"Pour ce qui est du thème, pourquoi pas : l'Italie, un pays, ou une ville ! Certes, ça n'aide pas beaucoup, mais je te verrais beaucoup créer une sorte d'atmosphère particulière à un lieu." voilà la review que m'a laissé anonymement Lola. Déjà Lola, merci pour ta si gentille review et si tu repasse par là, ce chapitre il est pour toi. J'espère qu'il te plaira.

J'ai adoré écrire cet OS. Ca faisait très longtemps que l'écriture ne m'avait pas semblé aussi simple et logique. On peut dire que l'Italie m'a réellement inspiré. J'espere qu'il en sera de même pour vous. Et puis si vous avez lu Ecchymoses, vous savez que Daphné s'était exilée en Italie. Voilà pourquoi.

Je vous souhaite une agrèable lecture !

Et surtout si vous avez des thèmes que vous voulez me voir travailler, n'hésitez pas !

Ps : Lil's C, je ne t'oublie pas pour La Chute, mais je pense clôturer ce recueil avec ce thème. Je ne vous en dis pas plus.


A Londres, je me sens mal depuis mille ans. A Milan, je me sens toujours à l'ombre. Protégée.

Ils n'aiment pas Milan. Ils disent qu'elle est moins jolie que Capri, ils disent qu'elle a moins de fantômes que Rome, ils disent qu'elle est plus soumise que Venise, ils disent qu'elle a moins de prestance que Florence. Firenze. Firenze, c'est ma mère. Milan. J'y suis née et elle y meurt.

Maintenant, elle est vielle ma petite mère, elle va mourir. Comme dans la chanson ? Comme dans la chanson. Elle va mourir, la mama. Et pourtant ce n'est pas à elle que je pense, pas à cette elle, pas à la mama. Pas à cette personne digne et toute grise allongée dans ce lit, le sourire en coin mais le sourcil toujours froncé. Cette sorte de reste de mythe italien. Non, moi, je me souviens de ma maman. Je ne l'ai jamais appelé ainsi. Qu'elle était belle ! Toute blonde et dorée et bleue et blanche dans le creux des poignets ! Elle était connue ma maman, pour les éclats de sa beauté et puis surtout pour les dégâts de sa colère. Je me rappelle bien. L'enfance. L'adolescence. Mes oncles, tous en rang, tous la tête baissée et ma maman plus petite mais si grande qui hurlait à cause des assiettes cassées et des filles engrossées. C'était la plus petite, la gamine et pourtant elle était celle qui effrayait tant elle pouvait fasciner. Maman était une gamine. Je l'avais oublié. Je crois qu'Astoria ne l'a jamais su. Comment est-ce que j'y arrivais ? Maintenant que ma maman devenue une mama va mourir, je sais que ses grands dadets de frangins vont encore me demander "mais comment tu faisais pour que la mama te pardonne toujours aussi facilement ?". Ils avaient longtemps cru que c'était parce que j'étais fille et puis Astoria était arrivée et on avait remarqué que contre elle aussi Firenze pouvait rester énervée des semaines entières. Et qu'Astoria, elle, elle pouvait détester.

Pourtant c'était si simple. Pour qu'elle me pardonne, je ne m'excusais pas. Je ne lui ai jamais demandé pardon et je ne me le suis jamais accordé.

Et il voudrait que je lui dise pardon ? Il ne comprend pas. Je n'ai jamais demandé pardon à ma sainte mère je ne vais pas le demander à un fils de tentatrice. Il ne pourrait pas me l'accorder. Personne ne peut me le donner ce pardon que j'attends. T'entends ? Personne. Pas une personne.

Le soleil éclatant passe par les persiennes. J'ai trop chaud. Tout ce noir. Je quitte la pièce. Elle puait les vieux souvenirs et les amours fatigués. Firenze s'est endormie, Milan se réveille.

Hier encore, il y avait un bal dans les jardins. Ou peut être était ce l'année d'avant. Je ne sais plus ça fait tellement longtemps que je ne suis pas venue. C'était Blaise qui avait insisté pour revoir ma mère. Je voulais voir la mer. Ça devait être il y a plus longtemps qu'un an, parce qu'elle était encore très belle maman. Ou peut-être qu'elle est vielle que depuis la veille, je ne l'ai pas vu tomber malade. Astoria n'était pas venu à ce bal. Astoria n'est pas venu à celui ci non plus. Je ne lui ai pas dit qu'elle le regretterait quand maman sera morte. Je ne dis pas ces choses là. Je lui ai dit que l'italien lui ferait du bien au teint. Mais Astoria, elle est trop blanche pour ce monde là, pour ce mot là : Italie. Elle, en échange, elle ne m'a pas demandé pourquoi je tenais autant à ce qu'elle vienne. Pourquoi pour une fois je tenais à quelque chose. Je crois que je me suis dit que si elle ne voulait pas dire au revoir à sa propre mère, à ma maman, alors à moi est-ce qu'elle viendrait me rendre les saints sacrements ? Je lui ai pas demandé. Mais Blaise m'a répondu. Il a dit qu'Astoria, sa sainte mère, ce n'était pas Firenze, Milan ou l'Italie, c'était moi. Alors elle viendrait. J'espère encore qu'elle viendra. C'est drôle d'espérer. Je crois que c'est bien la première fois que ça m'arrive.

Je n'ai jamais eu à attendre, tout ce que vous avez voulu je l'ai toujours eu. La beauté, l'intelligence, la richesse, l'amour inconditionnel. A en vomir. Et le bonheur ? Vous croyez que comme je suis désenchantée je n'ai jamais eu de nuit enchantée ? Prenez ce bal. Mais rendez le moi, parce que j'en ai besoin. Je m'en nourris de ce bal. A chaque fois que je pense retomber dans ma nonchalance, dans mon dégoût, dans ma vie, dans mon Daphné, je repense à ce bal. A Milan, là où je suis née, où je suis, là où vous me suivez, on a notre plus belle propriété. Ce n'est pas un château, c'est un palais. J'étais arrivé avant lui. Je l'attendais derrière les portes dorées, je les avais ouvertes d'un Alohomora cachée derrière de la fumée. Et puis j'étais apparue. J'avais transplané sous son nez. Il avait voulu faire celui qui n'était pas désarçonné. Le vilain. Qu'il était sublime. Mais je l'étais plus que lui. Mes lèvres carmins, mes yeux verts et leurs écrins noirs qui n'avaient pas encore coulés, mes cheveux blonds lâchés, j'étais sublime. Magique. J'apparaissais et je disparaissais. Il me courrait après. En riant. Comme il l'a toujours fait. Comme on a toujours fait. Je lui montrais mon royaume, moi qui n'avait jamais su lui en parler. Le bâtiment principal, l'arrière cour, les jardins de le Nôtre... A un moment, il m'a attrapé et ma collé sa rose dans la bouche. Je n'avais pas remarqué qu'il avait une rose. Qui vient avec une seule rose ? On vient avec un bouquet, deux bouquets. Pour l'aimée et la mère de l'aimée. Lui il était venue avec une seule rose. Une rose rose. Pas une rose rouge. Une rose rose. A qui est-ce qu'on offre une rose rose ? Pas à moi. Je l'avais regardé éberluée. Et pourtant je ne l'avais pas lâché. Je n'avais pas chaud mais je continuais de m'éventer avec le premier éventail qu'il m'avait acheté. Je ne sais pas pourquoi, mais ce soir là ça comptait pour moi qu'il sache que je l'avais gardé. Que je ne l'avais pas lâché. Non plus. Pas plus. Puis j'ai jeté sa rose, je me suis remise à courir. Il y avait tant de choses que j'avais à lui montrer avant que les autres n'arrivent. Il m'a dit que je devrais aller me changer, mettre mes perles et mon masque. Il avait tout gâché.

Je n'espérais rien. Je ne voulais rien. Je n'ai jamais rien voulu de lui. Je n'ai jamais rien voulu de toi, bon à rien. Mais, si j'aurais aimé que tu comprennes, que tu saches que ce soir là, il fallait la laisser ailleurs l'ironie. A Londres. En Angleterre. Ne pas l'amener sur mes terres. Je me suis changé. La nuit est tombée.

Elles étaient toutes là. Les yeux bandés de soie, le corps brodé de soir. Mes cousines. Succubes, sirènes, sorcières, séductrices. Les enchanteresses. Le taffetas était bleu, la mousseline était rose, le brocard était noir, mais les corps étaient si peu couvert. Blaise s'en fichait. Accoudé à la rampe de l'escalier en fer forgé, que m'a mère avait fait installer dans l'immense pommier pour qu'on puisse récolter les fruits sans tomber, il ne laissait aucune expressions filtrer sur son visage. A l'habitude. J'aurais aimé savoir s'il était émerveillé. S'il les trouvait belles. Le chasseur, qu'est ce qu'il en pensait de toutes ces petites proies ? Elles s'en fichaient de moi, elle ne me cherchaient pas, pour un mot de Zabini dans son costume trop bien ajusté, elles auraient jeté les liens du sang à la poubelle. Lui, en revanche, il me guettait, me quettait. Ce n'était pas ce soir là que je goutterais au douleur fruit de la jalousie. On ne voyait que moi. Je le sais parce que ma maman me l'a dit. Ma maman. On ne voyait que moi parce qu'on ne voyait rien de moi. J'avais ce haut noir à manches longues et encolure bateau qui lui avait appartenu autrefois, quand elle était plus belle que moi, avec cette jupe rouge longue et vaporeuse. Je ne tentais rien, j'étais la tentation. Elle pouvait aller se rhabiller, Zabini n'a jamais su résister à un cadeau bien emballé.

Il m'avait soulevé devant tout le monde. Devant ma mère. Et il m'avait enlevé. Il riait. Cet enfoiré. On avancé dans la nuit. On pouvait se perdre dans ce parc, mais il s'en foutait. Il a juste susurré : Moi, les perles je les arrache et les masques je les brise. J'ai voulu répliquer qu'à l'habitude il voulait tout souiller sur son passage. J'ai voulu respirer. Et puis je ne savais plus très bien comment on faisait. A vrai dire je n'ai jamais su prendre une réelle inspiration de ma vie. Je suis plus une muse, vous voyez ? J'inspire, mais je n'inspire pas. Alors je me suis mise à courir. Il ne pas suivi. Juste son rire. Son rire dans la nuit. Qui chante, qui me hante.

Je ne savais pas où j'allais. J'étais perdue dans ma propre maison. Et il m'a récupéré là où je m'étais laissé tomber. Il ne m'a pas pris dans ses bras, il ne m'a pas consolé, pas comme maman le faisait. Il ne m'a pas chanté de berceuse ou même dit que j'étais dangereuse. Je pleurais et il ne faisait rien. Je pleurais parce que je ne voulais pas que ça se passe ainsi. Je ne voulais pas que ça se passe ainsi ici aussi. J'aime ce que je suis, mais j'aimais ce qui aurait pu être de nous deux à l'endroit qui m'a vu naître.

Je crois que j'ai menti tout à l'heure quand j'ai dit ne jamais rien avoir espéré avant aujourd'hui. Je crois qu'au fond j'ai toujours eu trop d'espoir concernant Blaise. J'ai espéré qu'il me dise qu'il m'aime, j'ai espéré qu'il le pense, j'ai espéré qu'il me vole, j'ai espéré qu'il me soigne, j'ai espéré qu'il m'éloigne, j'ai espéré qu'il m'aime. Avec autre chose que sa bouche. Avec autre chose que son corps. Mais j'espérais pour les mauvais raisons. Je voulais qu'il me dise qu'il m'aime pour pouvoir lui éclater de rire au nez, pour pouvoir le rejeter. Et il le savait. En ne me disant rien il ne commettait aucun impair à part peut-être celui de me taper sur les nerfs. Je ne pouvais pas le renvoyer sans faute. Je crois qu'il est là mon plus grand espoir, j'espère encore avoir la force de renvoyer Blaise Zabini en enfer.

Je n'espérais pas qu'il me rattrape. Et il l'a fait. Ça aussi c'est notre histoire. Il ne m'a pas pris dans ses bras. Ça je l'ai déjà dit. Je n'avais pas froid. Je n'ai pas besoin qu'il le fasse. Je me suis assise contre la cime d'un arbre et il a posé sa tête sur mes genoux. J'ai fermé les yeux pour ne pas voir son sourire. Comme si ça servait à quelque chose. Je crois que c'est quelque chose qui est gravé en moi, le sourire de Zabini. Quand je mourrais comme maman, c'est la dernière chose que je verrais. Je le sais. Quand je vivrais comme maman, c'est la première chose qu'il faudra que je dise avoir aimé. Je le sens. Il a attendu patiemment que j'ouvre les yeux. C'est drôle parce qu'en général c'est lui qui dort et moi qui le regarde. Moi, je le regarde, lui il me contemple. Con-temple. C'est un peu ça Blaise Zabini. C'est pas de l'amour, c'est de l'adulation idiote. Je suis son rêve de gosse. Et il est... Pour moi, il est... Là. Il était là, par terre dans mes bras. Sans m'en rendre compte je m'étais mise à caresser sa joue, son sourire. Mon joli cœur. Il a pris ma main dans la sienne, ça m'a obligé à me pencher vers lui, mon oreille contre ses lèvres il a murmuré : Tu ne vois pas, ma princesse, mais là sous tes pieds il y a ton monde, là dans tes bras il y a ton amour. Quelle phrase prétentieuse.

J'étais heureuse.

Le drame vous rattrape toujours. Il est encore là aujourd'hui. Il se tient près de l'escalier du pommier, comme il y a cent ans. Il n'a plus l'air paisible, il n'a plus son costume. Mais il ne voit toujours que moi qui s'avance dans tout ce noir. Qu'est ce qu'il fait chaud. Il ne transpire pas. Il est comme ça Blaise, il ne se mouille pas. Comme là, il pourrait me prendre dans ses bras, me dire que tout ira bien, qu'il sera là. Mais il ne le fait pas. De ses bras je n'en veux pas, ses mensonges je ne les écouterais pas. Je m'assieds en bas des marches et je le regarde. Il me fait penser à elle. Lui qui n'excuse rien, il me pardonne tout. Pourquoi ? Je ne sais. Avec lui, je ne sais pas. Maman, je l'ai toujours porté en moi. Comme mon premier collier de perles. J'ai sa beauté, j'ai sa langue, j'ai son verbe, j'ai son élégance, j'ai son absence d'enfance. Elle et moi on s'est toutes suite comprises. Au moment où je suis née et nos regards se sont croisés, dans ce palais là derrière, on a su ce qui commençait. J'aurais aimé qu'elle puisse aimer Astoria comme elle m'a aimé. La seule chose pour laquelle je ne me suis jamais donné la peine de me faire du soucis c'est ma petite sœur. Mon adorable peste de petite sœur. C'est pour ça que je n'arrive pas à me soucier de cette petite chose grise, cette mama allongée dans ce lit là bas, j'ai toujours été occupé à ne me soucier de rien ou d'Astoria et de son bien. C'est elle qui m'a faite ainsi. Si elle avait aimé Astoria, elle aurait deux mains dans les siennes en partant. Quand je suis partie, elle avait les yeux fermés et les paumes ouvertes vers le ciel. Pas encore fermées. La main de Blaise s'est refermée sur la mienne. Il ne me regarde pas. Et puis il se laisse tomber à coté de moi. J'ai trop chaud pour me serrer contre lui. Mais je le fais quand même.

Je ne sais pas ce que je ressens. Elle va me manquer. Elle va s'en aller. Mais elle m'a aimé. Toute sa vie elle m'a aimé. Avant même que je sois née, elle m'a aimée. C'est comme ça que j'aurais voulu que tout le monde m'aime. Je ne serais jamais mère. Qu'est-ce que ça doit être atroce d'aimer comme ça. D'aimer quelque chose qu'on a toujours voulu, d'élever cette amour au dessus des autres. Quand je vois la souffrance qu'est Blaise alors que je ne l'ai jamais appelé d'aucun de mes vœux, je ne peux pas imaginer cette douleur. Et puis de toute façon, cet enfant il ne m'aimerait pas. Il préférerait son père. Moi je préfère son père à tout le monde. Je ne comprends pas comment on pourrait me préférer à Blaise. Je crois que j'aime ma mère. Sincèrement. Mais je lui en veux tellement, que la détester c'est tentant. Je me demande où elle s'en ira. L'Italie c'est son pays. Je me rappelle un peu de quand papa était là. Avec ses grands yeux verts. Il n'y a que pour ses grands yeux verts qu'elle tolérait l'Angleterre. Astoria est venue quand il est parti. Elle lui ressemblait trop, toute noire et toute blanche. Comme Londres, comme lui. Moi j'étais son Italie. L'Italie c'est son pays. Je ne sais pas où elle va aller se réfugier. Quand l'Italie sera partie, que la mort sera de la partie, elle sera à nouveau apatride. Ma petite maman.

J'ai envie de pleurer. Astoria elle ne pleure pas. Moi, je pleure. Je m'en fous de tout alors je peux pleurer. La vie me blase à en pleurer. La mort de ma mère me fait pleurer. Je n'arrive pas à l'imaginer au Paradis, ça me fait rire de penser qu'une femme comme elle pourrait souffrir en enfer. En enfer, il fait chaud comme en Italie. Elle sera à la maison. Je ne peux pas penser à elle dans un cercueil tout noir, allongée, sans rien après. J'ai dit cette dernière phrase à haute voix. Je regarde Blaise, il est tout embué.

« Et si tu pensais à elle autrement ?

- Il y a que trois choix quand tu meurs, l'enfer, le paradis, le rien. Je ne la vois dans aucun des trois.

- Tu veux que je te dise quoi ? Que je te montre ton cœur et que je te dise qu'elle vivra là pour toujours ? Que c'est là qu'elle vivra ? Ou une connerie du genre ? Je veux bien essayer si ça peut te faire arrêter de pleurer.

- Je ne voudrais pas que tu me dises quelque chose que tu ne crois pas.

- Je ne l'ai jamais fait.

- Ne commence pas aujourd'hui. Parle moi.

- De quoi ?

- De moi.

Il éclate de rire. Il s'attire une flopée de regards insultés. On ne plaisante pas quand la mort est dans la pièce. Mais j'en suis sortie de cette pièce, moi. Ils sont immenses ces jardins. On peut y parler de ce qu'on veut. On peut même espérer que la mort s'y perdra dans ce grand parc. Mais ça, espérer, je ne sais pas faire.

- Je voudrais que tu arrêtes de pleurer, s'il te plait, Daphné.

- Raconte-moi, où j'irais, qu'est ce que tu feras quand je ne serais plus là ?

- Pourquoi tu es toujours aussi persuadée que tu me quitteras avant que je ne te quitte ?

- Parce que je cours plus vite que toi.

- Ce n'est pas vrai.

- Qu'est ce que tu feras quand je serais morte, mon adoré ?

- Je te garderais. Pas ton cercueil, pas ton corps, pas cette toi. Je te garderais. Et ça n'aura aucun sens, parce que je t'aime libre et folle et que si je te garde, je t'enferme et je te raisonne. Mais je m'accrocherais à une photo, à un souvenir, à un moment où je n'ai pas eu envie de tordre ton si joli cou, ou du moins où j'ai voulu le tordre moins violemment. A un moment où je me suis dit que je pourrais passer toute ma vie à te regarder. A un moment où tu étais plus belle que tous les autres. Ou je me suis dit qu'en d'autres temps, on aurait pu s'aimer. Comme quand je suis ici. J'ai toujours l'impression que ce serait plus simple de t'aimer ici. Loin du froid. Je dis ça, mais je suis sadique, peut-être que je choisirais un moment où tu ne m'aimais pas du tout. Tu sais, comme quand je rentrais de la chambre d'une autre fille à Poudlard et que tu ne disais rien. Que tu ne criais pas, que tu ne m'en voulais pas, que tu ne disais rien, que je redevenais comme tous les autres, insignifiant à tes yeux. Parce que dans ces moments, je me disais que si tu ne m'aimais plus, c'est que tu avais du m'aimer en d'autres temps. J'étais toujours tristement heureux. Maintenant, je ne le fais plus, je ne saurais plus comment les aimer les autres filles. Personne ne me croirait. Je ne ferais souffrir que toi. Je crois qu'à l'époque, je ne savais pas à quel point tu souffrais. Je pensais juste que tu t'en foutais et que tu étais foutrement belle. Tu sais, j'avais raison, je n'étais pas amoureux de toi, je ne te connaissais pas.

- Il a serré ma main plus fort, il ne me regarde toujours pas, j'ai embrassé la naissance de son cou. Je ne sais pas pourquoi.

- En fait, ce que tu es entrain de me dire, c'est que morte, je continuerais à vivre dans ton cœur ?

- Ce que j'essaye de te dire, c'est que pour mourir, il faudrait que tu vives un peu et pour me quitter il faudrait que je te laisse.

- Mais mère, je suis obligée de la laisser, on me la prend.

- Non. Tu peux rester ici. Vivre ici. Avec elle. Même partie, ici à Milan, c'est Firenze. Ici, c'est beau comme elle, c'est chez elle, c'est chez toi. Si tu venais ici, elle ne partirait jamais.

- Tu me suivrais ?

- Je vais me marier.

- Et donc ?

- Tu as déjà gâché un de mes mariages, je ferais mieux de te suivre à la trace pour le second.

- Pourquoi tu me suivrais ?

- Parce que c'est ce que j'ai toujours fait.

- Tu sais pourquoi je n'ai jamais pris son nom ?

- Non.

- Parce que quand mon père est parti, j'ai juré qu'à chaque fois qu'on prononcerait son nom je me souviendrais de ce que c'est d'être abandonnée. Je n'ai jamais oublié.

- Quand tu porteras le mien tu n'auras plus à te soucier de cela. »

Ce n'est pas un je t'aime. Mais c'est déjà ça. C'est tout ce que je voulais entendre aujourd'hui. J'ai arrêté de pleurer. Je ferme les yeux, toute prête à remonter. A redescendre. Dans sa tombe. A ma maman. Mère. Oui, c'est ça, à mère. J'aurais aimé l'appeler maman, rien qu'une fois. Pour voir. Mais ces regrets là, je les laisse à Astoria.

Astoria. Elle est devant moi. Elle vient disparaître. La mine parfaite. Astoria Malfoy. Sans son dragon. Il pardonne encore moins qu'elle. Elle s'est maquillée comme pour aller aux bals que maman ne donnera plus. Ses cheveux ont poussé, sa frange vient lui chatouiller les yeux. Elle a l'air d'un trop joli garçon dans son costume d'homme et sa chemise en soie blanche. Elle n'est pas allée jusqu'à jouer la fille, même pas aujourd'hui. De son pantalon en cuir à sa pâleur étrange, toute en elle respire la londonienne. Mère va hurler. Est-ce qu'elle en aura encore la force ? Je me demande si on a jamais vu un aussi joli vilain petit canard. Mon tout petit cygne, ma belle Astoria. Qu'est-ce que tu fais là ? Elle ne répond pas, elle embrasse Blaise et me serre dans ses bras, une, deux, trois secondes. Puis elle me relâche. Elle ne sourit pas. Blaise s'en va. Il ne m'a pas regardé une seule fois.

Alors, elle murmure :

« J'avais peur qu'elle ne m'attende pas de l'autre coté. Elle n'a jamais été là ici. J'aimerais la voir là bas. »

Où ça, là-bas ? Je ne lui demande pas. Astoria, elle a toujours été plus sure de moi. Maman lui a souri. Quand elle est rentrée dans la pièce. Maman lui a souri. Je ne l'avais jamais vu sourire ainsi. A qui que ce soit. Encore moins à mon Astoria. Et d'un coup, je l'ai revue ma si belle maman. Firenze Balti. Je l'ai revu ici, dans ses bras, quand elle était plus belle que moi, plus belle que tout, quand elle l'aimait. Elle lui a souri, à Adrian. A papa. Alors c'est sûrement lui qui a pleuré à travers les yeux d'Astoria. Adrian. Elle lui a souri. Mains dans nos mains elle s'en allait lui coller une colère à l'italienne. Autre part.