie soudaine de se blottir dans les bras de son professeur. Seule sa voix le tira de ses rêveries.

- Harry ?

- … Il y a bien une chose à laquelle je pense souvent, je n'ose plus en parler avec Ron et Hermione car d'après eux, c'est mon imagination qui me joue des tours. Je me demande parfois, si Voldemort ne m'a pas transmis beaucoup de son pouvoir obscur et comme nous nous ressemblons sur certains points, je me demandais si je n'allais pas finir comme lui. Vous me trouvez bête ?

Après quelques instants figée, bouche bée, la jeune femme lui répondit.

- Non, vous n'êtes pas bête. C'est amusant, je me suis posée la même question quand j'avais votre âge, est-ce que j'allais emprunter le même chemin sombre que mon père quelques années auparavant ? Mais je vais vous dire ce que j'ai conclu. Qu'importe l'immense pouvoir que vous avez entre vos mains, qu'il soit bon ou mauvais, ce qui compte vraiment c'est ce que vous décidez d'en faire. Il y a des sorciers avec peu de puissance qui ont accompli de grandes choses simplement parce qu'ils s'en sont donnés les moyens. Quand vous prenez conscience de la force que vous avez et que vous commencez à en avoir peur, je pense que c'est là que la sagesse vous mène à faire de bons choix. Harry, les gens ne sont pas totalement gentils ou méchants, nous oscillons tous entre les deux. Enfin, presque tous. Voldemort a choisi d'utiliser sa force pour faire le mal mais regardez ce qui vous différencie, pas ce qui vous rapproche.

- Merci Amalia... J'aime bien parler avec vous.

- De rien, maintenant filez, il y a un portrait qui s'impatiente !


Chapitre suivant : Le casse du siècle

Notes : - Alors, prêts à visiter Gringotts dans le prochain chapitre ?

- Je mets régulièrement des images illustrant les lieux de l'historie sur ma page instagram lordberlioz (enlevez les espaces pour y avoir accès)

- Enfin, je me retrouve comme beaucoup d'auteurs à devoir vous réclamer de laisser un petit commentaire quand je vois les stats de lecture. On fait ça gratuitement et sans espoir de Gloire (c'est Drago qui possède sa main…) alors n'hésitez pas ! A samedi !