Hello !
J'espère que vous allez bien ! Merci pour vos reviews, elles sont toujours aussi revigorantes et encourageantes. Merci, sincèrement.
Alice, qui m'a laissé une review anonyme m'a proposé quelques thèmes, tous très intéressants, j'ai choisi parmi eux celui de la Religion. J'ai choisi d'écrire avec le point de vue de Blaise, on en apprend ici plus sur lui, sur son rapport à... et bien à tout ce(ux) qui l'entoure ! Alice, si tu repasses par ici, j'espère que ce texte te plaira. J'espère qu'il vous plaira à tous, d'ailleurs !
N'hésitez pas à m'envoyer des thèmes et à me dire ce que vous pensez de ce nouveau chapitre.
Je vous embrasse,
A-L
Je suis ivre.
J'avais un ami imaginaire. Il s'est enfui. Je n'aurais jamais dû croire en lui. J'avais ma mère. Elle est partie. Je n'aurais jamais pu croire en elle. J'avais Draco, ce frère. Il est gris. Je n'ai jamais cru en lui. Cet enfoiré, la guerre l'a rendu gris. Tout était vert et argent. Et maintenant ? Du gris. Du gris. Et encore du gris. Toujours du gris. Je déteste ce pays. J'aimerais avoir des ovaires pour souffrir de nostalgie, au lieu de ça je suis en colère. Quoi Daphné ? Mais êtes vous seulement sérieux ? Daphné courant d'air. Croire en elle ? J'aurais aimé quelque chose qui reste. Au moins, Daphné a les couleurs du froid. Elle a fait un choix. Elle n'est pas grise. Cette catin, qu'est ce qu'elle me grise... Vous savez, j'aurais pu croire, si quelqu'un était resté, j'aurais cru. Tout ne fait que changer, tous ne font que me quitter. Daphné ne se donne même pas la peine d'arriver. J'aurais cru, mais qu'ils aillent se faire voir. Je vais survivre. Je vais tout anéantir. Je vais survivre en faisant semblant de servir. Me plier à leur religion, je ne pourrais jamais le souffrir.
C'est Draco qui a tenu à ce que je sois là. Il avait besoin qu'on lui tienne la main quand on lui brûlerait le bras, cet avorton. Je ne pourrais jamais refuser quelque chose à ce petit con. Ce soir, il faut avancer masqué, qu'il m'a susurré. Range ton souffle Malfoy, je ne suis pas ta dulcinée. Avancer masqué. Je suis né masqué, enfoiré ! Je ne devrais pas m'énerver. Il a besoin de moi à ses cotés. Je fais comme si je ne le voyais pas s'agiter. Il a l'air assuré. Mais comme l'air, ça ne fait que passer. Il est rempli d'airs Malfoy, ça le fait trembler. Il ne sait jamais vraiment lequel emprunter, ce n'est pas de sa faute, les Malfoy ça n'emprunte pas. Chez nous les Zabini, on ne se donne pas la peine d'acheter ce qu'on peut voler. J'ai passé tant d'années à étudier leurs airs, leurs manières, leurs petits cimetières. Je sais tout recréer. Je sais faire. Daphné dirait que je ne sais pas exister. Mais je sais faire comme si ça existait, comme si je croyais, comme si j'allais me plier à cette farce de religion. Tous des petits cons et au milieu un roi des petits cons. Petit roi con. Un roiton. Lord Voldemort. Aucune classe. On naît Lord ou on gagne ce titre au combat. Et encore, sache qu'ils ne respecteront jamais un nouveau noble. Lord Voldemort, si tu savais comme ils te méprisent. Il a peur de toi Draco, ce soir encore plus que tous les autres soirs, mais il ne te respecte pas. Il ne te respectera jamais. Je ne te croirais jamais. Marque nos bras, tu ne nous auras pas. On te survivra.
Alors ouais, je tuerais pour une idée à laquelle je ne crois pas. Je vous dégoûte ? Tant mieux. C'est toujours bon un petit peu de dégoût. Quand vous tomberez amoureux de moi, ça n'en sera plus que savoureux. Je pourrais vous chuchoter des mots d'amour inédits, vous chanter des chansons oubliées, vous conter des mensonges grandiloquents, je pourrais vous faire croire en moi. Vous auriez confiance en moi. Vous vous attacherez à moi. Et un jour, vous vous réveillerez sans savoir quoi faire de votre vie sans moi. Vous aurez besoin que je vous souffle votre rôle sans vous rappeler quand ma voix est entrée la première fois dans votre esprit. Je suis un enchanteur. Ils ne sont que des sorciers. Tout ce noir me donne envie de vomir, c'est tellement daté, c'était déjà démodé l'hiver dernier. Je me retourne, elle n'est pas là. Elle aurait ri, elle, elle aurait compris et puis elle m'aurait dit : Tu sais, il est comme toi ce Tom Jedusor. Un sang un peu trop pur, mais pas assez, qui tangue d'un coté, un sang obscur. Il a dû en susurrer des mots pour se hisser aussi haut, ce salaud. Il devait être beau. Extrêmement beau. Est-ce qu'il avait ta carrure ? Tes longs cils recourbés ? Le noir profond de tes yeux ? Ta fossette sur le coté gauche quand tu souris ? Ta barbe de trois jours faussement négligée ? Ta voix grave et basse ? Ta démarche trop étudiée ? La même façon de jouer des sourcils après l'amour ? Et ses lèvres est-ce que... Tes lèvres. Tu me fais rire. Il ne m'aurait pas fait rire. Lui et moi. Entre cadavres, on aurait crevé de froid. Je l'aurais préféré à toi. Il était seulement attirant, tu es attachant. Tu es beaucoup plus dangereux. Pas seulement parce que tu es si beau. Fée Morgane nous bénisse, tu es un lâche. Lui, il agissait, il fait. Toi, tu ne lèveras jamais le petit doigt, juste ta si jolie voix. Je suis plus homme que toi. Si je t'aimais, je te protégerais, petit garçon. Elle aurait raison. L'excès de raison c'est sa déraison. A force de chercher la vérité, elle ne fait que s'étouffer. On dirait que cela lui fait plaisir de trouver toujours plus de noirceur sous la crasse. Qu'est ce que je raconte ? Bien sur que cela lui fait plaisir. Comme tout ce qui la fait dépérir. Il n'y a pas d'archanges, pas d'apôtres, pas de sauveur, surtout pas de sauveur, mais elle en prophète du vide. Le néant, c'est sa religion.
Draco s'avance pour faire sa profession de foi. Je me rappelle la première fois que je l'ai vu. Sa robe parfaitement taillée, ses cheveux plaqués, son petit nez retroussé, son blond très soigné, ses mouvements de capes étudiées, il me faisait marrer. Le rire reste bloqué dans ma gorge. Plus tard, peut-être. Je ne veux pas mourir à cause d'un rire. Je ne suis pas Daphné. J'aurais jamais pensé pouvoir l'apprécier ce gamin pourri gâté. Je crois que j'ai tout de suite été jaloux. J'étais plus beau, mais j'étais plus faux. Tout ce que faisait Draco était inné. Il était ce que je ne serais jamais, un roi né. Je l'ai laissé à ses deux gorilles. Je ne savais pas encore quel rôle jouer dans cette histoire. Et puis un soir, vers le milieu de la première année il s'est affalé sur mon lit et a commencé à me parler. J'ai écouté tout ce qu'il ne me disait pas. A la fin de ses silences, je le maîtrisais avec aisance. Je pensais qu'il ne le remarquerait pas. Je l'avais sous-estimé, c'était la dernière fois. Il a eu cet atroce petit sourire et il m'a dit : n'essaye jamais de me maîtriser, je ne ferais que te mépriser. N'essaye jamais de régner, je ne ferais que t'écraser. N'essaye jamais de me trahir, je ne ferais que te haïr. On peut être amis Zabini. Mais si tu veux être mon égal, tu dois trouver une autre voie que la royale. J'avais envie de lui répondre que je m'en foutais bien qu'il puisse me haire, j'étais né pour trahir. Ça aurait été mentir. Ce gamin, je voulais que ce soit mon copain. Alors je lui ai serré la main. Tout simplement. On avait pas besoin de se montrer, de s'afficher, de se la jouer Potter-Weasley. On avait même pas besoin de se le montrer. On était liés. Comme moi et Daphné. Je sais, je devrais dire Daphné et moi, mais parfois, j'en ai marre de la voir toujours passer avant moi. Je n'ai plus jamais été jaloux de Draco. Il avait tout ce qu'il voulait, je voulais tout ce que j'avais. Et puis, j'ai eu La fille. Ou de moins j'ai eu La fille plus que quiconque autre. J'étais donc potentiellement le héros de cette histoire. Je suis un héros potentiel, t'entends ça Greengrass ? Le héros remporte toujours la fille à la fin. Je ne t'aurais qu'à la fin. A notre fin. D'autres s'occupaient à grandir, je m'attachais à devenir vizir. Draco, il est loin ce gamin sang-pur trop apprêté de onze ans sur ce quai de gare qu'il jugeait infesté. Il est terrifié cet enfant de seize ans tout prêt à se faire marquer. Ils sont où tes parents, mon grand ?
Je viens de réaliser ce qu'il manque à Draco : son ombre, Lucius. Il fait tout ça pour lui. Pour sa famille. Je n'ai pas de famille. J'ai ma mère, comme vous avez votre patrie. Un idéal plein de beauté mais tellement abstrait. Elle aurait pu être ma religion mais je n'ai jamais beaucoup aimé le goût du poison. Maman, pardon. Tu sais que je t'adore avec passion. Mais je crois que je ne pourrais jamais te vouer ma vie. Tu sens la mort et les yeux de mon père. Tu n'es pas mon ombre, tu bouges trop, tu es tellement vivante. Tu te ravives de toutes ces morts. Ma jolie maman. Ce n'est pas ton image que je voudrais voir à mon dernier moment. Pourtant, je t'aime tant. Tu n'es pas mon idole. Mais est-ce qu'il l'idolâtre Draco, ce maigrichon sans nez, tout pale, sans prestance à la robe de mauvais goût ? Bien sur, on ne peut lui nier un certain charisme. Un charisme sans charme. Tu as raison, je n'aurais jamais agi si ça m'avait autant enlaidi. Draco, mon petit, reprends toi. Je suis là. Je sens leurs regards sur toi. Ils essayent de te maîtriser. Tu te souviens combien on est bons pour martyriser ? Tu pourrais les ridiculiser. Après, ils te tueraient, mais tu pourrais. Tu ne le feras pas. Pour cette foutue religion, pas la leur, la tienne. Ton père, ta mère, ta procession. Tu n'as plus rien d'un avorton. Tu es un grand garçon. Effrayé, mais apte à se faire respecter. Tu vas te faire tuer. C'est le rôle des vizirs de survivre. Les rois... Non, je ne laisserais pas cela t'arriver à toi.
Il faut donc que je me batte pour trois, maintenant ? Ce n'est pas juste. Je n'ai jamais été à ma place, je n'ai jamais appartenu, je ne suis jamais venu. Je ne devrais pas avoir à me battre. Juste à survivre. Toujours survivre. Et survoler. Mais je suis tombé fou de mon ombre. Je l'ai enlacé, je l'ai pénétré et elle s'est barrée. Vous voyez, la religion, ce n'est pas moi qui la fuit c'est elle qui ne prend jamais mon parti. Elle voudrait que je reste et m'en veut d'être venu. On ne peut pas démissionner. Quand on croit, on croit. Par réflexe, on croit. On peut abjurer sa foi, nier toute existence de son Dieu, blasphémer et s'en trouver enjoué. On peut. Mais quand vient la peur, quand vient les heures noires, quand votre si fier meilleur ami se met à vouloir voir son bras brûler, elle revient. On se met à prier. Je vous jure que quand mon ombre et moi on se mêlait, on brillait. Dans la nuit, on ne verrait que nous, unis. Il ne faut pas qu'on nous voit. Pour survivre il ne faut pas être vu. Et puis Daphné, ma jolie déchue, ne soit pas déçue : tu n'es jamais venue.
Je suis un parvenu, c'est ce qu'ils pensent tous autour de moi. Sous mon masque, il ne devrait pas savoir, ils n'ont pas le droit de savoir qui je suis. Mais restent mes mains noires. Les vôtres sont pleines de sangs. J'ai encore du blanc sous les ongles, moi. Des restes de sa chaire. A elle, à l'irréelle, la plus belle des éternelles. Ça y est, Draco se fait marquer. Il ne va pas hurler. Je suis en face de lui. Il regardait au sol mais a décidé de placer son regard dans le mien. Il ne regarde pas celui que tout le monde regarde. Celui-dont-on-ne-pronnonce-pas-le-nom-parce-qu'on- est-trop-occuper-à-le-psalmodier voudrait avoir sur lui tous les regards braqués. Il voudrait voir la peur et le respect dans les yeux du dernier Malfoy. Mais c'est moi qu'il regarde. Il sourirait presque. Il n'est pas le dernier Malfoy, il est le premier de son genre. Il a besoin de moi, un roi a besoin de ses sujets. Sans moi en face de lui, il n'existerait déjà plus. Il ne serait qu'une vermine de plus asservie. A ce moment, je suis son royaume, je suis la preuve qu'il peut encore vivre. Il peut encore régner. Il a encore une ombre. Je suis ton éminence grise, Malfoy, même si la couleur ne me va pas au teint. Et si tout ces hommes cessaient de t'aduler Voldemort, tu n'existerais plus. Tu disparaîtrais. Tu es une divinité de pacotille. Tu n'es pas Daphné. Tu me regardes et tu ne me vois pas. Tu n'es pas Daphné.
Elle est là. Elle ne devrait pas. Elle est de dos, mais je la reconnaîtrais n'importe où. On ne devrait avoir à faire face à une femme que de dos. Elle ne m'a pas vu. Je dois rêver. Elle ne peut pas être là.
Tu ne me fais pas peur. Tu peux prendre ma vie. C'est tout ce que j'ai, ma vie. Je n'ai pas d'âme. Je l'ai déjà vendu. Tu vois, elle a déjà mon âme, j'aimerais autant qu'elle n'ait pas ma vie. Tu me ferais peut-être une jolie faveur en me tuant sur l'heure. Tu ferais mon bonheur. Je n'aurais plus à souffrir. Non, je délire. Je déconne. Je rigole. Je me moque de toi. Tu comprends ça, l'humour mon petit lord noir ? Elle a dit que tu ne la ferais pas rire. Tu ne m'auras pas. J'aurais disparu avant que tu lèves ta baguette. Tu es rapide ? Je suis furtif. Je ne suis pas là, je n'étais même pas là. Si je le voulais, Voldemort, tu ne me retrouverais pas. Je vais te servir. Je vais t'asservir. Je vais rentrer dans ta tête, dans tes morceaux éparpillés d'âme, je vais devenir ton homme, pas de main, de cerveau. Tu ne me soupçonneras pas. Qui soupçonnerait un homme qui a tout à prouver ? On pensera que je veux faire mes preuves, que je pense devoir en faire dix fois plus, que je suis ton acharné. Que je veux compenser. Comme Bellatrix veut compenser ses seins bien trop gonflés. On va se tromper. Je ne me sers que moi. Je vais me servir de toi et d'eux aussi. De vos deux camps. Oh non, pas pour vivre éternellement. Pour vivre seulement. Tant qu'il en est encore temps. Avant, je ne me battais que pour moi, ce soir tu m'as donné une raison de me battre pour trois. Pas pour toi. Je les laisserais tous crever sans pleurer. Je n'en aurais rien à chier. L'expression est laide. Pas plus que toi. Tu vois, je crois que même pour ce que y est de la foi, je suis trop superficiel. Tu m'excuseras j'ai été élevé comme cela. La beauté, même dans la servilité.
Les masques tombent, il faut célébrer. Se réjouir de l'enfant qu'on envoie se faire tuer. Draco sourit. Il est convaincu qu'il a bien agi. Il se prend pour Potter, ce charmeur. Je le giflerais. Je me fous de vos idées, ce n'est pas si grave de tuer, mais pour qui, pour quoi ? Il n'y a aucune fierté à survivre. Pas plus à avoir de grandes idées. Je ne crois en rien. Je suis libre. Les serpents n'avancent pas en meutes, on ne vous a pas appris ça à l'école ? Ils vont par petit groupes de différentes espèces. Deux et trois, c'est déjà trop. On n'a pas besoin des autres quand on est un serpent. Tout cela est gerbant. Elle ne devrait pas être là. Sa mère ne vient pas d'ici, elle ne pense pas comme les gens ici. Daphné elle n'a rien d'ici. De réel. D'humain. Pourquoi elle se souille comme ça ? La soirée. Elle n'a jamais su dire non à une fête. A l'idée de s'enivrer, de se bourrer. De danser. Elle danserait n'importe où. Elle danse sur les tables comme elle se valse de mon cœur. Elle serait capable de vendre son âme au diable pour une danse. Pauvre enfant. Ils devraient tous se battre pour toi. Ils se battent tous pour toi. Dans leur tête, ils se disent qu'ils vont êtres les prochains à se taper la petite starlette. Bande de bêtes. Tu sais qu'ils disent que c'est ça qui différencie l'homme de la bête ? La religion. Je m'en fous, je suis un serpent. Mais ces gens, ils se renient, ils renient leurs natures pour cette idée idiote qu'ils sont supérieurs.
Faussement supérieurs. Je suis plus beau, je suis plus fort, je suis plus intelligent, je suis plus grand, je suis plus drôle, je suis celui que tu détestes le plus, je suis celui que tu aimes le plus. Je les surpasse. Et tu sais pourquoi je les surpasse ? Parce que je n'ai même pas besoin de le verbaliser. Si tu as besoin de dire que tu es supérieur c'est que tu es inférieur. Infiniment inférieur. Toi, tu n'as jamais eu à dire que tu étais belle. Tu vois, c'est comme une idée éternelle. Tu flottes, tu survoles, tu t'envoles. On ne peut pas en parler. On ne peut pas te parler. Alors longtemps je me suis tu. J'étais un peu comme ces pèlerins par accident, qui rentrent dans un temple parce qu'il pleut dehors et qu'il faut s'abriter. Ils clignent deux, trois, quatre fois des yeux. Ils s'habituent peu à peu à l'obscurité, ils la comprennent, ils l'appréhendent, ils se fondent en elle. Puis, un rayon de soleil vient percer les vitraux, tout se dessine, un nouvel univers s'ouvre à eux. Ils voudraient le toucher, mais dès qu'ils s'en approchent l'image se trouble. Quand ils veulent enlacer cette foi, elle disparaît, c'est ce qu'ils sont qui la recouvre. Pendant longtemps, dans ta noirceur je me suis tu. Et tu voulais me tuer. De ne pas te regarder, d'avoir l'air de ne pas te désirer. J'en crevais de désir. Mais tu vois, je n'ai jamais aimé mourir. Alors je te le cachais. Je n'arrivais pas à comprendre comment en un regard tu pouvais briser. Draco que tout le monde disait insaisissable, je l'avais eu en deux mots jurés. Toi, c'est comme si rien ne suffisait. Personne ne peut t'atteindre. Ne peut t'éteindre. A part toi.
Tu me fais tellement peur. Je crois que tu pourrais me tuer de baisers. Tu pourrais même dire m'aimer, jamais je ne te croirais. Je ne crois en rien. Et pourtant tu es là. Pas ce soir. Ce soir, je t'ai rêvé. A chaque fois que je veux croire, je te vois. Je te vois, comme je t'ai vu la première fois. Dansant. Fièvre dansante. Tu sais, je t'aimais déjà quand je ne te comprenais jamais. Je ne savais pas qui tu étais. Juste une gamine entrain de danser. Une foule et un corps vibrant au milieu. Comme un aimant. Est-ce qu'à onze ans je voulais déjà être ton amant ? Je ne sais pas. Je me la suis fermé pendant si longtemps. J'ai eu tout mon temps. Pour te penser, pour te rêver, je crois que c'est ce qui va finir par nous éloigner. Tu dis que je ne te verrais jamais comme tu es. Que je ne verrais jamais ce que tu hais. Et que je ne pourrais jamais t'aimer. Je crois qu'il faut savoir ce que tu veux, soit je t'aime, soit je te déteste. Pas les deux. Tu ne mérites pas les deux. Tu ne mérites pas tes yeux. Ils sont trop beaux. Ils ne pouvaient pas êtes basiques et bleus ? Je t'en veux. Tu sais, je pense que comment on croit en dit plus sur nous que sur nos idoles. Je t'aimerais toujours avec la vibrance du silence.
Je ne crois en rien et je me retrouve amoureux d'une idole.
Je suis ivre. Demain, je dirais que c'était un mensonge. Je ne t'ai jamais aimé. Je n'ai jamais cru en nous deux. Je n'ai jamais cru qu'on pouvait être heureux. Je suis ivre. On peut nier toutes nos pensées quand elles sont brouillées, bourrées. Je suis ivre.
Tu ne trouves pas triste toi, que je ne trouve ma religion que quand je bois ?
Demain, je ne penserais pas à toi.
Encore un mensonge.
Je suis ivre, alors je peux bien dire que je me battrais pour nous trois. Vous êtes ma religion, à votre façon.
Tu sais, je crois que mon ami imaginaire est parti, il savait que face à toi il ne ferait jamais l'affaire. Daphné l'Extraordinaire. Inclinez vous.
Merde. Je suis ivre.
C'est une chambre sous les toits qu'on effleure à bouts de doigts. Le plafond fait de vitres est en biais, une échelle s'y est agglutinée maladroite, à coté on a balancé un luxueux canapé et un immense palmier. C'est un endroit sans sens, pourtant il y est dédié. Les draps sont blancs, mais ils ont foutus le camps, dommage il aurait adoré se vautrer dedans. A leur place, se tient un long corps doré et nacré, à peine humanisé. Elle dort à poings fermé, les paumes ouvertes. Elle n'a pas pris la peine d'attacher ses cheveux avant d'aller se coucher, ils sont là, entrain d'illuminer ses oreillers. Elle ne bouge pas, elle ne frisonne pas dans sa mince nuisette ocre. Elle est bien. En une minute, il pourrait être sur elle et transplaner très loin. Il a vu l'horreur ce soir. Il les a vu tuer. Il a allumé un cigare au milieu de ces ignares. Il les a défié de venir lui demander pourquoi il l'a allumé. Il s'est défié de devenir un de ces illuminés. Il s'est demandé comment il pourrait rester lui au milieu de cette tragédie. Il avait oublié qu'il ne s'appartenait pas. Elle ne poserait pas de question en se réveillant, ou juste une à contre temps, pour demander dans quel sens souffle le vent. Il pourrait l'enlever, ils pourrait s'en aller. Elle referme l'une de ses mains sur le satin et murmure son prénom à lui. Elle l'appelle. Dans son sommeil, elle l'appelle. Il fait claquer son épaule, décoince sa nuque, déboutonne sa chemise et laisse un petit sourire victorieux passer sur ses lèvres charnues. De quoi est-ce qu'il a peur ? Il sait comment il va mourir, non ? Ici, dans ses draps. Il s'allonge à coté d'elle et joue avec ses cheveux. Elle ne dort plus mais elle prétend encore être ingénue. Elle murmure consciemment un autre prénom que le sien. Il explose de rire et dépose un chaste baiser sur ses lèvres.
Elle est bien ici, avec ses artifices, ses jeux de rôles, son assurance, sa prestance, son délicieux malheur, sa vérité monstrueuse. Elle le nierait, mais elle est ici chez elle. Il ne l'emmènera nulle part, on ne déloge pas une idole de son temple. Il est dégrisé. Daphné lui fait face ses yeux de chats grands ouverts, son souffle chaud dans son cou, ses mains froides dans le bas de son dos. Il croit qu'elle va l'embrasser, elle le mord. Blaise, je t'adore.
